Braids l’interview

braids01Si les BRAIDS se cherchent une place dans la bande-son d’une série d’ados sans problème de peau mais avec une conscience sociale, ils sont en bonne voie. De moins en moins art et de plus en plus pop, leur approche musicale continue cependant à donner une certaine valeur à l’expérimentation et Deep In The Iris, leur troisième LP, se place comme une étape crédible dans l’évolution de la formation canadienne en direction d’un public plus sensible à la pop culture. Si le positionnement reste de l’ordre de la prise de risque auprès des amateurs de la première heure, il en améliore l’accessibilité à une audience plus large. C’est plus efficace si l’on a dans l’idée de transmettre un message, et c’est visiblement l’intention du trio montréalais, qui traduit dans ses lyrics une préoccupation sur la féminité et sa place dans notre société. BRAIDS have brains, comme le démontre cet entretien avec Austin Tufts, le batteur du groupe, qui nous apprend que les retraites en pleine nature ne sont pas le domaine réservé des folkeux spleenétiques et que les discours engagés peuvent être portés par des mélodies badines. En attendant la sortie physique de leur dernier album le 27 avril prochain chez Arbutus Records, Hartzine vous propose de découvrir la conscious pop de BRAIDS en lien streaming ci-dessous. Les Canadiens se produiront également le 29 de ce mois au Pop Up Du Label.

Braids l’interview

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En 2011, Native Speaker était un mélange d'art rock et de shoegaze partagé entre douceur et puissance. C’était jeune, brut et accrocheur. En 2013, Flourish//Perish partait plus électro pop, le chant était plus clair et les mélodies plus douces, certains morceaux résonnant même comme des berceuses contemplatives. Vous avez commencé à travailler sur Deep In The Iris au même moment et même s’il y a des passerelles évidentes entre les deux, ce dernier intègre d’autres influences : des rythmes jungle se mêlent à un chant et des chœurs fluctuants, il y a beaucoup de piano et de réverb, et des accords aigus qui vont et viennent. L’ensemble paraît plus intense, moins apaisé mais plus mélancolique. Qu’est-ce qui a conduit à ce résultat ? Et comment expliques-tu votre évolution musicale ?
Back in 2011,
Native Speaker was a mix of art rock and shoegaze torn between sweetness and strength. It was young, raw and catchy. In 2013, Flourish//Perish went more electro pop, vocals were clearer and melodies smoother, some of the tracks even sounding like contemplative lullabies. You started to work on Deep In The Iris at the same time and though the bridges between the two LPs are obvious, the latter deals with other influences: jungle rhythms melted with fluctuating vocals and chorus, a lot of piano and reverb, and high pitched chords fading in and out. The whole stuff sounds more intense, less quiet but more melancholic. What led you to this result? And how would you explain your musical evolution?

Après l’enregistrement de Flourish//Perish, minutieusement produit en studio, chaque détail pensé et retravaillé plusieurs fois, nous sentions la nécessité d’une approche plus naturelle et humaine pour nos nouveaux morceaux. Il nous fallait sortir la tête de nos écrans, d’un style de production à ce point tourné vers les micro détails et revenir à des sessions d’écriture plus cathartiques, motivées par l’énergie, que nous avions connues pour Native Speaker. Comme tu le soulignes, c’est vrai que Deep In The Iris jette des passerelles entre nos deux albums précédents, mais c’est aussi, à notre niveau, une démarche ambitieuse pour explorer de nouveaux territoires. Nous avons décidé de sortir de nos quotidiens pour nous installer dans trois sites américains magnifiques, une façon de trouver le réconfort créatif dans la nature et de nous accorder l’espace et le temps nécessaires pour vraiment nous reconnecter en tant qu’amis et partenaires musicaux. L’espace que nous avons créé au cours de ces retraites était sécurisant, encourageant et vivifiant, et nous a offert l’opportunité de nous montrer vulnérables et francs les uns envers les autres. J’ai le sentiment que que cette énergie imprègne les enregistrements. C’est indiscutablement notre album le plus humain et intimiste. Les paroles n’ont jamais été plus directes et franches, et même si la plupart des thèmes peuvent passer pour mélancoliques, comme tu le précises, ils sont issus d’un environnement de confiance et de force intérieure, et sont certainement les paroles les plus démonstratives, triomphantes et optimistes que nous ayons produites à ce jour.

After recording Flourish//Perish which was meticulously crafted in the studio, every detail being contemplated and reworked several times, we were in need of a more natural and human scale approach to writing music again.  We needed to get our heads out of the computer, out of such a micro detail oriented production style and return to the more cathartic, energy driven writing sessions that we had known on Native Speaker. As you say, its true that Deep In The Iris, bridges a gap between the two previous albums but it also was a huge process of exploring new territory for us. We decided to step outside of our day to day lives and relocate to three beautiful locations across America as a way of finding creative solace in nature and allowing ourselves the space and time to really reconnect as friends and musical partners. The space we created while away on these retreats was safe, encouraging and invigorating, giving us the platform to become vulnerable and raw with one another and I feel like this energy was really captured on the recordings. It is definitely our most human and relatable album. The lyrics are more direct and honest than ever before and even though much of the subject matter could be seen as melancholic as you say, they come from a place of confidence and inner strength, and they are definitely the most conclusive, triumphant and optimistic lyrics we have worked with to date.

Vous avez enregistré Native Speaker, votre debut album, par vos propres moyens. C’était une démarche longue et exténuante, mais vous avez gardé un contrôle total. Avez-vous changé votre méthodologie pour Flourish//Perish et ce nouvel album ? J’ai lu que vous aviez débuté l’enregistrement dans une cabane dans les bois, quelque part en Arizona. Ça vous a aidés ?
You recorded Native Speaker, your debut album, on your own. It was a long and intensive process but you kept control on everything. Did you change your workflow to record Flourish//Perish and this new one? I’ve read you started to record in a cabin in woods, somewhere in Arizona. Did it help?

