On y était – La Route du Rock Collection Hiver 2014

VISUEL_RDRH2014_640X290La Route du Rock Collection Hiver, Saint-Malo et Rennes, du 19 au 23 février 2014

Les jeux de Sotchi suffisant amplement à nous dégoûter durablement des sports d’hiver, une escapade en terre malouine s’imposait d’elle-même le week-end dernier. Par l’odeur d’une prometteuse programmation alléché, on est donc parti, le pas altier, dévaler la piste aux étoiles corsaire, sans même devoir — conditions indoor obligent — s’inquiéter d’une éventuelle météo chagrine. Une collection hiver dont on aura malheureusement raté l’entame rennaise, qui fut apparemment — renseignements pris de source sûre — mémorable : on peine à croire que Crystal Stilts y soit pour quelque chose, mais que Michel Cloup retourne une salle en deux coups de cuillère à pot, et que Petit Fantôme charme son monde avec sa pop argentée, on le conçoit tout à fait.

Pour notre part, c’est en tous cas avec la première soirée de La Nouvelle Vague que ce petit marathon hivernal débutera. Et plus précisément avec l’homme orchestre Piano Chat, dont la prestation était censée relever de la performance plus que d’un concert ordinaire. On se rendra donc à l’évidence, le culte de la performance ne doit pas être fait pour nous, tant ceRémy Bricka indie-pop ne nous aura à aucun moment touchés par sa musique souvent surjouée à défaut de paraître inspirée, et ce malgré ses efforts de communion avec le public, allant jusqu’à prêcher sa propre cause au beau milieu d’une foule plutôt indulgente. Les gredins de Traams, eux, préfèrent jouer en équipe et ont sans doute raison, tant leur prestation commando aura donné au public un sacré coup de fouet : ce trio de joyeux braillards a de l’électricité dans les veines, et leur post-punk craché comme une Valda à la face des auditeurs a le mérite de délivrer gratos un bon shoot énergétique, qui servira soit à fuir au plus vite, soit à participer à la fête jusqu’à plus soif. On choisira sans conteste la deuxième option, tant ces saillies bruyantes et brûlantes nous auront battu les tempes et rendu le sourire, avant d’affronter les nouvelles protest songs de Thee Silver Mt.Zion, groupe sans doute le plus attendu de cette soirée. Avec de nouveaux titres plus directs et rageurs qu’à l’habitude, les Montréalais offriront une prestation honnête, sans pour autant déclencher un enthousiasme débordant. Généreuse, détendue, visiblement contente d’être là, on ne peut pourtant pas reprocher grand chose à la petite troupe : ça joue bien, fort, c’est maîtrisé, politiquement conscient, et on aura même le droit à un hommage bienvenu au regretté Vic Chesnutt. Mais voilà : impossible, malgré la sympathie qu’on leur porte, de réprimer un ennui poli. Peut-être aussi parce qu’il était temps de reprendre des forces du côté du bar, avant d’assister au retour en forme de The Warlocks, dont on avait soigneusement évité les albums insipides et lourdauds virant inexorablement au mauvais prog-rock et succédant au formidable Phœnix Album en… 2003. Passé l’éclat de rire à la vue de ce sacré Bobby Hecksher qui ressemble de plus en plus à une version rock’n’roll de Patrick Juvet — parfois, il faut savoir renoncer à un style vestimentaire qui nous boudine désormais trop — on sera vite happé par la puissance scénique des Californiens. Un son crado à souhait sans être pour autant brouillon ou inaudible, au service de chansons bien plus convaincantes en live que sur disque. Et puis on a beau réentendre à loisir Shake The Dope Out ou The Dope Feels Good, ce genre de titres porte définitivement la marque des classiques instantanés, que leurs amis The Dandy Warhols ne seront jamais capables d’écrire malgré leurs efforts désespérés. Et puis, et puis, après tout cela, on pourrait justifier de mille façons le fait de n’être pas resté voir les Montpellierains de Marvin, mais on se contentera de dire qu’on en avait franchement pas envie.

