Laurent Garnier l'interview

Photo en une: © Richard Bellia

Cette année le Sonar a invité Laurent Garnier pour effectuer un incroyable set de sept heures sur la fameuse scène Sonar Car du Sonar By Night. Rencontre avec un Laurent Garnier, motivé et d’une générosité sans faille qui nous accueille avec le sourire et un « Allez, dites-moi tout ! »

Laurent Garnier, l'interview

Réalisée par Hélène Peruzzaro et Alex au Sonar 2016 (lire le report)

On voulait dans un premier temps aborder avec toi le rapport que tu entretiens avec le Sonar vu que tu y as joué à la toute première édition et ensuite à de multiples reprises…

Je crois que le Sonar existe depuis 23 ans environ, j’ai du en faire plus de 18, 19… J’ai fait beaucoup de projets différents en fait. Ce qui est bien avec le Sonar c’est que tu peux leur proposer beaucoup de choses, ils sont toujours super friands de nouveaux projets. Donc j’ai fait un ciné mix, j’ai fait des lives, des mixes reggae, drum and bass, j’ai même fait un mix sous le nom de DJ Jambon – on a fait beaucoup de trucs un peu différents. Et là cette année encore… Quand l’année dernière j’ai terminé mon set, j’ai joué 1h15... Je leur ai dit : « J’ai envie de jouer plus longtemps, la prochaine fois je veux jouer 6 heures ! » Ils m’ont répondu : « T’es pas cap ! » Je leur ai dit : « Si, l’année prochaine on fait un club et je joue 6/7 heures ! »
J’ai envie de revenir aux racines du Djing, c’est à dire prendre la salle vide et la terminer, essayer de faire en sorte que les gens rentrent et ne bougent plus, restent avec moi, et on construit un truc ensemble.

Toi qui a joué partout, vu la multitude de festivals qu’il y a aux quatre coins du monde – qu’est ce qui différencie selon toi le sonar des autres, que ce soit au niveau du public, etc.

LG : Il y a quelques festivals avec lesquels je travaille depuis longtemps où tu me retrouves souvent. Il y a le Sonar, les Nuits Sonores, le Name à Lille où j’aime bien aller, Astropolis, Time Warp en Allemagne…

Je trouve qu’avec les gens qui organisent ces festivals là, on est très similaires dans notre façon de penser, notre façon d’agir et d’essayer de faire quelque chose où il y a un vrai désir de partage, de faire découvrir des choses. Ce ne sont pas des gens qui sont là pour s’en mettre plein les fouilles et se dire « Tiens, qui est l’artiste qui marche bien aujourd’hui ? On va le booker et ça va remplir la salle… » Le Sonar, ils ne font pas ça, il y a quand même ici quelques artistes super pointus, et puis moi en tant qu’artiste ce que j’aime au Sonar et dans ces autres festivals, c’est que tu y vas et tu ne connais pas tout le monde et tu découvres encore des gens. Je ne suis pas obligé d’aimer tout le monde mais en tout cas je découvre plein d’artistes. Le Sonar, c’est encore un festival qui même pour nous les pros, fait découvrir des choses – et ça c’est pas partout pareil. J’aime bien travailler pour des gens curieux et surtout des gens qui ont la même espèce de philosophie que moi, c’est à dire partager quelque chose.

Cette philosophie, tu penses que c’est quelque chose de générationnel où tu penses que c’est quelque chose plus transversal ? Par exemple tu vas rencontrer des jeunes avec qui tu vas partager cette philosophie, proposer de la nouveauté…

Je pense qu’il y aura toujours et il y a toujours eu des gens qui font les choses de la même façon que toi, comme tu as envie de les faire, et puis d’autres qui font pas du tout de la même façon, c’est pas un truc de génération, ce sera toujours là..

Il y a des nouveaux collectifs en France qui organisent des choses, qui savent très bien s’entourer, ils sont super curieux, ils ont envie de sortir des sentiers battus et donc ils vont faire des soirées dans des nouveaux lieux et il y a toujours plein de trucs qui se passent à leurs soirées et je les trouve super pertinents. Je me sens aussi très en phase avec ces gens là. Je pense qu’en fait c’est une réponse, c’est à dire que les 10/15 dernières années, les festivals sont devenus de plus en plus énormes. C’est vrai que le marché du disque s’est écroulé, donc en tant qu’artistes on ne faisait plus d’argent avec notre musique, donc notre façon de gagner nos vies c’était d’aller jouer sur scène. C’est là que les cachets ont commencé à augmenter, que les managers sont devenus de plus en plus agressifs, c’est là où les choses ont beaucoup changé. Tu as des festivals qui sont rentrés dans le jeu de la surenchère et c’est devenu des espèces de vaches à lait, et il y a plein de festivals qui sont devenus assez vulgaires dans leur façon de programmer ou de voir les choses. Donc forcément quand il y a des choses comme ça qui se passent il y a toujours l’antithèse du truc, des gens comme ici au Sonar, qui reste un énorme festival mais qui propose énormément de choses différentes. Mais aussi des gens beaucoup plus petits qui vont essayer de tenir la barre et se dire « On ne va pas aller dans la même direction que les autres, on va faire des choses beaucoup plus conviviales, qui grincent un peu plus. » Je pense que c’est une réaction à tout ça.

Alors justement, avec le festival Yeah! que tu organises, quel était ton désir ?

