In Aeternam Vale a été initié à Lyon en 1983 par Laurent Prot, Pascal Aubert et Chrystelle Marin – projet punk expérimental devenu vite celui d’un seul homme, Laurent Prot jetant les bases d’une techno industrielle aujourd’hui consacrée par le collectif Sandwell District, dont procèdent Juan Mendez (Silent Servant) et Karl O’Connor (Regis) – boss du label Downwards. De fait, on perçoit déjà le lien souterrain, et aujourd’hui mis à nu, unissant ses deux extrémités historiques. Car, tout comme le Hot-Bip de Philippe Laurent, In Aeternam Vale constitue à la fois le témoignage d’un certain minimalisme électronique agitant la scène post-punk française au début des années quatre-vingt – bien loin d’une new wave « soft » en réponse au punk -, en plus d’alimenter par ses productions l’un des épi-phénomènes discographiques contemporains les plus intéressants outre-Atlantique et partagé par des labels tels que Minimal Wave et Dark Entries : la réédition. Ainsi, si Philippe Laurent s’apprête à sortir un split en compagnie des Américains de Soft Metals sur Electric Voice Records – auteurs d’une récente compilation remettant au goût du jour Martin Dupont et ADN’ Ckrystall, deux autres projets français d’une sensibilité proche (lire) -, le label de Veronica Vasicka, Minimal Wave (lire), puise depuis 2009 dans l’incroyable et inépuisable répertoire de Laurent Prot pour éditer deux compilations LP – une éponyme (2009), l’autre répondant au titre de Dust Under Brightness (2012) – en plus de deux EP – Dust Under Brightness/Highway Dark Veins (2012) et le dernier en date, La Piscine (2012). Ce travail de réédition, qui peut s’avérer n’être qu’un prisme réducteur à l’encontre d’un artiste quel qu’il soit, prend ici une dimension tout particulière puisque quasiment l’entièreté de la discographie d’In Aeternam Vale est alors parue en format cassette, en auto-production ou sur les labels R.R. Products et Émergence du Refus, quand la plupart de ses enregistrements depuis 1995 sont méticuleusement conservés en studio par son auteur. C’est dire l’ampleur d’une tâche que l’on scrute avec intérêt et – paradoxalement – goût de la nouveauté. Rencontre et écoute aléatoire.

In Aeternam Vale sera en concert, partageant l’affiche avec Frank Alpine, le vendredi 22 mars prochain à l’Espace B (Event/FB).

Entretien avec Laurent Prot

In Aeternam Vale n’est pas ton premier projet musical. Qu’as-tu fait avant, et quelles ont été les circonstances qui t’ont conduit à monter ce projet ?

Non effectivement In Aeternam Vale n’est pas mon premier projet musical. Avant ça je jouais dans un groupe punk nommé Sordid Blanket ou j’officiais en tant que guitariste. J’ai ensuite expérimenté un peu tout et n’importe quoi après la fin de Sordid Blanket en 1982 dans divers groupe lyonnais comme guitariste/bassiste/batteur.

Parmi les circonstances qui m’ont conduit à faire In Aeternam Vale il y avait principalement l’envie d’être détaché des contingences imposées par la musique rock au sens large et d’échapper à la structure groupe/local/répétitions, je voulais pouvoir faire de la musique à chaque instant et pouvoir la capturer quand elle était là.

Au départ, In Aeternam Vale n’était pas un groupe électronique. Qu’est-ce qui t’a poussé à emprunter cette voie ?

C’est vrai, au départ c’était un groupe expérimental au sens ou nous ne répétions pas, nous faisions des prestations scéniques chaotiques où chacun jouait ce qu’il voulait. Ce qui m’a poussé vers l’électronique c’est les possibilités de recherche et d’expérimentation que je ne trouvais plus dans une structure de groupe conventionnel mais également l’aspect mécanique minimal et horloger des premières boites à rythme et séquenceurs qui faisaient que si on ne focalisait pas la composition et les sons sur l’essentiel alors on pondait immédiatement une pure merde.

Comment décrirais-tu In Aeternam Vale et qui sont tes plus grandes influences pour ce projet ?

In Aeternam Vale était, est et restera un laboratoire. Les influences sont les Flying Lizards, The Normal, PIL, Yello, Kraftwerk, Throbbing Gristle, Suicide, Ravel.

La musique d’In Aeternam Vale a muté avec le temps, d’un son industriel à un son plus électronique et minimal. Est-ce du fait des évolutions technologiques ou de ton approche musicale et esthétique ?

Un peu des deux mon capitaine, mais également du fait du temps qui passe, de l’âge et de l’évolution de ma perception du monde.

Entre 1984 et 1995, ta discographie est plus que fournie. Pourquoi avoir décéléré depuis ? Ton besoin de produire de la musique est-il moins immédiat ?

Il y a eu en effet moins d’urgence à produire, néanmoins beaucoup de choses ont été produites depuis 1995, mais peu sont éditées.

Durant cette période, In Aeternam Vale à sorti un bon nombre de disques soit en autoproduction, soit via des labels radicaux tels que R.R. Products et Émergence du Refus de Stenka Bazin. Quels souvenirs as-tu de ce mode de diffusion pour ta musique ?

De bons souvenirs. Tous ceux qui ont trempé dans ce « mail art » musical principalement sur cassettes à l’époque étaient les artisans de quelque chose de nouveau qui consistait à mon sens à prendre possession d’un espace artistique réservé jusqu’alors à l’industrie ou aux élites mais dont la seule prétention était d’exister et de s’exprimer hors des codes et de manière autonome.

A contrario, comment expliques-tu l’intérêt pour ta musique d’un label comme Minimal Wave ? Comment Veronica t’a-t-elle contacté ?

Je ne peux pas parler au nom de Veronica, et je ne l’ai jamais questionnée sur les raisons de son intérêt pour ma musique. Ce que je peux dire c’est qu’elle m’a contacté en 2006 car elle était en possession de certaines de ces cassettes distribuées et diffusées via ces « labels radicaux » que tu citais précédemment.

Tu as sorti récemment deux EP, La Piscine et Dust Under Brightness/Highway Dark Veins. Dans quelles dispositions les as-tu composés et qu’expriment-ils à tes yeux ?

Je n’ai pas d’explication à ce qui donne l’impulsion à tel ou tel morceau, ils expriment, quand ça fonctionne, ce qui était dans l’air et les émotions d’un moment. Si c’est sincère alors peut-être que ça résonne en nous.

Tu ne fais plus beaucoup de concerts car pour toi un concert suppose énormément de préparation. Peux-tu nous en dire plus ?

Je suis davantage un animal de studio qu’une bête de scène, je n’ai pas à proprement parler de répertoire hormis ces « captures d’écrans » qui sont les morceaux que j’ai faits tout au long de ces années. Chaque concert est donc unique.

Disques, collaborations, rééditions, quel est ton futur proche ?

Un 12″ à venir chez Minimal Wave. Des rééditions, oui, mais je ne peux rien dire pour l’instant. Pour les collaboration, un remix de The KVB pour bientôt chez Cititrax.

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