Rachel Levy - L'interview

rachel

Rachel Levy, artiste déjantée qui vit à Los Angeles et amie d'enfance de Mat Cothran, prend quelques minutes de sa journée pour répondre à nos questions et présenter en exclusivité pour Hartzine Wilder, le nouveau titre de Teen Porn, avant de retourner sur facebook, twitter, tiny chat, courir sur la plage et dormir dans un parking.

Comment es-tu devenue musicienne?
How does it come that you're musician?

On passait beaucoup de musique classique à la maison pendant mon enfance. Mes premiers souvenirs remontent à des nuits bercées par les cassettes des Quatre Saisons de Vivaldi ou de la 6e Symphonie de Beethoven.A lot of classical music was played in my house growing up. My earliest memories are falling asleep nightly to Vivaldi's The Four Seasons and Beethoven's 6th Symphony via cassette tape

Y a-t-il un morceau ou un musicien qui t'a poussé à faire de la musique ?
Is there a song or a musician who influenced you to do music?

Non, pas en particulier. J'ai toujours été émue par la belle musique, peu importe laquelle.
Nothing in particular. I've always been easily moved by beautiful music, doesn't matter what.

Tu as de multiples projets musicaux : Kiss Kiss Fantastic, Teen Porn, Gay Boiz, Persona LA Ave, Kitteh Fur... Lequel est le plus important pour toi ?
You have a lot of musical projects... Kiss Kiss Fantastic, Teen Porn, Gay Boiz, Persona La Ave, Kitteh Fur?  Which one is the most important to you?

Mon dieu, question suivante ! Impossible de répondre. Je les aime tous.
Oh my god! next question! Impossible. Love them all.

Dis-m'en plus sur tes procédés de création dans Kiss Kiss Fantastic et Teen Porn, qui fait quoi ?
Tell me about the creative process... Who makes what, in Kiss Kiss Fantastic and Teen Porn?

Dans Kiss Kiss Fantastic, Jeremy et moi échangeons des idées musicales par email ou parfois par téléphone. Il m'envoie quelque chose, je chipote ou ajoute d'autres idées et lui renvoie. Le processus se répète jusqu'à l'achèvement du morceau. Jeremy joue de la guitare/batterie/voix. Je joue du synthé/voix/trompette/etc. Dans Teen Porn, Mat amène un morceau qui tue. J'ajoute quelques paroles et mélodies vocales, parfois des synthés. Nous envoyons ensuite le résultat à Satan pour approbation.
For Kiss Kiss Fantastic, Jeremy and I throw around musical ideas via e-mail or sometimes on the phone about what we want to do. He'll send me something. I'll mess with it or add ideas and send it back. We repeat the same process until song is complete. Jeremy plays the guitar/drums/vox. I play the synth/vox/trumpet/whatever.For Teen Porn, Mat comes up with the killer tracks. I'll add some demented lyrics/vocals, sometimes synth. We then send it to Satan for approval.

rachel4

Tu en es où dans ces projets ? Tu enregistres un album ou tu évolues au jour le jour ?
How far have you got with both of the projects? Are you recording an album or do you enjoy doing music on a day-to-day basis?

Si je ne faisais pas de musique au jour le jour, je me tuerais. Je serais une vraie feignasse. Mais avec KKF, Teen Porn et Gay Boiz, nous sommes en train d'enregistrer un album pour le moment.
If I didn't do music on a day-to-day basis, I'd kill myself. I'd be lazy as fuck. KKF, Teen Porn, and Gay Boiz are working on a full length album currently.

Dans Violet, tu dis « If I had dreams, I'm sure I'd share them with you »...Tu peux partager quelques-uns de tes rêves avec nous ?
In Violet you say "If I had dreams I'm sure I'd share them with you"... Could you share some of them with us?

Jouer de la musique avec mes meilleurs amis, dépenser mon argent, traverser le monde et les galaxies.
Play music forever with my best friends, give all my money away, travel the world and the galaxies.

Comment as-tu rencontré Mat Cothran?
How did you meet Mat Cothran?

Nous avions cours de science ensemble en 4e dans la classe de Madame Hetherington. Il m'a fait passer un petit mot et nous avons été collés. Nous sommes devenus d'excellents amis. C'est vrai.
We had 8th grade science together in Mrs. Hetherington's class. He passed a note to me and we totally got detention. We became best friends. Seriously.

Ta vision de la musique est-elle différente depuis que tu as rencontré Mat ?
Is your vision of music different since you met Mat?

Absolument. Mat est la personne la plus talentueuse que je connaisse. Sa musique vient droit du cœur, magnifiquement sincère et vraie. C'est un héros musical.
Definitely. Mat is the most talented person I've ever known. His music is straight from the heart, beautifully honest, and real. He is a musical hero.

rachel6

Comment définirais-tu ton style ?
How would you define your pop style?

Tout est une question de mélodies et d'harmonies.
I'm all about melodies and harmonies.

Y a-t-il un groupe dont la carrière est un exemple pour toi ?
Is there a pop band or singer whose carrier is an example to you?

THE BEACH BOYS

Être un artiste en Amérique, c'est comment ?
How is it to be an artist in America nowadays?

C'est n'importe quoi. Tout le monde peut être un artiste s'il a un ordinateur portable et une chambre pour enregistrer.
It's whatever, dude. Anyone can be an artist if they have a laptop and a bedroom to record in.

rachel3rachel21

Que penses-tu du côté visuel de la musique ? Est-il important pour toi ?
What do you think of the "video side" of music? Is it important to you?

Il peut avoir un grand pouvoir quand il est pertinent. Je trouve que Tyler T Williams et Jamie Harley conçoivent des vidéos/images qui placent l'artiste ou la chanson à un niveau supérieur.
It can be very powerful when done 'right'. I think Tyler T Williams and Jamie Harley do killer visuals/videos that always enhance the artist/bring the song to a new level.

Penses-tu tourner en Europe ?
Are you planning to tour in Europe?

J'aimerais beaucoup mais $$$$$ !
Would love to but $$$$$!

A quoi ressemble une journée de Rachel Levy ?
How does a "Rachel Levy day" look like?

4h30 Réveil
4h50-6h40- Je vais au boulot en écoutant des morceaux ou je cherche des idées pour mes projets, je bois du café
7h-7h30 Je m'assoupis dans un parking de Starbucks
8h-15h Je travail dans une école ---->facebook/tweet/café/joue à Four Square
16h-18h Je vois ma famille, je cours sur la plage puis retourne chez moi
19h-22h Je profite de mon mari, travaille mes morceaux
23h-2h Détente ---> tinychat

4:30 AM- Alarm
4:50-6:40- Drive to work ---> listen to tunes/work on ideas for tunes/drink coffee
7-7:30 Nap in Starbucks parking lot
8-3 Work at School ---->facebook/tweet/drink coffee/play 4 square
4-6 Kick it with family, run on beach, drive home
7-10 Kick it w/ husband, work on tunez
11-2 am Chill ---> tinychat

Peux-tu nous présenter ton nouveau morceau ?
Could you introduce the fresh tune to us?

Wilder par Teen Porn
Vidéo de Fabien Le Gourrierec
La chanson est inspirée d'une histoire de fantômes d'Anne Wilder

Wilder by Teen Porn
Video by Fabien Le Gourrierec
Song is based on a ghost story by Anne Wilder

Veux-tu ajouter quelque chose ?
Is there something else you'd like to say?

Je vous aime tous ! <3!
I love you all! <3!

Retrouvez la chronique du split vinyle, récemment paru sur Amdiscs, de Teen Porn et Coma Cinema ici.

Audio

Teen Porn - Wilder

Vidéo


On y était - Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu à la Fondation Cartier

l_ba64add96e834cafae051acf259953da

Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu, La Fondation Cartier, Paris, 18 novembre 2010

Les adorateurs de Nika Roza en auront eu pour leur compte, enfin façon de parler... Car étonnamment, Zola Jesus, au sein de cette formation triangulaire semblait être l'entité la plus attendue du public parisien. La jeune femme ne cessant de fasciner par son flegme gothique et son aura mystique. Les moins cultivés la rapprochant tendancieusement de Fever Ray, avec qui elle partagea une partie sa récente tournée, les plus prétentieux la désignant héritière du testament musical légué par Siouxsie Sioux et ses Banshees, qui dois-je le rappeler, n'est pas disparue. Et me souvenant alors que la salle affichait complet depuis des semaines, je fus surpris de la surface encore disponible. J'aurais pu m'allonger sur le sol ou dresser une nappe pour pique-niquer que mes voisins n'en aurait pas été plus gênés. Et d'ailleurs, en scrutant un peu plus le public, je remarquai de plus en plus l'absence de Monsieur Lambda. Ici un attaché de presse, par ici un responsable éditorial, à ma gauche une journaliste, à ma droite le staff promo d'un label... Mais où était donc passé Monsieur tout-le-monde ? Ce concert prenait d'un tour des allures de prestation artistique mondaine. Accrochez les artistes à des toiles et sortez les petits fours. Mais connaissant le mauvais goût de nos musiciens, attendez-vous à ce que quelqu'un ait dégueulé dans les tartines de foie gras.

