Mike Wexler l'interview

Syntropy est le nom du troisième effort de Mike Wexler qui était de passage en concert à Paris en décembre dernier. Et l’envoûtement aura une fois de plus eu lieu à l’Espace En Cours. L’occasion donc de présenter devant un public plus qu’attentif son dernier opus empreint de musique brésilienne - comme en témoigne sa mixtape plus bas - mais aussi d’americana et de folk british. L’élégance du picking, le murmure hypnotique et l’aisance technique live auront, sur la soixantaine de personnes présentes, un effet de communion à l’égrégore résonant.

Syntropy est un album aux savants arrangements - auxquels contribuent les fidèles Brent Cordero de Psychic Ills et Jordi Wheeler d'Amen Dunes - dans lequel congas et mellotron côtoient guitares et piano, dessinant un paysage serein et total : une folk métaphysique. Il est question d’entropie et de syntropie donc, mais aussi du temps qui passe et de l’Univers... le rapport au temps de son auteur est d’ailleurs assez élastique, l'album a été enregistré en 2013 (dans le Vermont, loin de la hype brooklynienne où il réside) et est sorti fin 2016, près de cinq ans après son précédent. On pense à Bert Jansch, à Nick Drake mais aussi, Brésil oblige, à Antônio Carlos Jobim.

Interview

Ton nouvel album s’appelle Syntropy, peux-tu nous parler du choix du titre et de sa signification ?
Your new record is called Syntropy, can you tell us about the choice of this title and its meaning?

Il y a quelques années, alors que je bossais sur ces morceaux, un ami à moi qui revenait d’Italie m’a envoyé un article sur des expérimentations qui étaient faites là-bas. Elles essayaient de prouver l’expérience précognitive des gens. Ils ont découvert qu’il y en avait beaucoup, parmi ceux qui participaient, qui semblaient réagir en avance (physiologiquement) à des images qu’on allait leur montrer. Syntropy était le titre de l'article et, pour une raison quelconque, il a juste déclenché un truc en moi et je savais que ce serait le nom du disque sur lequel j'avais travaillé. Il a une histoire, certaines personnes dans le monde des sciences l'ont défendu comme un terme pour décrire le processus qui permet à la vie d'exister malgré l'entropie, ce qui met très simplement en évidence la tendance des choses à se décomposer dans le temps et à se déplacer irréversiblement d'un état ordonné vers un plus grand désordre. Donc la syntropie serait quelque chose comme la "force de vie", une tendance à l'ordre, la complexité et la survie dans un univers où finalement les étoiles se consument et c'est fini. Le seul problème est que cette "force de vie" n'existe pas. La vie n'est pas l'opposé de l'entropie, c'est une partie d'elle, compatible avec elle. Mais j'aime le mot, le son, et il y a le sentiment qu'il devrait exister, même si nous ne pouvons le prouver. Et il y a d'autres ramifications pour moi aussi - sociales, métaphysiques -, toutes dérivées de cette idée imaginée. Pourquoi les êtres vivants se produisent-ils ? Pourquoi la matière s'organise-t-elle ainsi ? Et pourquoi, une fois qu'ils existent, veulent-ils généralement survivre et prendre des mesures évolutives et technologiques pour le faire ? Si nous ne pouvons pas trouver une cause fondamentale dans le passé, nous pourrions peut-être en rechercher une dans l'avenir.

A few years ago, while I was working on these songs, a friend of mine who had just been to Italy sent me an article about some experiments that were being done there, trying to prove that people experience precognition. They found there were many among those participating in the experiment who seemed to react in advance - physiologically - to images they were about to be shown. 'Syntropy' was the title of the article and for some reason it just lit up for me and I knew it was going to be the name of the record I had been working on. It has a history, some people in the science world championed it as a term to describe the process that allows for life to exist despite entropy, which very simply put is the tendency of things to break down in time and move irreversibly from an ordered state towards greater disorder. So syntropy would be something like the 'life force', a tendency towards order, complexity and survival in the face of a universe where eventually the stars burn out and it's game over. The only problem is this 'life force' doesn't exist. Life isn't the opposite of entropy, it's a part of it, consistent with it. But I like the word, the sound of it, and there's the feeling that it should exist, even if we can't find evidence that it does. And it has other ramifications for me as well - social, metaphysical - all derived from this imagined idea. Why do living things come about? Why does matter organize itself in this way? And why, once they exist, do they generally want to survive, and take evolutionary and technological steps to do so? If we can't find a root cause in the past, maybe we could look for one in the future.

C’est ton troisième album, et le troisième sur un label différent (Amish Records, Mexican Summer, Three:four Records) , y a-t- il une raison à ces changements ?
It’s your third record and the third label you’re working with, is there a reason for changing labels?

Et bien, oui - différentes raisons. Je dirais que je suis très heureux d'avoir atterri là où je suis et préférerais ne plus bouger. Je préfère me concentrer sur le fait d'enregistrer.

Well, yeah - different reasons. I'll say I'm very happy to have landed where I did, and would prefer not to move around anymore. I'd rather focus on making records.

Comment as-tu rencontré Gaëtan et Maxime de Three:four Records ?
How did you meet Gaëtan and Maxime from Three:four?

Maxime m'a écrit il y a des années quand il a entendu ma musique, me demandant si je voudrais venir à Paris et jouer. Nous nous sommes rendus compte que nous avions beaucoup d'intérêts en commun et sommes devenus amis en correspondant par mails, puis nous avons trainé ensemble au cours des années quand il venait à New York, ou plus rarement quand je venais en Europe. Curieusement, le concert de décembre à l'Espace En Cours, c'était la première fois que j'ai réussi à jouer via ali_fib, bien que nous en parlions depuis des années ! Ça valait vraiment la peine d’attendre.
J’ai rencontré Gaëtan et Three:four Records lorsque Maxime a fait sa première compilation, Err On The Good Side, à laquelle j'ai contribué d'une chanson. Des années plus tard, quand je cherchais un label pour Syntropy, Maxime a suggéré Gaëtan, et c'était logique. Je suis très reconnaissant aux deux.

Maxime wrote me years ago when he heard some music of mine, asking if I'd like to come to Paris and play. We realized we had a lot of interests in common and became friends corresponding on email and then hung out over the years when he would come to New York, or on the rare occasion I made it to Europe. Strangely the show I just played in December at Espace En Cours was the first time I managed to play something that he set up for me via ali_fib, although we'd been talking about it for years! It was worth the wait.
I came to know of Gaëtan and three:four when Maxime put together his first compilation, Err On The Good Side, to which I contributed a song. Years later, when I was looking for a home for Syntropy, Maxime suggested Gaëtan, and it made sense. I'm very grateful to both of them.

Lors de ton fantastique concert à Paris, tu as joué un nouveau morceau et dit qu’il sortirait probablement dans des années, quelle est ta relation au temps en terme de création et de parution ?
During your fantastic show in Paris, you played a new song and said that it will probably be released in years or so, what is your relation with time in terms of creation and releasing songs?

Les chansons peuvent me prendre de quelques mois à quelques années, et j'aime laisser les choses se produire dans leur propre temps. Mais au-delà du temps qu'il me faut pour écrire, ça semble invariablement prendre des années, à partir du début de l'enregistrement jusqu'à ce que le disque voit le jour, pour des raisons indépendantes de ma volonté. Donc, selon mon expérience, si je joue la chanson maintenant, elle sera probablement sur disque dans à peu près quatre ans. J'espère pouvoir inverser la tendance avec le prochain LP. Je suis déjà bien avancé dans la phase d'écriture - on verra.

Songs can take me anywhere from a few months to a few years, and I like to let things happen in their own time. But apart from how long it takes to write, it somehow invariably seems to take years from the start of recording to when the record sees the light of day, for reasons beyond my control. So going by my experience, if I'm playing the song now, it'll probably make it onto a record in four years or so. I hope I can buck the trend with the next LP. I'm already well into the writing phase - we'll see.

https://www.youtube.com/watch?v=--TtAWHtFBU

Il y a toujours dans tes disques des titres qui font référence à des termes étranges ou scientifiques comme The Engram, Glyph, Spectrum, Pneuma, Ecliptic… Peux-tu nous en dire davantage ?
There is always in your records, titles that refers to science or strange references such as The Engram, Glyph  Spectrum, Pneuma, Ecliptic… can you tell us a little about that?

En fait, ce n'est pas quelque chose que je recherche nécessairement, ça arrive surtout de la manière décrite un peu plus haut quant à la provenance du titre de ce disque ; un mot ou une phrase prend une sorte de charge. Cela peut être quelque chose que je trouve en lisant, ou quelque chose dont je me souviens soudainement, mais je ne sais pas où je l'ai entendue avant - et il ya quelque chose d’attirant dedans. Je chante une nouvelle mélodie sans mot et un mot que je ne connais pas me vient à l'esprit - il semble y appartenir. Je l'analyse et parfois il n’a pas de sens, parfois il a plus de sens que tout ce que j'aurais pu vouloir dire. Donc chaque fois que j'ai ce sentiment, j'essaie de voir où il mène. Souvent, c'est un mot comme ceux que tu as mentionnés, parfois non. La nouvelle chanson que j'ai jouée à Paris s'appelle After. Un mot familier peut soudain devenir étrange, comme quand tu dis un nom trop de fois d'affilé et qu'il fini par ne plus rien signifier, sauf que j'ai le sentiment qu'il signifie quelque chose de plus que ce que je pensais qu'il signifiait - il contient tout à coup cette possibilité. Je ne veux pas dire que c'est automatique et que je n'ai aucun contrôle conscient sur ce que j'écris, mais c'est plus comme une attraction entre ces deux aspects de l'esprit de l'écriture, un qui suggère et un qui forme.

Well it's not something I necessarily set out to do, it just happens much in the way i described above with the title of this record. A word or phrase takes on a kind of charge. It can be something I come across reading, or something I remember suddenly but I don't know where I’ve heard it before - and there's something in it. I'm singing a new melody without words and a word I don't know occurs to me - it seems to belong there. I look it up and sometimes it doesn't make any sense, but sometimes it makes more sense than anything I could have intended. So whenever I have that feeling I try to see where it leads. Often it's a word like the ones you mentioned, but sometimes not. The new song I played in Paris is called After. A familiar word can suddenly become strange, like when you say a name too many times in a row and it no longer means anything, except I have the feeling it means something more than what I had taken for granted that it meant - it suddenly contains this possibility. I don't mean to suggest that it's automatic and I don't have any conscious control over what I write, but it's more like a push and pull between these two sides of the writing mind, one that suggests and one that shapes.

Sur Syntropy, il y a différents instruments comme des congas, de la basse, du mellotron, de la batterie… et tu étais seul sur ta tournée européenne, n’est-ce pas ? Pourtant, on ne ressent pas de manque d’instrumentation en live, voire même le contraire. Quand tu écris, j’imagine que tu commences par la guitare et la voix et alors tu réfléchis à l’orchestration ou ce sont les personnes avec qui tu bosses qui te suggèrent les arrangements ? Peux-tu nous parler du procédé d’écriture et des personnes qui y sont impliquées ?
There is on your album different instruments like congas, bass, drums, mellotron… and you were by yourself playing shows in Europe, right? Yet, we don’t feel the lack of these instrumentations live at all almost the opposite. When you write, I guess you start with guitar and vocals and then think about the instrumentations or it’s the people you’re working with who suggests arrangements? Can you tell us about the writing process and the people you’re working with?

Oui, tu as raison, j'écris avec juste la guitare et la voix. Je dois y parvenir de façon suffisamment intéressante pour que je puisse jouer seul, et ça doit être, pour ainsi dire, structurellement du son. Mais tout de même, pendant que j'écris, je vais imaginer comment il sera enregistré, alors j'ai quand même une idée de l'arrangement pendant l'écriture. Tous ceux qui jouent sur le disque viennent avec leurs propres parties et chaque chanson a son propre processus. Parfois, ça s’approche de très près de ce que j’avais imaginé, parfois l'arrangement est comme un catalyseur chimique qui révèle quelque chose dans la chanson dont je n’avais même pas conscience. Mais tout ça, c’est grâce au groupe. Je me sens très chanceux d'avoir réuni tous ces musiciens parce que j'aime ce qu'ils font de leur côté, tous jouent dans beaucoup d'autres configurations et projets, mais je pense que quelque chose de cool se produit avec ce line up en particulier. C'est le deuxième enregistrement que j'ai réalisé avec les mêmes personnes à bord (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) et d'autres contribuant ici et là.

Yes you're right, I write with just guitar and voice. I have to get it to someplace interesting where I can still play it alone, and it has to be structurally sound, so to speak. But all the same while I'm writing I'm picturing how it will be on record, so I have some idea about the arrangement while it's coming together. Everyone who plays on the record comes up with their own parts, and each song is its own process. Sometimes it ends up really close to how I imagined it, and sometimes the arrangement is like a chemical catalyst that reveals something in the song that I didn't know was there. But that's all thanks to the band. I feel very fortunate that I get to assemble these players together, because I love what they do on their own, and they all play in many other situations and projects, but I think something nice happens with this particular line up. So this is the second record I've made with basically the same people on board (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) and a few others contributing here and there.

As-tu des projets parallèles, de différents styles et es-tu intéressé par la musique électronique ?
Do you have any side projects of different musical styles? Are you interested in electronic music and would you play some?

La musique électronique a toujours été très importante pour moi. Dans presque tous les enregistrements que j'ai fait, il y a des synthétiseurs analogiques et, même au-delà de ça, je pense que l'écoute de la musique électronique a affecté la façon dont je structure les chansons - les types de motifs rythmiques qui me plaisent, la répétition avec variation et comment je pourrais essayer d'intégrer le drone comme un élément structurel - beaucoup de tout ça vient de la musique électronique car elle a certaines tendances formelles qui sont différentes de la façon dont les musiciens viennent à penser lors de l'écriture pour les instruments traditionnels. Je pourrais penser à Cluster quand je travaille sur une partie de guitare, par exemple, ou Eliane Radigue quand je construis un arrangement. Même lorsque j'utilisais des cordes ici et là, j'avais à l'esprit des compositeurs comme les spectralistes, qui ont été influencés dans leur écriture pour cordes par des possibilités d'abord ouvertes par la technologie - l'analyse informatique du son enregistré, la notation pour des intervalles microtonaux très précis et le spectre des harmonies, etc. La musique électronique a éclairé certaines possibilités inexplorées des instruments de l'orchestre. Comment cela serait si tu transposais (à coup sûr, une version profane) cette palette sonore à un arrangement de chanson ? Le morceau Spectrum, sur Dispossession [son deuxième album, ndlr] parle de cela. Je n'ai pas tendance à me limiter dans mes écoutes - j'aime chercher des parallèles. Et quand je fais quelque chose, j'essaie de tirer et de trouver des choses que j'aime, même si différentes, un moyen de les faire vivre ensemble confortablement.

Electronic music has been really important to me. Almost all of the records I've made involve analog synthesizers, but even beyond this I think listening to electronic music has affected the way that I structure songs - the kinds of rhythmic patterns that appeal to me, repetition with variation, and how I might try to incorporate drone as a structural element - a lot of it comes from electronic music, because electronic music has some formal tendencies that are different from the way musicians tend to think when writing for traditional instruments. So I might be thinking about Cluster when I'm working on a guitar part, for example, or Eliane Radigue when I'm building up an arrangement. Even when I've used strings here and there, I had in mind composers like the Spectralists, who were influenced in their writing for strings by possibilities first opened up by technology - computer analysis of recorded sound, scoring for very precise microtonal intervals and the spectrum of overtones, etc. Electronic music shone a light on some unexplored possibilities of the instruments of the orchestra. I thought, what would it be like if you transposed (admittedly a layman's version of) this sound palette to a song arrangement? Spectrum, from Dispossession, is all about this. I don't tend to draw hard boundaries in my listening - I like to look for parallels. And so when I make something I try to draw from things that I like, however disparate, and find a way that they can live together comfortably.

https://www.youtube.com/watch?v=TqtoSig0cqE

Comment décrirais-tu ta musique à quelqu’un d'étranger à ton oeuvre ?
How would you describe your music to somebody who doesn’t know your work?

C'est quelque chose avec laquelle j’ai beaucoup lutté - c'est vraiment dur. Par souci de simplicité, j'ai l'habitude de dire que je suis un songwriter, bien sûr cela évoque immédiatement une image qui ne convient pas - quelqu'un avec un chapeau de cowboy ou un truc du genre. S'ils veulent en savoir plus, en général, je leur dis simplement mon nom pour qu'ils puissent me trouver et écouter.

This is something I've wrestled with a lot - it's really hard. For simplicity's sake I usually just say I'm a songwriter, but of course that immediately conjures an image that doesn't quite fit - someone with a 10 gallon hat or something. If they want to know more, usually I just tell them my name so they can find me and listen.

Tu es un fantastique joueur de guitare, j’étais impressionné en concert de voir à quel point ta technique était parfaite et délicate, depuis combien de temps joues-tu et qu’est-ce qui t’as amené à jouer de la guitare ?
You’re a fantastic guitar player, I was amazed live to see how perfect your technique is and delicate, how long have you been playing and what got you into guitar?

J’ai commencé quand j'avais quatorze ans. La guitare était partout. Je connaissais beaucoup de gens qui jouaient et leurs identités étaient à l'époque tellement liées à la musique que je suis tombé dedans. Mais même à ce moment-là, c'est l'utiliser comme un moyen de création qui m'intéressait vraiment. Je n'ai jamais voulu être un dieu de la guitare, je n’ai jamais pris de leçons ou appris de solos. Ce que j'ai fait, c'est que j’ai chopé un quatre pistes et j'ai commencé à écrire des choses en les assemblant avec d’autres parties que j’avais composées avant, j’y allais un peu à tâtons. J'ai fait quelques albums de cette façon, des trucs que je ne jouerais jamais pour personne. Et c'est toujours comme ça, plus ou moins. Je ne me vois pas vraiment comme un guitariste avant tout chose. J’aurais parfois préféré faire du piano à la place, parce que c'est un instrument plus intuitif et qui semble plus adapté à la façon dont je travaille, mais j'ai commencé avec la guitare donc je suis coincé avec. Je m'apprends à jouer les choses que j'écris, c'est une partie du procédé et peut-être la raison pour laquelle ça me prend autant de temps - je dois apprendre à jouer comme ça vient. Et oui, les parties de guitare sont devenues plus compliquées au fil des ans - je pense que cela vient de mes premiers critères, à savoir qu'il faut travailler et être intéressant avec une seule guitare et de la voix. Pour moi, une guitare est principalement un moyen de parvenir quelque part.

I started when I was around 14. Guitar was everywhere. I knew lots of people who played, and so much of one's identity at the time was tied up with music, I just fell into it. But even then I was only really interested in using it as a means to make something. I never wanted to be a guitar god, never took lessons or learned solos. What I did was I got a four track and started writing things, building them up from parts i would come up with, just kind of feeling around in the dark. I made a few albums that way, stuff I'd never play for anyone. And that's how it still is, more or less. I don't really think of myself as a guitarist, first and foremost. I sometimes wish I played piano instead, because it's a more intuitive instrument and seems better suited to the way I work, but I started with guitar so I just stuck with it. I teach myself to play the things I write, it's part of the process and maybe part of the reason it takes me awhile - I have to learn to play as I go. And yes, the guitar parts have become more complicated over the years - I think it stems from my first criteria, that it has to work and be of interest with just guitar and voice. But a guitar for me is mainly the means to get somewhere.

Si je peux me permettre, tu avais l’air très timide et stressé par le concert, mais le public à Paris était très calme et totalement envoûté par ta performance, est-ce que tu aimes jouer en live et joues-tu parfois avec d’autres musiciens sur scène?
If I may, you seemed very shy and stressed by the gig, but the audience in Paris was very quiet and totally charmed by your performance, do you like playing live and do you sometime play with other musicians on stage?

Jouer en live, c’est cool - de mémoire récente, le concert de Paris a été l'un des meilleurs pour moi, et le public avait beaucoup à faire avec cela. Certes, je suis très sensible à l'énergie que je reçois des gens qui écoutent - s'ils sont ouverts et engagés, je vais jouer beaucoup mieux, malgré tout je marche toujours sur un fil entre l'adrénaline et l'anxiété. Avec ce que je fais maintenant, surtout quand je joue en solo, il n'y a pas grand chose derrière quoi se cacher. Ainsi, il peut y avoir beaucoup de pression - le sentiment que tu es sous un microscope et que tout est en jeu. Mais c'est ce qui en fait un incroyable plaisir quand tout se connecte ! À New York, j'ai beaucoup joué avec le groupe que tu entends sur le disque et ça apporte une toute autre dimension. Ça change la façon dont je joue, comment je me réfère à la musique, ça met en évidence d'autres aspects de ce que ça peut communiquer, ça lui donne une nouvelle forme et une nouvelle vie et, contrairement à moi, ils ne jouent jamais quoi que ce soit de la même manière deux fois.

Playing live is great - the Paris show was one of the best in recent memory for me, and the audience had a lot to do with that. Admittedly I'm very sensitive to the energy I'm getting from the people listening - if they're open and engaged, I'm going to play much better, and regardless I always walk a thin line between adrenaline and anxiety. With what I'm doing now, especially when I play solo, there's not much to hide behind. So it can be a lot of pressure - a feeling that you're under a microscope and that everything is at stake. But that's what makes it an incredible high when everything connects! In New York I've played a lot with the band you hear on the records, and that brings a whole other dimension to it. It changes how I play, how i relate to the music, highlights other aspects of what it can communicate, gives it a new form and a new life And unlike me, they never play anything the same way twice.

