On y était : Plutominium au festival Visions 2016

Il se passe de bien belles choses sur Plutominium, cette étrange planète microscopique dans laquelle évoluent deux amibes esseulées : une grande gigasse désarticulée et facétieuse face à un mastodonte musculeux et incommode. Les deux protozoaires se rencontrent et se tournent autour, s’engagent dans une lutte assassine pour finir progressivement par se rapprocher et fusionner. Le fruit de cette hybridation donne naissance à un nouvel être unicellulaire baignant dans une totale plénitude…

Touché par la grâce divine (que Dieu les assiste), ce spectacle déborde d’inventivité. Là ou certains projets artistiques DIY ont souvent trait au trivial, au sordide et à l’humour grinçant, cette œuvre lumineuse montre un tout autre penchant. La désespérance de nos artistes lo-fi suinte par tous les pores faisant la part belle au cynisme ou à l’humeur de potence mais cette œuvre s’en distingue par son esthétique renouvelée. Ce spectacle s’adresse à tous les publics en dépit de son apparente naïveté et nous émeut avec la même immédiateté. Qu’importe la destination, nous retrouvons aussi aisément la cosmogonie fantaisiste de Gregaldur et d’Olivier Gonnet (Mimi Kawouin).

La musique de Plutominium est composée par Gregaldur qui, pour info « flash de dernière minute », a décidé de s’éclipser pour laisser place à un tout nouveau projet. Gregaldur s’efface au profit de « Héron Cendré » mais ces pseudos ne font qu’un car, tout un chacun peut pertinemment savoir qui se cache derrière ces différents avatars. La musique de Grhéronldur est reconnaissable entre mille projets « lo-fi-foutraques-jt’enfoutrais-moi-pouet-pouet-t’as-vu-ma-quéquette ». Elle a cet incroyable pouvoir qui est de nous faire passer par diverses strates d’émotions: de la totale régression à la profonde mélancolie pour finir dans la surexcitation la plus totale à l’écoute des morceaux hystériques cyber techno qu’il balance l’instant d’après. La mélancolie triomphe cependant car, quoi que nous fassions, elle nous saisit à la gorge sans nous puissions en contrôler ses effets. Ses petites comptines purement instrumentales aux cliquetis et tintements sonores subtils ont la particularité de nous y mener bien bien profondément.

Pendant le spectacle, qui se crée sous nos yeux ébahis et devant nos faces d’abrutis, Gregaldur s’engage physiquement dans des moments de pure folie qui viennent accompagner la narration. Il s’agite de toutes parts en faisant osciller un thérémine au moyen de ses faux bras géants incorporés à son costume de mutant. Olivier, quant à lui, projette ses ombres chinoises captées au moyen de différentes webcams sur un grand écran. En bon magicien occulte, il manipule ses différentes silhouettes confectionnées, qu’il dispose sur un support plane et les articule dans tous les sens afin de leur donner vie sur la toile projetée. Les images qui en découlent sont d’une troublante beauté, tantôt en noir et blanc tantôt floutées et quelques fois colorisées. Il est tout aussi admirable de regarder les images qu’il nous donne à voir que de l’observer en train de les créer.

C’est une création in situ qui se doit d’être synchronisée et bien articulée et nous sommes tout à la fois fascinés par le spectacle que par le dispositif déployé. L’économie de moyens favorise le déploiement de l’inventivité et de tous les concerts spectacles et performances auxquels il m’ait été donné d’assister, je placerais Plutominium au firmament des œuvres poétiques contemporaines bien gaulées.

Trailer

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