Embrasse ta mère pour moi #3

Poetique Electronique - Synchronized Motion

Parce que l'harmonie et le rythme selon Aristote.

Darkside - A1

Parce que plus près de toi mon dieu, nu sous son jeans.

Sean Nicholas Savage - My Chances

Parce que l'amour au ralenti sur ma platine.

Campfires - Chasing Planets

Parce que malheureusement notre.

Versis x Dibia$e - Fly Me t'The Moon

Parce que je suis aussi un peu noir.

Ferrari Jackson - Coconut Milk

Parce que quatre mots art-pop suffisent.


Svn Sns Rcrds mixtape

(TC/DL)

01. To The Happy Few - E.V.P (Software Sex)
02. I Do Not Love - I Am So Ugly
03. Happy New Year - Winter Sun
04. Full Moon Fuck - Made U A Tape
05. IndigoChild - Sunshowers (MIA rmx)
06. Holy Strays - Trust Your Blood (Forest Swords Cover)
07. Glitter Bones - Race To Heaven
08. Disco Inferno - When The Story Breaks
09. Chief Black Cloud - Blue Moon (Cover)
10. Tones Of Tail - Performance
11. White Ring - One Nation Under God (Rick Ross Rmx)
12. Holy Other vs Hood - Pity U / Resonant 1942

01. TO THE HAPPY FEW est le groupe dont nous faisons partie avec David. Il s'agit ici d'un nouveau titre inédit qui figurera sur un EP prévu pour début 2012.

02. Derrière I DO NOT LOVE se cache Gregory Carl Miller, un jeune homme bourré de talent qui nous vient du Massachusetts. Voici un morceau inédit de ce romantique au timbre de voix abyssal. Son EP Worship est sorti chez nous sous format cassette il y a un mois (disponible par ici).

03. HAPPY NEW YEAR est le projet solo d'Eleanor Logan, une Australienne expatriée à Brooklyn. L'histoire de notre rencontre est assez drôle puisqu'elle nous a contacté suite à une interview que nous avions eu dans le webzine new-yorkais Impose (lire) et il se trouve que je suis également de nationalité australienne. On est immédiatement tombé sous le charme de cette musique d'une rare intensité. Son premier album verra le jour sous forme de galette vinyle en février prochain, Winter Sun en est le premier extrait. Une tournée européenne est également prévue pour le mois d'avril.

04. FULL MOON FUCK est l'un des deux projets solo de David (moitié de Svn Sns et frontman de To The Happy Few). Voici un extrait de son EP qui devrait voir le jour sous forme de cassette début 2012, et puis on trouvait que le titre du morceau était approprié pour cette mixtape.

05. INDIGOCHILD est un petit prodige de 15 ans du fin fond du Wisconsin et sa split cassette avec HOLY OTHER était notre troisième sortie. Depuis, on a beaucoup entendu parler du second mais croyez moi, ce petit gars n'a pas fini de faire parler de lui. Voici son remix de la chanson Sunshowers de MIA.

06. HOLY STRAYS, en plus d'être un jeune homme très talentueux, est également un très bon pote. Il était donc hors de question de faire une mixtape sans lui. Voici sa reprise d'un morceau de FOREST SWORDS, véritable tour de force, ou comment transformer un morceau drone ambiant en danse tribale funky jazzy.

07. GLITTER BONES. Leur vinyle Returning The Magic était notre quatrième sortie, Race To Heaven en est un extrait. Leur musique est le parfait accompagnement pour une balade dans les nuages sur le dos de Falkor le dragon à tête de labrador de l'Histoire sans fin.

08. DISCO INFERNO est un groupe mythique, probablement l'un de nos préférés. Actif de 1989 à 1995, il a très largement contribué à ouvrir la voie de la pop d'aujourd'hui, par l'utilisation des samples notamment, et tout ça presque dans l'indifférence générale, malheureusement. Cette chanson est extraite de l'album Technicolor, leur dernier disque. Et pour celles et ceux qui veulent poursuivre plus loin l'exploration de ce groupe fantastique, le label One Little Indian a récemment réédité une collection de tous leur singles et faces B intitulée 5 EPs (lire).

09. David revient avec son autre projet solo CHIEF BLACK CLOUD et propose ici sa réinterprétation de ce classique repris par le passé par des gens tels que Billie Holiday ou Elvis Presley.

10. Nous sommes plus fan de Bauhaus que de TONES OF TAIL mais ce morceau est d'une efficacité redoutable et nous hante depuis toujours. On retrouve dans les deux projets cette même mise en place rythmique subjuguante.

11. La witch haus est une vaste fumisterie. En dehors de quelques groupes précurseurs et inventifs, il n'y a pas grand chose de valable. Juste des suiveurs en quête de hype qui se clonent les uns les autres. Du coup, voici un remix de WHITE RING qui fait du bien avec son ambiance hip-hop apocalyptique. On en profite également pour saluer Rick Ross qui a eu des problèmes de santé dernièrement et lui souhaiter un bon rétablissement.

12. On a fait se rencontrer sur ce mashup un titre de HOLY OTHER, extrait de la split cassette avec INDIGOCHILD mentionnée un peu plus haut, avec un titre de HOOD extrait de l'album Silent '88. HOOD est un groupe auquel on voue un culte depuis toujours, c'est et ça restera une source d'inspiration constante, à l'image de Disco Inferno. C'est un groupe dont on ne parle jamais assez.

Commentaires par Alex Poveda


Total Control - Henge Beat

Après quelques singles, voilà enfin le premier album de ce groupe de Melbourne formé par des membres de UV Race et Eddy Current Suppression Ring, tous deux symboles de l'effervescence actuelle de la scène musicale australienne. L'intense See More Glass qui ouvre le disque est un empilement compact de froideur synthétique, de tension bruitiste maîtrisée et de chant distancié, un carton d'invitation sobre mais bien épais pour passer de l'autre côté du miroir.

C'est dans une folie Devo-esque toutes guitares dehors que nous sommes alors accueillis avec un enthousiasme ébouriffant. Le diablement accrocheur One More Tonight nous donne vite des suées : l'ambiance est électrique et on suit les néons qui clignotent vers ce qui ressemble à une étrange fête foraine (à moins que ce ne soit que quelques guirlandes aux couleurs vives dans une casse auto). On croise un Brian Eno le regard hagard sortant d'un petit chapiteau d'où s'évade une mélodie glaçée. L'endroit est quasi-vide mais dans une semi-obscurité, on découvre, entre quelques massifs caissons de basse, d'immenses hologrammes représentant des bâtiments métalliques aux contours aiguisés. Déambulant au cœur de cette géométrie acide, on finit par constater médusé que l'une de ces architectures est bien réelle. Son intérieur enfumé dévoile une incroyable collection de dolmens et de menhirs d'un gris profond sur lesquels sont disposées des centaines de bougies vacillant au son d'un vieux Swell Maps. Accroché par une telle installation, on vire dans la salle à frissons au son de l'épique et épidermique Carpet Rash qui fait chavirer corps et esprit et les échoue sur de nouveaux rivages.

Un nouvel environnement s'ouvre alors à l'écoute de la comptine rétro Shame Thugs, immédiatement secouée par le synth-punk vrillé de No Bibs dont les bleeps font écho à l'ironie suintante d'un refrain en forme de "ah ah ah ah". Définitivement désemparé, on en vient à suivre la consigne Jason Pierce-ienne du sublime Meds II, à savoir : "Take pills to remember to take pills to forget". Dès lors, tout semble aller mieux, et on scrute les astres sous un nouveau jour. Chaque scintillement de la grande coupole est une connexion neuronale rétablie. On balaye, on annihile des poussières d'idées noires sur la chaude rythmique kraut-wave de Love Performance qui clôt somptueusement ce disque aussi versatile que réussi.

