On y était :Festival Visions 2016

On y était :Festival Visions 2016, Fort de Bertheaume, 5-6-7 aout 2016

Au départ, une bande de malfaiteurs basé à Rennes qui opérent sous le nom de « Disques anonymes » et défendent la scène Indé dans le Grand Ouest (ils ne sont pas les seuls, est-il besoin de préciser que c’est une spécialité locale), à l’arrivée, un Festival entre rock, noise, Techno, ambient-electronica voire Italo disco pour les meilleurs pioches dancefloor, le tout dans une ambiance de camp de vacances en bord de Mer du côté de Brest.
Gros Flash visuel sur le site le premier soir, le Fort de Bertheaume surplombant la mer tandis qu’un paysage tout juste grandiose s’affiche derrière la scène principale. Démarrage slow motion avec les Yéti Lane (lire) et leur pop lysergique tandis que la pelouse en gradin se remplit petit à petit une fois que les festivaliers ont pu planter leur tente dans le camping gratuit avoisinant. La bonne surprise de la soirée viendra de The Oscillation (lire), le band anglais signé sur DC Recordings est un pur moment de plaisir auditif - tribalisme krautrock, drone et guitares envoutantes, c’est un bon début de voyage dans le pyché rock. Petit tour sur la scène 2 et là, autre bonne surprise le live d’Inc Cloud Inc. tout en montées subtiles en un mot convaincant, le reste de la scène 2 sera plus énervée au fur et à mesure de la soirée et c’est un peu l’écueil principal de cette première nuit où l’on attend toujours un son un peu plus festif qui hélas ne viendra jamais, même si la performance de Dopplerefekt reste d’excellente facture-on ne peut pas dire que la funkyness soit réellement au rendez-vous, peu importe l’ambiance semble réjouir les festivaliers qui ne lâchent pas l’affaire, nous, on part faire un tour au stand de vinyles avant de regagner nos tentes pour un after en petit comité.

Feminielli
Day 2, le soleil est au rendez-vous et l’ambiance bat son plein sur la plage et les criques avoisinantes–on se croirait sous les Tropiques, c’est la cool vibration de cette édition de Visions. Retour sur le site en fin de journée après un après-midi de baignade et de chill ou l’on prêt à danser sur l’excellent live de Black Devil Disco Club, Bernard Fèvre (lire) n’a rien perdu de sa splendeur discoïde et nous régale. A sa suite, Bernardino Feminielli (lire) se cherche un peu malgré une scénographie aussi décalée que son look de dirty angel-hélas son set est trop court (45mn) et on reste sur notre faim. Rien Virgule porte bien son nom, on bouge de là comme dirait MC Solar pour aller faire un tour sur l’autre scène et rejoindre les copains. Shift Wife et le reste de la prog sont du genre super énervé, pas vraiment du genre à faire onduler son corps, on décide donc de passer notre tour.
Le dimanche démarre sous des auspices plutôt nuageux, c’est le propre du temps océanique, qu’importe, le Duo nantais The Brain est là pour mettre l’ambiance avec une sélection débridée sur la grande scène suivi de l’excellent Live de La Honte, qui n’a rien d’honteux et met tout le monde d’accord avec sa version française de Purple rain. Comme toujours le 3é jour d’un Festival, l’ensemble du public est dans un état second entre montées et redescente, joli moment de grâce avec le Comte pour un pur moment d’apesanteur face à la Mer-volutes synthétiques, nappes oniriques, on décolle ou on atterrit c’est selon mais en tout cas, on est totalement conquis.

BlackDevil
Idem pour Itola Disco, dans un tout autre registre le niçois fait danser les festivaliers dominicaux et redonne un coup de pêche. Détour au stand Food pour déguster les spécialités locales avec de bons produits bios arrosé de Coreff la bière finistérienne qui va bien. On repart danser sur le set de December, nettement plus électro-wave et qui a lui aussi un petit goût de trop court, qu’à cela ne tienne, on reste scotché sur le dancefloor ce soir là car c’est le dernier soir et qu’on a envie de tout donner de bons lives techno suivront derrière des visuels assez perchés. Au final, un Festival foncièrement alternatif qui commence apprendre du galon avec cette 4é édition, on regrettera seulement le manque de parti pris festif –les Djs n’ayant peut-être pas eu une place suffisante en dépit du capital sympathie évident du public Breton pour le dancefloor.