Photos : David Black

Mixtape

Au final, j’ai fait un mix de musique brésilienne parce que c’est ce que j’ai en tête en ce moment et aussi parce que c’était important pendant l’enregistrement de l’album, il y en a que j’ai découvert plus récemment.

I wound up making a mix of all Brazilian music, because that's where my head is at right now. A lot of this was important to me while working on the record, some of it I discovered more recently.

01. MPB mix
02. Milton Nascimento - Idolatrada (excerpt)
03. Elis Regina - Oriente
04. Antônio Carlos Jobim - Bôto (Porpoise)
05. Olívia Byington & A Barca do Sol - Corra O Risco
06. Edu Lobo - Vento Bravo
07. Beto Guedes - Lumiar
08. Lô Borges - Homem Da Rua
09. Nelson Angelo & Joyce - Comunhão
10. João Gilberto - Undiú
11. Milton Nascimento - Pablo

Tracklist

Mike Wexler - Syntropy (Three:four Records, 14 octobre 2016)

01. Ayin
02. The Engram
03. Syntropy
04. Transfer
05. Circa
06. Anonym
07. Zoe
08. Halo
09. Cloud Housing
10. The Commons


Gryphon Rue

Il y a quelque mois, notre Joakim national exilé à NYC nous présentait un nouveau venu dans la famille Tigersushi : Gryphon Rue. Un EP de deux titres, Google Portrait et Beethoven For Relaxation, accompagnés de deux vidéos, nous enfonçait dans l'univers arty et expérimental du jeune producteur américain. Curator actif sur la scène artistique contemporaine new-yorkaise mais aussi auteur-compositeur qui n'en est pas à son premier coup d'essai, Gryphon Rue, sous le pseudonyme de El Tryptophan, et accompagné par une vingtaine de collaborateurs, composait il y a une paire d'années, un premier album folk expérimental du nom de Guilt Vacation. Sorti à l'époque sur le label Wharf Cat Records, figurait déjà sur ce LP une mouture folk de Google Portrait avec la présence notable de Dean Wareham et de chœurs d'enfants plus ou moins dérangeant - donnant un ton expressionniste admirable à l'ensemble. La mise à jour du titre par Joakim offre une version beaucoup plus synthétique et beaucoup plus pop, lui donnant un côté presque sexy sans toutefois lui enlever son côté perturbant et provocateur. Découvrez un peu plus l'univers de Gryphon Rue ci-dessous grâce à notre interview Out Of The Blue et à sa mixtape Parity Mix. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

D'un lieu amical. Je suis né à l'hôpital Saint-Luc de Manhattan et pesais 4,7 kg.

A friendly place. I was born 10 lbs., 6 oz at St. Luke’s hospital in Manhattan.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Je m'introduis telle une petite flamme blanche dans un fluide corporel secret. Je me dirige vers une nouvelle relation intime.

I’m headed like a little white flame into some private secretion. To a new relationship.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que la vibration, c'est mon truc.

Because vibration is my thing.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J'aurais sans nul doute été expert en tours de passe-passe.

No doubt I would end up a sleight-of-hand man.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Hier soir, Emiloo chantait avec son laryngophone et je peaufinais un son sur mon Flanger A/DA de 1979 - j'ai entendu des tranches juteuses de melon occulter les pots sur la boite - c'était un plaisir pour les oreilles mais je l'ai perçu visuellement, telle une enveloppe moirée destinée à des documents fédéraux. Le trajet du signal se faisait sans problème, ce qui était pour le moins étrange vu que la voix d'Emiloo passait à travers une longue chaîne formée d'une succession d'appareils. J'avais des envies de triple dipper.

Last night Emiloo was singing with her throat contact mic and I was tweaking my A/DA 1979 flanger — I heard juicy melon slices eclipse the pots on my box — it was ear candy but I saw it visually, a moiré envelope for federal documents. Everything was working fine in the signal flow, which was pretty strange, because Emiloo’s voice was processed through a long chain of devices. I could triple dipper.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

J'ai été révélé à la suite d'un combat interminable avec des banquiers.

I broke through after a long struggle with bankers.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

J'ai beaucoup de mal à croire que les choses peuvent être abordées de façon littérale. Je trouve la littéralité suspecte car l'abstraction gouverne notre monde. Je m'attire parfois des ennuis avec les suzerains.

I have a hard time believing things can be taken literally. I’m suspicious of literalness, because abstraction reigns supreme. Sometimes I get in trouble with suzerains.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

J'ai vu "deathy death" et "after death" (la période où ont lieu les soldes), mais je n'ai jamais fait l'expérience d'une "artistic death". En France, il y a une death tax (NDLR, des droits de succession). Dieu était une artiste, et certaines de ses créations étaient des tubes, certaines des d-sides, des e-sides - prenez les oreilles qui ne se ferment pas par exemple. Je peux fermer les yeux, pourquoi ne puis-je pas protéger mes oreilles ?

I have seen “deathy death” and “after death” (which is a time when sales are made), but I have never seen artistic death. In France, there is a death tax. God was an artist, some of her creations are “greatest hits”, some are d-sides, e-sides—take for example ears, which don’t close. I can shut my eyes, why can’t I protect my ears?

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J'accorde ma 12 cordes pour qu'elle épelle "b-e-a-u-t-y-d-r-o-n-e-z".

I tune my 12-string to spell “b-e-a-u-t-y-d-r-o-n-e-z”.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Emilie Loulou Weibel-Wray.

Emilie Loulou Weibel-Wray.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Faire de la méditation dans une retraite silencieuse à côté de Laurie Anderson.

Meditating at a silent retreat next to Laurie Anderson.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Prends soin de ton haleine.

Pay attention to your breath.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Une synthèse entre le bêlement d'un petit agneau et des pattes d'oies.

A synthesis of a bleating baby lamb with crows foot eyes.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Enfant, j'aimais le triceratops bleu et ses nageoires. Arthur Russell avait une affiche sur le mur de sa salle de bains avec la légende "dans les rythmes doux des fonds marins d'une barrière de corail, le Chirurgien Bleu montre ses couleurs oniriques".

As a kid I loved the blue triceratops with his fins. Arthur Russell had a poster on his bathroom wall with the caption, “In the gentle undersea rhythms of a coral reef, the Blue Tang displays his dreamy colouration”.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Quand j'étais au pensionnat, je restais allongé sur le lit en écoutant Darkness On The Edge Of Town, Racing In The Street, Candy's Room, et la compassion dont faisait preuve Bruce (NDLR, Springsteen) fut pour moi une révélation - il donnait une impression de sincérité à travers un nuage ironique de jeunesse, et une dose de masculinité, tel un beau-père aux mains calleuses qui vous apprendrait à manier le levier de vitesse dans sa Subaru remplie de gobelets de café écrasés.

When I was away at boarding school I’d lie in bed listening to Darkness On The Edge Of Town, Racing In The Street, Candy’s Room, and Bruce’s compassion was a revelation to me—he provided a sense of sincerity in an ironic cloud of youth, and a dose of masculinity, like a stepfather with callused hands who teaches you how to drive stick in his Subaru filled with crumpled paper coffee cups.

Photo : Arielle Berman
Traduction : S.L.H.

Écoute exclusive

Parity Mix est une drague de la conscience - un plan séquence de choses que j'ai écouté depuis l'élection : Mutant disco / Musique concrète / Raï / Chinese protest rock / Japanese artrock / American primitivism / Folk revivalism / Gospel / Post-punk / Avant-garde poetry / Arrival soundtrack / Dolly Parton remixes / Italian electronica.

Parity Mix is a consciousness dredge - a shot sequence of things I’ve been listening to since the election: Mutant disco/Musique concrète/Raï/Chinese protest rock/Japanese artrock/American primitivism/Folk revivalism/Gospel/Post-punk/Avant-garde poetry/Arrival soundtrack/Dolly Parton remixes/Italian electronica.

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Disco's Out... Murder's In! - Entretien avec Heath Mattioli et David Spacone

Si comme moi vous vous intéressez au punk, à Satan, aux comportements déviants et aux cultures en marge de manière générale, il y a de fortes chances pour que vous soyez familier avec la maison d'édition américaine Feral House. Un peu avant les fêtes je me baladais sur leur site dans l'idée de m'acheter le livre récemment sorti sur l'étrange cas de Craig Smith / Maitreya Kali, lorsque je suis tombé sur une couverture illustrée par Raymond Pettibon. Le titre de l'ouvrage en question : Disco's Out... Murder's In!, son sous-titre : l'histoire vraie de frank the shank et du gang punk rock le plus meurtrier de Los Angeles.
Ayant grandi dans la scène punk hardcore hexagonale de la fin des années 90, début 2000 (j'ai d'ailleurs écrit un article à ce sujet l'année dernière) et ayant lu à peu près tous les livres valables documentant le mouvement, je pensais naïvement savoir plus ou moins tout ce qu'il y avait à savoir sur la tumultueuse et sinueuse histoire de la culture punk.
Pour moi, de manière générale, le punk et le hardcore en particulier est synonyme de fun évidemment mais aussi d'ouverture d'esprit et de questionnement. Je ne vais pas vous faire la longue liste des sujets politico-sociaux régulièrement discutés dans la scène, mais ils étaient nombreux et parfois passionnants. Et même si l'ambiance mal éclairée des squats attirait parfois des profils de marginaux aux allures louches de Guy Georges, que l'on se souvient des atmosphères sur-protéinées et testostéronées des concerts du Kickback de l'époque, que l'on a assisté à de belles démos de KDS (karate dancing style pour les profanes), que les mosh pits abritaient parfois quelques sadiques et que des chiens désorientés par les décibels évoluaient au milieu du public, la scène était globalement bienveillante et accueillante, pas de sensation de danger imminent, la violence y était plutôt moquée voir totalement rejetée, bien contenue en tout cas. Alors évidemment il est impossible de faire une comparaison entre mon vécu et la scène du L.A. de la fin des années 70, début 80 tant il s'agit d'espaces-temps et de contextes totalement différents et lointains, mais les termes "gangs punk rock" et "meurtrier" m'ont interpellé. Comment ça des gangs, des meurtres ? J'avais du mal à comprendre, c'était en contradiction avec la mythologie à laquelle j'étais habitué. Ceci étant, Reagan venait d'être élu, l'ère Carter était jetée aux chiottes et les jeunes américains cramé par le soleil de la côte ouest vivaient dans l'idée qu'ils allaient faire les frais de la menace imminente d'une apocalypse nucléaire sur fond de guerre froide. En ajoutant à ça des foyers brisés et une montée des violences policières entre autres différents problèmes sociaux-économiques, on peut imaginer comment le punk et l'attitude de défiance qui allait avec était le terrain de jeu idéal pour toutes sortes d'envies nihilistes. De plus, si on a lu les écrits de Henri Rollins, Keith Morris ou d'autres ou encore des livres comme American Hardcore : A Tribal History de Steven Blush, on est au courant de la violence engendrée par des meutes de gamins hors de contrôle, on entend parler de cliques et du danger mais ça reste assez fragmentaire, vague. En d'autres termes, je n'étais pas prêt pour ce que propose ce livre : un récit glaçant d'une scène infestée par la violence aveugle de gangs où la mort guette à chaque tournant, une sorte d'Orange Mécanique sous le soleil de Los Angeles.
Encore sous le choc, et même si je me réveillais un an après la sortie du livre, je devais en savoir plus et c'est pourquoi j'ai contacté les auteurs, Heath Mattioli et David Spacone qui ont eu la gentillesse de prendre le temps de répondre à mes questions, car même si leur ouvrage ressemble au journal intime d'un dangereux psychopathe, il a le mérite de rappeler quelque chose de fondamental, si les musiciens font la musique, c'est bien le public qui créé une scène et invente un mouvement, une culture, pour le meilleur et pour le pire.

Crédits photos par Feral House

Avant de parler de Frank et du reste, parlons un peu de vous, quelle était votre expérience du Punk/HC étant gamins ?
Before talking about Frank and all the rest, let's talk about you guys, what was your Punk/HC experience like as kids ?

Heath Mattioli : Mon expérience était périphérique, en marge. J'écoutais la musique et je lisais les fanzines religieusement mais je me tenais à une distance de sécurité.

Dave Spacone : Je n'allais pas aux concerts avant le début de 1984, lorsque j'ai enfin eu une voiture, et la scène était hyper craignos. Je n'ai donc vu qu'une poignée de concerts mais j'ai eu l'occasion d'assister à de la vraie destruction. Avant ça je collectionnais simplement la musique.

Heath Mattioli: My experience was periphery and sidelines. I listened to the music and read the fanzines religiously, but stayed a safe distance away.

Dave Spacone: I didn’t make shows until early 1984, when I finally got a car and the scene was sketchy as fuck. So I only made a small amount of shows, but saw some honest to goodness mayhem. Before then I just collected the music.

Vous connaissiez Frank à l'époque ?

Did you know Frank at the time ?

H : J'ai brièvement rencontré Frank à une soirée en 1984. Dès que j'ai appris que les LMP allaient être là je suis parti. Lui et son gang avaient déjà une dangereuse réputation.

D : J'étais proche avec ses acolytes moins meurtriers donc je le voyais de temps à autre mais je ne traînais pas avec lui, bien trop dur pour moi.

H: I met Frank briefly at a party in 1984. As soon as I found out LMP was going to be there, I left. He and his gang already had a dangerous rep.

D: I was close with his less deadly associates, so I saw him around, but didn’t hang with him — too heavy duty.

Lorsque je lisais votre livre le premier truc que je me suis dit est que si j'avais été là-bas à l'époque, je me serais probablement tenu éloigné des concerts de punk et que ma vie aurait certainement pris une autre tournure. C'était comme se prendre une gifle mais j'imagine que c'était l'intention ?

When i was reading your book the first thing I said to myself was that had I been over there at that time I probably would have stayed away from punk rock gigs and my life would have turned out quite differently. It felt like a slap in the face but I guess that was also the point right ?

H : C'était clairement un truc à part ici, dans l'ouest sauvage. Les Angelenos interprétaient le punk rock comme tout le reste, de manière agressive.

D : Tu aurais eu de la chance de t'en tirer simplement avec une gifle.

H: It was definitely its own animal out here in the Wild West. Angelenos interpreted punk rock much like they do everything else… aggressive.

D: You would’ve been lucky if you only came out of it with a slap in the face.
Dans la préface de Lexicon Devil : The fast times and short life of Darby Crash and the Germs, Adam Parfrey, après s'être fait agresser par une bande de meufs et de gars à un concert des Germs se souvient : "Ce n'était pas des expériences hors du commun dans le Punk Rock aux alentours de 78-79, un prix que j'étais prêt à payer pour me sentir connecté à une scène dans une époque autrement stérile culturellement". Ce n'est qu'après avoir lu votre livre que j'ai réellement saisi le sens d'une telle phrase et ça m'a vraiment troublé parce que le Punk en tant que phénomène culturel ou genre musical a été très largement documenté et j'ai lu plein de livres sur le sujet, mais aucun ne raconte exactement ce qui se passait à L.A. à l'époque. OK, on sait que c'était dur et violent mais pas mortel à ce point, comme s'il s'agissait d'une sorte de tabou. Vous vouliez exposer le secret inavoué du hardcore ?

In the publisher's notes for
Lexicon Devil : The fast times and short life of Darby Crash and the Germs, Adam Parfrey, after being jumped by a bunch of chicks and dudes at a Germs show recalls : "These were not unkown experiences in punk rock circa '78-'79, a price I was very willing to pay for feeling connected to a scene in an otherwise culturally barren time and place". It's only after reading your book that I fully grasped the meaning of such a sentence and it really bugged me because Punk as a cultural phenomenon and music genre has been very widely documented and I read countless books on the subject but none really tells what exactly was going down in LA at the time. Like ok, we know it was tough and rough but not straight up lethal, like it's some sort of taboo. Did you want to expose Hardcore's dirty secret ?

D : Absolument, si tu voulais participer au mouvement hardcore c'est ce avec quoi il fallait composer. La réalité l'emporte sur la perception sympathique du musicien. Il était temps de remettre les pendules à l'heure sur ce qui inspirait la musique, c'était la vie dans la scène.

H : Nous avons grandi en entendant tellement d'histoires cinglées venant de punks des tranchées qui étaient vraiment là (Ils prétendent tous avoir été là... demande leur). Nous pensions qu'il était important de raconter l'histoire du point de vue des gamins qui achetaient leurs places de concerts, le point de vue dysfonctionnel. Ce n'est pas tant un secret mais la plupart de ceux qui peuvent raconter ces histoires sont morts, derrière les barreaux ou ont pris leur distances.

D: Absolutely, if you wanted to participate in Hardcore, it’s what you had to live with. The truth trumps the happy musician perspective (no pun intended). It was time to set the record straight with what was inspiring the music. That was life in the scene.

H: Growing up, we heard so many nutty stories from the trenches, from punks who were actually there. (Everybody claims they were there… just ask them.) We felt it was important to tell the kids, who bought the tickets, side of things—The dysfunctional side. It wasn’t that it was a secret, but most that could have told you these stories are dead, locked up or just completely removed.

Ça m'a fait ouvrir les yeux sur le fait que beaucoup d'acteurs de la scène, de musiciens, semblent ignorer ces faits ou du moins les romancer quand ils se souviennent du bon vieux temps. Le seul auquel je pense qui a admis sa part de responsabilité dans le problème est Jack Grisham dans son livre An American Demon. Pourquoi une vaste majorité d'artistes semble refuser ou minimiser leur implication dans tout ça ?

It's an eye opener, it made me realize that a lot of the players in bands at the time seem to deliberatly turn the blind eye on these facts or at least romanticize them when they reflect on the good old days. The only one I can think of who aknowledges his involvement in the problem is Jack Grisham in his book An American Demon. Why do a vast majority of artists seem to refuse or minimize their part of responsability in this whole thing ?

H : Je ne peux pas parler pour les musiciens et ils n'étaient pas vraiment impliqués dans ce qui se passait dans les ruelles, les slam pits ou les parkings. Bien sûr, certains devaient savoir qu'ils aidaient à inciter ces esprits vulnérables, mais la plupart des musiciens étaient trop occupés à se défoncer et à baiser des meufs et n'avaient aucune chance de... à moins d'être Jack Grisham ou Mike Ness.

D : A vrai dire la plupart ne voient pas les choses ainsi, sur le fait qu'ils avaient une énorme influence sur toute cette folie. La culpabilité est une émotion délicate à négocier. Je ne sais pas si je pourrais assumer non plus.

H: I can’t speak for musicians and they weren’t really part of what was going on in the alleyways, slam pits and parking lots. Sure, some must have known they were helping to incite these vulnerable minds, but most musicians were too caught up getting loaded, and banging chicks, they would usually have zero chance at… unless you were Jack Grisham or Mike Ness.

D: Truth be told, most don’t see it that way, that they had a major hand in the madness. Guilt is a tricky emotion to negotiate. I don’t know I’d be able to cop to any of it either.

Je n'ai jamais cru au fait que des paroles et une musique violente fabriquaient un public violent, pour moi il s'agit d'exprimer sa frustration d'une manière cathartique, créative et libératrice mais Frank dit que ça l'a bien rendu violent et clairement, ces gamins vivaient les choses différemment, c'était personnel, si bien que j'ai du mal à croire que les groupes ne réalisaient pas qu'ils jetaient de l'huile sur le feu, peut-être même qu'ils s'en nourrissaient ?

I've never believed in the fact that violent lyrics or violent music make violent audiences, I think it's just a cathartic way to express frustration through art in a creative and liberating fashion but then Frank says that it did make him violent and clearly, these kids lived it differently, it was personal so I find it hard to believe that bands genuinely didin't realize they were pouring gasoline on the fire and maybe even feeding off it ?

D : J'ai du mal à y croire également et franchement, il semblerait que pas mal d'entre eux modifient leur histoire de nos jours. C'est peut-être une astuce pour rester dans le coup ou pour vendre leurs livres, après que nous ayons dévoilé le pot aux roses.

H : Encore une fois, je suis sûr que certains musiciens punk devaient savoir et peut-être aimer jouer le rôle d'engreneurs, mais la plupart ne sont pas si intelligents qu'on le pense. Je pense que la plupart des musiciens sont de simples vecteurs. Je ne veux pas apparaître comme quelqu'un qui déteste les musiciens, j'ai beaucoup d'amis musiciens... et pas mal d'entre eux sont plutôt intelligents.

D: I find it hard to believe, and quite frankly, seems that a number of them are changing their story these days. This could be a ploy to stay relevant, or sell their book, after the fact, of us letting the cat out of the bag.

H: Again, I’m sure some punk rock musicians must have known and actually enjoyed playing the pusher part, but most were not as bright as one would think. I feel most musicians are just conduits. I don’t want to come off as some kind of musician hater. I have many musician friends… and a lot of them are fairly intelligent.

A la fois, même si Frank dit que la musique a contribué à le rendre violent, on réalise que ce n'était pas tellement à propos des groupes mais plutôt des gamins, ils menaient la danse, comme le dit Frank "le punk rock était entre nos mains". Les groupes se faisaient cracher dessus ou pire, et ce même si le public les aimaient, achetait leur merch et payait pour leurs places de concerts. Il y a ce moment dans le livre où Tony Cadena des Adolescents se fait jeter dans une poubelle et humilier par un membre des LMP, ils n'en avaient tout simplement rien à foutre donc j'imagine que ça a plus à voir avec un contexte global. Qu'est-ce qui a fait que ces gamins de L.A. étaient comme ça ? Qui étaient-ils ? Qui était Frank ?

