Modern Tapes l'interview

Le passionné de musique qui s'adresse à vous plusieurs fois par mois passe le plus clair de son temps devant un écran. Oui, je vous confesse être devenu un être complètement solitaire voire asocial, égocentrique attardé même, dépourvu de toute once d’altruisme pour mon entourage proche. Ne m’insultez pas, je suis déjà sévèrement sanctionné pour cet amour honteux. Ma punition quotidienne se traduit par les yeux vides et fatigués, les doigts engourdis, la nuque et les épaules endoloris et surtout le poignet droit meurtri par une tendinite récurrente castratrice de mes élans webophages insatiables. Lourd prix à payer pour quelques petites découvertes mais ô combien précieuses car, s’il est impossible de satisfaire cette boulimie, il est toutefois des trouvailles heureuses aux effets miraculeux. Pour atteindre cette sensation de bien-être éphémère, il n’y a pas de règles précises. Dans le cas présent, le soulagement momentané a été provoqué par un titre du groupe Staring Problem intitulé Pictures Of Morrissey In Jake's Locker (des photos de Morrissey dans le casier de Jake) qui m’a conduit jusqu’à son label chicagoan Modern tapes dont la particularité est de diffuser ses productions musicales sur le support vintage de la cassette. Un emballage dans l’air du temps, certes, mais qui colle à merveille avec l’humilité, la rugosité et le feu qui habitent ses membres et qui mérite à mon sens plus qu'un détour. Interview et Mixtape pour Hartzine.

Salut… Qui es-tu ?
Hello… Who are you?

Je m'appelle Patrick et je dirige le label Modern Tapes.

My name is Patrick and Modern Tapes is the label I run.

Comment a commencé Modern Tapes ?
How did Modern Tapes start?

Vers la moitié des 90’s, j’ai commencé à diriger un label intitulé Static Station, qui s’est transformé en collectif il y a cinq ou six ans. Et puis, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’association, certaines personnes ont perdu leur intérêt ou ont pris des directions différentes, ce qui a un peu déséquilibré le label. Je voulais faire quelque chose de neuf entièrement calqué sur mes goûts et plus fondé sur une approche personnelle pour les groupes et moi-même. Mon amie proche Lauren a commencé un groupe (Staring Problem), nous avons parlé de musique, de labels et, après avoir visionné une vidéo de 40 secondes d'une répétition de Staring Problem, j’ai décidé de sortir leur musique, mais je voulais que le label soit plus spécialisé que ne l’était Static Station. J’ai donc commencé un tout nouveau label, avec sans doute un côté plus sombre, quelque chose d'artisanal et d’intime. J’ai choisi de diffuser des cassettes et de proposer des téléchargements. Les mp3 sont traités comme les cassettes l’étaient, les auditeurs les boudent à cause du bruit et de leur bande froissée mais les consommateurs les aiment car elles sont peu chères, portables et ont un « son » propre. C'est pareil avec les enregistrements. Les disques durs remplacent les machines à bande. Tout le monde peut enregistrer un disque, la tendance underground est désormais de vouloir faire de l'art. D'où le nom Modern Tapes.

Well, I had been doing a record label since the mid 90's called Static Station that about 5 or 6 years ago turned into a collective. Well, as happens with a collective, people lost interest or went in different directions so that label faltered a bit. I wanted to do something new that was reflective on purely my tastes and was more of a personal thing with me and the bands. My dear friend Lauren started a band (Staring Problem) and we would talk a bunch about music and labels and such, so after seeing a 40 second video of a Staring Problem practice I decided I wanted to release their music, but I wanted the label to be more focused than Static Station had become. So I decided to start something new, a label with a darker edge perhaps, something handmade and intimate. I figured I would do tapes and digital downloads. Mp3s are treated the same as cassettes used to be, audio folk hate them because of noise and squashed bandwidth, but consumers love them because they're cheap, portable and have a "sound". The same thing holds true with recording. Hard drives are replacing tape machines, now more than ever anyone can make a record so the underground is overflowing with people making art. Hence the name Modern Tapes.

Es-tu toi-même musicien ?
Are you a musician yourself ?