par Tara King


Bernard Fevre - Orbit Ceremony 77

Par Stéphanie-Lucie Mathern

Est-on en avance ou en retard sur notre temps ? C'est à cette question que Bernard Fevre – et les pionniers de façon générale – a tenté de répondre. En effet, Bernard débute sa carrière à 16 ans dans un groupe appelé Les Vicomtes, puis Les Flâneurs, avec lequel il décrochera des contrats avec Regine et Barclay en faisant du music-hall « pour bouffer ». En 73 les choses sérieuses commencent avec la découverte de Vangelis et l'obsession pour certaines boucles entendues à la radio. Il décidera donc de se créer un « Mister Hyde », double diabolique, ce sera Black Devil Disco Club. Il sortira 4 albums expérimentaux : Suspense, Strange World of B. Fevre, Disco Club, ainsi que Cosmos 2043, qui évoque déjà un lointain proche avec son tube Earth Message.

Influencé par Jean-Michel Jarre, Moroder, mais aussi par une variété transgenre comme celle d'Amanda Lear, ses morceaux sont des pépites de library-music qui ne dépasseront pas les rayons des collectionneurs, alors que c'est aussi puissant que Pierre Henry qui reprendrait le générique d'Intervilles ou Neu ! qui déciderait d'illustrer Tetris. C'est seulement en 98 qu'on s'intéresse à lui grâce aux samples des Chemical Brothers et la réédition d'Aphex Twin. En 2010, il revient avec Circus où il invitera quelques légendes comme Afrika Bambaataa, John Spencer et Nancy Sinatra. Le succès est là. Enfin. Il est adulé par Daft Punk, Justice, Metronomy et continue d'être dragué par une jeunesse en manque de psychédélique avec une compile de remixes de ses hits disco-underground baptisée H. Autant de bandes originales de films qui ne se réaliseront jamais.

Aujourd'hui – le 2 septembre – on célèbre la sortie de sa nouveauté antique : Orbit Ceremony. À l'origine produit en 76/77, Bernard exhume et dépoussière son album perdu. Ça sent le cuir patiné et le futur proche. L'équilibre des sentiments par la boîte à rythmes et le synthé libre-penseur sont toujours là. La Sheila de Spacer et des reprises des Talking Heads aussi. On entend le jazz de Moondog et Zappa, les japonaiseries de Yellow Magic Orchestra, l'Allemagne des autoroutes et des ascenseurs de Krafwerk, l'Afrique d'Éthiopiques et même le Sud de Jean Ferrat.

Bernard Fevre se résume dans les titres de son album de 1 – That is to be à 11 – Testmaker. Musique intemporelle qui dessine une personnalité, celle de la dynamis – chère à Aristote – la puissance enfantine qui n'oublie pas de voir la poésie d'une sonnerie de téléphone, surtout si elle est aussi belle que le neuvième morceau, Out of Dark. En France, aller contre les habitudes peut prendre un peu plus de temps, mais le talent finit par se faire entendre. Orfèvre – sans jeu de mots – du cool, il prouve que le temps n'a pas d'importance.

Tracklist

Bernard Fevre - Orbit Ceremony 77 (2 septembre 2016, Private Records)
01. That Is To Be
02. Foxy Spleen
03. Max Stroke
04. Mestophiles
05. Nebulous Melody
06. Not Be Wary
07. Out Of Dark
08. Paste Merge
09. Raw Beat
10. Space Angle
11. Testmaker


Bernard Fèvre l'interview

Bernard Fèvre 3
Bernard Fèvre aka Black Devil Disco Club, a été longtemps un des secrets les mieux gardés de l’hexagone. Après quelques dizaines d’années de silence, en 2010 on le retrouvait sur scène à l’occasion d’une tournée. Aujourd’hui après avoir été samplé par Aphex Twin et Chemical Brothers, Alter-K a décidé de rééditer les trois premiers albums de ce maestro du synthé à la française. Trois albums longtemps restés dans les cartons mais qui pourtant ont fait date. Suspense, Cosmos 2043, et Disco Club sont trois appréhensions de la musique de Bernard Fèvre, tantôt résolument tourné vers « l’illustration sonore » et le récit, tantôt vers le dancefloor disco-kraut. Trois albums devenus mythiques, quelques générations après leur première sortie.