But at the same time, even if Frank says that the music helped making him violent, you realize that it wasn't so much about the bands it was more about the kids, they were running the show, like Frank says, "punk rock was in our hands", bands were spat at or worse even if the audience liked them, bought their shit and paid for their concert tickets. There's this episode early in the book where Tony Cadena of The Adolescents gets stuffed in a trash can and humiliated by an LMP member, they just didn't give a shit. So I guess it's got more to do with a conjunction of factors and a global context. What made these L.A. kids the way they were ? Who were they ? Who was Frank ?

H : Ces gamins étaient les filles et les garçons d'à côté, en colère, maltraités et mal aimés. Ils ont trouvé un intérêt commun qui était de te faire goûter à un peu de ce que la vie leur avait donné. Le punk rock était la parfaite Bastille.

D : Le hardcore de L.A. avait un son beaucoup plus agressif associé à une urgence inégalée. Ça a donné naissance au slam pit et ce genre de comportement a naturellement débordé dans la vie de tous les jours, les gamins se sont juste laissés embarquer.

H: These kids were the angry, abused, loveless boys and girls next door. They found a common interest, which was, to give you a little taste of what they were given. Punk rock was the perfect bastille.

D: LA hardcore had a sound that was much more aggressive, along with an unmatched urgency. That spawned the slam pit, behavior there naturally
spilled over the side and into every day life. Kids just got caught up.

Il existe pas mal d'histoires assez folles qui ont été raconté dans des livres par des gens impliqués dans le mouvement hardcore, comme celles de Jon Joseph ou Harley Flanagan à New York par exemple, mais qu'est-ce qui fait que L.A. semblait être une planète à part ?

There are quite a few crazy stories that have been told in books by guys involved in the hardcore movement, like Jon Joseph's or Haley Flanagan's from NYC for exemple, but what is it with L.A. that makes it look like it was a planet of its own ?

D : L.A. est enracinée dans la culture de gang. Cette mentalité de panier de crabes s'est naturellement infiltrée et a infecté le punk rock. Le besoin de se protéger des conservateurs, des sportifs musclés, de la police et de l'autorité en général a également joué un rôle. C'était un gros barril de poudre.

H : La côte est avait clairement sa part de violence liée au hardcore mais pas au niveau de ce qu'il se passait ici. La côte ouest est infestée de gangs depuis les années 20. La guerre du punk rock était tout simplement un autre dérivé.

D: LA is rooted in gang culture. That king of the hill mentality naturally seeped in and infected punk rock. Protection from squares, jocks, police, and authority in general, played a part as well. The whole thing was a powder keg.

H: The East Coast definitely had its share of hardcore violence, but not to the levels of what was happening out here. The West Coast has been gang infested since the 1920s. Punk rock warfare was just another spinoff.

La culture cholo des gangs de L.A. devait être un gros facteur mais du point de vue d'un outsider c'est difficile d'imaginer des cholos et des punks bras dessus, bras dessous, comment c'est arrivé ?

The L.A. cholo gang culture had to be a big factor but from an outsider's point of view it's hard to imagine cholos and punks embracing each other, how did that happen ?

H : Ces jeunes punks ont grandi dans des quartiers historiquement ancrés dans les gangs mexicains/vato. Les cholos étaient curieux de ce qui se passait à Hollywood. Ils voyaient ce qui passait aux infos et entendaient ces rumeurs de comportements antisociaux et violents c'était donc une association naturelle. Ça s'est passé dans tout Los Angeles, des communautés de la plage jusque dans la vallée. Les ennuis marchent main dans la main.

D : Les deux sous-cultures avaient des uniformes et un style qui étaient une démonstration ostentatoire de dureté qui communiquait le danger. Ça a tout de suite établi une sorte de parenté qui a donné lieu à une relation unique, différente de ce qui ce passait ailleurs dans le pays et dans le monde pour le coup. Le style, aussi marrant que ça puisse paraître, a joué un rôle important.

H: These punk rock kids grew up in neighborhoods that had historically, entrenched Mexican/vato gangs. Cholos were curious about what was happening in Hollywood. They saw on the news and heard the rumors of antisocial, violent behavior, so was a natural fit. This happened all over Los Angeles, from the beach communities, to the valley. Trouble walks hand in hand.

D: Both subcultures, came with uniforms and looks that were outward displays of toughness that communicated danger. This established a mutual kinship right away that fostered a unique relationship unlike anywhere else in the country, or world for that matter. Style, funny enough, played a big part.

Suicidal Tendencies étaient un peu des emblêmes de ce mode de vie mais j'ai toujours trouvé qu'ils en faisait un peu trop pour être vraiment convaincants, le délire me semblait un peu mis en scène, même si Mike Muir avait une vraie street cred de Venice Beach avec son frère qui était un membre originel des Dogtown Boyz... mais bon, encore une fois, c'est un point de vue d'outsider. Au final (et même si Cyco Miko se fait droiter par un LMP) c'est mecs là, comme beaucoup d'autres, avaient bien un gang autour d'eux et malgré tout vous avez qualifié LMP de "gang le plus mortel de L.A.". J'imagine que cette attestation n'a pas été faite à la légère et pensez-vous que beaucoup des personnes qui savent ont une autre opinion ?

Suicidal Tendencies were posterboys for that lifestyle but I always thought they were a bit too much to be for real, the thing felt staged in a way even though Mike Muir had some solid Venice street cred his brother being a Dogtown original and all, but again, that's from an outsider's point of view. But it turns out (even though Cyco Miko got punched in the mouth by some LMP soldier) that these guys did have a gang around them like many, many others and still, you labelled LMP "L.A.'s deadliest punk rock gang". I'm sure this statement wasn't made lightly and do you think many people in the know would disagree ?

H : Laisse moi te poser cette question : quel gangster va dire que son gang était le deuxième meilleur ? les vrais gangsters ne respectent que les vrais gangsters, mentalité de panier de crabes de base. Suicidal avaient quelques tarés, LADS avaient les leurs, Circle One et LMP avaient insolemment máslocos.

D : Les gens qui savent peuvent ne pas être d'accord. Chacun a le droit d'avoir sa propre opinion en revanche, on ne choisit pas ses faits. Quand leurs livres sortiront, maintenant que nous avons ouvert les vannes, on pourra disséquer tout ça un peu plus.

H: Let me ask you this… what gangster is gonna claim his gang was second best? Real gangsters only respect real gangsters—basic crab mentality. Suicidal had some maniacs, LADS had theirs, Circle One and LMP defiantly had más locos.

D: People in the know can always disagree. Everyone is entitled to their own opinion, but not their own facts. When all their books come out, after we opened the floodgates, then we can dissect this even further.


Soit dit en passant, Suicidal a sorti une chanson en 1990, pas mal de temps après les événements racontés dans le livre donc, intitulée Disco's Out... Murder's In!, vous pensez que c'est un clin d'oeil au graffiti sur le mur du Motel Hell ?

On a side note, Suicidal released a song in 1990, quite some time after the events depicted in the book, called
Disco's Out... Murder's In! do you think it was their way to pay homage to the graffiti on the wall at Motel Hell ?

H : Je ne sais pas où ils ont trouvé le titre, mais il se trouve que beaucoup de gens se souviennent de l'avoir vu écrit sur le mur du Motel Hell des années avant la chanson. Personellement j'aime Suicidal Tendencies, le groupe. Ils étaient rapides et durs et méritent tout le respect qui leur est dû.

D : Peu importe la genèse du titre, c'est secondaire, ce morceau défonce !

H: I have no idea where they came up with the song title. However, more than a few, remember seeing it written at Motel Hell, years before the song. Personally, I dig Suicidal Tendencies, the band. They were fast and hard as ever and deserve all the respect they’ve earned.

D: Whatever the genesis of the song title was, comes secondary—that song rips!

Des liens entre une scène musicale et un underground criminel ont toujours éxisté, et ça a également été bien documenté, que ce soit le Jazz avec les mafias juives et italiennes, les Hell's Angels et le Rock 'n Roll ou ce qu'il s'est passé plus tard avec le Gangsta Rap (d'ailleurs je ne m'attendais pas à une apparition d'Easy E dans le bouquin). Mais au final, malgré les différences, il y avait toujours un truc basique au centre : l'argent. Rien de la sorte avec ces gangs de punks, il s'agissait de tout niquer, les autres équipes, des dealers, des maquereaux, les flics, des homosexuels, les gens qui allaient aux concerts, n'importe qui, le carnage sans raison tangible, le vrai visage de l'horreur. Comme le dit Frank était-ce juste si "amusant de haïr" ?

Links between a music scene and a criminal underbelly have always existed and that's been well documented aswell, whether it be Jazz with the Italian or Jewish Mob, the Hell's Angels and Rock 'n Roll or what happened with Gangsta Rap (I actually wasn't expecting Easy E's appearence in the book) but at the end of the day, despite all the different specifics they all had something basic in common : money. No such thing with these Punk Rock gangs though, it was just about fucking up anybody in their way, other crews, dealers, pimps, cops, homosexuals, concert goers, anybody, mayhem with no tangible reason, the true face of horror. As Frank puts it, was it really just that "fun to hate" ?

D : Je crois sans aucun doute que cette musique est de la haine alimentée d'amusement. Ça implique le chaos qui accompagnait les concerts. Toute cette haine affichée aux concerts reflète à peine tout l'amusement. Il faut aussi considérer, à une micro échelle, la dure réalite à laquelle Frank et d'autres membres du gang étaient confrontés chez eux au quotidien. Ces conditions de vie génèrent une haine de soi qui finie par être projetée vers l'extérieur. Avoir une bande son qui allait avec a certainement rendu le fait d'haïr amusant. Leur haine est venue accompagnée de cette exhubérance particulière qui était illustrée dans le meilleur du hardcore sud californien.

H : C'était de l'amusement pour Frank et beaucoup de membres du gang et c'est devenu très addictif. Santino, le fondateur et la tête pensante derrière LMP, voulait répendre la peur à travers L.A. et la scène punk comme personne d'autre. C'était un leader très déstructeur et retors, presque machiavélique. Santino était à bonne école avec son père "Le Parrain".

D: I believe, without question, that the music is undoubtedly fun filled hate. This includes the mayhem of the shows that came with it. All the hate on display at gigs merely mirrored that fun. Also, consider on a micro level, Frank and others in the gang’s abusive home lives. These conditions generate a self-hate that’s eventually turned outwards. Having a soundtrack for it certainly made it fun to hate. Their hate came with a very particular exuberance that was exemplified in the best of So-Cal hardcore.

H: It was amusement for Frank and many of his fellow gang members and became very addictive. Santino, the founder and driving force behind LMP, wanted to spread fear across LA and the punk scene like no other. He was a very destructive and cunning leader, almost Machiavellian. Santino’s father, Santino’s father, “The Godfather”, taught him well.

Les gamins comme Frank (et c'est fou quand on considère à quel point ils étaient jeunes) ont formé ces gangs pour se protéger des hippies et des connards de sportifs qui leur menaient la vie dure dans la rue, puis ils sont devenus les monstres à leur tour. Ils étaient également fiers de faire partie de ce changement qu'était le Punk/HC mais lorsque ça a évolué ils se sont sentis exclus. C'est presque triste quand Frank trouve que les nouvelles formes de musique ou de modes sont devenues "un tas de merde déroutant", quelque chose dans quoi il avait enfin trouvé sa place lui était soundain retiré, cruelle ironie non ?

Kids like Frank (and it's crazy how young they were) formed these gangs to protect themselves from the older hippie and jock types who were bullying them on the streets and then they later became the monsters. They were also proud of being a part of this change that was Punk/HC but when it evolved they felt left out. It's actually almost sad when Frank says that the music and new trends have become "a pile of confusing shit", something he finally fit into was suddenly taken from him, cruel irony don't you think ?

H : La vie à L.A., la sous-culture, la musique évoluait à un rythme fascinant pendant les années 80. Je pense qu'aucune autre décénnie tient la comparaison. Une semaine t'étais à la pointe, la semaine suivante t'étais ringard. Etant donné que Frank et LMP étaient de la banlieue ils ne pouvaient pas tenir le rythme de l'appétit féroce de la scène d'Hollywood.

D : LMP était au sommet de la chaîne alimentaire, les leaders de la meute, et c'était très confortable. Pourquoi évoluer ? Pas si cruel si tu regardes ça comme ça.

H: LA life, subculture, music moved at a fascinating pace during the 1980s. I believe no other decade compared. One week you were hip, the next, you were out of step. Being Frank and LMP were from the suburbs, they couldn’t keep up with the Hollywood scene’s ferocious appetite.

D: LMP were top of the heap, leaders of the pack and very confortable. Why move forward? Not so cruel if you look at it that way.

Et puis Frank admet sa participation dans la déstruction de la scène. Vous pensez que la musique a en partie changé à cause de l'atmosphère pourrie crée par ces gangs ? Je veux dire, je pense que le Punk/HC était fait pour évoluer rapidement mais est-ce que ça a contribué à accélérer le changement ?

And then Frank aknowledges his part in ruining the scene. Do you think the music changed partly because of the messed up atmosphere these gangs were responsible for ? I mean, I think Punk/HC was meant to evolve rapidly but did they accelerate the shift ?

H : Les vrais artistes évoluent constamment, ils s'interrogent et interrogent les autres. Je pense que le temps du Punk/HC était révolu vers 84/85. Ça a implosé naturellement. Les gens en ont eu marre, sans parler des propriétaires de salles. Quelque chose d'aussi puissant ne pouvait pas durer.

D : Absolument, cette atmosphère crée par les gamins aux concerts était clairement devenue un poids trop lourd à porter. La musqiue et les musiciens devaient partir dans d'autres directions afin que la créativité puisse prospérer. L'art DIY et l'agressivité juvénile ne pouvaient pas continuer ensemble éternellement.

H: True artists are constantly moving, challenging themselves and others. I think hardcore punk rock’s time was over come 84/85. It naturally imploded. People had had it, not to mention the venue owners. Something that powerful could never last.

D: Absolutely, that atmosphere at shows, created by the kids, was definitely a burden that was too much to bear. The music, and musicians, had to go in a different directions in order for their creativity to thrive. DIY art and youth aggression couldn’t go on together forever.

Étant un lointain produit de cette évolution du Punk/HC devrais-je le remercier finalement ?

Being a distant product of that evolution of Hardcore should I sort of thank him for that after all ?

D : Remercie le fait que ta route n'ai pas croisé la sienne ou celle de son équipe.

H : Les français s'y connaissent en couteau non ? Forge de Laguiole.

D: Thank him and his gang for not crossing your path.

H: The French speak knife, right? Forge De Laguiole.

Blague à part, bien que captivant le merdier est vraimant flippant, quand on pense que c'est déjà bien assez horrible ça devient pire. On parle d'ados et certains ont des tableaux de chasse plus fournis que ceux de certains tueurs en série connus, c'est ultra flingué. En écrivant ce livre vous saviez que vous alliez exhumer des affaires irrésolues, ça a été compliqué d'obtenir les feux verts des gens impliqués qui sont toujours dans le coin ?

Jokes aside, although captivating the whole thing is truly horrific, when you think it's already bad enough it gets worse. We're talking about kids and some of them have higher body counts than well known serial killers, how fucked up is that ? When writing this book you knew you were going to bring up some unsolved murder cases, how hard was it to have all the okays from the people involved who are still around ?

H : Frank a eu tous les feux verts avant que nous commencions notre long processus d'interview. Mais nous avons quand même changé certains noms et quelques détails de crimes, comme indiqué dans la préface du bouquin, pour protéger les coupables.

D : Évidemment nous avons également consulté notre conseiller légal. On devait faire ça bien, sans répercussions de la part des forces de l'ordre, ce qui aurait certainement entrainé des réactions violentes de la rue.

H: Frank got the “okays” before we started our lengthy interview process. But, we still changed some names and details of the crimes, like we stated in the opening of the book… to protect the guilty.

D: Of course we went to our own legal counsel as well. We had to get it right, without any law enforcement repercussions, which would have surely manifested into blowback from the streets.

Les LMP sont-ils toujours un gang actif ? Et si oui, sont-ils proches de leurs racines punk rock ?

Is LMP still an active gang ? And if yes how close are they to their Punk Rock roots ?

H : Oui, LMP est et a toujours été actif. Je crois que pendant les années 90/2000 ils sont surtout restés dans le quartier, à foutre le bordel, à botter des culs. Mais il y a eu une résurgence dans la scène punk rock et apparemment les jeunes LMP l'ont adopté et représentent.

D : LMP, de part leur longue histoire en Californie du sud ont aussi une solide présence dans le système pénitenciaire californien. Nous ne savons pas quelles y sont leur affiliations ou leur poids, nous nous sommes surtout intéressés au passé.

H: Yes, LMP is and always has been active. I think during the 90's and 2000's, they just stayed mostly in the neighborhood, causing trouble... kicking ass. But, there has been a resurgence in the punk rock scene and the LMP youth apparently represent and embrace it.

D: LMP, due to their long history in So-Cal, also have a legitimate presence in the California Penal System. Who they're affiliated with and the weight they carry there is unknown to us. We focused primarily on the old punk days.

Un autre truc marquant avec ce livre c'est son ton cru, impénitant, délivré à la première personne, similaire à celui d'une chanson de hardcore avec les paroles qui te sont jetées à la figure. Ça a été difficile de ramener Frank à cette époque, à cet état d'esprit ? J'imagine qu'il a changé depuis ?

Another striking thing about this book is the raw, unapologetic, first person delivery similar to the one of a hardcore song with lyrics thrown at your face. How hard was it to take Frank back to that era, to this state of mind ? I imagine he's a changed man now ?

H : C'était vraiment la partie délicate du projet. Frank répétait sans cesse comment il aurait géré ces situations autrement aujourd'hui. Comment il réagissait sans réfléchir. Le ramener à comment il se sentait à l'époque était ce que nous recherchions. C'est ce qui rend cette histoire si intense. Entendre beaucoup des histoires racontées dans le livre lorsque nous étions gamins mais en voulant capter les émotions plus que les explications et les détails. Réanimer cette bombe à retardement était le coeur du truc. Certains jours il retournait à cet endroit, d'autres jours il voulait simplement papoter.

D : C'est précisément pourquoi ça a pris si longtemps, six ans d'un processus laborieux pour être éxact. Puis assembler toutes ces notes en une narration qui procure une expérience viscérale au lecteur était un autre travail. Par moment c'était un poids pour chacun d'entre nous, mais nous sommes heureux que le rendu ai fonctionné pour nos lecteurs.

H: That was the daunting part of this project. Frank constantly spoke of how he would have handled those situations differently now. How he just reacted without any thought at all. Getting him to go back to how he felt in the moment was what we were after. That’s what made this story so compelling. Hearing many of the stories, depicted in the book, when we were kids, and not just wanting the explanations and the details, but the emotion. Bringing that ticking time bomb back was the juice. Some days he would go there, some he just wanted to small talk.

D: This is precisely why it took so long, six years of that painstaking process in fact. Then, putting all those notes into a narrative that gives the reader a visceral experience was another task. It was a burden for all of us at times, but we’re pleased that the outcome has paid off for our readers.

J'ai lu quelque part que vous étiez en train de travailler sur une adaptation filmique, comment ça se passe ?

I read somewhere that you had a film adaptation in the works, how is that coming along ?

H : Oui, nous travaillons avec des producteurs et une grosse agence qui nous aide à boucler le projet. On espère commencer le tournage en 2017.

D : Nous avons écrit plusieurs jets de scénarios et nous sommes finalement tombés sur une version qui satisfait tout le monde. Heath et moi sommes les seuls auteurs.

H: Yes, we are working with producers and a very strong agency, which is helping to package the project. We are hoping to shoot in 2017.

D: We have written several screenplay drafts and finally have landed on a draft that everyone feels positive about. Heath and I are the sole writers.

Le film va suivre Frank ou abordez-vous l'histoire sous un autre angle ?

Is the movie going to follow Frank or are you tackling the story from a different angle ?


H : Dans le scénario que nous avons écrit Frank est le protagoniste. On se concentre essentiellement sur son foyer dysfonctionnel et ses exploits dans la rue et la scène entre 1979-83/84. C'est forcément une version moins étayée que le livre. Après le film, on espère enchaîner avec une série TV qui ressemblera plus au livre.

D : Etant donné que le livre a sa propre communauté de fans, il était important que les deux projets demeurent proches de la source.

H: In the screenplay (which we also wrote) Frank is the protagonist. Our main focus, on his dysfunctional home life and his exploits in the scene and on the streets from 1979-83/84. It's obviously a much slimmer version of the book. We hope to follow the film with a TV show which will be much more like the book.

D: Since the book has its own cult following, it's important that both projects stay close to the source material.


Avez-vous le sentiment de boucler la boucle, de ramener La Mirada à Hollywood mais ce coup-ci sur le grand écran ?

Do you feel you're going full circle, bringing La Mirada back to Hollywood but this time on the silver screen ?

D : Oui, c'est assez ironique mais tu tapes dans le mille. Ça se passe rarement à l'inverse.

H : C'est une façon intéressante de voir la chose. La vie de Frank était faite pour le grand écran. Il y a tous les éléments nécessaires : amour, trahison, sang, sexe et punk rock, que faut-il de plus ?