Loin de refléter l'Art contemporain comme l'ambitionnent les multiples expositions de la Fondation Cartier, Former Ghosts confirme par ailleurs le talent de Freddy Ruppert pour exhiber les plaies des êtres blessés sous leurs formes les plus animales et larmoyantes. Accompagné de Jamie Stewart, le duo entame le set par le strident The Days Will Get Long Again. Les saturations de guitares s'accompagnent de cris, tandis que Freddy fracasse une grosse caisse avec hargne. New Orleans ne se fera pas attendre, la voix grave du chanteur tranchant l'aorte de spectateurs pourtant égarés. On retrouve dans le morceau toute la crispation et la douleur qui nous avaient saisi lors de sa première écoute en format domestique. L'auditoire ne semble pourtant pas convaincu, restant patiemment à attendre la venue de Nika Roza. Ce qui sera d'ailleurs relativement hilarant, puisque personne ne semblera la reconnaître lorsque celle-ci grimpera sur scène pour interpréter Chin Up. Ce morceau qui avait pourtant ravi à l'écoute de New Love peine à convaincre lors de son passage en live. Une faiblesse dans la voix de la chanteuse n'y sera pas étrangère et ne sera pas sans inquiéter pour la suite. Taurean Nature sera le dernier morceau de ce (trop) rapide concert de Former Ghosts, laissant Freddy Ruppert seul face à un public qui commence seulement à s'immerger dans sa musique. Poussée à son paroxysme, la dramaturgie de cette chanson explose littéralement à la gueule de l'auditoire et laisse le chanteur en larmes. Celui-ci prononcera quelques mots brefs concernant l'accident mortel qui le poussèrent écrire cette chanson, avant de quitter la salle la tête basse. Ceci n'est pas un show, c'est de l'émotion brute mise en musique. Il est regrettable que le public ne l'ait pas apprécié à sa juste valeur. Moi, oui.

0zola-jesus

Une lourde pause permet de souffler un peu. Dommage, il n'y a pas de bar pour se soûler la gueule. Peu importe, je profite de ce moment de répit, pour m'allonger sur le sol et passer un appel longue distance. Quand je vous disais qu'il y avait de la place. A vrai dire, j'ignore ce qui prendra autant de temps aux techniciens pour effectuer le changement de plateau, car le battement sourd et introductif d'I Can't Stand semble venir de nulle part. C'est sur une scène quasi nue que grimpe la toute petite mais énergique Nika Roza. Cependant, les premiers sons expulsés par la chanteuse nous rassurent quant à l'état de sa voix et celle-ci exécute avec brio ce qui restera, il faut bien l'avouer, l'hymne tortueux de Stridulum II. Il y a dans ce morceau une puissance douloureuse qui tiraille jusqu'aux larmes et déchire l'âme. La chanteuse se donne corps et âme, se balançant sur elle-même et poussant sa voix dans ses derniers retranchements. Et pourtant... Les titres s'enchainent avec une certaine répétitivité, et la chanteuse commence à nous lasser par ses gimmicks et ses allers-retours le long du plateau. Même l'aide d'Angela Seo, totalement en retrait, ne lui sera d'aucun secours. Il manque à cette voix l'âme d'un groupe, qui fasse vivre les compositions pourtant enivrantes recrachées ici, bêtement par un lecteur MP3 (SIC !). Bizarrement, au-delà de toute comparaison, le timbre de Nika Roza, ne me fait ni penser à Siouxie Sioux ou à Jarboe à qui l'on a pu la comparer si souvent, mais à Kim Carnes pour son ton grave, voir Cindy Lauper pour l'éraillement strident de sa voix et sa facette punkette-trash... N'y voyez-là aucun mauvais jugement, malgré leurs carrières pop, ces nanas avaient du coffre. Enfin quoiqu'il en soit, malgré un répertoire bien fourni, Stridulum et Run Me Out en tête, le spectacle en forme de cérémonie aura grand peine à rassasier une assistance qui en attendait beaucoup plus, et moi le premier.

xiuxiu

Cela dit, malgré tout le respect que je dois aux artistes précités, Le Gros Morceau de la soirée restait Xiu Xiu. Et si je n'avais malheureusement pu assister à leur unique date donnée cet été au Point Ephémère, je ne pouvais immanquablement rater l'occasion de me faire un avis sur la prestation live de mon entité musicale chouchou. Si l'installation du matériel nécessaire à leur prestation semble tirer sur la longueur, le jeu en vaut cependant la chandelle. Il y a une sorte d'alchimie muette entre Jamie Stewart et Angela Seo qui semble rendre l'utopie accessible. Le duo accorde fureur, supplication, ironie, grotesque et sériosité avec un rare sens de la mélodie, la repiquant ensuite d'extravagances les plus folles. Je ne vais pas vous faire une description musicale de l'univers des Californiens, vous y êtes déjà probablement familier, je dirai simplement que le show auquel je pus assister était bien supérieur aux émotions dégagées par les multiples écoutes qu'avaient pu me procurer n'importe quel album du groupe. Comment ne pas céder à l'affolement d'un Crank Heart électrique ou au bouillonnement contagieux de Gray Death, comment rester de marbre devant le traumatisme saisissant de Pox ou l'électronica boulimique de Chocolate Makes You Happy. Jamie se jetant à corps perdu dans chaque morceau, se laissant à chaque fois une bonne minute de récupération. Et alors que le public attends avec lubricité Boy Soprano, je me régalerais d'un I Love the Valley Oh ! joué à la perfection, et qui sera l'occasion pour l'artiste aux multiples talents de montrer comment utiliser une Nintendo DS à d'autres fins que récréatives. Après tout, à chacun son classique ! Sur scène, la très magnétique et charnelle Angela Seo attise les regards, tout en gardant une distance imperturbable. A eux deux, nos musiciens symbolisent parfaitement le feu et le glace. Après un Save Me, glissant doucement dans l'affliction, Xiu Xiu termine son concert autour des deux titres crève-cœurs Dr.Troll et Sad Pony Girl Guerilla, livrant au spectateur deux comptines douces-amères emplies de tristesse et d'affection, avant de le laisser seul face aux méandres de la solitude.

Je repartai donc avec un sentiment de suffocation, d'étranglement, de profond désenchantement, un sourire narquois en coin. L'illusion d'avoir passé la soirée en compagnie des rejetons de Brett Easton Ellis et Jay McInerney. Je vaquai donc dans la nuit, bercé par les gouttes, le regard perdu, sachant pourtant pertinemment qu'en me réveillant le lendemain matin, les choses ne seraient plus tout à fait pareilles...


Carl – Où poser des yeux ?

carl-ou-poser-des-yeuxPas toujours très facile de séparer le bon grain de l'ivraie en matière de transit musical de part et d'autre de la frontière franco-belge. S'il est surprenant que certains artistes dont nous tairons le nom pour raisons de santé publique n'aient pas déclenché de conflits armés tant ils étaient mauvais, d'autres semblent errer en nos contrées dans une certaine indifférence franchement inexplicable. Prenons ainsi Carl. De son vrai nom Carl Roosens. Vainqueur de l'édition 2008 du concours « Musique à la française » organisée par la Communauté française de Belgique, ce drôle de Bruxellois déboula dans les conduits auditifs belges dès l'an dernier, par la grâce d'un excellentissime premier album Où poser des yeux ? sorti via le micro-label belge Humpty Dumpty Records. Une véritable comète musicale, perdue entre Dominique A, Ferré, chanson française contemporaine et un certain rap/slam hexagonal, qui, bien que visible sur tous les radars musicaux dignes de ce nom, ne semble pas avoir attiré l'attention qu'elle mérite.  Surprenant, séduisant et finalement diantrement efficace, Où poser des yeux ? est même franchement vital. Une perle passée trop inaperçue ? Réparons donc cette injustice tant qu'il en est encore temps.

C'est à l'initiative du fort bon label parisien Le Son du Maquis que Où poser des yeux ? reçoit (enfin) la chance de conquérir l'Hexagone. Et en guise de dernière blague belge, on repassera : Carl, c'est du costaud, dans le sens le plus positif du terme ! Car une chose est certaine, Carl va vous faire de l'effet. Graphiste de formation, membre du collectif Nos Restes qui défend l'édition littéraire alternative au sens le plus noble du terme, Carl s'était déjà fait remarquer à Bruxelles depuis quelques années aux côtés de Veence Hanao et de Noza, que l'on retrouve à la production de ce premier effort discographique. Des références plutôt hip-hop donc. Mais à force d'observer ses potes en action, Carl décida de tenter lui-même l'aventure musicale. Pour le fun, pour le sport et pour le geste. Affublé d'un très bon coup de crayon (c'est lui qui réalise toutes les illustrations de Où poser des yeux ?), d'un réel talent d'écriture et de pas mal de suite dans les idées, le voici qui se lance dans un projet musical qui n'en est pas vraiment un. Du moins, pas volontairement. Avec, après le concours cité plus haut, un premier album qui marque vraiment le coup. Déroutant.
l_06d0f3f48f0f264dfb4e89125059d512
Mêlant chant classique, slam et ton plus conversationnel, Carl nous offre treize morceaux, sous forme d'étranges tranches de vie, sortis tout droit d'un univers sombre et troublant, mais ô combien attachant. Quelques thèmes sont récurrents : l'enfance, les chiens, le sexe ou encore la mort. Tout ce qui en découle semble tout simplement suivre les méandres d'une imagination débordante : le chien du cadavre, un maison qui mangerait bien ses habitants, des amis qui vont mal, des gens coiffés comme leurs pelouses, des cailloux qui partent en balade, difficile de résumer sans le desservir un univers aussi créatif.

