Mixtape : Atelier Ciseaux - "Les plus belles histoires"

Certaines promesses ne sont jamais tenues. D'autres s'insinuent telle une bouteille jetée à la mer, franchissant un océan de quelques mois, et qui, par leur itinéraire accidenté procurent à leurs destinaires un insondable bonheur n'ayant d'égal que sa rareté. Rémi, architecte d'Atelier Ciseaux - à qui l'on doit récemment et en partie un LP d'Ela Orleans, flanqué d'un split avec Dirty Beaches (lire ici et ), en plus d'une cassette d'Oupa (lire) - nous envoie ses vœux pour 2012. Une intime caresse auditive dans le creux de notre nuit.

Mixtape

"Les plus belles histoires ne sont jamais celles qu'on s'invente."


(DL/TL)

01. MOUNT ERRIE - Wind Speaks
02. DESTROY ALL MONSTERS - Cosmos Beat
03. COOL ANGELS - Are U Real? (feat Stef Hodapp)
04. SPACEMEN 3- Honey
05. SPECTRE FOLK - The Blackest Medicine
06. THEE OH SEES - I Need Seed
07. TOPS - Turn Your Love Around
08. FRANCOIS VIROT - Hard Knock Life (Jay-Z cover)
09. JOHN MAUS - Hey Moon
10. SPECULATOR - I'm a Slug
11. SECTION 25 - Melt CLose
12. AMEN DUNES - Bedroom Drum
13. AMANDA WOODWARD - Trop de gens qu'ont mal à mon crâne

Crédits photo @ Luke Byrne


Chevalier Avant Garde - Heterotopias

Il y a un temps pour tout. Un temps pour déflorer un disque, un temps pour le faire partager, un temps pour le décortiquer. Et dans un monde où la musique est aussi abondante que la grégarité est répandue, la première écoute - se confondant souvent avec la dernière - s'avère primordiale. Quelques semaines déjà qu'Heterotopias, premier LP du duo Chevalier Avant Garde - assimilé canadien et engendré par Dimitri Giannoulakis et Filip Minuta -, trônait dans ma shortlist, sans que pour autant je n'aille plus loin qu'un souvenir béat des deux précédents 7" - Young et Haircut - originellement dispensés via leur blog, en plus d'un single digital hébergé par la structure brestoise Beko.

Huit du mat', ciel laiteux, regard brumeux, je claudique dans la rue, m'enfonçant bientôt dans les couloirs du métro. Je regarde mes pieds dans la cohue cafardeuse quand la lecture aléatoire de mon baladeur m'intime New Face, revigorante incartade synthétique rinçant d'une traite toute commotion matinale. C'est ainsi que je me décide à entreprendre Heterotopias de ceux qui, il n'y a pas si longtemps œuvraient sous les patronymes d'Ototo ou Postcards, égrenant notamment une cassette éponyme sur Fixture Records (2008) fleurant bon ce désenchantement urbain cher à Robert Smith ou encore Eugene Kelly. Et bien que le substrat mélancolique de ses préalables pérégrinations demeure, celui-ci s'adjuge sur ce LP, à paraitre via l'exigent label danois Skrot Up, de nouveaux oripeaux, abandonnant le dénuement mélodique d'antan, froid et savamment référencé, au profit d'odes mutantes et protéiformes, ayant toutes comme dénominateur commun l’implacable centralité de claviers, à la fois oniriques et méandreux. Over The Mountain catapulte d'entrée de jeu Heterotopias à quelques encablures des célestes ballades d'un John Maus crooner (Hey Moon) tandis qu'Axion approfondit l'antique et délectable facette interstellaire des Australiens de Cut Copy (Future notamment). C'est dire si le gouffre est large, béant, résumant à lui seul presque trente années de pop analogique. Mes pas se font chancelant, je déambule alors sans but dans les interstices de la ville, arnaché que je suis à l'intrépide rythme d'un disque recyclant à bon escient les précités singles Young et Haircut, s'octroyant ici une patine autrement plus atemporelle, définitive.

Si le triptyque conclusif s'éloigne quelque peu de tels standards synth-pop frôlant la grâce, du fait notamment d'une approche plus expérimentale et répétitive de sonorités alambiquées - la boucle rythmique de Red Sea, la basse obsédante de Loss ou l'onde comminatoire de What's Your Number Girl? -, Heterotopias perd en cohérence ce qu'il gagne en promesses. En témoigne la récente split tape en bonne compagnie du trio québecois Rape Faction - sortie communément par les labels Skrot Up et Electric Voice Records - dont il fut question, il y a un peu plus d'un mois, dans ces pages (lire). Can't Tell, morceau dévoilé par une vidéo à visionner plus bas, dénote déjà d'un autre parti-pris discursif - délaissant la luminosité diaphane d'Heterotopias pour une saillie plus sombre et dramatique -, prouvant, s'il le fallait, qu'un noble et valeureux chevalier se poste toujours à l'avant garde. Là où personne ne l'attend.

Audio

Vidéos




Tracklist

Chevalier Avant Garde - Heterotopias (Skrot Up , 2011)
01. Over The Fountain
02. New Face
03. Axion
04. Enemy
05. Young
06. Nie Rozumiem
07. Haircut
08. Red Sea
09. Loss
10. What's Your Number Girl?


From the Vault : Story of Skinny Puppy (1/2)

L’histoire de Skinny Puppy pourrait être celle d’une banale rencontre, celle de cEvin Key, encore connu sous le nom de Kevin Crompton, alors claviériste du très pop Images In Vogue, et de Kevin Ogilvie, futur vocaliste en puissance. Elle naîtra plutôt d’une dissociation culturelle et sociale qui, avec l’émergence de la musique industrielle new wave ou punk,  invite nos deux comparses à repousser les limites des carcans musicaux imposés afin d’installer leur vision du monde, une dissection pessimiste et désenchantée du genre humain. Crompton claque la porte du néo-romantisme barbant d’Images In Vogue pour renouer avec la percussion et la programmation, ses domaines de prédilection. Tous deux attirés par l’étrange et les images chocs, Ogilvie et Crompton composent leur première bande, intitulée Back & Forth. Il s’agit d’un entrelacs d’éléments bruitistes et expérimentaux sous couvert de dance music, aussi aliénant qu’aliéné et démontrant l’attirance du duo pour les choses de l’étrange. Ogilvie, rebaptisé Nivek Ogre, y pose ses première psalmodies,  et y révèle sa voix rauque et éraillée.  Edité à 50 copies, seulement 35 seront mises à disposition du public, la moitié étant proposée avec un mixage accéléré dû à une erreur de manipulation durant l’édit. Un joyeux foutoir qui, loin de desservir le groupe, attirera l’attention du très indépendant label Nettwerk Productions.

De prime abord réticent à quitter le milieu de l’auto-production, pensant clairement se faire mettre en laisse par l’autorité toute puissante des maisons de disque, Skinny Puppy accepte de signer un contrat le liant pour deux albums à l’unique condition d’avoir le contrôle total de sa production. C’est durant cette période que le duo engage Bill Leeb, claviériste de talent rebaptisé pour l’occasion Wilhelm Schroeder, avec qui Ogre avait sympathisé, celui-ci traînant également dans le giron d’Images In Vogue. Ils s’adjoignent également des services de Dave 'Rave' Ogilvie (rien à voir avec Ogre), jeune producteur talentueux qui fera ses armes aux côtés de Skinny Puppy et dont l’incroyable génie accompagnera les Canadiens tout au long de leur carrière. Il est d’ailleurs considéré comme l’homme de l’ombre du groupe ou, selon certains, son quatrième membre.

Premières morsures

Remission est la première sortie de notre chiot maigrelet. Sous couvert de mélodies new wave, en somme tout en adéquation avec son époque, le groupe livre une excroissance électro tuméfiée et maladive. Des titres  comme Glass Houses cultive une certaine touche nightclub tout en plantant un pied dans la tombe, car ne nous leurrons pas, avec Remission, Skinny Puppy commence à jalonner  sa musique de références auditives douloureuses qui deviendront peu à peu la marque de fabrique du groupe. Nivek Ogre scande des lyrics à la limite du dérangeant, de façon hachée et erratique, sa voix habitant la rythmique des morceaux de la manière la plus effrayante qui soit. Avec ce premier EP, le trio nous livre une vision digressive, violente et pernicieuse de la dance music sévissant à l’époque, une perle électro-indie lacérée au couteau. Et encore, ce n’est qu’un début.

Un an plus tard, nos puppies passent au long format avec Bites. Si l’on ne constate pas de véritable changement (quoique), on dénotera une certaine affirmation du trio pour plonger l’auditeur dans une ambiance macabre.  Certains titres parlent d’eux-mêmes : Dead Lines, Blood On The Wall, Basement… Le style s‘affine également - enfin cela reste une allégorie puisqu’on peut voir en Assimilate une forme d’enseignement à coups de marteau dans le crâne. On a connu plus raffiné. Bites laisse néanmoins apparaître quelques écorchures dans sa structure mélodique, constat d’un refus de s’appuyer sur des codes prédéfinis. Blood On The Wall se teint de vomissures post-synthétiques et de relents mécaniques tandis que Social Deception nous offre une immersion suffocante dans les méandres d’un dark-ambient des plus nauséabonds. Ogre affirme son chant, sorte de spoken-word maléfique passé à la moulinette de divers filtres, avec lesquels il joue avec un insatiable sadisme. Un album aussi éprouvant moralement qu’indéniablement inventif. Assimilate permet d’ailleurs aux Canadiens de rentrer dans les charts US et même européens, où l’album recevra un accueil des plus chaleureux. Pas si étonnant quand on sait que le talent de groupes comme Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire est maintenant reconnu et que nous sommes en pleine crise EBM.

Now, the show must start!

C’est sans réelle tension que Bill Leeb décide de quitter le groupe en 1986, celui-ci n’ayant pas réussi à affirmer sa place au sein de la formation et travaillant désormais sur son propre projet aux côtés de Rhys Fulber et Michael Balch, Front Line Assembly. Bill Leeb retrouvera à nouveau sporadiquement les membres de Skinny Puppy, d’abord Ogre, la même année, autour de Muteual Mortuary, puis bien plus tard, cEvin Key sur Cyberaktif par l’intermédiaire du label Wax Trax !.

Le départ d’un membre marque l’arrivée d’un autre. Dwayne R. Goettel, ex-membre du groupe dark-synth Psyche, rejoint les rangs de Skinny Puppy, devenant rapidement l’une des pierres angulaires du groupe de Vancouver. Lassé de jouer les seconds couteaux pour les frères Huss, c’est tout naturellement que Goettel accepte l’invitation des puppies, apportant dans ses bagages un lot de noirceur qui finira de constituer les fondations du groupe. Si l’on a trop souvent tendance à réduire le band canadien au seul couple Key-Ogre, il est impensable de renier le travail abattu par Goettel sur la musique de ces pionniers de la dark-indus. Mind : The Perpetual Intercourse, second LP du groupe, abonde en ce sens. Ce nouvel album se veut résolument plus sombre, alternant pistes électro-expérimentales et indus post-apocalyptique. Pas encore véritablement libéré d’une certaine emprise dance, des morceaux comme Dig It, Chainsaw ou Gods Gift (Maggot) plongent malgré tout l’auditeur dans l’horreur absolue. Dig It d’ailleurs, malgré sa fascination perfide, se hissera en haut des charts indie, offrant à Skinny Puppy sa première tournée américaine.

Sur scène, le trio déploie une énergie et une intensité incommensurables. Les prestations des puppies attirent des foules toujours plus curieuses d’accéder à ce petit théâtre de la souffrance. Car en effet, si le live permet une mise en exergue grand-guignolesque et virulente des tubes du groupe, les planches deviendront peu à peu le terrain de jeu de Nivek Ogre, rivalisant d’ingéniosité pour élaborer les mises en scènes les plus scabreuses et innommables. Entre auto-flagellation et scarification, le chanteur harangue les spectateurs de sa voix mécanique, couvert de sang… et parfois d'un peu du sien. Ogre s’impose rapidement comme le leader de Skinny Puppy, ou du moins son porte-parole, livrant à travers des shows transgressifs et malsains les messages qui deviendront la clé de compréhension de la niche morbide du chiot.

