On y était : Sonar Festival 2014

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Photos © Hélène Peruzzaro

Sonar Festival 2014, du 12 au 15 juin 2014, par Alex P.

La fin du printemps et l’arrivée de l’été sont synonymes de fiesta et d’effervescence dans la cité catalane. On pense Primavera ok, mais l’événement majeur de la saison est sans nul doute le Sonar et le moins que l’on puisse dire, c’est que la grande messe ibérique de la musique électronique n’a pas failli à sa réputation : chaleur, soleil, prestations de haute voltige et atmosphère électrique. Le festival se déroule sur trois jours et trois nuits mais c’est sans compter le Off et ses fêtes qui s’enchaînent matin, midi et soir tout au long de la semaine aux quatre coins de la ville. En bons sportifs, on a décidé de se faire la totale et comme avec toute compétition de haut niveau, le physique est mis à rude épreuve mais si tu arrives à survivre dans la jungle du dancefloor, la récompense est au bout.

Après deux premières journées consacrées au tapas et à la playa, histoire d’avoir un peu moins des gueules de blanchots au milieu de cette foule au teint halé, on rentre dans le vif du sujet avec une première fête de journée au Monasterio, point culminant du Poble Español. Le cadre est magnifique au milieu des conifères et des feuillus avec une vue incroyable sur la ville en contrebas. Le sound system de free party est au top, tout est réuni pour que ça se passe à merveille ou presque. Presque, parce que comme la plupart des fêtes du Off, ce showcase Maeve est un gros truc de bourgeois, consos hors de prix et service d’ordre façon G8 à se demander si Obama ne va pas faire son apparition sur la piste de danse. L’autre truc frappant, c’est qu’on a l’impression d’être à un casting de mannequins, à croire que le paquet a été mis sur les petits culs et les beautiful people. Pendant le set de Baikal, les gens sont tellement timides que je commence presque à me demander ce que je fous dans ce plan semi-flingué, grosse erreur. Sur le coup j’ai oublié la règle de base : on ne force pas la teuf, c’est la teuf qui vient à toi, et à mesure que le public grossit, l’événement se retourne totalement sur lui-même. Le sosie de Vladimir Poutine et ses potes de la sécu sont dépassés, les gens ne sont plus aussi beaux, l’énergie est palpable. Matthew Johnson enchaîne avec une prestation live de house ultra rythmique aux sonorités baléariques, ça y est, on y est. Il terminera son set sur un mouvement plus deep et mélancolique avant de laisser la place à Mano Le Tough, qui va tabasser d’entrée avec de la bassline d’éléphant et alterner les moments aérés au bpm plus lent. Ça devient physique, un peu comme un bon Panorama Bar bien lourd du dimanche. Tale Of Us prend le relais et envoie un super live avant de terminer en back to back to back avec ses deux complices précités. Il est minuit, c’est passé super vite, mise en jambe parfaite et ça tombe bien puisque l’on enchaîne avec le Suruba showcase dans un club de plage de la Barceloneta. On vient surtout voir notre chouchou Fairmont programmé à 5h du mat mais en attendant, on se prend de la bonne grosse Miami Bass décérébrée à se croire dans une salle de sport pendant une séance de step sous amphètes. Et pour rajouter au côté débilo-fendard, c’est aussi l’occasion d’observer quelques beaux spécimens de la faune nocturne – spéciale dédicace à la grande Polonaise de deux mètres qui a proposé des choses que je n’avais encore jamais vues sur un dancefloor. Fairmont fait son apparition, il branche ses machines, on va pouvoir passer aux choses sérieuses. Et bien non, les lumières s’allument, tout le monde sort, il ne jouera pas et on ne saura jamais pourquoi. C’est pas faute d’avoir essayé de choper Jake pour essayer de capter ce qu’il venait de se passer mais il s’est évaporé aussi vite que la fin de la soirée. On profitera du lever de soleil sur la plage avant d’aller dormir quelques heures.