Audio

vidéo

Tracklist

Total Control - Henge Beat (Iron Lung Records, 2011)

1. See More Glass
2. Retiree
3. One More Tonight
4. The Hammer
5. Stonehenge
6. Carpet Rash
7. Shame Thugs
8. No Bibs
9. Meds
10. Sunday Baker
11. Love Performance


Hartzine décembre 2011


Retrouvez, chaque mois, les choix éclectiques de la rédaction.

(TL/DL)

1. Grimes - Oblivion
2. Vessel - Wax Dance
3. Raime - Told and Collapsed
4. Canyons - Under a Blue Sky
5. Mutual Benefit - Auburn Epitaphs
6. Mirror Mirror - Locked From the Inside
7. Thor Harris - A Post Apocolyptic Tale of Friendship
8. Ex - Little Girls
9. Funk Police - Back Inside You
10. Guilty Ghosts - Everlasting Evening (Feat. Sea Oleena)
11. Ferals - World at Large (Modest Mouse Cover)
12. Aelter - Beloved
13. Fear of Men - Doldrums
14. Sister Irene O'Connor - Fire
15. Peachbblack - Breathless
16. Tomas More - Flesh (Original Mix)
17. Jullian Gomes - Love Song feat. Bobby (Ewan Pearson Vocal Mix)
18. Untold - Little Things Like That (Original Mix)
19. Gin/Sling - Joy Ride
20. Blackbird Blackbird - Tear
21. Happy Trendy - Satan's Tape
22. Wicked Witch - X Rated
23. Ian Elms - The Streets Enter the House
24. Lucien Monbuttou - A State of Blood


The Soft Moon – Total Decay

On a beau tenter de percer le mystère de The Soft Moon, celui-ci semble vouloir à jamais rester entier. Le one man band de Luis Vasquez s’enrôle d’une aura énigmatique, fascinant de sécheresse et de dureté. Seul repère, ce nom, semblant être la parfaite contraction du patronyme de l’ex-super band de Robert Wyatt et du célèbre morceau d’Echo & The Bunnymen… Et une fois encore, rien n’est moins sûr, le groupe semble vouloir nous laisser dans le flou total. Ce que l’on sait en revanche, c’est que l’album éponyme du San Franciscain aura coulé une dalle sur un héritage cold wave poussiéreux pour redéfinir le genre selon ses propres codes. Il n’est pas honteux de dire que vous pouvez définitivement ranger vos disques d’Unknown Pleasures et Closer, les fossoyeurs de Joy Division ont trouvé leur nouveau mètre-étalon en matière de shoegaze funèbre.

C’est Halloween et une fois n’est pas coutume, je reste vautré devant mon écran diffusant le très classieux Mais qu’avez vous fait Solange ?, laissant les gnomes s’acharner sur la sonnette et hurler leur désarroi face à ma porte restant résolument close. Le score magistral d’Ennio Morricone  et le corps exquis de Cristina Galbó me tiennent captivé, jusqu’au passage inopiné du facteur me livrant par surprise le dernières sorties du label Captured Tracks. Il n’en faut pas moins pour m’extraire de mon visionnage giallesque, en particulier lorsque mon regard se rive sur le dernier bébé de The Soft Moon. Un brin d’appréhension me parcourt en glissant le disque sur la platine, mais disparaît aussi vite à l’écoute des premières notes de Repetition. Chute vertigineuse dans les méandres d’un post-rock fantomatique, hanté par une basse folle à laquelle s’agrippe la rythmique tribale de boîte à rythme et de machine drum au bord de l’implosion. Une session de percussions lorgnant sur les sonorités caribéennes de Fabio Frizzi, post-Zombi 2. On retrouve sur Alive toutes les inflexions propres à la cold-wave : jeu de basse incisif, riffs de guitares lourds et saccadés, voix sépulcrale… A contrario de Total Decay, véritable chef-d’œuvre vibrant de résonance et de réverbération où la voix chevrotante et décharnée de Luis Vasquez s’entrechoque aux parois d’arcs électriques, micro-cataclysme en onde sinusoïdale s’érodant sur des mélodies post-indus déliquescentes. Bien trop court, Visons, et son tribal-Kraut ferme cet EP de façon explosive. Le groupe laissant vaquer son goût pour l’expérimentation et la digression au profit d’un titre au tempérament aussi fougueux que bouillonnant. Que l’on se rassure, The Soft Moon n’a rien perdu de sa verve frissonnante, bien au contraire. Ce Total Decay nous plonge dans un cauchemar bien plus abstrait que n’avait pu l’être le premier LP du groupe et quelque peu plus difficile d’accès. On attend 2012 avec une certaine excitation, à n’en point douter…

Audio

Vidéo

Tracklist

The Soft Moon - Total Decay (Captured Tracks, 2011)

1. Repetition
2. Alive
3. Total Decay
4. Visions


Who are you Svn Sns Records ? : interview & mixtape

Le sceau de l’amitié - éthyle ou numérique - s'il facilite les échanges, n'explique pas leur pertinence. A contrario, la curiosité, l'engagement et l’irrévérence, en ces temps de grandes messes grégaires et médiatiques, font que certaines initiatives convergent avec un naturel tout aussi déconcertant que ne l'était l'ignorance préalable. Avec feu Beko DSL (lire) en qualité d'entremetteur - à l'occasion d'une collaboration digitale à redécouvrir par ici - l'idée de présenter plus en détail Svn Sns r-Records, le label d'Alex Poveda et David Gamelin, allait germer il y a tout juste six mois pour aboutir - après un premier volet dédié il y a deux semaines à Hands In The Dark (lire) - à la seconde partie de notre série Who are you ? Et si Alex et David se sentent autant impliqués dans cette aventure discographique à tirages limités, c'est avant tout parce qu'ils mesurent - au-delà de leurs groupes respectifs - à quel point les sonorités mutantes et synthétiques du vingt-et-unième siècle méritent d'être hiérarchisées dans cette nasse aux contours incommensurables que représente internet. Entre moutons de Panurge et imposteurs resquilleurs - si bons soient-ils dans leur art de la gruge - difficile de s’adonner les yeux fermés sans se faire entuber. Incapable de suivre la cadence, les grandes divisions de l'industrie du disque abandonnent le terrain et la démarche de "label" reprend alors tout son sens, à savoir celle permettant, selon des critères artistiques, de choisir, puis de proposer sous format cassette ou vinyle, des projets originaux plus que prometteurs. A ce jeu, nos deux compères font très fort : Holy Other, qui squatte désormais des stades blindés, a sorti sa première split tape, en compagnie d'Indigochild, via Svn Sns Records, quand Gregory Carl Miller (I Do Not Love) - récent auteur de Worship, disponible par ici - et Eleanor Logan (Happy New Year) - avec un LP annoncé pour février - subjuguent, tant par leur timbre de voix respectif que par leur aura mélodique, au charme instantané. Interview et mixtape de deux passionnés.

Entretien avec Alex et David


D’où vous est venue l’idée et la volonté de créer Svn Sns Records ?

Au départ, on a décidé de monter cette micro structure afin de pouvoir sortir nos projets musicaux. David et moi représentons les deux-tiers de To The Happy Few et David officie également en solo en tant que Chief Black Cloud. Il s’agissait donc simplement d’une démarche DIY de faire de la musique et de la sortir sous la forme qui nous paraissait la plus cool. Après s’être fait plus ou moins bourrer le mou par quelques labels qui te promettent tout un tas de conneries pour mieux disparaître ou te faire patienter indéfiniment, on s’est dit que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Après ça a dégénéré… Je tiens à préciser que l’immense majorité des gens derrière les petits labels avec qui on a eu l’occasion de discuter sont des personnes réellement passionnées et amoureuses de musique. Ces gens font ça pour les bonnes raisons, on n'a juste pas eu de chance avec quelques structures étrangères. Mais cela a finalement débouché sur quelque chose de positif.

Peux-tu nous expliquer la signification d’un tel nom, Svn Sns Records ?

