Gil Scott-Heron - I'm New Here

gill-scott-heron-im-new-hereEn 2009, le label Light in the Attic rééditait Cold Fact et redonnait une seconde vie à la carrière musicale de Sixto Rodriguez qui, quarante ans plus tard, nous donna une leçon de modestie et d'humilité lors de son passage à Paris. C'est un autre grand homme en 2010 que le label XL Recordings ressuscite en produisant I'm New Here, le disque de la rédemption de Gil Scott-Heron. On sent qu'il revient de loin, cet album en dit long sur la descente aux enfers du père du spoken word : ses problèmes liés à la drogue l'ont conduit en prison en 2001, il en sort en 2002 mais l'homme est usé. En revanche sa voix rocailleuse est toujours intacte, un peu plus grave, comme ce disque sombre et intense. Notre attention se porte sur cette voix qui semble porter un témoignage, trente minutes traversées par des interludes comme des messages que GSH laisserait sur son répondeur, se parlant à lui-même et à nous indirectement, la reprise de Bill Callahan, Smog, I'm New Here et I'll Take Care of You avec Damon Albarn au piano sont les seuls titres où il chante. Il y a pour moi une perte d'intérêt sur le reste du disque car je ne comprends pas assez bien l'anglais pour saisir les mots que prononcent GSH. Pourtant, le magnétisme de cette voix posée me plaque à quelques centimètres de son visage anguleux, l'ambiance sonore très noire forme une voûte en pierres ou l'on s'enfonce, attiré par le fond de ses cordes vocales. J'aimerais trouver un recueil des textes de GSH, je prendrais plaisir à savourer cette poésie et j'entendrais encore sa musique, sa voix. J'espère qu'un jour, on verra une adaptation de la vie de ce génie à l'écran tant son engagement artistique est fort : il a traversé les années les plus dures de l'Amérique, il a toujours eu un discours fort envers la politique des Etats-Unis. Il est décrit par le gouvernement comme le musicien vivant le plus dangereux. C'est au New Morning que j'ai pu applaudir cet homme affaibli par le poids de la vie qui n'a aujourd'hui plus rien à prouver à personne, toujours accompagné des musiciens qui ont joué sur ses albums : Brian Jackson, Hubert Laws, ou Ron Carter. Comment décrire la jubilation d'entendre en live The Bottle ou The Revolution Will Not Be Televised, deux hymnes de liberté d'une oeuvre qui n'aura de cesse d'inspirer les générations futures. Le label anglais Soul Brother Records vient de rééditer deux albums, It's you World et Real Eyes, Jamie des XX a remixé l'album chroniqué ici, et voici un premier extrait de We're New Here, qui sortira en février prochain.

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Tracklist

Gil Scott-Heron - I'm New Here (Beggars Banquet, 2010)

1. On Coming from a Broken Home (Pt. 1)
2. Me and the Devil
3. I'm New Here
4. Your Soul and Mine
5. Parents (Interlude)
6. I'll Take Care of You
7. Being Blessed (Interlude)
8. Where Did the Night Go
9. I Was Guided (Interlude)
10. New York is Killing Me
11. Certain Things (Interlude)
12. Running
13. The Crutch
14. I've Been Me (Interlude)
15. On Coming from a Broken Home (Pt. 2)


Tamaryn – The Waves

tamaryn-the-wavesAlors que l'année dernière je faisais flamber mon sapin en me servant de l'album de Delphic comme soufflet, cette année, un peu moins revêche, je glisserai sous mon conifère nouvellement décoré l'excellent premier opus de Tamaryn. Passé inaperçu lors de sa sortie, voici venue l'occasion de redécouvrir ou de faire découvrir l'une des plus savoureuses révélations musicales de ce cru 2010. Nous nous étions pourtant déjà penchés sur le cas du duo à l'occasion de sa venue pour un Super ! concert à la Flèche d'Or. Y étais-tu cher lecteur ? Et toi ? Je ne t'y ai pourtant pas vu ! Quelle erreur regrettable.
Débutée il y a deux ans grâce à la sortie de leur premier EP, Led Ashtray, Washed Ashore, la carrière de la jeune chanteuse Tamaryn Brown et du guitariste/producteur Rex John Shelverton prend son envol avec grâce et révèle la voix de la prima donna néo-zélandaise. La musique à la fois séraphine et stridente fait écho à la dream-pop de Mazzy Star et au shoegazing de My Bloody Valentine. On a vu pire comme références. Exilé à San Francisco, le duo vaporise à travers The Waves de sombres mélodies empruntes de psychédélisme et de chamanisme. Mais la force de Tamaryn vient justement de la confrontation du timbre langoureux de la chanteuse et des sonorités très noisy des instruments à cordes, rappelant le claquement des vagues sur le récif, coupant comme des lames de rasoir. Des titres comme Love Fade résonnent à l'oreille comme des chants de sirènes cherchant à nous emporter au loin tandis que The Waves fait vibrer en nous le souvenir de milliers de sentiments déchirés. Chaque chanson de Tamaryn se reflète dans des œuvres qui auront bercé notre post-adolescence avec nostalgie, rappelant la mélancolie lyrique des artistes de 4AD et les complaintes planantes de Ride ou Slowdive.
Un album opiacé à savourer entre les huîtres et le foie gras, mais assez hypnotisant pour vous faire oublier le reste du repas.  Cette berceuse de Tamaryn est une balade sur des mers agitées, vous emportant délicieusement au loin, sans espoir de retour.  The Waves est tout simplement l'étrenne parfaite pour ceux qui n'aiment pas les fêtes de fin d'année, en plus de figurer au palmarès des hits de cette annuitée passée.

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Tamaryn - Love Fade

Tracklist

Tamaryn - The Waves (Mexican Summer, 2010)

1. The Waves
2. Choirs of Winter
3. Love Fade
4. Haze Interior
5. Sandstone
6. Coral Flower
7. Dawning
8. Cascades
9. Mild Confusion


Deerhunter - Halcyon Digest

deerhunter-halcyon-digestÇa y est : 2011 est presque là. Et, avant son arrivée, la ronde des cadeaux de fin d'année. Alors que, de 2007 à 2009,  la malchance vous avait chargé d'offrir tour à tour un coffret d'eau de toilette, une écharpe et un livre de cuisine à tante Micheline, l'heureuse élue à trois reprises du tirage au sort familial de Noël, cette année, vous n'en croyez pas vos yeux, vous allez pouvoir faire plaisir à Michaël. Il est sympa Michaël, le nouveau copain de la cousine Bérangère. Il s'intéresse en dilettante à vos DVD, à vos livres et à la musique de fond qui (n') anime (pas) vos soirées familiales quand la voix des autres invités couvrent les dernières amours sonores compilées par vos soins pour l'occasion. Alors, en amateur de musique que vous êtes, vous allez lui dire merci à Michaël en lui offrant un des plus beaux albums de l'année.
Halcyon Digest peut prétendre à ce titre. Il est non seulement à votre sens une réussite majeure du groupe Deerhunter mais il est également un album efficace et admirable qui clôt divinement la décennie pop/rock (car une décennie c'est bien dix années entières) inaugurée par le Is this it de The Strokes en 2001. Halcyon Digest est une œuvre séduisante qui a en outre le double mérite, pour les nouveaux disciples potentiels de Deerhunter, d'être à la fois accessible et d'attiser la curiosité autour du mystère Bradford Cox. Non pas celui du syndrome de Marfan dont vous vous foutez royalement mais celui qui ouvre la voie vers les divines contrées sonores explorées par l'autre projet du leader de Deerhunter, Atlas Sound. Car si Halcyon Digest est un recueil de pop immédiate plutôt classique, il contient aussi des morceaux à la beauté moins évidente qui happeront l'auditeur en traître et le mèneront au logos. En ce sens, cet album est une réussite en tous points et le cadeau de Noël idéal. Ainsi, l'auditeur novice ne sera sans doute secoué que progressivement par le doux séisme des cinq premières minutes atmosphériques qui constituent Earthquake ou par la bombe à retardement de Sailing ou par la chanson He Would Have Laughed, aussi belle qu'une balle. En revanche, comme la plupart des ingrédients de l'opus se trouvent dans une pop diligente, Don't Cry, Revival, Memory Boy, Desire Lines ou Helicopter le raviront dès la première seconde.
Peu importe si cette année encore pour Noël, vous recevez un livre d'Amélie Nothomb car, c'est sûr, vous ferez mouche ! Les paroles « Walking free, come with me, far away, everyday » du grand corps malade remplaceront divin enfant, hautbois et musettes et résonneront dans la tête de Michaël pour tous les noëls de la décennie à venir.

