Battant l'interview


C’était l’été indien, j'avais rendez-vous à la boutique très grrrrl power de Gals Rock avec Battant, aka Chloé et Joel. Ils étaient tous les deux adorables, tout en retenue et en gentillesse, et ils voulaient défendre un deuxième album tièdement accueilli par la critique, car plus difficile d’accès et pourtant d'un niveau remarquable. C'est une semaine plus tard que nous apprenions le décès soudain de Joel ; bien triste nouvelle. Chloé n'en est pas moins motivée pour continuer ce qui a été commencé avec son alter ego. L'album est sorti le 5 octobre, et voici une petite interview du duo.

Lire la chronique de leur dernier album As I Ride With No Horse ici.

Interview


Battant - As I Ride With No Horse

Que c'est triste de chroniquer un album posthume. J'avais attaqué la nouvelle galette de Battant avec enthousiasme, et je m’apprêtais à rendre ma copie quand la nouvelle est tombée. Mais que faire ? Il faut continuer - même si leur musique sonne peut-être différemment maintenant, la seule chose qu'on peut faire, c'est l’écouter.
Ça commence comme un appel au crime, la guitare rythme une montée, elle chevauche sans cheval la vallée fantomatique. L’entrée en matière du deuxième album de Battant étonne ; on retrouve bien le chant nerveux de Chloé Raunet mais ralenti. Plus posé, plus réfléchi.
No Head, premier opus du duo, m'avait chatouillé la voûte plantaire, excité l'ado encore présente dans le corps de la trentenaire. La déclaration d'intention était claire. Fougue, rythme endiablé, tendinite de tous les muscles en mouvement. Tout ce que la jeunesse peut offrir de meilleur pour se mettre à l'envers à l'envi.
Même si on attend souvent d'un deuxième album qu'il nous surprenne, qu'il soit un pied de nez intelligent aux chroniqueurs dans les starting blocks pour détruire tout ce qui a été construit, perso, je n'aurais pas craché sur une deuxième salve de titres à cran. J’étais prête à en découdre. Je tenais déjà ma chronique faussement salope : "Ça sent le réchauffé, mais tout le monde sait que le pot-au-feu est meilleur le lendemain".

Et bien j'ai du ranger mes casseroles. Car même si l'on retrouve une vision de têtes coupées très chère au duo londonien, avec une sombre chevauchée spectrale, Battant bat en brèche toute redite, et nous emmène sur un nouveau terrain. Terrain d'essai avec quelques expérimentation blues très old school - The Farmer's Ode To Wife semble déterrée d'un talus campagnard, As I Ride No Horse une déclaration d'amour à Johnny Cash.
Le terrain d’expérimentation stylistique a malgré tout ses limites, la tentative de piano/voix (Scarlet) se ramasse un peu, le chant de Chloé ne tenant pas toutes ses promesses sur ce genre d'exercice à la Tori Amos enfiévrée. Pourtant, il est un lieu ou Battant ne déçoit pas. On retrouve la pelote de nerfs sur les titres Being One et Shutter. Et contre toute attente, le titre le plus abouti est l'instrumental Hubble, traînant une mélancolie, un mal-être tout en désuétude. D'une simplicité touchante et réussie, laissant la voix de Chloé en suspens.
D'abord déçue par l'écoute, j'ai laissé As I Ride With No Horse reposer dans un coin. Il fallait combattre le besoin primaire de retrouver ses marques, le réécouter l'esprit vide pour se laisser remplir sans a priori. Il y a toujours eu une catégorie de disques difficiles à approcher, qui ne se laissent pas aimer vite fait, vers lesquels il faut revenir plusieurs fois pour apprendre à les connaître et à les apprécier. Le deuxième (et espérons pas le dernier) album de Battant en fait partie, ses quelques faiblesses ne le rendent que plus aimable, les deux protagonistes ayant réussi à se laisser regarder comme des êtres humains fragiles et sensibles, et non plus comme deux jeunes ambitieux indestructibles. Rien que pour ça, il mérite qu'on s'attarde sur ses onze titres.

Tracklist

Battant - As I Ride With No Horse (Kill The DJ , octobre 2011)

1. As I Ride With No Horse
2. Shutter
3. Doll And Chain
4. Modern Days
5. Clearcut
6. Scarlet
7. Farmer's Ode To Wife
8. Hubble
9. Being One
10. Pester
11. Fossil Fuel


Krikor l'interview

krikor

Même si cela fait plus de 10 ans que le parisien officie dans le milieu electro entre collaboration avec divers grands labels (Kill the Dj, d.i.r.t.y),participation à des compilations qui ont fait date, production sur sa propre structure, un maxi, deux maxi,trois maxi...l'investissement au sein de diverses collaborations artistiques (France Copland, Plein Soleil),  c'est véritablement avec son premier album Land Of Truth que l'énigmatique Krikor nous étonne et se dévoile enfin au sein d'une œuvre hybride qui se refuse à choisir entre toutes ses facettes d'expérimentateur hors pair.