Le nom vient du fait que nous sommes un peu obsédés par le chiffre sept et que nous sommes tous les deux nés au mois de juillet. C’est aussi en rapport à notre enfance/adolescence bercée par le hard rock et un clin d’œil à une chanson d’Iron Maiden… Ce qui est assez marrant quand j’y pense puisque ça n’a jamais été notre groupe préféré.

Le fait d’être basé à Paris est-il un avantage quand on fait vivre ce type de structure ?

Je ne sais pas du tout si le fait d’être basé à Paris est un avantage. En fait, je pense que sous certains aspects c’est même plutôt le contraire. Être musicien ou avoir un label sont des activités qui coûtent, financièrement et en terme de temps. Donc quand tu vis dans une ville où tout est hors de prix, surtout les loyers, tu dois te démener, jongler avec les boulots alimentaires, faire des sacrifices. Mais en disant ça, je ne pense pas que ça soit nécessairement plus facile dans d’autres régions, chaque endroit a ses avantages et ses inconvénients et présente différentes problématiques. Au mois le truc sympa avec Paris c’est que tu peux voir un paquet de concerts, d’expos et rencontrer pas mal de gens différents.

Votre mode de production est essentiellement DIY. Tu peux nous en expliquer le fonctionnement ?

Comme tu le sais DIY signifie Do It Yourself, c’est un mode de fonctionnement très répandu et qui selon moi est bien parti pour se généraliser de plus en plus quand on voit la faillite du système qui a prévalu jusqu’à présent, à savoir majors et labels traditionnels, distributeurs et grandes enseignes, soit, pour schématiser vite fait, un traitement de la culture qui est équivalent à celui réservé à n’importe quel autre produit de grande consommation et qui pour moi, n’est plus du tout en phase avec la réalité. L’idée toute simple derrière notre démarche et de faire les choses par nous-mêmes avec les moyens à notre disposition. Là où le terme DIY peut revêtir tout un tas de significations politiques ou éthiques (notamment dans le milieu punk/hardcore dans lequel j’ai longtemps évolué), nous voyons ça comme une nécessité plus que comme quelque chose à grande valeur morale. C’est le seul moyen que l’on a trouvé pour sortir les artistes qui nous aimons et souhaitons défendre sur des supports que nous affectionnons (cassettes et vinyles). Du coup on a démarré en se saignant un petit coup en injectant nos sous dans les premières sorties, mais étant donné que l’on a eu la chance de plutôt bien écouler nos sorties dès le début, on peut dire maintenant qu’une sortie finance la suivante. Les moyens sont forcément limités mais l’aspect positif de la chose est que nous avons une liberté absolue en ce qui concerne nos choix (on fonctionne uniquement au coup de cœur) et la même chose est valable pour les artistes (nous n’intervenons jamais sur leur travail créatif, si ce n’est pour donner un avis quand on nous le demande). D’ailleurs je pense que pas mal d’artistes apprécient cette façon de faire, ils ont la main sur tout et n’ont aucun compromis à faire. L’aspect financier est de facto beaucoup moins lucratif mais au moins ils échappent aux DA débiles qui cherchent à imposer tel ou tel visuel ou encore le fait de chanter en français parce que c’est mieux pour le marché hexagonal. Après, chacun son truc.

Après la sortie de la cassette de I Do Not Love, quels sont les projets immédiats et futurs du label ?

Les deux sorties suivantes (début 2012) seront le premier album de Happy New Year en vinyle et un EP cassette de To The Happy Few. Et pour après, en vrac, une cassette de Full Moon Fuck, un vinyle de Indigochild et encore d’autres trucs.

Sur le beko_hartzine (écouter), c'est un peu grâce a vous que l'on retrouve la fantastique Eleanor de Happy New Year. Vous pouvez m'en dire plus à son sujet et ce qu'elle a dans les cartons niveau projets ?

Nous sommes très heureux de travailler avec Eleanor, sa musique est comme tu dis fantastique et c’est quelqu’un d’hyper cool. Notre rencontre est assez marrante puisqu’elle nous a contactés suite à une interview que nous avons eu dans le webzine new-yorkais Impose (lire). Elle nous a écrit parce qu’elle trouvait que l’on partageait la même vision des choses et sa manière de nous aborder a été vraiment chouette. Là où l’immense majorité des gens t’envoient un lien soundcloud ou bandcamp (ce qui n’a rien de mal bien sûr), elle a simplement souhaité avoir une adresse postale pour nous envoyer son premier vinyle 7’ qu’elle avait sorti toute seule, sans même nous donner le nom de son projet. Une semaine plus tard le vinyle est arrivé et on s’est pris une énorme gifle, il n’y avait plus à se poser de question. En plus le truc marrant c’est qu’Eleanor a beau vivre à Brooklyn, elle est australienne et je le suis également, du coup il y a des points communs en dehors de la musique. C’est la beauté de cette activité, tu fais des rencontres inhabituelles et tu partages des trucs. De toutes façons l’aspect humain est hyper important pour nous. Sinon, niveau projets en plus de la sortie du LP (février a priori), il y a une tournée européenne en prévision pour le mois d’avril et on l’accompagnera sur la route avec To The Happy Few. Si tout se passe bien ce sera pour le mois d’avril.

Beko vient de tirer sa révérence digitale (lire). J’en profite pour connaître ton sentiment à propos de cette structure originale et défricheuse.

Mon premier sentiment lorsque j’ai appris la fin de Beko a été : « ah merde ! », parce que comme tu dis, c’était vraiment difficile de trouver meilleur endroit pour découvrir et redécouvrir des groupes plus intéressants les uns que les autres. Après quand tu vois l’énergie investie dans ce projet - sortir des choses chaque semaine pendant un bon moment, ça relève presque de l’exploit surhumain - tu comprends pourquoi ça ne pouvait pas durer beaucoup plus longtemps. Mais plus qu’une fin, c’est un nouveau départ pour Reno et son acolyte car ils n’ont pas fini de nous régaler avec leurs goûts souvent irréprochables. J’ai hâte de connaître la suite.

Qui sont les amis de Svn Sns Records ?

Et bien, même si c’est difficile de répondre à cette question sans prendre le risque d’oublier quelqu’un ou de vous infliger une liste indigeste, je dirai évidemment Reno et feu Beko, Toma et Les Boutiques Sonores qui font un travail énorme sur Paris et tout ça avec la plus grande gentillesse, Le Pied de Biche (galerie/librairie fondée et tenue par ma chère et tendre) qui a accueilli entre autres des artistes Svn Sns pour des concerts et qui vend l’ensemble de notre catalogue, Seb de Holy Strays parce que c’est juste un mec adorable, Dwight et Jehri de chez Get Off The Coast, Haruka chez Big Love, Michael chez Rough Trade et Hartzine (et tu sais bien que ce n’est pas de la lèche en plus). Voilà, en tout cas j’espère que t’es content de nous avoir mis dans une position délicate auprès de toutes celles et ceux que l’on a pu oublier...

Mixtape

(TC/DL)

01. To The Happy Few - E.V.P (Software Sex)
02. I Do Not Love - I Am So Ugly
03. Happy New Year - The Drop
04. Full Moon Fuck - Made U A Tape
05. IndigoChild - Sunshowers (MIA rmx)
06. Holy Strays - Trust Your Blood (Forest Swords Cover)
07. Glitter Bones - Race To Heaven
08. Disco Inferno - When The Story Breaks
09. Chief Black Cloud - Blue Moon (Cover)
10. Tones Of Tail - Performance
11. White Ring - One Nation Under God (Rick Ross Rmx)
12. Holy Other vs Hood - Pity U / Resonant 1942

01. TO THE HAPPY FEW est le groupe dont nous faisons partie avec David. Il s'agit ici d'un nouveau titre inédit qui figurera sur un EP prévu pour début 2012.

02. Derrière I DO NOT LOVE se cache Gregory Carl Miller, un jeune homme bourré de talent qui nous vient du Massachusetts. Voici un morceau inédit de ce romantique au timbre de voix abyssal. Son EP Worship est sorti chez nous sous format cassette il y a un mois (disponible par ici).