Ces textes savamment écrits et foutrement bien balancés viennent se greffer sur une étrange mixture mêlant  hip hop, rock, jazz, musique électronique et enregistrements divers. Car Carl a su s'entourer de quelques musiciens aguerris : cuivres, cordes, sampler, instruments à vent, tout y est à un moment ou à un autre. Ajoutez à cela ses manies de s'entourer sur scène de nombreux personnages en carton sortis tout droit de son cerveau décidément en ébullition, de jouer de l'aspirateur au sens musical du terme et d'avoir recours à de nombreuses animations visuelles et vous commencerez peut-être à comprendre à quel point l'univers de Carl n'a pas de limites.

Où poser des yeux ? ne pourra laisser personne indifférent. Certes, un tel bouillon de culture pourrait bien en effrayer certains, perdus face à l'absence des repères classiques propre à tout album formaté plus classiquement. Mais il devrait surtout en enchanter bien d'autres. A défaut d'être le cadeau de Noël idéal pour belle-maman, cet opus, loin des sentiers battus, mérite clairement une place de choix dans toute collection de disques digne de ce nom.

Tracklist

Carl – Où poser des yeux ? (Humpty Dumpty – Le Son du Maquis, 2010)

1. Où poser des yeux ?
2. Le chien
3. Silence
4. Mes amis
5. Patiente pour défigurer
6. J’enregistre le bruit de ta machine
7. 1000 visages ou une plage de sable
8. Entre ses lèvres
9. La pelouse
10. Promenade
11. La maison me mangera
12. Caillou
13. Dimanche/moustique


Hartzine Décembre 2010

mixdecembre

Photo © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Retrouvez, chaque mois, les choix éclectiques de la rédaction, à télécharger iciCant Stand It de Reading Rainbow est extrait d'un split vinyle partagé avec Coasting à paraître le 8 décembre prochain via nos amis d'Atelier Ciseaux. Une exclusivité uniquement disponible en streaming.

00. Wools - Roberto In The Summer
01. Reading Rainbow - Cant Stand It
02. Death And Vanilla - Run Rabbit Run
03. Tamaryn - Choirs of Winter
04. Persona La Ave - Beache 2
05. Korallreven - Honey Mine feat Victoria Bergsman
06. Commix - Be True (Burial Remix)
07. Dream Boat - Kissing Collar
08. Teen Daze - Lets Fall Asleep Together
09. The Apartments - On Every Corner (Second Version)
10. Arlt - Je Voudrais Etre Mariée
11. Girls - Heartbreaker
12. The Pains Of Being Pure At Heart - The One
13. Tan Dollar - How Can It Be True
14. The Young Gods - No Land s Man
15. The Informations - Lion's Hand
16. Deux - Paris Orly
17. Mano Le Tough - Oblique (Chateau Flight Remix)
18. Gangrene - Overdose
19. Honeydrum - Romper Stomp


On y était - The Greenhornes à Londres

Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Je défie quiconque de se plaindre de l'offre de concerts dont on bénéficie quand on vit à Paris. Pas de quoi s'ennuyer, non, vraiment. Et pourtant, faute de moyens, certains groupes doivent faire l'impasse sur la capitale française, nous obligeant à nous déplacer jusqu'à Londres, à dépenser la moitié de notre salaire chez Primark et à nous geler les miches sur les quais d'un métro qui n'arrive jamais. Mais ça fait cinq ans que le groupe le plus célèbre de Cincinnati, Ohio, n'a pas tâté de la scène, et ça vaut sans doute bien un aller-retour en Eurostar.

16h, il fait déjà nuit et l'air est glacial. Un coup d'oeil à l'intérieur du Cargo, le nouveau lieu londonien à la mode, pour goûter un peu aux balances, un détour par l'exposition Mick Rock à quelques pas de là, un tour chez Rough Trade, et il est déjà temps de retourner dans la salle : ce sera le premier rang ou rien. On traîne un peu au bar pendant que Patrick Keeler et Jack Lawrence discutent avec des fans et que Craig Fox, capuche sur la tête, traîne sans but sa face de crapaud dépressif, ignorant les regards curieux de son public. Huit ans qu'il attendait que ses deux potes de lycée lâchent leurs projets respectifs pour venir enregistrer un quatrième album avec lui, il est peut-être un peu las. Il faut dire qu'entre les tournées des Raconteurs et des Dead Weather et l'enregistrement d'un album avec cette vieille peau de Loretta Lynn, Jack et Patrick n'ont pas eu le temps de s'ennuyer. La faute à Jack White qui, comme toujours, attire comme un aimant les talents qui ont le malheur d'entrer dans son champ d'audition. Pour se faire pardonner, il a gentiment accueilli sur son propre label, Third Man Records, le nouvel essai des Greenhornes, sobrement intitulé ★★★★ (Four Stars) et dévoilé début novembre. Fidèle à son esthétique rétro, le trio continue sur la lancée d'un garage rock influencé par les 60's qui n'a, contrairement à ce que l'on pourrait penser en lisant ces mots, rien à voir avec les différents projets de White. La voix très masculine de Craig Fox sauve en effet les Greenhornes de toute comparaison qui pourrait mal tourner : leur musique est plus lourde, plus virile et d'apparence plus solide, quitte à paraître un peu pataude parfois.

En live, la formule fonctionne à merveille : appuyé sur le subtil jeu de Patrick Keeler, qui mêle toucher délicat et martèlement brutal, les lignes de basse incisives de Jack Lawrence et les touches mélodiques de clavier de Mark Watrous, qu'on a déjà vu avec les Raconteurs, Craig assure la guitare et le chant à merveille, mais sans bouger d'un poil. Alors que Patrick fait corps avec sa batterie, les cuisses tendues et les poignets souples et sensuels et que Jack, libéré des égos démesurés d'Alison Mosshart et de Jack White se lâche, visiblement heureux de retrouver ses potes et une salle à taille humaine, ce qui devrait être le leader du groupe fixe l'horizon de son oeil vitreux, imperméable à toute l'affection que lui offre une fosse à qui il avait manqué. Cette absence de frontman est sans doute le plus gros problème des Greenhornes et la raison pour laquelle ils n'ont jamais connu le succès qu'ils méritent. Heureusement, ses deux acolytes rattrapent le coup et occupent la scène avec classe. On n'a jamais vu Little Jack, d'ordinaire extrêmement discret, aussi déchaîné. Téméraire, il prend même le micro pour chanter en solo Go Tell Henry, ultime preuve du plaisir qu'il prend à jouer sans l'oppression des grosses pointures des Dead Weather. Le sourire aux lèvres, il nous offre un rappel dantesque et interminable, sans cesse relancé par un beat et un coup d'oeil complice de Keeler à ses camarades et un mouvement de cheveux imperceptible de Craig.

A la fin du concert, les hipsters reprennent leurs droits dans la salle transformée en club. Dehors, le pavé est humide, l'air mordant et le métro n'arrive toujours pas, mais on ne regrette pas d'avoir traversé la Manche pour rapporter la preuve que, décidément, l'Ohio est une terre bien fertile pour la musique.

Photos

Audio

The Greenhornes - Jacob's Ladder

Setlist

1. Going to the River
2. Saying Goodbye
3. Pattern Skies
4. Song 13
5. Too Much Sorrow
6. Underestimator
7. Shelter of Your Arms
8. Things She Says
9. There is an End
10. Better Off Without It
11. Go Tell Henry
12. Lies
13. Lost Woman
14. I'll Go Crazy (medley)


On y était - The Ex au Café de la Danse

the-ex_catch-my-shoe-tour_flyerThe Ex au Café de la Danse, c'est d'abord un son de guitare inimitable, dès le premier accord, juste pour tester l'ampli, il se passe quelque chose.
Un son, plein de graves et d'aigus, de grain, de rugosité, de rouille, de sueur, d'énergie à l'image des deux guitares usées sur lesquelles jouent les guitaristes de The Ex, Terrie et Andy, à gauche et à droite de la scène. Deux guitares ? Non, trois maintenant, puisque le nouveau chanteur Arnold De Boer, arrivé en 2009, se sert lui aussi d'une guitare, personnelle, qui s'entremêle parfois aux deux autres pour ajouter des mélodies complexes dans les interstices de ce question-réponse permanent qui fait l'imprévisibilité et la profondeur des morceaux.

Il sait aussi très bien ne pas en jouer, et le trépignement de son impatience anime son chant presque phrasé, en fausse retenue, dont l'urgence s'est vite intégrée aux chansons du groupe, sans faire regretter (ni oublier) l'ancien chanteur Sok. Tous ceux qui ont déjà vu The Ex en concert savent que c'est une expérience jubilatoire, équilibre de noise et de raffinement rythmique, de transe rock et de fête musicale, d'histoires racontées en plusieurs langues et d'énergie punk. Et les autres le sauront bientôt, puisque la réputation de ce groupe atteindra vite les amateurs de musique sincère, s'ils sont assez malins pour ne pas se fier aux styles musicaux qu'on prête à The Ex.

The Ex transgresse les frontières des codes musicaux, des constructions de morceaux, des rythmes et des mélodies, mais sans le revendiquer, juste parce que c'est ce qui sort, après toutes ces années (trente-et-un ans de scène). Ce qui sort des amplis, ce son si puissant et si total, ce qui sort de leurs bouches quand il et elle chantent des images, ce qui sort de leurs corps dans le tremblement des membres des guitaristes et les petits sauts inimitables de Arnold De Boer, dans la mécanique parfaite des boucles rythmiques sans fin de Katherina Bornfeld à la batterie, ce qui sort de cette communion débridée qui invite le public à penser qu'on est hors des cadres, mais qu'on s'en fout.