Notre méthodologie a été très différente d’un album à l’autre, mais nous avons toujours tout fait par nous-mêmes. Les deux premiers albums étaient des expériences isolées, en partie pour des raisons financières, en partie parce que notre façon de faire les choses est vraiment particulière. Pour Deep In The Iris, notre position nous permettait de passer un peu de temps en studio avec un ingénieur son et de dépenser notre budget de cette façon, mais nous n’aurions pu y consacrer qu’une semaine à peine, parce que ce genre d’environnement de travail coûte très cher. À la place, nous avons choisi de réserver notre attention et notre argent à écrire l’album plutôt qu’à l’enregistrer dans un studio onéreux, et nous avons à nouveau pris sur nous de tout produire par nous-mêmes. Nous avons développé une excellente méthodologie et ces dernières années, nous avons amassé toute une collection d’équipements ésotériques qui nous correspondent bien. Nous avons cette fois eu l’immense plaisir de collaborer avec un ingénieur du son très doué. Damian Taylor est un véritable génie en charge d’un studio montréalais fantastique appelé The Golden Ratio. Il est devenu un membre à part entière de la famille après la semaine passée avec lui à apporter les touches finales sur l’album.

Les retraites en Arizona, dans le nord de l’état de New York et le Vermont ont profondément influencé l’écriture des chansons et le son de cet album, en grande partie parce que nous avions accès à un piano à longueur de journée et que Taylor et Raphaelle traînaient sans cesse avec leurs guitares autour du cou. C’était un retour à une instrumentation plus organique, en particulier pendant le processus d’écriture.

The workflow has been very different for each album yet it always comes down to us doing it all ourselves. The first two albums were isolated working experiences partly by financial necessity, and partly because we are extremely particular about how we do things. On Deep In The Iris, we were in the position where we could have afforded to spend some actual time in a studio with a recording engineer and spend our budget that way but we really only would have been looking at a week or so because that kind of working environment is so expensive. Instead we decided to put our focus and money into writing the record instead of recording it in a fancy studio, and we took on the role once again of engineering the whole thing ourselves. We have developed a very good work flow for this and over the years have amassed a collection of esoteric equipment that works very well for us. We did however have he great pleasure of working with a very talented mix engineer this time around. Damian Taylor is a total genius and runs a fantastic studio in Montreal called The Golden Ratio. He has very much become part of the family after the week we spend with him putting the finishing touches on our album.

The retreats in Arizona, Upstate New York, and Vermont had a profound impact on the song writing and sound of this album. Largely because we had access to a piano all the time and Taylor and Raphaelle were always walking around with guitars slung around their necks. It was a return to more organic instrumentation especially for the writing process.

À l’époque de Native Speaker, votre singularité venait de la voix particulière de Raphaelle, superbement harmonisée aux accords liquides, combinée à une réverb puissante et des boucles, montant et descendant aussi facilement qu’on change le volume sur une radio. On dirait parfois que les chansons ont été écrites autour de sa voix, et c’est d’autant plus vrai dans Deep In The Iris. Comment et où commencez-vous l’écriture d’un morceau ?
Back in the days of Native Speakers, Raphaelle’s characteristic voice made the difference, fitting greatly to the liquid chords, melted with powerful reverb and loops, going up and down as easily as you tune a dial on the radio. Sometimes it sounds like the songs have been built around her voice and it’s even more true with Deep In The Iris. So how and where do you start when writing a song?

Pour chaque chanson, la méthode est légèrement différente mais l’idée germe chez une seule personne, qu’il s’agisse de quelques accords sur un piano ou guitare, d’un rythme de batterie ou même d’une texture d’ambiance ou autre. L’un d’entre nous prend place au piano pour jouer quelque chose et les autres personnes présentes s’interrogent et s’imprègnent de ce qu’ils entendent, puis choisissent un instrument ou un micro et commencent à participer. Très souvent, les morceaux de Deep In The Iris ont été produits de cette façon, avec beaucoup de naturel. Vivre et travailler au même endroit pendant si longtemps nous a donné la capacité de nous fondre en continu dans des périodes créatives.

La voix de Raphaelle est un élément fort de l’identité du groupe, et nous faisons tout ce que nous pouvons pour l’appuyer et la présenter sous des angles qui soient nouveaux et passionnants pour nous, qui puissent véhiculer le plus d’émotions brutes possibles. Notre travail sur le mix avec Damian fut une expérience riche en apprentissages, parce qu’il n’arrêtait pas de crier : "MONTE LE VOLUME!". Il repoussait sans arrêt les limites de notre zone de confort en poussant le niveau de sa voix, et au final son implication et son enthousiasme à faire passer la voix au premier plan et au centre nous ont beaucoup influencés. C’est vraiment chouette de savoir que les gens peuvent finalement comprendre ce qu’elle chante.

The process for every song is slightly different but usually the seed of an idea is presented by one person, be it a set of chords on the guitar/piano, a drum beat, or even an ambient texture of some sort. One person would be sitting at a piano, playing something and other people might wander into the room and get inspired by what they hear, then they pic up an instrument or a mic and start contributing. Very often the songs on Deep In The Iris came together in that very natural way. Living and working in the same place for so long gave us the ability to seamlessly flow in and out of moments of creation.

Raphaelle’s voice is such a strong part of our identity as a band, we are always doing what we can to support it and present it in new and exciting ways for us that can get across as much of that raw emotion as possible.  Working with Damian on the mix was a huge learning experience for us this time because he was constantly being like, TURN THAT SHIT UP!  He was always pushing the boundaries of having her voice louder than we felt comfortable having it, but we were definitely influenced by his commitment and enthusiasm to getting her voice front and center this time. It’s really nice to know that people can finally hear what she is singing.

