Speech Debelle - Speech Therapy (Big Dada)

speecharchLe rap féminin avait plutôt tendance ces derniers temps à nous exaspérer et il fallait soit, se plonger dans les bas-fond de l'indie  pour trouver quelques voix féminines capables à la fois de nous prendre aux tripes tout en nous garantissant un haut degré de satisfaction poétique soit, privilégier des rencontres moins orthodoxes quitte à se fourvoyer  dans le putassier.
A l'écoute de Speech Therapy, la première chose qui nous frappe c'est d'abord et avant tout l'élégance avec laquelle mademoiselle Debelle a su retrouver le chemin de la maison mère, maison jadis habitée par d'autres rappeuses (Bahamadia, Jean Grae) ayant su, elles-aussi, se libérer du joug de l'omnipotente tutelle masculine qui pèse depuis toujours sur le hip-hop. Ce qui frappe ensuite, c'est que la jeune fille du south London a fait le choix d'une production léchée, imaginée en partie par le chef d'orchestre Wayne "Lotek" Bennet et à contre-courant de l'esprit minimaliste qui règne en maître depuis l'avènement des Dirty South,  musique de Bal et autre Grime. Ce qui frappe enfin c'est tout simplement que la présence d'instruments, joués live, permettent aux propos crus et politiques de Speech d'être entourés d'une antinomique légèreté, manière lumineuse de conter sans misérabilisme les chroniques ordinaires de  son existence tourmentée tout en évitant l'écueil de se prendre pour le rhapsode de l'humaine condition.
En définitive avec cet album, Speech Debelle, en archéologue averti, déterre les symboles les plus antiques qui ont fait la gloire du hip-hop de son enfance, en exhume les codes et les traditions et les dépoussières avec un pinceau fin et efficace d'inentendu, empêchant ainsi et pour un temps sa course inexorable vers le déclin.

Benoît

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Speech Debelle - Better Days  Featuring Micachu

Tracklist

SPEECH DEBELLE - Speech Therapy (Big Dada, 2009)

01.    Searching
02.    The Key
03.    Better Days  Featuring Micachu
04.    Spinnin'
05.    Go Then, Bye
06.    Daddy's Little Girl
07.    Bad Boy
08.    Wheels In Motion  Featuring Roots Manuva
09.    Live And Learn
10.    Working Weak
11.    Buddy Love
12.    Finish This Album
13.    Speech Therapy

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Prins Thomas – Live at Robert Johnson

prins_thomas-live_at_robert_johnson1L'exercice du cd mixé, trace d'une prestation live en club, est une tache ardue : sa conception équivaut à un travail d'alchimiste ayant pour but de résoudre la difficile équation efficacité dancefloor/ affirmation de choix personnels. A ce jeu beaucoup s'y perdent soit en faisant ce que chaque gugusse armé d'une connaissance pointue de la blogosphère peut faire (aligner des titres sans saveurs) soit en s'enfermant dans l'autisme musical au nom d'une érudition mal placée. En choisissant Prins Thomas pour sa deuxième livraison (la première ayant été confiée a la sensuelle chloé), le Robert Johnson insuffle une coloration post-disco à sa petite entreprise. Post-disco? Encore un terme pompeux... Pour faire simple, on pourrait ramener ça à une génération de trentenaire ayant pris (trop?) au sérieux la vague « cosmic-sound » 70's, mouvement musical au frontière d'une multitude de genres (electro, disco, funk, psyché, krautrock, jazz, expé) et à l'imagerie reconnaissable entre mille (invitation au voyage interstellaire et ce genre d'illuminations). Le résultat sonore est franchement impeccable. Ni trop nostalgique, ni trop visionnaire ce mix a pour grande qualité de tracer une ligne droite entre Massiera et Villalobos, James Yuill et Sebastien Tellier en laissant entrevoir une forme de « dépendance » sonore entre chaque piste (qualité première d'un mix me semble-t'il). 1 heure et 16 minutes de musique pour un rendu compacte aux dispersions multiples, c'est la tout le paradoxe.

