The Wave Pictures – If you Leave it Alone

Il y a des groupes que l’on croirait d’un autre âge, d’autres que l’on imagine venus d’ailleurs. Visages poupons, mines radieuses, les Wave Pictures semblent jouer en toute décontraction les gammes de leurs grands parents américains. L’Amérique du grand ouest, celle d’une géographie fantasmée ralliant l’orgueilleuse country texane à l’intimiste folk californienne. On se surprend à deviner la boue séchée sur leurs bottes, la brindille de paille malicieusement fourrée au coin de leurs lèvres. On est pourtant loin du compte, à quelques milliers de kilomètres près. Loin d’un disque de débutant, If you Leave it Alone est le huitième du nom, en dix ans de carrière, des natifs de Wymeswold, petit village d’une poignée d’habitants, proche de Leicester. C’est dans ce coin un rien paumé, en plein cœur de la brume crachoteuse des Midlands, au centre de la Perfide, que Dave Tattersall (chant, guitare) et Franic Rozychki (basse) forment dès 1998, en guise de galop d’essai, Blind summit. Quelques reprises de vieux formats punk plus loin (des ramones aux stooges), Jonny Helm les rejoint (batterie), et le groupe, définitivement rebaptisé Wave Pictures, s’installe à Londres. Là, les trois gaillards enchaînent les concerts et tissent leur réseau, s’accommodant autant de l’avion pour sauter l’Atlantique et comploter avec Jeffrey Lewis que du channel pour traverser la manche et s’acoquiner avec Hernan Düne (Catching light: the songs of André Herman Düne 2006). Instant coffee baby, sort en mars 2008 et assoie définitivement le groupe au rang d’incontournables troublions de la scène pop actuelle tant chaque morceau est désarmant de générosité et d’espièglerie narrative (entre autres, il est question de cafetière italienne, de Casius Clay, de confiture…). Les bases de leur son semblent ici jetées, entre basse suave et guitare rêche, voix nasal et batterie sèche. Une formule adéquate pour une tripoté de morceaux potaches et enjoués transpirant de virtuosité et navigant dans les eaux territoriales de Jonathan Richman (Kiss me, Just Like the Drumer, Leave the Scene Behind). Sorti en catimini à la rentrée, If You Leave It Alone prend le pari de ne pas reprendre les choses là où les dernières notes lascives d’Instant Coffeee Baby les avaient laissées. S’il est toujours question d’avaries sentimentales ou d’autres potins rabroués, le ton change, intimement apaisé. Ce disque « n’a pas été engendré dans la difficulté. […] J’ai plein d’exemples où avoir envisagé les choses avec légèreté et facilité s’est avéré être la meilleure solution, et cet album est l’un de ceux-là”. Dave Tattersal trace, le doigt dans le ciel, la feuille de route de ces douze compositions nimbées de soleil. D’émouvantes ballades, magnifiées d’une subtile trompette (If youleave it alone, My kiss, Come on daniel), se mélangent à d’intrépides escapades country (Canary Wharf, Bumble Bee, Softly you, Softly me), quand bien même l’humour et le handclap font bon ménage (Bye bye belly). Tiny Craters in The Sand et ses chœurs nonchalants rappelle la fougue d’Instant coffee baby, tandis que Nothing can change this love clôture d’une fragile comptine If You Leave it Alone, disque que l’on aura tôt fait de ressortir en plein hiver, à ces heures où la lumière vient à manquer.

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Tracklist

The Wave Picture – If you Leave it Alone (Moshi Moshi, 2009)

1. If You Leave It Alone
2. Canary Wharf
3. My Kiss
4. I Thought Of You Again
5. Tiny Craters In The Sand
6. Bumble Bee
7. Come On Daniel
8. Too Many Questions
9. Bye Bye Bumble Belly
10. Softly You, Softly Me
11. Strawberry Cables
12. Nothing Can Change This Love