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Derhunter - Desire Lines

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Tracklist

Deerhunter - Halcyon Digest (4AD, 2010)

1. Earthquake
2. Don't Cry
3. Revival
4. Sailing
5. Memory Boy
6. Desire Lines
7. Fountain Stairs
8. Coronado
9. He Would Have Laughed


d'Eon - Kill a Man With a Joystick In Your Hand

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Que celui qui ne regarde pas le résultat de ses "confections" journalières et s'interroge sur celles-ci me jette la première pierre. Je vous l'accorde et n'en déplaise à Wim Delvoye, la chose ainsi appréhendée ne produira vraisemblablement aucune forme d'émotion esthétique mais cette posture, aussi prosaïque qu'elle soit, a au moins le mérite de nous mettre face à un objet improbable de pensée. Je vous préviens de suite, l'analogie est rude, mais de la même manière l'absence de bon goût dans les productions des vidéastes anti-MTV du collectif/label Olde English Spelling Bee n'empêche en rien la production de sens. Au contraire, le détournement des images ainsi pillées sur archive.org pour réaliser le clip du titre - au passage remarquable - Kill a Man With a Joystick In Your Hand du Canadien un peu fou dingue d'Eon, nous permet tout autant de nous interroger sur notre rapport à la guerre, la violence et au monde que les sémillantes photographies croisées ici ou cette année.

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On y était - Wavves au Point Ephémère / The Strange Boys à la Flèche d'Or

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Wavves, Le Point Ephémère, Paris, 22 novembre 2010
The Strange Boys, La Flèche d'Or, Paris, 29 novembre 2010

Sortir un lundi soir pourrait refléter une volonté masochiste de commencer la semaine sur les rotules et de la terminer sur les fémurs, mais relève bien plus souvent d'un fanatisme aigu. Deux ou trois fois que je rate les Strange Boys à Paris, et plusieurs mois que j'attends Wavves - alors lundi ou pas, semaine chargée ou pas, fin de week end difficile ou pas, rendez-vous au Pôle Emploi le lendemain matin à 9h ou pas, je ne manquerai pas à l'appel, et tant pis si mes collègues devront supporter ma tête de raton-laveur pendant les quatre prochains jours.

Le 22 pourtant, prise d'une crise de flemmingite aiguë (je veux dire, pourquoi traverser Paris pour aller voir trois branleurs s'égosiller dans un micro, hein), je traîne et ne parvient à rallier le Point Ephémère qu'au moment propice où il est déjà rempli à ras-bord. Du coup, je serais bien incapable de vous parler de la moitié de première partie que j'ai vue (les Smith Westerns, qui ont l'air fort sympathiques - de loin), occupée que j'étais à tenter désespérément de me faire remarquer par cette barwoman qui avait l'air bien décidée à m'ignorer (j'en profite pour vous dire que la technique du regard agacé est totalement inefficace dans le noir). Le gosier trop desséché pour ouvrir mes écoutilles, j'attends distraitement que le trio de Chicago cède sa place aux Californiens. Fort naïvement, je profite du changement de plateau pour aller m'installer confortablement au beau milieu du deuxième rang - quelle vue magnifique j'aurais d'ici pour mes photos ! Haha. Petite inconsciente. J'avais juste oublié qu'à groupe de petits cons, public de petits cons. Au bout de trois secondes, prise dans un pogo ultra-violent (si, je vous jure), je renonce et tente de m'extirper de la masse sautillante. Et là, bim, un coude perdu et je me prends mon objectif dans le menton. Mon dieu, je saigne, je suis à deux doigts de la mort. Pendant qu'un deuxième appendice bleu et fort seyant me pousse sous le premier, je trouve un coin tranquille d'où je vais pouvoir profiter du concert et tenter d'en tirer deux mots à vous dire. Je crois que mon avis sera aussi fulgurant que la prestation : les morceaux de Wavves sont faits pour être vécus en live, trois centimètres au-dessus du sol et la bave aux lèvres. C'est jouissif, électrique et désinvolte, et ça ne s'intellectualise pas. Nathan, Stephen et Billy passent peut-être leur vie à fumer de l'herbe en jouant à la GameBoy, et dans une autre vie ils seraient sans doute serveurs dans un quelconque fast-food, mais la fée du punk lo-fi s'est penchée sur leurs berceaux et dieu merci, ils n'ont pas décidé de garder ça pour eux.

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Une semaine plus tard, on est encore et toujours lundi, sauf qu'il fait plus froid et que mes tympans ont laissé la vie au concert des Swans la veille. Mais ce n'est pas parce que je suis à moitié sourde que je vais passer mon tour, et puis je sais lire sur les lèvres. Une fois arrivée, je constate que voir les Strange Boys, ça se mérite : ce n'est non pas une, non pas deux, mais bien trois premières parties que la Flèche d'Or a prévues ce soir. Cette dernière a du goût, fort heureusement, et l'attente ne sera pas trop longue. Après Minor Sailor et ses pop songs délicates, Tamaryn plombe l'ambiance avec son "synth-folk-goth" (ça ne s'invente pas) noyé dans la réverb'. Intéressant, mais l'ensemble serait sans doute plus convaincant si la voix de la gravure de mode qui sert de chanteuse n'était pas si embourbée sous les couches d'électricité envoyées par un guitariste qui, physiquement, pourrait bien être le fils illégitime de Peter Hayes et Nicola Sirkis. Pour alléger cette introduction, Baths, sorte de Bisounours épileptique, est propulsé sur la scène avec sa pop électronique sous le bras. Souriant et "really really gay" (sic), le bougre redonne le sourire à toute la salle, qu'il gratifie allègrement de petits coeurs avec ses mains. Enfin, le rideau se ferme à regret et on devine qu'une bande de Texans est en train de s'installer derrière. The Strange Boys donnent ce soir leur dernier concert de 2010 à l'issue d'une tournée de plus de deux cents dates. Malgré tout, on ne les sent pas fatigués et encore moins lassés. L'ambiance est à la rigolade et au dialogue avec un public plus que content de les (re)voir. Au bout de deux ou trois titres, on est transporté loin d'ici, dans un vieux rade sur lequel il n'a jamais neigé et où il n'y a plus que le blues et les potes qui comptent. Tout le monde danse et entonne les refrains en chœur avec Ryan Sambol, sorte de Pete Doherty en plus frais, tandis que Jenna et son saxo (le sosie de Lisa Simpson, non ? ça m'a fait rigoler pendant tout le concert) arrondissent les angles à coups de solos bien sentis. Peu importe la batterie qui part en pièces détachées, le groupe enchaîne les titres avec détachement et professionnalisme. Tout a l'air à la fois improvisé et minutieusement répété : il suffit que quelqu'un dans le public réclame un morceau pour que les Strange Boys s'exécutent, mais avec tellement de naturel et de perfection que c'est comme si ledit morceau avait toujours été à cet endroit sur la setlist. Après une heure et demi de réjouissances, le groupe se voit contraint de quitter la fête, mais on ne doute pas qu'il reviendront.