03. HAPPY NEW YEAR est le projet solo d'Eleanor Logan, une Australienne expatriée à Brooklyn. L'histoire de notre rencontre est assez drôle puisqu'elle nous a contacté suite à une interview que nous avions eu dans le webzine new-yorkais Impose (lire) et il se trouve que je suis également de nationalité australienne. On est immédiatement tombé sous le charme de cette musique d'une rare intensité. Son premier album verra le jour sous forme de galette vinyle en février prochain, Winter Sun en est le premier extrait. Une tournée européenne est également prévue pour le mois d'avril.

04. FULL MOON FUCK est l'un des deux projets solo de David (moitié de Svn Sns et frontman de To The Happy Few). Voici un extrait de son EP qui devrait voir le jour sous forme de cassette début 2012, et puis on trouvait que le titre du morceau était approprié pour cette mixtape.

05. INDIGOCHILD est un petit prodige de 15 ans du fin fond du Wisconsin et sa split cassette avec HOLY OTHER était notre troisième sortie. Depuis, on a beaucoup entendu parler du second mais croyez moi, ce petit gars n'a pas fini de faire parler de lui. Voici son remix de la chanson Sunshowers de MIA.

06. HOLY STRAYS, en plus d'être un jeune homme très talentueux, est également un très bon pote. Il était donc hors de question de faire une mixtape sans lui. Voici sa reprise d'un morceau de FOREST SWORDS, véritable tour de force, ou comment transformer un morceau drone ambiant en danse tribale funky jazzy.

07. GLITTER BONES. Leur vinyle Returning The Magic était notre quatrième sortie, Race To Heaven en est un extrait. Leur musique est le parfait accompagnement pour une balade dans les nuages sur le dos de Falkor le dragon à tête de labrador de l'Histoire sans fin.

08. DISCO INFERNO est un groupe mythique, probablement l'un de nos préférés. Actif de 1989 à 1995, il a très largement contribué à ouvrir la voie de la pop d'aujourd'hui, par l'utilisation des samples notamment, et tout ça presque dans l'indifférence générale, malheureusement. Cette chanson est extraite de l'album Technicolor, leur dernier disque. Et pour celles et ceux qui veulent poursuivre plus loin l'exploration de ce groupe fantastique, le label One Little Indian a récemment réédité une collection de tous leur singles et faces B intitulée 5 EPs (lire).

09. David revient avec son autre projet solo CHIEF BLACK CLOUD et propose ici sa réinterprétation de ce classique repris par le passé par des gens tels que Billie Holiday ou Elvis Presley.

10. Nous sommes plus fan de Bauhaus que de TONES OF TAIL mais ce morceau est d'une efficacité redoutable et nous hante depuis toujours. On retrouve dans les deux projets cette même mise en place rythmique subjuguante.

11. La witch haus est une vaste fumisterie. En dehors de quelques groupes précurseurs et inventifs, il n'y a pas grand chose de valable. Juste des suiveurs en quête de hype qui se clonent les uns les autres. Du coup, voici un remix de WHITE RING qui fait du bien avec son ambiance hip-hop apocalyptique. On en profite également pour saluer Rick Ross qui a eu des problèmes de santé dernièrement et lui souhaiter un bon rétablissement.

12. On a fait se rencontrer sur ce mashup un titre de HOLY OTHER, extrait de la split cassette avec INDIGOCHILD mentionnée un peu plus haut, avec un titre de HOOD extrait de l'album Silent '88. HOOD est un groupe auquel on voue un culte depuis toujours, c'est et ça restera une source d'inspiration constante, à l'image de Disco Inferno. C'est un groupe dont on ne parle jamais assez.


Moore/Majeure - Enhanced Humanoid

La plus laide cover de 2012 sera sans nul doute la leur.  En attendant de dévoiler entièrement en janvier le contenu néanmoins attendu se cachant derrière  cette image mystico-prophétique,  Steve Moore et A.E. Paterra alias Majeure, tous deux échappés de Zombi,  convoquent les fantômes de Carpenter et Vengelis et nous font patienter avec cet introductif hymne EBM aux ascensions synthétiques langoureusement violentes en forme de marche lente vers ce qui s'annonce comme un petit événement.

Moore/Majeure -Enhanced Humanoid


Fake Tape Series #2

Hey grandma,

Tu trouveras ci-joint une mixtape antirhumatismale  pour position doggystyle.

BONNE écoute

XoXo

(Ces quelques mots sont susceptibles d’améliorer sensiblement notre référencement. Merci de votre compréhension.)

Télécharger/Download

1. Two Blue Apes - Blues for a King
2. Stevo - Can I
3. Slim Twig - Crack Of The Whip
4. Yalls - Vapid Glitch Vow
5. Knxwledge - BestFrends
6. Factor - Good Old Smokey (My Kanine) (feat. Myka 9)
7. Freddie Gibbs & Madlib - Thuggin'
8. Billy Comfort - Wonder of We (Feat. Steffaloo)
9. Casual Ocean - Coasting
10. Ryan Hemsworth - Deku
11. Butterclock - Hustling (Feat. oOoOO)
12. Wale - Slight Work (feat. Big Sean)
13. Black Milk & Danny Brown - Black & Brown


Mustang l'interview

Photos © Adrian Martin pour hartzine

Ces temps-ci, les bananes ont la cote. Après Rebotini et Code Napoléon, rendez-vous Place de Clichy pour rejoindre Mustang qui fêtait tranquillement la sortie imminente du deuxième album par quelques interviews. Le groupe avait remué l'année 2009 en allant chercher le rock aux fondamentaux 50's, un peu comme 1995 ou Cool Connexion avec le rap cette année. Mêlant des guitares en « twang », des boîtes à rythme et des textes en français, ils s'offrent maintenant quelques perles fuzz voire carrément psychédéliques sur ce nouveau disque qui refuse la facilité du vintage et se veut résolument moderne. Un grosse demi-heure d'interview autour de leur évolution, de la production, des textes et de leur place dans le paysage musical.

Pourquoi ce nouvel album?

Jean : Pourquoi ? Parce qu'on fait des chansons... Enfin, je veux dire, c'est de l'artisanat, donc on fait sans cesse des chansons, et puis ça fait un album. Il n'y avait pas d'orientation particulière, les chansons sont venues au fur et à mesure c'est toujours comme ça qu'on fait. Enfin je sais bien que ce n'est que le deuxième...

Johan : Ça part de coups de cœur sur le moment, de références. On continue à avoir cette base de rock 50's, mais on a essayé de l'enrichir, de préciser tout ça, parce qu'on nous a parfois pris à tort pour un groupe de rockabilly. On a essayé de montrer un peu qu'on était un groupe de rock « total », c'est-à-dire avec diverses influences, d'abord rock, mais aussi hip-hop, un peu électronique.

Jean : En fait, si, quand même. On voulait injecter un tout petit peu de rythm'n'blues, un petit peu plus de groove, comme on l'a fait sur Ramper, par exemple, sur Qu'est-ce qui se passe ?, parce qu'on écoute beaucoup de musique soul, rythm'n'blues, blues. On voulait aussi qu'on entende plus le groupe jouer. Sur ces deux titres-là, vraiment, on entend un vrai groove de groupe. Sur le premier, il y avait beaucoup de cache-misère parce qu'on n'était vraiment pas bons musiciens.

Jugez-vous que le résultat colle avec l'ambition originelle ou avez-vous trouvé de nouvelles pistes inattendues durant ces sessions ?

Jean : Non. Mais nos disques n'ont jamais été à la hauteur de nos attentes. Le premier non plus. Je crois qu'avec le temps, on rate moins, on est plus à la hauteur de ce qu'on imagine. Pour l'instant, on en est quand même encore à rater, en fait. Mais bon, c'est intéressant, aussi, hein ? On a été surpris dans le bon sens aussi sur des choses.

L'album est plus dansant que le précédent. On trouve des cocottes bluesy dans Tabou, qui font presque 90's, genre presque FFF. Cherchiez-vous une nouvelle manière de faire danser au milieu de l'hégémonie du disco ?

