RE(FLUX) 11RE(FLUX) n’est pas une mixtape. RE(FLUX) est une revue « passé, présent, futur » de disques que l’on ne peut se résoudre à passer sous silence. RE(FLUX) est une publication (presque) mensuelle changeant de mains et d’optique à chaque numéro. RE(FLUX) à vocation à être sommaire, partiel et subjectif. RE(FLUX) n’est pas une mixtape, mais peut s’écouter – en fin d’article – comme une mixtape.

RE(FLUX) 11

Lee Noble – December∞

On était presque passé à côté. Presque seulement, car la beauté spectrale des chansons de Lee Noble s’immisce à soi par les raccourcis les plus directs, ceux d’une mémoire encore enorgueillie d’un très beau split EP avec Ensemble Economique, Motion Forever, paru sur Hands in the Dark. Pour son retour, le Californien fait coup double sur Bathetic Records avec la réédition de No Becoming, originalement paru en 2011 en cassette sur Sweat Lodge Guru, et la parution de son magnifique LP Ruiner, oscillant entre brumes magnétiques et fragments mélancoliques. Si les prémisses humides de l’hiver avaient un nom, Lee conférerait le sien : Noble, à bien des égards.

Russian Tsarlag – Gagged in Boonesville

Carlos Gonzales vient de Floride (Tampa) et joue de ses patronymes – Russian Tsarlag ou Russian Tsarcasm – pour répandre sans discontinuer sa verve bordélique, conjuguant d’un même élan aussi halluciné que lo-fi surréalisme lynchien et gouaille chère à Daniel Johnston. Se délestant d’un indispensable LP, Gagged in Boonesville, encore via Not Not Fun, celui que l’on avait interviewé il y a quelques années déjà (lire) se taille par ailleurs une réputation par ses performances aussi déjantées que captivantes. Et bientôt prévues pour ce côté-ci de l’Atlantique.

Cough Cool – Misfits 4×4

C’est une réalité, Dan Svizeny, agissant au sein de Cough Cool, enchaîne année après année les bons disques, faisant résonner d’indicibles mélodies sous les gravats d’un shoegaze irradié, sans que grand monde s’en émeuve. Et même si on aime garder quelques secrets, celui-ci se doit d’être éventé. Ainsi, après Lately en 2011, le natif de Philadelphie offre un 29 de haute volée via Bathetic Records.

Jacuzzi Boys – Domino Moon

Hardly Art tient avec les Floridiens de Jacuzzi Boys l’un des groupes conjuguant le mieux sonorités garage, électricité fuzz et bon sens mélodique. Parfois trop appliqués, parfois pas assez, mais à coup sûr toujours dans le mille lorsqu’il s’agit de dégoiser un morceau sucré et volage mais joliment caréné. Sorti en septembre dernier, leur dernier album, éponyme et aussi inégal que guilleret, recèle de foutues envolées, classiques mais bien troussées.

Solids – Traces

Avec Solids, les Canadiens Louis Guillemette et Xavier Germain-Poitras n’ont besoin que d’une guitare et d’une batterie pour se mettre à dos tous les ORL que compte notre bas monde. Mais au-delà du bruit, de la compression des oreilles sous un ouragan de saturations et de cognements, se dégagent d’imparables et rudimentaires mélodies aussi jubilatoires que celles d’Unsane, Fugazi ou The Men à leurs débuts (lire). Intense et cadencé, leur premier LP, Blame Confusion, vient de paraître via bandcamp : à surveiller comme du lait sur le feu.

Drenge – Face Like Skull

Avec les freluquets de Drenge, le nord de l’Angleterre, celle de la mine et du charbon, voit éclore un énième duo associant guitare et batterie sous fortes influences nineties. Faut dire, les frangins Eoin et Rory étaient à peine nés quand Cobain décida de se plomber le cerveau. Pour autant, il serait un peu rapide de les taxer de revivalistes bénins et de ne pas se laisser séduire par leurs efficaces saillies blues rock parcourues d’une voix à la singularité tranchante : soit on aime, soit on déteste. Leur premier LP est paru en août sur Infectious Records.