Nicolas

Tracklist

PRINS THOMAS – Live at Robert Johnson (Robert Johnson Office, 2009)

01. A Very Small Intro
02. Arpadys - Funky Bass (Idjut Boys Version)
03. Cage & Aviary - Giorgio Carpenter
04. Capracara - King of Witches (Rub N Tug Remix)
05. Trans Am - First Words
06. Map of Africa - Wyatt Urp
07. Bjørn Torske - Kokt Kveite
08. Käre & The Cavemen - Gallery Oslo
09. Babytalk - Chance (Babytalk Remix)
10. Frankie Valentine - Zumbi (Isoul8 Remix)
11. Low Motion Disco - Love Love Love (Still Going Remix)
12. James Yuill - This Sweet Love (Prins Thomas Re-Edit)
13. Dogs Of War - Le Stress
14. Cos/Mes - Build The Band
15. Ricardo Villalobos - Waiworinao
16. Anarchic System - Generation (Long Version)
17. Argy & The Mole - Cantstandlovegetaway
18. Martin Circus - Disco Circus
19. Opolopo - I Do (Domu Discotech Mix Ð Intrumental)
20. Acid Test - Test 1
21. Mathew Jonson - Followed By Angels
22. Samos - Alpha Storm (Original)
23. Sébastien Tellier - Sexual Sportswear
24. Closer Musik - Maria
25. Lindstrøm - Contemporary Fix (Bjørn Torske Remix)
26. Steel an' Skin - Afro Punk Reggae (Dub)
27. A Very Small Outro


On y était - The Rifles

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J’avoue que je remontais la rue Oberkampf à reculons, la motivation ne culminait pas aux sommets pour ce concert. Personne n’avait voulu m’accompagner, c’était donc moi et mon petit carnet de journaliste professionnelle. Oh frustration ! Car il y en avait des choses à dire ! Le programme donc : The Rifles, groupe anglais à cheveux.

Inspiration Oasis pour la coupe, mais pas seulement ; j’y reviendrai. Toutes mes excuses chers lecteurs, j’inaugure ce papier sur une thématique fashion de comptoir, mais ce petit groupe pop/rock qui fait mal aux oreilles (le petit casque capillaire a peut-être double fonction?) m’a tout de suite inspirée à un niveau tout autre que musical. À l’image de ce guitariste aux lunettes double foyer, chapeau de sorcière et slim, je me devais de débuter sur une touche complètement inappropriée. J’ajoute pour la postérité que c’est le genre de groupe qui aime se regarder la guitare, genre « viens on se fait des bisous de gratte » face à face. Ces scènes de vieux routiers me font immanquablement sourire dans ma barbe, et je ne peux m’empêcher d’oublier un instant mon sérieux légendaire …

Parenthèse modasse fermée, il est intéressant de constater qu’il existe toujours des groupes à fort potentiel (grosse prod, mélodies entêtantes) qui passent continuellement à ça du gros hit mondial, mais qui s’obstinent. Quand je formule « ça », le petit mot insignifiant prend malheureusement une envergure assez énorme dans son sens : la touche de génie qui fait le tube, pas moins. Malgré cela, la verve et l’énergie ne manque pas pour ce premier live en France d’un groupe jusque là inconnu dans l’hexagone. Pour tout dire, j’étais aussi surprise que le quatuor à l’accent cockney pure, qu’il y ait plus de deux ou trois personnes dans la salle. Au lieu de ce bide attendu, dans une salle presque remplie, les deux premiers rangs comptaient nombre de fans, scandant les refrains et sautant énergiquement en l’air.

Mais qui sont donc ces Riffles ?

Je vais citer directement le site du Nouveau Casino, avec quelques commentaires en italique, si vous le voulez bien :

« The Rifles ont fait irruption sur la scène musicale il y a deux ans, lançant la charge avec No love Lost , un premier album rebelle ah les rebelles à l’image des espoirs de la working class des banlieues londoniennes est-ce que ça ne sonne pas un peu daté? Est-on de retour dans les 90’s les gars ?. Alors que les médias ignorent (étrangement) à raison je dirais le quartet de Walthamstow, le groupe accroît sa notoriété sur la route, récoltant au passage une pléiade de fans chez les fidèles de Paul Weller ou encore Oasis. Voilà nous y sommes, c’est bien là le problème.