Oui, je suis musicien depuis de nombreuses années. J’ai commencé à jouer dans des groupes punk DIY dans les 90's et je n’ai jamais arrêté. Actuellement, je fais de la musique en solitaire pour Modern Tapes sous le nom d’Unur. Je suis aussi membre des groupes Locks et 97-shiki. Chaque projet représente une facette différente de mes goûts musicaux.

I am, I have been a musician for many many years. I started playing in DIY punk bands in the 90's and haven't stopped. Currently, I make music on my own for Modern Tapes under the name Unur. I also am a member of the bands Locks and 97-shiki. Each project addresses a different aspect of my musical tastes.

Considères-tu Modern Tapes comme un label normal ?
Do you consider Modern Tapes as a normal label?

Je pense que je ne sais plus ce qu’est un label normal. Je regarde les labels plus importants et je me demande comment ils font. Comment ils arrivent à donner un budget à un groupe, à payer un publiciste, à payer pour la promotion, etc. alors que tellement de gens ne paient rien pour leur consommation de musique. Pour le moment, je fais des cassettes parce que leur coût n’est pas trop élevé et que je peux les illustrer de manière originale. Je sortirai probablement des vinyles dans un futur proche mais je veux garder les mains sales. Je veux avoir un aspect créatif dans toutes mes sorties. Les cassettes de Modern Tapes, c’est un peu comme mes enfants étranges. Donc, je ne pense pas que Modern Tapes soit un label normal. Il est « spécial ».

I don't think I know what a normal label is anymore. I look at bigger indies and wonder how they do it. how they can give a band a budget, pay a publicist, pay for advertising, pay for everything when so many people just don't pay for music. Right now I make tapes because they are cost effective and I can make each one something special with the artwork. I'll probably do short run vinyl in the future but I want to keep my hands dirty. I want to have a creative hand in all my releases. Modern Tapes are my weird little children. So I guess no, I don't think Modern Tapes is normal. It's "special".


Outre les aspects esthétique et économique, que t’inspirent les cassettes ?
Besides the aesthetic or economic reasons, what do tapes inspire you?

Les cassettes sont le format ultime que le fan d'un groupe va vouloir posséder. Le support vinyle est cool et sonne bien mieux, c'est sûr. Mais posséder une cassette artisanale d’une édition limitée, c’est un peu comme si on était en possession d’un secret que seules quelques personnes connaissent. C’est plus personnel. C’est une extension de l'esprit « édition limitée ». Et pour être honnête, quand j’ai commencé Modern Tapes, je ne pensais pas vendre autant d’exemplaires alors j’ai voulu créer des petits objets artistiques à de très courts termes pour pouvoir récupérer de l'argent rapidement sans avoir à dépenser 1000$ par sortie. De cette manière, je peux sortir plus de choses tout en maintenant leur fraîcheur et intérêt. Assez bizarrement, tout s'est écoulé très rapidement. Je passe plus de temps à demander de nouvelles copies pour les groupes qu'à trouver de nouveaux artistes.

Cassettes are the last format I can think of that someone who really loves a band will seek out. Vinyl is cool and sounds much better, sure. But having some limited edition handmade cassette just feels like something secret that only you and a couple other people are "in" on. It is more personal. It is an extension of the limited edition mentality. And to be honest, when I started Modern Tapes I didn't think I would sell many tapes by the artists so I wanted to make little artifacts in super short runs and be able to make my money back quickly without having to dump over $1000 into each release. This way I can do more releases and keep things fresh and interesting. Funny enough, everything flew out of print so quickly, I’m spending more time getting more copies for the bands made than finding new artists.

Y a-t-il une philosophie propre à Modern Tapes ?
Is there a Modern Tapes’ philosophy?

S’il y en a une, elle n’est pas officielle et elle est plutôt représentative de ce que je pense être important pour un groupe. De l’art valable, des gens valables.
If there is it is unstated and is more reflective of what I find important in a band. Good art, good people.

Comment choisis-tu les artistes que tu signes ?
How do you choose your artists?

Jusqu’ici, c’était mes amis. Mais je présume que cela sortira de ce cadre assez vite. La musique qui me touche… J’ai tendance à me sentir plus proche des thèmes plus sombres que de la pop sucrée, c’est juste une question de feeling.So far it's been my friends. But I assume it will branch out of that web soon. Music that grabs me, I tend to steer closer to darker themes than bubbly hand-clappy pop music, it's one of those "when you know you know" situations.