LG : On fait un festival dans un village où il y a 900 habitants toute l’année donc on ne va pas amener 15 000 personnes, c’est évident. On fait un festival dans un château du XVe siècle où on a une très belle cour, donc on a la chance d’avoir un lieu assez incroyable qui surplombe le village – quand tu danses devant un groupe tu vois tout le village qui est devant toi… Je pense que si on avait fait ça en se disant on va mettre 5 000 personnes là-dedans ça n’aurait pas été le même truc… On est trois personnes à organiser ce festival, on est tous pères de famille, on a des enfants, on n’a plus 20 ans, on n’a plus forcément envie de se retrouver dans un festival où on va dormir dans des tentes, où on ne va pas dormir pendant trois jours parce que c’est trop le bordel. On fait un festival qui nous ressemble. Donc moi je leur ai dit : « Si on a la chance d’avoir le château, on va essayer de garder ce truc un peu convivial, faire un truc familial… » J’avais très très envie d’avoir des enfants parce que ce sont les festivaliers de demain, parce que dans un village comme ça je pense qu’il faut partager avec tout le monde et donc on s’est dit que, vu que le château est une enceinte fermée, les parents vont être tranquillou, ils peuvent venir avec les mômes, les lâcher, les laisser courir, aller kiffer les groupes mais de leur coté, sans pour autant qu’il y ait papa ou maman qui les regarde. Tout en sachant que les enfants sont dans une enceinte très sécurisée. Donc il y a cette espèce de coolness qui s’est créée autour du festival où les gens viennent vraiment en famille, où le dimanche devient de plus en plus le jour des enfants, les mômes montent sur scène, on voit tous les gamins qui s’éclatent..

Du coup c’est plus un festival d’habitués ou tu vois de nouvelles têtes ?

LG : Bizarrement, oui on a un public d’habitués, on a les parisiens habitués qui tout les ans viennent, les gens qui louent leurs baraques – c’est vraiment un festival familial où on est arrivés à fidéliser un public de trentenaires et quarantenaires. Le truc c’est qu’on fait un festival qui nous ressemble. Nous on aime bien manger, bien boire, écouter de la bonne musique donc on s’est dit : « On va booker de bons groupes qu’on a envie de voir… » Puis après on a travaillé avec un mec qui fait du vin. Il fait de très bonnes choses. Alors la première année on n’avait qu’une seule gamme et l’année d’après on lui a dit : « Attends tu as du super châteauneuf-du-pape, on va vendre ça aussi”, puis on est allés voir les chefs étoilés du coin en leur demandant si ça les branchait de venir faire les repas pour les festivaliers… Donc on a eu un bon restaurant qui propose par exemple du riz aux truffes, c’est quand même pas mal dans un festival ! On a aussi un très bon food truck de burger qui fait de très bonnes choses, ils font aussi le catering. Cette année on avait aussi Pierre-Marie des Nuits Sonores et sa copine qui a une boîte qui s’appelle Notorious Pig, elle vend du jambon. Ils sont venus faire des espèces d’énormes plateaux de charcuterie. C’était vachement bien, tu bois une bonne bouteille tu vois un bon concert…

On imagine que vous voulez rester dans cette veine là, garder les mêmes partenaires, etc.

Oui, parce qu’on est bien puis ce sont des gens qui nous ont fait confiance dès le premier jour. Ce n’est pas parce qu’on grandit un petit peu qu’on va tout changer. Aujourd’hui là, on arrive à notre capacité maximale au château, on sait qu’on ne va pas grandir plus. Ce qui grandit par contre c’est toute la programmation gratuite dans le village. L’année dernière on devait être à 1 500 personnes la journée dans le village, cette année je pense qu’on était à 2 500…

La moitié du festival, c’est du gratos. On est très très sur la limite parce qu’on ne gagne pas un rond, on est plutôt très cools avec les gens qui viennent bosser chez nous, on travaille grâce aux bénévoles. Si on n’avait pas tous ces bénévoles, on serait morts. On a aussi des partenaires qui nous aident beaucoup. Voilà, on est vraiment sur la brèche mais on a envie de garder ce truc comme ça parce que c’est un vrai plaisir. Tous les gens qui viennent au Yeah nous disent : “C’est incroyable, vous avez produit un bon bébé là, c’est top!” Je pense qu’on vend du bonheur, donc c’est important.

Justement en terme de gros bébé, de gros projet que tu as sur le feu. Tu as l’adaptation au cinema d’Electrochoc

Pour être très clair avec toi, ce n'est absolument pas l'adaptation de mon bouquin. Ce n'est ni mon histoire, ni l'histoire d'un autre DJ connu, ni l'histoire du mouvement techno. Ce film est une pure fiction.... Ça fait dix ans que je travaille dessus mais le cinema c’est très long et très compliqué. J'ai toujours voulu faire une fiction. Beaucoup de personnes se sont greffées à cette histoire mais il y a eu un des réals avec qui ont devait bosser qui voulait absolument faire un docu. Mais comme moi j’avais écrit le bouquin, je me suis dit « Oui bien sûr, c’est logique de faire un docu, mais il y a déjà beaucoup de docus très intéressants, je ne sais pas ce qu’on peut faire de plus pour créer la différence… » Comme j’avais passé beaucoup de temps à écrire ce livre, j’avais envie de travailler sur une fiction, mais une fiction très incarnée par rapport à mes questionnements, mon entourage, mes observations. Je voulais parler de choses qui ne sont pas forcement dans le livre.