C’est maintenant le deuxième round pour The Rifles et avec quelques énormes hits, comme ils y vont ! Great Escape se présente comme un véritable assaut indie ( ???)conçu pour les propulser à la place qui leur revient de droit : au top. No comment. Grâce à la collaboration du producteur Jan 'Stan' Kybert (Weller, Oasis, Bjork), Joel Stoker (chant), Luke Crowther (guitare), Rob Pyne (basse) et Grant Marsh (batterie) ont su faire mûrir leur musique ». C’est un avis, certes.

Mais c’est précisément ce qui me laisse complètement hermétique à ce groupe.

Certains revivals musicaux sont en phase avec notre époque parce qu’ils mettent en parallèle la société et ses aspirations sur des plans comparables, ET accordables. Plus clairement, un genre comme le disco, avec toute l’imagerie flamboyante et la mentalité correspondante, fait un retour sur nos scènes en s’adaptant à la fin des années 2000, se minimalisant, approfondissant ce son synthétique si caractéristique.

Et ça fonctionne. Idem pour tous les groupes qui se revendiquent du Shoegazing, ce truc un peu planant est au final vraiment d’actu. Les gens ont envie de planer.

L’imagerie des 90’s anglaises est « irressuscitable » parce qu’elle appartient trop à elle-même. Chaque année depuis 4 ou 5 ans, on nous annonce le retour du grunge en mode. Et chaque année, ça ne prend pas. Pourquoi ? Et bien, il faut juste admettre qu’on a tout sauf envie de retourner dans cette époque désespérée et désespérante. On veut du rêve et du glam bordel ! Des chemises à carreaux oui, mais avec des leggings dorées et des boots de 12cm. Alors du néo-Oasis sans valeur ajoutée ?... Pas sûre.

Virginie Polanski.


Eurockéennes 2009

Malgré la crise le festival Belfortain aura su encore une fois ne pas sombrer dans les travers du name-dropping spectaculaire et de la surenchère mainstream. Respectueux d'une programmation éclectique et adeptes des ponts entre les genres et les époques, Christian Allex et Kem Lalot, têtes chercheuses aguerries, auront mis toute leur chance mis de leur côté pour tenter de faire de cette  édition 2009 un succès artistique, populaire et fédérateur. Le superbe site du Malsaucy - lorsqu'il ne se transforme pas en champ de boue - accueillera donc pêle-mêle une belle paire de révélation (Passion Pit, La Roux) ,un armada Hip-Hop en trompe-l'oeil composée de gentils esthètes (Kanye West, Mos Def), de mecs pas tendres (Seyfu, NTM) et d'une adepte des fessés (Amanda Blank). On aura également plaisir à entrer en communion avec les pop-songs enjouées et lumineuses de Peter Bjorn & John et Phoenix et à sautiller généreusement avec Naïve New Beaters, Solange la Frange et Friendly Fires. On s'oubliera enfin dans la frénésies de beats ravageurs que nous proposerons Diplo, Yuksek ou Kap Bambino.

Télécharger la programmation complète

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Run Toto Run - Sleepy Head (Passion Pit Cover)

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Run Toto Run petit groupe de Manchester a trouvé la combine pour élargir un peu plus son cercle de connaissance : profiter que le meilleur single de l'année soit également un succès discographique pour nous présenter sa petite musique, au demeurant sympathique, et dont la jolie voix de sa chanteuse Rachael Kichenside nous pousse définitivement à surveiller la suite de leures aventures.

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Chairlift - Bruise

chairlift-front

Does you Inspire you vient de ressortir  agrémenté  de deux nouveau titre à savoir Le Flying Saucer Hat chanté en français et Dixie Gypsy, Le trio de brooklin profitant sans doute de l'affichage publicitaire dont à bénéficier le titre Bruise dont vous pouvez voir le sympathique clip ci-dessous.