Peux-tu nous en présenter quelques-uns ?
Could you introduce some of them?

Certainement ! La première sortie Modern Tapes et la raison pour laquelle j’ai débuté cette activité a été le trio Staring Problem de Carbondale, Illinois. Ils sont parmi les gens que j'aime le plus au monde, ils ont de grands cœurs, de grandes idées et font des chansons magnifiques. C’est un genre de post-punk gothique, mais étrangement ça me rend heureux de les entendre ou de les voir jouer. Ça ne provoque pas de sentiment morose ou ultra-dramatique, juste honnête. La deuxième sortie a été le premier EP de mon projet Unur. J’ai écrit des chansons en utilisant principalement des outils électroniques et des guitares pendant des années, je les ai rassemblées autour d’une idée cohérente et j’ai appliqué les tendances minimalistes à l'écriture. Je suis plutôt content du résultat ; ça me plaît jusqu’à présent. Je vais tourner en Europe fin mai et début juin (ndlr : toutes les dates ici), et je fais la côte est des Etats-Unis à la fin de l’été. Et j’ai comme l’impression que ce n’est que le début. Ensuite, il y a eu Guitar Party. Mon ami Jeremy m'avait dit qu'il avait commencé un groupe avec sa fille âgée de 6 ans au chant. Il m'a envoyé des liens et j'ai trouvé ça super. J’ai demandé qui d’autre était dans un groupe et il a composé une liste de certains de mes bons amis et d’autres que je ne connaissais pas bien. Les membres de son groupe ont aussi joué avec des gens comme Andrew Bird, Gayngs, Bon Iver, Eydea & Abilities, Fog, Why, Alpha Consumer, Dosh, et beaucoup d’autres. Ils sont tous des musiciens fantastiques qui jouent de la musique très intéressante et stimulante. Tous appuyés par la fille plutôt extravertie de Jeremy. À la suite de cela, j'ai sorti une compilation de 10 groupes comme un échantillon du label pour une soirée dans un bar de Chicago où Staring Problem jouait. 50 cassettes ont été vendues et seront pressées à nouveau pour la tournée européenne de Unur. C'est une chouette compilation qui comprend des morceaux de chacune des précédentes sorties sur le label, de groupes qui travailleront avec moi dans le futur et d'autres artistes qui font partie de mes amis et qui font de la musique géniale. Et tout ça, c’est depuis décembre seulement. Je compte sortir deux autres cassettes pendant l'été, voire plus !

But of course! The first Modern Tapes release and reason I started the label is the Carbondale, Illinois trio Staring Problem. They are some of my favorite people on earth, big hearts, great ideas, wonderful songs. Kind of a gothy post punk thing, but oddly enough it makes me happy to hear them or see them play. It doesn't feel morose or over-dramatic, Just honest. The second release was the debut Ep of my Unur project. I have been writing songs using mostly electronics and guitar for years, this was me focusing it into a cohesive idea and applying my minimalist tendencies to the songwriting. I'm pretty happy with it, it has been fun so far. I will be touring Europe in late May and early June, then the east coast of the US in late summer and I feel it will only get better. Then came Guitar Party. My friend Jeremy told me he had started a band with his 6 year old daughter singing. He sent me links to a song, it was amazing. I asked who else was in the band he rattled off a list of good friends of mine and folks I didn't know so well. Including Jeremy the people in the band have also played with a diverse cast of characters like: Andrew Bird, Gayngs, Bon Iver, Eydea & Abilities, Fog, Why, Alpha Consumer, Dosh, and many many more. They are all fantastic musicians playing very interesting and challenging music. All fronted by Jeremy's rather extroverted daughter. Following that I put together a compilation of 10 bands sort of as a "sampler" of the label for a night at a Chicago bar that was a Staring Problem show. 50 tapes were given away at the door and are being repressed for the Unur europe tour. It's a pretty great comp. Songs from each of the previous releases on the label, songs from bands the label will work with in the future and other artists that are friends of mine and make great music. This is just since december. there are plans for at least two more releases over the summer maybe more!