Lorsqu’un an plus tard, Cleanse, Fold & Manipulate déboule dans les bacs, le groupe décide d’intervenir de lui-même afin de ne pas trop perturber son auditoire grandissant, et c’est en ces termes que Skinny Puppy définit son troisième opus : « Cleanse, Fold & Manipulate est notre disque le plus difficile d’accès réalisé à ce jour ».  En effet, si First Aid agrippe l’auditeur autour d’une plongée aussi macabre que sinistre, le reste de l’album continue de battre ses tympans beats métalliques syncopés, décharnés, aidés d’un chant sépulcral et de mélodies d’une noirceur abyssale. Les paroles de Nivek Ogre deviennent de plus en plus abstraites, s’ancrant au personnage bourreau/victime qu’il s’est lui même créé, distillant un climat de terreur et de paranoïa tout au long de l’album. Bien que moins accessible, Cleanse, Fold & Manipulate n’en demeurera pas moins un incommensurable succès, ouvrant la brèche sur une toute autre manière de penser la musique.

Si pour beaucoup, VIVIsectVI semble être le point d’apothéose de la carrière de Skinny Puppy, celui-ci n’aura pas été accouché sans douleur. Pondu dans la tourmente, VIvisectVI s’ancre dans une période trouble et incertaine du groupe, née notamment de dissensions entre Nivek Ogre et cEvin Key concernant le leadership et l’orientation musicale de SP, des tensions liées à la consommation narcotique grotesque et des plus inquiétantes du chanteur, etc. Pourtant, aussi bestial qu’épuré, VIvisectVI est le chantre douloureux des convictions sociologiques du trio de Vancouver. Un résumé sale, politisé et dépravé des causes contre lesquelles nos buveurs de sirop d’érable se sont toujours dressés. Un condensé râpeux d’extrémisme musical et de poésie hystérique. Alliage contre-nature de sonorités hurlantes et de nappes ambient. VIvisectVI donnera lieu à l’une des tournées les plus conséquentes du groupe, marquée par les prestations les plus sanguinolentes d’un Ogre tourmenté - celui-ci se lacérant avec virulence où mettant en scène le dépeçage d’animaux afin de protester contre la vivisection, ce qui vaudra au groupe quelques allers-retours sous les verrous.

Vidéos


The Garment District Mixtape

The Garment District Mixtape for Hartzine
Pittsburgh, PA, 09 dec 11


(TL/DL)

01. Joe Raposo - Seahorse
02. Jan & Dean - Save For A Rainy Day
03. Tyrannosaurus Rex - Once Upon The Seas Of Abyssinia
04. John Cale - Big White Cloud
05. Laserdisc Visions - Data Dream
06. Harald Grosskopf - So Weit So Gut
07. Mayo Thompson - Fortune
08.The Orkustra (Bobby Beausoleil) - Punjab's Barber (excerpt)
09. Roy Harper - Committed
10. Bill Fay - Screams in the Ears
11. Gary Higgins - Looking for June
12. Jim Sullivan - Jerome
13. Judy Henske & Jerry Yester - Horses on A Stick
14. David Hess - Ice Cream Song
15. Television Personalities - Three Wishes
16. The Stranglers - Golden Brown
17. The Golden Dawn - This Way Please
18. Faine Jade - USA Now
19. Pisces - Children Kiss Your Mother Goodnight
20. L'Infonie - J'ai Perdu 15 Cents Dans Le Nez Froid D'un Ange Bronze
21. Yellow Magic Orchestra - Computer Games
22. Matching Mole - O Caroline
23. Kaleidoscope - The Sky Children


The Garment District - Melody Elder

New-York, downtown. Entre la la Cinquième Avenue et la Neuvième Avenue, de la 34e rue à la 42e rue, The Garment District étale ses fastes et imprime les modes vestimentaires : cet immense quartier absorbe - outre de nombreux entrepôts et d'innombrables ateliers de confection de vêtements - l'Empire State Building, le Madison Square Garden en plus de l'un des plus grands magasins du monde, le Macy's. La démesure à l'américaine, comme souvent, pour un lieu réputé être l'une des places fortes mondiales de la création et de l'habillement. The Garment District, encore et toujours, ou le patronyme sous lequel Jennifer Baron déploie solitairement sa verve mélodique. "The Garment District - nous apprend elle - évoque un sens de l’artisanat, du travail créatif et de la production, qui, je l’espère, se retrouve dans ma musique et mes vidéos. J’aime beaucoup l’idée de prendre un concept englobant un espace qui aurait certaines connotations - et qui implique une quantité inimaginable de travail et d’énergie humaine à une échelle de consommation en masse - pour l’associer avec un projet très artisanal, tactile et viscéral." A l'écoute de Melody Elder - LP disponible digitalement par ici et récemment sorti en cassette via l'inestimable label de Shawn Reed, Night People - les mots de Jennifer tombent sous le sens de cette musique cousue main, intimiste et expérimentale, mais tutoyant sans relâche d'imprescriptibles desseins, telles l'harmonie, la filiation ou l'innovation. Une tension vitale entre l'un et l'infini qui confère à ses chansons une insondable mélancolie, celle légère et bleutée, que l'on porte avec discernement sur une vie déjà bien remplie. Car si The Garment District est un récent projet pour cette multi-instrumentiste patentée, Jennifer est loin d'être née de la dernière pluie. Habitant désormais Pittsburgh, elle connait bien New-York pour y avoir fomenté - à la mi-temps des années quatre-vingt dix - et ce en compagnie de son désormais ex-mari Jeff et d'une triplette composée de Gary Olson, Edward Powers et Javier Villegas, The Ladybug Transistor, l'une des formations les plus excitantes affiliées au collectif "Elephant 6".

1995, l'indie rock se fait escroquer sur l'autel de la renommée : si Pavement et Sonic Youth résistent nonchalamment, le haut du pavé est tenu par des groupes aussi excitants que Silverchair et Bush. Une sale époque enfantée par la glorification commerciale de Cobain et ses apôtres. Dans l'ombre, Big Apple assure le passage de témoin. Le do it yourself pop incarné par Sarah Records (lire) migre de Bristol à l'autre rive de l'Atlantique : à l'initiative de Robert Schneider et de ses Apples In Stereo, une flopée de groupes, à la fois fascinés par les sixties - des Byrds aux Sonics en passant par les inévitables Beach Boys - et l'avant-gardisme, envahissent les ondes dès 1995 sous la bannière de l'Elephant Six Collective. Parmi eux se distinguent les Neutral Milk Hotel, The Olivia Tremor Control, Elf Power, Of Montreal et donc The Ladybug Transistor. Participant à substituer à la pression commerciale le plaisir de jouer une pop légère - en agrémentant celle-ci d'instruments jusqu'alors incongrus, tels le violon et le saxophone -, The Ladybug Transistor connait son apogée à l'orée d'un troisième album, The Albemarle Sound (1999), avant de glisser lentement mais sûrement dans un relatif anonymat. Groupe à géométrie variable, leur sixième album Clutching Stems, est paru en juin dernier, toujours sur Merge Records.

Jennifer quitte l'aventure dès 2002 et coupe pour un temps toutes relations avec l'univers discographique. L'occasion pour elle de déménager et d'approfondir ses autres lubies liées notamment à l'art contemporain. Il lui aura ainsi fallu un peu moins d'une dizaine d'années pour se réapproprier la production d'un disque, avec cette ferme volonté de ne pas reprendre les choses là où elle les avait laissées. "J’avais l’habitude de me concentrer sur l’idée du “morceau”, et parfois, ça peut finir par restreindre et bloquer l’élan créatif. J’ai voulu essayer différentes approches avec Melody Elder." Dès Only Air, morceau introductif, on perçoit cette liberté de ton ne pouvant aller de pair qu'avec un projet d'album conçu sur la durée, dans son entièreté, avec comme fil conducteur l'omniprésence de claviers aux sonorités anachroniques, à situer quelque part entre un psychédélisme très sixties et cette vision panoramique que conférait Ennio Morricone aux films pour lesquels il composait. Unique chanson à prétention pop de Melody Elder - sur lequel Jowe Head (Television Personalities, Swell Maps) love sa basse - Bird Or Bat ferait, sortie de son contexte, immédiatement penser aux volutes sirupeuses des trois New-Yorkaises d'Au Revoir Simone, si elle n'était pas sertie d'une relecture déconstruisant celle-ci dans ses moindres recoins (Bird Or Bat Reprise). Entre sinuosités mélodiques (The Parlance, Apple Bay Day), ambient cinématographique (I Am Not The Singer, Supermoon) et patchwork sonores du plus bel effet (Mountain Highway Hymnal Rain, Gaza Drift, Push), difficile de ne pas sentir Jennifer coucher sur bandes magnétiques d'éparses bribes de sa propre biographie.

Audio

Tracklist

The Garment District - Melody Elder (Night People, 2011)

01. Only Air
02. The Parlance
03. Bird Or Bat
04. I Am Not the Singer
05. Nature-Nurture
06. Supermoon
07. Bird Or Bat Reprise
08. Highway Mountain Hymnal Rain
09. Apple Bay Day
10. Gaza Drift
11. Push


Daughter - The Wild Youth EP

On va dire que Simone nous fait sa rabat-joie, en vieille Grinch qu'elle est. Pourquoi ? Parce que toute l'année, on nous a dit que Daughter, aka Elena Tonra (et son boyfriend Igor), allait forcément devenir BIG. Alors, la demoiselle anglaise s'est sentie pousser des ailes et nous a pondu deux-trois EP à la suite, en préparation de l'année du succès que sera 2012 selon de nombreux blogs et critiques britanniques.

Le dernier du lot, The Wild Youth, s'inscrit toujours tranquillement dans la continuation folk à la Cat Power, avec un poil d'électronica - qui reste tout de même assez léger pour ne pas trop réveiller les foules, vous comprenez. Alors, c'est gentillet, ça fait chaud au cœur quand les tambours s'enchaînent au sur des paroles comme : "We are reckless, we are the wild youth" (Youth). La voix d'Elena est parfaitement adaptée à la folk et certes plaisante, non sans rappeler les premiers pas d'une grande folle rousse à sequins, Florence Welch de Florence & The Machine, qui avait eu un début similairement plus sobre. La production est bien huilée, délicate et détaillée. On s'ennuie un peu sur Love, une ballade tranquille de rupture passive, jusque vers la fin du morceau où Elena commence à s'énerver un peu sur la boîte à rythme et là on est content. En fait, on aurait aimé un peu plus de ces petits effets qui auraient rendu The Wild Youth un cran au-dessus du "New Boring", cette nouvelle vague de pop fadasse qui déferle en ce moment chez nos amis britons. Mais que voulez-vous, malgré tout à l'écoute de The Wild Youth, les charentaises restent confortables et avec un bon livre et quelques "mince pies" de Noël, on va bien pouvoir patienter jusqu'aux nouvelles sorties de 2012, et qui sait, un prochain album de Daughter qui irait chercher un peu plus loin dans l'expérimentation folk...

Audio

Tracklist

Daughter - The Wild Youth EP (Self-released, 2011)

1. Home
2. Medicine
3. Youth
4. Love


Primary Structures - Primary Structures

On l'a déjà écrit plus d'une fois, mais ce constat est toujours d'actualité, et selon le point de vue que l'on adopte, au choix, déprimant ou réjouissant : dans le flot d'albums que la rédaction de notre webzine reçoit quotidiennement, il y a parfois, cachées dans la masse de productions vaines ou indigentes, de sacrées bonnes surprises. Et pour le coup, ce premier LP de Primary Structures, combo san franciscain jusque là inconnu au bataillon, en est belle et bien une. Fraîchement signé sur Gold Robot Records, le quatuor nous offre en effet, en cette période de Noël, un joli cadeau pour notre platine.