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D’après un communiqué, "l’album explore un certain nombre de sujets graves comme la pornographie, la maltraitance, et le slutshaming*", et cela se traduit dans vos lyrics sans concession, par exemple dans Miniskirt : “I’m not a man hater […] But in my position, I’m the slut, I’m the bitch, I’m the whore, the one you hate”. Et de ce que j’ai pu lire, il semblerait que les femmes et ce qu’elles font de leur corps est pour vous une vraie préoccupation. Qu’est-ce qui explique ce message social ? Que pensez-vous des Femen ?
According to a press release, “the record explores a number of heavy subjects, including pornography, abuse, and slutshaming”, and it translates into your harsh lyrics, for instance in Miniskirt: “I’m not a man hater […] But in my position, I’m the slut, I’m the bitch, I’m the whore, the one you hate”. Also, from what I’ve read, it seems women and what they do with their body is a real concern to you. What’s the story behind this social message? What do you think about Femen?

Nous sommes convaincus que le monde a un long chemin à parcourir sur l’égalité des sexes, en particulier en ce qui concerne le droit des femmes. La réification et la marchandisation des femmes reste un énorme problème et contribue à mettre en danger beaucoup d’entre elles, indépendamment de leur statut social ou de leur âge. Je pense que si notre musique peut permettre aux gens d’être davantage conscients de ces problèmes ou leur donner la force de se dresser contre les situations d’abus, c’est formidable.

We all feel very strongly that the world has a long way to come in terms of gender equality and especially how that relates to woman’s rights. The objectification and commodification of women is still a huge problem and is creating an unsafe place for many woman of any social status or age. I think that if our music can help inspire people to be more conscious of these issues, or give people the strength to stand up to abusive situations that is a wonderful thing.

Vous donnez un concert au Pop Up du Label le 29 avril prochain, vous porterez des minijupes ?
You’re having a gig at Le Pop Up du Label in Paris on April 29th, will you be wearing miniskirts?

Hmmm… Raphaelle peut-être, si elle le sent, haha. Mais je peux sans risque affirmer qu’il y a très peu de chances de nous voir, Taylor ou moi-même, en jupe.

Hmmm...well Raphaelle might, if she feels like it that day, haha. But I can safely say that its very unlikely you will find Taylor or myself in skirts.

Un peu de terminologie à présent. Pourquoi êtes-vous BRAIDS** ? Parce qu’il vous arrive de vous en faire les uns les autres ? Et pourquoi Deep In The Iris ? C’est ambivalent, renvoyant à la fois à l’œil, de manière introspective, et à la fleur, et donc à Flourish//Perish.
Let’s talk about terminology. Why are you BRAIDS? Because you like to make some to each other from time to time? And why Deep In The Iris? It’s ambivalent, referring both to the eye, which sounds introspective, and to the flower, thus to Flourish//Perish.

BRAIDS est un projet collectif. C’est l’enchevêtrement de nos trois identités musicales qui fait de nous un ensemble cohérent et solide.

Deep In The Iris est né du temps que nous avons passé dans la nature. Nous y présentons nos travaux les plus honnêtes et vulnérables, et comme quand on scrute les yeux de quelqu’un, on peut avoir un riche aperçu de son âme et de son être. C’est ce que nous pensons avoir exprimé dans cet album. C’est aussi un parallèle avec la fleur, l’iris. Nous avons passé tellement de temps à l’écart des environnements urbains habituels que nous avons appris à apprécier la beauté de la nature et son impact thérapeutique apaisant comme jamais auparavant.

BRAIDS is a collective project. Its the intertwining of our three musical identities that makes us a strong cohesive unit.

Deep In The Iris was born from our time in nature. We are presenting our most honest and vulnerable work on this record, and similarly to when you look deep in someones eyes how you can see so much about their soul and their being, we feel like that is being expressed here on this album. It also draws a parallel to the flower the Iris. Spending so much time outside of our normal urban environments we learned to appreciate the beauty in nature more than ever before and its calming therapeutic impact.

Et après votre tournée en Europe, aux USA et au Canada ? Vous avez quelques indices sur vos nouveaux projets ?
What comes next after touring Europe, USA and Canada? Any hints for a new stuff of yours?

Nous venons de nous faire confirmer nos premières dates en Asie en juillet, c’est très excitant ! Nous allons essayer de terminer quelques trucs laissés de côté pendant la rédaction de Deep In The Iris et travailler à produire une release complémentaire dans un futur proche. Nous avons aussi une nouvelle grosse tournée en Amérique du Nord et en Europe à l’automne.

We have just been confirmed for our first shows in Asia in July, which we are very excited about! We are going to try and finish up some leftovers from the writing process of Deep In The Iris and work on putting together a companion release for the near future. We will also be touring heavily around North America and Europe again in the fall.

* Le slutshaming est une action consistant à intimider ou humilier les femmes au comportement jugé trop provocant et entretenant l’idée que le sexe est avilissant pour les femmes [NDT]
** Nattes, tresses [NDT]

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Braids - Deep In The Iris (Arbutus Records, 27 avril 2015)

1. Letting Go
2. Taste
3. Blondie
4. Happy When
5. Miniskirt
6. Gettings Tired
7. Sore Eyes
8. Bunny Rose
9. Warm Like Summer


Tops - Way to be Loved

ABT040 TOPS LP-Jacket 11183 v2Cela aurait pu être l'album de l'été, mais il sort en septembre. Le 2 précisément. Alors ce délicat Picture You Staring glissé par les canadiens de Tops sera le disque de la reprise, celle douce et éphémère, lorsque l'humeur n'est pas encore tronquée par la fastidieuse quotidienneté. Annoncé une nouvelle fois via Arbutus Records (lire), label de leur précédent Tender Opposite paru en 2012 et idoine fenêtre de tir pour une interview avec le frontman David Carriere (lire), ce nouvel LP est partiellement défloré par la lumineuse Way to be Loved, aussi confortable qu'un rocking chair à l'ombre d'un immense érable un après-midi d'été : la voix de Jane Penny se love avec candeur dans la guitare aux résonances jazz de Carriere sans tremper une seule seconde dans ces mélodies surannées qui faisaient leur charme d'antan.