Tu penses étendre les objectifs de Modern Tapes ?
Are you planning to extend the purpose of Modern Tapes?

Je compte sortir un 7” et peut-être davantage de vinyles. Ce sera toujours dans des tirages limités avec un cachet artisanal. J’aimerais être attaché à chaque sortie personnellement, pas juste l’envoyer au pressage puis vendre vendre vendre, je veux que les sorties portent mes empreintes et que le papier communique un ressenti. Des choses simples.

I’ve got plans for a 7" and maybe more vinyl. It will still be limited edition with something made by hand in the packaging. I would like to stay attached to each release personally, not just send it off to be manufactured and then sell sell sell, I want the releases to have my fingerprints on them and be able to think about what the paper feels like. Simple things.

Quelle est ton opinion sur la situation actuelle de l’industrie musicale ? Comment penses-tu qu’elle pourrait évoluer ?
What do you think of the current situation in the music industry? How will this change in the future years in your opinion?

Comme je l’ai déjà dit, je ne sais pas comment les labels indie plus importants s’y prennent, sans parler des majors. Je pense que le modèle commercial que l’industrie du disque a suivi pendant longtemps est fini et ne fonctionne plus. Il faut trouver quelque chose de neuf. Tout le monde peut trouver ce qu’il veut quand il le veut alors pourquoi vouloir ta musique alors qu'il existe des millions de gens qui en proposent ? Mon idée est de réaliser un objet spécial, de rendre les morceaux disponibles pour tous ceux qui le souhaitent mais faire en sorte que l’objet soit une expérience. Je ne pense pas qu’il soit facile de maintenir une entreprise avec cette approche mais je peux entretenir Modern Tapes avec cette idée. Les majors vont mourir et ceux qui vont survivre devront fusionner les uns avec les autres. Je pense que les plus grands labels indie devront suivre cette voie aussi. C’est une époque formidable, les gens sont en pleine expérimentation, il se passe des choses intéressantes comme soundcloud ou bandcamp. MySpace est en train de se décomposer à force de vouloir être à la fois facebook, bandcamp et un pop up publicitaire. J'attends avec impatience de voir comment tout ça va évoluer. Je pense qu’aujourd'hui, rien n’est permanent bien que certaines choses actuelles soient excellentes.

Like I said before, I don't know how bigger indie labels do it, let alone the majors. I think the business model the music industry has followed for it's existence is over and no longer works. Something new needs to be figured out. Anyone can get what they want whenever they want it so why would they want your music when there are millions of people out there making music too? The idea for me is to make the object special, get the songs available for anyone who wants them, but make the object an experience. I don't think you can sustain an industry with that approach but I can sustain Modern Tapes with that idea. Major labels will die off and the ones who survive will have to merge with one another, I feel bigger indies will be forced into that as well. It is a great time, people are experimenting, great things are coming up like soundcloud or bandcamp. Myspace is tearing itself apart trying to be facebook, bandcamp, and a pop up ad all at the same time. I look forward to seeing how everything develops. I do not feel that anything current is permanent. But some of them are great for now.


Quels sont les labels ou les artistes qui t’ont influencé ou t’influencent encore ?
Which past or present labels or artists influenced or still influence you?

Quelques labels ont posé la base de ce que je fais - Dischord, Gravity, Vermiform, SST, Factory et Zick Zack et des labels plus récents qui m'inspirent, de Constellation et Kranky qui règnent là où d'autres ont échoué, jusqu'à Anticon qui évolue avec son public, ou Dark Entries, Walhalla et Minimal Wave qui prennent de très bonnes décisions et ressortent de la grande musique perdue, ou Sacred Bones et Wierd qui trouvent de nouveaux artistes de qualité et qui sont suivis par des gens qui achètent leurs sorties comme des curateurs en somme.
En ce qui concerne les artistes, je ne ferais pas ce que je fais sans : Fugazi, Nation Of Ulysses, Antioch Arrow, Clikitat Ikatowi, Kraftwerk, This Heat, Wire, Gang Of Four, Stars Of The Lid, Fly Pan Am, The Ex/Dog Faced Hermans, The Jesus and Mary Chain, et les milliards d'artistes moins connus qui ont sorti un single et qui ont disparu mais qui m’ont laissé dans la mémoire une empreinte en termes d’exemple d’honnêteté artistique.