Née des cendres des précédents Volunteer Pioneer puis Lady Genius, la formation, sous cette nouvelle appellation, a visiblement décidé d'aller - de revenir ? -  à l'essentiel, et de miser avec bonheur sur une formule qui a prouvé son efficacité plus d'une fois : des titres bien écrits, et des instrumentations simples - une batterie martiale, un couple guitare-basse qu'on aurait pu entendre, de manière récente, dans les meilleurs travaux d'Interpol ou du côté d'Editors, quelques touches de claviers, et puis, bien sûr, une voix. Celle de Kyle Williams, elle, est définitivement importante dans les chansons de Primary Structures. Un chant omniprésent, qui retient forcément l'attention de l'auditeur d'une part par son timbre singulier, mais aussi et surtout par cette façon d'égrainer les mots comme le bien aimé Morrissey peut le faire, c'est-à-dire avec un lyrisme, une grandiloquence, qui pourraient vite énerver mais qui, par le truchement d'une formule magique inconnue, emportent finalement l'adhésion. Peut-être justement parce qu'ici, pas de trace d'une quelconque morgue horripilante qu'on peut trouver si facilement chez d'autres. Il y a ici toujours, couplée à l'ambition d'écrire de bonnes chansons, une humilité bienvenue.

Alors certes, à l'écoute de Primary Structures, des cohortes de références viennent à l'esprit, le groupe ayant visiblement absorbé et digéré les œuvres de leurs glorieux aînés post-punk. Mais on évitera de se lancer dans un name-dropping indigeste, le groupe nous proposant un album qui, s'il n'est pas foncièrement novateur, se révèle réellement personnel et sincère. Et qui est, en tous les cas, un album qu'on imagine plus tout droit sortir d'une cave anglaise ou new-yorkaise que de la baie de San Francisco... Qui sait, on se demande même bien si ce ne serait pas justement cette confrontation entre leur environnement direct et une culture musicale semblant être éminemment européenne qui nous donne ce LP singulier.

C'est en tous les cas une sensation de cohérence qui transpire de ce LP, le choix des instrumentations y étant sans doute pour quelque chose. On le redit encore, une chanson bien écrite n'a pas besoin d'être couverte de multiples couches d'oripeaux pour se révéler flamboyante. Et Primary Structures le prouve ici en construisant les siennes autour d'une instrumentation rock basique - pour ne pas dire "traditionnelle" - qui suffit amplement à magnifier les structures de ses chansons qui, vous vous en doutez, ne sont pas si élémentaires que le groupe voudrait le faire croire à travers son nom... Taillées au plus près de l'os, peut-être, mais ne manquant pas de saveur. A l'heure où tant de groupes souhaitent vainement marcher sur les traces d'Arcade Fire en habillant - étouffant ? - leurs chansons d'un maximum d'instruments, ce minimalisme rock au service de titres convaincants est plutôt le bienvenu.

Ainsi, Jetset, titre introductif, lance les hostilités de belle manière en nous propulsant avec emphase dans une cavalcade échevelée, tandis qu'à travers The Farm ou Flora and Fauna - authentique tube potentiel -, le groupe montre son talent pour mettre au point des chansons et des riffs d'une efficacité redoutable, tant pour la tête que pour les jambes. Primary Structures propose même parfois un versant plus pop, mais jamais racoleur, avec, par exemple, un titre comme Cannibals, dont les guitares pourraient tout droit sortir du récent Angles des Strokes. Il est ceci dit bien difficile d'isoler certains titres, tant règne ici, tout au long du disque, une homogénéité qui ne devient cependant jamais asphyxiante.

Vous l'aurez donc compris, le premier LP de Primary Structures enthousiasme sur bien des points. S'il n'est en aucun cas révolutionnaire, l'humilité ambiante, alliée à la qualité des compositions, avec cette rencontre étrange entre post-punk et lyrisme pop - dont la voix du chanteur est le principal vecteur - suffisent  à récolter notre adhésion, et faire de ce premier album un nouveau compagnon de jeu pour quelques temps.

Audio

Tracklist

Primary Structures - Primary Structures (Gold Robots Record, 2011)

1. Jetset
2. The Farm
3. Balsa Tree
4. Cannibals
5. Land of Terror
6. Flora and Fauna
7. Bad Kreuznacht.
8. Green Islands


Daniel Darc l'interview

A l'écoute de La Taille de mon Âme, le nouvel album de Daniel Darc, on avait trouvé le pari audacieux et le casting intéressant. Produit par Laurent Marimbert, qui cachait son talent de créateur d'ambiances en réalisant les disques des 2Be3, cet album est surprenant par sa cohérence, la puissance des textes et leur mise en valeur parfaite. On a profité de ce nouveau CD pour le rencontrer, tant on le savait passionnant.

Pour que cette discussion soit à la hauteur de notre ambition, nous avons réalisé cette interview en double, avec Rafaël Corcostegui, qui nous a permis de rentrer en profondeur dans l'aspect littéraire de ces nouveaux titres. Nous avons fait face, ce soir-là, à un homme réconcilié avec lui-même qui nous a parlé du punk, de sa famille, de la religion et avec qui on aurait pu continuer à tailler la bavette des heures durant...

Avant parler de ton nouvel album, on t'a entendu dire que tu n'avais finalement pas aimé Amours Suprêmes, ton disque précédent...

Ouais, ouais. Quand je le réécoute... Parce que sur le moment, je trouvais ça très bien, mais en me le repassant, je trouve que c'est Crève-Coeur en moins bien. Mais c'est peut-être aussi parce que ça se cassait un peu la gueule avec Frédéric (Lo, le producteur, ndlr). Le premier, c'était un peu une lune de miel. C'est allé très très vite, ça se passait super bien, je crois que pour lui aussi, vraiment... Le deuxième, on se connaissait déjà. C'est un peu comme un couple, tout simplement. Ça a commencé à merder, et puis l'argent aussi... Parce qu'il est devenu éditeur, et qu'on n'avait plus de thune pour le faire, et du coup, on a pris le batteur et le pianiste des Attractions, de Costello. J'en n'avais rien à secouer de ça. J'aime bien les mecs, Steve Nieve et Pete Thomas, mais ça ne m'intéressait pas. Et puis bon, il y avait une façon de réaliser lequel n'était pas celui que je préférais... Je voudrais pas dire que j'avais raison et qu'il avait tort, et le contraire non plus, mais simplement, on n'était plus prêt à bosser comme ça. Lui est plus du genre à dire ce qu'il veut dès le départ, alors que si je prends des gens que j'aime bien, c'est pour les laisser faire, genre : « Ecoute ça, fais ce que tu veux dessus ». Et puis si à la fin, il n'y a rien, ben... Je dis des trucs. Mais si ça se passe bien sans que j'aie à dire quoi que soit, je préfère. Et il y a eu Robert Wyatt, peut-être pour me faire plaisir, mais c'était génial. Il y a eu des grands moments, bien sûr, comme ce que j'ai fait avec Alain Bashung... Cette chanson, c'est le piano... J'aime beaucoup ce qu'il a fait, Robert, dessus. Frédéric et l'ingé s'étaient barrés, il n'y avait plus que lui et moi. Il me dit : « Qu'est-ce que je fais ? ». Je lui réponds : « Ben je sais pas... Ce dont t'as envie ». Au début, il était un peu largué, parce que c'était le contraire de tout ce qu'il avait fait avant et puis au bout d'un quart d'heure, ça a commencé à venir, je trouve ça super. J'aime bien quand c'est accidentel, quand il y a des trucs qui se barrent.

Et La Taille de mon Âme, avec Laurent Marimbert, a été réalisé dans cet esprit-là ?

Oui... (rires). Quand on s'est rencontré, on pensait plus au cinéma, tous les deux. Quand on parlait, c'était vachement plus des images que du son. Ça s'entend, je pense. C'est pour ça aussi que j'ai pris Les Enfants du Paradis, tout ça. Et ouais, ça a été très vite. Je pensais à Chet Baker, Dylan. Le micro était toujours branché.

Les moments parlés viennent de là ?

C'était pas du tout prévu, au départ. Je l'ai laissé faire, je savais même pas ce qu'il mettrait. J'ai juste demandé à ce que le violoncelliste joue, à la fin d'Anna, la Septième Suite pour Violoncelle de Bach. Qui n'existe pas, bien sûr. Ça l'a fait marrer, il a essayé de faire un truc comme ça aurait pu être. Le reste, vraiment... Genre Laurent a été jusqu'à mettre, au milieu d'un titre, Besoin de Quelqu'un qui n'a pas Besoin de Moi, un truc où j'allais pour me barrer. Il pleuvait dehors et, du studio, on voit la pluie qui tombe, et je dis : « Merde, la pluie », et, je sais plus, je parle de mon cuir... C'était pas du tout prévu. Je me suis vraiment bien entendu avec lui, et j'espère qu'on va pouvoir en refaire un autre.

Il y a déjà une idée d'en refaire un autre ensemble ?

Pour moi ouais, pour Laurent, je sais pas...

Tu jouais My Funny Valentine au Palace, et l'influence Chet Baker se ressent énormément sur l'album. Tu l'as rencontré ?

C'est un mec que j'ai vu peut-être une quinzaine, une vingtaine de fois. Quand il venait à Paris, je le voyais tout le temps ! Et ouais, c'est un des chanteurs qui m'a le plus marqué. Il y a deux chanteurs, pour moi : Van Morrison et Chet Baker. Et Elvis, mais c'est différent. Ces deux-là arrivent à passer par-dessus leurs défauts. Surtout Van Morrison. Après, ouais, je l'ai rencontré, mais vraiment pas pour les bonnes raisons.

Comment expliques-tu l'aspect hyper religieux de ton disque ?

Je ne savais pas que Laurent les mettrait, ces phrases. Il a inséré vraiment ce qu'il voulait. Il m'a fait écouter, mais je m'en rendais pas compte, vraiment, je m'en rendais pas compte, à quel point c'était Dieu tout le temps. En même temps, c'était des conneries. Enfin non. Mais à la fin, il me disait : « Excuse-moi, je te fais pas chier, avec ton Dieu ? » (rires). Je suis pas mystique, je crois en Dieu, oui, je crois en Dieu. C'est une partie de moi, quoi.

La création des morceaux en eux-mêmes se passait comment ?

La plupart du temps, c'était lui qui me jouait des trucs ou on pensait à rien, il commençait à prendre le piano et j'arrivais dessus... C'était plein de fulgurance. Oui, voilà, de fulgurance.

Il dit d'ailleurs qu'il n'a vu dans sa vie que deux fois des mecs capables d'écrire un texte pendant une improvisation : toi et Roda-Gil.

Dans les trucs de Roda-Gil pour Julien Clerc, il y a un truc tellement fort. J'arrêtais pas de chanter Danses-yà Laurent (il commence à chantonner).

D'ailleurs, écrire pour les autres, tu l'as un peu fait...

Ouais, un peu. Mais il y a des gens pour lesquels j'adorerais écrire. Françoise Hardy, Jacques Dutronc. Il me l'avait proposé, mais j'étais môme, et j'avais fait des merdes. Je ne sais même pas s'il les a lues...

Il y a des similitudes entre ton album et celui de Miossec. Parler des amis qui sont partis, de l'occupation... Les « c'était mieux avant », qu'on trouve aussi dans sa Chanson du Bon Vieux Temps... Sans compter les références à Drieu de la Rochelle. D'ailleurs, comment es-tu tombé sur cet auteur ?

Oh putain, je vais écouter ! Merci. J'essaie de chercher pour Drieu de la Rochelle. Ah.

