Harlem – Hippies

Ok. Il faut vraiment s’inquiéter des motivations de ces jeunes hommes de Harlem pour dénommer leur album Hippies. Est-ce le fait de passer de deux à quatre membres en moins d’une année ? La vie en communauté est-elle à ce point déliquescente ? Car franchement, après avoir supporter les gaillards de MGMT, et tous les sbires qui ont suivis munis de plûmes et de vêtements aussi folklos que ridicules, et ce juste après la très criarde vague fluo, il faut avoir de sacrées bonnes raisons pour écrire en sept lettres une telle connerie sur la pochette d’un second disque. D’autant plus que celui-ci sort sous les auspices auréolés de Matador – le 16 avril – quand le précédent Free Drugs – on ne se refait pas hein ! – était sorti confidentiellement en 2008 sur Female Fantasy. Kérouac et ses copains de la Beat Generation avaient enfanté le mouvement hippie, sur les cendres fumantes de la seconde guerre mondiale, pour ensuite le haïr avec acharnement. Tu m’étonnes. Accoucher d’un tel monstre, te voue au mieux à l’alcoolisme, au pire au suicide. Il me faut une bonne dose de courage pour passer outre et enclencher le disque des désormais quatre d’Harlem, qui, oh surprise, sont d’Austin, de ce bon vieux Texas, sentant la poussière et la vache grasse. Ma mauvaise langue de vipère les aurait envoyé à New-York et son ghetto fourni en chevelus psychés et autres breloques colorées. Logique. Mais les premiers accords font voler en éclats mon sadisme et mes a priori. C’est crasseux, mais pas new age pour un sou, le refrain de Someday Soon annonçant la couleur et envoyant direct le bois. D’ailleurs, rayon influences Michael Coomers et Curtis O’Mara nous aiguillonnent sobrement : « The only band we like is Nirvana. The only album we like is Nevermind. The only song we like is Smells Like Teen Spirit ». Friendly Ghost, en guise de single, ne fait que confirmer la sauce : les joyeux délurés d’Harlem vident leurs bières et s’essuient d’un révère de manche à la santé des Black Lips, électrisant un blues d’accords crades et de mélopées braillardes. Ultimes avatars d’un rock que l’on qualifie à bon entendeur de garage, Harlem enchaîne le bon (Cloud Pleaser, Tila and I, Be Your Baby) le très bon (Number One, Gay Human Bones, Pissed) et le moins bon (Faces, Spray Paint, Scare You) en seize morceaux oscillant chacun entre deux et trois minutes. D’une unité remarquable, Hippies éprouve et insinue l’insupportable impatience. Celle que l’on ne peut réfréner à l’idée de quelques concerts mémorables, où les guiboles en prennent pour leur grade.

Thibault

Audio

Harlem – Friendly Ghost

Bonus

Harlem – Pissed

Tracklist

Harlem – Hippies (Female Fantasy, 2009)

01. Someday Soon
02. Friendly Ghost
03. Spray Paint
04. Number One
05. Be Your Baby
06. Gay Human Bones
07. Torture Me
08. Cloud Pleaser
09. Faces
10. Tila and I
11. Three Legged Dog
12. Prairie My Heart
13. Scare You
14. Stripper Sunset
15. Pissed
16. Poolside