Pourquoi sortir un premier album si tardivement alors que ton activisme dans le milieu electro ne date pas d’hier ?

Simplement parce que je n'étais pas prêt, ou du moins, pas prêt a faire un album comme je l'entendais...

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur le Krikor des débuts ?

Aucun, il est le même, juste techniquement plus avancé avec plus de poils sur le torse et un peu moins de cheveux.

Bon nombre d’entre-nous en écoutant Land of Thruth n’avons pas trouvé de qualificatifs véritablement appropriés pour décrire ta musique tant celle-ci nous apparaît protéiforme. Comment toi, du côté du créateur, la considères-tu ?

Je ne sais pas, j'aime pas mettre des étiquettes, et j'ai du mal à avoir du recul la dessus. Je le vois juste comme un album de chansons un peu mélancoliques et pas mal pour conduire la nuit...

Quelles sont tes principales influences musicales et lesquelles a-tu mobilisées lors de la création cet album ?

je n'ai pas pensé à cela lorsque j'ai fait cet album, j'ai juste laissé les choses aller, le résultat laisse apparaître mes influences d'adolescent qui sont assez diverses...

Certains morceaux de l’album comme Everything Fades ou Wanton boy nous apparaissent dans leur conception respectives très cinématographiques. L’image quelque soit d’ailleurs sa forme, intervient-elle à un moment donné dans ton processus de création, entretiens-tu un rapport particulier avec cette dernière et éventuellement envisagerais-tu un jour de composer pour le cinéma?

Si on me le demande, oui! C'est une chose qui m'intéresse, mais faut-il encore rencontrer une personne avec laquelle il peux y avoir un dialogue, une compréhension mutuelle.

Toujours à propos d’image, peux-tu nous éclairer sur la signification de l’artwork de Land of Thruth ?

Chacun peux y voir ce qu'il veux, j'aime bien les lectures multiples...

Battant et Poni Hoax sont deux groupes dont les chanteurs donnent de la voix sur ton album. Le rock actuel te fais-t-il toujours rêver ? D’ailleurs tu nous fais entendre ton organe sur quelques titres de Land of Thruth. Aimes-tu cet exercice? Le mythe du chanteur de rock est-ce pour toi un fantasme?

Le rock m'a fait rêver quand j'avais 15 ans. Aujourd'hui,  j'aime bien des choses qui peuvent être actuelles mais je suis plus touché par un mec comme hasil adkins...
Je n'ai pas chanter par fantasme de scène ou de gloire Rock'N'Roll mais juste parce que j'avais besoin d'une voix et que je n'en trouvais pas a ce moment...

Une autre Chloé fait une apparition sur Land of Thruth, ceci annoncerait- il un prochain album de Plein Soleil dont tu partages l’affiche avec l’auteur de The Waiting Room ? Q’est-ce qui vous rapproche ?

Le travail de plein soleil est très différent de ce morceau ou j'ai demande a Chloé de chanter en duo. Plein soleil est plus un projet électronique, mais tout est possible... Avec Chloé nous travaillons de manière naturelle, nous nous entendons très bien musicalement et du coup les choses vont très vite!!! Elle travaille actuellement sur son prochain album, dès que nous avons du temps nous essayons d'avancer sur plein soleil...

Par ailleurs as-tu d’autres collaborations en vue, un retour de France Copland peut-être ? L’aventure de ton label Omerta Registrazione se poursuivra-t-elle ?

France copland va renaitre mais sous une autre forme, avec une autre personne... Omerta registrazione est en suspend, je n'ai pas du tout le temps de gérer cela actuellement, j'aimerai bien continuer à produire des disques vinyls, j'aime l'objet autant que le contenu.

D’où t’est venu cette inclination particulière pour la musique concrète ou plus généralement pour la recherche musicale contemporaine? Que gardes-tu de ces instants passés au conservatoire du XXème siècle à suivre les cours d’Octavio Lopez? En as-tu retiré une conception particulière de la musique?

J'écoute des musiques très différentes, la musique concrète, la musique contemporaine ont eu une importance dans mon parcourt musical, autant que le rock ou la pop qui a berce mon adolescence. Les cours au conservatoire du 20eme ont été très important, j'y ai rencontre Octavio, compositeur émérite, et ami, c'est une personne très ouverte, avec qui nous avons échangé beaucoup de choses, d'idées, de points de vue, et aussi de techniques...