Si. Je trainais avec des gens d'extrême droite. Même si je suis d'extrême gauche. Enfin j'étais... L'époque du punk, les gens s'en font une idée super cool, mais c'était pas du tout ça. Il y avait de tout, et ça se barrait dans tous les sens. Ce qui fait que tu pouvais très bien parler avec un maoïste et cinq minutes plus tard, avec un nazi. Et puis on se connaissait tous. C'est ce qui a pu se passer au Etats-Unis au tout début du bop ou même en France à Saint-Germain-des-Prés. Il y avait un truc à essayer, fallait le faire, on s'en foutait de ce qui se passait. C'est étrange. Je crois qu'avec Drieu, c'est ce qui s'est passé, d'ailleurs. Mais c'est surtout Jacques Rigaud, pour moi. Comme pour Le Grand Jeu. C'est une revue avec Daumal, Roger Gilbert-Lecomte. Pour moi, ils ont un rôle assez proche de celui de Jacques Rigaud, là-dedans. Daumal est plus articulé... Il y a ceux qui arrivent à s'adapter et puis les autres. C'est assez darwinien comme truc, en fait. Je sais plus ce que je voulais dire. C'est bien, parce que ça me touche, en fait... Ah oui, si, Drieu. Je l'ai connu par un mec d'extrême droite. Non, en plus c'est pas vrai, je me fais une sorte de légende, là. Je l'ai connu parce que je lisais. Mais la littérature est plus intéressante, pour moi, à l'extrême droite qu'à l'extrême gauche...

Genre Céline, à qui tu fais référence, aussi ?

Ben tu vois, ses pamphlets, je m'en fous, mais Le Voyage... Même Rigodon ou D'un Château l'Autre... Il y a un truc énorme. Et j'ai appris qu'à cette époque, mon oncle était planqué avec lui, mais ils ne se connaissaient pas... Enfin quand je dis mon oncle, je commence juste à pouvoir dire mon oncle. Avant, je n'ai jamais reconnu le côté de ma mère. Ce n'était pas la même famille. Ma famille, c'était du côté de mon père... Ça ne fait que deux ans que je peux dire ça, ça doit être la troisième ou quatrième fois que je le fais. Ma famille était juive en Espagne, et ils ont eu la mauvaise idée de venir en France. Il y en a qui se sont barrés aux États-Unis et puis en Israël, mais ceux qui sont en France, c'est ça ma famille. Du côté de ma mère, c'est pas ça. C'est une famille catholique, et le frère de ma mère avait été à... Je sais plus... Mais ma mère a été condamnée à mort par procuration. De la collaboration horizontale, comme on dit, elle n'a pas été très résistante. Autant le frère de ma mère était dans la baston, autant ma mère n'a jamais été nazie. Mais elle était amoureuse d'un Allemand. Tout ça pour finir amoureuse d'un Juif qui lui a fait un petit Juif (rires). Parce que moi, dès que je suis né, hop, on m'a coupé la queue, et c'était fait. Tout ça, ça je l'ai retrouvé avec les meubles. Prends-moi pour un dingue, c'était les meubles. Ma meuf vient habiter avec moi maintenant, et il y avait tellement de trucs partout que je me suis dit : « Faut jeter ». Et plus je jetais de trucs, plus je me retrouvais en face de choses que j'avais oubliées, de souvenirs. C'est vraiment les soldes avant fermeture, ces temps-ci, chez moi. Fermeture provisoire, hein. Pour réassortiment. Je me débarrasse de plein de trucs. Et il y a des choses dont je ne pouvais pas parler avant qui reviennent... Maintenant, ma mère, elle est toujours vivante, et je l'aime comme elle est. Mon père, il est mort mais je l'aime. Et puis je suis content, là, vraiment content, c'est génial. Je suis pas scientologue, mais c'est un truc que j'ai fait plus tard que les autres. J'ai 52 ans, mais je dois pouvoir parler avec des mecs de trente ans. Je crois qu'il y a une vingtaine d'années de retard entre mon physique et ma tête. Et c'est peut-être pour ça, si on veut me donner un peu de talent, que c'est bien, ce que je fais.

Dans un autre registre, tu as souvent rendu hommage à Alain Kan. C'est une grande inspiration, pour toi ?

On peut très vite penser que j'en ai beaucoup parlé, mais ce qu'il y a, c'est qu'on me dit toujours : « Et Alain Kan ? ».

Alors parle-nous des autres qu'Alain Kan, de ceux qui ont été importants pour toi.

Non mais Alain, il allait loin dans le truc. Il était respecté par à peu près tout le monde, parce que c'était un « pauvre PD », mais un « pauvre PD » qui s'habillait en nazi, qui s'en foutait de s'en prendre plein la gueule, qui se battait... Et puis moi j'avais des potes dans le FHAR, un mouvement homosexuel révolutionnaire... Il y a Alain Pacadis et Alain Kan, parce que c'était les plus célèbres. Mais il y avait plein de gens tout autour. Mais c'était ça. T'avais Alain Kan, qui arrivait habillé en nazi, t'avais Alain Pacadis, qui était un genre de clochard céleste, si on veut. La personnalité parfaite pour parler du punk, je crois que c'est Pacadis. Quand il te parle, il dit un truc génial, mais tu peux pas écouter tellement tu gerbes, parce qu'il pue. C'est ça, c'est parfaitement ça.

Tu as fait un album en duo avec Bill Pritchard. Pourquoi lui ?

On était tous les deux sur PIAS. A l'époque, c'était qu'en Belgique, et moi j'avais signé chez eux. Il avait écouté mes disques, et il voulait me rencontrer, parce qu'il avait envie de faire un disque en français. Il pensait qu'il n'écrivait pas assez bien pour ça, même s'il parle très bien le français. Il m'a fait écouter des trucs de lui, j'ai trouvé ça vachement bien. Au début, c'était des chansons de lui, que de lui, et j'ai fait des versions françaises, pour voir si ça lui plaisait. Je pensais qu'il allait refaire les voix, mais il les a trouvées super. Jusqu'à Nijinsky, qu'a fait Pritchard ivre mort, et que je lui ai rejouée le lendemain, en lui assurant qu'elle était de lui. Il a failli me casser la gueule parce que je voulais mettre son nom sur la pochette.

Les textures sonores sont assez variées et les morceaux sont ponctués par les phrases enregistrées par hasard. Comment vas-tu retranscrire ça sur scène ?

On a prévu de faire des dates avec Jean-François Assy au violoncelle, il prendra peut-être la guitare, aussi... De temps en temps, on sera quatre, cinq, ça dépendra des morceaux. Un peu comme au concert qu'on a fait au Palace. J'aime bien ça, parce que j'écoute pas trop de rock, plutôt du jazz et de la country, John Coltrane, tout ça... Enfin c'est comme l'écriture, on s'en fout. Flaubert disait : « J'aimerais écrire un livre qui ne parle de rien ». Céline, c'est la même chose, il n'y a que le style. Entre les chansons, ce qui change, c'est la façon d'écrire. C'est toujours le même thème.

Des anciens de Taxi Girl, tu es celui qui a le plus « récupéré » les fans, selon Mirwai. Tu peux expliquer pourquoi ?

Je suis pas sûr que ce soit entièrement vrai. Enfin si... Pour des raisons très longues. Mais je pense que la France n'est pas forcément un pays qui se rappelle des musiciens. Les gens se rappellent plus d'une voix que d'un style de guitare. Je pense qu'il y a les textes, ensuite...

Est-ce que tu as l'impression de progresser dans ton écriture ?

Oui, mais je pense que c'est pour plein de gens la même chose. J'écris forcément de mieux en mieux... Quand je repense au moment où j'écoutais Dylan quand il sortait Saved, un truc très chrétien, je comprends qu'on puisse me dire qu'on préfère ce que je faisais avant. J'ai fait ce que j'ai fait. Mais je crois que maintenant, je n'ai plus besoin d'une manière. Avant, j'étais en permanence dans un état extrême, même si je ne sais pas s'il y a un état normal. Avant, je pouvais écrire bien, et puis en relisant les trucs maintenant, je me dis : « Qu'est-ce que c'est chiant ! ». Maintenant, je peux trouver un mot, un verbe, pas besoin de durer des plombes. C'est de plus en plus naturel.

D'ailleurs, les textes sont plus narratifs. Tu pourrais écrire un roman ?

C'est comme courir un marathon. Moi, je fais du 100 mètres. C'est aussi lié à un mec que Miossec cite pas mal, qui est Henri Calet. Je l'ai découvert, et j'ai eu l'impression de lire Céline, mais sans la haine. Et ça fait du bien. Céline, petit nerveux, un peu. Il y a toute la beauté du monde à portée de main, mais il va pas aller voir, il a trop peur et il va rester à fixer le sol en disant : « Enculé de Juif, enculé de Juif ». Il y a Rigaud aussi. Dans Le Feu-Follet, il a une chance de s'en sortir, mais il ne s'en sort pas. Je pense que si Rigaud avait pu écrire, il s'en serait sorti. Mais je ne pense pas qu'il faille privilégier ceux qui n'y arrivent pas, même si j'ai tendance à le laisser entendre, des fois. Il faut arriver à faire son truc. Mais peut-être que je suis né pour décevoir.

La musique fonctionne comme un écrin pour les textes. C'était volontaire, où cela s'est-il imposé au fil des sessions ?

C'était voulu. Évidemment, parce que tu peux pas enculer un mec sans lui sourire avant (rires). J'exagère un peu, mais il y a de ça...

Pour finir, t'es encore en vie, tu sors encore des disques, tu as gardé une certaine aura... Tu incarnes un peu le survivant du punk...

Manoeuvre aussi. Mais il est critique. J'ai voulu être critique, je l'ai fait un peu, mais Dieu merci, j'étais pas doué pour ça, je crois. Parce que je pense que si j'avais fait critiques rock, j'aurais été comme Eudeline, à rien branler.

Tes disques sont quand même meilleurs que les siens...

J'espère, putain, j'espère.

On t'as pas vu sur les hommages à Jacno ou Bashung alors qu'on s'y attendait un peu. Pourquoi ?

Jacno et moi, on était fâché. C'était de ma faute parce que j'ai pas assuré. J'étais junkie à l'époque donc je ne pensais qu'au prochain fix. Et lui, il s'occupait des crédits... des croquis... des pochettes, je crois, et j'avais rien assuré, c'est moi qui avais tort. J'aimais pas forcément ce qu'il faisait et je ne vois pas trop l'intérêt de dire : « Je suis connu » et de venir faire les pleureuses. Si je suis allé sur la tombe d'Alain, c'est parce que c'était un pote... Et de toute façon, on ne me l'a pas demandé, d'être sur les disques. Ça me semblait un peu trop... vite fait. J'aime pas ce truc-là.

La suite, ce sera quoi ?

J'ai envie de refaire un album vite, de plus traîner, de tourner, tourner, tourner, avant d'enregistrer, j'espère avec Laurent Marimbert. Pour le coup, j'ai besoin d'alter-ego musicaux, je ne peux pas être complètement seul. Laurent Marimbert est vraiment exceptionnel. Parce que chez moi, je lis, j'écoute France Culture, ma caution intellectuelle... (rires). Mais en studio il faut quelqu'un à côté de moi qui me dit : « Faut que tu te magnes ».


Peaking Lights - Tiger Eyes (Cuticle Remix)


Difficile de ne pas voir une certaine conjonction entre la période des bilans de fin d'année et la sortie de cet EP comportant quatre remixes de l'album 936 de Peaking Lights (lire). Comme si le label 100% Silk avait senti le coup et fleurait bon le haut des tops, et plus particulièrement du mien. A point nommé donc mais non à cause perdue car pour une fois l'exercice s'avère fructueux avec des remixes exécutés à 100% par des artistes 100% Silk (Ital, Cuticle, Xander Harris et Innergaze). La postérité retiendra avant tout celui de Tiger Eyes, revu et corrigé par Cuticle.

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Aaron Roche - Cyclocardoray w/ R. Stevie Moore and Dan Burns

La Station Radar déballait visiblement ses cadeaux le 21 de ce mois de décembre avec, dans le costume du Père Noël, R. Stevie Moore, accompagnant, le temps du morceau Cyclocardoray, le multi-instrumentiste patenté Aaron Roche. Première face d'un 7" surprise, fruit de deux collaborations - l'autre étant savamment menée en compagnie de Shahzad Ismaily - Cyclocardoray navigue dans les eaux d'une folk expérimentale tout en bénéficiant d'une vidéo, confectionnée par Jonathan Dueck, à la hauteur de son onirisme gracile et obsédant. Plus largement, ce vinyle 7" sortant fin janvier - que l'on peut pré-commander par ici - est à considérer tel l'appendice intimiste de rencontres déjà initiées depuis quelques lustres entre les trois musiciens, ayant abouti notamment en aout 2011 à l'album !BlurMyEyes - disponible digitalement et physiquement par .