D: Yes, it's quite ironic, but you hit the nail on the head. Rarely does it happen in reverse.

H: That's an interesting way to look at it. Frank's life was meant for the silver screen. It's got everything: love, betrayal, blood, sex and punck rock... what else do you need?

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Mixtape

1. X - Los Angels
2. T.S.O.L. - Superficial Love
3. Black Flag - No Values
4. The Adolescents - L.A. Girl
5. Circle Jerks - Wild In The Streets
6. The Germs - We Must Bleed
7. Fear - Gimme Some Action
8. Wasted Youth - Reagan's In
9. 45 Grave - Black Cross
10. The Dickies - I'm A Chollo
11. Red Cross - Clorox Girls
12. Mad Parade- Real Horror Show
13. The Bags- Survive
14. The Middle Class - Out Of Vogue
15. Christian Death - Cavity-First Communion
16. Suicidal Tendencies - Discos Out... Murders In!


Elliott Vincent Jones

Si vous nous lisez souvent, vous savez qu’on suit particulièrement la scène musicale de Toronto. On avait entre autres pu avoir un aperçu du bouillonnement de cette ville via le regard de James Mejia, boss du label Hand Drawn Dracula et activiste qui défend bon nombre d’artistes incroyables depuis bientôt une dizaine d’années. Cette fois-ci, on revient vers la ville d’Ontario pour parler de Elliott Vincent Jones et de son projet musique du même nom. Né des cendres du groupe post-punk Ell V Gore, Elliott a lâché les guitares et se tourne désormais vers des compos plus synthétiques, raffinées, légères et ténébreuses à la fois. Signé sur Bad Actors Inc., label dirigé par Ben Cook de Fucked Up, Elliott Vincent Jones a sorti il y a quelques mois un premier excellent EP, Arto Arto. Six titres d'une pop troublante qui lorgne vers les eighties, six titres d'une pop bien suave comme on l'aime et qui devient encore plus gracieuse lorsque Talvi Faustmann de Prince Innocence pose sa voix sur le refrain cotonneux de The Faces On The Floor. Elliott Vincent Jones répond à notre petite interview et comme il est super sympa, il nous fait cadeau d'un titre exclusif. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Du Canada, où il fait froid et où c'est bien trop sûr.

Canada. It’s cold and too safe.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Des endroits exotiques, des endroits colorés.

Exotic places. Colourful places.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que j'ai dit à trop de chefs cuisiniers d'aller se faire foutre.

Because I told too many chefs to fuck off.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Essayer de devenir le nouveau Marco Pierre White.

Trying to become the next Marco Pierre White.

Une épiphanie personelle ?
An epiphany of yours?

Voir James Brown en concert à Toronto quand j'avais 14 ans.

Seeing James Brown live when I was 14 in Toronto.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

À 15 ans... j'étais invité à improviser sur scène avec le Sun Ra Arkestra sous la direction de Marshall Allen à Montréal. Mon groupe noise arty de l'époque jouait dans le même festival, plus haut dans la rue.

15 years old.. I was invited to improvise on stage with the Sun Ra Arkesta under the direction of Marshall Allen in Montreal. My arty noise band at the time was playing the same festival up the street.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je ne laisse rien me déprimer, sauf un mauvais repas.

I don’t let anything get me down. Unless a bad meal.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr. J'attends le repos avec impatience.

Of course. I long for the unwind.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Du kombucha ou de la tisane, un repas léger, des étirements, Michael Jackson, lire les avis Yelp des restaurants de la ville dans laquelle je joue.

Kombucha or Herbal Tea. Light Meal. Stretch. Michael Jackson. Reading Yelp restaurant reviews of whatever city i’m performing in.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Hiroshi Yoshimura. Je suis obsédé par ses compositions depuis un moment et même s'il n'est plus parmi nous, j'aime encore fantasmer à l'idée que ça serait ma collaboration de rêve numéro un. Il m'a ouvert des portes dont je n'imaginais pas l'existence.

Hiroshi Yoshimura. I’ve been obsessed with this compositions for a while now and though he is not alive anymore I still like to fantasize about that being my number one dream collab. He's opened doors for me that I never knew could even open.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Faire un concert et cuisiner un repas pour le public.

Performing a show and cooking a meal for the entire audience.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

L'alcool est une perte de temps, tes parents t'aiment et la musique ne doit pas forcément être si sombre.

Alcohol is a waste of time, your parents love you and music doesn’t have to be so dark.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Détendu. Petit appartement, beaucoup de lumière, le même thé, de plus petits repas, un gros chien, beaucoup d'eau, beaucoup de marche, pas besoin de trop parler.

Relaxed. Low key apartment. Lots of light. Same Tea. Smaller Meals. A big dog. Lots of water. Lots of walking. No need for talking much.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

De la même manière qu'évolue ma peau. Elle vieillit et sèche parfois et de nouveaux motifs et de nouvelles formes apparaissent mais il faut vivre avec et rester frais et essayer d'hydrater ce bébé tous les jours.

The same way my skin evolves. Gets old and sometimes dry and new patterns and shapes take form but you gotta live with it and stay fresh and try to moisten that baby up every day.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Cuisiner des plats libanais. Beyrouth est l'un de mes endroits préférés au monde et j'en suis tombé amoureux. J'ai envie d'en apprendre plus sur leur cuisine et de m'approprier ce lieu le plus possible.

Cooking lebanese dishes. Beirut is one of my favorite places in the world and I fell in love with the place and I strive to learn more about their food and make it at home as much as I can.

Traduction : Alex

Écoute exclusive

C'est une chanson très personnelle et je suis content qu'elle existe. Je ne pensais pas qu'elle avait sa place sur mon nouvel album et je ne pense pas qu'elle soit représentative de la direction musicale que je prends MAIS je savais que je voulais la mettre en ligne à un moment donné pour que les gens puissent l'écouter. C'est la première chanson d'amour que j'ai écrite qui traite de choses personnelles. C'est à propos de choses que j'ai réalisées plus tard sur les relations et ce sentiment de ne pas savoir ce que l'on manque avant que ça ne soit parti. Mon ami Ben Cook m'a aidé sur toutes les harmonies et les chœurs. Elle a un bon groove swing et je trouve que la fin sonne comme les Backstreet Boys donc je suis content.

This is a super personal song to me and I’m glad it's just out there. I didn’t think it would fit on my upcoming full length and I don't think it's a good representation of which direction I'm headed in musically BUT I knew I wanted to drop it online at some point for people to hear. It’s my first love song I’ve written, that's actually about personal things in my life. It’s about things that I’ve later realized about relationships and that feeling of not knowing how much you've missed something until it's gone. My friend Ben Cook helped out on all the harmonies and backing vocals. It's got a nice swing groove to it and I think the ending sounds like the Backstreet Boys so I’m pretty happy about it.

Audio

Tracklist

Elliott Vincent Jones - Arto Arto (Bad Actors Inc., 10 juin 2016)

01. Acapulco
02. The Faces On The Floor feat. Talvi Faustmann
03. Dawawine

À noter que le jeune Canadien sera de passage à Paris pour un premier concert le 27 février prochain, à l'Espace B, aux côtés d'un autre groupe qu'on aime aussi beaucoup : Tonstartssbandht. Plus d'infos sur l'event FB.


Danny Oxenberg l’interview : de Supreme Dicks à Late Superimpositions

C'est à l'occasion de leur concert du 28 octobre à l’espace en cours que j'ai pu m'entretenir avec Danny et Bear. Danny Oxenberg est la voix maîtresse du groupe obscure et mythique Supreme Dicks. Bear Galvin est son pote, son alter ego. Ils viennent ensemble de sortir un sublime album sur le toujours excellent label helvète Three:four records. Late Superimpositions est un Grand disque, un effort fragile au groove hanté et d’une rare sincérité lo-fi ,les morceaux du duo y sont souvent dépouillés,apaisés, plus sereins bien que mélancoliques, loin des tumultes d’antan de Supreme Dicks.

Supreme Dicks fait parti de ces legendes brumeuses de la musique indé au même titre que Jandek. De leurs débuts étudiants au Hampshire College en 84 jusqu’en 1996, le mystère reste entier, quant au nombre de membres qui ont participé au projet, leur parcours et le mythe, le mystère est moindre quant aux collaborateurs et  admirateurs : Lou Barlow , Beck , Ariel Pink , Bonnie Prince Billy …La discographie est en revanche assez concise : trois albums entre 93 et 96 , trois EP et une compilation en 2011 chez jagjaguwar. Une reformation express en 2012 avec quelques dates aux Etats-Unis ( trois à South by Southwest ) et une à Paris en 2013 aux voûtes (voir)

Avant-garde, Expérimentale ou certains diront Post-Rock ,bref la musique est labyrinthique , l’arpège mou, la ductilité sonore et l’Art de sa déconstruction sont à rendre déprimé Derrida. Les titres sont tout aussi occultes : L’adoration de l’agneau mystique , cows of lights, Porridge For The Calydonian Boar…

Toutefois la communication avec Danny et Bear est très agréable et limpide, on parle d’à peu près tout malgré leur nervosité palpable. Du fromage de bourg-en Bresse où ils se rendent le lendemain, d’Isabelle Adjani en Adèle Hugo tourné en Nouvelle-Écosse pour Truffaut. Conversation en bonne compagnie puisqu’ Eric Chenaux (mon guitariste préféré au passage) est là mais aussi un des membres du collectifs de Sublime Frequencies

Le concert commence par une reprise de Simon and Garfunkel  qu’ils révèleront n’avoir jamais vraiment joué ensemble. A l’image de cette reprise le concert est assez bancale et pas toujours très bien accordé mais il s’agit probablement d’un des concerts les plus humbles et touchants auxquels j’ai pu assisté et, pour une première en duo et en public  c’est une superbe performance .

Entretien avec Danny Oxenberg

Pourquoi est-ce que cet album ne sort que maintenant ? Ce sont des nouveaux morceaux sur lesquels vous bossiez ensemble récemment ?

Why this album is released just now ? is it old songs or new material that you’ve been working on together recently ?

Pour moi, je dirais qu’il s’agit de nouveaux morceaux mais certaines personnes diront quand même que c’en est des vieux, si ce que je dis a du sens. Ouais, concernant le “pourquoi maintenant” y a pas de raisons spéciales si ce n’est l’encouragement de Maxime Guitton ( producteur du disque et homme impliqué dans la majorité des événements de grande classe de la vie culturelle parisienne )et Gaetan Seguin de Three:Four Records; et comme je disais , ce sont de nouveaux morceaux , tout du moins plus nouveaux que d’autres qui pourraient sortir à un moment ou un autre,  mais peut-être que pour nous nouveaux signifie des dix dernières années.

For me, i think it is mainly new material,  compared to way older material,  but for many this would still seem like old material to them,  if that makes any sense.   Yeah,  no special reason as to why now, except for the encouragement of Maxime Guitton and Gaetan Seguin at Three:Four Records..   And as i was saying, it is newer material,  at least newer material compared to even older stuff that could be released at some point, but for us perhaps newer material includes the last 10 years...

La reprise de Neil Young I believe in you  est sublime et sonne si naturelle qu’on croirait que c’est un de vos morceaux classiques, qui en a eu l’idée et pourquoi celle-ci plus qu’une autre ?

The Neil Young cover is incredibly beautiful and sounds so natural like it was a classic song of yours, who had the idea of it and why this one more than an other ?

J’avais l’idée de cette chanson, mais Bear est celui qui l’a faite sonnée comme elle sonne. Ma voiture me lâchait , et le pote d’un pote m’a vendu sa vieille Volvo 5  pour 1000 $ , avec un vieux lecteur dedans et plein de cassettes qu’il n’écoutait plus parmi lesquelles les “Decades” album de Neil Young et je me suis souvenu avoir écouté “After The Gold Rush” au lycée et d’avoir particulièrement aimé ce morceau qui raisonnait un peu avec ce par quoi je passais à l’époque.

Concernant la sonorité de notre version, oui merci , Bear a fait du super boulot en produisant , arrangeant et en jouant les instrumentalisations sur ce morceau et les accords Que ajoute un côté qualité hanté. En ce qui concerne ma voix je chante à travers un ampli avec un vibrato, ce qui nous faisait un peu marrer avec Bear sur le moment et si tu fais vraiment attention tu peux l’entendre sur le morceau.

I did have the idea for the song, but Bear is the one who made it sound the way it sounds.  My car was breaking down,  and a friend of a friend sold me their old volvo 5 speed station wagon for 1,000 dollars,  which had a cassette tape player in it,   and he left behind all of these  old cassette tapes, most i didn't listen to but one of them was the  "Decades" album, by Neil Young,  and i remembered listening to the "After The Gold Rush"  album in high school,   and always really liking that song,  Also at the time the song kind of related to some stuff that i was going through...

As far as the sound of our version,  yes, thanks, Bear did a great job arranging and producing and playing the instrumentation on that song, and the Que chord added a bit of a haunting quality.  As far as my vocal,  i sang through an amp with vibrato, which had me and Bear laughing a little bit at the time, which if you listen carefully, you can hear on the track...

Cet album est plus “joyeux” que tous les autres trucs enregistrés avec Supreme Dicks, il y a quelque chose de plus léger, c,était voulu ?

This is album is way happier than all the other stuff you did with Supreme Dicks, there is something lighter,was it something that you wanted ?

Je pense qu’avec Supreme Dicks , c’était plus la psyche des membres impliqués dans le groupe qui créait ce que certains appellent “une synergie négative” , mais pour nous , on essayait toujours de créer une énergie Orgone positive , pour combattre toutes les radiations d’Orgone néfastes autour de nous et du reste, ça parait particulièrement véridique ces temps-ci, mais meme en agissant de la sorte il ya toujours un côté obscure à affronter.

Concernant cet album, je ne dirais pas que c’est un disque joyeux vu que la majorité des morceaux parlent de ruptures, mais il y a quelques moments joyeux comme le Ping Pong Song, c’est un morceau plus gai…et la musique est probablement plus légère que certaines de Supreme Dicks.

I think with the Supreme Dicks,  it was just the psyches of the people involved that perhaps created what some have referred to as  "negative synergy",  but to us,  we were always supposedly just trying to create positive Orgone energy,  to combat all of the DOR (deadly Orgone Radiation)  around us and around everything, especially seems true these days,   but even in doing that there is always a darker side that must be confronted. 

As far as this new album, i wouldn't really call it a happy album, as most of the songs are about broken relationships, but there are a few happy moments,  the Ping Pong song,   that’s a happier song... and the music is perhaps lighter in mood than some of the Supreme Dicks music...

Pourrais-tu nous parler du titre de l’album et de sa pochette faite par Hippolyte Hentgen qui reflète assez bien l’ambiance et le mystère du disque

Could you tell us a little about the title of the record and it’s cover made by Hippolyte Hentgen that matches perfectly the mood and mystery of the recording.

Ah oui, j’aime vraiment leur artwork, et en fait , une fois qu’ils étaient d’accord pour faire le visuel c’était vraiment un honneur, c’est un des trucs qui m’a vraiment inspiré …… et je dois vraiment remercier Maxime, et biensur Gaelle et Lina pour ça.

Oh yeah,  i really love all of their artwork,  and actually, once they agreed to do the artwork that was such an honor,  that is one of things that really inspired me for  this album finally coming out when it did, and I really have Maxime, and of course Gaelle and Lina to thank for that...

Concernant "The ping pong song or (Happiness is a warm pong) » , est-ce que c’est vous qu’on entend jouer du ping-pong dans le fond ? Je crois que c’est le seul morceau métaphysique sur le ping-pong que je connaisse , d’où vient cette inspiration pingpongesque ?

Concerning "The ping pong song or (Happiness is a warm pong) » is it the two of you playing ping pong on the back ? I think it’s the only metaphysical ping pong song I know, where does the pingpong inspiration came from ?

Métaphysque, wow merci. C’est en effet moi et bear qui jouons dans le fond, sur une petite table de ping-pong qu’a Bear chez lui. C’est principalement le titre le plus enjoué et probablement le seul titre vraiment joyeux de l’album et c’est plus ou moins un morceau qui parle de ce qu’on faisait beaucoup à l’époque ; ce qui est toujours une de mes activités préférées, quand je ne souffre pas du dos; jouer au ping-pong, dans ce cas sur une table en extérieur près du Urthe caffe un endroit où je vais presque tous les jours pour boire du café. Donc c’est plus ou moins une histoire vraie sur les activités banales quotidiennes qui peut-être deviennent transcendantes. Peut-être y a t-il un aspect métaphysique à ça. Si il y avait une autre inspiration que celle de la joie de jouer du ping-pong je dirais que ce serait à l’image de mes morceaux preferés des années soixante-dix des Beach Boys qui ont pour sujet la banalité de la vie comme par exemple “Busy doing nothing” sur l”album “Friends”.

Metaphysical,  wow thanks. It actually is me and Bear playing ping pong on the track,  on this tiny ping pong set that Bear had at his house... Basically this one is one of the happier songs, maybe the only really happy song on the album, and its pretty much a song about what we were doing a lot at that time,  which is still one of my favorite activities, when my back is not hurting,  playing ping pong,  in this case at an outdoor ping pong table near the Urth caffe, a place i would go to to have coffee almost every day.   So it is pretty much a true story about mundane daily activities, perhaps becoming transcendent. Maybe there is a metaphysical aspect to that.   If there was an inspiration,  other than the joy of ping pong,  i would say it's kind of in the genre of some of my favorite Beach Boys songs from the seventies about mundane things in life, perhaps like one of my favorites from the"Friends" album "Busy Doing Nothing"...

Il y a sur “I thought I had dreamed of you » à 0:30 secs un son magnifique comme une flute , une scie musicale ou un théremine , qu’est-ce que c’est exactement ?

There is on "I thought I had dreamed of you » at 0:30 a beautiful sound like a flute , a singing saw or a theremin, what is it exactly ?

Merci, je pense que tu fais référence à une flute à coulisse.Il y a aussi un peu plus tard une flûte à bec sur ce morceau.

Thanks,  i think you are referring to the slide whistle.  There is also a recorder a little bit later on that track.

Il se peut que je sur interprète mais sur You can take a bird but you can't make it sing il y a ces quelques lignes qui pourraient parfaitement résumer l’honnêteté et la musique en générale de Supreme Dicks : « it’s such a atypical story, trading guts for glory »

I might overinterpret but on "You can take a bird but you can't make it sing » there are these lines that could stand perfectly for the honesty of Supreme Dicks and your music in general : « it’s such a atypical story, trading guts for glory »

Ouais je te remercie à nouveau, c’est une bonne observation. Je dirais que c’est une interprétation de l’expression : “ a vaincre sans péril, on triomphe sans gloire” mais c’est sensé signifier le contraire de ça, si ça a du sens. Et j’ai toujours pensé que cette chanson était un peu une métaphore de l’histoire des Supreme Dicks meme si ce n’était pas écrit intentionnelement. Je l’ai principalement écrite parce que j’ai rêvé d’une fille que je connaissais, qui assistait à son propre enterrement. Et j’ai eu une relation assez compliqué avec elle qui n’a abouti à rien. En fait ça semblait même moins que rien…un peu comme les Supreme Dicks ! Mais de manière générale je dirais que c’est une chanson sur le fait de désirer quelque chose qui n’arrivera jamais et de l’implication de la mort. C’était un peu comme les Supreme Dicks et d’une certaine façon la vie en générale.

Thanks again,  yeah, good observation.  I would say that it is a take off on the saying "no guts, no glory", but its meant to mean kind of the opposite of that, if that makes any sense.  And i've always thought of that song as a bit of a metaphor for the story of the Supreme Dicks, though it wasn't intentionally written that way.  I wrote the song mainly because i did have a dream about this girl i knew sort of coming from her own funeral.  And i kind of had a complicated relationship with her that pretty much led to nothing.  In fact it almost felt like less than nothing...  Kind of like the Supreme Dicks!  But in general i would say the song is about longing for things that never really happen,  and then death is involved as well.   Maybe that's kind of like the Supreme Dicks,  or just life in general in many ways. 

Vous vous retrouvez de temps en temps avec les Supreme Dicks pour des boeufs ? Doit on s’attendre bientôt à une reunion ?

Do you sometimes guys from Supreme Dicks catch up and play together ? should we expect a reunion soon ?

J’aimerais beaucoup à un moment enregistrer un dernier album des Supreme Dicks, si on parvenait à réunir certains membres, mais je ne crois pas que ça arrivera. Certains, la majorité, sont sur la côte Ouest et d’autres Est. Ou alors au moins sortir plus de nos “lost recordings”, ce qu’on pourrait aisément faire vu qu’on s’entend sur tout. Et à ce moment on pourrait faire une réunion même si ce serait dur de réunir tous les membres et de savoir même d’ailleurs qui ils sont vraiment.

I would really like to at some point record one last Supreme Dicks album, if we could get some of the people together,  but i don't know if it will happen.  Some of us are generally on the west coast,  and some on the East coast.   Or at least put out some more of our "Lost" recordings,  which we could easily do, assuming we can agree on anything.  And maybe we can do another reunion at that point, though it would be hard to get all of the members together, or for that matter to even figure out who they are.

Supreme Dicks est un groupe culte pour beaucoup de personnes mais aussi inconnu pour une grande partie , dirais-tu que c’est dû à son aspect trop expérimental et free ou ce serait une volonté de votre part de ne faire parti d’aucunes scènes  ?

Supreme Dicks is a cult band for many people but also unknown to a wider audience, would you say that it is because it’s too experimental and free or just because you never wanted to be caught in a « scene » ?