Audio

Tracklisting

Tops - Picture You Staring (Arbutus Records, 2 septembre 2014)

01. Way to be Loved
02. Blind Faze
03. Circle the Dark
04. Outside
05. All the People Sleep
06. Sleeptalker
07. Superstition Future
08. 2 Shy
09. Change of Heart
10. Easier Said
11. Driverless Passenger
12. Destination


Sean Nicholas Savage l'interview

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Photos © Helene Perruzaro

Le 3 juin dernier Sean Nicholas Savage se produisait sur la terrasse du Petit Bain pour la sortie de son nouvel album, Bermuda Waterfall paru via Arbutus Records (lire). C'était donc l'occasion idéale pour échanger avec le John Waters de la musique sensible qui ce jour-là avait décidé de jouer et de passer le reste de la soirée avec un masque doré sur la tronche.

Sean Nicholas Savage l'interview - Par Alex P

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Il s’est à peine écoulé un an depuis l’album précédent. Est-ce que certaines chansons de Bermuda Waterfall viennent de la même session d’écriture ou as-tu travaillé exclusivement sur de nouvelles paroles et de nouveaux sons après la sortie de Other Life ?
It’s only been a year since the last album, were some of the songs on Bermuda Waterfall part of the same writing process or did you work exclusively on new sounds and lyrics after the release of Other Life?

J’avais d’autres chansons de la période Other Life mais il fallait que je laisse ça derrière moi pour commencer un nouvel album. Mes chansons sonnent un peu pareil parce que c’est juste moi et que je ne sors des trucs que depuis un certain moment, mais j’ai écrit sur la route après la sortie de Other Life. J’ai écrit des poèmes et j’avais besoin d’être plus abstrait dans mes paroles pour dire des choses plus importantes parce que j’étais très direct dans Other Life, plus autobiographique. Mais j’avais besoin de dire des choses plus importantes que je ne pouvais exprimer de manière frontale, j’ai dû utiliser des images, être plus poétique pour exprimer ces choses. J’ai donc fait ça, et là je travaille sur un nouvel album qui sera encore différent. Je travaille dur pour faire plus de musique et j’ai besoin de garder de l’élan dans ma vie car écrire des albums me procure énormément de plaisir, j’aime tellement écrire des chansons, mais il me faut une raison pour les écrire donc je me fixe des délais et je continue à travailler, ça fait du bien.

I had other songs from Other Life but I had to leave everything behind and start a new album. They always sound a bit similar because I’m just one guy and it’s only been so much time, but I wrote on the road after Other Life came out. I wrote poems and I needed to be a little more abstract with my lyrics to say bigger things that I couldn’t just say straight up so I needed to use imagery and be more poetic to say these things. So I did that and now I’m working on a new album  and that’s gonna be different again. I work hard to make more music and I need to keep the ball rolling sometimes in my life because it’s such a sweet thing for me to write albums, I love writing songs so much but I need a reason to write them so I give myself deadlines and I keep working, it feels really good.

Tu chantes beaucoup sur la solitude et l’amour. Tu t’inspires de tes expériences ou est-ce que tu construis un personnage ?
You sing a lot about loneliness and love, do you reflect on your experiences or are you building a character?

Je suis un personnage, le personnage de ma vie, et je joue ce rôle. J’interprète les chansons selon les paroles donc c’est comme une pièce de théâtre mais tout est fondé sur ma vie donc réel. Mais je n’ai pas besoin d’exagérer, les parties de ma vie à propos desquelles j’écris sont déjà assez importantes, en fait j’essaye plutôt d’adoucir la chose pour que ça ne soit pas trop émotionnel. C’est de la musique émotionnelle mais ça n’a pas besoin d’être cheap, des larmes au rabais. Je reste fidèle à la profondeur de ces sentiments.

Well I am a character, it’s the character of my life and I play that part. I’m performing the songs to the lyrics so it’s like a play but everything is about my life so it’s real. But I don’t need to exaggerate, parts of my life I write about are already big enough, I actually try to tune in down more than anything so that it’s not too emotional. It is emotional music but it doesn’t need to be cheap, as in cheap tears. I’m true to the depth of these feelings.

Tu tournes beaucoup. Aimes-tu écrire sur la route ou as-tu besoin de te poser quelque part afin de créer ?
You’ve been touring a lot, do you like writing while on the road or do you need a place to settle down in order to create?

Je tourne depuis deux ans et demi à peu près et oui, je préfère avoir un chez moi d’où je peux composer et enregistrer mais j’ai mes priorités et il faut faire des compromis si tu veux achever quoi que ce soit dans la vie.

I've been touring for two and a half years or something, so yeah I do prefer to have a home and record everything at home but I have priorities and you need to have compromise if you want to get anything done in your life.

Tu écris donc sur la route par nécessité ?
So you write on the road out of necessity?

Oui et cela affecte également ma manière d’écrire. Mais ça ne veut pas dire que c’est mieux ou moins bien, c’est juste différent. Je suis ouvert d’esprit et c’est le moyen que j’ai trouvé afin de retirer le maximum de cette activité mais je donne toujours tout ce que j’ai dans mes chansons.