Un concert très beau, très honnête et plein d'énergie, des milliers d'idées qui tournent, s'agitent et emmènent les chansons à travers les contrées musicales que le groupe a parcourues (Europe, Etats-Unis, Afrique), ou parcourra un jour. Longue vie !


Lower Dens - Twin Hand Movement

lower-dens-twin-hand-movementIl y a peu je restais sur ma faim. Déçu, pas méchamment, par le dernier opus de The Walkmen. C’était comme retrouver une ancienne amoureuse et rechercher l’intensité, les sentiments sans les trouver. A une époque, plus lointaine encore, pareille mésaventure m’était arrivé avec Arab Strap. J’avais été refroidi après l’écoute d'Elephant Shoe. Un écho trop fragile au retentissant Philophobia, j’emmurais ma mauvaise foi et mes déceptions dans le très bel album de Migala, Así Duele un Verano. On oublie trop souvent qu’un disque est une rencontre. Mais où voulais-je en venir ? Ah ! Oui : me voilà dans la même situation. L’album de The Walkmen se trouve vampirisé et occulté par un autre groupe - Lower Dens. Quelle sublime vampirisation. Je n’attendais rien de ce combo et il m’a tout donné : intensité, fougue, mélodie, étrangeté, que sais-je encore ? Un parfait morceau de vie.
lower-dens-bandUn truc à foutre en l’air les étoiles, les références et tout et tout. La première entaille s’appelle Tea Lights, un truc vénéneux comme ce n’est pas possible. Un machin à écharde noire qui s’enfonce très profondément dans le cœur et la mémoire. Irrésistible. Le joliment intitulé A Dog’s Dick avec sa basse en fonte et cette petite guitare légère et putassière nous invite au vice le plus subtil. Passons Holy Water et son eau collante comme la semence. I Get Nervous se réveille en mille lumières, on n’est pas loin de penser à U2. Ah. Plus loin les belles guitares ondulées de Completely Golden nous émerveillent. Tout cela est sympa comme un vin passe partout mais lorsqu’on goûte à Rosie, là, vraiment on devient obsessionnel. Mes amis, écoutez simplement cette chanson et vous ferez désormais vos courses avec intensité. C’est dire. Le groupe mené par Jana Hunter (une protégée de Devendra Banhart) recompose des mirages électriques au fort pouvoir évocateur. Ce disque est un peu comme un vieux chiffon parfumé d’essence et de sperme. Un truc tordu, donc, mais obsédant.

Audio

Lower Dens - Rosie

Tracklist

Lower Dens - Twin Hand Movement (2010, Gnomosong)

01. Blue & Silver
02. Tea Lights
03. A Dog's Dick
04. Holy Water
05. I Get Nervous
06. Completely Golden
07. Plastic & Powder
08. Rosie
09. Truss Me
10. Hospice Gates
11. Two Cocks


Jeans Wilder : Chronique, interview & mixtape

frontback-cover-jeans-wilder-nice-trashC'était au début de l'année. Presque un an donc que par l'intermédiaire d'Atelier Ciseaux (lire), j'ensoleillai mes esgourdes d'un reggae lo-fi sans âge : Tough Guys ou l'avant-goût presque trop parfait des chaleurs estivales, ébauché par un type que j'imaginais être le plus cool de la côte ouest américaine. Sans être complètement dans les choux - le bonhomme participant alors à un split vinyle avec l'invétérée slackeuse Bethany Cosentino et son groupe Best Coast (lire) et ce, après avoir partagé son appartement et son amitié avec Nathan Williams, trublion de l'électricité biturée (lire) - certains artistes déjouent chaque pronostic jusqu'aux moindres clichés, prenant à contre-pied l'air du temps et sa dose extensive de conformisme ambiant. Car Andrew Caddick - ou Jeans Wilder selon son état civil musical - en plus de dispenser un son à l'authenticité exacerbée, se trouve être une personne atypique, à rebours de l'idéologie de l'omniscience, favorisée par internet et la profusion de démo, face B et autres ébauches reprises en cœur par l'internationale blogueuse. Non, Andrew, à l'image de sa musique et de ses influences composites, est une personne rare, presque inestimable. Mais il faut lui consacrer du temps. Car si l'on considère les flots ininterrompus qui balayent nos plages hi-fi, la recherche de l'étrange nouveauté devient compulsive, sans lendemain, en un mot épileptique. D'un côté l'omniscience diarrhéique, de l'autre la frénésie amnésique. Bien mal barré que l'on est, au cœur de la nuit, meurtri par cette ineffable perte de sens d'une sémantique musicale jusqu'alors si poignante. Au tamis du temps, à celui des jours et non plus à celui des années, que reste-t-il d'une chillwave photocopiée jusqu'à la lie ? Que reste-t-il d'un post-shoegaze décalqué à l'infini ? Quelques bribes de morceaux compilés, pas grand chose, un trouble rêve dans un écrin de fumée opiacée. Peu d'albums surtout. Et encore moins de bons albums, se contentant d'aller au-delà des formules éculées, osant l'intimité au dépend de la grégarité. Co-réalisé par Atelier Ciseaux et La Station Radar, Nice Trash de Jeans Wilder, à paraître le 8 décembre prochain, s'inscrit dans cette veine verte et violacée du dépouillement de soi, de la mise à nue d'une fragilité émotive, lovée jusqu'aux confins du moindre arrangement. Quand d'autres empilent en continu les essais non transformés, Andrew amplifie le soin du détail, n'hésitant pas à consacrer deux années de sa vie dans le fignolage obsessionnel d'un disque à la splendeur spectrale et habitée, où la complainte amoureuse se pare d'un grain doucereusement passéiste, tel un regard mélancolique tacheté de poussière mordorée. Tout en restant éminemment contemporain - comment ne pas déceler le voile shoegaze de Blonde Beach ? L'ambient hantée de Blanket Mountain ? La chillwave percluse de beats vaporeux d'Internationals Water ? - Jeans Wilder fait montre d'un attrait sans fard pour les ballades au flegme romantique en plein cœur des sixties : In my Dreams et Sparkler d'abord, aux charmes délicieusement surannés, le mirifique et conclusif Light Sleeper ensuite, où un arpège de guitare chancelant se joue des métronomes, magnifiant la poésie lunaire d'un Andrew à la voix nimbée d'échos. Singulier et fascinant, un tel épanchement dévoilé vire au chef d'œuvre minimaliste avec Be my Shade, introduisant Nice Trash d'un sample à la sinusoïde transpercée d'atermoiements fantomatiques, que l'on jure susurrés dans l'ombre. Don't Wanna Live Forever aurait pu constituer la seule faute de goût de l'album, de par son rythme et ses claviers à la ringardise assumée, s'il ne basculait pas subitement vers l'un de ses moments les plus touchants, où l'infini désespoir s'arrachant des tripes émerge d'une brume électrique crépitante. Une gageure.

C'est bien peu de dire qu'il est malaisé de rester insensible aux volutes sentimentales de Nice Trash, aimanté que l'on est par la sincérité prodiguée par son auteur. Un Andrew Caddick que l'on s'est permis de contacter pour une entrevue à l'image et à la hauteur de l'homme, décontractée et sans fioriture. Le bonhomme s'est même fendu à votre intention d'une mixtape de toute beauté - à écouter et télécharger ci-dessous.

Nice Trash est en pré-order du 3 au 8 décembre par . Retrouvez par ici, l'interview de Fleur et Jérome de La Station Radar, et par , celle de Rémi de l'Atelier Ciseaux.

Audio

Jeans Wilder - Blonde Beach

Entrevue avec Andrew Caddick

img_8454

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut... Je suis Andrew, les gens me connaissent en tant que Jeans Wilder. J'adore me défoncer en regardant Seinfeld. Parfois, je fais de la musique. Ha !  

Si tu devais définir ta personnalité en trois mots, quels seraient-ils ?

Honnête, charmant et paresseux.  

Peux-tu m'expliquer pourquoi "Jeans Wilder" et pas "Andrew Caddick and Melissa Duenas" ? Parle moi de ce nom... qui est Jeans Wilder ?

Et bien, Melissa était juste batteuse sur les concerts pendant deux mois et n'a joué sur aucun des enregistrements... Je n'ai jamais aimé jouer sous mon propre nom, c'est pour ça que j'utilise un pseudonyme. Jeans Wilder est juste un jeu de mots sur Gene Wilder, l'acteur... Ce jeu de mots battait tous les autres noms que j'avais en tête...

img_8469

Comment est venu l'idée de créer Jeans Wilder ?

J'ai accumulé beaucoup d'énergies négatives à force de  travailler à fond dans un job stressant... Je me suis alors investi dans Jeans Wilder uniquement pour me décharger de mes frustrations avec le monde extérieur... et pour ne pas finir par me tuer.  

Parle-moi du processus créatif, qui fait quoi ?

J'écris, joue, enregistre et produit tous. Sauf les samples que je peux utiliser. 

Quelles influences introduis-tu dans les chansons de Jeans Wilder ?

Au départ, le groupe était très "Jana Hunteresquement" sombre, un peu folk sur les bords. Maintenant, c'est plus du doowop rencontrant les Beach Boys... Une juste progression naturelle non ?

Comment définirais-tu ta musique si c'était George W.Bush qui te le demandait ? Et si c'était Mick Jagger, même réponse ?