Question intéressante . J’ai toujours pensé que c’était parce qu’on ne vendait pas beaucoup d’albums. Mais pour répondre plus sérieusement, je dirais que dans un sens Supreme Dicks était un groupe culte bien avant de sortir des disques. Je dirais que c’est dû au fait que le groupe était constitué d’une bande de marginaux non conformistes qui se sont retrouvés ensemble par amitié et qui au final non jamais vraiment été musiciens. La plupart d’entre nous étaient ensemble en classe de philosophie et d’autres en classe de Cinéma.

Puis on a développé cette philosophie de célibataire Reichien végétarien qui est quelque peu expliqué dans Boxset booklet et on jouait et installait nos amplis un peu n’importe où sur le campus, pas une date de programmé, à cette époque on faisait juste de la noise avec nos guitares et amplis et sans aucuns effets. Souvent on accordait meme pas nos guitares où elles n’avaient que deux cordes, un truc du genre. Et c’était bien avant que l’un de nous découvre qu’il y avait un truc qui s’appelait la musique“noise”, meme si j’imagine que la scène No Wave de NY nous a influencé, mais on faisait vraiment quelque chose de nouveau avec le peu qu’on connaissait, et avec juste genre quatre ou cinq guitares et des percussions et parfois des gens qui frappaient des chaises ou des tables un truc du genre, on arrivait a sortir un son, des rythmiques complètement barrés. Et souvent on avait l’impression d’atteindre une sorte d’état de méditation transcendante et démente , proche de la trans ou de la méditation tibétaine. Mais peu de temps après l’extase ou avant, les officiers de sécurité du collège venaient nous couper le son, et alors il y avait normalement une énorme baston avec la sécurité, surtout avec l'un des membres de notre groupe qui méprisait particulièrement la sécurité, ils nous menaçaient de nous virer. Donc, d'habitude on avait environ une demi-heure de musique avant que la sécurité n'arrive, et bien sûr cela nous a jamais calmé,  alors une fois on a capté comment brancher nos amplis sur le toit du bâtiment du Cinéma, (Comme les Beatles dans le film "Let It Be"), de sorte que lorsque la sécurité venait pour nous couper , ils allaient à l'endroit habituel où on jouait à l'extérieur sous les panneaux solaires, mais ils ne pouvaient pas nous trouver ! Nous étions un peu bruyant bien sûr, donc ils pouvaient facilement nous entendre et étaient désespérés à l’idée de monter nous virer, mais en vain. Nous avons donc pu jouer un peu plus longtemps. Mais nous n'allions pas toujours à l'extérieur pour jouer, et souvent nous jouions dans notre "Mod" (module ou appartement) 51. Nous y jouions souvent pendant cinq heures d’affilés, avec des membres qui tournaient. Nous avons même une fois fait un jam de 72 heures autour de Thanksgiving. Je ne suis pas sûr que nous avons joué toutes les 72 heures, mais c’était tout comme. Nous avons également joué pour ce programme télévisé sur le campus, qui s’appelait «Voice of the Top Two», pour lequel nous avons joué un «Merde-a-thon pour l'Afrique du Sud», pour protester contre l'apartheid à cette époque et «Sperm- A-thon pour le Nicaragua "censé aider les Sandinistes avec leur révolution. Peut-être un an plus tard, à la même émission de télévision, Andy Hermann, notre joueur de Sitar qui était encore à l'école secondaire, s’est suicidé en direct dans le programme en buvant du cool-aid au raisin imprégné de cyanure, et nous avions aucune idée de ce qu'il allait faire, et même si nous étions des plus traumatisés par la situation, je pense qu'à bien des égards nous avons été les plus blâmés aussi, au moins par l’Université, qui n'a pas aimé ce que ça a fait à leur réputation. Toutes ces choses se sont produites probablement 5 ans avant que notre premier album, "The Unexamined Life", soit sorti ...

Interesting question.   I always thought it was because we didn't sell many records.

But to answer more seriously,  I would say in a sense the Supreme Dicks were sort of a cult band  way before we even put out any records.  I think this may be because the group was really just a bunch of perhaps non conformist misfits who sort of came together just as friends and in many ways we never really started as musicians at all.  Mainly Some of us were in philosophy classes together,  and some in film making classes.  And then we developed  this Celibate Reichian Vegetarian philosophy, which is somewhat explained in Boxset booklet, and we would play music around the campus just setting up our amps wherever, not at a scheduled show or anything,  and at that time,  we would just play like noise music with our guitars and amps,  but no effects or anything.  Often we would never tune the guitars, or they would just have like two strings on them or something.  And this was really before any of us really knew there was such a thing as "noise" music,  though i suppose the no wave scene in New York had its share of it,  but as far as we knew  we were just doing something totally new,  and with like four or five guitars and some percussion,  just often people hitting chairs or tables or something, we would come up with these totally alien rhythmic sounds, that often didn't even sound like guitars.  And often it would seem like we would achieve some sort of perhaps transcendent demented meditative state,  maybe trance like, or like Tibetan meditation.   But then soon after achieving that or maybe many times before,  the Security officers from the college would come to shut us down,  and then there would usually be like a whole fight with security, especially with one of the members of our group who particularly despised Security, and then they would so to speak pull the plug on us.     So usually we would get in about a half hour of music playing before Security arrived,  and of course this was never enough for us,  so one time we figured out how to plug in our amps, on the roof of the Film building,  (kind of like the Beatles in the movie "Let It Be"),  so that when Security came around to shut us down, they went to the usual spot where they would usually find us playing outdoors, under the Solar Panels,  but they couldn't find us!  We were somewhat loud of course, so they could easily hear us and were desperate to shut us down, but to no avail.    So we got to play a little bit longer that time.    But we wouldn't always go outside to play,  and often we would just play in our "Mod" (module or apartment) 51.  There we would often play for like five hours at a time, perhaps with revolving members.  We even once had a sort of legendary 72 hour jam around the Thanksgiving holiday.  I'm not quite sure we played all 72 hours,  but it sure seemed like it.     We also played on this campus wide TV show back then called "Voice of the Top Two", on which we played  a "Shit-a-thon for South Africa", to protest against apartheid at that time,  and also a "Sperm-a-thon for Nicaragua" supposedly to help the Sandinistas with their revolution.  Then maybe a year  later on that same TV show, our Sitar player,  Andy Hermann, who was still in High School at the time, tragically took his own life live on the show by drinking Cyanide impregnated grape flavored cool-aid,  which we had no idea he was going to do, and even though we were the most traumatized by the situation, i think in many ways we were the most blamed for it as well, at least by the College, who didn't like what it did to their reputation.   All of these things happened probably 5 years before our first album, "The Unexamined Life", even came out...

Ne penses-tu pas qu’en 2016 vous devriez changer le nom de votre groupe en Supreme Cunts pour être moins sexiste ?

Do you think in 2016 you should change your band’s name to Supreme Cunts to be less chauvinist ?

Oui peut-être, meme si je pense que Supreme Pussies nous irait mieux.

Yes, perhaps, though i think Supreme Pussies might be more appropriate for us...

Maxime m’a dit que bear travaillait sur une these et je me demandais qu’en était le sujet ?

Maxime told me that Bear was working on a thesis and I was wondering what was its subject about ?

Il obtiendra son Doctorat aux Pays-Bas fin Octobre, juste avant la tournée. Un truc assez pointu. Le titre c’est : “ Perception de l’amplitude de la modulation avec un ou plusieurs circuits chez l’auditeur doté d’un implant cochléaire.” La couverture est plutôt cool ( sa femme Lisa a fait le visuel ). Les implants cochléaires peuvent restaurer l’audition chez des personnes complètement sourdes, une sorte de miracle moderne. Ça fait vingt ans qu’il fait des recherches sur les implants cochléaires. De nombreux membres des Supremes Dicks ont participé à ses recherches, a écouté des simulations d’implants cochléaires. Curieusement on a tous une très bonne ouïe. Steve Shavel a même publié un poème basé sur l’étrangeté des mots qu’il entendait pendant ses recherches qui se trouve dans son livre : "How Small Brides Survive in Extreme Cold" chez Wave press...

He will receive his PhD in the Netherlands in late October, just before the tour. Pretty technical stuff. The title is: " Perception of amplitude modulation with single and multiple channels in cochlear implant listeners." The cover is pretty cool (his wife Lisa did the art work). Cochlear implants can restore hearing to people who are completely deaf, a sort of modern miracle. He's been doing cochlear implant research for about 20 years. Many of the Supreme Dicks actually participated in his research studies, listening to cochlear implant simulations. Strangely, it turned out that we all had very good hearing. Steve Shavel even published a poem based on his transcriptions of the strange words he heard during the research study, which is in his book of poetry called "How Small Brides Survive in Extreme Cold" on Wave press...

Mixtape

Supreme Dicks / Danny Oxenberg & Bear Galvin - Mixtape by Full moon Fuck

1. Arise! Life Giving Seagull Supreme Dicks ‎– Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
2. Cuchulain (Blackbirds Loom) Supreme Dicks - The Emotional Plague 1996
3. Blue Elephant Supreme Dicks - Breathing And Not Breathing 2011
4. The Forest Song (Or Especially When The October Wind With Frosty Fingers, Punishes My Hair) Supreme Dicks - Breathing And Not Breathing 2011
5. The Ping Pong Song Or ( Happiness is a warm pong ) Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016
6. Châteaux Banana! Parts XIII-XVI Supreme Dicks Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
7. Azure Dome Supreme Dicks The Unexamined Life 1993
8. California ( some may call ) Home Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016
9. Synaesthesia Supreme Dicks - The Emotional Plague 1996
10. Viva La Speedy Orgone Supreme Dicks Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
11. I Believe In You Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016


Myrrias

Il y a quelque semaines nous vous parlions de Jeff Zeigler, producteur prolifique basé à Philadelphie. Cette fois-ci nous retournons dans "la ville de l'amour fraternel" pour donner un coup de projecteur sur Myrrias, super-groupe de filles menée par Mikele Edwards (Arc In Round), April Harkansan (Downtown Club), Emily Robb (Louie Louie, Lantern) et Casey Bell (Break It Up). Il y a tout juste un mois, elles sortaient leur second LP, Spectra, sur le tout jeune label de Zeigler, Soft Dystopia. Huit titres dream pop où s'étendent des nappes shoegaze et des motifs psychédéliques. Sophistiquées à souhait, ardentes et sombres à la fois, les chansons menées par la voix hypnotique de Mikele invitent à une séduisante dérive enivrante. Découvrez Spectra en streaming et une mixtape exclusive concoctée par le groupe. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Des montagnes de Pennsylvanie, actuellement je suis à Philadelphie.

The mountains of Pennsylvania, currently in Philadelphia, PA.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Quelque part au Nord et où il fait froid, probablement dans le Maine, mais je déménagerais en Suède si je le pouvais.

Somewhere North and cold, probably Maine but I’d move to Sweden if I could.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C'est la seule chose que je puisse faire pour rester saine d'esprit.

It’s the one thing I can do to restore sanity in my life.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Je peux simplement espérer que quelque chose d'autre ferait du bien à ma santé mentale. Peut-être la physique, c'était presque ma spécialité à la fac.

I could only hope that something else would keep me sane! Maybe something like physics – I almost majored in that in college.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Une fois que je me suis rendue compte que tout cela n'avait pas réellement d'importance, j'ai pu profiter de la vie.

Once I realized none of it really matters, I could actually enjoy life.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Croire en moi et ne pas rendre ma musique trop compliquée.

Trusting myself and not overcomplicating my music.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je ne pense pas que mes groupes précédents auraient existé si je n'avais pas compliqué les choses plus que nécessaire. Par conséquent, je n'en serais pas là aujourd'hui.

I don’t think any of my previous bands would have existed without making things more complicated than they needed to be. And therefore, I wouldn’t be where I am today.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je ne crois pas en la mort artistique, à moins que la personne ne décide d'arrêter de créer. On peut toujours trouver un moyen d'être artistique, à n'importe quel âge ou moment de sa vie.

I don’t believe there’s artistic death unless the individual chooses to stop creating. You can always find a way to be artistic at any age or time in your life.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Un moment de silence, en général dans des toilettes.

A moment of silence, usually in a bathroom stall.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Je ferais un groupe avec Nico, Trish Keenan de Broadcast et Laetitia Sadier de Stereolab.

I’d form a group with Nico, Trish Keenan from Broadcast and Laetitia Sadier from Stereolab.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Gagner ma vie avec ma musique est toujours un rêve. Si je pouvais atteindre ce but sans sacrifier mon intégrité, je serais extrêmement satisfaite.

Making a living with music is still a dream for me. If I could ever get to that point without sacrificing my integrity, I’d be extremely content.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Continuer à aller de l'avant.

Keep moving forward.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

J'ai hâte d'avoir les cheveux blancs et une coupe en carré plongeant. Je vivrais probablement dans le Maine avec mon mari et ferais de la musique ambiante à base de field recordings et de synthés faits maison.

I can’t wait to go fully grey and have a bob haircut. And I’ll probably live in Maine with my husband and make ambient music with field recordings and home made synths.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Étant donné que je m'apprête à faire venir au monde un bébé, je vais probablement me concentrer sur l'écriture et l'enregistrement et moins sur le live. Peut-être que je vais finir par faire de la musique gothique pour enfants.

As I’m about to bring a little babe into the world, I’ll probably focus more on writing and recording and less on performing live. Maybe I’ll get into writing gothic children’s music.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

J'aime le vin et le camping et j'ai hâte de ne plus être enceinte pour apprécier ces choses à nouveau !

I love wine and camping and can’t wait to not be pregnant and enjoy these things again!

Photo : Kyle Costill

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Myrrias - Spectra (Soft Dystopia, 02 décembre 2016)

01. Unlock My Eyes
02. All Alone
03. PEAK
04. Pattern
05. Marias
06. Focus
07. Hues
08. 60/40
09. Introspectrum


Noyades

Noyades est un trio de Lyon qui, avec le prompt sens du naturel de ceux qui s’amènent, ouvrent une bière, rigolent un bon coup puis repartent, a déposé ses gros souliers sur la longiligne autoroute du hard et ne cesse depuis cet état de fait d’aligner les concerts façon boule d’hydrogène. Le groupe possède ce solide mental qui leur donne pour objectif de jouer partout, dans toutes les circonstances et – surtout – dans toutes les positions possibles, vous les avez peut-être vus par chez vous : en live, Noyades – avec d’autres groupes de la même bouteille comme Cosmic Dead ou Hey Colossus - dispense cette efficace parole qui redonne un peu de fulgurance et de passion à un genre qui s’éteignait quelque peu dans les molles affres de l’indifférence. On a soumis les trois garçons à une Out Of The Blue, en attendant leur concert le samedi 04 février prochain au Petit Bain pour leur sortie de résidence.

D'où viens-tu ?

Jessy (batterie) : On va dire qu’on vient de Lyon, c’est en tout cas notre point de ralliement principal, le siège de notre club, le FC Noyades…

Où vas-tu ?

Pour l’instant, dans des salles en Suisse où il fait -19°C, mais on va essayer de jouer un peu plus au soleil dans les mois à venir. Notre but réel est bien sûr de conquérir le monde et d’instaurer l’Acid Hard au programme scolaire de toutes les écoles… C’est là qu’on va vraiment.

Pourquoi la musique ?

Je crois qu’on est tous trop fainéants pour faire dix heures dans une mine et qu’on a trop d’éthique pour être contrôleurs TCL (Transports en Commun Lyonnais), puis franchement, être avec ses potes pour créer un truc cool, rencontrer plein de gens, voir plein d’endroits trop bien, faire la fête en buvant de la gnôle… Il faut le dire, c’est une occupation super cool !

Et si tu n'avais pas fait de musique ?

Mon dieu… Je pense qu’on vendrait du cuivre, ou bien qu’on serait en permanence au PMU City de la place des Terreaux (fameuse et grande place centrale à Lyon) pour essayer de devenir riches… C’est une question qui nous angoisse, on ne peut pas trop en parler.

Une épiphanie personnelle ?

Cyril (guitare) : Pour ma part, il y en a eu plusieurs. Récupérer une cassette de Rohff à 8 ans, la discographie complète d’AC/DC en 64kb/s à 11 ans, et tomber la même semaine sur un live de Sunn O))), un autre de Fushitsusha et Merzbow sur YouTube à 14 ans. Peut-être que ça peut expliquer certaines choses.

Une révélation artistique ?

Dernièrement, la discographie complète de Ringo Shiina et Tokyo Jihen. Ça me rend complètement fou, et sourd aussi. La production des albums est souvent plus radicale qu’un disque de grindcore, niveau aigus qui arrachent la tête. J’ai récupéré tout ce qui avait été enregistré depuis le début de sa carrière, même les démos qu’elle a envoyé à EMI avant d’être signée.

Le revers de la médaille ?

Je me mets à bosser du jazz.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Pour le moment j’ai l’impression que les Steel Panther se portent plutôt bien, mais il faudrait leur poser la question…

Un rituel de scène ?

Vince (basse) : Je m’y colle parce que je crois que je suis celui qui est le plus chargé à ce niveau, ah ah ! Je pourrais te dire que j’écoute Hatebreed en faisant des pompes avant de boire une bonne grosse rasade de brûleur de graisse comme Mamadou Sakho. Mais la vérité c’est qu’avant de monter sur scène, je m’enferme dans les toilettes et je fais le truc le moins punk rock du monde : des échauffements du corps entier, de la tête au pied, muscle par muscle, que j’ai appris quand je prenais des cours de direction de chœur en licence de musicologie. C’est le truc le moins crust du monde mais ma mutuelle couvre que deux consultations d'ostéo par an. Pendant les premières années, Cyril convulsait régulièrement sur scène mais il a un peu faibli ces dernières semaines, je vais lui casser les couilles pour qu’il recommence. J’aimais bien, ça faisait peur aux gens. Quant à moi, je poursuis ma quête du grand écart facial 100% à la Jean-Claude Van Damme dans Blood Sport (version VHS, la meilleure).

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

Hors musique, je crois que je vais accomplir ce que je rêvais de faire depuis des années : je vais bosser pour Villette Sonique en 2017. Et en musique : un producteur impitoyable, qui te casse les couilles à l’extrême tant que ton disque est pas genre parfait au putain de millimètre. Apparemment, Bob Rock se traîne cette réputation, et en plus il a délocalisé son studio à Hawaï.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

UNE TOURNÉE EN PREMIÈRE PARTIE DE MÖTLEY CRÜE AU JAPON EN 1987.

Et la vraie réponse : jouer avec Noyades au Japon, à Taïwan, au Brésil, à Montevideo en Uruguay, au Chili, en Argentine, en Nouvelle-Zélande, faire une tournée infinie en Australie et, inch’Allah, un jour aller jouer en Égypte chez nos potes de PanSTARRS, un super groupe de cold wave du Caire. Ah et une tournée de stades US avec Guns N Roses au complet en 2018.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Jessy : Question difficile… En fait, on fait partie de la dynastie des Kurganes (les méchants dans Highlander). C’était donc en -1000 av. J.C., une époque compliquée pour nous. On vivait dans ce qui s’appelle aujourd’hui la Russie, où la vie était très dure. Quand on avait 12 ans on traînait avec un groupe de bandits qui dévalisaient les caravanes sur les routes qui mènent de la mer Méditerranée à l’Inde, c’était pas cool. Si on avait su, on ne le referait pas. Plus sérieusement, c’est difficile à dire, je pensais à peut-être m’intéresser à la musique plus tôt, mais franchement on a tous commencé l’instrument tard et je crois que c’est très bien comme ça.

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Vince : J’suis le mec le plus vieux du groupe, dans trente ans on sera en 2047, j’aurais 61 ans. Personnellement, j’espère palper un max d’alloc' pour passer ma vie en thalasso avec minimum hammam, douche suédoise, sauna, bains chauds, le truc avec les concombres sur la tronche et massages aux huiles essentielles remboursés à l’infini par la Sécu qui aura été restaurée par le président José Bové en 2043, élu en 2042 après les cinq mandats de François Fillon.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

En tant que Noyades, nous espérons surtout ne jamais tomber dans le jazz rock, ou le prog, du moins au niveau du style : avoir un catogan avec basse 7 cordes fretless sans tête, une batterie à 360 degrés avec double grosse caisse et gong et guitare double neck. Si on arrive à échapper à ça, on sera heureux. Pour le reste, difficile à dire… Certainement déménager dans les montagnes en Azerbaïdjan pour tout apprendre du shred et des configurations de boîtes à rythme. On va s’en payer une bonne tranche dans la playlist, tiens.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Pas vraiment… Plaisirs coupables, à part la Maximator, les gaufres au miel et le Hard FM, rien de spécial à signaler!

Quelle est votre actualité ?

Nous bossons sur un projet incroyable de split pour célébrer la fin du studio Davout où nous avons enregistré Go Fast. C’est un endroit mythique depuis les années 1960. Il y a eu Stockhausen, Boulez, Prince, France Gall, Zazie, les Talking Heads, Ozzy Osborne, Fela Kuti, Compay Segundo qui ont enregistré des disques de diamant là-bas, et des milliard d'autres. Le studio A est tellement grand que tu peux enregistrer les plus gros orchestres de l'histoire, genre Mahler et Wagner et leurs symphonies à 120 musiciens. On va faire un 4 way split là-bas, dix à douze minutes max de zik par groupe et après on le sort en LP via les labels qui seront intéressés. Les dernières heures d'un studio mythique laissé aux mains de groupes DIY/indé qui vont venir faire leurs conneries de musique cheloue là où les Rolling Stones ont enregistré. Et à coté de ça, continuer à tourner à mort, avec des groupes comme Satan, Korto, Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs, Autisti, etc. Ah et aussi la sortie de Go Fast sur le label suisse Hummus Records. On ira célébrer ça en Suisse pour deux super dates à Lausanne et La Chaux de Fond avec Autisti et Closet Disco Queen.