There are a handful of labels that have laid the groundwork for what I do- Dischord, Gravity, Vermiform, SST, Factory and Zick Zack and newer labels that inspire, from Constellation and Kranky who thrive where others fail, to a label like Anticon that evolves with its audience, to labels like Dark Entries, Walhalla, and Minimal Wave that make really good decisions and reissue great lost music to labels like Sacred Bones and Wierd who find great new artists and are trusted by the people who purchase their releases as curators in a sense.
As far as artists go, I wouldn't do what I do without: Fugazi, Nation Of Ulysses, Antioch Arrow, Clikitat Ikatowi, Kraftwerk, This Heat, Wire, Gang Of Four, Stars Of The Lid, Fly Pan Am, The Ex/Dog Faced Hermans, The Jesus and Mary Chain, and the billions of lesser known artists who made a 7" and disappeared but left their mark in my brain as examples of honest art.

Tu peux nous présenter ta mixtape ?
Could you introduce the mixtape?

C’est tout simplement une collection de morceaux actuels ou non que je trouve merveilleux ou qui reflètent l'expérimentation et le génie étrange que je voudrais que Modern Tapes reflète. De l’électro minimaliste en passant par le post punk, l’art rock et l’inclassable. Ce sont des exemples de ce qui m’anime en musique. Certains morceaux sont rippés de vinyles, d’autres ont été enregistrés le mois dernier. Le son peut varier mais certainement pas l’esprit, ni l’âme.

Simply this is a collection of songs from now and then that I think are amazing or reflect the experimentation and awkward genius that I would like Modern Tapes to reflect. From obscure minimal synth and post punk, to art rock, to the indescribable. These are examples of what makes me excited about music. Some tracks are ripped from vinyl, others were recorded last month. The sound may vary but the spirit and soul does not.

Comment vois-tu ton futur ?
How do you see your personal future?

Très rempli. La tournée d’Unur en Europe me prend beaucoup de temps, toute comme le repressage des cassettes. J’aimerais consacrer la plupart de mon temps à l’art, comme tout le monde en fait. J'aimerais diffuser le terme Modern Tapes dans le monde, sortir encore des cassettes, voyager davantage, rencontrer de nouvelles personnes et profiter du temps avec ma compagne Jessi et mon formidable chien Maisy de 16 ans.

Busy, busy, busy. The Unur tour of europe is taking up much of my time, as is repressing tapes. I'd be happy to spend most of my time making art, who doesn't want that? I would like to spread the word of Modern Tapes all over the world, put out some more releases, travel more, meet great new people and have some time to enjoy life with my partner Jessi and my 16 year old wonder dog Maisy.

 

Mixtape

Modern Tapes Hartzine Mixtape by modern tapes

1.  Aaah..!- Slip Away
2.  Leben Und Arbeiten- Amanita
3. Charles De Goal- Dans De Labyrinthe
4.  Catholics And The Pill- Cool Dick (bientôt sur Modern Tapes)
5.  Celibates- She's the One
6.  Units- Warm Moving Bodies
7. Wall Of Voodoo- Crack The Bell
8. WKGB- Non-Stop
9. Guitar Party- Robot Worms (extrait de Modern Tapes 003)
10. This Heat- A New Kind Of Water
11. Die Unbekannten- Radio War
12. Unur- Pillows (extrait de Modern Tapes 002)
13. Liquid Sky OST- Me And My Rhythm Box
14. Mit Gas- Divorce
(extrait de Modern Tapes 004)
15. Palais Schaumburg- Telephon
16. Fall Of Saigon- So Long
17. Minny Pops- Dolphin's Spurt
18. Tangible Joy- Move
19. Martin Human- Rocks And Caves
20. Locks- Segments (bientôt sur Modern Tapes)
21. The Au Pairs- It's Obvious
22. Staring Problem- Pictures Of Morrissey In Jake's Locker (extrait de Modern Tapes 001)
23. The Pop Group- She Is Beyond Good And Evil
24. All Men Of Lidice- 5x5 (extrait de Modern Tapes 004)



