Décidément, Bristol est la ville à arpenter ces derniers temps afin de dénicher les vrais talents de la musique de demain. En un tout petit peu plus de dix ans de carrière, Emptyset a réussi à se forger une solide réputation, se basant sur une identité forte et puisant sa force autant dans la techno traditionnelle que dans l’expérimentation la plus tentaculaire. Leur dernier succès en date, Borders, paru sur Thrill Jockey, tranche quelque peu avec Recur, sorti il y a quatre ans sur Raster-Noton. Avec Borders, Emptyset s’affranchit des codes pour nous offrir une œuvre terriblement mentale tout en gardant une ouverture dancefloor. Rencontre avec ces deux perfectionnistes qui nous en disent un peu plus sur leur façon de travailler et leur exigences musicales.

Hi guys, expliquez-nous comment vous êtes tombés dans la techno ?
Hi guys, tell us how you got into techno?

Nous nous sommes tous les deux intéressés à la techno, la musique électronique et la musique de club lorsque nous étions à Bristol. Des rencontres fortuites avec des artistes comme Jeff Mills ou Claude Young ont vraiment éveillé notre intérêt au-delà de ce que nous a apporté cette ville. Dès lors, il fallait qu’on explore cette musique qui venait de Detroit, Chicago aussi bien que Berlin. L’important était le rythme, la production et les systèmes sonores, c’est sûrement plus tard qu’on a commencé à réfléchir davantage à la façon dont la musique électronique est reliée à l’urbanisme et à l’anthropologie, ainsi qu’aux sonorités liées aux espaces physiques.

We both arrived at an interest in electronic music, techno and club music through our time in Bristol. Of particular interest were chance encounters seeing people like Jeff Mills or Claude Young play that definitely sparked an interest in music occurring beyond the city. From there it became about exploring this music that was coming out of Detroit and Chicago as well as Berlin. Ideas of rhyhthm, production and sound systems, then perhaps later thinking more about how electronic music connected to urbanism and anthropology as well as how sound related to physical spaces.

En quelques années, Bristol s’est convertie de capitale du trip-hop à celle de la techno-expé, que s’est-il passé en dix ans ?
In a few years, Bristol converted from trip-hop to techno-expé music capital, what happened in ten years?

Nous sommes tous deux basés à Londres et à Berlin maintenant, alors nos observations sur les changements de Bristol sont un peu éloignées, mais dans l’ensemble, il semblait qu’il y ait émergence de la bass music et une résurgence d’intérêt pour la house et la techno créant une ouverture de la ville vers l’extérieur. Ensuite, cette nouvelle approche a coïncidé avec un nouvel afflux de producteurs qui ont ensuite commencé à fusionner leur propre approche sonore avec la culture musicale appartenant à Bristol. En fait, ce qui est peut-être le plus impressionnant à propos de Bristol, c’est la quantité de musique qui y est produite par rapport à la population et à la taille de la ville, ce qui en fait un endroit très spécial.

We are both based in London and Berlin now so our observations of Bristol’s changes have been a little from a distance, but overall it seemed the rise in bass music and a resurgence of interest in house and techno created a more outward looking focus for the city. Then this new approach coincided with a new influx of producers that then began to merge their own approaches with Bristol’s existing culture of music making. Overall what is perhaps most impressive about Bristol is the amount of music that gets made there relative to the population and size of the city, on those terms it’s a very special place.

Vous faites partie de ces rares artistes qui privilégient la mélodie à la rythmique, pourquoi ce choix ?
You are one of those rare artists who prefers melody to rhythmic, why this choice?

Notre manière de faire de la musique s’est souvent axé sur les structures et la façon dont les éléments sonores de base interagissent et affectent les systèmes technologiques ou architecturaux. L’intérêt a été l’utilisation du son en tant que matériel, en explorant comment le ton et le rythme correspondent et se répercutent les uns sur les autres dans différents cadres et contextes.

Our approach to music making has often been focused on structures and how basic sonic elements interact and affect a technological or architectural system. The interest has been the use of sound as a material, exploring how tone and rhythm correspond and impact upon eachother within different frameworks and contexts.

Vous avez travaillé avec des labels très différents (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multipliant les étiquettes. Comment travaillez-vous en binôme et qu’est-ce qui définit le son que vous avez à tel ou tel morceau ?
You worked with very different labels (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multiplying the styles. How do you work in pairs and what defines the sound you go into this or that piece?

L’idée de base était de diviser les matériaux qui serviraient à un contexte plus studio pour Raster-Noton et ceux servant à des projets plus spécifiques comme Material et Medium, réalisés via Subtext. La méthode de conception et d’enregistrement de tel truc a généralement déterminé le contexte dans lequel elle sera réalisée. Donc si quelque chose a l’air d’avoir demandé une approche plus complexe par rapport à nos méthodes habituelles de travail dans un studio d’enregistrement, nous cherchons un moyen plus approprié pour l’exprimer.