Je leur dirais juste que c'est de la musique pour taper de la cocaïne. Ils adoreraient ça.

img_8470

Si tu étais contraint à l'exil sur une île déserte, quels disques emmènerais-tu ?

Smiley Smile des Beach Boys, Jane Doe de Converge, Philosophy of the World de The Shaggs, Nigga Please d''Ol' Dirty Bastard et Speaking in Tongues des Talking Heads.

Parlons de Nice Trash... Je le trouve très réussi. Il dégage une certaine atmosphère, mélancolico-romantique. Qu'en dis-tu ?

Je l'aime beaucoup. Je suis fier du résultat. Son écriture et son enregistrement ont fait partie d'un processus très intense. Un processus qui a pris deux ans. Ça parle de moi tombant amoureux de quelqu'un. Le disque retrace du début jusqu'à la fin de l'histoire. Romantique, mais triste.

Quelles sont tes intentions avec Nice Trash ? Dis-moi en plus sur ce titre ?

Nice Trash était une private joke avec cette fameuse personne... J'étais un loser pour elle, mais un loser cool... Comme si je ne méritais rien, tout en ayant un putain de sens de l'humour à propos de cette contradiction...

img_8490

Cet album va sortir via Atelier Ciseaux et la Station Radar. Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai commencé à travailler avec la Station Radar par l'intermédiaire de Jen Paul, une incroyable musicienne du New-Jersey, qui m'a invité à faire un split vinyle avec elle (voir par ). Ils ont aimé mes morceaux, depuis notre relation est plus étroite que jamais. J'ai rencontré Rémi d'Atelier Ciseaux, lorsqu'il m'a approché pour faire un 7"... qui a fait boule de neige jusqu'au split vinyle avec Best Coast (lire).  

Est-ce que l'esthétique d'un disque a autant d'importance pour toi que la musique elle-même ?

J'aime penser ça oui... D'un côté, la musique est vraiment la raison pour laquelle tu achètes un disque. Mais le visuel et le packaging a son importance aussi... Je pense qu'ils peuvent te raconter une bonne partie de l'histoire, comme la musique.  

Est-ce que Jeans Wilder est un bon groupe en live ? Quelle est la configuration des concerts ? Quand est-ce que tu viens nous montrer ça en France ?

J'ai fait pas mal de concerts en tournant aux US. C'est toujours un peu "juste" pour moi... jouant des instruments live sur des bouts d'enregistrements... J'ai eu une batteuse pendant quelque temps (Melissa Duenas donc, ndlr), mais je suis en train de monter un vrai groupe pour une tournée en Europe prévue en mars prochain.

img_8483

Peux-tu nous en dire plus sur Jacuzzi Youth ? Worthless Waste ? Daytime Television ? As-tu d'autres side-projects ?

Jacuzzi Youth est un projet chopped and screwed que je fais sur mon temps libre... Disons que je pense tout le temps à Jeans Wilder, alors c'est sympa de faire un break de temps en temps, délaisser le projet un moment en me laissant tenter par autre chose.

Worthless Waste et Daytime Television sont des projets de Jonathan Lockhart, qui en a d'ailleurs un autre se nommant Lambo Doors. Je n'ai rien à voir avec ces groupes... et si j'ai quelques side-projects en cours, il est un peu tôt pour en parler.

Qui sont les amis de Jeans Wilder ? Y a-t-il une scène aux US à laquelle tu te sens appartenir ?

Il se trouve que je suis amis avec des gens que je ne nommerai pas... Leur succès n'est un secret pour personne (lire)... Les gens aiment me taquiner avec ça, c'est bizarre... Comme si je n'étais qu'un trou du cul à cause de mon amitié avec quelqu'un. En tout cas, non, je ne me sens proche d'aucune scène en particulier...

Michael de Ghost Animals m'a déjà demandé de lui envoyer des Gauloises blondes. Qu'aimerais-tu recevoir de français dans ta boîte aux lettres ? Pareil ! J'aimerai bien des cigarettes françaises ! Et pourquoi pas un bonbon français ?

Traduction : Virginie Polanski.

Mixtape

"It's just a keep warm while driving around in the cold/feeling nostalgic kind of mix" - Andrew Caddick (download).

01. Night Control - Star 131
02. Real Estate - Suburban Dogs
03. Ducktails - Art Vandelay
04. Deerhunter  - Revival (Jacuzzi Youth Mix)
05. Green Gerry - Cozy Space Mugz
06. Grizzly Bear - He Hit Me
07. His Clancyness - Summer Majestic
08. Soft Healer - Movie Light
09. Dirty Beaches - Coast to Coast

Vidéo


Peter "Sleazy" Christopherson

C'était vendredi dernier, soit il y a une semaine jour pour jour. Comme à l'habitude, je me réveille et navigue tranquillement sur la toile afin de dépecer les actualités turpides du reste du monde. Pourtant, rien ne me préparait à ce que je m'apprêtai à lire dans les colonnes de tous les blogs et réseaux d'informations virtuels à ce moment précis. Alors que la veille, j'enserrais ma belle, m'endormant paisiblement au creux de ses bras, l'artiste anglais Peter Martin Christopherson s'engourdissait seul, sans aucun espoir de réveil. Six ans après son ami, compagnon, amant, John Balance, celui que l'on appelait simplement « Sleazy » jouait sa dernière musique dans le noir, laissant derrière lui un héritage indiscutable dont le legs résulte d'expérimentations menées depuis le milieu des années 70.

tumblr_lcgzd3um3w1qd37ibo1_500Avant de mener la carrière de musicien qu'on lui connaît, Peter Christopherson vivait de son talent de designer et de réalisateur. Il avait d'ailleurs intégré la non moins prestigieuse agence Hipgnosis, se rendant responsable de nombreuses pochettes d'albums, et notamment celle de Pink Floyd. Il fait alors plus tard la rencontre d'un collectif d'artistes performeurs appelé Coum Transmissions. Impressionné par le travail à la fois sauvage et décalé de Christopherson à qui il va donner le surnom de « Sleazy », le crew ne tarde pas à le rallier à son rang. Christopherson se lie immédiatement d'amitié avec un autre membre, Genesis P-Orridge, avec qui il voit en la naissance du punk le moyen de pousser encore plus loin ses expérimentations. Accompagné d'autres membres de Coum Transmissions, le duo met sur pied le groupe le plus agressif et irrévérencieux que l'Angleterre ait jamais connu. Throbbing Gristle choque tout un pays jusqu'ici ancré dans la pop, et marque l'ouverture vers ce que l'on appellera plus tard la musique industrielle. Et si la place de Christopherson n'est pas encore réellement celle d'un musicien, elle sera pour beaucoup dans l'image du groupe. Sleazy manipulant les bandes audio et vidéo, recrachant au public d'immondes atrocités, appuyant les paroles scabreuses et hideuses de Genesis P-Orridge. Si la presse de l'époque fustigea les travaux de Throbbing Gristle, l'apport du groupe à la musique en général est encore palpable aujourd'hui. Cependant, l'histoire nous a appris que l'escalade des excès n'a jamais apporté la stabilité. Las des extravagances et de la pression apposées par Genesis P-Orridge, Throbbing Gristle met fin à sa carrière au printemps 1981.

C'est à cette époque que Peter Christopherson rencontre le musicien et chanteur John Balance. Contacté par son comparse Genesis P-Orridge pour rejoindre les rangs de Psychic TV au côté d'Alex Fergusson, celui-ci accepte à la condition que Balance les accompagne. PTV peut donc être mis sur les rails. Mais encore une fois des mésententes se font rapidement sentir. P-Orridge impose des conditions de travail qui ne correspondent pas aux attentes de Balance et Christopherson, et tire sur lui-même tout le leadership, jusqu'à en devenir complètement mégalo. Fin 1984, les deux comparses préfèrent quitter discrètement le navire.

sleazy4Parallèlement développé par John Balance depuis 1983, Coil prend son envol lorsque Sleazy le rejoint l'année suivante à plein temps.  Les deux artistes à la fois complémentaires et indépendants réinventent au sein de Coil les bases de la musique expérimentale et industrielle. Alors que leur premier opus, Scatology, fait l'apologie de nos maux et préfigure l'enfer vécu par les victimes du sida, How to Destroy Angels se définit comme une référence sexuelle liée aux connexions spirituelles, technologiques et environnementales... Qui dit mieux ? Leur musique ne cessera d'évoluer au fur et mesure des albums prenant des tournants par moment surprenants, sonnant tantôt bruitiste, parfois dark-folk, usant d'instruments barbares et de synthés dysfonctionnels qui les classeront très rapidement comme artistes fondamentaux de la scène industrielle. Certains albums sont à marquer d'une pierre rouge comme les excellents Scatology, Horse Rotorvator, The Angelic Conversation, ou bien encore la très fameuse bande originale d'Hellraiser. Coil aura une influence prédominante sur un nombre incalculable de musiciens, dont Nine Inch Nails, pour lequel ils effectueront plusieurs remixes. Le décès de John Balance le 13 novembre 2004 mettra un terme définitif à la carrière très prolifique du groupe qui compte aujourd'hui plus d'une quarantaine d'albums.