La Station Radar - 1978-1982

Si le mouvement post-punk (1978-1984) est le plus souvent réduit à un vulgaire "après" du punk, tant chronologique qu'esthétique, la portion congrue de groupes, révélant un peu plus chaque jour son importance cardinale dans l'histoire des musiques contemporaines, tient invariablement sur les cinq doigts d'une main : Public Image Ltd, Joy Division, Wire, Gang Of Four (lire) et The Raincoats. Comme s'il fallait se limiter à renâcler les mythes jusqu'à l'os et piller les maisons de retraites (The Raincoats, Wire et Gang Of Four étant encore sur la route), afin de faire vivre un passé sans cesse plus présent dans la musique actuelle. Ne se contentant pas de noircir une page blanche à l'adresse d'un rock ébranlé au plus profond de ses fondations par le punk aux alentours des années 76-77, le post-punk fut une nouvelle remise en question du rock, plus complexe et syncrétique que le punk. Loin de se cantonner à l'éthique DIY et de déclamer la mort du rock tout en décrétant l'avènement du bruit et de la fureur, une cohorte de groupes - pour la plupart déjà présents avant l'année 1976 - se proposaient, consciemment ou non, de poursuivre la "révolution inachevée du punk", n'étant plus alors que la caricature de lui-même, "en explorant les nouvelles possibilités sonores offertes tant par l'électronique et les techniques dub issues du reggae que par la production disco, le jazz et la musique contemporaine" (Simon Reynolds, Rip It Up And Start Again). Devo, Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire, Talking Heads, The Fall, sans trop se creuser, voilà pour une autre main. No wave, punk funk, musique industrielle, cold wave... six années procédant d'un véritable âge d'or créatif aux ramifications sinueuses mais fructueuses. Un âge d'or loin d'avoir révélé l'étendue de ses légendes et de ses mythes éphémères. Jérôme - moitié agissante du label La Station Radar et collectionneur averti de vinyles - s'est proposé, par le biais d'une mixtape écoutable et téléchargeable ci-dessous, d'en réactiver quelques-uns, tous plus enfouis dans le fatras du temps qu'irrésistibles dès la première saillie auditive. On ne saurait que trop le remercier.

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Tracklisting

Mixtape 78-82

01. Mittagspause - Testbild
02. Amos and Sara - In a Hell Bed
03. Froehliche Eiszeit - Liebe Keine Leiche
04. The Urinals - Surfin' with the Shah"
05. The homosexuals - Calvary
06. Malaria - You Turn to Run
07. Theoretical Girls - Mom & Dad
08. Spizz Energy - Soldier Soldier
09. John Bender - 35A9
10. Aminals & Men - Waiting for my Stranger
11. Kousokuya - Untitled

Artwork by Fleur.


On y était - Festival Villette Sonique

Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Animal Collective + Discodeine & Thomas Bloch + Emeralds, Grande Halle Charlie Parker, Paris, 27 mai 2011

Ouverture, lever de rideau, Villette Sonique, nous y sommes, le point zéro. Le moment temps attendu par un public toujours plus féru de sensation fortes et de découvertes, pour rassasier ses instincts les plus primaires. Le festival est devenu au fil des années la référence même de la culture musicale avant-gardiste et indépendante, cultivant un certain amour pour les freaks et les marginaux, du plus libéral au plus contestataire. Dans ce contexte privilégié, rien d’étonnant à retrouver le groupe ambient-drone Emeralds pour inaugurer une scène que fouleront plus tard pléthore d’artistes prestigieux. Le trio n’était d’ailleurs pas le premier choix des programmateurs, Salem ayant dû décliner leur invitation en raison de la grossesse avancée de Heather Marlatt, les obligeant à réduire le nombre de leurs prestations scéniques. Les organisateurs du festival auront donc jeté leur dévolu sur autre groupe au caractère tout aussi mystérieux et tout aussi emblématique d’un certain renouveau dans l’univers de la musique électronique.