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Neonbirds - Ignition's Cold, Oxygen's Pale

A trop marcher dans les ombres de la ville, on en arrive à ne plus rien pouvoir distinguer. Ni formes, ni sons véritables : on n'est plus grand-chose ou plutôt on subit langoureusement. C’est cet état de tâtonnement et d’abandon qui nous enveloppe d’abord à l’écoute de l’album Ignition's Cold, Oxygen's Pale de Neonbirds.

Quand elle passe sous le prisme obsessionnel du duo parisien, la musique électronique n’a en effet plus les mêmes contours. Ses trajectoires deviennent difficiles à décrire tant elle se contorsionne, se travestit et s’assombrit avec une sensualité étonnante. Une sensualité noire qui rappelle évidemment un autre duo d’envergure, Suicide. La folie de Neonbirds est tout aussi contagieuse : terriblement dansante, elle amène naturellement les corps et les têtes à la répétition piétinante de mouvements saccadés, aussi curieux que mathématiques. C’est une impulsion cristallisée et froide,  une musique du mouvement mais qui est aussi localisée et réductible à de l’étendue sonique : les morceaux ressemblent en effet à ces espaces nyctalopes et impersonnels que l’on rencontre peu avant le lever du jour après de longues marches vaporeuses - au moment précis où drogue et fatigue semblent se diluer l’une dans l’autre.

Bizarrement pourtant cet album n’est pas un catalogue répétitif et lassant de mélodies cold wave anesthésiantes. Il se décrit autant en images qu’en impressions ou en sentiments car il a en creux une véritable dramaturgie poétique. Les chansons se suivent, s’enlacent comme dans un enfilement de couloirs étranges, mais chaque pièce a une dimension propre. Chaque titre développe sa propre pathologie et ses propres angoisses. Les violences sourdes et murées de 01212 ou de While The Rock Scratch At My Side contrastent avec un morceau comme Cops & Fires qui déconcerte par sa nervosité et son émotion rock'n’roll. Dans tous ces titres, l’importance de la voix est essentielle : c’est elle qui ponctue de tragique ou d’espoir les chansons de l’album en s’ourlant tour à tour de douceur fragile ou d’un vide atmosphérique tranchant.

Une diversité d’univers qui n’empêche pas Ignition's Cold, Oxygen's Pale d’être cohérent. En effet, quand on y regarde de plus près, on mesure que les boîtes à rythme et les beats de jeux vidéo imprègnent chaque chanson d’un voile de nostalgie opaque qui rend l’album homogène et délicat ; aussi pâle que l’oxygène et plus froid encore que n’importe quelle combustion numérique.

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Tracklist

Neonbirds - Ignition's Cold, Oxygen's Pale (Substitute Records, 2011)

01. We've Got A Rocker
02. 01212
03. The Pretty Creatures
04. The Cops & The Fire
05. Substitutes
06. Plug Up Your Friends
07. Mechanics
08. Surfer Echo
09. While The Rocks Scratch At My Side
10. Decades


On y était - Rencontres Trans Musicales de Rennes, vues par l'un

Rencontres Trans Musicales de Rennes, du 1er au 3 décembre 2011

Lorsque l'on part main dans la main couvrir un événement de grande ampleur - et les Rencontres Trans Musicales de Rennes en sont un avec sa centaine de groupes invités sur un peu plus de trois jours - il est de coutume de se partager la charge de travail et de se répartir préalablement les taches. A toi le premier jour, à moi le second, ou encore, à toi tel groupe, à moi celui-ci... Si Hélène se dégage ipso facto de toute responsabilité, munie de son appareil photo (aujourd'hui en réparation), Sylvain et moi avons choisi de ne pas choisir - comme souvent - et nos goûts et aversions se sont occupés du reste. Voici donc deux visions d'un même festival (l'une ci-après, l'autre ici), signifiant combien l'exercice peut s’avérer subjectif, partiel et fragmentaire.

Jeudi 1er décembre

Si par le plus grand des hasards, il est possible, voir souhaitable, de se retrouver dans la baie de Hyères en plein mois de juillet, à quelques encablures d'un Midi Festival à l'aura fantasmée, l'impondérable n'existe pas lorsque l'on foule, début décembre, le pavé de la gare de Rennes. Avec tout le respect que l'on a pour la Bretagne et ses autochtones - aussi loquaces que des marins en perm' - il fallait bien un démultiplicateur de motivation pour braver vents et marées à la conquête de la blanche hermine. Les Rencontres Trans Musicales - préalablement présentées par nos soins - s'érigent ainsi, du haut de leur trente-troisième édition, tel un phare en pleine tempête, afin de guider, dit-on, cinquante mille de ses fidèles sur les champs défrichés de la découverte musicale.

Jeudi 1er décembre, je pose pied à terre et voilà que le ciel gronde. Sans passer par la case tourisme, je m'introduis dans les interstices de la ville - et sans doute de ce que l'on peut considérer comme étant le plus petit et étroit métro du monde - histoire de récupérer un tiers de la délégation hartzienne, en plus de mes accréditations. L'effervescence d'une métropole étudiante et remuante, galvanisée par le coup d'envoi du festival et de ses célébrations mitoyennes - les Bars en Trans (lire) accueillent à ce titre plus de quatre-vingts groupes sur quinze lieux différents -, n'est pas même entamée par une foutue pluie, aussi glaciale qu'insistante. L’Étage, lieu de confluence des professionnels, est déjà en ébullition : attachés de presse, tourneurs, agents, presse écrite, télévisée, radiophonique, tout le monde est bien là, aux aguets d'un premier verre de la convivialité. Tu m'étonnes. Une inaugurale rasade houblonnée plus loin - aux environs de Sainte-Anne - nous voilà parés pour une immersion en plein cœur des Bars en Trans, précisément au Papier Timbré, non sans avoir failli s'étrangler à l'Ubu dès les premiers accords de Dissonant Nation. Une formation locale que l'on subodore éphémère.

Le temps de commander un admirable vin basque, serti d'une belle planche de cochonnaille, qu'Hannah - duo niçois franchement débarqué de deux dates prestigieuses en compagnie de Girls (Midi Hiver) puis de M83 (Gaîté Lyrique) - étale ses penchants pour une folk toute en contrastes, quelque part à chercher entre classicisme ouvragé et gouaille débraillée. Succédant à un premier EP de bonne facture, le premier LP du groupe à paraître début 2012, People in the Mirror Are Closer Than They Appear, s'annonce tout aussi recommandable. Comme prévu, on zappe La Femme - car non, ce n'est plus possible - pour filer à la Liberté assister à la performance de Lewis Floyd Henry, sorte de "clochard céleste" emboîtant ostensiblement le pas à Hendrix. Bien que son blues éraillé ne laisse pas de marbre, il ne captive mon attention que le temps de trois ou quatre morceaux à l'homogénéité déconcertante. Je dis trois ou quatre morceaux, en fait je n'en sais rien : l'homme orchestre avoine ses instruments à la force du poignet et des chevilles sans que l'on puisse distinguer de nuances sur la durée, mise à part une sauvage reprise de Protect Ya Neck du Wu-Tang. Le bar pro nous tend alors les bras, et ce n'est pas le reste de la programmation qui nous retiendra plus longtemps dans une Liberté très vite désertée par le gros du public. Mention spéciale et titre honorifique de plus belle escroquerie du festival - la concurrence étant rude - décernée à Capacocha, croisement inique entre rock putassier et électro poubelle, que l'on nous présentait tel "le vrai monsieur 100 000 volts". On opte pour la fuite, d'autant que la pluie finit par annihiler toute autre envie que celle de se pieuter.

Vendredi 2 décembre

Un éclatant soleil me tire des bras de Morphée. Qu'importe, les Trans reprennent tôt et le programme est chargé. Première étape, l'apéro des pros à l'Ubu, où comment remplacer le café par le vin. S'ensuit un après-midi de concerts dans cette salle "en coude" pleine comme un œuf. Les trois Juveniles ouvrent les hostilités. Très attendus - notamment depuis leur premier single We Are Young, paru chez Kitsuné - les ex(?)-Wankin’ Noodles et Russian Sextoys font mieux que de ne pas décevoir en délivrant une pop synthétique savamment cadencée et admirablement chantée. Présentés fallacieusement tels d’inénarrables branleurs, on sent poindre, dans chacune de leurs compositions, le souci de l'arrangement idoine, de l'effet recherché. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça marche. Également de Rennes, le duo Splash Wave - que l'on avait tôt fait de découvrir via un single sur Beko DSL, à télécharger par ici, et que l'on retrouve maintenant du côté de Third Side Records - ne se fait pas non plus prier, de sa synth-pop hyptnotico-robotique, pour épaissir encore un peu plus cette intime impression d'être déjà en train de divaguer en plein cœur de la nuit. Claviers à la coloration eighties revendiquée, batteries électroniques métronomiques et voix vocodées à satiété, l'espace-temps se dissout et c'est l'insupportable chaleur qui nous pousse à l'exil sans même avoir entendu l’échalas Wagner prêter sa voix le temps d'une "orgasmique" collaboration. J'exagère à peine, mais vous, vous n'avez pas eu à gérer la horde de groupies qui s'en suivit. Exit donc, et avec regrets, Wonderboy - soit un autre Wankin’ Noodles, Sébastien Thoreux, rencontré par ailleurs au bar à champagne (sic) - et Shiko-Shiko, dont on ne cessa de me vanter la folle énergie. Pour ma part, je n'ai retenu des Lillois - dont le patronyme signifie masturbation en nippon - que le chanteur déguisé en chapon. C'est déjà ça.

Promesses tenues, nos pérégrinations empruntent les chemins des Bars en Trans pour le second soir consécutif. Funeste hésitation à l'heure de sévèrement entamer l'apéro - en gros, au moment où la bière commence déjà à nous assommer de redondance. On loupe The Feeling Of Love pour assister à la performance des Canadiens de Pat Jordache, autres rejetons présents de l'écurie Constellation Records avec le souffleur de chibre Colin Stetson. Une heure d'attente et trois whiskies plus loin, toujours rien. On plie bagage et on s'incruste au Museum Café, désireux de voir enfin Yan Wagner à l’œuvre. Sinistre lieu et infernale programmation attenante - le crooner à la gueule d'ange étant coincé entre les affreux Mc Luvin et les vomitifs Young Empire - pour une prestation du Parisien plus amoureux ici du dancefloor que quiconque. Emballant les cœurs et les jambes de sa synth-pop noire et mélodieuse, élégamment teintée d'électronique, notre homme - en sus d'une foultitude de remixes - s'apprête à sortir un EP début 2012, puis un LP au printemps.

Hélène, photographe patentée du trio, trépigne : le Norvégien Todd Terje s'apprête à investir le Hall 9 du Parc Expo. On oublie la navette et on chope un taxi qui fera le boulot : nous voilà en lieu et place à l'heure dite. Loin d'être désert, le hall sonne un tantinet creux malgré la house rafraîchissante du Scandinave, susceptible de cristalliser funk et disco d'un même tenant. Je me désolidarise histoire d'égayer mon gosier, et là les ennuis commencent. Qui n'a pas vu Las Vegas Parano ne peut comprendre la perte de repères temporels qui s'en suivit. Une nébuleuse masse de corps grouillant, dégoulinant d'ivresse, inhibe alors mon élan naturel pour un Parc des Expo à la démesure aussi glauque qu'une citée-dortoir moscovite. Escalade du bruit et nimbes cauchemardesques, la nausée atteint son paroxysme à l'épreuve de la soupe servie en grande pompe par SBTRKT. Il faut vraiment faire semblant et soigner le paraître pour bouger son cul au son ratatiné de cet énième duo croyant bon de réinventer le dubstep. Aaron Jerome fait bien de se produire masqué, car au détour d'une ruelle, je ne dois pas être le seul à vouloir lui briser les os. James Blake et ses psalmodies peuvent en témoigner. Je me perds à nouveau pour le monde, passant en revue d'un haussement d'épaule l'indigence sonore des Stuck In The Sound - putain mais c'est quoi cette blague ? -, quand le bar à champagne emporte définitivement mon attention. Trop peut-être. Quatre du mat', la nuit se dilate dans la plus grande des perplexités tandis que Factory Floor - trio briton couvé par Stephen Morris - amenuise de son acidité sérielle les derniers souffles de vie d'un public clairsemé. Bien qu'on aurait aimer goûter cette techno glaciale aux pulsations kraut et extatiques, dans un espace nécessairement confiné, le rendez-vous avec cette récente signature DFA est d'ores et déjà pris pour 2012. Avec tous les risques que cette dernière laisse imaginer.