Yeah and it also affects the way I write. But it doesn’t mean that it’s better or worse, it’s just different. I’m open minded and this is the way I can have the most cake and eat the most too and I still give everything into my songs.

Tu mets réellement ta personnalité et tes émotions en avant au travers de tes paroles et de ton attitude sur scène. Est-ce que ce look à la John Waters que tu sembles entretenir fait en quelque sorte partie de tout ça ?
You really put your emotions end personality forward through your lyrics and attitude on stage. Is that John Waters kind of look you have going on also part of that?

C’est simplement mon apparence. Je ne crois pas vraiment en la peur car j’ai la foi, je suis religieux à ma manière, spirituel. Dieu est nature et je crois qu’il y a de la foi dans la nature, c’est un fait. La nature est fondée sur des bonds de foi, des miracles et des chants et c’est ce qui la fait avancer. La peur est anti donc si jamais mon front se dégarni et que je commence à perdre mes cheveux, je les peignerai toujours en arrière et je suivrai le truc car Dieu a dessiné mon être et qui je suis et j’ai choisi le chemin de la foi donc j’accentue ce que l’on m’a donné. Je ne sais pas, peut-être que j’ai une apparence cartoonesque. C’est juste un look fort, et j’aurai toujours un look fort. J’adore les cartoons et John Waters, il est génial, donc ça ne me dérange pas si je lui ressemble, à lui ou à Steve Buscemi ou Christopher Lloyd, j’adore ces mecs.

That’s just how I look. I don’t believe in fear much because I have faith, I’m religious in my own way, spiritual. God is nature and I believe nature has faith in it, that’s a fact. Nature is based on leaps of faith and miracles and chants and that’s what makes it go forward. Fear is anti so if I have a hairline going back and start losing my hair I’ll comb back with it because God shaped my whole self and my character and I choose the road of faith so I go with the flow and accentuate what I’m given. So maybe I look a bit cartoony or something. It’s just a strong look, I’ll always have a strong look. I love cartoons and I love John Waters too, he’s amazing so I don’t mind if I look like him or Steve Buscemi or Christopher Lloyd, I love all these guys.

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Bermuda Waterfall est sorti sur Arbutus Records, comme le reste de ta discographie. Quelle est ta relation avec le label ?
Bermuda Waterfall is out through Arbutus Records like the rest of your discography, what’s your relationship to the label?

Je suis sur le label depuis sa formation. Il a en quelque sorte été créé autour de moi et Claire Boucher (Grimes). Je suis resté très proche d’eux et je suis donc resté.

When it was formed I was on the label. It was created sort of around me and Claire Boucher (Grimes) and so I’ve just stayed really close with them and stayed on the label.

C’est comme une famile ?
It feels like a family?

Oui, disons que ce sont mes bons amis. J’ai aussi une grande famille, une famille de sang et des demi-frères et sœurs au Canada que je ne vois pas très souvent, mais je trace une limite entre la famille et les amis. Mais famille ne veut pas dire plus proches ou qu’ils te connaissent mieux que tes amis, j’ai toujours été proche de beaucoup de gens, et une grande partie sont des musiciens et des artistes. J’en ai rencontré la plupart lorsque j’ai déménagé à Montréal vers 20 ans. Je suis originaire d’Edmonton, comme Mac DeMarco, mais j’ai beaucoup d’amis à Montréal et la plupart étaient là quand Arbutus a démarré. Mon manager gère le label et c’est l’un de mes meilleurs amis, donc je considère que c’est aussi un peu mon label. J’ai mon travail d’écriture puis le groupe que j’ai monté et ensuite j’ai mes amis avec qui je fais des affaires, ce sont différentes collaborations. Arbutus est une collaboration que je fais et qui va toujours fort.

Yeah well, it’s my good friends. I also have a large family, blood family and step siblings back in Canada that I only see so often but I draw a line between family and friends but family doesn’t mean more closer or that they know you better than friends do. I’ve always been very close to a lot of people, I have a lot of good friends and many are musicians and artists. Many of them I met in Montreal when I moved there, I was in my early twenties. Originally I’m from Edmonton, that’s where Mac deMarco is from too but yeah Ihave a lot of friends and many where around when Arbutus started. My manager runs the label and he’s one of my best friends, so I consider it like partially my label too. I have my writing I do and then I have my actual band that I put together and then I have my friends I do business with, these are different collaborations. So Arbutus is a collaboration I do and it’s still going strong.

Je t’ai vu sur scène dans différents festivals l’année dernière, au Heart Of Glass, Heart Of Gold dans le sud de la France et au Iceland Airwaves à Reykjavik. Parfois tu es avec un groupe, d’autres fois tu es simplement accompagné par ton claviériste.
I saw you perform in different festivals last year, at the Heart Of Glass, heart Of Gold in the south of France and at the Iceland Airwaves in Reykjavik. Sometimes you’re with a full band, other times it’s just you and your keyboard player.

En fait je voulais que ça se stabilise cette année mais les choses changent plus que jamais parce que je tourne énormément, donc différentes personnes vont et viennent.

Actually now this year I wanted it to be more consistent but it’s changing more than ever because I’m touring so much, people come on and off.

Donc c’est plus une question de disponibilité des différents intervenants ?
So it’s more a matter of availability of the different collaborators?

Oui, et puis combien de temps peux-tu avoir des gens si dédiés à un ami équitablement ? Pouvoir les payer comme il se doit et faire en sorte qu’ils puissent se retrouver dans le fait de ne pas avoir de vie en dehors de ma vie ? Parce que c’est de la musique personnelle, et mes amis l’adorent et c’est cool, tous ces voyages que l’on fait, mais je ne veux pas user qui que ce soit, et puis parfois certaines tournées ne le permettent pas, comme avec Mac DeMarco. Etant donné que l’on voyageait avec Mac on pouvait juste prendre une personne en plus.