A l'heure où j'écris ces lignes, on est encore lundi, et je cherche comment occuper ma soirée aussi bien que ces deux dernières semaines. Je cherche un groupe aussi furieux que Wavves ou aussi sincère que les Strange Boys, et par-dessus tout j'essaye de trouver une musique qui se partage. Car c'est bien de ça dont il était question : qu'il s'agisse d'un pogo béat accordé aux mouvements de la crête de Stephen Pope ou d'une interjection joviale à Ryan Sambol, ces lundis-là, tous les cœurs étaient sur la même longueur d'onde.

Lire la chronique de Wavves - King of the Beach
Lire la chronique de The Strange Boys - Be Brave

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On y était - FM Belfast à La Machine

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J'ai toujours de la méfiance face à des groupes précédés d'une réputation scénique flatteuse. FM Belfast fait partie de ceux-là. Hé bien, je suis un con. Ces Islandais sont tout simplement jouissifs. Les bruits venus des festivals cet été ne se trompaient pas. En live, FM Belfast est un volcan en ébullition - pardon - qui finit ses concerts en caleçon. Hartzine a mis sa combinaison ignifugée pour les suivre en coulisses et sur la scène de la Machine du Moulin Rouge... Extraits.

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Ceo – White Magic

ceo1Ce qu'il y a de bien lorsque vous faites ami-ami avec certains labels, artistes, distributeurs, etc... c'est que vous vous évitez la pénibilité de lever votre cul de votre fauteuil pour aller farfouiller les bacs, puisque les disques arrivent directement dans votre boîte aux lettres. Et par cette saison, ce n'est pas un luxe, car l'excuse est toujours bonne pour pantoufler chez soi. Le hic, c'est quand votre boîte déborde, que le concierge râle parce que les colis traînent partout, que le facteur vous réveille à 11 heures du mat' parce qu'il n'y a plus de place pour glisser le courrier, etc... Vous en êtes finalement à votre sept cent douze millième album de la semaine à chroniquer, et rien que l'idée d'en glisser un seul dans votre chaine hi-fi vous semble un supplice insurmontable. Bref, vous êtes devenu fainéant ! A ce titre la chronique de l'album de Ceo me paraissait douloureuse. Je regardai l'objet passer maintes fois entre mes mains avec curiosité sans daigner y prêter plus d'intérêt. Le disque avait beau me faire de l'œil depuis le rayon import des disquaires, rien n'y fit, pas même les recommandations élogieuses proférées par mes collègues. Pourtant, la diffusion du single Come With Me durant l'entracte d'un concert aiguisa mon intérêt et m'obligea à céder devant ce nouvel ovni venu du froid.

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Ne vous méprenez pas, car la première chose qui m'a attiré dans cet extrait de White Magic est la ressemblance vocale d'Eric Berglund avec un certain Richard Sanderson. Comment ? Cela ne vous dit rien ? Vous n'avez pas dû faire beaucoup de boums dans les années 80 je pense. Pourtant,  après deux ou trois écoutes, le titre devient plus que fort sympathique. La rythmique entêtante enroulée autour d'un sample répétitif fini par vous obséder jusqu'à ne plus vous lâcher. On ne savait pas les druides nordiques aussi festifs. Le co-fondateur de Tough Alliance, mais surtout du label Sincerly Yours (JJ, Memory Tapes, Air France...) se dévoile à travers quelques perles ésotériques cherchant parfois bêtement à défoncer les portes du clubbing (Illuminata). On préfèrera quand celui-ci renonce à la mélodie pure pour céder au chaos incantatoire de White Magic, la voix bercée par une cavalcade de percussions et de nappes aquatiques, Ceo invite alors la nature au centre de sa cabale. Difficile de ne pas penser à l'écurie animalière la plus célèbre de Brooklyn à l'écoute de la moitié de l'album, écoutez bien Love and Do What You Will. On peut également sans trop prendre de risque lire l'influence du plus grand pop band anglais dans le songwrting et l'harmonisation des compositions de Ceo. Si vous cherchiez le sens du titre de cet album, vous le découvrirez dans la discographie des Beatles. Oh God, Oh Dear et Love and Do What You Will n'en sont-ils pas les hommages les plus parfaits ?  Mais loin d'être un copycat, l'artiste manie le verbe et l'instrumentalisation avec une impériale maestria, se jouant des clichés avec style pour mieux imposer une esthétique propre, aussi insalissable que péchue. Un très court opus de seulement neuf tracks, cloisonné par deux morceaux plus baroques (All Around, Den Blomsterid Nu Kommer), traçant le cercle divin autour duquel l'artiste invite l'auditeur à s'exalter.

White Magic est indéniablement l'une des grosses surprises de 2010 à voir le jour en 2011. En effet, si l'album est disponible depuis quelques mois sur les plateformes de téléchargement légal et en import, il ne sera distribué officiellement chez nous qu'en début d'année.  Donc les impatients savent quoi faire, les autres patienteront. En attendant, allez faire un petit tour sur le site de ce sorcier du dancefloor, ça vaut le détour. 50% bizarre, 50% occulte, 100% krisprolls. Ils sont fous, ces Suédois.

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Tracklist

Ceo – White Magic (Sincerely Yours, Modular, Discograph, 2010)

1. All Around
2. Illuminata
3. Love and Do What You Will
4. White Magic
5. Oh God, Oh Dear
6. No Mercy
7. Come With Me
8. Den Blomstertid Nu Kommer


On y était - Midi Festival Hiver

midi4Midi Festival, vendredi 10 et samedi 11 décembre 2010, Toulon.

Jour 1 : Still Corners, Darkstar & Young Marble Giants

On arrive là où le vent est trop fort. Gare Saint-Charles. Grise mais parcellée de lumières, elle est un couloir qui appelle les chansons. Le MIDI est encore à quelques encablures mais on rêve un peu déjà. Le train n'est pas un tape-cul, il défile lentement pourtant. On sort des quartiers aux immeubles roses sales immenses, quelques décharges aux multitudes de rouilles vocifèrent près des collines. Wire puis The Beach Boys dans les écouteurs, on regarde les vieilles usines qui défilent, les habitations ouvrières, les motels aux enseignes édentées. Très vite, après quelques ruines, l'épaisse campagne, les bouts de mer, la Madrague. Au loin la Ciotat puis Bandol et sa petite plage amoureuse. Les villas blanches et ocres entourées des lourds pins maritimes. Toulon s'amène vite. Il n'y a qu'à descendre illico presto de la gare pour débouler vers le carré massif. L'opéra donc. Et ce soir, Still Corners, Darkstar et Young Marble Giants vont épancher leur musique vers des balcons à l'italienne. L'endroit offre une classe et une dignité certaines. Le froid lui, offre au ciel un bleu Klein. Quelques fumeurs s'époumonent avant de rentrer. Il y a gentiment du monde. En entrant dans cette salle immense fondue de noir, on est impressionné, comme il faut.

