Gil Scott-Heron - I'm New Here

gill-scott-heron-im-new-hereEn 2009, le label Light in the Attic rééditait Cold Fact et redonnait une seconde vie à la carrière musicale de Sixto Rodriguez qui, quarante ans plus tard, nous donna une leçon de modestie et d'humilité lors de son passage à Paris. C'est un autre grand homme en 2010 que le label XL Recordings ressuscite en produisant I'm New Here, le disque de la rédemption de Gil Scott-Heron. On sent qu'il revient de loin, cet album en dit long sur la descente aux enfers du père du spoken word : ses problèmes liés à la drogue l'ont conduit en prison en 2001, il en sort en 2002 mais l'homme est usé. En revanche sa voix rocailleuse est toujours intacte, un peu plus grave, comme ce disque sombre et intense. Notre attention se porte sur cette voix qui semble porter un témoignage, trente minutes traversées par des interludes comme des messages que GSH laisserait sur son répondeur, se parlant à lui-même et à nous indirectement, la reprise de Bill Callahan, Smog, I'm New Here et I'll Take Care of You avec Damon Albarn au piano sont les seuls titres où il chante. Il y a pour moi une perte d'intérêt sur le reste du disque car je ne comprends pas assez bien l'anglais pour saisir les mots que prononcent GSH. Pourtant, le magnétisme de cette voix posée me plaque à quelques centimètres de son visage anguleux, l'ambiance sonore très noire forme une voûte en pierres ou l'on s'enfonce, attiré par le fond de ses cordes vocales. J'aimerais trouver un recueil des textes de GSH, je prendrais plaisir à savourer cette poésie et j'entendrais encore sa musique, sa voix. J'espère qu'un jour, on verra une adaptation de la vie de ce génie à l'écran tant son engagement artistique est fort : il a traversé les années les plus dures de l'Amérique, il a toujours eu un discours fort envers la politique des Etats-Unis. Il est décrit par le gouvernement comme le musicien vivant le plus dangereux. C'est au New Morning que j'ai pu applaudir cet homme affaibli par le poids de la vie qui n'a aujourd'hui plus rien à prouver à personne, toujours accompagné des musiciens qui ont joué sur ses albums : Brian Jackson, Hubert Laws, ou Ron Carter. Comment décrire la jubilation d'entendre en live The Bottle ou The Revolution Will Not Be Televised, deux hymnes de liberté d'une oeuvre qui n'aura de cesse d'inspirer les générations futures. Le label anglais Soul Brother Records vient de rééditer deux albums, It's you World et Real Eyes, Jamie des XX a remixé l'album chroniqué ici, et voici un premier extrait de We're New Here, qui sortira en février prochain.

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Tracklist

Gil Scott-Heron - I'm New Here (Beggars Banquet, 2010)

1. On Coming from a Broken Home (Pt. 1)
2. Me and the Devil
3. I'm New Here
4. Your Soul and Mine
5. Parents (Interlude)
6. I'll Take Care of You
7. Being Blessed (Interlude)
8. Where Did the Night Go
9. I Was Guided (Interlude)
10. New York is Killing Me
11. Certain Things (Interlude)
12. Running
13. The Crutch
14. I've Been Me (Interlude)
15. On Coming from a Broken Home (Pt. 2)