En fait voilà, je viens d’avoir 50 balais, on a mis du temps avant de vraiment démarrer, ça a mis 4/5 ans a trouver la trame de ce qu'on voulais faire, et depuis ça fait 4 ans que j'écris – j’ai pas l’habitude d’écrire, c’est pas mon truc donc les personnes avec qui j'ai bossé sur le scénario ont mis du temps avant de me décoincer sur l’écriture. Puis après, j’ai commencé à beaucoup beaucoup écrire parce que j’ai pris beaucoup de plaisir et en fait ça a été une espèce de thérapie où plus j’avançais, plus je « fictionnais » l’histoire et plus je rentrais dans le très très loin de moi, le qui, comment, pourquoi. C’est donc devenu de plus en plus perso mais en transposant sur quelqu’un d’autre. Ce ne sont pas les sujets que j’aborde dans le livre. J'ai voulu aller plus loin dans mes réflexions... Parler de choses positives comme l'amitié, la passion, le partage mais aussi traiter des sujets plus sombres comme la rançon du succès, la remise en question en tant qu'artiste ou bien réfléchir sur la solitude inhérente a la route. C’est bien beau quand t’as 20/30 ans, tu as toujours plein de potes pour venir avec toi, venir au Sonar se fendre la gueule. Mais quand t’as 50 balais et que tes potes ont le même âge, qu’ils ont des enfants et des familles et que toi tu vas jouer jusqu’à 7h du matin, les gens n’ont pas forcément envie de venir tout les week-ends avec toi. Ou je me retrouve avec des gens de 20 ans avec lesquels il y a un léger décalage donc c’est bizarre. C’est vrai que plus tu vieillis dans ce métier, plus tu deviens seul – sauf si tu tournes avec un groupe.

J’avais donc envie d’aller un peu plus loin là dedans ; sur ce que c’est de partager tout le temps, d’avoir l’énergie de donner, donner, donner. Mais si à un moment tu oublies toi de recevoir je pense que tu t’assèches – j’ai vachement travaillé à aborder ça dans le film.
C’est vrai que je me pose souvent la question « Est-ce que je reste toujours pertinent? ». Souvent on me dit : « Putain, tu as l’air toujours excité d’aller jouer, est-ce que c’est vrai, tu trouves toujours l’excitation d’aller jouer ou est-ce que des fois tu te lèves le matin et ça te fait chier? ». À un moment, j’ai décidé de faire moins de dates pour rester toujours avec de la sève. Parce que sinon je pense que si je m’emmerde moi-même à jouer des disques je ne vais pas arriver à donner quoi que ce soit aux gens.
Donc voilà, j’ai essayé de travailler entre autres sur ça, ce qui n’est pas forcement évident quand tu penses à la nuit, au DJing.

Donc le film est écrit, quelle est la suite ?

Pour le moment la balle n'est plus vraiment dans mon camp. Comme on a le scénario et quasiment tout le casting français, c'est le moment pour la prod de rentrer en contact avec les financiers/distributeurs/partenaires... C'est là que tout se complique... Fabriquer un film semble être un vrai Tetris fou, comme construire un énorme château de carte sur le fil d'un funambule... Tout peut se casser la gueule a tout moment.

D'ici 3/4 mois (au plus) je saurai enfin si j'ai (on a) bossé dix ans pour rien ! C'est la dernière grande ligne droite avant l'arrêt ou la faisabilité du projet...C'est chouette le cinéma non ? Toujours est-il que ce laps de temps est plutôt le bienvenu à ce stade de l'aventure, je vais pouvoir prendre un peu de recul par rapport à tout ça car ça n'a pas vraiment été un long fleuve tranquille.

© Richard Bellia
© Richard Bellia

En parlant de passion, comment tu vois ton set de ce soir ? C’est quelque chose auquel tu as réfléchi ou tu vas plus te laisser porter par l’énergie ?

Ce n’est pas une réfléxion. Déjà, j’y suis hier pour aller voir la salle, le son est sublime. C’est un lieu très difficile à faire. Une salle dans une salle qui est quand même un gros bordel, et j’ai trouvé le son vraiment bien. J’y étais au moment où il (Four Tet - NDR) jouait du disco. Ce ne sont pas forcement des disques faciles à jouer et ça sonnait, ça claquait, c’était bien. Après, la façon dont c’était éclairé hier, j’ai pas vraiment aimé. Donc je suis allé voir le mec des lumières on en a beaucoup parlé, on a éteint le tour et c’est ce qu’il fallait faire. Eteindre tout, créer un club. La salle me plaît et je pense que quand on va trouver la bonne lumière et créer la bonne ambiance, on va arriver à garder les gens et créer un club dans ce gros bordel. C’est bien pensé. En fait, je n’anticipe rien. Je vais plutôt vivre ça comme un set de club, un peu comme si j’étais au Rex. Je me suis dit que je vais peut-être arriver même une demi-heure avant quand la salle est vide pour jouer des trucs ambient juste pour moi, pour m’installer dans le truc. Dans le fait de ne pas changer de DJ, il y aura une espèce de cohérence toute la nuit, je crois que les gens auront envie de ça. C’était ce que je voulais faire donc j’ai écouté beaucoup, beaucoup de musique. J’ai amené beaucoup trop de musique par rapport à ce que je vais jouer c’est clair, mais je vais essayer d’être le plus fluide possible. Je ne prépare pas parce qu’on ne sait pas ce qui va se passer. On regarde ce qui a en face de toi et on compose avec. Hier quand je suis arrivé, tout était éclairé, j’avais l’impression d’être dans une salle des fêtes. Je leur ai dit : « C’est pas possible, on peut pas rester plus de 10 minutes, faut qu’on trouve une solution. » On a un peu couru pendant des heures on a trouvé le mec des lumières et la solution c’était d’éteindre le tour. Tout de suite, l’ambiance a changé. Les gens ont commencé à danser, c’est devenu bien sexy. Bref, on peut passer d'une salle des fêtes à un vrai club, il faut juste regarder le truc.

