On y était : Low Jack, Sister Iodine & Prurient à la Villette Sonique

Low Jack

Photos © Helene Perruzaro

On y était : Low Jack, Sister Iodine & Prurient, le 4 juin à la Villette Sonique

Les nerds avertis avaient coché les soirées du mardi et mercredi au sein du déroulé hebdomadaire de Villette Sonique. Ces deux jours, chacun à leur manière, faisaient la part belle à des esthétiques peu représentées dans des festivals grand public (on peut situer Villette Sonique dans cette catégorie, einh) et surfant sur un retour de flammes : d’un coté la new age initiatique de Laraaji rebootée par Sun Araw et de l’autre la proposition post-indus / technoise / #musiqueàangledroit portée haut et fort par In Paradisum.

C’est cette deuxième option qui nous a amené au Trabendo où Low Jack ouvrait le bal des 20h. Premier live depuis un bail, format renouvelé, orientation plus frontale… Guillaume d ‘IP nous avait vendu les directions empruntées par Philippe (aka Low Jack) un peu plus tôt dans la semaine (lire).

Force est de constater que les quarante minutes de live ont confirmé ces tendances. Pour ceux ayant vu Low Jack à la Gaité Lyrique il y a plusieurs mois, l’évolution est notable. La formule montagne-russe trop éparpillée servie par le passé a muté en un ensemble bien plus cohérent. On retrouve ce que la patte Low Jack laisse espérer : des patterns rythmiques élaborées et une multitude de bruits blancs qui s’agrègent le long de ces structures. Globalement, la dynamique de ce nouveau set est élaborée et laisse entrevoir ce que Philippe nous confiait lors d’une interview récente : une forme d’appétence pour des climats variés entre lenteur maximale et tracks up-tempo, réussissant le pari délicat de relier le fonctionnel au non-fonctionnel dans un ensemble bétonné coulé avec amour. Les pisse-froids diront que son live mériterait un système son de club adapté.

Sister Iodine

D’In Paradisum, le changement de plateau nous amenait vers un autre porte-drapeau de la « marge » parisienne : le label Premier Sang et son premier de la classe, Sister Iodine. Pas très étonnant de retrouver ce label mêlé à la « fête ». Premier Sang a réussi, dans l’anonymat le plus complet, à inscrire à son back catalogue le meilleur maxi techno français sorti ces dernières années (hashtag Violence FM).

Point de Techno avec Sister Iodine mais une formule éprouvée de (power ?) électronique créée par des guitares et soutenue par une batterie qui ne se soucie de rien si ce n’est de produire des formules rythmiques qui n’existent pas. L’attraction de la soirée résidait dans la capacité du groupe à reproduire sur scène l’excellence de son dernier album, Blame, excellence qui tient dans la minutie de l’editing et la construction itérative des morceaux, couche par couche, apportant des détails nouveaux à chaque écoute.

L’heure de live qui leur était dévolue a eu pour principale objet de réorienter les attentes : les concerts de Sister Iodine ne sont pas des moments RTL2 de l’underground ou toi, fan, qui a écouté l’album au casque pendant 3 mois se verra servir la soupe qu’il demande. Le groupe joue pour lui et avant tout pour lui seul. Chaque titre interprété pris à part constitue à lui seul la trame narrative d’un concert traditionnel. A chaque titre, l’impression de vivre le peaktime du show, peaktime qui se répète dix fois. C’est jouissif et ça répond aux attentes primaires de cet exercice de style. Le regret est de ne pas bénéficier, au-delà de l’expérience, de ce type de supplément sonique que le groupe proposait sur son album.

Dominick Fernow revenait a Villette Sonique apres son passage abrasif lors de l’édition 2013 du festival sous le pseudo Vatican Shadow. Son live Prurient « bi-goût » se découpe en deux parties : la première façon frontman de choc avec un fond sonore wall of noise et la deuxième plus mentale, vaguement techno/trancy sur les bords qui rappelle qu’on peut récolter les suffrages avec des mélodies un peu neuneu. Apres le live ipod de Vatican Shadow, il y a toujours une forme de frustration à voir ce type de live jouant pleinement sur l’incarnation et la frontalité se réduire à un interprétariat dont la folie est somme toute contrôlée le long de clips ableton.

Prurient