Yeah and how long can you have someone so dedicated fairly to a friend and even pay them well and make it worth it for them not having a life outside my life ? Because this is personal music and my friends love it and it’s fun, the fun trips we have, but I don’t want to wear anyone out and also certain tours… like for Mac DeMarco. Because we were travelling with Mac we could just bring one other person you know.

C’est donc une nécessité, mais aimes-tu aussi jouer avec des line up différents ?
So it’s out of necessity but do you also like performing with different line ups?

J’aime être rafraîchi mais tu peux aussi faire ça avec le même line up. J’aimerai avoir un line up plus stable, mais je ne pense pas que ça sera pour cette année, peut-être l’année prochaine. Si je devais choisir, je serais en solo mais c’est impossible. Je l’ai fait pendant des années et puis je parle de solitude et tout ça, mais je ne pense pas que mes sets solo sont assez puissants, donc je joue avec une autre personne. Avec le groupe il y a beaucoup de vie sur scène, j’adore ça.

I enjoy being refreshed but you can do that with the same lineup too. I’d like to have a more consistent lineup but I don’t think it will happen this year, maybe next year. If I had to choose I’d go solo but that’s impossible. I did that for years and I sing about loneliness and stuff, but I don’t think that my shows are strong enough solo so I’m playing with one other person. Now with the band you get a lot of life on stage so I love that.

Sur scène tu parais souvent ivre ou défoncé. Est-ce que c’est quelque chose qui t’aide à te lâcher ou ça fait juste partie de l’amusement des  tournées ?
On stage you often seem intoxicated, is it something that helps you loosen up or is it just part of the fun while on the road?

Oui, j’utilise l’alcool pour mettre ce gros… hum…  comment dire ? Si mon cerveau est complètement déchiré, je peux laisser sortir les mots et aller plus facilement à cet endroit où je vais souvent  et simplement être là et laisser la musique sortir, la canaliser. Mais j’ai arrêté de boire il y a quelques mois maintenant, parce que ça devenait impossible pour moi de continuer à travailler. L’année dernière j’ai beaucoup abusé de la drogue et de l’alcool et quand je n’étais pas en tournée j’étais perdu, donc je continuais juste à prendre beaucoup de drogue et un jour j’ai craqué en quelque sorte. Il a fallu que j’arrête si je voulais continuer à tourner. Tourner sans arrêt est épuisant et quiconque m’a vu l’année dernière m’a vu défoncé. J’aime me défoncer, c’est cool et des fois je me dis : « J’irais bien voir Sean Nicholas Savage en concert ce soir ». Ok cool mais tu aimerais le voir défoncé ou pas défoncé ? J’avais tendance à croire que : « Oh ça serait vraiment cool s’il était défoncé parce que comme ça il se planterait peut-être sur certaines choses mais il pourrait aussi faire des trucs que les gens normaux ne peuvent pas faire ». Et puis beaucoup de chanteurs dans les années soixante prenaient du speed tout le temps et encore aujourd’hui certainement, en coulisses, beaucoup d’artistes prennent des produits, tu sais, des performeurs, c’est comme les sportifs s’ils ne prenaient pas des tests d’urine, ça te permet simplement d’être au top. Je suis vraiment tombé dans les excitants, speed, cocaïne, MDMA. La MDMA c’est génial quand tu chantes et ça rend les choses encore plus émotionnelles pour moi. Et puis beaucoup d’alcool parce que j’ai toujours fait ça, mais j’ai dû arrêter parce que c’était trop pour mon corps. Il fallait que je fasse un choix. Je ne meurs pas vraiment, je me crame et j’ai envie de mourir mais je ne vais pas encore mourir donc je continue de vivre. Les gens se disent : « Whoa je vais mourir, je me défonce trop, je suis déchiré, je vais mourir », mais ce qu’il se passe c’est que tu ne meurs pas, tu vis mais quelque chose se dérègle chez toi et il t’arrive de sales trucs, des problèmes avec tes organes, ton cœur, tu sais des trucs terribles mais qui ne sont pas la mort et après t’es toujours vivant mais c’est pire, donc je vais juste essayer de garder ça sous contrôle et de continuer à faire mes trucs un peu plus longtemps.

Yeah I would use alcohol to put this big…hum… If my brain is just completely blown off then I can just speak the words and go to that place that I often go to a lot easier and just stand there and let the music out, channeling it, but I stopped drinking a few months ago now because it was becoming impossible for me to continue to work. And last year I got a lot of drugs and alcohol abuse and when I wasn’t touring I didn’t know what to do with myself and so I was just abusing drugs and I sort of snapped and had to stop so that I could keep touring. Touring relentlessly is also very tiring and if anyone saw me last year I was always like very intoxicated.I like getting high, it’s cool when I’m like “I’d like to go see Sean Nicholas Savage tonight” ok cool but would you like to see him high or not high ? And I used to think “Oh it would be really cool if he was high because then maybe he would fail on some things but he can also do other things that average people can’t do you know". And I think a lot of singers in the sixties were taking speed all the time and even today maybe, behind the scenes, a lot of artists are taking speed, performers you know, it’s like in sports if they didn’t test for pee, just makes you able to be tip top. I got really into uppers like speed, cocaine, MDMA. MDMA feels really good singing and it makes it emotional for me too, and lots of drinking because I always did that, but I had to stop because as it sounds, it’s a little too much for my body. I had to make a choice. I don’t really die, I get burnt out and I want to die but I’m not gonna die yet so I have to keep living. People think like “whoa I’m gonna die, I’m blowing myself away, I’m so fucked up I’m gonna die” but what happens is that you don’t die, you live but something goes wrong with you and you have some bad things happening in your life, problems with your organs, your heart, you know, terrible things that happen to you that aren’t death, and then you’re still alive and it’s worse so I’m gonna keep it as good as I can, just trying to keep going a little longer.