En tout cas moi je suis content d’inaugurer pour la première année ce truc-là, je suis content de le faire parce que c’est mon genre d’environnement, je vais bien me sentir, il y a vraiment une bonne vibe.

Tu as eu le temps de voir des groupes, DJ ?

Je n’ai pas vu grand chose, je suis allé voir vite fait Kode 9, puis Congo Natty – bon ça je savais ce que j’allais entendre mais j’aime bien Congo Natty donc c’était cool. Par contre, il y avait un espèce de gugusse qui a joué des trucs super horrible jute après Congo Natty – vous avez vu ?

Oui on a vu. On est passé devant en allant voir Underground Resistance…

Ah oui ? C’était tellement blindé que je n’ai pas pu rentrer... Mais c’était quoi ? Un DJ set ?

Non un live avec Mad Mike, Mark Flash, Jon Dixon, De’sean Jones…


Cool ! Impossible de renter dans la salle tellement il y avait de monde. On est arrivés en retard parce qu’on est allés manger avant - on a fait une connerie… Du coup je n’ai pas vu grand chose d’Underground Resistance et quand on est sortis c’était la fête a Neuneu, le mec jouait de l’EDM pourrave…
Hier soir, je suis resté deux heures sur le set de Four Tet, j’ai vraiment aimé ce qu’il a passé. Je suis parti quand il a commencé à jouer de la techno parce que je ne voulais pas me coucher trop tard… Et puis on a picolé un peu beaucoup de vin donc j’étais fatigué (rires).

Vu tout ce qui sort en ce moment – tous les micro labels – l’offre est tellement incroyable… Est ce que tu te sens proche de certains labels ou artistes émergeants ?

Il y a tellement de choses ! Là avec tout ce qui sort je ne sais pas quel journaliste, quel DJ ou quel mec placé dans la musique connaît tout. J’écoute quasiment entre six et huit heures de musique par jour, de nouveautés, parce que je cherche mais j’ai l’impression que je ne connais rien. J’ai l’impression de n’avoir rien écouté. Je reçois beaucoup, beaucoup de promos puis en plus de ça des fois je vais chercher sur les sites, blogs et putain j’ai l’impression d’en écouter 200 et puis tu fais un tour sur un blog et là BAM tu découvres encore 10 000 trucs ! C’est impossible de suivre.
Ce qui est intéressant quand tu vas écouter quelqu’un, souvent tu ne connais pas un seul disque de ce qu’il joue. Mais c’est vrai qu’on n’a plus les filtres des boutiques de disques. Avant tu allais chez TSF, tu savais que le mec il avait tel goût, il te mettait les sacs de côté. Tu allais voir les mecs de BPM à Paris, tu savais qu’ils avaient toutes les nouveautés de Chicago ou Detroit – les mecs étaient assez calés dans leur truc. Mais là maintenant, c’est un truc de fou. J’ai un petits gars qui m’a envoyé un disque, c’est la quatrième sortie de son label. Je connaissais pas son label – Banlieue Records, c’est un Français . Tu en as entendu parler ?

Non

LG : Moi non plus ! Et c’est la quatrième sortie ! J’écoute le disque c’est juste incroyable. Je reviens vers lui, je lui dit : « C’est de la balle, tu sors d’où mec ? » Il me répond : « Si tu as aimé, tiens je t’envoie la sortie d’avant. ». Il était terrible ! Et en fait c’est un parmi 1 000 que j’aurais dû découvrir. On est totalement largués et Dieu sait si j’écoute des trucs mais je ne connais plus rien.

C’est vrai que souvent on me pose cette question, et franchement je ne sais pas parce qu’il y a tellement de références. Je suis obligé maintenant, quand je travaille, d’être avec des clés. En fait je préfère dans la façon de mixer parce que ça va bien avec ma façon de jouer. J’aime faire des longs mixes et c’est vrai qu’avec les vinyles quand le disque s’arrête, ça s’arrête. Moi j’aime bien me dire à deux minutes de la fin tiens je vais faire une boucle là ou j’aime bien le break je fais une boucle là en live. J’aime bien jouer avec mes skeuds. Puis souvent les intros sont trop courtes donc ça me permet de retravailler en live comme j’en ai envie. Moi ça me va très bien les clés.

Il ne faut pas te parler de « strictly vinyl ».

Ah non moi j’en ai rien à branler, moi faut me parler de « strictly good music » ! Que ce soit du vinyle ou de la clé je m’en fous tant que la musique est intéressante. Il y a un moment le vinyle n’est pas mieux que la clé, c’est juste un support.

