La logorrhée journalistique se contente le plus souvent de chiffres, de dates ou de minces références bien senties pour conférer à un quelconque plan marketing les oripeaux d’une chronique désintéressée. Le monde dans lequel on vit est loin d’être parfait, mais c’est ainsi qu’il tourne, à l’envers, selon des logiques consuméristes à peine voilées, et ce, sans omission – ou presque. Difficile pourtant d’appliquer la sacro-sainte formule du genre au collectif techno Polar Inertia qui, après deux EP parus en 2012 sur le jeune label parisien DementedThe Indirect Light et The Last Vehicle, laisse œuvrer ses pairs – par le biais de remixes signés Abdulla RashimSilent Servant et Francois X – afin de planter le décorum post-apocalyptique de son électronique sombre, à la fois agressive et glaciale, et pourtant foutrement narrative et introspective. Les adjectifs se bousculent, cognent les tempes et égratignent l’imagination de leur fatuité, tant celle-ci se trouve happée, confisquée par une musique urbaine, omnisciente et pénétrante, dont le philtre addictif s’immisce à la frontière de l’imaginaire et du corporel. L’anonymat n’est pas ici une stratégie, il se vit comme un prolongement logique de l’écoute. Immergé dans les eaux troubles d’une hybridation drone-techno – à mi-chemin entre les productions des labels Blackest Ever Black et Sandwell District -, et n’hésitant ni à user de spoken words contextualisant, ni d’abuser de prouesses visuelles aussi abstraites qu’évocatrices, Polar Inertia reste de ces mystères que l’on préfère garder entier, obnubilé que l’on est par l’ampleur d’un son intensément gris, métallique, jouxtant à l’implacable mécanique rythmique de brumeuses respirations atmosphériques. A l’honneur des prochaines Siestes Electroniques de Toulouse (lire) dans le cadre d’une performance live quadriphonique – réalisée avec Dscrd et Bipolar -, Polar Inertia tire de ses prestations scéniques une vitalité aussi récrative pour le public que féconde en termes discographiques : c’est à l’occasion de soirées initiées par la nébuleuse The Only Way Out – ayant invité dans l’antre du Batofar Silent Servant et Abdulla Rashim – qu’est né le projet de cet EP de remixes, en pré-order à cette adresse et à paraître le 10 juin prochain. La cinquième référence d’un catalogue Demented que l’on souhaite long comme trois bras.

Streaming (PREMIERE)


Polar Inertia – Remixed EP (DEMENT3D Records, 10 juin 2013)

A1. Major Axis (Silent Servant Remix)
A2. The Last Vehicle (François X Remix)
B1. Black Sun (Abdulla Rashim Remix)

Vidéo