midi-stillStill Corners lentement évapore sa musique en ombres chinoises, seule la flammèche blonde de la chevelure de la chanteuse brille dans l'ombre. Le combo anglais tisse des toiles musicales émouvantes, on y retrouve un peu de Slowdive, Mazzy Star ou Blonde Redhead notamment sur Endless Summer. L'apparat romantique est parfait. Les guitares fiévreuses vont toucher le plafond en fabuleux artifices. Jolie réussite. Puis toutes nos bières doivent s'évacuer : on va aux pissotières à la Stark siffloter les romances de Still Corners. Bon, enchaînons sur Darkstar. Trois types, trois synthétiseurs - niveau scénique, c'est du Beckett. L'apparente sobriété est vite rattrapée par un chanteur - James Buttery - qui se roule dans l'excès, l'ultra théâtralisation de chaque mèche de cheveux rejetés en arrière nous refile un large sourire. C'est amusant. Partenaires Particuliers croisant Yeasayer circa Odd Blood. On ne sait si on doit rire ou aimer, bref, on va chercher de quoi boire. Mais ces resucées de Human League colleront tout de même au palais. Bien. La première soirée se termine avec Young Marble Giants (lire). Quel putain d'amour on a eu pour ce seul opus - Colossal Youth. C'est dire les oreilles de noceurs qu'on pouvait avoir... et puis on était bien, juste ivre pour s'oublier. La gentille troupe n'a pourtant rien donné. Les chansons étaient là, bien effectuées. Rien à dire et c'est bien terrible, oui, rien à dire et un peu ennuyeux. On se force à l'enthousiasme mais apparemment rien n'y fait. On participe aux rappels, on joue le jeu - clap, clap, clap - pourtant on sait que l'on va bien vite oublier pareille prestation. Le reste de la nuit s'effectuera dans un minuscule bar aux bières tchèques. Plus tard, en marchant près du port, bien bourré, on pouvait voir l'ombre méchante d'un cuirassé. Les nuits d'hiver sont trop longues.

Jour 2 : Summer Camp, Marnie Stern, Yussuf Jerusalem

L'alcool donne ses colères rythmiques. Le mieux c'est de se lever tôt, de longer la côte en voiture, d'aller sur une petite plage appelée le Monaco. La Méditerranée est rudement belle avec des yeux entourés de cernes. C'est donc requinqué que l'on se rend le soir au Théâtre des Variétés. On débute avec Summer Camp. Projection de photos de famille kitsch + un duo. Le show se révèle efficace. On gigote dans la salle, la chanteuse joue les Sarah Bernard. Pathos rutilant qui convole avec des ambiances Eurovision - on n'est pas loin des soirées sur les croisières Costa. Jeremy Warmsley est artistiquement laid, quel talent ! Les petits Anglais terminent leur rafraîchissante prestation avec Round the Moon. On applaudit à tout rompre. Les gens semblent ravis et s'offrent des verres entre eux. C'est beau les amitiés furtives. Enfin, on ne la voit pas arriver. Elle est petite. Sa longue chevelure d'adolescente la rajeunit grave. Le bassiste est un ours. Le batteur a perdu un pari et se retrouve avec des tatouages ridicules.

midi-2Mais Marnie Stern est là et va envoyer la foudre. On se souvient des morceaux dépuceleurs de Terraform de Shellac et bien, là, c'est devant nous. Cela soulève le slip sévère. Rythmique martiale et syncopée. Basse en acier, lourde et épique. Elle, elle pousse des cris insensés, son jeu de guitare est virtuose, l'énergie dégagée est précieuse. On se régale. On est amoureux. C'est le cœur de la soirée. Nos oreilles fondent sous des sauvageries à la Unwound ou Fugazi. Les trois personnages discutent, ont le sens de l'humour. C'est d'un paganisme jouissif ! Sueur, alcool, semence, rock. C'est excellent comme une bonne nuit de baise. Vraiment, courez voir ce combo s'il passe près de chez vous. Parfait. Après pareille dévastation, on plaint les suivants. Mais les Yussuf Jerusalem donneront à cette soirée une véritable cohésion. Leur set énergique et tendu offre les miroirs fracassés du MC5 et des Seeds. Une voix granuleuse, un son crasseux et agressif. On apprécie encore plus nos bières, on regarde d'autant plus les jolies femmes. Parfois on pense aux autres drogués de Pretty Things - un truc à choper la chaude pisse quoi. Puis il cause Gilles de Rais le Yussuf et ce groupe n'est pas loin de nous refourguer des messes noires. C'est donc dans des vapeurs dignes du 13th Floor Elevators que l'on quitte la salle, que l'on va se perdre dans les rues toulonnaises, que l'on va cuver toute cette musique et tout cet alcool. A l'aube, on croisera le fantôme d'Elvis Costello. Ah ! les promesses de l'aube ....

Crédits photos : Cécilia Montesinos


Cloud Nothings Remix

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Le monde est injuste et c'est parfois mieux ainsi. On peut donc avoir dix-huit printemps, s'appeler Dylan Baldi, éclabousser l'année d'une cascade de pop-songs irrésistibles avec son groupe, Cloud Nothings (lire), se faire attendre au tournant dès le 24 janvier de l'année suivante sur Carpark Records et se faire remixer à foison et pas par n'importe qui : les délurés canadiens de Gobble Gobble (lire), le duo d'esthètes Memoryhouse et l'experimentaliste électronicien Truman Peyote de la belle et grande FMLY (bientôt à l'honneur dans ces pages). Vous voulez vraiment savoir ce que je fabriquais le jour de ma divine majorité ?

Audio

Cloud Nothings - Morgan (Truman Peyote Remix)
Cloud Nothings - Morgan (GOBBLE GOBBLE's Nimbus Shamble)
Cloud Nothings - Hey Cool Kid (Memoryhouse Remix)


Coma Cinema - L'interview

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C'est écrit en tout petit dans le bas du contrat : quand on décide de dédier tout ou partie de ses jours à la chronique musicale, on s'expose également à quelque déception. On accepte indirectement la possibilité de se voir couper dans son élan, de se voir refuser quelque requête qui nous tient à cœur ou d'attirer l'indifférence ou les critiques d'aucuns. Pire encore, à l'instar de Bill Pritchard qui, après son entretien avec son idole Françoise Hardy, avait indiqué au verso de l'album Parce que « If you get the chance, destroy your myths by meeting them », la rencontre virtuelle ou non avec l'artiste peut également détruire l'admiration qu'on lui vouait jusqu'alors. Heureusement, il y a aussi les entretiens qui nous surprennent ou qui nous enchantent tout simplement comme celui-ci. Ainsi, quelques semaines avant la sortie du très attendu Blue Suicide, Mat Cothran (Coma Cinema) répond aux questions d'Hartzine. Avec humilité et sincérité. Et plus rien ne sera jamais comme avant.

Coma Cinema l'interview

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Qui es-tu Mat Cothran ?
Who are you Mat Cothran?

Je suis un homme qui joue de la musique et qui chante des chansons.

I'm a human boy that plays instruments and sings songs

Quel a été ton parcours avant Coma Cinema ?
What did you do before Coma Cinema?

Je n'ai pratiquement aucun souvenir de ce que je faisais de mon temps libre avant le début de Coma Cinema. J'étais plutôt jeune (15 ans) donc avant cela je passais beaucoup de temps à écouter les CD de mes parents.

I have almost no recollection of what my free time consisted of before Coma Cinema started. I was pretty young (15) so before that I spent a lot of time listening to my parents CDs.