On s’est battu pendant 15 ou 20 ans, mais vraiment ça a été très très violent. Parce qu’aujourd'hui les jeunes ne connaissent pas la baston que ça a été il y a 20 ans pour essayer d’amener la techno où elle en est aujourd’hui. Aujourd’hui, ils arrivent et c’est cool, c’est installé. Mais il y a 20 ans on était des PD drogués et donc tu avais tout les flics qui nous crachaient dessus, on se faisait fermer toutes nos soirées. On n’avait pas accès à la TV, on n’avait rien, on était vraiment des espèces de parias. Ça a été vraiment super violent et en plus on faisait de la musique avec des ordinateurs – donc on n’était pas des musiciens, ce n’était pas de la musique. Ça j’en ai mangé pendant longtemps… On s’est battus pendant des années, l’ordinateur est un instrument comme les autres. Et donc ça, maintenant, ça a changé. Maintenant, n’importe quel groupe de rock ou de n’importe quoi utilise les ordinateurs. Et 20 ans après il y a des mecs qui te disent : « Ah non, on va revenir au vinyle ». Bien sûr c’est super de jouer au vinyle, j’aime l’objet, j’aime bien ce que ça veut dire, mais faut arrêter. On s’est battus pour que les choses avancent, les choses sont acceptées aujourd'hui et vous voulez faire les rétrogrades…
Mais tu sais c’est ce qui s’est passé avec le jazz. Le jazz a beaucoup évolué puis quand Miles Davis est mort, Coltran est mort, les mecs se sont dit « 
putain comment on avance dans le jazz? ». En fait ils ont enfermé le jazz dans un truc où le jazz n’a pas avancé pendant des années. Je pense que très souvent, pour chaque gros mouvement musical, il y a un moment où une nouvelle génération arrive en disant c’était mieux avant. Moi je sais que j’ai beaucoup souffert de ne pas avoir vécu les annés 60 parce que j’adore la musique des années 60, je trouve que ça a été une révolution pour plein de choses. J’aurais adoré me retrouver dans un club parisien dans les années 60. J’ai pas pu le vivre mais je suis pas là à me dire « Je joue des 45 tours » le jour où j’ai envie de jouer un peu de rock... Il y a une technologie qui fait que je peux chopper plein de disques aujourd'hui qui ne sont pas édités, qu’on ne retrouve pas, et je peux les jouer grâce à la technologie, c’est génial ! Bon j’ai pas vécu les années 60, c’est pas grave, ça m’intéresse, je lis sur le sujet, mais je vais pas faire le rabat-joie en disant « Oh, c’était mieux dans les années 60. »

C’est vrai que je trouve ça un peu drôle de la nouvelle génération – mais je comprends aussi, quand tu as un mec qui te dit « vinyl only ou tu rentres pas dans mon club »J’ai envie de lui dire : « Toi quand t’es sur la piste de danse, est-ce que vraiment tu entends la différence ? » Je te fais l’essai quand tu veux. En plus, j’achète des vinyles que je digitalise par la suite. Je vais jouer un vinyle puis un vinyle que j’ai digitalisé – tu vas fermer les yeux sur la piste de danse et tu vas me dire lequel est lequel. Est-ce que le morceau joué sur le vinyle est mieux que le morceau joué avec la clé ? Est-ce que le but du truc c’est juste pas de jouer de la bonne musique ?

Mais je comprends, il faut que les gens aient des batailles sinon t’as l’impression de t’emmerder donc ils se sont créé leur propre bataille.

Justement, vous avez un peu fait tout le taf. Maintenant, la techno, ça a été récupéré, ça devient même un argument touristique pour certaines villes, etc.

Oui comme à Berlin. Ou même le Sonar. Mais c’est bien aussi, ça prouve qu’aujourd’hui on a du poids. Ça veut dire que les mecs de Berlin, maintenant ils peuvent aller voir les gens qui dirigent la ville en disant “vous savez l’argent que ça génère, les clubs berlinois le week-end ?”. Je trouve que c’est intéressant qu’on ait des arguments comme ça aujourd’hui – tant que ça reste dans le qualitatif, c’est très bien. C’est bien qu’on ait des gens qui réfléchissent comme ça et qui se disent on n’est plus des petits mouvements de merde ou des gamins de notre coté, c’est super !


On y était : Sonar Festival 2014

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Photos © Hélène Peruzzaro

Sonar Festival 2014, du 12 au 15 juin 2014, par Alex P.

La fin du printemps et l’arrivée de l’été sont synonymes de fiesta et d’effervescence dans la cité catalane. On pense Primavera ok, mais l’événement majeur de la saison est sans nul doute le Sonar et le moins que l’on puisse dire, c’est que la grande messe ibérique de la musique électronique n’a pas failli à sa réputation : chaleur, soleil, prestations de haute voltige et atmosphère électrique. Le festival se déroule sur trois jours et trois nuits mais c’est sans compter le Off et ses fêtes qui s’enchaînent matin, midi et soir tout au long de la semaine aux quatre coins de la ville. En bons sportifs, on a décidé de se faire la totale et comme avec toute compétition de haut niveau, le physique est mis à rude épreuve mais si tu arrives à survivre dans la jungle du dancefloor, la récompense est au bout.