Durant cette très féconde période, Peter Christopherson exercera à plusieurs reprises ses talents de cinéastes, réalisant de nombreux clips pour des artistes comme Ministry, Front 242, Rage Against the Machine, Erasure et bien sûr NIN. Fin 2004, il participe à la réunion de Throbbing Gristle, et lance en 2005 un nouveau projet intitulé The Threshold HouseBoys Choir. On peut discerner à travers ce projet solo de Mr Sleazy l'envie de pousser plus loin une aventure commencée avec Coil près de vingt ans auparavant. Mais c'est avec un sentiment de frustration que nous devons dire adieu à ce génie de l'avant-garde, le sentiment amer de perdre un artiste au talent immense qui n'en avait pas fini de nous livrer tous ses secrets. Et on l'imagine aujourd'hui assez aisément, assis quelque part entre le Paradis et l'Enfer, se délectant de quelques conversations angéliques.


On y était - Soy Festival - Spectrum, Tame Impala & Liars...

light-5366

Soy Festival - Spectrum, Tame Impala & Liars, dimanche 31 octobre 2010, Le Lieu Unique, Nantes.

Hier soir, dimanche, jour d’Halloween, c’était le dernier soir du Soy festival, festival de musique indé à Nantes.

J’étais pas super motivé pour y aller. Deux soirs que je sortais plus, une espèce de fatigue latente ne me mettait pas dans les conditions optimum pour un concert rock… J’aurais préféré un p’tit Postal Service, blotti dans mon canap’ avec une bonne couverture et une pizza chaude pour absorber l’alcool des derniers jours. Je dois avouer que j’ai failli partir après le premier concert. Pourtant, le son était bon, la salle était sympa et malgré le monde, on n’était pas entassé les uns sur les autres. Ils avaient bien fait les choses chez Yamoy.

Le premier concert, c’était Spectrum. Groupe mythique paraît-il... Enfin, surtout son chanteur ! Alors, on écoute.... Un theremin, une voix lente et monocorde, un riff de gratte et une batterie basique s’installent. Putain, c’est lent ! J’espère qu’ils vont se réveiller sinon c’est opération sac de couchage et hop, une sieste en attendant le prochain groupe. On se croit dans l’Angleterre des années 90. C’est du rock progressif à ce qu’il paraît et, oui ça progresse un peu, mais le côté avec un riff de gratte j’te fais un morceau de 4min30, eh bien, ça m’emmerde. Sauf si on est face à des Mogwai ou des God Speed - désolé pour ceux qui seront choqués par cette comparaison hâtive et sûrement malvenue mais j’suis pas Philippe Manœuvre ! Des petits relents pop - par toujours super assumés - accrochent l’oreille, les débuts de montée donnent envie de grimper avec le groupe. Mais bon, il faut se l’avouer, grimper les Vosges ou grimper les Alpes, c’est pas la même. Et là, on était proche des Monts d’Arrée… Au fur et à mesure, la musique est devenue plus intense mais décidément, je n'accroche pas. Si t’aimes pas Suicide, forcément, tu aimeras pas, dixit Antonin. Et oui, ceux qui sont férus du style ont trouvé leur compte. Bon, c’est vrai que ça fait vingt ans qu’il fait la même chose le chanteur à travers les divers groupes dans lesquels il joue mais il le fait bien. Il était vraiment emballé Antonin… Alors qu’ Alexandre - le photographe - et moi, on a trouvé ça chiant…

light-5303

Pour se remettre du groupe et des soirées précédentes, on est allé se prendre des bières. La bière est dégueu au Lieu Unique mais ça on le savait déjà. Et puis elle fait son office, me convaincant qu’il fallait laisser sa chance au deuxième groupe avant d’aller dormir.

En revenant de la pause clope, Tame Impala était sur scène. Mais ils ont quinze ans ! (Antonin). C’est Hanson ? (Anissa). En effet, ils sont jeunes mais ils ont tout compris au rock psyché des années 70. Bien péchu, avec des sons de gratte travaillés dans tous les sens, ils savent nous emmener dans leur monde. J’ai eu comme une envie de fractale pendant le concert. Un buvard et c’était parti. Le public avait l’air conquis. La preuve, on a eu le droit lors du dernier morceau à une réaction que je n’avais vu qu’en concert de jazz. A la sortie d’un break de trois heures à tendance électronique, lorsque le groupe est retombé sur ses pieds pour relancer encore pour quelques minutes leur chanson, des applaudissements ont retenti. Et oui, on a aimé et on en redemande. Alors merci les jeunots androgynes de Tame Impala. Seul défaut, mais c’était pas de leur fait. Les lumières étaient pas top et la machine à fumée, bin, c’était pas Etienne Daho. Un pet de fumée dans un coin qui ne servait qu’à asphyxier le chanteur trente secondes n’aura pas sû apporter à l’envoûtement auditif l'envoûtement visuel.

light-5337

Pour clore la soirée, on avait Liars (lire). C’est plus ce que c’était m’ont dit certains avant le concert. Je pense qu’ils auraient quand même dû venir voir. Ce groupe est totalement déroutant. Du rock, enfin… C’est énorme ! Je comprends mieux Thibault et ses Putain, mais Liars, c’est le meilleur groupe du monde ! Ok, il était pété mais c’est vrai que ça envoie sévère. On était transporté en plein squat berlinois avec un groupe qui fout ses amplis à 11 version Spinal Tap. C’est lourd, c’est gras, c’est brut. Et en même temps, c’est plein de finesse. Comme un magret de canard ! Qu’est ce que ça fait du bien. J’ai l’impression de ne pas avoir vu de concert rock depuis des plombes. Entre le chanteur et son bide de faux maigre qui boit trop de bière, le batteur, une marmule aux tresses gauloises et le gratteux chétif, la scène est pleine. Le son est plein, les oreilles sont pleines. Oh mon dieu, je saigne des oreilles ! Mais qu’est-ce que c’est bon de se prendre un bi-réacteur dans la gueule.

Bref, malgré un début difficile, une bonne soirée. Du bon rock. Merci Soy… et à l’année prochaine.


Tooth Ache

l_da74be1dfbc18286de0a2db211b4b240

Comme pour Levek il y a quelques semaines, le label Father and Daughter Records nous propose une artiste à suivre avec un premier 45T qui vient juste de sortir. Ce skin a l'effet de la neige qu'on aspire à pleine bouchée, un moment de grâce, le bout du nez gelé. Un titre idéal pour la saison !

Audio


Jeans Wilder - Nice Trash

C'était au début de l'année. Presque un an donc que par l'intermédiaire d'Atelier Ciseaux (lire), j'ensoleillai mes esgourdes d'un reggae lo-fi sans âge : Tough Guys ou l'avant-goût presque trop parfait des chaleurs estivales, ébauché par un type que j'imaginais être le plus cool de la côte ouest américaine. Sans être complètement dans les choux - le bonhomme participant alors à un split vinyle avec l'invétérée slackeuse Bethany Cosentino et son groupe Best Coast (lire) et ce, après avoir partagé son appartement et son amitié avec Nathan Williams, trublion de l'électricité biturée (lire) - certains artistes déjouent chaque pronostic jusqu'aux moindres clichés, prenant à contre-pied l'air du temps et sa dose extensive de conformisme ambiant. Car Andrew Caddick - ou Jeans Wilder selon son état civil musical - en plus de dispenser un son à l'authenticité exacerbée, se trouve être une personne atypique, à rebours de l'idéologie de l'omniscience, favorisée par internet et la profusion de démo, face B et autres ébauches reprises en cœur par l'internationale blogueuse. Non, Andrew, à l'image de sa musique et de ses influences composites, est une personne rare, presque inestimable. Mais il faut lui consacrer du temps. Car si l'on considère les flots ininterrompus qui balayent nos plages hi-fi, la recherche de l'étrange nouveauté devient compulsive, sans lendemain, en un mot épileptique. D'un côté l'omniscience diarrhéique, de l'autre la frénésie amnésique. Bien mal barré que l'on est, au cœur de la nuit, meurtri par cette ineffable perte de sens d'une sémantique musicale jusqu'alors si poignante. Au tamis du temps, à celui des jours et non plus à celui des années, que reste-t-il d'une chillwave photocopiée jusqu'à la lie ? Que reste-t-il d'un post-shoegaze décalqué à l'infini ? Quelques bribes de morceaux compilés, pas grand chose, un trouble rêve dans un écrin de fumée opiacée. Peu d'albums surtout. Et encore moins de bons albums, se contentant d'aller au-delà des formules éculées, osant l'intimité au dépend de la grégarité. Co-réalisé par Atelier Ciseaux et La Station Radar, Nice Trash de Jeans Wilder, à paraître le 7 décembre prochain, s'inscrit dans cette veine verte et violacée du dépouillement de soi, de la mise à nue d'une fragilité émotive, lovée jusqu'aux confins du moindre arrangement. Quand d'autres empilent en continu les essais non transformés, Andrew amplifie le soin du détail, n'hésitant pas à consacrer deux années de sa vie dans le fignolage obsessionnel d'un disque à la splendeur spectrale et habitée, où la complainte amoureuse se pare d'un grain doucereusement passéiste, tel un regard mélancolique tacheté de poussière mordorée. Tout en restant éminemment contemporain - comment ne pas déceler le voile shoegaze de Blonde Beach ? L'ambient hantée de Blanket Mountain ? La chillwave percluse de beats vaporeux d'Internationals Water ? - Jeans Wilder fait montre d'un attrait sans fard pour les ballades au flegme romantique en plein cœur des sixties : In my Dreams et Sparkler d'abord, aux charmes délicieusement surannés, le mirifique et conclusif Light Sleeper ensuite, où un arpège de guitare chancelant se joue des métronomes, magnifiant la poésie lunaire d'un Andrew à la voix nimbée d'échos. Singulier et fascinant, un tel épanchement dévoilé vire au chef d'œuvre minimaliste avec Be my Shade, introduisant Nice Trash d'un sample à la sinusoïde transpercée d'atermoiements fantomatiques, que l'on jure susurrés dans l'ombre. Don't Wanna Live Forever aurait pu constituer la seule faute de goût de l'album, de par son rythme et ses claviers à la ringardise assumée, s'il ne basculait pas subitement vers l'un de ses moments les plus touchants, où l'infini désespoir s'arrachant des tripes émerge d'une brume électrique crépitante. Une gageure.

