RE(FLUX) 5

RE(FLUX) n’est pas une mixtape. RE(FLUX) est un revue « passé, présent, futur » de disques que l’on ne peut se résoudre à passer sous silence. RE(FLUX) est une publication hebdomadaire changeant de mains et d’optique à chaque numéro. RE(FLUX) à vocation à être sommaire, partiel et subjectif. RE(FLUX) n’est pas une mixtape, mais peut s’écouter – en fin d’article – comme une mixtape.

RE(FLUX) 5

Samantha Glass – Seasonal Seduction (Not Not Fun)

Sous une patronymie à connotation plus que féminine, Samantha Glass – évoquant un croisement devant l’éternel de Samantha Fox et Phillp Glass – le ténébreux Beau Devereaux s’apprête à sortir, via le toujours très productif label Not Not Fun, son premier LP, Mysteries From The Palomino Skyliner. Une invitation au voyage, entre gravitation et introspection, qu’il serait malencontreux de ne pas accepter tant les volutes synthétiques du grand escogriffe s’avèrent convaincantes. Introduisant la trilogie Return To The Sky (Pt. 2 & Pt. 3), la déjà parue (Celestial Night Skyse – NNF, 2011) et retravaillée Seasonal Seduction, laisse choir toute notion de temporalité, à mi-chemin entre odyssée schultzienne et l’Urban Gothic d’un Xander Harris voisin de label.

Lives Of Angels – Imperial Motors (Dark Entries)

Si Gerald O’Connell doit une grande partie de ses divagations musicales à Gary Ramon, leader de The Modern Art, avec qui il expérimenta à satiété (Mystery Plane, Disintegrators), son chef d’oeuvre discographique, au génome froidement new wave, il se l’est fadé tout seul, via le nom d’emprunt Lives Of Angels. Les anges déchus ayant une vie, O’Connell trouve un chemin vers leur eden synthétique entre 1981 et 1983, période d’enregistrement d’Elevator to Eden. Initialement paru sur l’obscur Color Tape Records, ce dernier est pour la toute première fois réédité en version vinyle par l’indispensable label Dark Entries, à qui l’on doit d’incalculables réminiscences post-punk / minimal-synth (lire).

Deux – Golden Dreams (Minimal Wave)

Après leur LP en 2010, le label-blog Minimal Wave, initié par Veronica Vasicka (lire), réédite le EP Golden Dreams du duo lyonnais Deux en y adjoignant un inédit. Formé au début des années quatre-vingt par Gérard Pelletier et Cati Tete, Deux symbiose sans équivalent la désinvolture très française d’un Jacno aux perspectives robotiques et futuristes de Kraftwerk. Si Game & Performance, présent sur le premier volume de la compilation Minimal Wave, attestait sans complexe d’une telle prétention, Golden Dreams n’est pas en reste, déployant un romantisme aux soubassements métronomiques.

Jeff & Jane Hudson – The Stance (Electric Voice Records)

Réédité via Dark Entries et Captured Tracks, le double LP Flesh a longtemps fait office de témoignage discographique pour l’un des duos synth-pop US les plus recommandables, Jeff & Jane Hudson. Désormais, les choses ne sont plus tout à fait pareil depuis que Matthew Samways, géniteur du label Electric Voice Records (lire), titille la fibre créative du duo presque octogénaire. Si le EP In My Car / Computer Jungle leur remettait dès 2011 le pied à l’étrier, les deux retraités ne se firent pas prier pour composer The Stance, balade pour synthétiseurs incluse sur la première compilation du label – à glaner par ici et comportant divers autres inédits d’Auto Melodi, Ariel Pink, Innergaze, Chevalier Avant Garde ou The KBV. Il se murmure d’ailleurs que Jeff et Matt travaillent conjointement sur un projet digital dont la substantifique moelle sera révélée dès 2013.

Sam Rosenthal – Year 90-10 (Mannequin Label)

Extrait du LP Tanzmusik de Sam Rosenthal, tout récemment réédité par le label romain , Year 90-10 est une sorte d’apologie de l’electronic mood-music délayant un sentimentalisme maniéré le temps d’une rêverie stellaire ondoyante. Pionnier d’une darkwave américaine, mêlant ambient et ornements gothiques, et fondateurs, entre autres, du trio culte Black Tape For A Blue Girl, Sam Rosenthal livre sur Tanzmusik, enregistré le plus rudimentairement du monde, l’une de ses facettes les plus attachantes, à mille lieus de celle exposée dans ses livres fleurant bon le purin.