Le jour point à l’orée de notre insouciance quand, de notre plein grès, nous nous acheminons en plein coeur du centre-ville de Rennes, histoire de déguster une galette saucisse des familles. Pour d'autres, la galette, c'est dans les chiottes.

Samedi 2 décembre

13h30, Sylvain harcèle mon téléphone tandis que je mégote les restes de la veille. Hanni El Khatib accepte notre demande d'interview et c'est en toute frivolité que nous nous pointons à l’Étage. Si la rumeur veut que ce dernier ait récemment agressé un journaliste muni d'un stylo Bic (sic) - celui-ci lui ayant fait remarquer que sa musique était à comparer à celle des White Stripes - la réalité veut que le garçon, d'humeur badine et honoré d'être là, soit aussi prévenant que courtois. Sur la table, il n'y a que des Haribo, l'attentat semble loin. On quitte celui qui n'a que le nom "pour faire de la world music" - préférant sans hésitation la poussière d'un rock garage âpre et référencé - pour aller s'enquiller quelques tournées de Guiness. Car les Trans c'est aussi les copains, ouais, ouais. Hélène s'en va de son côté à l'Aire Libre shooter les Kutü Folk, en résidence depuis jeudi. Délicate attention que d'avoir casé les Auvergnats et leur ribambelle de groupes à faire chialer moineaux et perdrix hors de ma portée. St Augustine, The Delano Orchestra, Hospital Ships, Evening Hymns... Je le redis sans honte à quiconque en a quelque chose à foutre, la folk minaudée a tendance à me faire copieusement chier. C'est donc sans regret aucun que je rejoins l'équipe de Modzik en plein work-apéro. Ça rigole, ça plaisante, mais si la couleur de la bière change, la distance nous séparant du Parc des Expo reste ce qu'elle est : une foutue corvée. On zone puis on chope un tacot, mais le mal et bel et bien fait : du fait d'une trop grande affluence, l'accès au concert d'Hanni El Khatib relève de l'impossible. Dommage.

D'ailleurs, un rapide coup d’œil aux proches alentours lève le doute : le Parc des Expo est blindé et dégueule de viande saoûle. J'ai tout autant de mal à m’enthousiasmer pour le récit narrant la performance des minots de Carbon Airways - on parle quand même d'un mash-up Jordi Vs Crystals Castle - que pour les ambitions ubuesques d'un Don Rimini perchant sa table de mixage à vingt mètres de hauteur. Il faut bien ça pour s'étonner d'autre chose que de la grégarité d'une techno ultra conventionnelle, à quelques beats près de ses Ed Banger de potes.

Les odes rappées, iconoclastes et addictives de Shabazz Palaces, tout comme les nappes électroniques d'un Agoria plus qu'acclamé, sauvent les meubles d'une soirée en manque cruel de héros et de légendes. Des inaudibles Spank Rock aux dispensables Janice Graham Band et autres Nguzunguzu, il est définitivement trop compliqué pour nous de faire autre chose que de turbiner non loin du bar. Après tout, cela fait partie du jeu et le DJ du bar pro sait tenir ses ouailles à merveille. Qu'il se dénonce.

Photos


On y était - Rencontres Trans Musicales de Rennes, vues par l'autre

Rencontres Trans Musicales de Rennes, du 1er au 3 décembre 2011

Lorsque l'on part main dans la main couvrir un événement de grande ampleur - et les Rencontres Trans Musicales de Rennes en sont un avec sa centaine de groupes invités sur un peu plus de trois jours - il est de coutume de se partager la charge de travail et de se répartir préalablement les taches. A toi le premier jour, à moi le second, ou encore, à toi tel groupe, à moi celui-ci... Si Hélène se dégage ipso facto de toute responsabilité, munie de son appareil photo (aujourd'hui en réparation), Sylvain et moi avons choisi de ne pas choisir - comme souvent - et nos goûts et aversions se sont occupés du reste. Voici donc deux visions (l'une ci-après, l'autre ici) d'un même festival, signifiant combien l'exercice peut s’avérer subjectif, partiel et fragmentaire.

Jeudi 1er décembre

Le premier jour des Trans est toujours excitant, pour - outre le plaisir immuable de retrouver la ville qui abrita mes regrettées années étudiantes - une foule de raisons. Les plus évidentes étant ces petits rituels immuables, préambule sympathique avant le début des hostilités : arrivée à la gare, retrait des accréditations, dépôt du sac de voyage, puis prise de contact avec les forces en présence et bien entendu, première bière. Invariablement, l'excitation monte au fil de la journée, convaincu que l'on est de passer, comme d'habitude, trois jours de folie musicale et - un peu quand même - éthylique, d'autant plus que sur ce point, faire partie de la délégation hartzinienne n'aide pas à préserver son intégrité hépatique. Cette année n'a donc pas fait exception, et c'est avec envie qu'on entama cette trente-troisième édition. D'autant que la programmation laissait entrevoir, dès ce jeudi-là, de très belles perspectives musicales. Première étape, donc, à la vénérable Salle de la Cité où les Bumpkin Island, dont on nous avait dit le plus grand bien, passaient leur grand oral des Trans Musicales : les neuf musiciens sont visiblement ravis d'être là, et enchaînent leurs titres de pop pastorale avec application. C'est joli, c'est propret, mais j'avoue ma déception, pas vraiment emporté par ces chansons visiblement influencées par les pontes du genre, quelque part entre Sigur Ros et Arcade Fire. Derrière ces louables intentions, ça manque cruellement de corps, et sans doute d'un peu de vice.

Aussitôt le concert terminé, il fallait ensuite se dépêcher de rejoindre la Liberté, où Lewis Floyd Henry, l'homme-orchestre londonien, devait relever le défi de faire bouger à lui seul une foule compacte et bigarrée, avide de sensations fortes. Contrat plutôt bien rempli pour l'Anglais qui, assis sur sa chaise et armé de sa guitare, réussit à conquérir le public grâce à son énergie communicative et ses compositions fleurant bon les références hendrixiennes : comme on l'avait prédit, le charisme du bonhomme, ajouté à son blues tellurique, auront suffit à remporter la mise.

On ne pourra pas en dire autant du Slovène Magnifico qui, malgré ses habits de lumière - un costume blanc que les Leningrad Cowboys n'auraient pas renié s'il s'étaient mis au disco - ne nous emportera pas dans son tourbillon folklorique quelque peu... étrange. En fait, on se contentera de ne pas avoir d'avis sur la question, en se disant que les Trans sont aussi traditionnellement une terre d'asile pour des énergumènes de ce genre, et ce, certes pour le pire, mais bien souvent aussi pour le meilleur.

Je plie donc les gaules peu après ce soir-là, pour me réserver la chance d'être opérationnel le deuxième jour. Il arrive un âge où si l'on veut qu'un lendemain existe aux Trans Musicales, mieux vaut rejoindre piteusement son lit pour profiter de quelques heures de sommeil, lui qui est d'ores et déjà condamné à se raréfier au fil du festival... Les tentatives désespérées de mes collègues Hartziners pour m'attirer dans la spirale funeste du bar pro n'y feront rien, je quitte les lieux, bien décidé à en découdre sévère vendredi.

Vendredi 2 décembre

C'est donc un autre match qui commence, avec au programme de la soirée le top départ du raoût du Parc des Expositions. Si musicalement, les choses sérieuses avaient déjà commencé la veille, la multiplication des scènes et des artistes programmés sonne tout de même toujours le passage à la vitesse supérieure le vendredi.

Je m'étais promis d'être diablement efficace aujourd'hui, dès le début d'après-midi. C'était sans compter sur le petit vin des Abruzzes qui accompagna ma pasta. Du coup, ça traîne en longueur, et le premier objectif du jour, à savoir assister au concert des très attendus Juveniles à l'Ubu, est compromis. C'est essoufflé que j'arrive là-bas, et même pas étonné de voir une foule nombreuse jouer des coudes pour entrer dans la salle. Déception. Mais bon, heureusement, mes deux acolytes, plus efficaces sur ce coup, avaient eux, mieux géré leur début de journée : ils sont à l'intérieur, ils pourront me raconter.

Suite à une inénarrable journée, c'est plein d'espoir que j'arrive au Parc des Expo, prêt à prendre en pleine face la musique totalement azimutée de Breton. Fidèle à ses promesses, le combo délivre un set barjot, dans l'immensité du Hall 9 au public encore clairsemé. Un fourre-tout qui fait se percuter dubstep, hip-hop, électro et j'en passe, mais qui grâce à un sens de la mélodie étonnamment aiguisé, trouve une vraie cohérence. Plutôt bonne surprise, donc, au début d'une nuit qui s'annonce longue... Après être entré à nouveau dans une faille spatio-temporelle au bar pro - et oui, mais c'est vrai qu'il était bon ce DJ du bar pro ! - il fut temps de se diriger vers le concert de Colin Stetson, un peu par simple curiosité : le type a signé sur Constellation, et a développé une technique respiratoire qui lui permet de souffler des minutes entières - des heures ? des années ? - dans ses instruments à vent... Bon, comme on l'a dit déjà à propos de Magnifico, une des spécificités des Trans est de permettre à des artistes inclassables de jouer devant un public nombreux... On entendra plus tard beaucoup de commentaires élogieux sur la performance du Monsieur, mais moi et mes compères du moment, on s'est tout de même assez vite ennuyés. Décision est donc prise de voguer vers d'autres horizons. Ce qui veut dire, en langage de festivalier : nouveau passage au bar. Après tout, j'ai une heure devant moi avant d'aller voir SBTRKT...

SBTRKT, eux aussi attendus au tournant puisque précédés d'un buzz persistant, ont déployé, comme on s'y attendait, leur dubstep vrombissant aux basses gargantuesques. Ça dépote sévère, mais malheureusement un peu trop à notre goût : les finesses mélodiques qu'on avait décelées dans leur musique n'ont pas totalement résisté à l'exercice du live, parfois assourdissant. Mais attention, on fait la fine bouche, à propos d'un groupe qui aura montré quand même, ce soir-là, de très bonnes choses. Il fut alors temps de se réhydrater quelque peu, avant d'en remettre une couche avec un autre groupe "hype-du-moment", les Factory Floor. Je recroise Thibault au bar, qui quant à lui semble avoir très mal vécu son live des SBTRKT. C'est pas grave, à l'heure qu'il est, il aura vite oublié. J'entends au loin les assauts rock de Stuck In The Sound : un peu plus et je rejoignais le public apparemment conquis... Mais il a fallu que le chanteur la ramène : "Vous êtes là Rennes ? Prêts à faire du bruit ?". Ben non. Ce genre d'encouragement, c'est plus fort que moi, je peux pas.

Direction Factory Floor, donc, pour un live attendu : quand on est couvé par Stephen Morris, et qu'en plus on a signé chez DFA, forcément, ça éveille l'intérêt. Pour le coup, à les entendre jouer, ils sont malgré l'heure tardive dans une sacrée forme. Meilleure que la mienne en tous les cas : les Anglais déploient avec vigueur leurs énormes beats synthétiques, qui ne m’émoustillent pourtant qu'assez peu. La foule, elle, semble totalement hypnotisée. A priori, pari gagné pour les Britons.