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Tacklist

840_1_lCHAIRLIFT - Does You Inspire You (Columbia, 2009)
01. Garbage
02. Planet Health
03. Earwig Town
04. Bruises
05. Somewhere Around Here
06. Evident Utensil
07. Territory
08. Le Flying Saucer Hat
09. Make Your Mind Up
10. Dixie Gypsy
11 Don't Give A Damn
12 Chameleon Closet
13 Ceiling Wax

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The Drums

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L'été pointe à peine le bout de son nez et déjà chacun cherche la chanson qui accompagnera cette période si particulière perdue au milieu d'une année. Au-delà des grosses artilleries estivales dont on ne fera pas mention ici, nous optons déjà cette année pour un énième groupe de Brooklyn certes mais dont l'Ep,  qui sortira en Août chez les esthètes de Twenty Seven Records,  s'annonce comme  une révélation.

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The Drums - Let's Go Surfin

The Drums - Down by the Water


Helios l'interview

Helios est le projet  de Keith Kenniff, un artiste américain, originaire de Portland. Auteur de plusieurs albums sur le label Type, il officie également sous le nom de Goldmund, dans une veine plus minimale. Voici un rapide entretien, dont l'objet est de vous faire découvrir un musicien prolifique et créatif.

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- L’été dernier, je suis allé sur l’île grecque de Rhodes (une île de l’archipel des Dodécanèse, en mer Egée). C’est traditionnellement l’île d’Helios, le dieu du soleil dans la mythologie grecque, y a t’il un lien avec toi ?
J'ai effectivement tiré 'Helios' de la mythologie grecque, oui. Je suppose que j'ai du vraiment aimer l'histoire de Helios, l'observateur divin de ce qui se passe sur Terre, tel le soleil qui se levait chaque matin . J'ai souvent tendance à écrire de la musique tard la nuit / tôt le matin et  je vais souvent alors me coucher au moment où le soleil se lève. Comme un relais.

- Tu officies, dans des registres très variés, sous au moins trois entités connues : Helios, Goldmund, sous ton propre nom… Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à développer ces différents projets ?
J'ai tendance à travailler sur beaucoup de musique et ce, à n'importe quel moment, et donc chaque étape d'un projet  évolue dans une direction différente. Je pense que le surnom de chaque projet propre est bien approprié. Helios, est plus un projet d'electronic/post-rock/ambient, Goldmund est presque entièrement composé de piano solo donc il y a à peu près aucun élément électronique et
consiste généralement en pièces improvisées courtes. Le son de Mint Julep , le projet monté avec ma femme, prend plus une direction rock/shoegazing et se base essentiellement sur des schémas traditionnels chantés verse-chorus . Ce que j'ai fait pour mon projet appelé Keith Kenniff n'est pas sorti, ce sont  des choses de type acoustique / folky , mais je ne suis pas sûr si quelque chose verra le jour bientôt.

- Peux-tu nous parler du projet que tu fais aussi avec ton amie : Mint Julep
C'est un projet avec ma femme Hollie que nous avons commencé il y a environ un an et demi. Nous sommes tous les deux des fans énormes de musique shoegazing du début des années 90 et avons voulu travailler sur quelque chose qui était plus dans cette direction. C'est la première fois que j'ai vraiment travaillé avec quelqu'un d'autre pour faire de la musique, c'est vraiment amusant de travaiiler ensemble comme cela.

- Tu sors tes disques sur Type Records, comment s’est opéré la rencontre avec ce label ?
J'ai connu John Twells, qui dirige Type depuis des années. Nous nous sommes rencontrés avant qu'il n'ait commencé son label et partagions nos goûts en musique et diverses idées. Quand il s'est décidé de démarrer Type, il m'a demandé si je serais enclin à faire quelques albums. J'ai vraiment aimé la direction qu'il voulait emprunter et donc nous avons sorti la première réalisation de Goldmund, Corduroy Road, en 2005 et ensuite peu après nous avons sorti le 1er disque de Helios, Eingya, en 2006. C'est un grand label et je suis vraiment fier de travailler avec John et d'être entouré par le très bons artistes du label.