Écoute exclusive

Vince :

Limp Wrist - Cheap Art

Souvenir de mes années crust.

NOFX - It’s My Job To Keep Punk Rock Elite

Souvenir de mes années skate où je faisais pas de skate.

Pneu - Oiseau-Aigle

Souvenir de mes années Pneu avec, au début du morceau, un break de batterie volé sciemment à Raised Fist selon JB (batteur de Pneu).

Jessy :

Ramones - Pet Sematary

Grégory - LSD et Système D

TRUST - Antisocial

Cyril :

Cammelia ft. Nanahira - ニワカ三年オタ八年、インターネッツはforever (長文スマソLong ver.)

Tokyo Jihen – サービス

Rəhman Məmmədli – Cütcü

Audio

Tracklist

Noyades - Go Fast (22 octobre 2016)
01. Réplique
02. Machhapuchhare
03. Bear Rider
04. No Other Grave Than The Sea
05. Sidi Abderrahman
06. Mevlana
07. Reflects

A noter également que Noyades sera au Petit Bain le samedi 4 février prochain en compagnie de Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs, Cocaïne Piss et Villejuif Underground, pour leur sortie de résidence. On vous recommande très fortement cette date : plus d’informations par ici et les préventes peuvent s’acquérir .


Wave Temples

Not Not Fun Records et Hartzine, ça matche plutôt bien (lire). C'est donc naturellement qu'on s'est tournés vers l'une de leurs dernières sorties pour refermer la saison 2016 d'Out Of The Blue, Wave Temples, qui dessine les contours de drôles de cartes sonores imaginaires à sonder les yeux fermés, allongé dans un hamac. Les field recordings architecturés avec transparence et les expérimentations sous plantes exotiques qui composent cette cassette intitulée Isle Enchanted sortie il y a quelques jours à peine nagent dans les eaux pas si limpides et bien hallucinées de sa Floride natale. À moins qu'il ne s'agisse d'une île mystérieuse, perdue dans les limbes d'un océan Pacifique source des fantasmes inassouvis de cet explorateur enregistreur des fonds marins... plongée dans les profonds méandres de son processus créatif.

D’où viens-tu ?
Where do you come from?

Je suis originaire de Floride mais je suis assez persuadé de venir d'ailleurs, je passe pas mal de temps dans ma tête.

I hail from Florida but Im pretty sure I come from somewhere else. I spend a good deal of time in my head.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

À ce stade de ma vie, je me sens être une sorte de star vivant des moments de parfaite coïncidence dans une mer d’incohérence autrement chaotique.

At this point in my life I feel like I am kinda star charting moments of perfect coincidence in a sea of otherwise chaotic randomness.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Bonne question. Il fut un temps où je connaissais la réponse, ah ah ! La musique peut être un moyen d’expression très unique. Parler d’un "langage universel" fait plutôt cliché de nos jours mais ça me semble vraiment être une sorte de langage vestigial, ou peut-être une combinaison de genres venue de la quatrième dimension qui réussirait à exprimer des choses qui ne pourraient être communiquées d’aucune autre façon.

Thats a good question. I used to know the answer to that haha... music can be a very unique form of expression. To say a “universal language” is probably a little cliche today but it does seem to me like some vestigial language or maybe a 4th dimensional connection of sorts... that can express things that can’t really be communicated in any other way.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Je doute qu’une telle réalité puisse exister ; j’ai eu des périodes où j’ai essayé de ne pas écouter de musique mais cela a souvent été des moments de tristesse et de frustration. Je m’intéresse aussi à la photographie, aux techniques de cinéma, à la narration et à la réalisation mais j’estime que ce sont d’autres formes de musique.

I’m not sure such a reality exists... I’ve gone through periods where I tried not to listen to music but it was often sad and frustrating times. I also like photography, cinematography, storytelling, and filmmaking ... but it’s all kind of music to me.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Un jour, j’ai dû me demander pourquoi je faisais tout cela. Parce que booster mon ego ne m’intéressait plus et que je n’ai jamais trouvé gratifiant de placer un personnage ou une célébrité au-dessus de tout ce qui peut être réel ou vrai. Les êtres humains sont fondamentalement imparfaits, à un certain niveau ça en devient même de la connerie, mais il reste des endroits sacrés, au moins dans un état d’esprit si ce n’est plus dans un état matériel. Loin de moi l’idée de ne pas percevoir toutes ces réalités comme un besoin du monde d’aujourd’hui, je pense juste qu’il n’est pas bon pour moi de concentrer mon énergie dans ces directions. Si tu crois que la musique est sacrée, qu’elle peut transcender le monde dans lequel nous vivons, où est-ce que tu peux bien aller à partir de là ?

At some point I had to question why I do any of this... because I’ve lost interest in ego aggrandizing and it never felt rewarding to me to put persona or celebrity over all the possibilities of what can still be real or true. Humans are inherently flawed and at some level it’s all bullshit, but there are still sacred places left. If not in material form than at least a state of mind. Not that I don’t accept all theses realities as a necessity of our world today.... it just didn’t seem right that I focus my energies in those directions. If you believe music is sacred and can transcend the normal world we live in... where do you possibly go from there...

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Bien sûr, plein. Le plus brutal étant ce flirt total avec la folie. L’isolation aussi.

Sure, lots. At it’s rawest, a total flirtation with madness; isolation.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Dernièrement, je suis tombé sur une citation que j’ai beaucoup aimée : « accepte les dons de l’heure avec joie et renonces-y avec stoïcisme ».

A quote I came across recently that I like a lot is “Accept the gifts of the hour joyfully and relinquish them stoically”.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J’improvise presque tout ce que je fais, j’ai tendance à écrire et expérimenter à travers le live. Une fois que les sets sont prêts pour l’enregistrement, j’efface souvent tout et je recommence, ça m’empêche de faire les choses de manière mécanique ou ennuyeuse et m’aide à réfléchir aux endroits (réels ou imaginés) qui m’inspirent. Cela me rappelle pourquoi je fais ça. Cela dit, cette année, m’envoyer des shots de vodka tropicale avant de monter sur scène et durant les lives a été un rituel très efficace, ah ah !

Almost everything I do is improvisational and I tend to write and experiment through live shows. Once the set gets laid down to tape I often scrap everything and start over. It helps keep it from getting mechanical or boring. It helps to think of places (real or imagined) that inspire me; Just to remember why I’m doing this... but with that said... pounding tropical vodka shots has also been an effective pre- and during-show ritual this year haha

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

C’est difficile à dire, je respecte le travail de beaucoup d’artistes et je m’inspire de nombreuses choses mais je suis de plutôt de nature solitaire.

Not sure... I respect the work of lots of people and many things have inspired me but I am kind of a loner by nature.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

À ce stade, je dirais que sortir un vinyle serait le climax de Wave Temples. C’est une question difficile… ce pourrait être un live enregistré à Malte, aux îles Bimini ou au sommet d’un pyramide maya, qui sait ? Des sentiers parfois étranges et mystérieux me rattrapent.

At this point I think a 12” inch record would be the climax of wave temples... but it’s hard to say... it could be a live recording in Malta... Bimini... or atop a Mayan pyramid maybe... who knows?! I find myself caught up in a sometimes strange and mysterious path.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Sûrement de toujours écouter son intuition et de faire confiance en la voie naturelle des choses, de ne pas céder à la destruction. Là je me remets justement d’un de ces moments, j’avais l’impression que la vie n’aurait pas pu se passer autrement, donc c’est difficile à dire avec certitude.

I guess... always listen to your intuition and have more faith in the ways of things... not to be so easily seduced by the destroyer... but I am also recovering from one of those moments where it seems like life couldn’t have gone any other way so it’s hard to say for sure.

Comment te vois tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Mort, probablement.

Probably dead.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

En fait, j’ai vraiment atteint un moment décisif là, je suis comme un enfant face à une toute nouvelle phase de la vie. Je me débats constamment avec mon envie de me retirer… je pouvais voir la musique devenir encore plus une échappatoire.

I’m really at a crossroads right now actually. Infantile to a whole new phase of life... but I do constantly wrestle with the urge to withdraw... I could see music becoming even more of a personal escape.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Hum, je suis devenu pas mal hédoniste ces sept dernières années, ah ah ! Je préfère m’abandonner au plaisir plutôt que penser à la culpabilité.
Comme trésor caché à proprement parler, ma femme et moi venons d’acheter une propriété à l’abandon. Un bungalow au design post-Memphis et à l’atmosphère Key West que nous avons surnommé Hawaiki - « maison » pour nous. C’est un trésor caché et plutôt modeste, tout compte fait. À part devenir de plus en plus fan de plantes exotiques et d’architecture, cet endroit m’a offert l’occasion de me fixer pas mal d’objectifs à un moment où je flottais paresseusement sur les rives d’une prochaine aventure.

Hmmm.... I’ve become kind of a hedonist these past 7 years haha... not a big fan of guilt, but I’m all for pleasure.
As far as hidden treasure, my wife and I recently purchased a rundown bungalow estate designed in a post-memphis style key west vibe that we have dubbed Hawaiki - to us meaning “home”... It’s fairly hidden and quite a modest treasure considering. Aside from getting more and more into exotic plants and architecture, this place has provided a great deal of purpose while floating idle on the shores of the next adventure.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Wave Temples - Isle Enchanted (Not Not Fun Records, 16 décembre 2016)

01. Isle Enchanted - Part I
02. Isle Enchanted - Part II


Nouvelles Académiques : Ilya de Phonoteka & Architecture Vigilante Orchestra

Cela fait plus d’une vingtaine d’années que je rêvais de visiter la Russie sans que l’occasion se présente vraiment. Une fascination qui comme beaucoup, je le présume, provient de la littérature et plus particulièrement pour ma part, de la découverte des Nouvelles de Saint-Pétersbourg de Gogol à un jeune âge. Au retour de ce beau voyage, qui a répondu à toutes mes attentes et plus, l’idée d’écrire un article sur la scène « indie » de Saint-Pétersbourg est venue naturellement, après de belles rencontres. Mais appeler son article : Nouvelles de Saint-Pétersbourg me paraissait un brin odieux. Or à la lecture du grand Fedor et de son livre « Une Sale Histoire » celui-ci écrit : «…tous les Russes de Pétersbourg, tous sans exception, ne disent jamais : Les nouvelles de Pétersbourg mais toujours Les nouvelles académiques. » De nouvelles académiques il sera donc question.

Trouver le pendant musical d’une Littérature à la richesse inépuisable semblait cavalier pour un touriste hebdomadaire. Et pour être très franc ce n’était qu’au travers de : Motorama , de la merveilleuse compilation parût chez Not Not Fun : She Knows More Than She Thinks  (qui regroupe une dizaine d’artistes féminins de Russie et d’Ukraine) , ou encore et toujours chez le fabuleux label de Britt Brown Not Not Fun l’excellent duo Pétersbourgeois de Delicate Feature  et le virtuose XYR que mes connaissances musicales Russes se limitaient. Pour un pays qui s’étend des Carpates à l’Oural c’est un peu restreint. Il me fallait donc du renfort. C’est lors de l’une de mes déambulations dans des quartiers dit : « hype » que je fis connaissance avec Ilya et son disquaire Phonoteka. L’ambiance hipsters se retrouve un peu partout à Saint-Pétersbourg à tel point qu’un label pousse le cliché jusqu’au patronyme douteux de Saint-Brooklynsburg et sort des artistes (genre Bross)  dont le son se rapproche pas mal de Captured Tracks.

« Dude that shit is dope » sont les premiers mots que mon pote Aaron a prononcé à l’écoute d’un morceau qui passait chez Phonoteka. Le groupe en question c’était celui d’Ilya employé chez ce même disquaire avec lequel je me suis entretenu.

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Concernant "Phonoteka" depuis combien de temps ce lieu existe ?
When was it created ?

Phonoteka a été créé le 28 octobre 2005

Phonoteka was created 28 oct 2005

Tu y travailles depuis combien de temps, qui en est responsable et combien de personnes y bosse ?
How long have you been working there ? who's in charge and how many people are working there ?

Ça fait 4 ans que j’y bosse. La responsable est une fille dont le rêve était d’ouvrir un lieu pour les passionnés de musique et de promouvoir des disques rares de différents horizons.

Notre staff comporte quatre vendeurs ( dont moi ), deux filles à l’administration ( pour le site web et les ventes locales ), deux photographes pour le site et un type pour l’évaluation des prix des vinyles.

I'm working there for 4 years. Our director is a girl, and that was her dream to make a store for real music lovers, and promote rare records from all over the world. Our staff is 4 sales managers (including me), 2 girl administrators (for our vinyl website and for local sales), 2 photographers (to make pictures of vinyl on a website), one guy for evaluation of vinyl prices.

Quel type de musique "Phonoteka" met en avant ?
What kind of music genre "Phonoteka" focuses on ?

On n’est pas concentré sur un type de musique en particulier, mais la plupart de nos clients préfèrent le Hard-Rock, le Classic Rock, le Jazz, la musique Classique, le prog, le psyché et le Kraut des années 60-70.

We're not focused on any particular genre, but most of our customers prefer Hard `rock, Classic Rock, Jazz, Classic music and rare Progressive, Psychedelic and Krautrock from 60-70's.

Existe-t-il une connexion, une amitié entre les différents disquaires à Saint-Pet ? Trouves-tu ça difficile de s’occuper d’un disquaire en terme de vente de vinyle de l’import et du prix ?
Is there a connection, friendship between different record shop in Peter ? Do you find it hard to run a record shop in Saint-Peter in terms of vinyl import and prices ?

On se trouve à quelques pas de trois ou quatre autres disquaires mais on est très différent il n’y a donc pas de compétitions. Il y a à peu près vingt disquaires à Saint-Pétersbourg mais nous sommes les seuls à bosser avec l’Europe.

We're located near 3-4 record stores, but all of our specific is different, so the competition is not that hard. There are about 20 record stores in SPb, but only our service is at European level, and prices are cheaper than in most other places (even in Europe) We have a friendship with nearest record stores and one another, which specializes in Russian Music. Due to the recent currency fluctuations it is very hard to keep the prices competitive, but we do our best to make our customers stay with us.

J’imagine que comme dans tous les pays c’est « illégale » de télécharger de la musique et que la vente de disque est difficile, peux-tu nous en dire plus à ce sujet, quels sont les formats que vos clients préfèrent ? Est-ce que vous vendez beaucoup de cassettes ? Concernant la musique indé, quel genre est le plus populaire à Saint-Pétersbourg en ce moment ?
I'm curious about your sells,what format your customers love the most ? do you sell tape a lot ? Concerning indie music what specific genre is the most popular in Saint-Petersbourg these days to you ?

Ce n’est pas légal de télécharger, mais le respect des lois n’est pas soutenu à ce niveau, donc beaucoup de personne préfère télécharger. Les vrais fans achètent tout : LP, CD , Blu-Ray, SACD, DVD, Fan boxes et tout le reste ! Les cassettes ne sont pas très populaires mais la scène locale sort des trucs en édition limitée.

Le truc du moment c’est de ; sonner comme dans les années 80 que ce soit en faisant du garage , du punk , du post-punk , du shoegaze ou de la synth-pop ; et tous les trucs underground du passé. La Techno est très populaire mais plus auprès des DJs. Bref tout est comme en Europe, on ne chevauche pas des ours et on n’écoute plus de chanson carcérale : )

It's not legal to download, but law enforcement is not that effective, so many people prefer to download torrents for free. Real fans of music prefer buy everything: LP, CD, Blu-Ray, SACD, DVD, fan boxes and everything else! Tapes are not so popular, but local scene releases and sells in limited editions. For nowadays it's become very popular to make a band sounds like in 80's: garage punk, post punk, shoegaze, synth pop and all of any underground sounds from the past. Also techno sound is very popular among DJ's. All is like in Europe. We do not ride bears and listen to jail chansone anymore ;)

Concernant ton groupe Architecture Vigilante Orchestra, peux-tu nous en parler un peu ?Avez-vous beaucoup tourné et était-ce en dehors de Saint-pétersbourg voire de la Russie ?
Can you tell us a bit about your band : Bio, Discography etc...
Have you been touring a lot and was it outside of Saint-Petersbourg or even Russia ?

On est assez nombreux dans le groupe, tout déplacement pour des concerts devient assez vite onéreux, on ne joue donc pas très souvent à Saint-Pétersbourg. En ce moment on essaie de, dépasser l’aspect couteux, et de se convaincre qu’il y a un intérêt à tourner en Russie, on laisse les possibilités ouvertes.

Quelle est votre influence majeure ?
Who is your major influence ?

Nous sommes influencés par des sentiments simples et humains et nos intérêts communs sont basés sur des choses basiques qui nous entourent.
C’est dur de nommer des influences parce que nous sommes inspirés par différents artistes de tout horizon et époque confondus.

We are inspired by simple human feelings and our common interests are based on the common environment. It’s hard to name specific artists because we admire all sorts of music of different waves and periods.

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Est-ce important pour vous de chanter en russe y a t-il une symbolique ou c’est juste plus simple qu’en anglais ?
Is it important for you to sing in russian, does it mean something for you or is it just because it's easier for you than in english ?

Écrire des paroles en russe est la plus grande des tortures et la majorité des musiciens russes (excepté les abrutis) te diront que c’est bien plus difficile d’écrire en russe. La langue est mélodique et rythmique mais d’une façon assez complexe, il y a une grande variété et profondeur, ce qui est agréable mais ça relève de l’exploit d’écrire de bons textes en russe. C’est un beau défi en tout cas , écrire en anglais semble un peu facile et malhonnête, on devrait nourrir notre société plutôt que de prétendre en intégrer une étrangère qui est déjà rassasiée.

Composing lyrics in Russian is the biggest torture, and every Russian musician (apart from complete idiots) will say that it is more difficult to write texts in Russian. The language is melodious and rhythmical in a complicated way, and allows greater variety and fullness at that, so it is a great achievement to have written good lyrics in Russian. These is the challenge Russian musicians should meet because it is unjustifiable easy, as well as dishonest to write in English for Russians. The path of least resistance chosen by some particularly bright minds is not worth it. After all, we should nourish our own society, and not simulate anything to squeeze into a foreign and already satiated one.

Quel matos utilisez-vous ?
What gear do you use ?

On est essaye de tirer un maximum du minimum qu’on a. Le matos est beaucoup plus accessible qu’auparavant mais comme on est fauché on fait de notre mieux. Pas de quoi se vanter donc je rentrerai pas dans les détails.

We try to get the maximum out of the minimum we have. Equipment is much more accessible today than before, but we, being poor, use simple tools but get the most out of them. We don’t have anything to brag about here, so I won’t go into detail.

Quand sort le nouvel album et sur quel label est-il ?
when is the new album coming and on what label it is ?

Le nouvel album est sorti le 27 aout à 8h16 (le coup de l’heure c’est la première fois qu’on me le fait) chez Dogma Rgaza https://vk.com/dogmargaza , notre label digital. On cherche désormais des distributeurs pour des sorties physiques en Russie et ailleurs. La sortie est donc passée un peu inaperçue.

New album was released on 27th August 2016 at 8.16 PM on Dogma Rgaza, our digital label. We are looking for distributors of physical copies now, both in Russia and abroad. So the release of the new album was pretty blurred.

Y a t-il à Moscou comme à Saint-Pétersbourg une grosse scène indie parce que je ne l’ai absolument pas trouvée ?
Is there an indie scene in Moscow like in Saint-Petersbourg cos I couldn't find it ?

Une émergence des mouvements indie se répand et il y a d’importantes scènes non seulement à Moscou et Saint-Pétersbourg mais dans d’autres régions. Les choses se développent bien grâce à internet et ne se limitent donc pas à des villes spécifiquement.
Il y a un puissant réseau social en Russie qui n’a pas d’équivalence à l’Est comme à l’Ouest, un véritable bastion de la liberté d’expression. Tout ce qu’il y a d’important concernant la musique se trouve sur ces réseaux. C’est un univers caché dans lequel quelque chose de ridiculeusement magnifique prend vie. Plonges-y !

A powerful rise of indie movement is coming here, and there are important scenes not only in Moscow and St Petersburg, but in other regions too. Things are moving on a great deal thanks to the Internet, so connections in a specific city are not essential. There is a powerful social network in Russia which does not have an equal in East or West, a true stronghold of the freedom of expression. Anything important that’s happening in music, you’ll find it here. It is a hidden world of its own where something ridiculously beautiful is happening. Dive in!