Samedi 3 décembre

Troisième et dernier jour de festival, il est grand temps de remercier l'industrie pharmaceutique de mettre à notre disposition, à nous pauvres pêcheurs, cette friandise magique qu'est le paracétamol. Mais bon, pas franchement le temps de profiter de mon mal de cheveux : Hanni El Khatib, coup de cœur de cette fin d'année et qui joue ce soir les titres de son excellent premier album, accepte de répondre à nos questions, et on ne voudrait pas le faire attendre. Entretien fort sympathique, que nous ne manquerons pas de partager avec vous très bientôt. Le gars est visiblement heureux d'être là, ça promet pour ce soir. En attendant, il est temps de recharger ses accus au pub avec quelques pintes bienvenues, tandis qu' Hélène, notre photographe en chef, s'en va voir à l'Aire Libre si l'indispensable bande de Kütü Folk y est. En tous les cas, regrets éternels : je n'aurai pas vu mes petits chouchous Evening Hymns, que je m'étais pourtant juré de ne pas rater... Ah, le pouvoir de la Guinness...

Heureusement, à la nuit tombée, c'est tout bonnement le concert le plus explosif des Trans qui m'attend au Hall 3, et le public, venu en masse, ne s'y est pas trompé : Hanni El Khatib embrase la salle, en arrosant le public de ses titres garage hautement corrosifs. Compositions de qualité, charisme, énergie, sauvagerie : tout y est. Tout simplement, pour moi, le meilleur concert vu aux Trans cette année. Et chacun leur tour, à mes amis Hartziners de ne pouvoir en profiter, la salle étant pleine comme un œuf. Je vous raconterai.

A peine le temps de me remettre de mes émotions au bar VIP, et le destin - ainsi que la géographie des lieux - se chargeait de me propulser de nouveau au Hall 3, devant les gredins de Janice Graham Band, bande de branleurs mancuniens qui ont décidé de dépoussiérer le ska made in UK. Et le ska british, c'est pourtant pas franchement ma tasse de thé. Mais l’énergie déployée par le groupe, mise au service de leurs chansons plutôt bien foutues, réussi à me faire entrer dans la danse : cuivres rutilants, guitare tranchante, refrains percutants, ça passe comme une lettre à la poste, et ça a le mérite d'être ravigotant - une Redbull d'économisée, une.

Pas le temps de chômer, c'est le dernier soir, on enchaîne donc avec Spank Rock, qui m'était inconnu sur scène. La bonne occasion, donc, d'autant plus qu'avec un nouvel album produit entre autres par Boys Noize loin d'être mauvais, ça risquait d'être intéressant. Malheureusement, alors que l'individu décide visiblement de débuter son live sur les chapeaux de roue, ça manque cruellement de puissance dans la salle. Résultat, presque comique : des artistes excités comme des puces sur scène, devant un public obligé de tendre l'oreille... Presque gêné pour eux, je quitterai donc les lieux assez vite. Mais une fois de plus, ce fut peut être une erreur de ma part : il paraîtrait que les Américains, au fil du concert, ont rectifié le tir pour finir en boulet de canon avec leurs tubes électro hip-hop barrés. Bon, en même temps, c'est pas trop ma came, je m'en remettrai.

Et puis, question musique de barré, il restait Don Rimini à aller voir pour clôturer la soirée. Le Français, perché sur une installation scénique giganstesque, offre à une foule ivre de son et d'alcool une dernière rasade de décibels, en forme de bouquet final : c'est joyeux, festif, parfois même un peu débile, ça ne changera pas la face du monde, mais ce soir-là, Don Rimini a réussi à atteindre l'objectif qui lui était assigné : clôturer les festivités en beauté par une boum géante au Hall 9, et fournissant ainsi au public un dernier moment de transe collective.

Au final, année après année, le bilan des Trans Musicales est invariable : des concerts qu'on aura loupés, d'autres auxquels on n'avait pas prévu de participer, des déceptions, des surprises, des confirmations, des découvertes, des rencontres... et puis de la joie. Beaucoup de joie. Vivement les prochaines.

Photos


My Brightest Diamond au Café de la Danse

My Brightest Diamond, Le Café de la Danse, Paris, le 29 novembre 2011

Il suffit de jeter un œil sur la setlist ci-dessous pour comprendre instantanément que ce 29 novembre au Café de la Danse restera comme le passage triomphal de Shara Worden alias My Brightest Diamond à Paris. La salle comble à qui elle avait donné rendez-vous a assisté à un véritable chef-d’œuvre de représentation avec pas moins de quatre rappels. J'ai eu la chance de pouvoir filmer ce concert fabuleux avec l'aimable autorisation de James, son manager de mari. Ces six extraits sont les plus beaux cadeaux de Noël que nous pouvions mettre sous notre sapin cette année.

Vidéos

1. We Added It Up

2. Escape Routes

3. She Does Not Brave The War

4. Magic Rabbit

5. Feeling Good (Nina Simone Cover)

6. Something Of An End

Setlist

1. We Added It Up
2. Everything Is In Line
3. Golden Star
4. Escape Routes
5. Be Brave
6. She Does Not Brave The War
7. Magic Rabbit
8. Hymne à l'amour
9. High Low Middle
10. Apples
11. Feeling Good (Nina Simone Cover)
12. Inside A Boy

Encore
13. I Have Never Loved Someone
14. Freak Out

Encore 2
15. Something Of An End
16. Dragonfly

Encore 3
17. Be My Husband (Nina Simone Cover)

Encore 4
18. Youkali: Tango Habanera (Kurt Weill Cover)


Bilan 2011

 

Le bilan de l'année musicale vue à travers le prisme des tops de la rédaction. Miscellanées subjectives et sans autre forme de justification ou simplement le recensement de ce que chacun de nous a cru bon garder de 2011. Perdez-vous dans ce que bon vous semble et merci pour votre fidélité.

TOP albums hartzine

Benoît / Aki / Thibault / Calogero / Emeline / Nicolas / David / Sylvain / Eric / Thomas / Max / Charles / Amélie / Anthony / Cyrille / Simone / Elodie / Hélène

Benoît

2011, la musique comme seul refuge, garante du peu d'humanité qui nous reste. Au seuil  d'un monde en faillite, le marginal résiste au renoncement et sort de l'ombre avec sous le bras, la seule chose qu'il n'a pas laissée au Mont-de-Piété : son imagination, tel un grand éclat de rire à la face de la barbarie quotidienne. Avec elle, il s'apprête à survivre à la civilisation.

Top albums

1. John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves (Upset! The Rhythm)
2. Virgor Four - Resurrection (Rush Hour Recordings)
3. Ex-aequo : Michel Cloup - Notre Silence (Mc Disques) / Maison Neuve - Joan (Talitres)

Top morceaux

1. Moonface - Fast Peter (Jagjaguwar)

2. Michael Parallax - Wolves

Un concert

Motorama au Festival Kill Your Pop (Dijon)

Une révélation

Clams Casino

Espoir 2012

Goitia Deitz

Album honni

Ganglians - Still Leaving (Lefse)

Plaisir coupable

Gem Club - Breakers (Hardly Art)

Aki

Cette année 2011 fut riche en expérimentation et en prolifération. Finie la formation classique basse/guitare/batterie, même l’analogique qui avait fait un retour fulgurant ces deux dernières années se voit concassé par la toute-puissance de mélodies ingénieuses tout droit sorties de vieux laptop Apple première génération. La mode est au recyclage et à la fusion. Il n’y a plus de genres, il n’y a que des sous-catégories s’entre-dévorant, jusqu’à ronger les derniers piliers des fondations de l’industrie du disque. La musique s’échange désormais sous le manteau, fleurit sur le ouaib, s’échange sur des clés… Le matériau d’origine devenant aussi volatile que la mélodie elle-même.

Top albums

1. HTRK - Work (Work, Work) (Ghostly International)
2. Tyler, The Creator - Goblin (XL)
3. John Maus - We Must BecomeThe Pitiless Censors Of Ourselves (Upset! The Rhythm)

Top morceaux

1. LED ER EST - Madi La Lune (Wierd Records)

2. The Soft Moon - Total Decay (Captured Tracks)

Un concert

Gang Gang Dance au Point Ephémère

Révélations

Blouse / Raime

Album honni

Bon Iver - Bon Iver (Jagjaguwar)

Plaisir coupable

Apparat - The Devil’s Walk (Mute)

Calogero

Si en 2011 tout le monde aura eu son quart d'heure de gloire, cette année m’aura permis, grâce aux rencontres mémorables positives ou non, de me recentrer sur l’essentiel. Je sais qui vous êtes et je vous dis merci, faux espoirs et imposteurs, car il me sera dorénavant impossible de faire fi de la nausée que me donnent l'art éphémère, la musique jetable et le simulacre.

Top albums

1. Real Estate - Days (Domino)
2. Destroyer - Kaputt (Dead Oceans)
3. Shimmering Stars - Violent Hearts (Hardly Art)

Top morceaux

1. The Present Moment - The Distance Between Us (Mannequin Records)

2. Blouse - Time Travel (Captured Tracks)

Un concert

Motorama au Bloom's Café (Lille)

Une révélation

The Present Moment

Album honni

Miossec - Chansons Ordinaires (Pias)

Plaisir coupable

Odd Future - 12 Odd Future Songs (Odd Future Records)

Thibault

Résumer une année en courtes listes peut vite s'avérer fastidieux, voire aléatoire pour celui qui a des trous de mémoire. Il n'a pourtant pas fallu gratter trop longtemps l'épais maelström de disques jouxtant mon fatras bureautique pour m'enquérir, à l'aide de quelques chiffres, de ces utiles pharmacopées à l'onirisme immodéré, chacune susceptible d'obérer une année faite de sang, de disparitions et de larmes.

Top albums

1. Peaking Lights - 936 (Not Not Fun)
2. Ela Orleans - Mars is Heaven (La Station Radar / Atelier Ciseaux)
3. Blouse - Blouse (Captured Tracks)

Top morceaux

1. The KVB - The Burning World (Clan Destine Records)

2. John Maus - Believer (Upset! The Rythm)

Un concert

Ela Orleans+ Terror Bird+ Holy Strays à l'International

Une révélation

Happy New Year (Svn Sns Records)

Espoir 2012

Colours

Album honni

The Black Lips - Arabia Mountain (Vice Records)

Plaisir coupable

Factory Floor (DFA)

Emeline

Vivement 2012.

Top albums

1. Skeleton$ - PEOPLE (Shinkoyo / Tomlab / Ghostly / Sockets)
2. Hanni El Khatib - Will The Guns Come Out (Innovative Leisure Records)
3. Summer Camp - Welcome To Condale (Moshi Moshi Records)

Top morceaux

1. Cat's Eyes - Face In The Crowd (Polydor)

2. Portugal. The Man - So American (Approaching Airballoons / Atlantic Records)

Un concert

Patti Smith & Philip Glass (Hommage à Allen Ginsberg) à la Salle Pleyel

Une révélation

Blouse

Espoir 2012

Youth Lagoon

Album honni

The Black Keys - El Camino (Nonesuch)

Plaisir coupable

Ex-aequo : Das Racist - Relax (Greedhead) / Tyler, The Creator - Goblin (XL)

Nicolas

En 2012, toutes mes prévisions se seront réalisées, même celles de l'année dernière.

Top albums

1. Andy Stott - Passed Me By / We Stay Together (Modern Love)
2. Vatican Shadow - All (Hospital Productions)
3. Vincent Over The Sink - Dust Studies (Kye)

Top morceaux

1. John Maus feat. Molly Nilsson - Hey Moon (Upset! The Rhythm)

2. Elm - Nemcatacoa (Digitalis)

Un concert

Year Of No Light + Aluk Todolo au Point Ephémère

Une révélation

Holy Strays

Espoir 2012

Holy Strays

Album honni

Les side-projects d'Emeralds

Plaisir coupable

Splash Wave

Sylvain

Vu les prévisions mayas pour 2012, il n'était pas question de se louper sur les choix musicaux de cette année écoulée, et encore moins de galvauder ce bilan 2011, qui sera donc sans doute le dernier. Dans ces conditions, il était exclu d'y faire une place à la hype, et plus que bienvenu de laisser la part belle à l’honnêteté et à celles et ceux qui nous ont réellement émus et accompagnés durant ces derniers mois. Ces choix se sont ainsi révélés plus faciles que prévu, 2011 nous ayant réservé finalement assez peu, quantitativement, de candidats à la félicité, mais qualitativement de vrais sommets qui marqueront plus qu'une simple année. Le futur me donnera raison, n'en déplaise aux Mayas.