Bernard Fèvre sera en concert à Bordeaux vendredi 10 juillet au Bootleg.

Bernard Fèvre l'interview

Bernard Fèvre 2

Vous avez une drôle d’histoire, des albums dans les années 70 et puis plus de 20 ans plus tard Aphex Twin et les Chemical Brothers vous samplent, aujourd’hui trois de vos albums sont réédités, comment s’est passée toute cette aventure ?

Dans les années 70 j’ai eu l’occasion de réaliser quatre albums Strange World of B. Fevre - Cosmos 2043 - Suspense et Black Devil Disco Club, les trois premiers étant des albums destinés aux pros de l’illustration sonore donc non vendus dans le commerce. Black Devil était lui destiné à cartonner dans la disco musique (Nada). Bide et tristesse.

Vingt-cinq ans après alors que je me destinais à partir de la pub’ qui me faisait vivre et aller taquiner le goujon. Des Anglais samplent des trucs à moi, rééditent en partie Black Devil Disco Club m’invitent, me fêtent, me labellisent, et me font remonter sur scène... enfin plein de choses qui m’empêchent soudain de m’encrouter.

J’ai donc remis le couvert avec 28 after qui a plu. Depuis j’en suis au 5ème Album produit. Et aujourd’hui plusieurs labels répartis dans le monde m’offre le plaisir d’offrir ma musique de 70 à plein de gens qui l’attendaient et qui maintenant attirent vers moi un monde qui m’ignorait.

Je me suis toujours demandé ce que vous utilisiez comme synthé pour composer vos morceaux, sur scène il me semble que vous jouez avec quelques synthés et un laptop aussi. Est-ce que vous utilisez le même dispositif pour la composition ?

Sur scène je gère mon Laptop qui contient beaucoup de sons injouables live, car ils sortent de machines anciennes improgrammables. Et comme au bon vieux temps j’utilise des plugins et autres bidouilles du 21eme siècle - je ne suis pas contre le progrès ! Il y a des techniciens qui font toujours avancer la musique, peut-être plus parfois, que des musiciens conformistes. J’ai plaisir à faire un set qui joue, danse et chante avec le grand plaisir de voir mes Kids heureux de mon job.

D’ailleurs comment se passe le passage du studio au live ?

La difficulté du studio est de savoir m’arrêter avant d’exploser mes idées. Le live, c’est en 1H démontrer par une sorte de communication mystique le plaisir que j'ai eu et que j’ai de faire ma musique.

Il y aussi sur certains albums, notamment Cosmos 2043, un côté très cinématographique et assez narratif dans vos compositions, on pense notamment à cette B.O de la planète interdite de Louis et Bebe Barron qui été je crois assez historique dans l’utilisation des synthétiseurs, ou des premières machines qui pouvaient y ressembler. C’est quelque chose que vous tenez à travailler, ce lien entre dancefloor toujours, et en même temps quelque chose de l’ordre du récit ?

Ma musique est descriptive car en réalité je joue les images qui me passent dans la tête au moment où je compose. La chimie fait que grâce aux synthé qui ont des sont riches et variés ces images se transforment en sentiments. La musique insuffle des vibrations qui sont autant corporelles qu’intellectuelles c’est elle, la musique, qui m’a rendu à peu près équilibré. En danse et en pensée.

Bernard Fèvre

Disco Club, est plutôt radicalement dancefloor, avec un côté parfois assez « dark » dans le travail de la voix, quelle réception l’album a eu l’année de sa sortie en 1978? Il me semble que c’était plutôt une interprétation très neuve de la disco pour l’époque.

Je pense que j’avais assez une punk attitude à l’époque, comme tout les enfants qui n’ont pas de vrai destiné, donc toutes mes innovations sont dues au fait de: «pas vouloir faire comme on fait d’habitude» Le dark vient du fait que ce qui est nouveau fait peur, j’ai du faire drôlement peur à l’époque ! Aujourd’hui mon public n’a aucune frayeur.

Qu’est-ce que ça signifie pour vous de rééditer ces trois albums à près de 40 ans d’écart de leurs premières sorties ?

Ca signifie que je n’étais pas débile, ce que j’ai cru à un moment. Ca signifie que le monde avance malgré tout. Ca signifie que mon fils de vingt-et-un ans est assez content de son père. Ça signifie pour finir que je ne me sens plus trop vieux et que je mourrai en ayant eu un peu de gloire.