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Au réveil, on n’est pas super frais, mais c’est aujourd’hui que commence la sélection officielle du festival. J’abandonne donc les potes du Off (qui eux iront danser sur la plage avec Derrick May) pour aller au Fira Montjuic qui accueille le Sonar by day. L’espace est très agréable, la circulation entre les scènes est limpide et l’organisation impeccable. Après un tour au press bar, je déambule dans le hall consacré au Sonar +D, la sélection multimédia et technologie du festival qui mériterait un article à elle seule tant les différents projets exposés sont intéressants, entre circuit bending top niveau, prototypes d’instruments inédits, installation interactives, mapping et harpe lazer. Si les nouvelles technologies appliquées à l’industrie du spectacle t’intéressent, creuse le truc parce que c’est pour toi. En plus des différents stands, il y avait également tout un tas d’activités autour du +D, des workshops, des conférences, des performances, plein de trucs fascinants destinés à la génération 2.0. Désolé de n’évoquer la chose que brièvement mais je suis une feignasse et je suis déjà bien à la bourre sur mon papier donc si c’est ta came, vas-y, fais tes recherches, débrouille toi, tu ne seras pas déçu. Je continue ma balade et m’arrête quelques instants au Sonar Village et la grande scène extérieure sur laquelle est en train de jouer Machinedrum Vapor City. Je n’en retiens pas grand chose et pour cause, j’ai l’esprit ailleurs, Chris & Cosey ne vont pas tarder à jouer dans le SonarDome. Le couple légendaire de l’EBM ne déçoit pas tant la prestation est impeccable et la setlist bien ficelée, à la fois mentale et terriblement dansante. Les deux Anglais ne sont plus tout jeunes mais ils n’ont pas ramassé comme leur ancien collègue Genesis P. Orridge, tant physiquement que musicalement.

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Ça commence fort, le festival a à peine commencé que j’ai déjà reçu une bonne gifle, et ce n’est pas fini puisque je m’apprête à en recevoir une deuxième aussi sec. Sitôt les darons hors de scène, je file dans la salle de cinéma du SonarComplex pour le concert de Ben Frost. Le public s’installe confortablement dans les sièges et applaudit avec ferveur l’Australien expatrié en Islande lorsque celui-ci fait son apparition sur scène. Marque d’amour à laquelle l’intéressé répondra par un cinglant : « Keep it quiet, will you? » Ambiance. A croire que le côté froid et con de l’insulaire nordique a bien déteint sur le lascar. En même temps, ça cadre bien le truc et rappelle à tout le monde que l’on n’est pas là pour rigoler. Accompagné par les batteurs des Swans et de Liturgy, le mec est venu présenter l’émanation live de son dernier opus Aurora, pièce noise dantesque. Le son panoramique de la salle est pachydermique et super défini, je vis une expérience sonore et sensorielle intense calé au fond de mon siège. Les rythmiques tribales sont infernales, la polyrythmie est maîtrisée de manière martiale et suscite l’émerveillement en laissant palpiter la vie au milieu du chaos. Les envolées soniques passent le mur du son, de sensorielle l’expérience devient presque spirituelle, transcendantale. Le temps d’une petite heure je ne suis plus à Barcelone, je ne suis même plus sur terre, j’en ai oublié mon corps. Le dernier mouvement passé, il me faudra quelques minutes pour reprendre mes esprits et m’apercevoir que le journaliste ricain à la dégaine de frat boy installé à côté de moi ronfle comme un salaud, le mec a réussi à s’endormir, incroyable. Pour la peine, il se réveillera avec une bite dessinée au marqueur sur le biceps, il l’aura pas volé.

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Je retourne sur la scène extérieure pour l’événement de clôture de cette première journée : la performance live de Plastikman. Celui qui a transformé le son électronique d’une époque présente ici une adaptation de son spectacle Objekt donné au Guggenheim de New York en fin d’année dernière, installation massive articulée autour d’un immense monolithe/obélisque servant de support aux vidéos et autres projections lumineuses. L’expérience est réellement déroutante et impressionnante, Richie Hawtin continue à émerveiller avec ce son acid tout droit sorti des 90’s.