Top albums

1. The Pains Of Being Pure At Heart- Belong (Slumberland / Collective Sounds / PIAS)
2. Real Estate - Days(Domino / PIAS)
3. Baxter Dury - Happy Soup (Regal)

Top morceaux

1. Jonny - Candyfloss (Turnstile Music)

2. Erland & The Carnival - Map Of An Englishman (Yep Roc)

Un concert

Electrelane à La Route du Rock

Révélations

Hanni El Khatib / Blouse

Espoir 2012

Weird Dreams

Album honni

Sydney Valette - Plutôt mourir que crever (deBonton)

Plaisir coupable

Washed Out - Within And Without

David

Un an après avoir rejoint Hartzine, mon aventure ici a pris de l'altitude. Je ne vous mentirai pas, on a déjà les yeux rivés sur l'horizon 2012, ivre de musiques et assoiffé de rencontres... Mais pour l'instant, retour sur cette année charnière avec mon petit palmarès.

Top albums

1. PJ Harvey - Let England Shake (Island Records)
2. The Caretaker - An Empty Bliss Beyond This World (V/Vm Test Records)
3. Winter Family - Red Sugar (Altvinyl / Sub Rosa / Ici d'Ailleurs)

Top morceaux

1. The Luyas - Canary (Dead Oceans / Idée Fixe)

2. Josh T. Pearson - Sweetheart I Ain't Your Christ (Mute)

Un concert

My Brightest Diamond au Café de la Danse

Révélations

Headwar - Headwar (Les Potagers Natures) / Félix de l'Etoile - Le Mystérieux Prisme en Lit et la Saga d'Ator Bacham (Jeunesse Cosmique)

Plaisir coupable

Camille- L'Etourderie (EMI)

Eric

A l'heure de tenter d'établir un bilan musical de cette année 2011, c'est la réédition la plus marquante de ces derniers mois qui finalement me permet le plus simplement de résumer en une seule phrase toutes ces émotions si antagonistes ressenties : "but don't forget the songs that made you smile and the songs that made you cry".

Top albums

1. Still Corners - Creatures Of An Hour (Sub Pop Records)
2. Girls - Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)
3. Craft Spells - Idle Labor (Captured Tracks)

Top morceaux

1. The Bilinda Butchers - Careless Teens (Unsigned)

2. Shimmering Stars - Sabians (Almost Musique)

Un concert

Motorama au Bloom's Café (Lille)

Une révélation

Blouse

Espoir 2012

Sutja Gutiérrez

Album honni

Dum Dum Girls - Only In Dreams (Sub Pop Records)

Plaisir coupable

Summer Camp

Max Dembo

En 2011, alors que beaucoup tentaient de comprendre les catastrophes (naturelles, économiques, sociales), la musique s'est drapée de mystère, avec plus ou moins de tact et d'adresse.

Top albums

1. Shabazz Palaces - Black Up (Sub Pop)
2. Total Control - Henge Beat (Iron Lung)
3. The Dreams - Morbido (Kill Shaman)

Top morceaux

1. The Dreams - Aloha Miami (Kill Shaman)

2. Chevalier Avant Garde - Haircut (FLA Records / Skrot Up)

Un concert

Crystal Stilts à la Maroquinerie

Une révélation

La Ligne Claire

Espoirs 2012

Chevalier Avant Garde, Pop.1280

Album honni

The Horrors - Skying (XL)

Plaisir coupable

Cults - Cults (Columbia)

Amélie

Et Gil Scott-Heron, et Trish Keenan, et Sky Saxon et d’autres… Malgré les grands absents, la musique de 2011 a rappelé qu’elle savait enliser encore plus profondément les corps dans une mélasse douce et enveloppante : de quoi gérer les chagrins d’amour, les petites joies saisonnières et les drames existentiels équitablement.

Top albums

1. Ex-aequo : Peaking Lights - 936 (Domino) / Girls - Record 3: Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)
2. Tyler, The Creator - Goblin (XL)
3. Atlas Sound - Parallax (4AD)

Top morceaux

1. Destroyer - Blue Eyes (Dead Oceans)

2. Woods - Hand It Out (Woodsist)

Un concert

Kurt Vile à la Maroquinerie

Une révélation

Balam Acab

Espoir 2012

Brave Radar

Album honni

Wu Lyf - Go Tell Fire To The Mountain (Lyf Recording)

Plaisir coupable

Booba - Lunatic (Tallac Records)

Thomas

2011 c'était si bien. Tous mes sous-genres de prédilection ont atteint leur climax de créativité, qu'il s'agisse du grand revival minimal wave, de toute la scène post-techno indus, du milieu de la poésie sonore, et de toutes sortes de trucs étranges qu'on peut trouver sur le net et au hasard d'un concert aujourd'hui. On croule sous le bon son, on peut pas tout digérer, mais tout vient à point. En un mot, les artistes déjà bons se sont encore bonifiés, et les mauvais ont empiré, parce qu'après tout il en faut pour tout le monde. Comme dirait un ami, bravo les comédiens.

Top albums

1. Belong - Common Era (Carpak / Kranky)
2. HTRK - Work (Work, Work) (Blast First Petite / Ghostly International)
3. Tommy Four Seven - Primate (CLR)

Top morceaux

1. Factory Floor - Two Different Ways (DFA Records)

2. Anne-James Chaton & Andy Moor - Dernière Minute

Un concert

Charlemagne Palestine au Grand Palais

Espoirs 2012

Holy Other / Death Grips

Album honni

The Rapture - For The Grace Of Your Love (DFA Records / Cooperative Music)

Plaisir coupable

Austra - Feel It Break (Domino Records)

Charles

En 2011, la mode est à la musique par tous. On ne compte plus les maxis faits sur Garage Band, à l'arrache ou pas, bons ou pas. C'est Jack Lang, qui sera content. Mais nous... Réjouissons-nous encore de l'existence de bons producteurs qui magnifient de vrais bons groupes car, outre quelques exceptions, de vrais synthés, de vraies guitares et surtout de vrais morceaux, ça donne de bons albums.

Top albums

1. Arnaud Rebotini - Someone Gave Me Religion (Black Strobe Records)
2. Gil Scott-Heron & Jamie XX - We're New Here (XL / Young Turks)
3. Beth Ditto - EP

Top morceaux

1. Chateau Marmont - Main Dans La Main (Institubes / Unsunned)

2. Blouse - Time Travel (Captured Tracks)

Un concert

The Kills à l'Olympia

Une révélation

Luneville

Espoir 2012

Sébastien Tellier - My God Is Blue

Album honni

Sexy Sushi - Mauvaise Foi (Label Maison)

Plaisir coupable

Sydney Valette - Plutôt mourir que crever (deBonton)

Simone Apocalyspe

En 2011, 50% (grosso modo, on va pas chipoter !) de la production musicale provient désormais de Portland, OR, tandis que moi, je me taille. En 2011, le dubstep et le rap deviennent "cool", mais je n'écoute toujours que du synthé.

Top albums

1. Gang Gang Dance - Eye Contact (4AD)
2. Pictureplane - Thee Physical (Lovepump United)
3. Felt Drawings - Body

Top morceaux

1. Xiu Xiu - Only Girl In The World (Polyvinyl / Bella Union)

2. Cosmetics - Black Leather Gloves (Captured Tracks)

Un concert

Gobble Gobble + BRAIDS + Baths à Holocene (Portland, OR)

Une révélation

Blouse

Espoir 2012

Grimes

Album honni

Puro Instinct - Headbangers In Ecstasy (Record Makers) / Lana Del Rey

Plaisir coupable

Glass Candy - Warm In Winter (Italians Do It Better)

Anthony Alias

Cette année, le beau s'est émancipé. L'indie n'existe plus. Ni le mainstream. Ni l'alternatif. Ni le vintage ou le rétro ou le moderne et l'avant-gardiste. Ni la niche. Ni la musique de blog. Ni la chillwave. L'authenticité, l'artificialité ? Non plus. Il n'y a plus de groupe. Il n'y plus que de la pop music. La meilleure musique de cette année ? Les mélodies qui m'ont ému un million de fois, tout du moins.

Top albums

1. Destroyer - Kaputt (Dead Oceans)
2. Kurt Vile - Smoke Ring For My Halo (Matador)
3. Girls - Record 3: Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)

Top morceaux

1. The Weeknd - The Morning (XO)
2. When Saints Go Machine - Parix (!K7 / EMI)

Un concert

Friends au 284, Kent Ave (Brooklyn, New-York)

Une révélation

Korallreven

Espoirs 2012

Friends / Porcelain Raft

Album honni

The Kills - Blood Pressures (Domino)

Plaisir coupable

Lana Del Rey - Video Games (Polydor)

Cyrille

Mon top 2011 devrait plus être vu comme un "contrôle continu" : je ne vais pas remettre ceux interviewés, mentionnés ou sélectionnés (dans les mixtapes mensuelles) dans mon top 2011 ; car mon principe a toujours été de ne parler que de ce que j'aime. Donc utilisons ce classement pour parler de ceux qui ont aussi fait mon année 2011 mais que je n'ai jamais cités dans Hartzine.

Top albums

1. Drexciya - Journey To The Deep Sea Dweller 1 (Clone Records)
2. Ata - Live At Robert Johnson Volume 7 (Live At Robert Johnson)
3. Regis - Adolescence: The Complete Recordings 1994-2001

Top morceaux

1. Gerd & Elbee Bad - H.O.U.S.E - Gerd's 2011 Ruff Dub (4lux)

2. Gesloten Cirkel - Yamagic (Moustache Records)

Un concert

Optimo (Kill The DJ) au Point Ephemere

Une révélation

Comeme

Espoir 2012

Nina Kraviz

Album honni

Apparat - The Devil's Walk (Mute)

Plaisir coupable

The Horrors - Skying (XL)

Elodie

Voilà déjà l’heure de tirer un trait sur 2011. Si je reste persuadée qu’à chaque jour son humeur, ressortir l’essentielle d’une année de musique est toujours pour ma part une chose bâtarde, comme la peur de laisser quelqu’un derrière soi.

Top albums

1. St Vincent- Strange Mercy (4AD)
2. Blouse - Blouse (Captured Tracks)
3. Atlas Sound - Parallax (4AD)

Top morceaux

1. Kurt Vile - Baby's Arms (Matador)

2. Therapies Son - Touching Down (Transparent)

Un concert

Caribou au Primavera Sound Festival (Barcelone)

Une révélation

King Krule

Espoirs 2012

The Shins - Port of Morrow / Tashaki Miyaki

Album honni

Gil Scott Heron & Jamie XX - We're New Here (XL / Young Turks)

Plaisir coupable

Computer Magic - Spectronic EP

 

Hélène


Top albums

1. Cut Copy – Zonoscope (Modular)
2. Nurses – Dracula (Dead Oceans)
3. The War On Drugs – Slave Ambient (Secretly Canadian)

Top morceaux

1. Hypnolove – Midnight Cruising (Record Makers)
2. TRUST – Candy Walls (Sacred Bones Records)

Un concert

Com Truise au Point Éphémère

Révélations

Caveman / Blouse

Espoir 2012

Bright Future

Album honni

M83 – Hurry Up, We're Dreaming (Naïve)

Plaisir coupable

Kamp! – Cairo (Self-released)

Top albums Hartzine

John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves (Upset! The Rhythm)

Blouse - Blouse (Captured Tracks)

Real Estate - Days (Domino)

Peaking Lights - 936 (Not Not Fun)

HTRKWork (Work, Work) (Ghostly International)

Tyler, The Creator - Goblin (XL)