Jean : Ouais ouais ouais ! On voulait quelque chose d'un peu funky. On a toujours voulu s'éloigner des rythmes d'aujourd'hui, fondamentalement du 4/4, comme par exemple sur le disco. On voulait faire plus subtil. Pas forcément qu'on est de grands techniciens de la musique, au contraire. On y va avec un peu de feeling, un peu de groove, mais un groove qui ne soit pas disco. Tabou, c'est un peu un morceaux de rythm'n'blues rapide, quoi.

Est-ce que les morceaux ont été testé en live, ou sont-ce de purs produits de studio ?

Rémi : Certains, ouais.

Jean : Pas beaucoup. Il y a Ramper et Qu'est-ce qui se passe ? qui ont été testé en live. Je crois que c'est tout.

Le son est plus marqué. Est-ce l'aboutissement du temps passé en studio avec Stéphane Briat ou est-ce que c'est sur scène que ces nouvelles sonorités se sont forgées ?

Jean : Stéphane était juste mixeur sur le premier, là il est réalisateur.

Rémi : C'est aussi le fait qu'on trouvait le son d'A71 un peu petit, des fois. Des batteries un peu trop en retrait, tout ça... On voulait que ça tape un peu plus.

Jean : Il ne s'agissait pas de faire un truc avec des grosses guitares ou quoi... On ne voulait pas genre une grosse production. On voulait juste que ça cogne un peu plus. Mais on a pas vraiment travaillé avec Alf (ndlr : Stéphane Briat) en repèt'. On a fait juste un jour avec lui avant d'entrer en studio. Mais sinon, on a surtout travaillé nous, tous seuls, sur des maquettes, et ensuite Alf nous a apporté sa connaissance des synthétiseurs, parce qu'on avait envie de sortir un peu des Farfisa, tout ça... Même s'il y en a toujours.

Johan : Pour le coup, la première fois qu'on a vraiment travaillé sur ce nouvel album, c'était sur l'enregistrement de La Nuit Je Mens.

Jean : C'était une sorte de test. On s'est fait la main sur ce morceau-là.

Johan : On est arrivé avec pas grand chose et là, Alf, il a dit : « On va essayer des trucs qu'on va utiliser après sur le prochain disque ». Ça a commencé vraiment avec ce morceau.

Question digressive : La Nuit Je Mens, il s'est passé quoi ?

Jean : Ce qui c'est passé, c'est qu'on a eu vent du projet de Barclay de faire une compil' hommage à Bashung. On nous a communiqué la liste de qui avait pris quoi. On était un peu baisé, tout avait été pris et là, on se rend compte qu'il n'y avait pas La Nuit Je Mens. On se dit : « Bon, c'est pas que ce soit notre chanson préférée de Bashung, mais c'est quand même sa plus emblématique et sa plus décorée. » Personne l'avait faite, on s'est dit qu'on allait la faire. On s'est dit surtout, puisqu'on était les moins connus des artistes de cette liste-là, que si on la faisait, on était sûr d'être sur le disque. Ben ça a raté. Je pense que notre version est très bien, mais bon... Elle a eu un peu d'écho sur Internet. Je crois que le secret de ce morceau, c'est qu'on s'est pas donné d'exigence particulière, on y est allé à tâtons, mais on s'est pas dit : « Oh putain, on s'attaque à un monument, qu'est-ce qu'on va faire ? ». Je trouve que cette chanson est un tout petit peu surestimée, même si c'est une super chanson, donc voilà... On y est allé à la cool, quoi.

Johan : Comme l'aurait fait Bashung, finalement. Il a fait des gros album comme Play Blessures, où il y a des choses un peu audacieuses pour l'époque. Bashung a toujours essayé de faire des trucs audacieux. J'espère qu'il aurait aimé notre version, parce qu'on a essayé de faire un truc recherché, comme il a toujours cherché à le faire dans ses disques. Au lieu de faire un truc un petit peu fadasse, on a tenté ce truc-là...

Pour revenir sur le son, il y a moins de boîte à rythme, plus d'envolées fuzz, de révèrb'... Vous dépassez Suicide pour aller vers des paysages plus chauds, genre The Dead Weather ?

Jean : Il n'y a pas moins d'électronique. Il y a de vrais synthétiseurs, ce qu'il n'y avait pas sur A71, sauf sur un morceau. Ce coup-ci, on en a utilisé plusieurs fois, avec des Farfisa. L'argument qu'on avait sur le premier disque, pour montrer qu'on n'était pas un groupe de rockabilly, c'était de dire : « Regardez, on utilise des boîtes à rythme. » C'est vrai qu'on n'est pas un groupe de rockabilly, mais c'est pas juste parce qu'il y a des machines que c'est moderne. La musique à boîte à rythme, elle a 30-40 ans, maintenant. On voulait que notre modernité ne passe pas seulement par là. Il n'y a plus qu'un morceau avec une boîte à rythme, et je pense que tous les morceaux sont modernes, en tout cas pas rétro.

Johan : Niquée, il y a un peu de ça. Un coté fuzz.

Jean : Les Dead Weather, pour être honnête, c'est un groupe qu'on n'a jamais écouté. L'idée de ce morceau, c'était de faire un truc typé 50's. Pour moi, c'est d'ailleurs le seul du disque, même si je sais qu'au fond, il est pas très 50's parce qu'il y a de la fuzz. Mais dans la structure, ça pourrait presque être un morceau de Buddy Holly, tu vois ? Une structure simple, avec un truc chœur, un refrain un peu... Je ne sais pas si ça sonne Dead Weather, je trouve que ça sonne plus comme un truc rétro 50's des années 70.

Johan : Un peu glam...

Au niveau du matériel, y a-t-il de grosses nouveautés sur cet album ?

Johan : Le truc intéressant, c'est qu'on a enregistré au studio ICP, à Bruxelles, et là-bas, c'est un peu le magasin dans un studio...

Rémi : La foire mondiale du matériel...

Johan : Ils ont tout un tas de guitares, tout un tas d'effets pour guitares et basses, d'accessoires, synthés, claviers, etc. Ils ont tout. Vu tout ça, on aurait pu se dire : « Wouahhh, on va tout tester ». Mais on s'était déjà un peu amusé avec A71, genre sur Anne Sophie. Là, ce qui était bien, c'est qu'on avait tout le matériel à disposition, mais on a essayé de se restreindre. De ne pas partir dans tous les sens.

Jean : Finalement, on a fait tout l'album avec le même ampli basse et ampli guitare. On a utilisé quoi ? Deux-trois basses et guitares chacun, trois-quatre pédales d'effet et c'est tout. C'est pas énorme.

Johan : Un synthé, peut-être un autre clavier...

Jean : Il n'y a pas énormément de pistes sur le disque.

Johan : Si tu veux, comme on avait beaucoup de matériel et qu'on était un peu libre, se restreindre nous a permis d'être encore plus libre, et c'était super.

Vous avez passé combien de temps en studio là-dessus ?

Jean : Dix jours.

Johan : D'enregistrement. Après il y avait le mix...

Jean : Et les chants. J'ai fais les chants à Paris, et c'était vachement long. On venait de se faire piquer tout le matériel, alors j'étais un peu... Ça m'a un peu miné le moral, alors le chant a pris un certain temps à être enregistré.

Raconte !

Jean : Ben on s'est fait voler le matériel de live. On s'est fait cambrioler le camion, il n'y avait plus rien dedans. On était vert. On pu le racheter avec les assurances, heureusement.

Tu te sens héritier d'Antoine ou d'autres vieux rockeurs français des 60's, sur le texte ?

Jean : Non. J'aime beaucoup la variété française, mais c'est pas une influence pour les textes. Les influences, elles sont surtout anglo-saxonnes. C'est les textes d'Iggy Pop, qui je trouve est un immense auteur, des Ramones, de Bob Dylan, de Buddy Holly, tout ça.. J'essaie plus de faire quelque chose d'un peu direct en français comme ça. Mais c'est vrai que j'écoute toujours un peu de musique française, alors à force, peut-être que ça m'influence. Je ne sais pas...

