Paul Orzoni – Gabber zijn is geen schande !

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crédits photo  © Marije Kuiper

J’avais un peu plus d’une dizaine d’années au compteur quand le mot Thunderdome a commencé à circuler en France, importé de Hollande. Mes yeux d’adolescent n’y trouvèrent aucune identification possible d’autant plus qu’aux looks improbables qu’engendrait le gabber, je n’avais à l’époque aucune addiction à déplorer. Vingt années plus tard, Paris se fait l’écho d’un renouveau de cette ramification de la techno hardcore avec un public de plus en plus large et aguerri : des soirées Casual Gabberz à la Gabber Expo – du 1er au 13 mai au Point Éphémère – en passant par la récente Parkzicht Night à la Bellevilloise, la capitale a le coeur qui bat à 180 bpm. Afin d’appréhender cette résurgence hexagonale d’un gabber qui n’a finalement jamais baissé les bras au pays de la tulipe, on a préféré donner la parole Paul Orzoni, instigateur de ladite exposition, tout en invitant les chanceux (concours) le 10 mai prochain au Trabendo – paradis d’un soir du hakken avec Stepherd & Skinto, Maelstrom, La Carotte, Chosen Few et DJ Distortion en guise de line-up. Avec en prime un documentaire ci-après datant de 1995 et diffusé via l’émission Lola da Musica à la télévision hollandaise.

Audio

Entretien avec Paul Orzoni

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crédits photo  © Marije Kuiper

Paris, 2014. Pourquoi célébrer ce mouvement du début des années 90 principalement hollandais ?

L’idée du projet est né il y a trois ans. J’habitais Amsterdam et une série de signes pointant vers le gabber sont arrivés à moi. C’était une période ou le dubstep version EDM explosait, les rappeurs américains ne parlaient que de “Molly” sur des beats hybrides puisant allègrement dans les sonorités trance/rave. Puis il y’a eu cette vidéo de Soulwax, Cherry Moon on Vallium, comme une déclaration d’amour à une musique sous-estimée. À côté de ça je travaillais pour une agence de communication qui avait comme client ID&T/Thunderdome. J’ai donc eu l’occasion de découvrir réellement cette culture via une institution du genre. Tout de suite j’ai été fasciné et d’un coup les pièces du puzzle se sont assemblées et l’idée de monter un projet hommage au courant m’est apparue comme une évidence en totale adéquation avec l’époque. Aux Pays­-Bas, le gabber est tellement ancré dans la culture populaire qu’il est, je pense, difficile pour eux d’y porter un regard distancié. À Paris très peu de gens connaissent réellement le mouvement et c’est tout naturellement que le choix s’est porté sur ma ville natale pour organiser cet événement.

Comment définir le gabber, et d’où vient-il ? Quels sont ses figures, labels et clubs emblématiques ?

Musicalement, le gabber se caractérise par l’utilisation de kicks distordus et puissants et un tempo rapide pouvant aller de 150 jusqu’à plus de 200 bpm. On attribue souvent l’origine du mouvement aux soirées house du Parkzicht, club de Rotterdam où DJ Rob officiait tout les vendredis. Ses sets étaient composés de house, acid, belgium new beat auxquels il associait une boite à rythme, créant ainsi des basses plus “hard” que jamais. Ceci n’a pas tardé à attirer les danseurs house de tout le pays. Très vite le style se démocratise notamment au Energiehal, immense salle omnisports transformée les weekends en arène de la danse, où se retrouvaient les kids de Rotterdam. En à peine un an le phénomène est devenu national puis a envahi toute l’Europe et est même arrivé jusqu’en Australie. Les labels clés du mouvements sont entre autres ID&T Records, Rotterdam Records, Ruffneck Records ou encore Mokum Records.

Quel était le mot d’ordre gabber ?

Faire la fête, être avec ses amis, oublier ses soucis. Rien d’autre. Le mot “gabber” signifie “pote” en argot amstellodamois. L’esprit originel gabber est totalement apolitique. Pas de slogan, pas de mot d’ordre.

On parle souvent d’un véritable phénomène de société avec des codes, un style, une presse spécifique. Un véritable phénomène populaire ? 

Il faut se rendre compte que le gabber a littéralement envahi les Pays­-Bas en un temps très court. Tout les kids voulaient être gabber même s’ils n’aimaient pas forcement la musique. Cela a bien sûr attiré les promoteurs et les businessmen en tout genre qui ont flairé le bon filon. L’entreprise gabber la plus connue est ID&T qui a lancé la franchise Thunderdome en la déclinant sur tout les supports imaginables : festivals, compilations CD, K7, VHS, T-shirts, bombers et même un magazine : Thundermag. Il y’a aussi eu des tentatives d’édulcoration du style comme Moesselman ou Gabber Piet qui proposaient une version du gabber assagi tant au niveau de la musique que des paroles. Malgré le fait que ce genre d’artistes ait été très critiqué par la scène gabber, les titres qu’ils ont produit ont squatté les charts hollandais et étaient joués dans n’importe quel bal ou fête du village. Le phénomène fut court mais définitivement massif et populaire.

Aujourd’hui, quel est son héritage ?