The Stranges Boys - Be Brave

strange-boys-be-braveJe ne sais pas s'il s'agit d'un ras-le-bol circonstancié ou d'un penchant obsessionnel, mais, à l'heure où j'écris ces quelques lignes trempées d'alcool, l'univers musical auquel je m'adonne se trouve irradié d'un soleil plombant et poussiéreux, repoussant inlassablement tout signe de vie à l'ombre de comptoirs miteux. Haut perché sur un tabouret, le front huileux, je savoure une bière presque chaude, les deux coudes mollement flanqués sur le métal blanc du zinc. D'infimes volutes de fumée s'échappent de mes lèvres entrouvertes, j'écoute l'harmonica qui déraille, la voix du gringalet qui minaude. En plein Texas, une bourgade non loin d'Austin. Musardant lascivement depuis le début de l'après-midi, je scrute la multitude de cartes postales jaunies recouvrant le mur décrépi, le ventilo renâcle une brise bien tiède. Dans ce trou, le temps cesse de s'acharner, suspendu qu'il est aux indicibles vides de l'existence. Dehors, le vent soulève d'éparses nuées de sable. Je m'imprègne du charme suranné de l'endroit et de la musique que débite depuis un bon quart d'heure ces jeunes garçons qui se font appeler, depuis six ans et deux albums, The Stranges Boys. Ryan Sambol, véritable tête à claques au teint blafard, bouffe son micro de biais, frappant du talon l'estrade brinquebalante. Son chant lymphatique a quelque chose de troublant, je jure l'avoir entendu de l'autre côté de l'Atlantique. Son frangin, Philip, assure rondement ses lignes de basse quand Greg Enlow et Mikey La Franchi s'esquintent flegmatiquement les doigts à la guitare et à la batterie. Les notes traînent, s'éparpillent, avant d'être brusquement corrodées de distorsions granuleuses. Les pintes s'enchaînent aussi vite que ne se terminent les morceaux. On me donnerait tout l'or du monde, que je rechignerais à décrocher mon regard de la scène claquemurée. La formule est pourtant connue, presque éprouvée : dévaliser l'histoire pour s'en administrer les vertus dans un présent amnésique. Pour nous en mettre plein les oreilles, la petite bande, tout en s'inspirant des standards country locaux, puise aussi bien dans les trésors d'un rhythm and blues propre à Chuck Berry que d'un garage rock cher aux Seeds ou aux Shadows of Knight. En somme un succédané de l'esprit blues-rock, fiévreusement joué à toute blinde ou s'épongeant grâcilement à la vitesse d'une tortue. On pense à la fougue des Black Lips, à la chaleur des Wave Pictures, mais aussi au chant débonnaire de Pete Doherty et de ses Libertines sur l'excellent Up the Braket. Ce soir, tous les poncifs de leur second album, Be Brave, distribué en Europe par le mythique label indé Rough Trade, y passent : I See et son harmonica crado dont Beck coloriait son chef d'oeuvre One Foot in the GraveA Walk On The Bleach claudiquant tragiquement jusqu'à son explosion jubilatoire, ou encore Be Brave, formidable tube peinturluré d'un saxo épousseté par Jenna Thornhill échappée pour l'occasion de Mika Miko. Et ce n'est franchement pas la mer à boire si certaines redondances tempèrent par intermittence mon enthousiasme béat (Between UsThe Unsent Letter), mes jambes n'ont de cesse de tressaillir sur les riffs crachoteux de Night Might ou sur la rythmique chaloupée de Friday In Paris accueillant Tim Presley des Darker My Love aux backing vocals. Les intimistes Dare I Say et You Can't Only Love When You Want concluent le propos et ma nuit de leur mélancolie ouatée et de quelques frottements de cordes biens sentis. Les Stranges Boys se retirent en bons branleurs partis pour s'en mettre une. La bouche pâteuse, je tire ma révérence, traînant mes guêtres hors de ce bouge aux effluves acres de sueurs et de houblon fermenté. La rue accueille mes pas chancelants. Paris, le Point FMR, un 8 avril 2010. Programmé pour la sixième édition du Midi Festival, je pense déjà au short que vais assortir à mes plus belles santiags.

Audio

The Strange Boys - A Walk On The Bleach

Bonus

The Strange Boys - You Can't Only Love When You Want

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Tracklist

The Stranges Boys - Be Brave (Beggars Banquet, 2010)

01. I See
02. A Walk On The Bleach
03. Be Brave
04. Friday In Paris
05. Between Us
06. Da Da
07. Night Might
08. Dare I Say
09. Laugh At Sex, Not Her
10. All You Can Hide Inside
11. The Unsent Letter
12. You Can't Only Love When You Want