Solids venait parcourir l’Europe sur l’intégralité du mois de septembre, dont un arrêt à Paris, à l’Espace B, histoire de défendre leur premier album, Blame Confusion: dix morceaux affichant sans pression ce qui est probablement le plus haut capital sympathie entendu depuis un certain temps. Ils sont deux, batterie et guitare, font pleine face au public, et déroulent avec aisance une piste toute lisse de riffs férocement étourdissants. C’est à la fois brut et saisissant, je veux dire que cela bouscule et rassure à la fois : le jeu ample et souple du batteur, détachant athlétiquement chaque membre de son auguste buste pour gravement violenter ses cymbales, les mélodies évasives du guitariste, le genre de suite de notes qui formalise et conditionne une véritable présence, celle d’un ami proche, ce type de tonalité qui fonctionne comme une pommade ou un parachute, des bras dans lesquels se reposer. C’est très plaisant. C’est-à-dire que ces airs, ces frissons, ces sensations, cela me fait penser à cet état proche de l’ivresse, là où l’on se laisse tendrement écouler dans un torrent d’échos, le sourire signant un visage, rentrer dans cette espèce de brume où la distorsion prend l’ensemble de l’espace, où seule surnage une paire d’accords auxquels on se raccroche, dans lesquels on se laisse langoureusement traîner. Cela possède quelque chose de profondément grisant. Ça me plaît. D’autant plus que les canadiens ne lésinent pas sur les moyens, vraiment. Deux forts amplis se tiennent droit devant nous, crachent une épaisse masse de décibels, bastonnent bien plus lourd que sur disque, et le batteur trace ces espèces d’autoroutes infinies qui plongent littéralement dans un tourbillon d’étourderie, on en sort comme profondément groggy, c’est putain de délicieux. Concert parfaitement réjouissant des canadiens, que l’on retrouvera deux jours plus tard au Levitation.

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