Justement sur le changement de réception de ta musique entre les années 70 et aujourd'hui, vous dîtes que vous avez du vachement faire peur aux gens à la sortie de Black Devil, comment ils ont réagi à l'époque ? Et maintenant où vous faîtes quand même des grosses tournées, comment réagit le public ? Est-ce qu'il a changé aussi, ou est-ce qu'il est mélangé ?

Ils ont réagit en disant que c’était une musique insensée, choquante qui n’avait aucun avenir...

De tout temps il y’a de "vieux pseudo-professionnels" qui jugent la musique qui arrive sur leur bureau. Il faut donc que ça corresponde à leur culture, qui en générale s’est arrêtée à leur vingt-cinq ans. Ils disent principalement après écoute: «Je ne vois Pas… » Alors que l’artiste lui écoute évolue et voit toute sa vie.

Partout où je vais dans le monde, le public - dorénavant plus jeune qu’il y a neuf ans - , est heureux de m’applaudir, même parfois de m’ovationner. Beaucoup de Français sont contents aujourd’hui de me découvrir quand on m'invite. Il faut dire, qu’on m’ignore super bien dans mon pays.

Mon public ressemble beaucoup à tout ces jeunes qui font partie d’un nouveau monde qui cherche... Un nouveau monde ! C’ est là où on se rejoint.

Quels sont les projets pour Black Devil Disco Club après ces rééditions? Un nouvel album ?

En ce moment le jeu est de dire que 2043 sera l’année de ma mort, donc encore vingt-huit ans pour quelques albums mais « Cool Papy ».

Audio

Tracklisting

reissue

Bernard Fevre ‎– Suspense (Alter K, 2015)

01. Weekee Way
02. On The Channel
03. Skeese
04. Magnetic Spool
05. Mister Green
06. What Happens
07. Double Dream
08. Rocal System
09. To Much Water
10. Contemplation Of The Mountains
11. Path Of Tomorrow

Bernard Fevre ‎– Cosmos 2043 (Alter K, 2015)

01. Space Team
02. Nº 59018
03. Central Way
04. Satellite 33
05. Ronde Interstellaire
06. Cimes Eternelles
07. Le Monde Avait 5 Ans
08. Moon Heart
09. Sunshine On March
10. Stars Away
11. Earth Message
12. 2043
13. Odyssée

Bernard Fevre ‎– The Strange World Of Bernard Fevre (Alter K, 2015)

01. Fantasm
02. Cosmic Rays
03. Impressionnism
04. Dali
05. Molecule Dance
06. Monster Laboratory
07. Hell Riders
08. Savana Melody
09. Expectation
10. Restless
11. Pendulum
12. New From Future
13. Special Spatial
14. Subconscient Lamentation


Black Devil Disco Club

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Pas vraiment né de la dernière pluie, Bernard Fèvre aka Black Devil Disco Club n'a pourtant eu droit à son retour de hype que récemment, à la faveur d'une réédition de son album sur Rephlex, le label d'Aphex Twin et Luke Vibert, et d'un sample de son Earth Message utilisé à bon escient par les Chemical Brothers sur leur album Surrender (1999), vendu à plusieurs millions d'exemplaires. Un coup du destin qui a convaincu le Frenchie, pionnier de la musique électronique en France, de ressusciter son défunt groupe. Depuis 2004, Black Devil Disco Club fait donc profiter la nouvelle génération électro-disco de ses trente années d'expérience grâce à la sortie de deux nouveaux albums (28 After et Eight Oh Eight) et à des performances saluées dans les clubs du monde entier.

Depuis, plus rien n'arrête Bernard Fèvre, qui s'apprête à sortir un nouvel opus, Circus, début 2011 (Lo Recordings / Alter K). En guise de mise en bouche, Hartzine vous propose d'en écouter un premier extrait, intitulé My Screen, qui accueille en invité de marque Nicolas Ker de Poni Hoax. La sortie officielle du single, effective le 11 octobre dernier, coïncide avec le lancement du nouveau site de Black Devil Disco Club, sur lequel vous pouvez vous inscrire pour recevoir le morceau gracieusement. Alternant basses hypnotiques et choeurs convulsifs, nul doute que My Screen, nouvelle preuve de vie du roi de la disco déviante, ne manquera pas d'accompagner vos prochaines soirées.

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