Quelle vision as-tu de cette profession ? Est-il possible d'en vivre selon toi plus facilement ou plus difficilement qu'avant ?
How do you perceive this profession? In your opinion, is it easier or harder to live on it than before?

En fait, je ne considère pas du tout la musique comme une profession. Jamais un enregistrement ne m'a rapporté d'argent, ce qui me convient parfaitement. Il était sans doute plus facile de vendre un disque avant l'accès gratuit à la musique sur le net, mais je préfère la gratuité. L'argent détruit l'esprit et tue les vraies valeurs de l'art.

Well I certainly don't see it as a profession. I've never earned any money from a recording, which is fine by me. I feel like you probably had a better chance to sell a record before the internet made music free, but I like free better. Money destroys the spirit and kills real value in something like art.

Pourquoi tes morceaux sont-ils si courts ? Est-ce une volonté de ta part ?
Why are your tracks so short? Did you do it on purpose?

Sur le premier album, si les morceaux sont si courts c'est parce que je ne savais pas encore comment étoffer musicalement une idée. Mais ils sont de plus en plus longs ! Sur le nouvel album, il y a une chanson de plus de quatre minutes, et j'apprends à être patient et à laisser traîner mes idées quelque temps pour mieux leur donner corps. Ceci dit, j'aime les chansons courtes, ce n'est jamais une bonne idée d'allonger une chanson lorsqu'une minute ou deux suffisent à véhiculer l'idée.

On the first record most of the tracks are so short because I still hadn't learn how to really flesh out an idea musically. They're getting progressively longer though. The new album has a song that's over four minutes, and I'm learning to be patient with my ideas and give them time to hang out awhile. I do love short songs though, it's never a good idea to lengthen a song if the idea is small enough to be conveyed in a minute or two.

Penses-tu à l'interprétation « live » lorsque tu crées une chanson ? Aimes-tu interpréter tes morceaux sur scène ?
When you create a song, do you think about how you're going to sing it on stage? Do you enjoy performing your songs?

Je ne pense pas à l'interprétation avant d'y être forcé. Je n'ai jamais eu de groupe très assidu et le va-et-vient incessant fait que je n'ai pas de base solide sur laquelle m'appuyer pour la scène. J'adore interpréter mes chansons devant des gens et il y a un côté de l'interprétation que je n'arriverai jamais à reproduire en studio. Nos concerts sont très énergiques et laissent beaucoup de place à l'improvisation, alors que les enregistrements sont un peu plus calmes et définitivement structurés.

I don't even consider performance until I have to. I've never had a very dedicated band and people are coming and going all the time so there's never a good foundation to build on for a performance. I do love to play the songs for people and I feel like there's a nature to that I'll never be able to replicate in a studio. There's a lot of energy in our shows and a lot of improvisation, while the recordings are a little more subdued and definitively structured.

Blue Suicide est plus « cohérent » que tes deux précédents albums : les morceaux s'imbriquent parfaitement les uns aux autres. C'est une volonté ? Si oui, pourquoi en avoir répandu son contenu sur le net au fur et à mesure ? ?
Blue Suicide seems more "consistent" than your two previous albums: the songs fit perfectly into each other. Is it a will? In that case, why have you spread its content little by little on the net?

Je pense que mon état mental était bien plus stable pour cet album que pour les deux premiers. J'ai essayé de faire attention à la manière dont les chansons s'écoulaient dans leur ensemble et de faire un truc qui ne s'affaisse pas en plein milieu comme c'est souvent le cas (même pour des albums que j'adore). Pour moi, répandre mes chansons sur le net au fur et à mesure était juste une façon amusante de permettre aux gens de les entendre. C'est chouette d'être en attente et c'est toujours cool d'écouter un single et de découvrir plus tard comment il s'intègre dans la représentation plus complète de l'album.

I feel like I was in a much more stable place mentally when I was making this record than I was making the first two. I tried to pay attention to how the songs flowed as a whole and make something that didn't get dull in the middle like so many records do (even records I'm really fond of). I think spreading it little by little is just a fun way to let people hear it. It's nice to have things to look forward to and it's always cool when you hear a record's singles and then later get to hear how they fit into the larger picture of the album.


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Her Sinking Sun est la meilleure chanson de 2010 pour moi... Comment l'as‑tu conçue ? Est-ce toujours le même schéma de composition pour les autres morceaux ?
According to me, "Her Sinking Sun" is the best song of the year 2010... How did you conceive of that song? Do you always use the same writing structure for all the songs?

C'est très gentil de ta part. Bizarrement, c'est la chanson que j'ai mis le moins de temps à enregistrer et elle a été entièrement conçue en plus ou moins une heure. J'ai essayé des loops et des samples et j'ai commencé à façonner le principal loop à partir d'un sample de ma voix. En fait, toute la chanson, mis à part la batterie et une ligne de synthé, est constituée de samples de voix. J'utilise un processus différent pour chaque chanson que j'enregistre. J'enregistre dans de nombreuses maisons et pièces différentes et mon organisation n'est pas toujours très cohérente.

That's incredibly kind of you. Oddly enough that song took the least amount of time to record and was kind of all conceived in an hour or so. I had been experimenting with loops and samples and started building the main loop from a sample of my voice. The entire song actually, outside of drums and a synthesizer line, is made up of vocal samples. Every song I record is different though in the process. I record in a lot of different houses and rooms where I live and my set up doesn't stay very consistent.

Quel est le fil conducteur de Blue Suicide ? Qu'est-ce qui t'a hanté, habité pendant toute sa conception ?
What is the main thread of Blue Suicide? What haunted you during its creation? What was your state of mind?

C'est un genre de commentaire sur l'état des choses, je pense. Le premier morceau, Business as Usual, expose en quelque sorte toute la problématique liée aux aspects foireux de l'art et de l'humanité. J'ai l'impression que les gens évoluent avec toute cette souffrance intérieure sans savoir qu'en faire et une bonne partie de l'album parle de cela. Aussi austère que cela puisse paraître, c'est pourtant l'album le plus gai que j'ai enregistré. Il y a aussi des chansons joyeuses.

Le dernier album Stoned Alone était beaucoup plus thématique ; la plupart, voire toutes les chansons se rapportaient à la même situation et aux mêmes personnes dans ma vie. Par contre, cet album englobe toutes les différentes choses que je vois ou que je ressens. Je suis beaucoup plus sobre et réceptif maintenant que je ne l'ai été, ce qui fait que j'écris moins sur moi et plus sur les autres personnes et sur d'autres sortes d'expériences.

It's sort of a commentary on the state of things I think. The first track "Business as Usual" kind of lays out this whole scenario of how fucked up things are in art and humanity. I feel like people are walking around with all this internalized suffering and don't know what to do with it and a lot of it is about that. As bleak as that kind of sounds though it's by far the most upbeat thing I've done. There are happy songs in there too.

The last record Stoned Alone was much more thematic, with most if not all of the songs being about the same situation and the same people in my life, but this record is more encompassing of the different things I see or feel I guess. I was and am much more sober and aware now then I have been so my focus shifted from myself a lot to writing about other people and other kinds of experiences.

Comment as-tu enregistré Blue Suicide ?
How did you record Blue Suicide?

Par miracle, je pense. Cela fait des années que mon matériel rend l'âme à petit feu mais cette année il commençait vraiment à tomber en ruine. L'album a été entièrement enregistré à l'aide de deux micros SM 57 reliés à mon enregistreur numérique. Je m'y retrouve assez bien dans tout mon bordel. J'utilise le même matériel depuis presque cinq ans mais je ne pourrai probablement pas l'utiliser pour un autre album, il est trop naze.