- Entretiens-tu des relations privilégiées avec certains artistes du label : Xela, Peter Broderick…
John (Xela) et moi somme très liés et nous avons participé à quelques concerts ensemble. Nous allons jouer au Japon ensemble en août. Je connais beaucoup d'autres artistes du label et j'ai joué plusieurs concerts avec beaucoup d'entre eux aussi. J'étais vraiment heureux de pouvoir travailler sur le design du dernier album de Goldmund avec Erik (Deaf Center/Knive). La première fois que
nous avons joué ensemble, c'était dans un planétarium de 100 ans à Bruxelles et le set de Centre Sourd m'a juste soufflé. Je suis en lien également avec Peter Broderick. La dernière fois qu'il était rentré chez lui à Portland, nous avons passé une chouette soirée à jouer au bowling ensemble.

- L’album « Caesura » (ton dernier sous le nom d’Helios) est sorti il y a quelques mois. Si tu devais le présenter à une personne peu avertie, qu’en dirais-tu?
C'est un album qui est assez accessible si vous êtes friands de choses de style ambiant /post rock. Donc il serait pour les gens fans de Brian Eno, Boards of Canada et les versants plus softs de groupes comme Sigur Ros et Explosions in the sky.

- L’esthétique  graphique d’Helios utilise une photographie qui présente souvent la nature  dans tous ces états… ? Est ce le signe d’une orientation artistique affirmée, ta musique serait-elle bucolique ?
Je pense que la musique représente en général une forme idyllique de ce qui nous entoure. J'aime vraiment travailler avec Matthieu Woodson (qui a collaboré pour Eingya et Caesura). Je lui donne une idée générale de ce que je veux et il me présente ensuite des tonnes d'idées fabuleuses . Il était donc difficile de choisir mais je suis vraiment content du résultat final. J'ai donné carte blanche à Ashley Goldberg pour lapochette de Ayres : elle a fait une très belle pochette où le thème de la nature est omniprésent.. donc je suppose que c'est le type d'images qui semblent venir en tête.

Tu es installé à Portland ? Es-tu originaire de cette ville ? Est ce une ville où il se passe des choses intéressantes sur le plan culturel ? Es-tu en lien avec d’autres artistes ou label de là-bas (Eluvium, Audiodregs…)… ?
Je suis originaire de Pennsylvanie, mais avec ma femme nous nous sommes installés à Portland après s'être rencontrés à Boston (où je suis allé à l'école). J'adore Portland, il y a beaucoup d'événements intéressants qui se passent ici et des tas de musiciens/artistes qui font de belles choses. Matthieu (Eluvium) est un chouette type, nous avons joué l'année dernière à Seattle au Decibel Festival  et on s'est rencontrés à plusieurs reprises sur des événements semblables dans les environs. Je pense que nous jouerons bientôt à Portland. J'ai connu Grouper au moment où nous avons fait un showcase Type records à Chicago il y a déjà quelques années.  Quant à Peter Broderick et sa talentueuse soeur Heather, ils sont de Portland aussi, donc ils ont été impliqués dans beaucoup de grandes choses ici et  maintenant c'est au tour du reste du monde !

- Pour mieux comprendre ton univers, quels sont tes influences ou en tout cas tes références en matière de littérature, cinéma, musique… ?
Je suis un grand fan de cinéma, j'aime la musique de film aussi comme Thomas Newman et Mychael Danna, et sans nul doute toutes ces  images m'ont au cours des années beaucoup influencé. J'ai tendance à aimer les  films lents de réalisateurs comme Tarkvosky/Terence Malick etc ... je pourrais te donner une liste de centaines de livres et de films, et tout cela a de l'influence sur ce que je compose. En gros, tout ce qui me tombe dans les mains et que j'aime
découvrir m'influence.