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Tu te considères plus comme un auteur/compositeur ou comme un performeur ? Quelle est l’importance du live en comparaison au travail de studio ?
Do you consider yourself more as a songwriter or a performer? How is the live show important in comparison to the studio work?

Ce sont deux choses assez différentes. Le travail de studio est aussi assez éloigné du travail d’écriture. J’écris avant d’enregistrer. Je donne de l’importance à l’esthétique et à une certaine qualité donc ça sonne parfois un peu lo-fi. Le seul moyen que j’ai trouvé pour atteindre la qualité que je veux dans les circonstances dans lesquelles je me trouve avec le temps que j’ai à disposition, est d’opter pour quelque chose d’un peu trash, pour ajouter un peu de mordant. Quand c’est de la musique aussi sensible, il faut avoir un peu de mordant sinon tu finis par faire quelque chose d’un peu cheap. Je dois être sincère, et je trouverai un meilleur moyen pour l’être, à terme j’aimerai sonner plus hi-fi. Je prends une chose à la fois, mais je suis essentiellement porté sur l’écriture, et ce depuis que je suis petit.

It’s two pretty different things. The studio work is also not so close to me to the writing. I write before I record. I value aesthetic and a certain quality so it might sound on the lo-fi end sometimes. The only way I’ve been able to get that quality that I want in the circumstances I’ve been stuck in in the time frames I’ve had is to go for a little bit of trash to give it an edge. When it’s such sensitive music you have to have an edge otherwise you’re just making cheap stuff. I have to be real and I’ll find a better way to do that, I want to be more hi-fi eventually.  I’m tackling one thing at a time, but I’m mainly a writer, I’ve always been since I’m little.

Quand as-tu commencé à écrire de la musique ?
When did you start writing music?

J’ai commencé à enregistrer mes chansons quand j’avais 12 ans à peu près mais je fais des chansons depuis aussi tôt que je puisse me souvenir.

I started recording my songs when I was twelve or something but I was making songs as soon as I can remember.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
What are you listening to at the moment?

Aujourd’hui on a écouté une compilation que j’ai faite de mes chansons préférées d’Elton John. Je l’ai écoutée avec beaucoup d’attention, je l’ai étudiée et j’en ai retiré une grande satisfaction. Je n’avais jamais écouté en profondeur certaines de mes chansons préférées comme Rocket Man. On dirait des paroles drôles, on peut voir ça comme un délire genre : « Je suis tout le temps défoncé, je suis tout le temps défoncé », des trucs comme « Space is no place for a kid » peuvent paraître cheesy mais il s’agit d’une simple métaphore vraiment cool, des paroles lourdes de sens hyper cool. On écoute aussi beaucoup de mix de trance et quelques vieilleries, des trucs jazz, tout ça m’inspire beaucoup.

Today we listened to a compilation I made of my favorite Elton John songs. I listened very closely, I was studying it so I got a lot of satisfaction out of that. I never listened close enough to my favorite songs of his like “Rocket Man”. They seem like funny lyrics you can think of it as a “I’m always high, I’m always high” thing. Things like “space is no place for a kid” might seem cheesy but it’s a cool and simple metaphore, just really cool heavy lyrics. We listen to a lot of trance mixes too and some oldies, like jazzy stuff, all that’s very inspiring.

Quels sont tes projets dans un futur proche ?
What are your plans in the near future?

J’ai un emploi du temps chargé. Je n’ai pas de maison donc on planifie ma vie très en avance. Les gens qui ont un chez eux sont là genre : « Je vais faire ci et ça et après je rentre chez moi », moi je suis toujours obligé de planifier très en avance. Je vais tourner deux mois au Etats-Unis, après j’ai des concerts à Moscou, je vais enregistrer un peu à Londres, travailler sur un film à Vancouver, jouer à NY et encore tourner en Europe. Je compose un nouvel album aussi.

I have a big schedule. i don't live anywhere so we plan my life way in advance. People who have houses are like "I'm gonna this and this and then i'll go home" but I don't have a home so i'm always planning way in advance. I'm gonna tour two months in the US, then I have shows in Moscow, I'm going to go to London to record a bit, work on a movie in Vancouver, play in NYC and tour in Europe again. I'm making a new album too.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=sBZbyNKOvGY