Audio

Tracklist

Jeans Wilder - Nice Trash (Atelier Ciseaux, La Station Radar, 2010)

01. Be my Shade
02. Blonde Beach
03. Don't Wanna Live Forever
04. Blanket Mountain
05. Internationals Water
06. In my Dreams
07. Sparkler
08. Lets Share This Place
09. Pumpkin Patch
10. Light Sleeper


Jeans Wilder hartzine mixtape

3

"It's just a keep warm while driving around in the cold/feeling nostalgic kind of mix" - Andrew Caddick (download).

01. Night Control - Star 131
02. Real Estate - Suburban Dogs
03. Ducktails - Art Vandelay
04. Deerhunter - Revival (Jacuzzi Youth Mix)
05. Green Gerry - Cozy Space Mugz
06. Grizzly Bear - He Hit Me
07. His Clancyness - Summer Majestic
08. Soft Healer - Movie Light
09. Dirty Beaches - Coast to Coast


Jeans Wilder l'interview

img_8454

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut... Je suis Andrew, les gens me connaissent en tant que Jeans Wilder. J'adore me défoncer en regardant Seinfeld. Parfois, je fais de la musique. Ha !

Si tu devais définir ta personnalité en trois mots, quels seraient-ils ?

Honnête, charmant et paresseux.

Peux-tu m'expliquer pourquoi "Jeans Wilder" et pas "Andrew Caddick and Melissa Duenas" ? Parle moi de ce nom... qui est Jeans Wilder ?

Et bien, Melissa était juste batteuse sur les concerts pendant deux mois et n'a joué sur aucun des enregistrements... Je n'ai jamais aimé jouer sous mon propre nom, c'est pour ça que j'utilise un pseudonyme. Jeans Wilder est juste un jeu de mots sur Gene Wilder, l'acteur... Ce jeu de mots battait tous les autres noms que j'avais en tête...

img_8469

Comment est venu l'idée de créer Jeans Wilder ?

J'ai accumulé beaucoup d'énergies négatives à force de travailler à fond dans un job stressant... Je me suis alors investi dans Jeans Wilder uniquement pour me décharger de mes frustrations avec le monde extérieur... et pour ne pas finir par me tuer.

Parle-moi du processus créatif, qui fait quoi ?

J'écris, joue, enregistre et produit tous. Sauf les samples que je peux utiliser.

Quelles influences introduis-tu dans les chansons de Jeans Wilder ?

Au départ, le groupe était très "Jana Hunteresquement" sombre, un peu folk sur les bords. Maintenant, c'est plus du doowop rencontrant les Beach Boys... Une juste progression naturelle non ?

Comment définirais-tu ta musique si c'était George W.Bush qui te le demandait ? Et si c'était Mick Jagger, même réponse ?

Je leur dirais juste que c'est de la musique pour taper de la cocaïne. Ils adoreraient ça.

img_8470

Si tu étais contraint à l'exil sur une île déserte, quels disques emmènerais-tu ?

Smiley Smile des Beach Boys, Jane Doe de Converge, Philosophy of the World de The Shaggs, Nigga Please d''Ol' Dirty Bastard et Speaking in Tongues des Talking Heads.

Parlons de Nice Trash... Je le trouve très réussi. Il dégage une certaine atmosphère, mélancolico-romantique. Qu'en dis-tu ?

Je l'aime beaucoup. Je suis fier du résultat. Son écriture et son enregistrement ont fait partie d'un processus très intense. Un processus qui a pris deux ans. Ça parle de moi tombant amoureux de quelqu'un. Le disque retrace du début jusqu'à la fin de l'histoire. Romantique, mais triste.

Quelles sont tes intentions avec Nice Trash ? Dis-moi en plus sur ce titre ?

Nice Trash était une private joke avec cette fameuse personne... J'étais un loser pour elle, mais un loser cool... Comme si je ne méritais rien, tout en ayant un putain de sens de l'humour à propos de cette contradiction...

img_8490

Cet album va sortir via Atelier Ciseaux et la Station Radar. Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai commencé à travailler avec la Station Radar par l'intermédiaire de Jen Paul, une incroyable musicienne du New-Jersey, qui m'a invité à faire un split vinyle avec elle (voir par ). Ils ont aimé mes morceaux, depuis notre relation est plus étroite que jamais. J'ai rencontré Rémi d'Atelier Ciseaux, lorsqu'il m'a approché pour faire un 7"... qui a fait boule de neige jusqu'au split vinyle avec Best Coast (lire).

Est-ce que l'esthétique d'un disque a autant d'importance pour toi que la musique elle-même ?

J'aime penser ça oui... D'un côté, la musique est vraiment la raison pour laquelle tu achètes un disque. Mais le visuel et le packaging a son importance aussi... Je pense qu'ils peuvent te raconter une bonne partie de l'histoire, comme la musique.

Est-ce que Jeans Wilder est un bon groupe en live ? Quelle est la configuration des concerts ? Quand est-ce que tu viens nous montrer ça en France ?

J'ai fait pas mal de concerts en tournant aux US. C'est toujours un peu "juste" pour moi... jouant des instruments live sur des bouts d'enregistrements... J'ai eu une batteuse pendant quelque temps (Melissa Duenas donc, ndlr), mais je suis en train de monter un vrai groupe pour une tournée en Europe prévue en mars prochain.

img_8483

Peux-tu nous en dire plus sur Jacuzzi Youth ? Worthless Waste ? Daytime Television ? As-tu d'autres side-projects ?

Jacuzzi Youth est un projet chopped and screwed que je fais sur mon temps libre... Disons que je pense tout le temps à Jeans Wilder, alors c'est sympa de faire un break de temps en temps, délaisser le projet un moment en me laissant tenter par autre chose.

Worthless Waste et Daytime Television sont des projets de Jonathan Lockhart, qui en a d'ailleurs un autre se nommant Lambo Doors. Je n'ai rien à voir avec ces groupes... et si j'ai quelques side-projects en cours, il est un peu tôt pour en parler.

Qui sont les amis de Jeans Wilder ? Y a-t-il une scène aux US à laquelle tu te sens appartenir ?

Il se trouve que je suis amis avec des gens que je ne nommerai pas... Leur succès n'est un secret pour personne (lire)... Les gens aiment me taquiner avec ça, c'est bizarre... Comme si je n'étais qu'un trou du cul à cause de mon amitié avec quelqu'un. En tout cas, non, je ne me sens proche d'aucune scène en particulier...

Michael de Ghost Animals m'a déjà demandé de lui envoyer des Gauloises blondes. Qu'aimerais-tu recevoir de français dans ta boîte aux lettres ? Pareil ! J'aimerai bien des cigarettes françaises ! Et pourquoi pas un bonbon français ?

Traduction : Virginie Polanski.


A.P. WITOMSKI l'interview

ap12

J'ai découvert A.P. Witmoski lors d'une chaude soirée d'été. L'air contenait  un doux parfum de fleurs bouillies et la route toute proche n'était plus empruntée depuis des heures. Ce soir-là, pas un brin de vent ne vint rompre le cours silencieux d'une nuit immobile remplie d'un noir enveloppant et un sentiment étrange de solitude absolue me traversa. L'instant se para alors d'une profondeur toute inaccoutumée, moment opportun me direz-vous pour saisir comme il se doit le bonheur fragile d'une plénitude retrouvée. Par hasard, à côté de moi se trouvait Nine Melodies & Other Visions et sa pochette attractive comme un clin d'œil amical approuvant mon envie d'accompagner ce temps soudainement suspendu d'une bande-son idéale... Mais qui se cache donc derrière celui qui fit de ma nuit un paradis ?

Peux-tu décliner ton identité car peu de personnes te connaissent encore ?

J'ai 29 ans, je réside à Grenoble et j'ai sorti cette année un premier album auto-produit qui s'intitule Nine Melodies & Other Visions, suivi récemment d'un nouvel EP Canionical. Je suis aussi docteur en physique.

Quand es-tu tombé dans la marmite musicale et que représente la musique aujourd'hui pour toi ?

Je pratique la musique depuis mon enfance, j'ai démarré assez tôt par le piano classique pendant une dizaine d'années. A l'adolescence, je me suis mis à la guitare et ai débuté dans mes premiers groupes au lycée, au moment où j'ai commencé à me laisser pousser les cheveux... J'ai évolué dans pas mal de formations indie rock ensuite, comme chanteur puis batteur. En fait, je suis un autodidacte un peu touche-à-tout et j'ai toujours été attiré par l'orchestration plus que par la technicité des instruments, c'était déjà le cas quand je jouais du classique.

Comme j'exerce une profession qui m'occupe beaucoup, j'essaye de consacrer le reste de mon temps libre à la musique que ce soit dans ce projet ou dans d'autres formations en gestation que j'ai à côté. C'est un peu comme une deuxième vie pour moi, cadre la journée, artiste la nuit.

Qu'est-ce qui t'a poussé à te lancer ainsi dans l'aventure ?