Après deux premières journées consacrées au tapas et à la playa, histoire d’avoir un peu moins des gueules de blanchots au milieu de cette foule au teint halé, on rentre dans le vif du sujet avec une première fête de journée au Monasterio, point culminant du Poble Español. Le cadre est magnifique au milieu des conifères et des feuillus avec une vue incroyable sur la ville en contrebas. Le sound system de free party est au top, tout est réuni pour que ça se passe à merveille ou presque. Presque, parce que comme la plupart des fêtes du Off, ce showcase Maeve est un gros truc de bourgeois, consos hors de prix et service d’ordre façon G8 à se demander si Obama ne va pas faire son apparition sur la piste de danse. L’autre truc frappant, c’est qu’on a l’impression d’être à un casting de mannequins, à croire que le paquet a été mis sur les petits culs et les beautiful people. Pendant le set de Baikal, les gens sont tellement timides que je commence presque à me demander ce que je fous dans ce plan semi-flingué, grosse erreur. Sur le coup j’ai oublié la règle de base : on ne force pas la teuf, c’est la teuf qui vient à toi, et à mesure que le public grossit, l’événement se retourne totalement sur lui-même. Le sosie de Vladimir Poutine et ses potes de la sécu sont dépassés, les gens ne sont plus aussi beaux, l’énergie est palpable. Matthew Johnson enchaîne avec une prestation live de house ultra rythmique aux sonorités baléariques, ça y est, on y est. Il terminera son set sur un mouvement plus deep et mélancolique avant de laisser la place à Mano Le Tough, qui va tabasser d’entrée avec de la bassline d’éléphant et alterner les moments aérés au bpm plus lent. Ça devient physique, un peu comme un bon Panorama Bar bien lourd du dimanche. Tale Of Us prend le relais et envoie un super live avant de terminer en back to back to back avec ses deux complices précités. Il est minuit, c’est passé super vite, mise en jambe parfaite et ça tombe bien puisque l’on enchaîne avec le Suruba showcase dans un club de plage de la Barceloneta. On vient surtout voir notre chouchou Fairmont programmé à 5h du mat mais en attendant, on se prend de la bonne grosse Miami Bass décérébrée à se croire dans une salle de sport pendant une séance de step sous amphètes. Et pour rajouter au côté débilo-fendard, c’est aussi l’occasion d’observer quelques beaux spécimens de la faune nocturne – spéciale dédicace à la grande Polonaise de deux mètres qui a proposé des choses que je n’avais encore jamais vues sur un dancefloor. Fairmont fait son apparition, il branche ses machines, on va pouvoir passer aux choses sérieuses. Et bien non, les lumières s’allument, tout le monde sort, il ne jouera pas et on ne saura jamais pourquoi. C’est pas faute d’avoir essayé de choper Jake pour essayer de capter ce qu’il venait de se passer mais il s’est évaporé aussi vite que la fin de la soirée. On profitera du lever de soleil sur la plage avant d’aller dormir quelques heures.

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Au réveil, on n’est pas super frais, mais c’est aujourd’hui que commence la sélection officielle du festival. J’abandonne donc les potes du Off (qui eux iront danser sur la plage avec Derrick May) pour aller au Fira Montjuic qui accueille le Sonar by day. L’espace est très agréable, la circulation entre les scènes est limpide et l’organisation impeccable. Après un tour au press bar, je déambule dans le hall consacré au Sonar +D, la sélection multimédia et technologie du festival qui mériterait un article à elle seule tant les différents projets exposés sont intéressants, entre circuit bending top niveau, prototypes d’instruments inédits, installation interactives, mapping et harpe lazer. Si les nouvelles technologies appliquées à l’industrie du spectacle t’intéressent, creuse le truc parce que c’est pour toi. En plus des différents stands, il y avait également tout un tas d’activités autour du +D, des workshops, des conférences, des performances, plein de trucs fascinants destinés à la génération 2.0. Désolé de n’évoquer la chose que brièvement mais je suis une feignasse et je suis déjà bien à la bourre sur mon papier donc si c’est ta came, vas-y, fais tes recherches, débrouille toi, tu ne seras pas déçu. Je continue ma balade et m’arrête quelques instants au Sonar Village et la grande scène extérieure sur laquelle est en train de jouer Machinedrum Vapor City. Je n’en retiens pas grand chose et pour cause, j’ai l’esprit ailleurs, Chris & Cosey ne vont pas tarder à jouer dans le SonarDome. Le couple légendaire de l’EBM ne déçoit pas tant la prestation est impeccable et la setlist bien ficelée, à la fois mentale et terriblement dansante. Les deux Anglais ne sont plus tout jeunes mais ils n’ont pas ramassé comme leur ancien collègue Genesis P. Orridge, tant physiquement que musicalement.

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Ça commence fort, le festival a à peine commencé que j’ai déjà reçu une bonne gifle, et ce n’est pas fini puisque je m’apprête à en recevoir une deuxième aussi sec. Sitôt les darons hors de scène, je file dans la salle de cinéma du SonarComplex pour le concert de Ben Frost. Le public s’installe confortablement dans les sièges et applaudit avec ferveur l’Australien expatrié en Islande lorsque celui-ci fait son apparition sur scène. Marque d’amour à laquelle l’intéressé répondra par un cinglant : « Keep it quiet, will you? » Ambiance. A croire que le côté froid et con de l’insulaire nordique a bien déteint sur le lascar. En même temps, ça cadre bien le truc et rappelle à tout le monde que l’on n’est pas là pour rigoler. Accompagné par les batteurs des Swans et de Liturgy, le mec est venu présenter l’émanation live de son dernier opus Aurora, pièce noise dantesque. Le son panoramique de la salle est pachydermique et super défini, je vis une expérience sonore et sensorielle intense calé au fond de mon siège. Les rythmiques tribales sont infernales, la polyrythmie est maîtrisée de manière martiale et suscite l’émerveillement en laissant palpiter la vie au milieu du chaos. Les envolées soniques passent le mur du son, de sensorielle l’expérience devient presque spirituelle, transcendantale. Le temps d’une petite heure je ne suis plus à Barcelone, je ne suis même plus sur terre, j’en ai oublié mon corps. Le dernier mouvement passé, il me faudra quelques minutes pour reprendre mes esprits et m’apercevoir que le journaliste ricain à la dégaine de frat boy installé à côté de moi ronfle comme un salaud, le mec a réussi à s’endormir, incroyable. Pour la peine, il se réveillera avec une bite dessinée au marqueur sur le biceps, il l’aura pas volé.