By some kind of miracle I think. All my equipment has been dying for years but this year it really started to give up the ghost. The record was entirely recorded using two SM 57 microphones into my digital recording machine. I feel like I know my way around my shitty equipment pretty well by this point. I've been using the same gear for five years nearly, but I probably won't be able to make another record with this set up, it's just too fried.

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De quoi parle Desolation's Plan ?
What is Desolation's Plan about?

Ça parle de faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter le besoin constant que l'on a de baisser les bras. J'ai l'impression que la fainéantise et l'ennui sont naturels chez l'être humain. Il faut faire beaucoup d'efforts pour être heureux, ça n'arrive pas comme ça ! Je ne sais pas si on est prédestinés à avoir une bonne vie. Pour moi, il n'y a rien de bon si on ne le crée pas soi-même.

To me it's about doing whatever possible to avoid the constant need to give up and just not try anymore. I feel like laziness and boredom is the natural state of being human. You have to try really hard to be happy, it doesn't just happen. I don't know if we're meant to have good lives. I don't feel like anything good comes without creating it yourself.

Tu es très prolifique... Comment trouves-tu les inspirations pour Coma Cinema et tes autres projets ?
You're very prolific... How do you find all the inspirations for Coma Cinema and your other projects?

Sans vouloir tomber dans le mélodramatique, si je ne remplissais pas mon temps avec tous ces projets, chansons et choses, je ne sais pas ce que je ferais, mais probablement des trucs hallucinogènes jusqu'à ce que mon cerveau fonde et sorte de mes oreilles. Rester occupé m'aide à rester vivant.

Hopefully this won't sound too melodramatic but I if I didn't fill up my time with all these projects and songs and things I don't know what I'd do and probably would do some kind of hallucinogenic until my brain leaked out of my ears. Staying busy helps me stay alive.

Parle-nous un peu de Teen Porn...
Can you tell us a bit about Teen Porn...

Haha ! Au début, Rachel Levy (de Kiss Kiss Fantastic) et moi voulions juste nous marrer en écrivant des chansons qui foutent les jetons, mais quand j'ai entendu ce qu'elle parvenait à faire avec la musique que je créais, j'ai vraiment été touché. On a beaucoup bossé sur l'album de Teen Porn. On a essayé de créer la musique la plus maléfique possible. J'aime beaucoup la musique sombre, le black metal et tous les trucs de maison hantée qui vont avec, et sa voix est si parfaite dans presque tous les registres, elle a un sacré talent.

Haha! It just started as a way for me and Rachel Levy (of Kiss Kiss Fantastic) to fuck around and make some creepy songs but when I heard what she was doing with the music I was building it really affected me and we've been working really hard on the Teen Porn album, just trying to make the most evil music we can. I'm really into a lot of dark styles of music, black metal and the whole haunted house thing that's been going on, and her voice is so perfect for almost anything, she's incredibly talented.

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As-tu d'autres side-projects de la sorte ?
Are you implied in other side-projects of the same kind?

J'essaye d'aider les groupes de mes amis dès que je peux. Pour le moment, je bosse sur une chanson avec Pandit du Texas et Blackbird Blackbird de Californie. C'est assez génial.

I try to help out my friend's bands whenever I can. I'm currently working on a song with Pandit from texas and Blackbird Blackbird from California that's pretty rad.

Pourquoi avoir créé ton blog-label, Summertime in Hell ? Une initiative « entre amis » ? Tu l'imagines sur la durée ?
Why did you create your blog-label Summertime in Hell? Is it an initiative you took "among friends"? Do you think it will last?

C'est une initiative que j'ai prise pour filer un coup de main aux musiciens auxquels je tiens. Ça a été un succès, à ma grande surprise, mais ce n'est pas vraiment une entreprise sérieuse. Je pense que tant qu'il y aura de la musique à faire connaître, le label continuera d'exister, et je ne vois pas cet aspect de ma vie disparaître. J'aimerais mieux l'exploiter (vinyles, etc.) mais je n'ai tout simplement pas assez d'argent pour le faire. Mais peut-être un jour, qui sait ?

It was definitely an initiative that I took to help out the music of people I care about. It's been surprisingly successful but it's not a serious business venture or anything. I think it's going to last as long as there is music to give away and I don't see that aspect of my life going anywhere. I'd like to do more with it (vinyl etc) but there's just no money to do those types of things. Maybe someday though!

Comment vois-tu ton avenir, Mat ?
How do you see your future, Mat?

Avec un optimisme prudent et cynique.

With cautious, cynical optimism.

Retrouvez la chronique de Blue Suicide en cliquant par .

Vidéos


The Informations - Strange Habits

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Dans cette vidéo, on voit un tennisman, Torben Ulrich, qui est bien le père de Lars le batteur de Metallica. Ce clip reprend les images du court métrage Motion Picture qui n'est pas un film sur le sport au sens traditionnel, mais plutôt une méditation sur le mouvement et l'extase dont le fou de tennis, Torben Ulrich, représente l'exemple même, celui du solitaire qui cherche à sublimer un moment trivial. Jorgen Leth, réalisateur danois comme ce groupe The Informations sur lequel on manque cruellement d'informations justement, à part cette description drôle et mystique : The Informations est le groupe japonais/suédois indé le plus hype, un gros trip de folie et d'amour. Avec des mélodies à tomber, plus courageux que toute la scène alternative additionée et qui rappelle le paysage sonore de la planète Endor (celui de Star Wars avec les ours en peluche de petite taille) The Informations est à la musique ce que Bernadette Soubirou est à Lourdes, tous ceux qui entendent leur musique y croient.

Vidéo


Coma Cinema - Blue Suicide

Une ombre oblongue et mouvante se projette sur le quai vide du métro. Une lumière jaunâtre, distillée par un aréopage de néons décatis, l'invite à la danse mutine, aguichant mon regard d'une profusion de courbes insensées. Il est tard. Le froid sec engonce la nuit d'un silence crépitant au rythme de machines automatisées quand l'immense souffle de l'humanité se tarit et se fige dans un immobilisme forcené. Je suis seul, mise à part cette silhouette sans sujet, trouble reflet d'une âme endolorie et cabossée, la mienne, renâclant l'absente au parfum pénétrant. Mes rétines ne pouvant s'y soustraire, ses circonvolutions noctambules subjuguent l'affliction lascive s'éprenant de mes yeux embués, en surimpression d'un visage balayé de douceur. Quelques mots d'adieu sonnant telle une fébrile redondance. La trouble inconséquence de n'être que soi, emmitouflé d'un doute à l'épaisseur saumâtre. A deux doigts du sentiment délétère. Mais il y a une beauté au spleen que la plus tourbe des mélancolies n'est en mesure d'effeuiller. L'immixtion d'un sourire esquissé et d'une ecchymose encore violacée, l'évidence du vide et de ses fastueuses possibilités. Une empathie pour la galère contemplative, auréolée d'une musique atemporelle. Un ami est là. Mat me tape sur l'épaule et m'emmène en balade. J'écrase ma joue contre la vitre du wagon. La station désertique s'éloigne et rapetisse à vue d'œil. Je me laisse faire, béatement désemparé, entre ombre et lumière, sévices du cœur et bourrade amicale. Le casque audio intimement chevillé aux oreilles. Blue Suicide.