Retour sur les lieux le lendemain et je me prends FM Belfast en guise de comité d’accueil. Le truc avec ce groupe, c’est que la première fois que tu les vois c’est un peu marrant, mais à répétition ça tape salement sur le système leur histoire. Un truc à mi-chemin entre la fête à la saucisse de Vélizy et un groupe festif estampillé Solidays, ça suffit les clowneries. Direction le SonarHall, grand espace industriel travesti à grands coup de drapés de velours rouge en un truc entre le hall d’exposition et le vieux cinéma porno, sur l’écran duquel sont projetées les vidéos psyché et glitchées de Simian Mobile Disco, qui présente leur nouveau live, Whorl, exercice qui consiste à réinterpréter leur répertoire en remplaçant leur équipement habituel par un instrument chacun, synthé analogique d’un côté, séquenceur de l’autre. Montées en puissance autour d’arpégiateurs scintillants et de basses vrombissantes, progressions d’orgues synthétiques se terminant en vagues de drones, ce n’est pas ce qui se fait de plus original mais ça fonctionne bien, le public est en transe. Bon après, le public est tout le temps en transe en fait, on prend la fiesta au sérieux ici. Je pars jeter un œil aux Péruviens de Dengue Dengue Dengue dans le SonarDome et me prend une basse hyper lourde qui creuse un tunnel conçu pour faire bouger ton boule au ralenti tout en vibrant de la tête aux pieds, une sorte de dancehall sous kétamine, pas mal finalement, lorsque soudain tout part en vrille. Les cons balancent des ambiances mariachi et andines complètement débiles, c’est carnaval, et putain ça craint. Maintenant le public a apprécié, le côté caliente latino je suppose, les drogues aussi. Fallait sortir de cet enfer vite fait et trouver un moyen pour se laver les conduits auditifs. Je pars en direction de la salle de cinéma pour aller voir la performance électro expérimentale de l’artiste libanais Tarek Atoui qui, derrière sa table remplie d’instruments et de modules inventés par ses soins, va hypnotiser l’audience avec ses atmosphères rituelles cathartiques. En déclenchant ses séquences et en triturant ses effets à l’aide de capteurs, il place le geste au cœur du dispositif. Une prestation fine et touchante, les machines semblent être autonomes, méditation autour des interférences. Retour sur la grande scène et on continue dans le contraste avec Bonobo. Bon là les choses sont on ne peut plus claires, on sort l’artillerie lourde avec jusqu’à neuf musiciens sur scène, et c’est parti pour un gros live millimétré où rien ne dépasse, façon boulevard des hits. C’est pas tellement ma came mais la maîtrise du show est assez flippante. On ne sait pas s’il y a beaucoup de sincérité là-dedans mais ça dégage la puissance d’une machine à spectacle et finalement, tu viens aussi au Sonar pour voir quelques gros trucs. Mais ça va bien quelques minutes, retour dans le SonarHall pour Jon Hopkins et son live intense aux sonorités à la fois belles, hyper saturées et agressives. Dans l’éclairage écarlate du lieu, la foule ressemble à un tapis de braises rougeoyant sur lequel l’Anglais balance des sons à griller. BBQ du démon, mortel. Prise d’oxygène à l’extérieur avec le bon mix à papa de Theo Parrish pour se mettre bien puis place à la nuit.

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Malgré une programmation des plus alléchantes, je décide de squeezer la première soirée du Sonar by night pour rejoindre les potes au club The Apartment, situé à deux pas de la rambla, pour la soirée off Lost In A Moment du label techno allemand Innervisions. Au menu, Marcus Worgull, Âme et Dixon. Ces deux derniers étant fraîchement auréolés des distinctions de la part de Resident Advisor, le club est rempli au-delà de sa capacité. Résultat, quelques malaises, une chaleur étouffante et une lutte de tous les instants pour survivre sur le dancefloor, et bien sûr, de la house raffinée et intense jusqu’au petit matin.

Réveil difficile et retour au Sonar by day pour choper le spectacle du turntablist Kid Koala. Il fait 35°C et le mec est en costume koala à faire pâlir d’envie la communauté de furries ibériques, c’est à se demander comment il ne tombe pas dans les pommes. Pendant que la petite troupe de danseuses/hôtesses de l’air qui l’accompagne élabore ses routines, le Canadien revisite son répertoire en un medley géant sous forme de voyage dans l’histoire du hip-hop, du sample et du scratch.

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On s’arrête ensuite pour assister à la performance Machine Variation des canadiens Martin Messier et Nicolas Bernier. Déjà présents au Sonar 2010 avec leur installation La Chambre des Machines, les deux artistes manipulent ici une grande structure en bois. En actionnant des leviers, des ressorts et tout un tas de mécanismes, ils font émerger des compositions aux sonorités s’éloignant drastiquement des matériaux utilisés. Moment agréable, ludique et inventif entre expérimentation sonore et ingénierie.