Mixtape

1 Сердцедер - Образа (Moscow) 2 Спасибо - Хорошее отношение (Moscow)
3 Въеби ему, Донателло (Moscow)
4 Materic - Под простыней (Petrozavodsk - Saint-Petersburg) 5 Электроребята - Лампочки (Saint-Petersburg)
6 Starpowers - Бензопила (Vladivostok/Saint-Petersburg)
7 Вторые Брюки - В гости (Moscow)
8 Shokalsky Revenge - Lu4she (Saint-Petersburg)
9 Продавцы-консультанты - Танцевали (Omsk/Moscow)
10 Рука Дочери - Мама, я полюбила веб-панка (Saint-Petersburg)
11 Slackers - Электронная сигарета (Omsk/Moscow)
12 Бумажные Тигры - Ардженто (Tomsk)
13 Prince Champagne - Синий бархат подземелья (Petrozavodsk)
14 Вальс - Пляжные головы (Rostov On Don)
15 Velvet Breasts - Поле боли (Saint-Petersburg)
16 Не твое дело - Я буду рядом (Moscow)
17 Лемондэй - Сережа, ты становишься ракетой (Krasnoyarsk/Saint-Petersburg) 18 ARM Author - Расписание (Omsk/Moscow)
19 ВИА Волна - Вельветовая волна (Saratov)
20 Владимирский Сентиментальный Салон - Котя (Vladimir)


Hoan

Il y a des emails promo qu'on reçoit et qui vont direct dans la corbeille, et il y en a d'autres qui nous procurent du bonheur à coup sûr - c'est le cas notamment des newsletters d'Atelier Ciseaux, label DIY dont on vous a parlé plein de fois ici (lire) et qui a sorti une pelleté de bons disques ces dernières années : Tops, Vesuvio Solo, Francis Lung, Police des Mœurs et on en passe... Cette fois-ci, Rémi le grand manitou du label et fan inconditionnel de la poutine au chorizo, nous a envoyé une lettre d'info concernant Hoan, groupe montréalais anciennement connu sous le nom de Kurvi Tasch, qui a sorti il y a quelques mois un EP auto-produit : Modern Phase. On ne sait pas grand-chose de ce groupe, la légende urbaine dit qu'ils ont accouché de cet excellent EP en passant leurs journées au Poisson Noir, célèbre lieu collectif de création DIY montréalaise ; ce qui est sûr, c'est que les sept titres de Modern Phase s'écoutent en boucle. Oscillant entre tonalités post-punk obscures, riffs accrocheurs et textures sonores pop lumineuses, le quatuor nous offre un album d'une langueur douce et tenace à la fois. En attendant qu'ils donnent suite à Modern Phase, nous avons soumis Hoan à notre petite interview, et ils nous ont fait cadeau d'une mixtape exclusive, enjoy !

D'où venez-vous ?
Where do you come from?

On vient principalement des quartiers Mile End et Mile Ex de Montréal et de leurs alentours, avec quelques liens à Ottawa et Rabat.

We are mostly from in and around the Mile End and Mile Ex neighbourhoods of Montreal, with some fleeting ties to Ottawa & Rabat.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

On cherche à passer le plus de temps sur la route, en particulier en Europe de l’Ouest et Centrale, et aux États-Unis, on espère tourner dans des endroits moins fréquentés par les groupes canadiens comme l’Amérique du Sud et l’Europe de l’Est.

We’re looking to spend as much time on the road as possible, especially in Western/Central Europe and the US, plus hopefully some places toured less by Canadian bands like South America and Eastern Europe.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Nous trouvons le plus grand épanouissement dans la vie en créant de nouveaux sons et des arrangements de sons qui peuvent évoquer chez nous et ceux qui nous écoutent quelque chose de viscéral.

We find the most fulfillment in life through creating new sounds and arrangements of sounds that can evoke something visceral in us and those who we share our music with.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Ouss serait en Californie, Mike serait en train de créer des groupes communautaires, Alex serait un brillant entrepreneur dans une entreprise sociale, et Thibault inventerait une technologie qui serait le parent le plus proche de la musique, sans être de la musique.

Ouss would be in California, Mike would be creating community groups, Alex would be a successful entrepreneur in some social enterprise, and Thibault would be inventing technology that would be the closest cousin to music while not being music.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Une épiphanie serait d’avoir compris que faire de la bonne musique demande en réalité une tonne de boulot dont de l’entraînement, apprendre tous les secrets de son instrument et étudier comment les autres groupes fabriquent leurs sons et assemblent leurs morceaux. On ne peut pas être un énième groupe de rock indé, nous devons être au premier plan de la création musicale et de la compétence.

An epiphany of ours is that making good music actually takes a ton of hard work including practice, learning every aspect of your instrument, and studying how other bands make sounds and put songs together. We can't just be another indie rock band, we have to be at the forefront of musical creation and skill.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Elle se prépare depuis un moment mais on se rapproche sans aucun doute de quelque chose de grand, de bizarre et de nouveau.

Has been brewing for a bit, but we’re definitely approaching something great, weird and new.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Avoir des boulots médiocres afin d’économiser assez d’argent pour payer le loyer de nos salles de répétitions nous laisse peu d’argent pour améliorer notre matériel et pas énormément de temps pour créer de la musique, mais on commence à s’échapper de ça avec un nouveau manager et un bon tourneur (Ouss !).

Working mediocre jobs to get enough money to pay jamspace rent leaves us with little money for improving our gear and not tons of time for creating music, but we’re starting to escape that with a new manager and a good booking agent (Ouss!).

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Ça ne semble pas probable. Je ne pense pas que la musique nous quitte un jour.

Doesn’t seem probable. I don’t think the music will ever leave us.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Ouss : Me concernant, j’aime fumer une cigarette, peut-être deux ou trois, et traîner aux alentours de la salle seul ou avec les autres. J’aime mettre de côté le contexte du “je joue un concert” pendant un moment juste pour me le prendre en pleine figure aussitôt que je monte sur scène.
Mike : Pour moi, j’aime faire des exercices de voix légèrement irritants dans un coin ou dans les toilettes avant d’y aller. L’eau est indispensable aussi (dans des mugs, pas dans des bouteilles).

Ouss : For myself, I like to have a cigarette, maybe two or three, and wander around outside of the venue by myself or with the guys. I like putting aside the "I’m playing a show" context for a bit just to find it as a slap on the face as soon as I hit the stage.
Mike : For me, I like to do slightly obnoxious vocal warm-ups in a corner or while in the washroom before going on. Water is a must too (in mugs not in bottles).

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Il y a beaucoup de personnes avec qui j’aimerais travailler et ça ne cesse de changer. Bien que je dirais que depuis que j’ai vu le concert de Holy Fuck au festival Pop Montreal je me suis mis à beaucoup réfléchir à leur manière de travailler les tonalités et comment ils créent leur musique. J’imagine que j’adorerais traîner avec eux et faire de la musique au bout d’un moment.

There are lots of people I would love to work with and it keeps changing every now and then. Although I would say since I’ve seen the Holy Fuck show at Pop Montreal I have started wondering a lot about how they work their tones and how they make their music happen. I guess I would love to hang out with them and make some music at some point.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Ne pas devoir m’inquiéter de comment payer mon loyer, mes courses, etc. Et simplement faire la musique que j’ai envie de faire sans que quelqu’un me dise “hey, on voudrait que tu fasses un album qui ressemble à celui que tu as sorti il y a quelques mois, les ventes étaient bonnes”.

Not having to worry about paying my rent, groceries, etc. And just be making the music I feel like I should be making with no one around to tell me: "Hey we want you to make an album that’s similar to the one you put out few months ago, the sales were good".

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Travaille ton chant et fais la musique que tu aimes en plus de jouer dans des groupes ou en cours.

Practice your singing and do the music that you love on top of music in band and in lessons.

Comment te vois tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Mike : J’espère vivant, à créer de la bonne musique avec nos musiciens préférés, que tous nos bénéfices servent à créer un monde meilleur et ne pas passer ma vie bourré.
Ouss : J’ai promis à un ami que je l’embaucherai comme cuisinier si jamais j’ai une maison en Espagne. Donc j’espère avoir une maison en Espagne.

Mike : Hopefully alive, creating great music with our favourite musicians, having all our profits go towards bettering the world, and not living a life too lush.
Ouss : I promised a friend I’d hire him as a cook if I ever get to have a house in Spain. So hopefully I’ll have a house in Spain.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

En expérimentant, j’ai l’impression que nous incorporerons toutes les sortes d’instrumentations et de formes de composition, j’espère qu’on déploiera les frontières de la musique tout en faisant quelque chose de proche des gens et d’irrésistible.

Through experimentation, I feel that we’ll incorporate all kinds of instrumentation and compositional forms and hopefully extend the boundaries of music while making something relatable and irresistible.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Mike : Justin Bieber
Ouss : Anime

Photo : Nada Temerinski
Traduction : Marie-Eva

Écoute exclusive

Gang Of Four - Not Great Men

Un groupe révolutionnaire de la fin des années 1970, on n’entend plus de groupes punk avec autant de groove.

Revolutionary band from teh late 70's, you don't get to hear punk bands groove this much.

Parquet Courts - Stoned And Starving

J’ai eu l’occasion de passer quelques jours à Ridgewood Queens chez un ami il y a deux mois, un endroit formidable pour écouter ce morceau.

Got to spend few days in Ridgewood Queens at a friend's place a couple of months ago, great place to listen to this song.

Eddie Current Suppression Ring - We'll Be Turned On

J’ai eu une copine australienne une fois, elle m’a fait écouter ça.

Had an Australian girlfiend once, she made me listen to this.

New Order - Thieves Like Us

On a été dans un groupe de reprise pour Halloween une fois qui s’appelait Noodle Order et on a joué ce morceau.

We were in a Halloween cover band once called Noodle Order and did this song.

The Beatles - Don't let Me Down

J’essaie de comprendre comment il est possible de créer cette chanson depuis des années.

I've been trying to understand how you can come up with this song for years.

Berimbau - Astrud Gilberto

Mon père l’écoutait tout le temps. C’est resté. C’est aussi incroyablement bon.

My dad used to listen to her all the time, it stucks. Also it's insanely good.

Air - Playground Love

Le sonorité de saxophone la plus incroyable.

Most amazing sax tone.

Broadcast - Corporeal

Je n’ai pas pu résister, même si tout le monde nous compare à eux. RIP. Trish Keenan

I couldn't resist, even tho everyone say we have something of them. RIP. Trish Keenan.

The Luyas - Buck's (2 hours) Late

Superbe musique de notre quartier, je les ai vus jouer il y a un mois et ils m’ont impressionné.

Great music from the Neighborhood, saw them play a month ago and they blew my mind.

Holy Fuck - Red Lights

HOLY FUCK (BORDEL DE MERDE)

Deerhunter - Helicopter

Je voulais finir avec un classique, le voici !

I wanted to finish with a classic, here you go!

Tracklist

Hoan - Modern Phase (09 septembre 2016)

01. Échange Numéro 2
02. Technocrats
03. Ways To Love
04. Modern Phase
05. Inside Touch
06. Turbotime
07. Poise


On y était : Transient 2016

Brosser un portrait général et pluriel de la scène électronique actuelle, sous ses coutures les plus variées et dérivés les plus infléchis, est l’ambition du festival Transient qui, depuis trois ans maintenant, gratifie le mois gris et triste de novembre d’une salve d’événements digital friendly. Une jolie percée pour ce paysage culturel trop souvent réduit aux seuls intérêts geek et club, petit tour d’un festival branché à 360°, électronique jusqu’à la moelle.

Vendredi 05/11. Débarqués frais comme des gardons dans l’enceinte du circulaire et enivrant Cabaret Sauvage, le principe s’édicte vite : circule. Dehors, la nuit est tombée, il pleut à verse et les plus motivés sont là - ils auront ô combien raison. L’idée, c’est justement de naviguer entre les installations, intérieures et extérieures, quand chaque heure permet de mettre en avant le live d’un artiste. En première partie, la part belle était faite à l’audiovisuel, trop grand oublié des clubs. On regrettera juste que ces doubles shows n’aient pas été redistribués sur toute la nuit, l’expérience aurait été plus équilibrée, et le preste horaire du labyrinthe sonore de James Whipple, l’impénétrable projet M.E.S.H., où l’apport visuel de Michael Guidetti promettait d’heureuses combinaisons. Mais la scène, loin d’être accessoire, ne concentre pas toutes les attentions. La vidéo on repeat de Yannick Vallet nous aura fait le week-end, hypnotisante expérience immersive dans le vide blanc des routes américaines, succession Street View motivée par une quête dont la source est la série chef d’œuvre de David Lynch : Twin Peaks All Over The States.

Côté scène, on attaque la meilleure partie de la nuit avec cet enchainement de madre de Dios. Voiron, producteur parisien assez génial de l’écurie Cracki, n’aurait pas pu mieux réussir à rendre les corps mobiles et entremêlés avec sa grande baston électronique marquées de coups de poings acides et kicks synthétisés. Meilleure entrée en la matière avant l’arrivée du grand, de l’immense Legowelt, aka le seul homme qui se prend en photo en chaussettes entouré de synthétiseurs et de plantes vertes qu’on peut trouver cool. La faute à Crystal Cult 2080, petite bombe sortie chez Crème Organization en 2014. Entre nappes démoniaques, sonorités deep et acid-house, notre homme-machine assure au public du Cabaret Sauvage une connexion Chicago-La Haye vénère juste ce qu’il faut, hybride et riche à souhait. Le début du bonheur, si l’on veut. Subjex est l’autre bonne surprise, représentant de la scène glitch dont on cause assez régulièrement ici, dont les breaks ont salement contribué à secouer les derniers conquérants de la fosse du Cabaret Sauvage.

Samedi 06/11. La jauge est déjà plus remplie, cela fait plaisir à voir. La venue du vétéran Luke Slater en a fait déplacer plus d’un. Pourtant, le festival a ce soir-là dû essuyer quelques revers, à commencer par l’annulation triste, triste et triste de Mika Vainio, moitié de Pan Sonic, duo finlandais expérimental à l’approche minimaliste glaciale. Motif : raison de santé. C’est donc seul que Franck Vigroux assure leur show, qui devait pourtant présenter les derniers résultats de leur prolifique collaboration. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, Coldgeist devra aussi oublier le live audiovisuel qu’il avait préparé, les raisons techniques sont toujours les plus fortes. On se console côté jardin, avec des installations artistiques, les mêmes que la veille, qui n’en finissent pas de détourner écrans et objets numériques au service d’un questionnement plus culturel, citons Hugues Clément et Dorian Ohx. De retour sur scène, c’est Abdullah Rashim, esthète suédois des lignes pures et obscures d’une techno deep racée, qui le remplace au pied levé. Avec un son millimétré et intransigeant, il chauffe à blanc la salle du Cabaret Sauvage, prête à cueillir la race de son week-end. Paillettes et mâchoires serrées. Xhin, d’entrée, déboulonne ce qu’il restait de temps de cerveau. Armé de tracks aux structures étudiées, bâties avec perspective, il annihile toute vie synaptique, au cas où il demeurait chez les plus résistants d’entre nous quelques velléités de neurotransmission. Une véritable vision de l’électronique, qu’on retrouve ensuite chez Luke Slater, dans un genre autre, et dont les deux heures de live font vivre un acharnement vivace au circuit imprimé chaotique qu’est devenu notre esprit. Blndr reprend les manettes mais la tempête est passée.

Vendredi 25/11. Finalement, c’est la soirée off qui ouvrira les chakras à mort, avec une affiche au goût d’inconnu - si ce n’est les bons soldats Rubbish T.C. et UVB 76 qui officiaient déjà lors du in. La venue un peu exclusive d’Impulse Controls a littéralement tout broyé, réunion sans sourire mais bien bien bien productive de Blush_Response et de Darko Kolar, représentant ici du duo serbe Ontal. Un live brutal, ultra fat où les kicks alourdissent à chaque impact la cale du Batofar, compacts et intenses, laissant à la limite de l’épuisement. Notez aussi qu’en ouverture, c’est le label ukrainien Kvitnu qui était mis à l’honneur, accueillant d’abord un set de Kotra avant de laisser place à un live de Zavoloka, les deux producteurs qui le dirigent. Une programmation qui avait le mérite, outre de pulser encore et toujours, de délocaliser les scènes, de les faire se croiser et de rendre l’événement plus global, l’affiche moins attendue. Pari réussi pour qui parlait de mettre en lumière la diversité des musiques électroniques et des pratiques numériques.


Valley Exit

Derrière Valley Exit, se cache Jeff Zeigler. Homme de l'ombre qui au sein de son studio Uniform Recording a produit et réalisé un bon nombre d'albums de la scène rock indé de ces dix dernières années - au hasard, on peut citer entre autres Steve Gunn, Purling Hiss, The War on Drugs, Kurt Vile, Nothing, Sunny Day in Glasgow. Associé à Mary Lattimore, il était passé sur le devant de la scène avec un excellent premier album sorti en 2014 chez Thrill Jockey et plus récemment une soundtrack originale qu'ils ont composé pour le film Le Révélateur de Philippe Garrel - on vous en parlé d'ailleurs ici. Cette fois-ci Jeff Zeigler revient sur le devant de la scène tout seul avec son nouveau projet Valley Exit : guitares cristallines, nappes synthétiques, boucles enivrantes ; le philadelphien nous donne rendez-vous avec des expérimentations soniques aux teintes pop. Pour célébrer la sortie imminente d'un premier album (dont on vous reparlera très prochainement) on a décidé de soumettre Zeigler à notre interview, en cadeau une track exclue manière de vous mettre l'eau à la bouche. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Philadelphie en Pennsylvanie, aussi connu sous le nom de "New York en mieux".

Philadelphia, Pennsylvania, USA aka “the better New York”

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Au studio pour composer d’autres morceaux pour les marginaux ou, de manière plus réaliste, travailler sur le disque de quelqu'un d'autre, ou promener mon chien.

Back into the studio to make more songs for the maladjusted or, more realistically, working on someone else’s record or walking my dog.

Pourquoi la musique ?
Why music?

La musique tient une place essentielle dans ma vie depuis que je suis enfant, et même si je n'imaginais pas que ça deviendrait mon principal centre d'intérêt, j’y suis devenu accroc pour de bon lorsque j'ai commencé à enregistrer et à jouer.

Music has been a defining part of my life since I was a child, and while I never expected it to become the primary focus in a lot of ways, once I started recording and playing music I was hooked for good.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Difficile à dire. Vivre dans un endroit isolé avec des chiens ? Etre chef cuisinier ? Ou peut-être une combinaison des deux : passer mon temps à chercher la meilleure recette de bouffe pour chien.

Hard to say. Live in some remote area with a bunch of dogs? a chef? Or maybe combine the two and spend my time dialing in the perfect dog food recipe?

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

La musique est probablement à son meilleur lorsqu'elle n'est pas entravée par des préoccupations liées au succès commercial.

Music’s probably at its best when it’s not hampered by concerns about commercial success. 

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

J'ai réalisé que je préférais savoir me débrouiller avec plusieurs instruments plutôt que d’avoir une très bonne technique sur un seul.

I realized I prefer being okay at a bunch of instruments to being highly technically proficient at any specific one.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Ça fait un peu de moi un dilettante musical.

It sort of makes me a musical dilettante.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je ne suis pas certain de savoir à quoi ressemblerait une mort artistique. C'est un peu une sorte de travail de longue haleine, un chemin vallonné avec des pics, des creux et beaucoup de plat. L'échec est donc plutôt relatif et c’est une partie naturelle du processus : les disparitions et les renaissances ponctuent le chemin vers une véritable mort clinique (c'est gai).

I’m not sure I know what artistic death would be? It’s kind of just one long slog with peaks and valleys and a lot of flat terrain, so failure is pretty much relative and a natural part of the process, with a bunch of deaths and rebirths along the way to your actual physical demise. (cheery)

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Un shot ! De préférence du whiskey ou de tequila.

A shot! preferably whiskey or tequila.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J'adorerais remonter le temps et faire la musique des films de Cronenberg dans les années 80, genre Scanners.

I'd love to go back in time and score some 80's Cronenberg movies, maybe Scanners or something.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

De remplacer Jeff Healey en tant que groupe résident au Double Deuce dans le film Road House.

To replace Jeff Healey as the house band at the Double Deuce in the movie Road House.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

De moins se soucier de ce que les gens pensent et de ce que je ferai de mon avenir, et de ne pas tout sur-analyser.

Worry less about what people think and about where you'll be in the future and not analyze the shit out of everything.

Comment te vois tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Je me vois vivre dans un grand espace industriel ou dans les bois, faire quelque chose d'artistique, passer le temps avec des chiens et continuer à faire de la musique d’une manière ou d’une autre. Je serai très vieux à ce moment là !

Living in a large warehouse space or in the woods, making art of some sort, hanging with a few dogs and probably still working on music in some capacity. I will be pretty old at that point!

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je ne sais pas vraiment, et c’est plutôt stimulant. Je me suis vraiment lassé d'écrire des chansons pendant un moment et je me suis concentré sur l’improvisation, seul ou avec Mary Lattimore. J'ai toujours essayé d'incorporer les deux d'une manière qui ne soit pas nécessairement "jammy" et/ou contenant une multitude de notes ou d'idées musicales, mais plutôt qui évolue lentement et organiquement.

I don’t really know, which is kind of exciting. I got really tired of trying to write songs for awhile and concentrated on mostly improvised music, either by myself or with Mary Lattimore. I’ve always been trying to incorporate the two in a way that’s not necessarily “jammy” and/or containing a multitude of notes or musical ideas, but instead evolving slowly and organically.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Faire le DJ avec un iPhone, peut-être ? Et aussi, de manger du popcorn dans le noir en écoutant du Miami Sound Machine.

DJing with an iPhone? Also, sometimes I eat popcorn in the dark while listening to Miami Sound Machine.