Presque plus d'un an que la rengaine tourne à plein. Et pourtant l'hyperactivité ou la surexposition peuvent parfois coûter cher. Le talent, l'inspiration, la sincérité. Une sainte trinité artistique en péril sous les coup de boutoir de la toile omnisciente. Pas une semaine ne s'écoule sans que le prodige lo-fi, Mat Cothran, et son one man band, Coma Cinema, fassent feu de tout bois. Arnaché à une blogosphère qu'il tarabuste lui-même depuis son label-blog Summertime In Hell - hébergeant entre autres Kiss Kiss Fantastic de son amie Rachel Levy (lire) ou encore le duo shoegaze Ghost Animal (lire) - Mat Cothran excelle d'une productivité sans égale - son dernier album, Stoned Alone (lire), n'ayant pas six mois et depuis lors émietté à satiété en vidéo (Blissed, In Lieu of Flowers, Only, Sucker Punch) - quand il ne butine pas ailleurs, seul, comme par ici avec l'inédit At Night The Sun Comes Out, ou accompagné, trouvant refuge avec Rachel Levy sur Amdiscs pour leur projet commun, Teen Porn (lire). Que dire encore de sa façon toute particulière de dépecer Blue Suicide, à paraître en janvier en cassette et vinyle, respectivement via Wonder Beard Tapes et Fork and Spoon Records, histoire de remercier tour à tour ses amis de l'internationale blogueuse, offrant un voire deux morceaux dudit album. On pense à feu Delicious Scopitone avec Caroline, Please Kill Me et Tour All Winter, à Life Aquatic avec Desolation's Plan, ou encore récemment à Head Underwater avec Eva Angelina. Faut-il ne pas ainsi craindre d'éventer la haute teneur en émotion de ces instantanés pop, tout en ne se fourvoyant pas une agitation intempestive pouvant lasser, voir heurter l'attention du tout un chacun ? Mais non, définitivement non, rien n'y fait. L'homme, à l'image de sa musique, se fait attachant, pire même, obsédant. Véritable incarnation satanique pour l'industrie musicale, n'attendant rien d'autre qu'un succès d'estime comme rétribution palpable de ses albums, Mat Cothran est considéré à juste titre par ses pairs tel un génie de l'indie-pop contemporaine, un héros musical. Que ce soit Michael Avishay ou Rachel Levy qui nous l'affirment. Et ce n'est pas Blue Suicide et sa pochette canine qui donneront de quoi battre en brèche une telle aura. Bien au contraire.

Dès la première écoute, on devine que la visée est toute autre que les deux précédents, Baby Prayers et Stoned Alone. Si la résonance lo-fi reste intacte, les moyens n'étouffant pas une production minimaliste mais juste, le format change : les morceaux sont parfois plus longs et étoffés quand la cohérence globale de l'album est soignée, chaque titre se trouvant à sa bonne place. Comment, en effet, ne pas s'enticher des merveilleuses jointures entre Greater Vultures et Lindsey ou Crystal Ball Broken et Gentlewoman sans s'apercevoir de la hauteur du palier franchi en une seule enjambée ? Mat Cothran nous extirpe de ses recueils d'idées brutes et balancées à la volée, sorte de carrières entre ciel et terre scintillant de diamants non polis auxquelles il nous avait habitués sans trop nous forcer la main, afin de nous convier dans l'ambiance feutrée et intimiste d'une joaillerie pop ne sacrifiant aucunement l'efficacité des compositions sur l'autel d'arguties d'orfèvre. Business As Usual imprime d'entrée le ton, par son dualisme en clair-obscur, d'un Blue Suicide aux climats ouatés, balayés de saillies affûtées et dispensant de profondes thématiques (les faiblesses humaines et artistiques, la souffrance intérieure...) sous un vernis feignant l'enjouement. On navigue dès lors au firmament d'une inspiration débordante et renversante, jonglant sans trop d'artifices entre comptines à la beauté gracieuse et évanescente (Hell, Desolation's Plan, Wondering, Wrecker), ritournelles échevelées (Lindsey, Caroline, Please Kill Me, Whatevering) et délicates mélopées aux entournures instrumentées saisissantes (Greater Vultures, Her Sinking Sun, Eva Angelina, Blue Suicide). Et si ces dernières subjuguent par leur classicisme magnifié, d'autres, telle la conclusive Tour All Winter, invite à un ailleurs plus éthéré et synthétique, sur les rivages d'une dream-pop panoramique, suspendue aux divagations d'une guitare luminescente. Lorsque l'on sait en sous-main qu'une suite - au-delà de fantasmagories juvéniles assouvies (lire) - s'écrira presqu'en suivant du côté d'Amdiscs, on a tôt fait de replonger dans sa torpeur maladive. Le bon Mat rôde, prêt à nous sortir du guet.

Retrouvez l'interview de Mat Cothran par ici même.

Audio

Coma Cinema - Caroline, please kill me
Coma Cinema - Eva Angelina
Coma Cinema - Her Sinking Sun (Teen Porn Remix)

Vidéos

Tracklist

Coma Cinema (2010, Wonder Beard Tapes (tapes), Fork and Spoon Records (vinyl), Summertime In Hell)

1. Business As Usual
2. Hell
3. Greater Vultures
4. Lindsey
5. Desolation’s Plan
6. Caroline, Please Kill Me
7. Wondering
8. Her Sinking Sun
9. Crystal Ball Broken
10. Gentlewoman
11. Whatevering
12. Eva Angelina
13. Wrecker
14. Blue Suicide
15. Tour All Winter


Teen Porn / Coma Cinema - Split vinyle

teen-pron-coma-cinema-split-2Teen Porn est excitant... mais probablement pas pour ceux qui en scrutent la sortie chaque jour... ça pourrait avoir un effet débandant. C'est en ces termes que Rado d'Amdiscs époussetait par ici ce qui ne constituait plus un secret pour personne dans le landerneau pop. Teen Porn ou le bonheur des moteurs de recherche. Teen Porn ou Mat Cothran (Coma Cinema) et Rachel Levy (Kiss Kiss Fantastic). Teen Porn ou la vision d'une pop expérimentale, éthérée, sombre et organique, produite à quatre mains par deux amis d'enfance ayant à cœur de donner corps aux angoisses de la nuit. En somme, l'envers d'un décorum californien nimbé de soleil et tapi de sable fin, tel que l'insinuaient Toro Y Moi ou Washed Out, fers de lance d'une chillwave estivale percluse d'opiacée. Living End et Loose Fur, digitalement dévoilés en septembre dernier par , susurrent le bruissement des corps, l'atermoiement des esprits vagabonds, insaisissables par la pensée. La voix de Rachel tourbillonne d'échos, se lovant dans les interstices d'arrangements à la viscosité marécageuse. Un traversée cahoteuse, aux entournures d'une witch haus chloroformée, brutalement enchantée par Wondering et Greater Vultures de Coma Cinema, occupant une face B en forme de savoureuse mise en bouche de l'un des chefs d'œuvre attendus pour ce début d'année 2011. Une folk pas si bancale matinée d'une lo-fi pas si débraillée, pour un talent toujours plus rasséréné, conscient de sa justesse. C'est dire la grande mansuétude artistique d'un Mat Cothran qui, après Baby Prayers et Stone Alone (lire), tous deux disponibles en téléchargement plus que légal, s'apprête à en faire de même en janvier prochain avec le mirifique Blue Suicide.