On va ensuite mater Audion, nouveau projet radical de Matthew Dear avec son dispositif scénique constitué de volumes pyramidaux assemblés de sorte à créer une sphère au milieu de laquelle l’Américain prend place et qui sert de support à la vidéo. Surimpression de formes géométriques et de jeux de lumière qui ajoute au côté spectaculaire de ce son technoise tout en textures et rythmiques agressives.

Place ensuite à Who Made Who et leur électro-disco-pop sur-vitaminée. Les Danois, affublés de jolis petits ensembles assortis, envoient un show tout en puissance et même si leur musique n’est pas vraiment ce que je m’écoute chez moi, leur énergie et leur bonne humeur sont contagieuses. Et puis rien que de voir la collègue photographe à fond, c’était beau. On revoit le live de James Holden, ça fait trois fois en six mois maintenant, on ne va pas revenir dessus, mais tu t’en doutes, c’est toujours aussi génial.

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Le moment est ensuite venu de faire un tour au Despacio, histoire de voir ce que vaut cette « expérience club unique dont le public est le principal protagoniste » concoctée par James Murphy et 2ManyDjs (qui sont d’ailleurs derrière les platines pour faire danser les curieux) en collaboration avec McIntosh. La particularité de la chose consiste en une vingtaine de modules d’enceintes amplifiées disposées en cercle autour de la piste de danse de sorte à ce que le son soit absolument identique où que l’on se trouve. Un peu comme si tu dansais avec un casque mais sans casque, une autre idée de l’espace. On finira cette dernière journée de In par un bon set porno L.A. façon Boogie Nights dont DJ Harvey a le secret avant de nous rendre au Sonar By Night du côté de l’Hospitalet. On commence par la session souvenirs de jeunesse avec le live de Massive Attack. La prestation est XXL et leur répertoire est passé en revue donc on a forcément le droit à quelques moments grandioses – maintenant, le son des grands halls de gare n’a jamais trop été mon truc. On continue par une bonne session alcoolisée d’auto-tamponneuses devant Laurel Halo puis on enchaîne avec le DJ-set dansant de James Murphy. L’ambiance vire à la croisière s’amuse lorsque Chic accompagné du légendaire Nile Rodgers investit la scène et balance le répertoire du gratteux, compilation des tubes qu’il a pu écrire pour Bowie, Diana Ross, Madonna, Duran Duran ou encore INXS, qui fait l’effet d’un TOP 50 années 80 et qui te fait forcément penser à l’ancien habillage de Canal+.

Vient ensuite le moment fort de la nuit avec le back to back James Holden/Daphni. En ce moment on parle beaucoup (moi le premier) du Holden live, celui qui s’est affranchi du carcan du DJ-set et de sa mutation en musicien total et tout cela est vrai, sauf que là il a décidé de rappeler à tout le monde qu’il restait un DJ hors du commun. Son association avec Daphni est redoutable et le son est énorme. Les mouvements ultra rythmiques soutenus par des mélodies de basses abyssales se mêlent à des passages abstraits merveilleux puis plus stricts, un truc cérébral et animal à la fois. Une vraie purification cathartique parfaitement illustrée par le poto à côté de moi qui poussait des râles à la fois de plaisir et de renoncement les bras et la tête en direction des astres, sorte de colonne cosmique totalement flinguée. C’est flingué mais hyper beau, comme cet orage tropical qui éclate et qui te procure cette sensation si spéciale du cabrage sous la pluie et dans l’hystérie. Tiga clôturera sous le déluge et un levé de soleil apocalyptique, buenas noches cabrones.

Le réveil est de plus en plus difficile et les jambes de plus en plus raides mais on n’a pas le droit de craquer dans la dernière ligne droite. C’est le début de l’aprèm et on va dans la cour d’un hôtel boire des mojitos en bord de piscine au showcase off du label All Day I Dream fondé par Lee Burridge, DJ résident du Burning Man, qui va se faire plaisir jusqu’à minuit avec son pote Matthew DK à base de house orientalisante à quatre mains, bande-son idéale d’after prolongée. Dans un ultime effort d’acharnés, on ira se finir dans un club du centre-ville sur les sets de Marc Piñol et Hugo Capablanca et leurs sélectas rétro 80’s. Je remarque tout de même que le gars Hugo ressemble à une version sous subutex de Patrick Eudeline et putain ça fait peur, c’est là que tu te dis que trop de fête ça peut être dangereux, heureusement que le Sonar ce n’est qu’une fois par an. Hasta luego Barcelona et gracias para todo.

Photoshoot Who Made Who