Les textes sont assez uniques dans le paysage français. Comment les écris-tu, quelles sont leur visée ?

Jean : L'objectif, c'est pas soit la musique, soit le texte, c'est la chanson. Ça, malheureusement, c'est difficile d'en parler, parce qu'il n'y a pas de règles particulières. On peut pas dire : « Une bonne chanson, c'est ça ». Une bonne chanson, ça s'impose. Un bon thème, une bonne mélodie.

Johan : Globalement, sur la plupart des morceaux, Jean arrive d'abord avec la musique. Après il y a les textes. Mais les textes sont importants aussi. C'est ça qui fait une bonne chanson.

Au final, tu sens un vraie différence avec l'anglais ?

Jean : Je chante en anglais chez moi... Mais je sais pas faire autre chose que de faire des chansons en français. Je le fais de plus en plus naturellement, de faire des chansons, et je ne me suis jamais posé la question. Quand les mots sortent, pour parler comme un connard de poète de merde, ils sortent en français. C'est peut-être parce que j'écoute beaucoup de variété, mais c'est très naturel. C'était pas vraiment mon truc, les textes, au début. J'ai vite su faire des musiques, mais les textes il a fallu du temps. D'abord, j'écrivais les trucs en prose, une histoire, et après, j'essayais de structurer ça avec des rimes, tout ça, de le faire sonner. Mais ça n'a jamais posé de problème. C'est comme ça.

Vous avez écouté quoi, pour cet album, par rapport au précédent ?

Johan : Il y a des choses qu'on écoute toujours en boucle, enfin régulièrement, c'est le rock 50's, aussi large qu'il soit. Après, il y a d'autres groupes qui se sont ajoutés.

Jean : Il y a d'autres trucs qui étaient déjà là sur le premier. On écoutait déjà énormément Suicide, les Stooges, même les Beatles, le Velvet. Là, un truc à côté duquel on était un passé, c'est le rock anglais 60's. Who, Small Faces, Rolling Stones. Surtout Rolling Stones. Moi j'avais un disque des Stones, que j'avais jamais vraiment écouté, et je me suis fais la discographie. Ça m'a fait un choc à peu près aussi grand qu'Elvis quand je l'ai découvert. C'est banal... C'est con, hein? C'est ça et Bob Dylan. C'est con de découvrir Dylan à notre âge. C'est genre comme Victor Hugo pour les gens qui lisent...

Johan : Il y a un mec aussi qui nous a un peu inspiré, juste quand le premier album est sorti. C'est Don Cavalli. Lui aussi, il est peu dans le même esprit que nous. Des références très roots, et il fait une musique moderne en mélangeant un peu tout ça. Et c'est vrai qu'à l'écoute de Cryland, on s'est dit qu'on n'était pas complètement tout seuls. On l'a découvert en signant sur notre label. Cryland nous a donné une idée de ce qu'on pouvait faire avec de la musique roots. Son influence peut un peu se sentir sur Ramper, par exemple.

Il y a pas mal de guitares en arpèges, c'est une grande nouveauté de l'album. Neil Young, Elliott Smith ou Nick Drake sont-ils passés par là ?

Jean : Pas du tout. Alors là, je vais te dire, pas du tout. J'avais envie de mettre des guitares acoustiques depuis longtemps. Il n'y en avait aucune sur le premier disque, c'était presque un truc d'orgueil, parce qu'à ce moment-là, il y avait beaucoup de trucs folk chiants. Là, je voulais essayer, parce que franchement, ça vient de l'écoute du premier album de Big Star, où toutes les guitares acoustiques sont incroyablement mixées, le son est magnifique. Et peut être de Bob Dylan, aussi. Je voulais essayer de la douze cordes, aussi, à cause de l'écoute de pop psychédélique, de Love, ou encore des Beatles ou des Small Faces. On voulait tenter d'autres sons, pas se limiter à un « twang » de guitare. Que j'adore, hein, mais pas faire que ça parce qu'on sait le faire, on sait toujours le faire...

Votre place sur la scène musicale est assez hybride. Vous jouez avec qui, en concert ?

Jean : Avec un peu tout le monde.

Johan : Super question, ça ! Ben tu vois, sur le premier album, on a partagé quelques dates avec Arnaud Fleurent-Didier, qui n'a rien a voir avec le rock. C'est des chansons... On a fait plusieurs premières parties de Revolver, groupe pop...

Rémi : On a fait vraiment tous les styles. Quand on a joué avec Zombie Zombie, aussi, c'était électro !

Jean : On se met à dos à peu près autant de gens qu'il y en a qui nous aiment, dans tous les groupes. C'est-à-dire qu'il y a des gens de la chanson, comme Arnaud Fleurent-Didier, qui aiment beaucoup certains de nos titres, d'autres plutôt genre rock garage vintage qui aiment bien certains de nos trucs. Et pour chacune de ces personnes, il y en a une autre qui déteste pour les mêmes raisons que les autres aiment. « C'est un truc de chanson, c'est un truc de PD, j'en ai rien à foutre » ou « c'est un truc de rockab', c'est les Forbans, j'en ai rien à foutre ». Donc on a le cul entre toutes ces chaises-là, et on va continuer comme ça, parce que j'ai pas envie qu'on se limite à une formule magique. « On va faire du rock rapide façon « J't'emmerde » avec des petites guitares réverbérées », ça me ferait chier de faire ça toute ma life. Franchement... Surtout qu'on sait faire des chansons, des vraies chansons, des vraies belles chansons, on sait faire du rock'n'roll, donc autant faire ce qu'on peut faire...

Donc à 50 ans, ça donnera quoi ?

Jean : Des chansons, j'espère !

Rémi : Moi, ce sera les chèvres au fin fond du Pérou...

Johan : C'est vrai que là, on se remue pas mal la tête pour faire quelque chose de bien. Si on se laissait aller, tu vois, il y a tellement de trucs dans le rock 50's qui sont énormes, tu te dis : « Comment on va pouvoir surpasser ça ? », on ferait des reprises tranquilles. Vieux, on fera peut-être ça...

Jean : Je crois qu'un des avantages qui peut nous permettre de durer un certain temps, c'est qu'on n'est pas vraiment dans quelque chose de fermé, genre le rock'n'roll juvénile. Qu'on adore, hein, mais on sait aussi faire des chansons, quoi. C'est un grand classique du rock de dire : « J'veux crever jeune, machin... ». Non, je veux vivre vieux et continuer à faire des chansons tant que je peux. J'espère que j'en ferai jusqu'à ce que j'aie 80 ans. Un mec comme Johnny Cash, il a fait des chansons toute sa vie, il a réussi à faire des choses intéressantes à la fin de sa vie, c'est pas donné à tout le monde, c'est un peu à part, mais... Mais ça me ferait chier de faire des trucs aussi crépusculaires à la fin de ma vie. C'est un peu ma limite avec les derniers albums de Johnny Cash, Je trouve ça trop... le vieux mec qui va mourir. Mais bon, il y a quand même des trucs très bien, là-dedans.

Vous venez de Clermont. Depuis Paris, on a l'impression que c'est une sorte d'équivalent de Rennes dans les années 90. Ça se passe comment, là-bas ?

Jean : C'est un peu exagéré.

Johan : Ouais, c'est un peu exagéré. Je pense même que, même si on n'y était pas, quand je lis dans les journaux : « A Rennes, il y avait une scène et tout... » et que je vois ce qu'on dit de Clermont... A Clermont, il y a eu un petit vivier de groupes, mais faut faire attention avec ça, faut pas trop surestimer le truc. C'est vrai qu'il y a eu plusieurs groupes qui sont sortis, il y a eu une petite effervescence... C'est en partie le hasard et en partie grâce à la Coopérative de Mai, la salle de concert de Clermont-Ferrand. C'est un peu des deux.