Trésors – Roman Polanski démo

Glissée à l’orée de l’été dans nos esgourdes, l’ode au réalisateur de Rosemary’s Baby par Trésors s’inscrit tel un prémisse engageant à la mue synthpop des compositions du duo parisien. Leur remix de Joie Noire ne fait qu’enfoncer le clou d’un intérêt démultiplié par l’attente d’un EP, mixé cet été aux Etats-Unis en compagnie de Chester Gwazda (Future Islands, Dan Deacon) et à paraitre en novembre sur Desire Records. La traduction scénique de ce dernier prendra corps dès le 13 septembre prochain à la Flèche d’Or, bien entouré de Mi Ami et The Present Moment (Event FB).

Gary War – Thousand Yard Stare (Spectrum Spools)

Souffrant sans aucun doute de prestations live tutoyant le néant émotionnel, Greg Dalton, plus connu sous le sobriquet de Gary War, semble promis à oeuvrer dans l’ombre d’un John Maus à la tonicité extatique, quantifiée sur scène en litres de sueur. Pour preuve, le new-yorkais vient de sortir Jared’s Lot en juillet dernier sur Spectrum Spools, et tout le monde – ou presque – s’en carre. Il y a de quoi s’enthousiasmer pourtant à l’écoute des arabesques transgenres prodiguées par le co-fondateur, avec Taylor Richardson, de Fixed Identity. S’extirpant de l’ornière new-wave-lo-fi dans laquelle il s’était quelque peu cantonné – coincé entre John Maus et Blank Dogs – Greg Dalton aère ses tentations claustrophobes de quelques embardées électroniques à haute teneur onirique, balayant d’un coup d’un seul les vaines prétentions expérimentales qu’il déploie, avec ce même Richardson, au sein d’Human Teenager. Thousand Yard Stare ne fait pas qu’ouvrir Jared’s Lot. Elle ouvre un monde de possibilités.

Unhappybirthday – Invasion (Crash Symbols)

Unhappybirthday est un trio procédant de Wismar, l’un des villes les plus nordiques et suédoise d’Allemagne. Ami de Nikki Nevver (Terror Bird) et dégoisant une cold-pop empruntant tant aux arrangements dépouillés de Young Marble Giants, à la glauquitude industrielle de Throbbing Gristle qu’à la new wave teutonne (D.A.F.), Daniel Ja, Tommi Schreck et André Buh viennent de signer leur début via un LP cassette, Sirup, sur Crash Symbols. Invasion, à la patine post-punk évidente, pose convenablement le décorum, entre promesses futures et jubilation maladroite.

Femminielli – O Sodoma (Mind)

Le crooner stakhanoviste à consonance transalpine, Bernardino Femminielli, ne s’embarrasse d’aucune gêne pour susurrer O Sodoma, hymne au batifolage ludico-érectile, à paraitre sur un 7″ du nouveau venu japonais Mind, qui initiera ces jours-ci sa collection de single par l’intermédiaire de l’omniscient Dirty Beaches. Tout se beau monde se retrouvera d’ailleurs le 28 septembre prochain au Point Ephémère (Event FB), événement tout autant attendu que la sortie du LP Double Invitation sur Desire Records de Bernardino, partiellement défloré en mars dernier avec Actriz lors d’une interview (lire) dans laquelle celui-ci prétendait avoir marier des plages dansantes atmosphériques à des ballades olympiques. On lui fait confiance sur parole, mais on préférerait l’entendre pour le croire. Les yeux mi-clos.

RE(FLUX) MIX 5

01. Samantha Glass – Seasonal Seduction
02. Lives Of Angels – Imperial Motors
03. Deux – Golden Dreams
04. Jeff & Jane Hudson – The Stance
05. Sam Rosenthal – Year 90-10
06. Trésors – Roman Polanski
07. Gary War – Thousand Yard Stare
08. Unhappybirthday – Invasion
09. Femminielli – O Sodoma