Écoute exclusive


Die Wilde Jagd

On a découvert Die Wilde Jagd grâce à leur remix de La visite d'Etienne Jaumet sorti chez Versatile l'année dernière. Inconnu au bataillon, ce duo de Düsseldorf est composé de Ralf Beck, producteur qui a travaillé notamment avec Karl Bartos, Propaganda, Kreidler ou encore Black Devil Disco et Sebastian Lee Philipp, compositeur et membre du groupe electro pop Noblesse Oblige. Après une rencontre au Salon des Amateurs - lieu connu outre-Rhin sous le nom de Hacienda postpunk - les deux Allemands n'ont cessé de triturer claviers analogiques dans le studio de Ralf pour finalement mettre un nom sur leurs expérimentations musicales néo krautrock : Die Wilde Jagd ou la chasse fantastique en français. Après avoir sorti un premier excellent album l'année passée sur le label Bureau B, Jennifer Cardini a choisi d'ouvrir une des compilations annuelles de son label Correspondant avec un titre des Allemands.  Sebastian a répondu à notre petite interview et nous a préparé une mixtape exclusive, enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je reviens juste du supermarché où j’ai rapporté des bouteilles vides. En Allemagne, on a un système de consigne sur les bouteilles, ce qui signifie que l’on paie un dépôt sur les bouteilles en verre et en plastique quand on les achète. Ce versement vous est restitué quand on rapporte les bouteilles vides. Ça peut aller jusqu’à 25 centimes par bouteille donc ça vaut vraiment le coup.

I just came back from returning some empty bottles to the local supermarket. In Germany we have a bottle deposit system, which means you pay a deposit on glass and plastic bottles when buying them. This deposit is returned to you when you bring back the empty bottles. It can be up to 25 cents per bottle, so it’s definitely worth it.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Toujours en train d’essayer de me créer une âme (A. Jodorowsky)

Always trying to create myself a soul. (A. Jodorowsky)

Pourquoi la musique ?
Why music?

Le hasard / le destin.

Chance / fate.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Alors j’aurais fait quelque chose d’autre. Je fais beaucoup d’autres choses en plus de la musique.

Then something else would be. Many things are my things beside music.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Ne jamais être un connard, autant que possible.

Never be an arsehole, whenever possible.


Une révélation artistique ?

Your artistic breakthrough?

Révélation est un grand mot. Je suis fier de quelques trucs que j’ai créés et auxquels j’ai participé, c’est déjà pas mal pour moi.

Breakthrough is a big word. I’m proud of a few things I’ve created and been involved in, that’s already a lot for me.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Pas vraiment, je me sens très privilégié.

Not really, I feel very privileged.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je le pense, oui.

I think so, yes.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Très peu remarquable, je crains. D’ordinaire, mon batteur et moi-même buvons de la bière et de la vodka. Parfois je me masse le poignet avec un baume relaxant parce que j’ai tendance à avoir des crampes pendant les concerts à force de répéter la même note à la guitare pendant plusieurs minutes.

Very unspectacular, I’m afraid. My drummer and I usually drink beer and vodka. Sometimes I massage a pain relief balm into my wrist because I tend to get cramps during concerts when playing the same note on the guitar repeatedly for several minutes.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

À peu près n’importe qui de sympa et qui m’inspire.

Pretty much anyone who is nice and inspires me.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Avoir des animaux comme membres de mon groupe en concert. Des singes et des éléphants.

Having animals as part of my Live band. Monkeys and elephants.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Ça m’angoisse un peu.

This freaks me out a bit.

Comment te vois tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Ça m’angoisse vraiment. Question suivante.

That really freaked me out. Next question.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je ne peux pas dire. Chaque morceau est un nouveau défi. J’adorerais passer plus de temps à jouer plutôt que sur la technique, la production et le mixage de la musique… mais d’une manière ou d’une autre ça finit toujours par être l’inverse.

I can’t say. Every song is a new challenge. I would love to spend more time on playing rather than engineering, producing and mixing the music…but somehow it always ends up being the other way around.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

L’euro-dance des années 1990. Je ne peux pas m’en empêcher.

Euro dance music from the 90s. I can’t help it.

Photo : Chrisa Ralli
Traduction : Marie-Eva

Écoute exclusive

Audio

Vidéo


Spécial Transmusicales : No Zu

Les Rencontres Trans Musicales de Rennes fêteront leur 38ème édition du 30 Novembre au 4 décembre prochains. On vous en a parlé précisément ici, et parmi l'armée de groupes qui mettront la capitale bretonne à feu et à sang d'ici peu, nous en avons choisis trois qui pourraient bien marquer le festival de leur empreinte, et qui ont accepté non seulement de se prêter à l'exercice d e notre interview Out Of The Blue, mais aussi de nous gratifier de mixtapes exclusives, histoire de se mettre dans l'ambiance.

NO ZU, Vendredi 2 décembre Parc Expo Hall 9, 2h00

NO ZU c'est la révélation de Ocean's Apart, la compilation de Dan Whitford (Cut Copy) sorti il y a déjà deux ans qui nous présentait le meilleur de la scène dance de Melbourne. Avec le titre Raw Vis Vision  NO ZU nous envoyait en pleine gueule leur musique singulière et bien dance floor, un genre de post punk plein de groove blindée de percus et autre sax. Décrivant eux-même leur style de "heat beat", les australiens ont déjà sorti une poignée d'EP, signée des collabs avec notamment Salvatore Principato (Liquid Liquid) et ont donnée naissance cette année à leur excellent deuxième album Afterlife. On a demandé à Nicolaas OOgjes, leader du groupe, de se soumettre à notre petite interview Out Of The Blue.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Australie/Gondwana, ou plus particulièrement, le Heat Beat Hades (la chaleur infernale) qui opère en dessous. Je suppose que tu pourrais dire que nous avons été formé par la lave il y a des millions d'années. Nous sommes assez anciens et vraiment... chauds. 

Australia/Gondwanaland, or more specifically, the Heat Beat Hades that operates underneath it. I suppose you could say that we were formed by lava millions of years ago. We’re quite ancient and we’re definitely… hot.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Vers une éternité immuable. Avant cela, cependant, nous allons traverser les océans pour danser avec les excentriquessordides et les trublions de ce monde et poursuivre le mirage rythmique qui est NO ZU.

Into an eternity of forever-ness. Before that though, we are headed across the seas to dance with the sordid weirdos and larrikins of the world and to chase a rhythmic mirage that is NO ZU.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Exactement. Je vais prendre ça comme une déclaration. Tout art est le même et c'est pourquoi il nous est tout aussi important d'exprimer ZU au travers de l'art et d'esthétiques visuelles. C'est du pareil au même. Nous le considérons comme un tout, un 'ZU-nivers' qui incorpore de nombreuses obsessions et une vision déformée. Il s'avère que nous sommes accros à la connexion physique avec les gens métaphysiquement dans un terre de limbes et un monde physique ténébreux. Je peux vous le dire sérieusement, j'en suis accro.

Exactly. I’ll take that as a statement. Any art is the same and that’s why expressing ZU through art and visual aesthetics is just as important to us. It’s all the same. We view it as a whole ‘ZU-niverse’ that incorporates many obsessions and a warped outlook. It turns out that we’re addicted to physically connecting with people metaphysically in a limbo land and wonky physical world. I can tell you earnestly, I am addicted to it.

Et si tu n'avais pas fait de la musique ?
And if music wasn't your thing?

Espérons quelque chose qui aide le monde. Ma mère est directrice d'Animals Australia, la plus grande et meilleure organisation des droits des animaux ici - donc fondamentalement ça a déterminé que mon but dans la vie  ne serait juste le rêve australien avec un "bon boulot", une grande maison avec jardin et une belle voiture. Un jour j'espère faire quelque chose de vraiment valable comme ma mère. D'un point de vue créatif, si la musique n'était pas mon truc, j'aurais plus de temps pour faire de l'art visuel,mon premier vrai amour, autre que ma femme bien sur.

Hopefully, something that directly helps the world. My mother is the director of Animals Australia, the biggest and best animal rights organisation here – so that basically determined that my main aim would never be just for the Australian dream of a ‘good job’, big house with a big backyard, reality TV watching and a nice car. One day I hope to do something of real worth like her. Creatively, if music wasn’t my thing, I would have more time to do visual art which was my first real love, other than my wife of course.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Quand j'ai réalisé que la seule façon de faire de la musique était d'embrasser chaque impulsion idiosyncratique et bizarre que vous avez en vous et qui vous ressemble complètement. Ne jamais regarder dehors et essayer d'imiter - ou si tu le fais, crois en toi mange le, digère le et vomit le en quelque chose de nouveau. Laisse le éclater hors de ton corps comme cette espèce d'alien dans The Thing. N'intellectualise pas, ressens le.

When I realised the only way to make music was to embrace every idiosyncratic and weird impulse that you have that completely feels like yourself. Don’t ever look outside and try to emulate – or if you do, trust yourself to eat it up, digest it and vomit it back into something new. Let it burst out of your body like that alien species from The Thing. Don’t intellectualise and just feel.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Comme ci-dessus AKA le commencement de NO ZU. D'un point de vu sonore, la rupture a été de trouver ma longue fascination pour les mutations de groove et de rythmes avec des hallucinations qui flottant librement par dessus. Aussi embrasser mes énormes limitations et restrictions pour mieux les sonder. Je ne suis pas vraiment musicien.

As above AKA the beginning of NO ZU. Sonically speaking, the break-through was finding my life long fascination with mutating groove and rhythm with completely free hallucinations floating over the top. Also embracing my huge limitations and restrictions and delving deep and swimming amongst them. I’m really no musician.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Écoute, je viens d'écrire quelques notes et j'ai ensuite décidé de les effacer. Nous sommes privilégiés de pouvoir faire ça. Je n'ai rien à redire. Je suis heureux que les ZU et moi avons cette qualité délirante en nous pour poursuivre nos rêves de Heat Beat malgré qu'il y ait des chemins de vie beaucoup plus surs que celui là.

Look, I just wrote down a few things and then decided to delete them. We’re privileged to be able to do this. I have no complaints. I’m happy that the ZU’s and I have this delusional quality within us to persue our dreams of Heat Beat despite there being many more safe lifestyle paths out there.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je ne crois pas en la mort artistique. C'est peut être naïf, mais je pense qu'il y a plus de décès de carrières par des gens ambitieux peu sincères qu'il y a de mort artistique. Si j'arrête NO ZU un jour, je vais être certain de transférer cette énergie dans la construction d'un "environnement artistique" dans le bush fait de bubblegum, de couvercles de bières et de sculptures bizarres pour y vivre jusqu'à ma mort.

I don’t believe in an artistic death. That may be naïve, but I think that there’s more career deaths and fatigue by ambitious disingenuous people than there are artistic deaths. If I stop NO ZU one day, I’ll be sure to transfer that energy into building an ‘art environment’ in the bush made of bubblegum, beer lids and bizarro sculptures to live in until my death.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Une vrai excitation se construit quand vous avez sept à (très occasionnellement) douze personnes toutes habillées comme dans un rêve humide d'une discothèque de l'époque de la OZ-ploitation avec espérons-le quelques mecs assez sauvage qui nous attendent. Nous nous assurons de boire plein de milk shakes protéinés, de bander nos muscles et d'appliquer de l'auto-bronzant.

A real excitement does build when you have seven to (very occasionally) twelve people all dressed like an OZ-ploitation dated-nightclub wet-dream with, hopefully, some wild people waiting for you. We ensure that we all drink planty of ‘protein shakes’, pump our biceps and apply fake tan to eachother.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique)?
Who would you work with (musically or not)?

En musique, on a eu la chance de travailler avec des gens de notre période préférée de l'histoire musicale comme Sal Principato de Liquid Liquid, A Certain ratio et Jonny Sender de Konk et en plus de jouer avec ESG et James Chance... c'est juste fou. J'imagine que ça me laisse les gens de l'art visuel... J'adorerais travailler avec un designer pour nous faire des tenues spécifiques Heat Beat qui nous aideraient à nous exprimer ainsi que le côté obscur et sordide de notre pays.

Musically, we’ve been so lucky to work with some people from our favourite period of musical history including Sal Principato of Liquid Liquid, A Certain Ratio and Jonny Sender from Konk and to play with ESG and James Chance on top of this… it’s just crazy. I guess that leaves visual people… I would love to work with a designer that could make us Heat Beat specific outfits that help us express our’s and our country’s dark underbelly.

Quel serait le climax de votre carrière ?
What would be the climax of your career?

Je ne pense pas aux choses de cette façon. Il n'y a pas de festival ou de lieux où je rêve de jouer et qui serait le summum de toutes choses. Il n'y a pas d'objectif final. A bien des égards nous avons apprécié des expériences bien au delà de nos attentes. Je veux juste me sentir artistiquement accompli et sentir que chaque spectacle et chaque enregistrement est meilleur que le dernier et que ça nous envoie encore plus loin vers des territoires inattendus. Je rêve d'être capable de pouvoir faire ça pour encore très longtemps. Comme je l'ai dis plus tôt, je suis complètement accro au NO ZU.

I don’t think of things in this way. There’s no festival or place I dream of playing as the pinnacle of all things. There’s no end goal. In many ways we have enjoyed experiences far, far beyond my expectations. I just want to feel artistically fulfilled and feel that each show and record is better than the last and mutates us further into more unexpected territories.  I dream of being able to do this for a long to time to come. As I said earlier… I’m thoroughly addicted to NO ZU.

Retour à l'enfance - quel conseil te donnerais-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Hey champion, ne t'en fait pas autant. Cesse de t'inquiéter de ce que les autres pensent. Passe plus de temps à avancer avec ce que tu as dans les tripes plutôt que de douter de tes intérêts et de tes pulsions créatrices.

Hey champ, don’t sweat it so much. Hey muscles, stop worrying about what other people think. Hey cobba, spend more time going with your gut feeling than doubting your interests and creative impulses.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Espérons comme un homme âgé conscient, construisant un environnement artistique AKA un danger d'incendie pour les habitants et toujours passionné par la vie. Espérons-le en étant utile et aidant pour les autres, essayant d'être une influence positive pour le monde.

Hopefully as a mindful older man, building his art environment AKA a fire hazard to the locals, and still being passionate about life. Hopefully trying earnestly to be helpful to others if not trying to be a positive influence on the world.

Comment vois-tu ta musique évoluer ?
How do you see your music evolve?

Je pense que NO ZU a toujours eu pour trajectoire de devenir de plus en plus audacieux. Dès notre première sortie et dès nos premiers shows, le modèle semble être de continuer à réagir à la musique austère présente autour de nous et de nous pousser nous-même vers des territoires inexploités. Explorer nos obsessions les plus obscures et sordides au sein de rythmes qui ne feront que s'élargir  et continuer à culminer comme une drogue. En même temps nous avons ce besoin insatiable, cette dépendance, de briser la barrière entre l'artiste et le public qui nous maintient en forme... donc attendez vous à ce que les lives deviennent de plus en plus sauvage. Ceci étant dit, je pense que vous serez témoin plus d'une dé-évolution.

I think NO ZU has always been on a trajectory to get bolder and bolder. From the first recorded output and shows to this day the pattern seems to be to continue being reactionary to stale and safe music around us and to push our weird selves into uncharted territory. Exploring our darkest and most sordid obsessions within the rhythms will only heighten and continue to peak like a drug. At the same time, we have that unsatiable need (addiction) to breaking down the performer/audience barrier that keeps us healthy and in-check… so expect the parties to just get wilder. All that said, I think what you’ll witness will be more of a de-evolution.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Regarder des émissions de faits divers ou des documentaires déprimants. C'est si addictif pour moi. Maintenant je ne pense pas être une personne malade ou que j'héberge des pensées sombres, mais j'ai une obsession pour la mort (nos albums s'appellent Life et Afterlife). Dernièrement j'ai beaucoup écouté The Cramps et leurs inspirations, et les nombreuses références des thèmes d'horreur absurde m'ont mené à regarder beaucoup de films d'horreur. Est ce que l'horreur et l'absurdité de voir Trump élu a quelque chose à voir avec ça ? Il y a beaucoup de politiques obscures, anciennes et nouvelles, depuis la colonisation qui me compose aussi peut-être ? Heureusement, je peux canaliser tout cela dans le free-for-all de NO ZU et les rennais pourront se joindre à nous dans une fête impie où nous pourrons nous exorciser avec la sueur et l'amour.

Watching true crime shows or depressing documentaries. Mate, it’s so addictive for me. Now, I really don’t think I’m a sick person or that I harbour any dark thoughts for my fellow humans, but I do have an obsession with death (yep… records called Life and Afterlife may have given that away). Lately, I’ve been listening to a lot of The Cramps and their inspirations, and the absurdist horror themes within has lead me to watching a lot of horror movies. Has the horror and absurdity of Trump being elected got anything to do with this? There’s plenty of dark politics new and old, since colonialisation that compounds it for me too maybe? Lucky I can channel it all into the free-for-all of NO ZU and the people of Rennes can join us in an unholy party where we can exorcise ourselves with sweat and love.

Photo : Nadeemy Betros

Mixtape exclusive


Spécial Transmusicales : Tsushimamire

Les Rencontres Trans Musicales de Rennes fêteront leur 38ème édition du 30 Novembre au 4 décembre prochains. On vous en a parlé précisément ici, et parmi l'armée de groupes qui mettront la capitale bretonne à feu et à sang d'ici peu, nous en avons choisis trois qui pourraient bien marquer le festival de leur empreinte, et qui ont accepté non seulement de se prêter à l'exercice d e notre interview Out Of The Blue, mais aussi de nous gratifier de mixtapes exclusives, histoire de se mettre dans l'ambiance.

TSUSHIMAMIRE, Mercredi 30 Novembre Ubu 00h00
 
Le trio féminin Tsushimamire  est ultra connu au Japon, son pays d'origine. Avec leurs chansons qui bouffent à pas mal de râteliers, du punk au jazz en passant par le surf ou le ska, et des textes, pour ce qu'on en sait, assez délirants, nos nouvelles amies du soleil levant arrivent souvent à nous réjouir, et c'est déjà beaucoup. Et sur scène, pas question de s'ennuyer: en participant au "Burlesque Tour" des Suicide Girls aux États-Unis, Tsushimamire a été à bonne école. Au tour de Mari, chanteuse et guitariste du groupe, de répondre à nos questions.

D'ou viens-tu ?
Where do you come from?

De Tokyo, au Japon !

Tokyo, Japan!

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Partout. Je veux être impressionnée et je veux faire en sorte que n'importe qui se sente impressionné par moi.

Everywhere. I want to be impressed and I want to make someone feel impressed.

Pourquoi la musique ?
Why music?

J'adore chanter. Nous avons créé TsuShiMaMiRe en 1999, notre musique et notre groove m’a toujours impressionné. Je sentais que c’était notre destin de le faire. Donc j’ai choisi la musique.

I love sing. TsuShiMaMiRe formed in 1999. I really impressed our music and our groove. And I felt destiny. So, I choose music.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Mmm...Aucune idée. Peut-être serais-je devenue comédienne ?

Mmm...No idea. Maybe I’ll be a comedian?!

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Tomber amoureuse et rencontrer l'amour. Sinon, faire de la bicyclette me donne beaucoup d'idées.

Fall in Love and Cross in Love. And riding a bicycle gave me a lot of ideas.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

J'ai crowdsurfé pendant la chanson "My Brain Is A Shortcake" et je me suis sentie libre, comme si je pouvais voler.

I did crowd surf during the song “My brain is shortcake" And I feel more free. And I feel I can fly.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je suis vraiment une fille désordonnée.

I’m really messy girl…

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Non, aucune vie après ça, mais je suis vraiment douée pour travailler à mort en studio

No,No life… But I’m good at soul-destroying labor in the factory…

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Aller aux toilettes !

Go to Restroom!


Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Oh, je passe vraiment ma vie avec Tsushimamire... Cinq jours par semaine : trois jours de studio et deux jours de concerts. C'est bien suffisant !

Oh, my life is almost with TsuShiMaMiRe… Five days a week…Three days studio, two days shows...It’s enough!!!!

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

C’est maintenant, mon climax. Sinon la tournée la plus intéressante de notre carrière fut sûrement le « Suicide Girls Burlesque Tour » en 2005 et 2006 aux États-Unis. Des concerts déments. Chaque jour, on assistait à des shows vraiment « Burlesque » dans les salles où nous allions.

Now is the climax. And I think it’s the most interesting tour in our career, That was “Suicide Girls Burlesque Tour” 2005 and 2006 in U.S. It was really crazy shows. Everyday, we saw Burlesque show in the venue.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Apprendre l'Anglais est la meilleure chose pour ton futur !

Learning English is the most important thing for your future!!!


Comment te vois tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Garder une vie saine, c’est la chose la plus importante pour TsuShiMaMiRe. On veut continuer jusqu’à 80 ans. Le morceau Speedy Wonder parle d’ailleurs de ça.

Healthy life is the most important thing for TsuShiMaMiRe. We have to keep on rockin’ until 80 years. I sing about that in Speedy Wonder.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

On veut la simplifier tout en la rendant plus puissante.

It will be more simple. And it will have more power.


Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Your guilty pleasure or hidden treasure ? (musically or not)

Je suis une fan d’animaux en peluche ! J’ai le pingouin en peluche le plus mignon qui soit, ramené de notre tournée aux États-Unis en octobre dernier. Du coup je viens avec lui aux Trans Musicales cette année ! 

I am a mania of Stuffed Animals. I got a cutest Stuffed Penguin from our U.S. tour in Oct. And now, I always think about Trans Musicales with my Penguin!!!!

Mixtape exclusive