Quel rôle a joué la Coopérative de Mai, qu'on peut considérer comme le Point Éphémère auvergnat, dans votre développement ?

Johan : Musicalement, ça n'a eu aucune influence. Ça nous a en revanche permis de nous développer, entre autres grâce à Didier Veillaut. C'est grâce à lui qu'on a pu avoir un premier contact avec un label à Paris.

Jean : Putain, ils nous aident depuis le début, ils nous font faire des résidences ; ils nous ont trouvé notre label, ils nous aident... C'est un soutien permanent quoi ! On leur en est carrément redevable !

Question subsidiaire : c'est ta meuf sur Tu mens ?

Jean : Ouais, c'est ma copine. A un moment donné, on avait eu l'idée de faire un duo, pas moi et ma meuf, hein, mais Mustang et quelqu'un d'autre. J'avais un vieux texte que j'avais co-écrit avec le chanteur d'Asyl, qu'on avait mis sur une musique, mais ça marchait pas. J'ai récupéré le texte et je l'ai adapté pour faire un duo, et puis ben... J'ai testé avec ma meuf, et ça a bien marché, donc on l'a enregistré.

Là, on en arrive au moment où je n'ai plus de questions. Vous sortez d'une journée promo. Est-ce qu'il y a des trucs que vous auriez voulu évoquer, mais que ni moi ni mes prédécesseurs n'avons abordé ?

Jean : Franchement, dans l'absolu, un artiste, c'est pas important ce qu'il a à dire. Les artistes que j'aime.... J'ai plus envie... J'ai plus envie de les rencontrer.

Rémi : Ben si, quelques uns, quand même...

Jean : Quelques uns, ouais. Mais je suis sûr que je pourrais être déçu si je rencontrais... Je ne sais pas... Elvis lui-même. Je me ferais chier avec avec lui, tu vois ?

Rémi : Le jour où je rencontre Iggy, je lui saute dessus quoi...

Jean : Ouais, mais en fait, c'est pas très très important, ce qu'on a à dire. L'important, je crois que c'est sur la scène.

Johan : Et puis j'aimerais ajouter un truc aussi : faudrait arrêter de se faire des fausses idées sur Mustang. « Qu'est-ce que vous êtes comme type de groupe ? » Ben écoutez notre musique ! Ne posez pas trop de questions.

Jean : Généralement, c'est les mecs qui posent trop de questions. Les meufs sont beaucoup plus instinctives avec la musique, elles reconnaissent beaucoup plus facilement une bonne chanson, ça c'est vrai.

Johan : Nous, on essaie de faire un rock un peu « total », avec toutes les années, toutes les références qu'on aime bien, en essayant de montrer un peu toute l'étendue de notre talent, tout ce qu'on sait faire.

Vous accepteriez d'être considérés, finalement, comme un groupe avant-gardiste ?

Jean : On l'assumerait, mais faut pouvoir l'être. Je pense qu'on n'est pas un groupe d'avant-garde. Je crois qu'on est un groupe original, qu'on fait de bonnes chansons. Je ne sais pas si on est novateur, j'aimerais bien, mais je ne sais pas si on fait une musique nouvelle. Le rock'n'roll, c'est déjà pas une musique nouvelle. C'est juste une fusion... Enfin voilà. On est content quand on crée notre musique, on l'assumerait, mais on n'en est pas là pour l'instant. Moi, je sais au moins que l'avenir sera encore meilleur, qu'on ne fait que progresser, qu'on est vraiment sur la pente ascendante et qu'on peut faire des morceaux encore meilleurs, encore plus originaux. Je dis pas qu'on va révolutionner le monde, mais... Je pense qu'on est capable de faire pas mal de choses, à notre façon, maladroite, tout ce que tu veux, mais je pense qu'on est un bon groupe. Je suis fier de notre groupe. J'en suis très fier.

Merci à Jean, Johan et Rémi de nous avoir accordé de leur temps. Merci à Antoine. Merci aux Caves Populaires, Paris XVII, d'avoir hébergé l'entrevue. Encore une fois merci à Adrian Martin pour la couverture photographique de l'interview. 


On y était - Travel Expop Series Release Party à l'Espace B

Travel Expop Series Release Party w/ Holy Strays, High Wolf, Je Suis le Petit Chevalier, Cankun et Chicaloyoh, L'Espace B, Paris, le 26 novembre 2011

Notre Who's Who tout récent consacré à Hands In The Dark vous en a déjà beaucoup appris sur le label (lire) ; de sa création à son actualité brûlante. Âmes fidèles, nous nous sommes rendus samedi 26 novembre à l'Espace B ou s'est tenue la release party du premier chapitre des compilations thématiques Travel Expop Travel.

Sonder les ressources locales à chaque sortie est une idée bien pertinente pour tous ceux souhaitant se faire une idée de la consistance d'une scène. Cette pratique extractive n'est d'ailleurs pas nouvelle et un regard dans le rétro nous permet d'adresser un grand bonjour au label Susan Lawly, maison-mère de Whitehouse, et à sa série de vraies-fausses compilations intitulées Extreme Music From.

Le parti-pris du travail collaboratif HITD/RURAL FAUNE est sûrement moins bancal que celui de ses prédécesseurs : ici, point de volonté d'activer une fonction "grand prix de la découverte" ou de diluer ses identités créatrices. Il s'agit avant tout de confirmer les avancées d'un ensemble de groupes d'une même génération, à la marge de l'exposition pop moderne tout en en ayant les aspirations.

A ce titre, il semble que High Wolf et Holy Strays (lire) aient pris un peu d'avance sur les autres protagonistes de la soirée. Bien que tirant tous dans des directions différentes, les contrastes ont joué en faveur de ces deux-là. Capitalisant sur une discographie riche, High Wolf a surpris tous ceux espérant le voir reproduire live un ersatz d'Atlas Nation (son dernier LP) : trente minutes d'un show très rythmé, proche de ce qui a pu être produit sous le pseudo IIBIIS ROUGE. Si on dit son live moins ludique que par le passé (omniprésence des samples), force est de constater que l'efficacité des compositions est bien au rendez-vous. L'efficacité est également le maître mot du live d'Holy Strays. Le jeune producteur parisien fait évoluer son live de sortie en sortie et cadence intelligemment ses prestations en fonction d'un rapport rugosité dancefloor/éminence free music savamment calculé.

Vidéos

La soirée avait bien commencé avec Je Suis Le Petit Chevalier et Chicaloyoh à découvrir ci-dessous en vidéo.

Photos

Bonus


Photoshoot : Versatile,15 years

L’objectif d’Hartzine était à la Machine  le 19 novembre dernier pour la grosse fête d'anniversaire, 15 ans tout de meme, du mythique label Versatile.

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Coasting - You're Never Going Back

Sur les terres fertiles de Brooklyn, Coasting touche à tout. Son énergie primale est son épine dorsale. Dans You're Never Going Back, le duo – féroce – livre surf-rock et post-punk. Rêveuses, Fiona Campbell et Madison Farmer mêlent les lignes de guitares désincarnées en y juxtaposant, dans l'urgence, leurs paroles – Starts and strays – pour laisser mièvreries et mélopées pop aux autres girls band.

A l'instar d'une Janet Weiss – Wild Flag – Fiona Campbell, batteuse absolument brutale, joue la dure à cuire, battant ses cymbales avec l'effusion d'une rythmique éclatante (Same Old, Same Old). Portée par le mélange anarchique de sa bouillante sensibilité garage pop et d'une tendance punk, Coasting soulève le ton et la tension. L'ex-employé du label garage de Memphis Goner, Madison Farmer, triture son chemin à travers les pistes, grâce aux vertus de ses riffs crampesques (Kids). Touchante à ses heures, vulnérable, leur harmonie vocale illustre avec intelligence ces états ambivalents, déchirés entre plongée organique et transcendance amoureuse (For Hours).