Au-delà des courants hardcore qui continuent d’exister et d’évoluer, l’héritage du gabber est perceptible à de nombreux niveaux de la création contemporaine. Dans la musique, un courant comme le dubstep/EDM, de par une certaine violence, fait clairement écho au gabber. On note aussi l’utilisation de samples et de certains synthés hardcore/gabber chez des producteurs comme Araab Muzik, Flosstradamus, Major Lazerou encore Club Cheval. Dans la mode, la notion de cycle a remis au goût du jour les 90’s et le vestiaire gabber s’est vu ré­interprété par des créateurs comme Tom Nijhuis ou des marques comme Cassette Playa. Il y a aussi une certaine esthétique rave 2.0/ seapunk qui puise dans les codes gabber et que l’on voit se développer sur Tumblr.

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crédits photo  © Marije Kuiper

L’autre nom du gabber c’est mainstream hardcore. Comment était vu le gabber par les puristes du hardcore ?

J’imagine que certains ont dû voir d’un mauvais œil l’arrivée d’une branche mainstream mais je ne pense pas qu’on puisse parler de réelle opposition. L’interaction entre les deux mouvances est clairement là. Il n’est pas rare d’entendre Mescalium United ou Marc Acardipane au milieu de tracks plus “happy­hardcore”. Même si le gabber est considéré comme plus commercial, la scène a aussi fait émerger des artistes au son “dur” comme Rotterdam Terror Corps, Ruffneck ou Liza N’Eliaz, pionnière du speedcore révélée sur Mokum.

Niveau style vestimentaire, ça donne quoi ?

Le vestiaire gabber est 100% sportswear. La marque iconique du mouvement est Australian. Les “aussies“ sont des joggings aux couleurs et motifs criards siglés d’un kangourou. Ils s’accompagnent d’Air Max, notamment le modèle BW. Les bombers et les maillots de football sont aussi beaucoup arborés par les gabbers.

On associe souvent diverses drogues au mouvement gabber : les deux sont-ils indissociables ?

Nier le rapport des drogues au courant serait un mensonge. Le gabber représentait l’évasion pour les jeunes de l’époque et l’ecstasy et le speed aidaient au voyage. Le souci est que les médias ne l’ont abordé qu’à travers ce prisme et c’est évidemment très réducteur au regard de tout ce que ce courant a amené. Musicalement, personne n’avait jamais fait aussi fort, aussi rapide, aussi radical et c’est je pense ce qu’il faut retenir.

Une seconde vague gabber a émergé au début des années 2000. À part le niveau de bpm, quelle différence y a-t-il avec le gabber originel ? 

Effectivement, on distingue aujourd’hui hardcore et hardstyle, tous les deux ayant également leurs sous-­chapelles. Le hardstyle se distingue par un bpm plus lent (aux alentours de 150), l’utilisation de mélodies plus “cheesy” et des kicks plus secs.

Peux-tu présenter la Parkzicht Night, ainsi que l’exposition qui aura lieu en mai au Point Éphémère ?

L’ambition de notre événement est à la fois de rendre hommage au courant en mettant en avant les acteurs originels de cette culture mais aussi de montrer à quel point le gabber représente une source d’inspiration pour les créateurs d’aujourd’hui tant en musique que dans la mode et l’art en général. C’est en suivant ce leitmotiv que nous avons constitué le line-­up de la soirée GABBER, A PARKZICHT NIGHT. Nous avons donc d’un côté DJ Rob qui nous replongera dans l’ambiance du mythique Parkzicht avec un set 100% old­school gabber et de l’autre Panteros666 et Boaz Van De Beatz, tous deux représentants d’une nouvelle vague de producteurs qui œuvrent pour une musique hybride et qui font le pont entre le gabber et des influences plus actuelles comme la trap. L’événement de mai au Point Éphémère est une exposition pluri­disciplinaire constituée de documents d’archives et d’œuvres contemporaines. Elle sera accompagnée d’événements satellites (soirée projection, initiation danse hakken, showcases, soirées clubs et un pop-­up shop gabber) qui nous permettront d’aborder le mouvement sous toutes ses formes.

Programme

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EXPOSITION
@ LE POINT EPHEMERE – ENTREE LIBRE
Du jeudi 1er au mardi 13 mai / 12:00 – 02:00

PROJECTION ET CONFERENCE GABBER CULTURE
@ LE POINT EPHEMERE – ENTREE LIBRE
Mardi 6 mai / 19:30 – 22:00

CLUBBING, GABBER KLUB
@ LE TRABENDO – 10e / 15e – CONCOURS Hz
Samedi 10 mai / 23:00 – 06:00

POP-UP STORE
@ LE POINT EPHEMERE – ENTREE LIBRE
Week-end 3-4 Mai & 10-11 Mai / 14:00 – 20:00

SHOWCASE
@ LE POINT EPHEMERE – ENTREE LIBRE
Vendredi 9 mai / 20:00 – 23:00

COURS DE DANSE HAKKUH!
@ LE POINT EPHEMERE – 3e SUR INSCRIPTION
Week-end 3-4 Mai & 10-11 Mai / 16:00 – 18:00