Parquet Courts – You’ve Got Me Wonderin’ Now

Y’a pas à chier, Parquet Courts restera de loin la grosse révélation rock de l’été des festivals et particulièrement de La Route du Rock (lire). Mais en plus d’une réputation scénique plus que solide donc, les New-Yorkais ne sont pas les derniers à l’heure de coucher leurs intentions chatouillant l’urgence punk sur le sillon : un LP, Light Up Gold, et un EP, Tally All the Things That You Broke, en moins d’un an sur le label What’s Your Rupture?. C’est de ce dernier paru en octobre qu’est issue la sautillante You’ve Got Me Wonderin’ Now.

No Age – An Impression

Inutile d’ergoter sur leur régime alimentaire ou sur ce que certains se plaisent à dénommer de l’art punk s’agissant des Californiens de No Age. On s’en contrebalance pas mal d’ailleurs de ce que d’autres leur reprochent, leur relatif assagissement sur l’autel de mélodies plus raffinées. Car, album après album, les mecs se font une discographie à faire rougir n’importe quel herbivore. Et An Object, dans son flamboyant et conceptuel packaging vert et orange, ne déroge pas à la règle. Paru fin août, une nouvelle fois via Matador Records, le disque s’inscrit dans la lignée du précédent Everything in Between (lire) dans sa tentative de domestication d’une électricité autrefois brute de décoffrage avec un savoir-faire confinant au coup de maître : entre ferraillage en règle et dodelinement dénué de batterie émergent de sublimes et pénétrantes bravades dont An Impression fait figure de manifeste.

Saroos – Tsalal Nights

On les tenait pour perdus, absents des radars depuis 2010 et l’élégant See Me Not (lire) paru conjointement sur Anticon et Alien Transistor, mais les Allemands de Saroos sont récemment ressortis des bois, presque en catimini, avec le bien nommé Return (Alien Transistor). Pourquoi tant de discrétion lorsque l’on connaît le pedigree de ce trio comportant avec Florian Zimmer, Christoph Brandner et Max Punktezahl des membres plus qu’actifs d’Iso68, Contriva, Lali Puna, Console et The Notwist ? Peut-être et sans doute justement à cause de ces formations dont l’aura confinera sans doute à jamais ce projet réconciliant post-rock et électronica dans les caves de l’histoire. Pourtant, la décompression et l’aisance qu’induisent les morceaux de Return méritent bien plus que l’attention évasive de quelques fans de l’écurie Morr Music : s’éprenant de sonorités orientales pour sonder les tréfonds de leur part d’ombre, les trois musiciens congédient leurs instrumentations à quelques encablures de l’hypnose contemplative. Loin de l’ersatz kraut-pop, Tsalal Nights tourneboule à la lisière de l’envoûtement.

Hubble – A Long Way From Home

Le 29 octobre prochain, NNA Tapes sortira Hubble Eagle du stakhanoviste Ben Greenberg, par ailleurs membre de Pygmy Shrews, Zs et The Men et qui, sous le patronyme de Hubble, s’échappe sur les chemins de l’expérimentalisme ambient. À la fois psychédélique et minimaliste, son approche tonale s’exprime dans la répétition et la variation nées de guitares électroniquement transfigurées et dépecées en un mantra électro-acoustique désincarné et ouvertement hallucinatoire. A Long Way From Home est le morceau le plus bref et conclusif de cet LP faisant suite à l’avant-gardiste Hubble Drums paru en 2011 sur Northem Spy.

Mind Over Mirrors – Storing the Winter

Si l’on a évoqué Check Your Swing (lire) paru l’année passée via Hands in the Dark, Jaime Fennelly revient par le biais de son alias Mind Over Mirrors et Immune Recordings insuffler son chamanisme à la fois immobile et infini, tissant sa toile au moyen d’un harmonium et d’autres instruments classiques faisant le pont entre folklore et technologie, nature et immatériel. Son ultime effort When the Rest Are Up at Four, égrainé en septembre, charrie la gravité d’une transe solaire, indiciblement nimbée de lumière, issues de longues sessions expérimentales reclus solitairement, en ascète, dans un bungalow proche de Chicago. À défaut de Dieu, on opte pour la drogue.

Mixtape

01. Lee Noble – December∞
02. Russian Tsarlag – Gagged in Boonesville
03. Cough Cool – Misfits 4×4
04. Jacuzzi Boys – Domino Moon
05. Solids – Traces
06. Drenge – Face Like Skull
07. Parquet Courts – You’ve Got Me Wonderin’ Now
08. No Age – In Impression
09. Saroos – Tsalal Nights
10. Hubble – A Long Way From Home
11. Mind Over Mirrors – Storing the Winter