A la première écoute, on ne s'étonne pas d'apprendre que Coasting a ouvert la scène pour Best Coast et qu'une de ses deux moitiés – Fiona Campbell – est une Vivian Girls. Il serait cela dit trop raccourci de vouloir mettre le duo dans une pile aux côtés des Dum Dum Girls et autre Frankie Rose.

Au contraire de ses consœurs, le groupe ne cherche pas à atteindre la grâce des girls bands des années 60. Coasting n'est pas en quête, mais se défend avec ce très bon You're Never Going Back, sublimement clôturé par la ballade Delusions of Grandeur. Si bien, qu'après s'être adonné à quelques travaux - parus chez Tightener et Atelier Ciseaux – on osera sans complexe les laisser de côté et affirmer qu'il s'agit certainement de la fusion du meilleur des pistes qu'elles aient à ce jour sorties.

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MLADYS 3 A4 - COASTING - PORTLAND by M'lady's Records

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Tracklist

Coasting - You're Never Going Back (M'ladys Records, 2011)

1. Starts and Stays
2. Kids
3. Same Old, Same Old
4. Portland
5. For Hours
6. Pirates Cove
7. Ultra Vapid House
8. Friends
9. Been Here Before
10. Snoozefest
11. Delusions of Grandeur


Bobbi Dahl - Lookin (3D)

Il y a le corps, il y a la bouche. Dans Looking (3D), son dernier clip, Bobbi Dahl avance masquée mais dévoile lèvres, poitrine et cuisses dangereuses. Pas de timidité dans sa façon de marcher dans la rue et de régler des comptes mais tout de même un mélange d’honnêteté, de véhémence et de sensualité fragile qui ressemble parfois à de la pudeur.  Le grain du clip est flou, délavé, sans temporalité et le mec principal de la vidéo représente théâtralement le con macho à éliminer par des images et des mots incisifs. Bien sûr il y a des clichés, mais la mise en scène est esthétique et Bobbi rugit contre les frontières des genres (musicaux et sexuels) avec intuition et nuance. Du coup, sans être révolutionnaire, le rap de la belle possède tout de même une verve féline séduisante, un certain style ; il ose se confronter aux hommes comme aux beats éléctro langoureux de la chanson. La bouche dit, le corps affirme ; pas besoin d’autres armes dans cette lutte.

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Little Girls - Cults EP

Cults, EP six titres de Little Girls, est paru en septembre dernier via le label canadien Hand Drawn Dracula - hébergeant déjà Josh Reichmann, Bishop Morroco ou les bien nommés Bad Tits - et ce, dans un relatif anonymat. Pourtant, Josh McIntyre, sur qui repose l’entièreté du projet, n'en est pas à son coup d'essai. Et non des moindres : deux sorties durant l'année 2009, le single Tambourine et l'EPThrills - ayant respectivement vu le jour via Paper Bag Records, avec qui le jeune homme se brouille assez vite, et Mexican Summer - font de lui le pendant canadien du New-Yorkais Mike Sniper, et son groupe Blank Dogs, naviguant dans les eaux troubles d'une synth-pop lo-fi mâtinée d'influences shoegaze assumées. Et ce n'est pas un hasard si le single Youth Tunes/Vemon - faisant suite à l'album Concepts (Paper Bag Records) - trouve refuge sur le label de Sniper, Captured Tracks. Dans son inconsciente exploration des arcanes de la musique indépendante contemporaine - entre blogs influents et labels défricheurs - Josh McIntyre ne s'arrête pas en si bon chemin et avoine dès 2010 deux autres 7" sur Best of Both Records et Sixteen Tambourines. Sur ce dernier apparait Delaware (dl), morceau que l'on retrouve sur Cults et qui installe définitivement Little Girls telle l'une des plus clairvoyantes réincarnations d'un spectre post-punk s’étendant de Joy Division aux premiers Cure. Dans un brouillard de distorsions, l'atmosphère froide et étouffante - impulsée par une basse contondante - contraste avec la luminescence de mélodies drapées d'effets. Ode désespérée et immodérée à l'intention d'une jeunesse claquemurée, Delaware ne dépareille en rien sur Cults, tant les autres titres, tous composés et enregistrés par Josh, procèdent d'un même sang noir, à la fois mélancolique et addictif, cependant plus fluide qu'à l'accoutumée. Un disque de saison en somme, imprégnant de sa nostalgie réverbérée aussi bien les brumes matinales où l'on se trimballe l’œil torve (White Night, Daydream) que les virées noctambules grimées d'alcool et de sueur (Cults, Ex). Amateur et producteur de hip-hop - avec comme référence cardinale feu J. Dilla - et initiateur de multiples side-projects - dont Prince Innocence - notre homme a la volonté de transformer Little Girls en véritable groupe, bien accompagné d'Andrew Wilson, Tristan Bates et Gerald Grison. Grand bien lui en prend : à ce rythme, petite fille deviendra grande.

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Tracklist

Little Girls - Cults EP (Hand Drawn Dracula, 2011)

01. White Night
02. Cults
03. Ex
04. Daydream
05. Delaware
06. Nights Out
07. Nights Out (Guy Dallas Remix) Digital Bonus Track


Nurses - Dracula

Je ne prétends pas répondre à mes propres attentes avec cette chronique, mais il me semble que rien de satisfaisant n’a été écrit sur Dracula, troisième et définitivement meilleur album de Nurses. C’’est que l’album du trio de Portland séduit, étonne et suscite une sorte de consensus sensoriel mais, même après plusieurs écoutes, ne donne pas beaucoup de clés logiques de compréhension. Objet bizarre, on lui reconnaît une unité logique enthousiasmante mais on ne saisit pas très bien comment il fonctionne.

Depuis la naissance du téléchargement et de la lecture aléatoire, ça devient de plus en plus rare de sentir que le format album n’est pas accidentel et que les chansons d’un disque se tiennent véritablement les unes aux autres par nécessité, fièrement. Or, dans Dracula, le phénomène a lieu, mais étrangement les chansons prennent aussi de grandes libertés, cherchent sans cesse à se distinguer : beaucoup de titres très différents comme Fever Dreams, Trying To Reach You ou Gold Jordan semblent en effet taillés pour être des singles. Ainsi, chaque chanson comporte en germe l’arrogance du tube et se fond pourtant tranquillement dans un ensemble voluptueux.

La production y est pour beaucoup. En effet, ce qu’on salue dans le disque, c’est la densité et surtout la variété formidable de la matière musicale. Toutes les expérimentations soniques et colorées faites en indie-pop depuis quelques années se bousculent dans l’espace des chansons de Nurses ; elles forment des morceaux électro-pop encombrés d’idées mais jamais saturés. Beats aqueux, basses louvoyant sur des bruitages inattendus, des boucles étranges, lignes de steel drum accrocheuses et harmonies vocales travaillées : on est typiquement dans le genre d’expérience qui émeut intellectuellement mais aussi instinctivement, par plaisir organique de l’insolite.

Il y a des faiblesses ; des chansons comme New Feelings tordent par exemple l’harmonie du disque, mais avec des réussites comme Eternal Thrills, on reste malgré tout bluffé. On se met alors à penser à des figures tutélaires encombrantes comme Animal Collective (en moins intense mais en un peu plus délirant aussi) ou à Yeasayer (en plus drôle là encore). Pour l’effervescence graphique et la jeunesse, on songe aussi à la passionnante formation française Caandides. C’est la preuve qu’une sorte de communauté pop hors frontières s’émule dans le bourdonnement des expérimentations des autres, à la recherche d’une individualité et d’une originalité capables de déconcerter les chroniqueurs. C’est réussi pour Nurses. Dracula est un album qui résiste aux définitions.

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Tracklist

Nurses - Dracula (Dead Oceans, 2011)

01. Fever Dreams
02. You Lookin’ Twice
03. Extra Fast
04. Through The Window
05. So Sweet
06. Trying To Reach You
07. New Feelings
08. Wouldn’t Tell
09. Dancing Grass
10. Gold Jordan
11. Eternal Thrills