Purple Sounds #1

Récemment, j’ai proposé à Hartzine de faire une petite colonne sur les sorties hip-hop qui me plaisaient. Un peu sur le modèle du défunt Circuit Electric d’Eva Revox que j’aimais beaucoup, ce ne seront pas vraiment des chroniques mais plutôt une sélection guidée par mes goûts personnels et pas par l’actualité ou la hype du moment (n’étant ni journaliste, ni blogueur, ni quoi que ce soit d’approchant).

J’ai choisi ce nom de « Purple Sounds » après m’être replongé dans DJ Screw et avoir découvert surtout que l’Amérique avait même réussi à marketer cette drogue typique des rappeurs US : le purple drank, qui a donc sa fiche Wikipedia, sa recette à faire à la maison (moment LOL ici) et surtout sa version légale, sorte d’anti-Redbull marketé pour les jeunes adeptes du swag…

ASAP Rocky

Parfaite transition puisque je commencerai cette colonne avec celui qui est un peu partout en ce moment à savoir ASAP Rocky, un jeune New-Yorkais qui s’est fait connaître avec son Purple Swag, excellemment produit par Clams Casino. Un rap codéiné donc, qui repose sur des voix pitchées et des sons planants finalement pas si loin de Boards of Canada. Le chef de file du crew ASAP (dont je reparlerai sûrement) est LE gros espoir du rap US (il vient de signer un deal de 3 millions de dollars après avoir été une grosse sensation du festival CMJ). Espérons qu’il ne se perdra pas chez les majors car il dégage un vrai truc, renouvelle clairement le hip-hop new-yorkais et représente une nouvelle génération de jeunes rappeurs nourris à Ableton Live et aux samples shoegaze qui pourrait tranquillement mettre à la porte les pachas de l’industrie.

Une nouvelle mixtape vient de sortir, Live, Love, ASAP, avec des prod’ de Clams Casino (comme le Bass ci-dessous) et Tybeats (aussi du crew ASAP). Et bien sûr le clip immanquable (avec sa petite touche Aphex Twin à grillz).

Squadda B

Dans une veine qui, elle, reste plus undergound, un disque que j’ai beaucoup aimé est celui de Squadda B, issu de l’excellent duo Main Attrakionz (originaire d’Oakland), dont peu de monde a parlé. Doté du meilleur titre de l’année, I Smoke Because I Don’t Care About Death, 14 titres à peine masterisés mais qui dégagent pourtant une atmosphère assez inédite. On y retrouve encore Clams Casino (décidément un peu partout) mais les deux titres qui m’ont vraiment plu sont produits par Squadda B lui même. On n’est pas loin des productions vaporeuses qui font le bonheur des copieurs d’Animal Collective. On dirait presque du Cocteau Twins à la sauce hip-hop avec un petit feeling désespéré vraiment intense (2012). It’s All Love est vraiment différent avec son côté Scott-Heron, produit par Fizzy Womack (qui lui a déjà bossé avec le Wu-Tang et amène un côté plus 90’s).

Danny Brown

Dans une veine plus mainstream, j’ai vraiment aimé le disque de Danny Brown, que j’avais vu à Austin sur la scène Fader. Un rappeur qui vaut mieux que l’image qu’il dégage (un lust très BB Brunes swag dur à comprendre et qui visiblement lui a coûté un deal avec G-UNIT, 50 Cent détestant ses jeans slim). Pris en charge par A-TRAK et Fool’s Gold qui a sorti son disque XXX avec une pochette très fluo, Danny Brown se distingue par son flow nasillard, assez étonnant. Les instrus sont minimales mais vraiment habitées. Moment fort sur Lie4 et feeling indus sur Die Like A Rockstar à ne pas manquer.

Le disque est dispo gratuitement ici.

Azealia Banks

Petit plaisir coupable avec le 212 d’Azealia Banks, dont pas mal de gens parlent en ce moment. L’instru un poil trop 2009 pour être honnête (post-DJ Mujava comme on a pu l’entendre mille fois) est complètement sauvée par le flow de la jeune Américaine partagé entre gouaille southern hip-hop et gorge profonde soul. Jetez une oreille à Runnin’, sa collaboration avec Lunice, petit génie de la MPC montréalais et qui flirte plus avec un hip-hop minimal et synthétique. Il faut espérer que la petite Banks évitera de devenir la prochaine Kid Sister pour garder cette fraîcheur indéniable.

hasHBrown

Je finirai sur un dernier titre qui m’a bien plu, Death Penalty de hasHBrown, qui lorgne clairement vers Lupe Fiasco ou Wale mais avec une vraie personnalité et qui tranquillement met une petite fessée à Watch The Throne dont je me suis lassé au bout de trois écoutes. Son disque sort ces jours-ci…