- Quels sont tes prochains projets ? Je vois que tu édites également des cdrs ?
Pour quelles raisons…
J'ai fait des sorties en CDR disponibles sur mon site Web, qui est chouette. C'est une façon sans contrainte et directe d'être plus en lien avec les fans et faire un tirage plus limité de cette façon. Je m'amuse à personnaliser les cds en insérant des petites notes et je les emballe avec des petites touches individuelles. C'est quelque chose que je voudrais continuer à faire, et bien sûr je vais aussi faire des sorties plus traditionnelles à l'avenir. Je travaille sur un autre album pour Goldmund, une collection de chansons Guerre civile. Egalement, un album pour Mint Julep et un Helios LP. Dormir peut bien attendre de toute évidence. J'espère que tout cela sortira pour l'année prochaine, voire fin de cette année.

-Ta représentation de la France et de ce qui s’y fait sur le plan musical aujourd’hui ?
J'ai aimé M. Oizo et Ed Banger. Autres Directions in Music produisent également de très belles choses.  J'ai fait un remix pour Propergol Y Colargol en 2007. Je dois admettre être aussi un fan de Daft Punk, leur album 'Homework' est génial.

- Ta vision du monde et de son évolution, es-tu plutôt quelqu’un qui serait sur plutôt un versant mélancolique (ta musique nous prêtent à le croire) quant au traitement de la vie et de son analyse ?
J'ai tendance à être très calme et introverti, assez timide. Mais je pense que la musique prend quelque chose de différent en moi. J'ai écrit de la musique qui peut sembler pleine d'espoir alors que je ne l'étais pas personnellement, et vice versa, mais je pense que c'est une expérience personnelle pour l'auditeur et avec un peu de réussite, la musique est assez ouverte pour  qu'elle puisse permettre aux gens de ressentir des choses différentes.

Entretien réalisé par Cyril/traduction Stéph


DEAD GAZE- The Pride of Calling Panther Lake

dead-gaze-2Le Mississipi a toujours été agité par de grandes questions : union ou sécession ? intégration ou ségrégation ? Sens de coulée du fleuve : vers le haut ou vers le bas ? Surement le genre d'interrogations qui viennent à l'esprit de R. Cole Furlow, l'homme derrière Dead Gaze, au moment de composer. A vrai dire, je suis tombé par hasard sur ce cd (qui n'en est pas un puisque uniquement disponible sur le web) au détour d'un argumentaire qui est tout sauf tape à l'oeil : « My name is R. Cole Furlow. I make songs about where I'm from ». En intitulant ses chansons « I'm used to this life », « Been a mistery », « Married in montana » ou « Simple man » R.Cole pose le décor : la célébration de ce territoire aux grandes plaines forestières sera teintée de mysticisme et de mélancolie. Musicalement des éléments psychédéliques (utilisation du trémolo sur la voix), issus du field recording ou du flower rock se mélangent pour un rendu foncièrement pop : ça s'écoute d'une traite et ça reste en tête. Un début prometteur à l'heure de l'explosion d'une scène lo-fi qui se rapproche de plus en plus de sa date de péremption.

Nicolas

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DEAD GAZE - Future Loves and Sing-Abouts


Snd - Activism (Raster- Noton)

snd1Une des pierres angulaires du mythique - et défunt - label Mille Plateaux, le duo anglais snd ne pouvait que se retrouver sur Raster-Noton pour la suite de ses aventures, neuf années (et oui, déjà!) après la sortie de son dernier opus sur la tant regrettée structure fondée par Achim Szepanski (exception faite du triple vinyl 4, 5, 6 de l'an dernier).

Les excellentes habitudes conservant leur très robotique - tiens, le terme rime avec extatique - vigueur en cette fin de première décennie du 21è siècle, Mat Steel et Mark Fell maintiennent plus que jamais leur place au sommet de la hiérarchie überminimaliste, aux côtés des - who else ? - alva noto et Pan Sonic. Comme toute démarche un tant soit peu recherchée, celle remarquable d'AtomTM par exemple, l'auditeur sera immanquablement sollicité à franchir le pas qui le sépare du Rubicon glacé aux multiples craquelures glitch que forme cet Atavism. Les premières épreuves franchies, le corps tout entier expurgé de ses restes de chaleur humaine, la satisfaction - masochiste en son commencement, expiatoire en son terminus - le rendra définitivement accro à une œuvre qu'on peut déjà classer parmi les meilleures de la maison menée de main de maîtres par Carsten Nicolai, Olaf Bender et Frank Bretschneider. Et en soi, c'est un énorme exploit qui, nous l'espérons ardemment, ne nous fera pas patienter neuf autres années.