The general approach has been dividing the idea of a studio based production process such as the material for Raster-Noton with more site-specific projects such as Material and Medium that were released on Subtext. The method of how something was made and recorded usually determines the context in which it will be released. So if something feels like it has a more expanded approach beyond the usual methods of working within a recording studio, then we look at an appropriate way to present it.

Votre dernier album, Borders, est paru sur Thrill Jockey. Au-delà de la visibilité, c’est essentiellement le franchissement d’un cap. Emptyset a toujours été reconnu comme un groupe à part dans la scène techno, est-ce pour vous un nouveau moyen de s’affranchir de cette musique et de revendiquer votre propre identité musicale ?
Your last album, Borders, was published on Thrill Jockey. Beyond the visibility, it’s essentially a crossing time. Emptyset has always been recognized as a group apart in the techno scene, is this a new way for you to get rid of this music and to claim your own musical identity?

Borders a été élaboré avec l’intention de trouver une nouvelle façon de travailler et de jouer ensemble. Nous voulions toujours jouer avec l’électronique, mais pour façonner ces sonorités nous voulions la combiner avec une méthode à la fois acoustique et une approche plus tactile. De même, nous voulions aborder des idées liées à l’anthropologie musicale et à l’expérience collective, et Borders a créé dans cette approche de recherche. L’album nous a définitivement permis de nous affranchir du carcan de la musique électronique habituelle, pour élargir encore l’esthétique sonore d’Emptyset.

Borders was developed out of an intention to find a new way of working and performing together. We still wanted to work with electronics but wanted to combine it with an acoustic method and a more tactile approach to shaping sound. Equally we wanted to address ideas connecting to musical anthropology and collective experience and Borders created an investigative framework for this. The album definitely initiated an opportunity to expand the sonic aesthetic of Emptyset outside of the familiar history of electronic music.

Vous participez cette année au festival Berlin Atonal qui, pour beaucoup, est un tremplin, une expérience ou un moyen d’expérimenter de nouveaux projets. Comment vous projetez-vous dans ce festival ?
You are participating this year at the Berlin Atonal festival which, for many, is a springboard, an experience or a way of experimenting new projects. How do you plan yourself in this festival?

Le site du Kraftwerk est un espace très particulier pour expérimenter la musique et cette année le festival aura une installation de projection spéciale toute la durée du programme. Donc, en réponse, nous travaillerons avec notre équipe visuelle pour créer une performance élargie que nous présenterons cette année.

The site of the Kraftwerk is a very particular space for experiencing music, and this year the festival will have a special projection install for the duration of the programme. So in response we will be working with our visual team on creating an expanded performance that we will present at Atonal this year.

Avez-vous déjà pensé à collaborer avec d’autres artistes, mis à part Cornelius Harris ? Pour vous, quel serait le side-project parfait ?
Have you ever thought of collaborating with other artists than Cornelius Harris? What would be the perfect side-project for you?

La collaboration avec Cornelius était très spéciale. Nous avons un énorme respect pour la musique de Detroit, ce qui a été un projet très particulier à l’époque. À l’avenir, nous n’avons pas de plans concrets concernant des collaborations musicales, mais plutôt que d’autres artistes, il serait peut-être intéressant de collaborer avec des personnes d’autres domaines d’expertise technique, comme des ingénieurs ou des fabricants d’instruments.

The collaboration with Cornelius was very much a special one off. We have an enormous respect for Detroit music so it felt like a very special project at the time. Going forward we have no current plans for musical collaboration, however rather than other artists perhaps it would be more about collaborating with people from other fields of technical expertise such as engineers or instrument makers.

À quoi ressemblera votre set à l’Atonal ?
What will your Atonal set look like?

Nous allons travailler sur une performance spéciale spéciale pour l’Atonal, en collaboration avec Sam Williams et Clayton Welham. À ce jour, ils ont travaillé ensemble sur beaucoup de nos vidéos et des performances live, ce qui constituera une réalisation spéciale de ce travail qui utilisera multiples projecteurs du Kraftwerk. Musicalement parlant, ce sera une représentation de notre travail tournant autours de notre dernier album, Borders.

We will be working on a special expanded performance for Atonal in collaboration with Sam Williams and Clayton Welham. They have worked together on many of our videos an live performances to date, so this will be a special realisation of this work for the Kraftwerk using multiple projectors. Musicallly it will be presenting material from our recent album, Borders.

Avec Borders, vous avez placé la barre très haute, à quoi doit-on s’attendre pour vos prochaines sorties ?
With Borders, you set the bar very high, what should we expect from your next outings?

Nous venons de terminer un nouveau EP pour Thrill Jockey qui sortira en octobre. Celaui-ci reprend certaines des idées et instrumentation de Borders aussi bien qu’il s’inspire de notre récente prestation pour la Fondation des Arts David Roberts, à Londres. Donc ce nouvel enregistrement rassemblera plusieurs domaines de recherche et pratiques et les formalisera autour d’une exposition singulière.

We have just completed a new EP for Thrill Jockey that will be released in October. This has been taking some of the ideas and instrumentation of Borders as well as a recent performance commission for the David Roberts Art Foundation, in London. So this new recording will be bringing together several areas of a our research and practice and formalising them into a singular statement.

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