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Par contre, on était bien au rendez-vous pour la seconde manche à la Nouvelle Vague, bien décidé à profiter de la pop kaléidoscopique de Cate Le Bon. Et si l’on aime certes le sauvage, le brutal, l’éructation, un peu de délicatesse et de ligne claire de temps en temps ne font pas de mal non plus. Auteure récente d’un excellent Mug Museum, la jeune femme lancera cette soirée de la meilleure des manières, captivant l’auditoire au travers de sa pop à la fois classique et psychédélique, tantôt délicate, tantôt rageuse, écrin idéal pour son chant doucereux laissant apparaitre, derrière une façade multicolore, une inquiétante noirceur. Un véritable ravissement, prélude idéal à l’arrivée sur scène d’un des chouchous de Hartzine, The KVB. Et en effet, si on vous en a souvent parlé dans le passé, ça n’est pas pour rien : Klaus Von Barrel et Kate Day réussissent à nous subjuguer à chacune de leurs sorties, grâce à leur musique à la fois poisseuse et aérienne, en mouvement perpétuel, créant des ponts passionnants entre darkwave, coldwave et noisy pop, et sublimant une certaine idée de la mélancolie au travers d’une rage sourde. Un concert qui aura sans doute déstabilisé ou laissé dubitatif une bonne partie du public. Pour ceux, en revanche, qui se seront laissés embarquer dans cette captivante tempête sonore, on parie sans mal sur une belle histoire d’amour au long cours. Le concert des Eagulls, lui, a plutôt fait dans le court terme. Tellement court, à vrai dire, qu’on aura à notre arrivée à peine le temps de prendre la mesure du groupe sur scène après une vingtaine de minutes de live. Mais une chose est sûre : pour ce qu’on en a vu et entendu, la bande de Leeds semble avoir le talent et l’énergie pour sérieusement botter les fesses de nombre d’autres formations pseudo-punk qui n’ont à faire valoir ni la même gnaque, ni la même richesse mélodique affleurant à la surface de leur collection d’abrasions sonores. À suivre sérieusement, donc, à l’orée de la sortie de leur premier album. Et tout aurait pu continuer à se passer pour le mieux si l’on n’avait pas eu à subir les catastrophiques Breton. Arrivant sur scène comme des messies qu’ils ne sont pas, le groupe illustrera durant son passage tout ce qu’on ne supporte pas : indigence mélodique, refrains pompiers, attitude cool aussi ridicule que feinte… Bref, un mezze de dubstep, hip-hop ou électro, sciemment calibré pour appâter le chaland et décrocher la timbale de la rotation lourde sur les radios de djeuns. Une sorte de sous-Foals, c’est dire. Une catastrophe, donc, voire une perdition. Autant dire qu’après cela, notre motivation aura pris un sérieux coup de mou. On laissera tout de même sa chance à Jackson And His Computer Band, qui clôturera cette soirée de concerts avant l’arrivée de la DJette Clara 3000chargée de faire transpirer les irréductibles clubbeurs jusqu’au petit matin. Malheureusement, malgré une configuration scénique originale lorgnant vers la science-fiction, l’exception française du label Warp ne nous convaincra pas, ou peu, avec son électronique elle aussi de plus en plus pompière. Peut-être la faute à ces maudits Breton.

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Il n’empêche : si l’on doit tirer un bilan de cette nouvelle collection hiver, il restera très positif. Un contingent de très bon concerts, finalement peu de réelles déceptions, des soirées affichant complet, des conditions d’accueil parfaites, et au final un évènement à la hauteur de l’amour que l’on porte à sa grande sœur estivale. La preuve : fâché de devoir terminer la fête, on se rendra même à La Chapelle Saint-Sauveur le dimanche pour le concert de clôture du festival, qui nous permettra de revenir en douceur à la réalité : dans un cadre parfait, et même si Mélanie De Biasio nous aura tout de même globalement plongés dans l’ennui, la jeune violoncelliste Julia Kent nous aura quant à elle ravis grâce à ses superpositions de cordes teintées d’une électronique discrète, allant parfois même fureter du côté de la musique sacrée. Une clôture en douceur, donc, durant laquelle on a pu se rendre à l’évidence : bien sûr, qu’on reviendra.