Fabrice

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SND - 14


On y étais - Liars

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LIARS ou l’Initiation à la danse des possédés, 28 mai 2009 au Cabaret Sauvage.

Bricoler un papier sur un concert des Liars me paraît un exercice, au lendemain du dit événement, aussi difficile que de décrire une tempête dévastatrice, un tsunami voire un cataclysme entraînant une possible fin de notre monde.
Autant dire que je suis mal.
D’emblée, un dilemme : s’agissait-il de regarder ce show d’un œil professionnel et distant en prenant quelques notes, ou bien ce que mes viscères m’ont commandé de faire, tout laisser tomber et me laisser porter par ces trois types complètement malades ? (je ne pense pas aller trop loin en avançant qu’une « normalité mentale » exclue la possibilité d’accoucher de telles compositions). Je me la suis donc jouée Gonzo. J’ai bu deux pintes et demi pendant les premières parties (y a-t-il quelque chose à dire sur les Black Lips ?) et j’arborais ainsi une mine totalement détendue et une oreille tout à fait disponible quand Angus Andrew et ses deux acolytes ont investi la scène et pris en main nos esprits embrumés.
La dernière fois que je les ai vus, ils venaient de sortir leur deuxième album They Were Wrong, So We Drowned qui prenait alors un tournant inattendu : partis d’un punk/funk influencé lo-fi electro, les Liars se sont lancés dans ce qu’on pourrait qualifier de musique expérimentale bruitiste et franchement tribale où se mêlent à l’infini les percussions sèches, les guitares maltraitées et la voix possédée d’Andrew. Deux albums plus tard, ils sont toujours là. On dirait même que leur présence s’est densifiée : exit maquillage et de fringues délirantes (et artistiquement trouées), nul besoin de d’artifice pour affirmer un charisme indiscutable.
Mélangeant anarchiquement des titres de tous leurs albums (pas de nouveau à l’horizon d’ailleurs), les Liars nous ont embarqués dans une transe lancinante et contagieuse. On pourrait définir leur son en un seul mot : VAUDOU. Notre esprit disconnecté s’est laissé emporter, réveillé par moments par les cris du chanteur… Mais n’allez pas imaginer tout cette « cérémonie » était glauque ou désespérée. Car si leur musique se teinte résolument d’un noir profond, l’état dans lequel elle nous a plongé ce soir, était tout sauf de la tristesse. Il y avait bien longtemps que je n’avais ressenti physiquement la fébrilité et la puissance d’une musique en live. Comme si la salle entière pouvait écouter avec tout son corps, pas seulement avec ses oreilles et sa tête !
Le concert n’a duré qu’une heure, mais le temps n’avait finalement plus aucune réalité, il aurait tout aussi bien pu durer trois heures. Les Liars possèdent cette capacité à prolonger leurs morceaux à l’infini en embarquant un public toujours plus consentant, c’est peut-être ça qui est, au bout du compte, le plus impressionnant. En débriefant avec mes compagnons de concert, nous avions tous le sentiment de sortir d’une parenthèse temporelle, un rêve sauvage et noir ayant profondément imprégné nos esprits.

Vraiment sauvage ce cabaret.

Virginie Polanski.