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Je retourne sur la scène extérieure pour l’événement de clôture de cette première journée : la performance live de Plastikman. Celui qui a transformé le son électronique d’une époque présente ici une adaptation de son spectacle Objekt donné au Guggenheim de New York en fin d’année dernière, installation massive articulée autour d’un immense monolithe/obélisque servant de support aux vidéos et autres projections lumineuses. L’expérience est réellement déroutante et impressionnante, Richie Hawtin continue à émerveiller avec ce son acid tout droit sorti des 90’s.

Retour sur les lieux le lendemain et je me prends FM Belfast en guise de comité d’accueil. Le truc avec ce groupe, c’est que la première fois que tu les vois c’est un peu marrant, mais à répétition ça tape salement sur le système leur histoire. Un truc à mi-chemin entre la fête à la saucisse de Vélizy et un groupe festif estampillé Solidays, ça suffit les clowneries. Direction le SonarHall, grand espace industriel travesti à grands coup de drapés de velours rouge en un truc entre le hall d’exposition et le vieux cinéma porno, sur l’écran duquel sont projetées les vidéos psyché et glitchées de Simian Mobile Disco, qui présente leur nouveau live, Whorl, exercice qui consiste à réinterpréter leur répertoire en remplaçant leur équipement habituel par un instrument chacun, synthé analogique d’un côté, séquenceur de l’autre. Montées en puissance autour d’arpégiateurs scintillants et de basses vrombissantes, progressions d’orgues synthétiques se terminant en vagues de drones, ce n’est pas ce qui se fait de plus original mais ça fonctionne bien, le public est en transe. Bon après, le public est tout le temps en transe en fait, on prend la fiesta au sérieux ici. Je pars jeter un œil aux Péruviens de Dengue Dengue Dengue dans le SonarDome et me prend une basse hyper lourde qui creuse un tunnel conçu pour faire bouger ton boule au ralenti tout en vibrant de la tête aux pieds, une sorte de dancehall sous kétamine, pas mal finalement, lorsque soudain tout part en vrille. Les cons balancent des ambiances mariachi et andines complètement débiles, c’est carnaval, et putain ça craint. Maintenant le public a apprécié, le côté caliente latino je suppose, les drogues aussi. Fallait sortir de cet enfer vite fait et trouver un moyen pour se laver les conduits auditifs. Je pars en direction de la salle de cinéma pour aller voir la performance électro expérimentale de l’artiste libanais Tarek Atoui qui, derrière sa table remplie d’instruments et de modules inventés par ses soins, va hypnotiser l’audience avec ses atmosphères rituelles cathartiques. En déclenchant ses séquences et en triturant ses effets à l’aide de capteurs, il place le geste au cœur du dispositif. Une prestation fine et touchante, les machines semblent être autonomes, méditation autour des interférences. Retour sur la grande scène et on continue dans le contraste avec Bonobo. Bon là les choses sont on ne peut plus claires, on sort l’artillerie lourde avec jusqu’à neuf musiciens sur scène, et c’est parti pour un gros live millimétré où rien ne dépasse, façon boulevard des hits. C’est pas tellement ma came mais la maîtrise du show est assez flippante. On ne sait pas s’il y a beaucoup de sincérité là-dedans mais ça dégage la puissance d’une machine à spectacle et finalement, tu viens aussi au Sonar pour voir quelques gros trucs. Mais ça va bien quelques minutes, retour dans le SonarHall pour Jon Hopkins et son live intense aux sonorités à la fois belles, hyper saturées et agressives. Dans l’éclairage écarlate du lieu, la foule ressemble à un tapis de braises rougeoyant sur lequel l’Anglais balance des sons à griller. BBQ du démon, mortel. Prise d’oxygène à l’extérieur avec le bon mix à papa de Theo Parrish pour se mettre bien puis place à la nuit.

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Malgré une programmation des plus alléchantes, je décide de squeezer la première soirée du Sonar by night pour rejoindre les potes au club The Apartment, situé à deux pas de la rambla, pour la soirée off Lost In A Moment du label techno allemand Innervisions. Au menu, Marcus Worgull, Âme et Dixon. Ces deux derniers étant fraîchement auréolés des distinctions de la part de Resident Advisor, le club est rempli au-delà de sa capacité. Résultat, quelques malaises, une chaleur étouffante et une lutte de tous les instants pour survivre sur le dancefloor, et bien sûr, de la house raffinée et intense jusqu’au petit matin.