J'ai vraiment démarré ce projet solo il y a environ un an, j'avais alors rassemblé un tas de compositions dont certaines sont devenues les titres du premier album. Je crois que j'avais tout simplement envie de faire quelque chose de plus personnel. C'est aussi pour ça que ça m'a paru évident de me produire alors sous mon propre nom. Après ces expériences passées en groupe, j'étais arrivé à un point où j'avais l'impression de toujours être en décalage avec ce que j'avais envie de jouer. C'est un exercice compliqué d'évoluer dans un groupe : pour que ça marche, ça demande beaucoup de concessions. La composition à plusieurs devenait problématique, je ne trouvais pas de sens à ce processus créatif trop souvent hasardeux et dilué. Fonctionner seul a d'autres inconvénients, mais c'est vrai que je suis moins dépendant des autres dans la mesure où je maitrise les instruments dont j'ai besoin pour composer.

apwitomski_1Ton nom commence a circuler sur pas mal de blogs influents. C'était une nécessité pour toi de passer par eux pour te faire connaître et les considères-tu comme aussi importants que les médias dits classiques ?

J'écoute beaucoup de musique, je consulte quotidiennement les blogs, les sites spécialisés, en quête de choses innovantes. J'ai découvert dans cette sphère une curiosité, une ouverture d'esprit et surtout des espaces accordés à des artistes émergents comme moi. Quand on connait la difficulté à atteindre les canaux de diffusion classiques sans avoir déjà un nom ou un réseau, ces blogs représentent une véritable opportunité de pouvoir toucher un public très ciblé et surtout ultra sensibilisé au partage instantané de l'information. Je suis d'ailleurs impressionné par la faculté des blogueurs, parfois très jeunes, à ingurgiter et digérer autant de musique, et si vite. Ca peut paraitre épuisant cette course à la perle rare mais c'est juste le reflet de notre société qui va de plus en plus vite. Personnellement, je trouve ça très stimulant. En France, les médias consacrés à la scène indépendante sont encore relativement peu nombreux par rapport aux US. J'ai eu une chronique de mon album dans Magic cet été, c'est une bonne revue, j'en ai été vachement fier. Je pense finalement que tous ces médias sont complémentaires selon la maturité des projets : les blogs constituent un excellent premier tremplin pour diffuser ensuite vers les médias de masse.

Comment vis-tu justement la mutation que subit la musique depuis quelques années, les nouveaux supports, les nouveaux moyens d'écoute, etc... ?

Je trouve ça passionnant de pouvoir découvrir tant de nouveaux artistes, de partager ses découvertes, de diffuser sa musique au monde entier. J'ai appris qu'un de mes titres, Ink Osmosis, était sur une compilation d'un artiste brésilien. J'ai aussi beaucoup d'auditeurs américains, européens ou encore japonais sur last.fm. Ça me procure beaucoup de satisfaction que ma musique voyage. Sans ces moyens d'écoute, il était quasiment impossible il y a encore peu de temps d'imaginer avoir un de ses morceaux joué sur une radio à l'autre bout du monde. Bien sûr, cela signifie aussi qu'il faut maintenant consacrer un temps non négligeable à la gestion d'une multitude de sites, entre myspace, facebook, twitter, bandcamp... C'est à s'y perdre parfois. J'aimerais passer davantage d'énergie à faire plutôt de la musique, mais ça fait partie du jeu, il faut savoir utiliser ces moyens de communication intelligemment pour se faire connaitre.

Quels sont tes thèmes d'écriture favoris et qu'est-ce qui influence le plus ta manière de composer des chansons?

Je puise beaucoup dans mes expériences, mes émotions ou encore mes voyages. Je reviens par exemple du Japon, j'ai absorbé plein d'ambiances, de sonorités exotiques, ça m'a inspiré pour Shin Junk Prototypes. J'ai un style d'écriture plutôt abstrait et je dois avouer que trouver des paroles n'est pas la phase la plus confortable pour moi, ça me demande beaucoup de concentration. Les mélodies et les rythmes me viennent plus facilement. J'ai des thèmes récurrents comme l'enfance, la souffrance, la rédemption. Je pense aussi que mon métier m'influence grandement dans ma musique et vice versa : ce n'est pas toujours évident de trouver l'équilibre entre le rôle qu'on a au travail et celui que l'on endosse comme artiste. Tout ça n'est pas complètement cloisonné, alors parfois un univers déborde un peu dans l'autre. Une grande partie de mon inspiration vient de ce compromis permanent, ce sont vraiment deux facettes complémentaires de ma personnalité.

Comment décrirais-tu ta musique ? Peux-t-on justement la catégoriser tant cette dernière m'apparaît être la rencontre de beaucoup d'influences hétérogènes...?

Les étiquettes sont effectivement toujours réductrices et je ne suis pas forcément le mieux placé pour dire que ma musique est de tel ou tel style. Même si elle s'inscrit résolument dans un esprit pop, j'ai traversé beaucoup de périodes musicales qui continuent de m'influencer. Mon adolescence plutôt rock, néo-métal pendant un temps, j'ai même eu un projet electronica au début des années 2000, je faisais des trucs dans le style Boards of Canada. Je reviens d'ailleurs un peu sur des sonorités plus synthétiques sur mes derniers morceaux. Les chroniques présentent souvent mes chansons comme une invitation au voyage, le genre de choses que tu aimes écouter en regardant le paysage défiler, un paysage chaotique parfois.

Tu réalises, il me semble, les artworks de tes disques ? C'est la musique qui inspire ton travail plastique ou l'inverse ?

Je n'ai pas vraiment de processus créatif préétabli. Pour Nine mélodies & Other Visions, ce sont des peintures que j'ai réalisées sur une période de deux-trois ans, par la suite j'ai trouvé que l'univers musical et visuel formait un tout et il m'a semblé évident de les rassembler dans l'album. Il est vrai qu'avec les nouveaux supports, on perd un peu la magie de la pochette et du livret, mais j'essaye maintenant de davantage travailler sur mes clips, comme pour Traumatrope. Quand j'ai écrit cette chanson, je voulais parler de la persistance des émotions et de certaines images parfois traumatisantes que tu gardes gravées longtemps dans la tête. Là, je suis parti de la musique, des paroles et j'ai tourné assez rapidement le clip en une prise travelling depuis ma voiture, j'ai ensuite retravaillé l'image pour lui donner un aspect un peu mystique. On n'échappe pas à ses démons.

Cherches-tu un label et quel serait selon toi celui qui correspondrait le mieux à ce que tu fais ?

Je serais bien sûr très content que ma musique intéresse un label. J'aime bien ce qui sort du côté de Lefse, Jagjaguwar, Secretly Canadian, Warp ou encore 4AD. Mais il existe aussi sûrement des labels qui pourraient correspondre à ce que je fais et que je ne connais pas encore, y compris en France...

apwitomski_2Je n'ai pas l'impression que tu fasses énormément de concerts. Cherches-tu à développer une démarche scénique ou souhaites tu rester simplement une "Françoise Hardy" ?

Je travaille actuellement sur un set live, il y a un gros boulot d'adaptation des morceaux avec les musiciens qui m'accompagneront, car j'ai vraiment envie de tourner avec un groupe après cette longue période en solo. Il me tarde de jouer ces chansons devant un public. Je pense aussi que les visuels de l'album prendront toute leur ampleur sur scène. Une de mes appréhensions, c'est d'ennuyer les gens. Aujourd'hui, à moins d'avoir un set complètement barré ou d'être un showman hors du commun, ça devient vraiment difficile de capter l'attention pendant une heure et demi : on est devenu tellement habitués à voir des mecs sur scène en train de jouer qu'il faut redoubler de créativité pour rendre les choses un peu surprenantes. Les meilleurs concerts que j'ai vus sont ceux qui avaient une mise en scène vraiment travaillée. Je vois le live un peu comme un réalisateur ou un chorégraphe le considèreraient, il ne suffit pas de se pointer avec son micro et ses chansons, on a un rôle à jouer, un scénario à faire vivre.

Des disques qui t'ont particulièrement marqués ces dernières années ?

Récemment les groupes qui tournaient sur mon iPod étaient surtout Small Black, Bear In Heaven, PVTZola JesusWhy?, Yeasayer, Moderat, Deerhunter, Beach House. J'aime bien les trucs pop mais qui sonnent plutôt dark ou mélancoliques. Ca doit être un résidu des groupes qui ont forgés mes goûts musicaux dont Depeche Mode est l'un des piliers.

Quel est ton plus grand rêve ?

Il se trouve que j'ai assisté à la soirée Dark Was The Night l'année dernière au Radio City Hall à New-York. Une initiative des frères Dessner de The National pour récolter des fonds pour la lutte contre le sida. Il y avait des groupes géniaux et une super ambiance. Ca serait vraiment ultime de pouvoir espérer travailler avec des musiciens et des producteurs aussi brillants un jour.

Une actualité à nous dévoiler ?

Je viens de sortir une reprise de Mayonaise des Smashing Pumpkins dans une version plus synthpop. J'en suis assez content, parce que je l'ai faite en deux jours, à la demande express d'une blogueuse texane qui faisait une compil de reprises 90's par divers artistes. On y retrouve Coma Cinema et Kiss Kiss Fantastic entre autres. J'avais quelque jours off, ça tombait bien et ça m'a amusé de le faire.

Je te laisse le mot de la fin...

Restez curieux et je vous dis à bientôt sur scène.

photos©Christophe Levet

Audio

Vidéos