Tu as toujours eu une activité importante de remixeur? Est-ce une que tu affectionnes particulièrement cet exercice et comment le conçois-tu?

Oui je le fais toujours, je le vois surtout comme un exercice de style, me permettant d'expérimenter encore plus.

Peux-tu nous donner ta playlist du moment?

Suicide - rough guy
Natural numbers
The monk - monk time
The henchmen - surfin' bird
Throbbing gristle - hot on the wheels of love - ratcliff mix
Hasil adkins - out to hunch
Sister iodine - flamme desastre (version cd sur mego soooon!)
The dead hillbillies - Donna (tigersushi 7ich)
Joakim - back to wilderness (k7 promo)

Le mot de la fin ?

Je n'aime pas l'idée de finalité, donc pas de mot de fin...

Interview réalisée par Benoît


Grand Crew - Battant, Telepathe, Micachu en live

On ne cessera jamais de le dire. Rien ne vaut la moiteur d'une salle de concert, la promiscuité d'inconnus en sueur et la bière tout aussi chaude pour apprécier dignement la valeur de certains de nos compagnons auditifs. Alors Effectivement, il manquera à ces images toutes ces dimensions qu'elles cherchent vainement à saisir, mais on ne peut que louer le penchant irrésistible de la plateforme Grand Crew à tourner et tourner ceux qui tournent et ce, tout en tentant d'éviter de gangrener leur ligne éditoriale par leur succès.

Battant

Festival Les Femmes S'en Mêlent 2009

Telepathe

Festival Les Femmes S'en Mêlent 2009

Micachu

Festival Les Femmes S'en Mêlent 2009


On y était - BATTANT

battant1

Battant tabasse.

Samedi soir à la Maroquinerie, on trépignait tous d’impatience en attendant le magnétique trio anglais, Battant, qui sont précédé par une réputation de lives fiévreux, pratiqués intensément dans le East London ces deux dernières années. Autant dire que ça tapait du pied sévère en se cognant le slow show de Telepathe en première partie.

Est-ce qu’on espérait trop?

Battant et sa chanteuse androgyne Chloé Raunet fait son entrée sur trois titres planants et prometteurs d’une suite plus énervés (Mark Twain, The Butcher et Rerinse). Arrive le tubesque Radio Rod et c’est à ce moment précis que je me dis qu’il manque quelque chose, non seulement sur cette scène un peu vide, mais surtout dans le son sec envoyé par la boïte à rythme : une batterie! S’il est vrai que Battant mélange et emmêle à merveille leur rock d’une grave empreinte newwave/coldwave fonctionnant parfaitement sur leur album, le live se montre un peu chiche en matière de gros son que nos oreilles affamées réclame ce soir-là.

Cette impression de manque s’estompe une fois envoyé Socket, le titre le plus rock de leur premier album. A ce moment,  la salle (franchement empotée) se laisse gagner par le rythme frénétique et le chant fiévreux « Plug the TV into his mind » de Chloé. Un peu poseuse selon certains, elle se montre parfaitement maîtresse de ce live, oscillant entre séduction et fuckoff attitude, se balladant avec sa Kro entre ses deux acolytes Tim Fairplay et Joel Dever, l’un grattant frénétiquement sa guitare et l’autre plié en deux devant son clavier.

Final au top!

Heureusement pour nous, le meilleur arrive : le trio envoie la furie punk/horror du titre Human Rug, cascade de riffs et arabesques moyen-orientales dissonantes. Les « mini-battant » à la coupe garçonne clonée de Chloé secoue leur mèche de cheveux devant leurs yeux fermés, parties dans une transe aux accents vaudous.

Finalement, c’est aussi ce que le public demande ce soir : avec une signature sur le label de la night Kill the Dj , on a qu’une envie, c’est que Battant nous fasse danser ! Vœux exaucé à la fin du rappel avec le bonus track festif Jump’up, morceau volontairement absent de leur premier album, et qui, selon toute vraisemblance, aurait pu les propulser dans les charts, au même titre que les Ting Tings. Mais les trois Battant en aurait décidé autrement, désireux de tracer leur propre voie dans un genre défini par eux-mêmes.

Ce soir-là on a presque oublié tous les groupes à chanteuse charismatique (oubliée Karen O, oubliée VV!). Le live de ces londoniens pur jus nous a prouvé qu’on pouvait mélanger sans scrupules autant de genres, très noirs et très dansants, que d’émotions en 55 minutes.  Il est certain que l’on trépignera en attendant leur retour sur nos scènes.

Virginie Polanski!

PHOTOS

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