Photos

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Sunn o))) – monolith & dimensions (Southern Lord Records)

sunn100Le tant attendu nouvel album de sunn o)) est enfin arrivé. Il faut bien avouer que le buzz avait été savamment orchestré par le duo O'malley-Anderson : révélation d'un casting de rêve [Oren Ambarchi, Attila Csihar (Mayhem), Dylan Carlson (Earth), Julian Priester (Sun Ra, John Coltrane’s African Brass band) rien que ça], aucun exemplaire promo distribué, interview en mode « érudition complaisante » de tous les protagonistes de l'album par le web magazine The WIRE, etc... On avait pas vu ça depuis la sortie du dernier Mylène FARMER. Bref, passons.Comment aborder ce cd ? De prime abord et vu le casting, je serais tenté de dire que c'est le cd de l'ouverture (sic). Oui, oui la même qu'en politique, du moins sur le principe : on invite des individus d'un autre bord dans le but de former un groupement plus consistant. A ce sujet sunn o))) n'en est pas à son coup d'essai : une grande partie de sa discographie est parsemée de collaborations diverses et variées qui sont longtemps restées dans le domaine du métal [boris, xasthur, burzum] ou de la noise [merzbow, john wiese]. N'oublions que le duo-socle de sunn o)) est composé de deux metalheads (O'malley s'occupait d'un fanzine orienté black métal dans les 90's). L'évolution marquante du groupe sur ce cd se situe donc davantage dans la concrétisation sonore d'un rapprochement avec de nouvelles sphères musicales (jazz cosmique et chant grégorien principalement); rapprochement entrepris depuis DOMKIRKE, leur précédent enregistrement live. Ils s'en défendront peut être mais on sent quand même poindre la volonté de la part de sunn o)) de sortir du format « happening musical » dans lequel ils s'étaient enfermés (multitudes de side project à l'intérêt plus que douteux) au profit d'une formule moins linéaire, davantage axée sur des compositions abouties. Le résultat est une semi réussite et une histoire de référentiel : à titre personnel, Black One (un de leur précédent opus) est mon disque-référence dès lors que j'aborde les musiques lentes et bourdonnantes; tout y est : ambiance claustro, son monolithique, haine palpable... Au bout du compte la production un peu trop propre de ce monolith & dimensions fait perdre à sunn o)) l'avance qu'il avait sur pas mal de ses concurrents.

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Tracklisting

Sunn o))) – monolith & dimensions (Southern Lord Records – 2009)

01. Aghartha
02. Big Church
03. Hunting & Gathering (Cydonia)
04. Alice


Chris Garneau - No More Pirates

Le jeune New-Yorkais nous avais ébloui, il y a deux ans déjà, avec son Music for Tourist qui reléguait à lui seul aux oubliettes toutes nos chansons piano-voix préférées. Chris Garneau sortira au mois de juillet son second album, El Radio, qui profitera plus rapidement que son prédécesseur d'une diffusion internationale et tentera de convertir un peu plus d'auditeurs avertis à ses compositions délicieuses, délicates et dépouillées  qui feront passer celles d' Antony et ses Johnsons pour de lancinantes jérémiades.

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Chris Garneau - No More Pirates

Tracklist

Chris Garneau - El Radio (Fargo, 2009)

1. The Leavi​ng Song
2. Dirty​ Night​ Clown​s
3. Raw and Awake
4. Hands​ on the Radio
5. No More Pirat​es
6. Firef​lies
7. Homet​own Girls
8. Over and Over
9. The Cats & Kids
10. Lucio​les en re Mineu​r
11. Thing​s She Said
12. Pirat​es Repri​se

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Grizzly Bear - Two Weeks

Two Weeks, clip du premier single du déjà meilleur album de l'année "Vectamitest" selon la presse bien pensante, où les membres de Grizzly Bear se font tirer le portrait façon tête à claque. Cette vidéos, réalisée par Patrick Daughters, vidéaste attitré des stars de l'antinomique "indie-pop"  et à qui l'on doit notamment  le clip de Feist, dansant une indigne macarena ou, plus récement, le dernier  Depeche Mode, est dans la lignée de ce que le californien  nous a gratifié jusqu'alors : des prouesses techniques au détriment de l'Idée.

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Sharam Jey Feat. Princess Superstar - Monday Morning

Petite fête entre amis qui tourne au grand n'importe quoi. Le clip de Monday Morning, pépite electo trash et premier extrait du prochain album de Sharam Jey, invite Princess Superstar en fond sonore et quelques unes de ses copines allemandes à montrer leurs culotte à la petite camera indiscrète et maligne. Frustration de ne pas en avoir été  assurée.

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