Réveil difficile et retour au Sonar by day pour choper le spectacle du turntablist Kid Koala. Il fait 35°C et le mec est en costume koala à faire pâlir d’envie la communauté de furries ibériques, c’est à se demander comment il ne tombe pas dans les pommes. Pendant que la petite troupe de danseuses/hôtesses de l’air qui l’accompagne élabore ses routines, le Canadien revisite son répertoire en un medley géant sous forme de voyage dans l’histoire du hip-hop, du sample et du scratch.

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On s’arrête ensuite pour assister à la performance Machine Variation des canadiens Martin Messier et Nicolas Bernier. Déjà présents au Sonar 2010 avec leur installation La Chambre des Machines, les deux artistes manipulent ici une grande structure en bois. En actionnant des leviers, des ressorts et tout un tas de mécanismes, ils font émerger des compositions aux sonorités s’éloignant drastiquement des matériaux utilisés. Moment agréable, ludique et inventif entre expérimentation sonore et ingénierie.

On va ensuite mater Audion, nouveau projet radical de Matthew Dear avec son dispositif scénique constitué de volumes pyramidaux assemblés de sorte à créer une sphère au milieu de laquelle l’Américain prend place et qui sert de support à la vidéo. Surimpression de formes géométriques et de jeux de lumière qui ajoute au côté spectaculaire de ce son technoise tout en textures et rythmiques agressives.

Place ensuite à Who Made Who et leur électro-disco-pop sur-vitaminée. Les Danois, affublés de jolis petits ensembles assortis, envoient un show tout en puissance et même si leur musique n’est pas vraiment ce que je m’écoute chez moi, leur énergie et leur bonne humeur sont contagieuses. Et puis rien que de voir la collègue photographe à fond, c’était beau. On revoit le live de James Holden, ça fait trois fois en six mois maintenant, on ne va pas revenir dessus, mais tu t’en doutes, c’est toujours aussi génial.

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Le moment est ensuite venu de faire un tour au Despacio, histoire de voir ce que vaut cette « expérience club unique dont le public est le principal protagoniste » concoctée par James Murphy et 2ManyDjs (qui sont d’ailleurs derrière les platines pour faire danser les curieux) en collaboration avec McIntosh. La particularité de la chose consiste en une vingtaine de modules d’enceintes amplifiées disposées en cercle autour de la piste de danse de sorte à ce que le son soit absolument identique où que l’on se trouve. Un peu comme si tu dansais avec un casque mais sans casque, une autre idée de l’espace. On finira cette dernière journée de In par un bon set porno L.A. façon Boogie Nights dont DJ Harvey a le secret avant de nous rendre au Sonar By Night du côté de l’Hospitalet. On commence par la session souvenirs de jeunesse avec le live de Massive Attack. La prestation est XXL et leur répertoire est passé en revue donc on a forcément le droit à quelques moments grandioses - maintenant, le son des grands halls de gare n'a jamais trop été mon truc. On continue par une bonne session alcoolisée d'auto-tamponneuses devant Laurel Halo puis on enchaîne avec le DJ-set dansant de James Murphy. L'ambiance vire à la croisière s'amuse lorsque Chic accompagné du légendaire Nile Rodgers investit la scène et balance le répertoire du gratteux, compilation des tubes qu'il a pu écrire pour Bowie, Diana Ross, Madonna, Duran Duran ou encore INXS, qui fait l'effet d'un TOP 50 années 80 et qui te fait forcément penser à l'ancien habillage de Canal+.

Vient ensuite le moment fort de la nuit avec le back to back James Holden/Daphni. En ce moment on parle beaucoup (moi le premier) du Holden live, celui qui s'est affranchi du carcan du DJ-set et de sa mutation en musicien total et tout cela est vrai, sauf que là il a décidé de rappeler à tout le monde qu'il restait un DJ hors du commun. Son association avec Daphni est redoutable et le son est énorme. Les mouvements ultra rythmiques soutenus par des mélodies de basses abyssales se mêlent à des passages abstraits merveilleux puis plus stricts, un truc cérébral et animal à la fois. Une vraie purification cathartique parfaitement illustrée par le poto à côté de moi qui poussait des râles à la fois de plaisir et de renoncement les bras et la tête en direction des astres, sorte de colonne cosmique totalement flinguée. C'est flingué mais hyper beau, comme cet orage tropical qui éclate et qui te procure cette sensation si spéciale du cabrage sous la pluie et dans l'hystérie. Tiga clôturera sous le déluge et un levé de soleil apocalyptique, buenas noches cabrones.

Le réveil est de plus en plus difficile et les jambes de plus en plus raides mais on n'a pas le droit de craquer dans la dernière ligne droite. C'est le début de l'aprèm et on va dans la cour d'un hôtel boire des mojitos en bord de piscine au showcase off du label All Day I Dream fondé par Lee Burridge, DJ résident du Burning Man, qui va se faire plaisir jusqu'à minuit avec son pote Matthew DK à base de house orientalisante à quatre mains, bande-son idéale d'after prolongée. Dans un ultime effort d’acharnés, on ira se finir dans un club du centre-ville sur les sets de Marc Piñol et Hugo Capablanca et leurs sélectas rétro 80's. Je remarque tout de même que le gars Hugo ressemble à une version sous subutex de Patrick Eudeline et putain ça fait peur, c’est là que tu te dis que trop de fête ça peut être dangereux, heureusement que le Sonar ce n’est qu’une fois par an. Hasta luego Barcelona et gracias para todo.

Photoshoot Who Made Who