https://www.youtube.com/watch?v=_hXZJ4Vxlm4


Braids - Flourish // Perish

Basiquement, avant l'année 2013 et la sortie des seconds albums respectifs de Blue Hawaii et Braids, il convenait de dire que le premier s'inscrivait tel le projet le plus électronique de l'hyperactive Raphaelle Standell-Preston, tandis que l'autre représentait son versant plus pop. Mais ça c'était avant la parution en mars d'Untogether du duo composé de la Canadienne et d'Alexander Cowan - officiant par ailleurs à son compte sous le patronyme d'Agor -, mais aussi et surtout, avant la co-réalisation par les trois labels Arbutus Records, Full Time Hobby et Flemish Eye du nouveau LP de Braids, Flourish // Perish, ce 19 août 2013, brouillant irrémédiablement des frontières déjà peu étanches. Car si la patine électronique reste à peu de chose près la même s'agissant des conjectures musicales de Blue Hawaii, et ce dans le bruissement d'une IDM tintinnabulante, le glissement est d'autant plus flagrant pour celles de Braids, plantant le décorum de sa dizaine de compositions dream-pop en plein havre stratosphérique, où les caresses vespérales entonnées par Raphaelle Standell-Preston gravitent dans les limbes kaléidoscopiques et délicates imaginées par Austin Tufts et Taylor Smith, aux contreforts rythmiques idoines, à la fois ciselés (Victoria, Together) et ascensionnels (Fruend, Ebben), carénés de textures fluides et graciles, voluptueusement produites par Harris Newman. Amputé depuis mai du départ de la claviériste Katie Lee, très impliquée dans la nouvelle direction artistique impulsée, substituant aux guitares de pénétrantes nappes de synthétiseurs, le quatuor devenu trio, originaire de Calgary et formé sur les bancs de l'université, s'est retrouvé à Montréal pour accoucher du successeur de Native Speaker - paru en 2011 via Flemish Eye et Kanine Records -, quelques mois seulement après avoir collaboré avec le producteur techno irlandais Max Cooper à l'occasion de son EP, Conditions One (lire). Défloré fin avril par le biais de l'abyssal 12" EP In Kind / Amends, Flourish // Perish témoigne sur son entièreté d'une grâce élégiaque, parsemée d'aspérités soniques et d'arrangements se jouant sans filet de la haute voltige, réceptionnant avec un savoir-faire troublant de maturité et d'ingéniosité les acrobaties vocales et aériennes de Raphaelle Standell-Preston. La dentelle ouvragée d'Amends reste sans équivalent, mises à part les premières échappées solitaires de Björk, le velours côtelé de Juniper est inestimable quand la respiration d'In Kind, nébuleuse et labyrinthique, se fait vitale. La prouesse est de taille d'autant qu'elle se dénoue à la faveur d'un paradoxe sur lequel nombreux sont ceux à s'être brisé les mâchoires, à savoir avoir réussi à conserver la teneur hautement émotionnelle de leur musique et ce malgré le filtre potentiellement déshumanisant des machines employées.

Vidéo

http://youtu.be/_Xk-s4fCCwc

Tracklist

Braids - Flourish // Perish
Braids - Flourish // Perish (Arbutus Records, Full Time Hobby, Flemish Eye, 19 août 2013)

1. Victoria
2. Fruend
3. December
4. Hossak
5. Girl
6. Together
7. Ebben
8. Amends
9. Juniper
10. In Kind


Majical Cloudz - Childhood’s End

Si le Québécois Devon Welsh fait en quelque sorte partie des meubles de La Brique - squat transformé en studio et salle de concert et hébergeant les bureaux du label Arbutus - c'est pour le moment du fait de son défunt projet Pop Winds (2009-2012) et de sa collaboration au médiatisé LP Visions de Grimes. Fort de son récent projet Majical Cloudz, et après avoir inoculé gracieusement son album II dans la trame numérique, Devon Welsh franchit désormais seul le pas supplémentaire le séparant de la lumière, publiant via l'anglais Merok et le montréalais Arbutus un premier EP, Turns Turns Turns, réincarnant ses inspirations pop par l'entremise de synthétiseurs aussi captivant que sa voix ne se fait profonde et envoûtante. Et c'est en toute logique que le Canadien s'est adjoint les services d'Emily Kai Bock - déjà auteure de vidéos pour Solar YearDoldrums et Grimes, tous du label Arbutus - pour mettre en scène la poignante sonate Childhood’s End où son père, Kenneth Welsh - acteur de métier ayant notamment figuré Windom Earle dans la série Twin Peaks -, incarne avec superbe l’allégorie d'une misérable solitude. Sans aucun doute l'une des plus belles vidéos de ce début d'année.

Majical Cloudz sera à l’affiche le 19 avril prochain à l’Espace B en compagnie du trio parisien Einleit (Event FB / Concours).
Mercredi 10 avril, retrouvez un Who Are You? consacré au label Arbutus.

Vidéo

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TOPS - Tender Opposites

Si TOPS trouve en Europe un bien bel écrin magnétique via le label franco-montréalais Atelier Ciseaux, le groupe formé par les deux ex-Silly Kissers Jane Penny (voix) et David Carriere (guitare) - en plus de Riley Fleck à la batterie et Thom Gillies à la basse - est un pur produit d'Arbutus Records, label à l'élégance aussi éclectique qu'avérée (Blue Hawaii, Grimes, TonstartssbandhtSean Nicholas Savage). Enregistrant Tender Opposites, leur premier LP, dans les locaux de La Brique - loft transformé en studio et salle de concert et hébergeant la plupart des artistes du label - Tops est l'émanation d'une communauté de groupes ayant de loin ou de près des rapports avec Arbutus : les feu Silly Kissers donc, mais aussi Paula (David Carriere) et Pat Jordache (Thom Gillies) que l'on retrouve notamment sur la récente compilation de la structure dédiée à Montréal (télécharger). À l'instar de Blouse ou Summer Camp, ou de leur compère de maison de disques, Sean Nicholas Savage, les quatre Canadiens ancrent leur musique dans des standards pop propres aux années quatre-vingt, à quelques encablures des Pretenders de Chrissie Hynde ou de Romeo Void, distillant sur Tender Opposites une huitaine de douceurs à la fois naïves et complexes, enjouées et mélancoliques. À l'origine d'une telle ambivalence, l'assurance et la chaleur de la voix de Jane Penny, omniprésente, tranche avec la fragilité rétro de guitares discrètes et de nappes surannées de claviers, suggérant un charme anachronique que la volubilité des mélodies ne fait que subjuguer. Tender Opposites, sans être rétrograde, est ainsi à concevoir tel un voyage passéiste invitant l'auditeur à l'immersion, entre introspection tourmentée (EveningGo Away), funambules cavalcades (Diamond LookVII BabiesTurn Your Love Around) et balades rassérénées (Double VisionRings Of Saturn).

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Tracklist

TOPS - Tender Opposites (Arbutus/Atelier Ciseaux, 2012)

01. Evening
02. Diamond Look
03. VII Babies
04. Double Vision
05. Go Away
06. Turn Your Love Around
07. Rings Of Saturn
08. TOPS Theme