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Premier d'une aventure, que l'on espère longue et depuis poursuivi avec le LP des Young Adults, le split vinyle de Teen Porn / Coma Cinema, est à soutirer par ici aux trublions d'Amdiscs. Winter, nouveau 7" de Teen Porn, aux sonorités drapées d'une fantasmagorie oppressante, le stupre d'une orgie caverneuse, se dévoile crûment à nos yeux par . S'agissant de nos esgourdes, suivez ce lien.

Retrouvez l'interview de Rachel Levy et la vidéo de Wilder par ici.

Audio

Teen Porn - Loose Fur
Coma Cinena - Wondering

Tracklist

Teen Porn / Coma Cinema - 7" split (Amdiscs, 2010)

Side A - Teen Porn

01. Living End
02. Loose Fur

Side B - Coma Cinema

01. Wondering
02. Greater Vultures


Trésors - Visionnaires

ville1Il n'y a de bon trésor que de Trésors cachés. Sans carte ni boussole, on s'enquiert des faveurs de la nuit numérique et on admoneste les bribes de fatigue constellées sous nos yeux tachetés de noir. Des lieux où le sommeil est proscrit, où les corps se fondent dans l'obscurité moite et les effluves éthyles. Des images obsédantes, soutirées à la frilosité de nos rétines anémiées, peuplent l'imaginaire de cette musique hantée. Des spectres de l'italo-disco aux oriflammes d'une cold-wave mancunienne, de l'électronica éthérée aux remugles du spleen étasunien, les volutes synthétiques et expérimentales de Visionnaires, premier EP à paraître en 2011 des parisiens de Trésors, produit par Pierre Lefeuvre (Saycet), cornaquent, selon un abécédaire intimement post-punk, une virée interlope et sensitive, lovée aux confins d'un onirisme trempé de larmes et d'alcool. Une invitation aux lendemains qui déchantent.

Audio

Crédits photo : Yann le Yann


Hurt Valley – Desolation Views

desolation-views« En septembre 2008, j’atterrissais à l’aéroport international de Los Angeles avec un seul bagage. Quelques vêtements, quelques livres et autres affaires sans aucune valeur, sinon sentimentale. J'ai quitté la Californie du Nord après y avoir laissé cinq années de ma vie en compagnie d'une douce et belle étudiante appelée Sindhu. Pendant cette période, je composais pour mon épanouissement personnel en croyant égoïstement que cela forcerait l’admiration de ma compagne et que l’art suffirait à nourrir notre relation amoureuse. Aujourd’hui, je me rends compte que je considérais Sindhu uniquement comme mon dû pendant que je travaillais assidûment à mes compositions. De manière assez prévisible, elle m’a quitté malgré sa grande patience et, cruelle ironie du sort, j’ai perdu mon boulot et le groupe pour lequel j’avais travaillé si durement. Ces tristes événements m’ont laissé sans le sou. Pendant quelques semaines, j'ai cherché désespérément un travail. J’ai posé des centaines de candidatures en vain sans m’éloigner de ma ville car j’espérais pouvoir renouer avec mon amour perdu… Mais quand une école de l'extérieur de Los Angeles m'a offert un emploi, j’ai décidé de m’éloigner de mon quartier. J’ai arrêté de faire de la musique car je n’avais plus d’instruments et parce que j’avais besoin de faire un break. Mon matériel avait été vendu à mon insu à un vide-grenier. Je suis d’ailleurs tombé sur des photos de la vente sur Facebook. C’était vraiment déprimant. J’ai donc fait une pause et ai travaillé pendant quelque temps en essayant de me reconstruire. Juste après Noël 2009, j’ai rencontré un homme âgé d’une soixantaine d’années qui voulait se débarrasser de certaines choses qui pouvaient m’intéresser. Il avait deux caravanes. Une dans laquelle il vivait et l’autre dans laquelle il stockait son matériel. Honnêtement, je ne voyais pas trop la différence entre les deux. Nous avons beaucoup discuté de la musique que nous aimions en buvant du bourbon. Assez bizarrement, nous avions beaucoup de points communs. Pram, Stereolab, Can, Tortoise, Pink Floyd, Cabaret Voltaire, The Cars, Suicide, Boards of Canada, Squarepusher, Tangerine Dream et beaucoup d’autres. Nous avons longuement conversé... Par le plus grand des hasards, ce vieil homme avait été ingénieur du son dans un studio de Los Angeles pendant de longues années. Il en connaissait un bout sur la musique. Bref, il voulait se débarrasser entre autres de son matériel professionnel, ce qui a évidemment fait mon bonheur : un compresseur, des micros, des synthés Roland JX-8P et Yamaha DX-7 en bonne condition. À cette même époque, un ami m’a envoyé du matériel qu’il n’utilisait plus, comme des pédales, un sampler et une guitare… J’ai pu grâce à tout cela créer un home‑studio de fortune dans ma chambre.

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De janvier à avril, dans ma région il y a eu jusqu’à 3 m de neige. Il était difficile de se déplacer à cette période-là. J’avais donc du temps devant moi et pas vraiment d’autres distractions excepté le bourbon qui prenait, ma foi, trop de place dans mes journées et mes nuits. J’ai donc pu commencer un nouveau projet musical. J’avais pris assez de recul pour écrire sur mes désillusions, sur mes échecs… Mais le résultat n’a pas été satisfaisant d’emblée… Mes enregistrements souffraient d’un manque de discernement à cause du bourbon, d’antidépresseurs et d’autres substances…

Au printemps, j’ai fait une pause musicale de quelques jours. J’ai couru le marathon de Death Valley, parc national en Californie et je suis resté camper dans la région un moment après la course. Cette sorte de retraite m’a été bénéfique. Un jour, lors d’une promenade dans la campagne au milieu de nulle part, j'ai découvert un parking peuplé de vieilles caravanes incendiées et d’un bus saccagé sur lequel quelqu’un avait écrit à la peinture aérosol« Hurt Valley ». Je ne sais pour quelle raison ces mots, amplifiés par l’image du désastre, ont raisonné en moi. J’ai décidé à ce moment-là que ça collait à mon parcours et à mon projet à l'état d'ébauche.

À mon retour, j’ai effectué des dizaines de prises, j’ai mixé et remixé encore et encore. J’ai revu tous les enregistrements de manière plus lucide (sans alcool) en rendant cela progressivement plus propre, plus concret tout en n’altérant pas la spontanéité première.

Desolation Views est l’aboutissement de ce travail. Il est un recueil des 6 morceaux qualifiés de dream pop ou de pop psyché par d’aucuns. Je ne sais pas si cette étiquette correspond à ma musique mais j’aimerais qu’elle soit qualifiée en tout cas de pop intéressante.

Voilà l’histoire du premier EP de Hurt Valley qui se trouve ici. J’aurais aimé qu’elle soit tout autre. Plus attrayante, moins ennuyeuse, mais c’est bien celle-là… »

Dream pop, pop psyché, pop intéressante... Le souhait de Brian Collins est exaucé. Desolation views est la rencontre de Prefab Sprout avec Ride et The Pastels. Sous son manteau de pop gentille, Brian dévoile ses harmonies contrastées et malsaines qui nous plongent sans pitié dans la Death Valley. Là même où coule sa tourmente. Les mélodies tranchantes de Hurt Valley accélèrent le pouls, raccourcissent le souffle de l’auditeur et lui promettent la souffrance à perpétuité.

Audio

Hurt Valley - Your Kingdom

Tracklist

Hurt Valley – Desolation views (2010)

1. Your Arms
2. Your Kingdom
3. I Want You to Stay
4. Places in the Shade
5. You’ll Make Your Own Escape
6. It Ends