La file d’attente à rallonge devant l’entrée de la salle Charlie Parker se voit bercée par les courants atmosphériques d’une longue intro portant les spectateurs munis de leur précieux billet dans un état de béatitude absolue. Le plus étonnant semble même être le fait qu’une bonne moitié de la foule a fait spécialement le déplacement uniquement pour ce concert. Assez étonnant quand on sait que le groupe partage l’affiche d’Animal Collective, gros morceau de ce festival. Quoiqu’il en soit, Emeralds se montre à la hauteur de ses prétentions, s’illustrant par un show dépouillé, hypnotique, allant crescendo. Les douces nappes s’érodent sous l’afflux de contractions mécaniques, les mélodies gonflant, ronronnant puis se déchirant au gré de l’accélération. Une délicatesse orchestrale pervertie, souillée jusqu’au titre Does It Look Like I'm Here?, chute frénétique dans le vide astral, dégringolade interminable à travers un champs d’étoiles au bord de l’implosion… Magique.

La prestation de Discodeine et de Thomas Bloch le sera moins. Je m’interdirai toute critique malvenue sur le disque éponyme du duo mené par Pilooski et Pentile, et me contenterai de le piétiner avec rage. Reste une prestation navigant entre le classico-chiant et l’électro-ascenseur qui me fera émotionnellement passer du « ouep, c’est gentil quoi… » au « je crois qu’il est vraiment temps que j’aille voir ailleurs si j’y suis »… Eh bien figurez-vous… Non, bien sûr, j’y étais pas, vous êtes con où quoi ? Mais par contre la moitié de la salle, elle, était aux mêmes endroits que moi, c’est-à-dire au bar ou au fumoir, laissant les artistes s’exprimer dans une indifférence générale. Beaucoup de codéine dans ce live, pas beaucoup de disco, et un compositeur classico-expérimental pourtant talentueux qui semblait chercher sa place. Un entre-deux qu’on a vite fait d’oublier et qui ne laissera qu'un souvenir aussi douloureux qu’une longue et pénible journée de bureau…

Si vous faites partie de cette masse populaire estimant que le sacre d’Animal Collective est redevable au statut culte dédié au Person Pitch de Panda Bear et estimez que Tomboy en est le digne successeur, ne poussez pas plus loin votre lecture. Tout ceci n’est que pure hypocrisie  dont les dommages se seront comptés parmi le nombre de déçus ce vendredi soir. La ménagerie a vu sa cote discographique percer le plafonnier de la hype attitude grâce à un Merriweather Post Pavillon que nous qualifierons d'électro-psyché-mainstream, au détriment d’un parcours riche, foisonnant et expérimental trimballé depuis ses débuts. Identifié comme la nouvelle vague de Brooklyn alors que la plupart de ses membres n’y vivent plus, Animal Collective accumule les clichés que le quartet brisera un à un lors d’un concert spectaculaire, quoi qu’on en dise.

La première surprise viendra de cette disposition scénique plus classique et notre plaisir incommensurable de retrouver Avey Tare derrière les fûts. On ne le dira jamais assez, lâchez Tomboy, écoutez Down There. Pas de lead, même si Noah Lennox pose sa voix sur la quasi-totalité des morceaux, un refus de mettre en avant l’égo face à la fratrie. C’est donc Deakin qui ouvre sur un morceau aussi vaporeux qu’inédit, le collectif ne changeant pas ses habitudes en offrant à l’auditoire un répertoire inconnu, tiré probablement d’un album encore en cours de production. Le second morceau prendra le public à revers, s’entamant sur une partition glissant dans le tropical-glitch le plus craspec, couverte par la voix d’un Panda Bear bourré d’effets. Le concert glissera peu à peu dans une veine aussi inattendue que sautillante, psycho-folk bariolée, south-country ringarde mitraillée de noise, ghost-pop clownesque sur B.O. de film d’horreur vintage, de l’électro-drone spectrale, des ballades pop saccadées… Un show rythmé et turbulent qui désarçonnera les accros de My Girls et de psyché-folk planante… Après un concert somnifère livré l’an dernier au Bataclan, le crew le plus barré de la Côte Est confirme son statut d’agitateur-laborantin et se rapproche des terrains de jeu actuels de la nouvelle scène de Brooklyn. Restent Brothersport et Summertime Clothes, toujours aussi trippés, relents de Merriweather Post Pavillon, effectuant parfaitement la jonction avec ce nouvel univers musico-halluciné de notre cher collectif animal.

Akitrash

Thurston Moore + Glenn Branca + Half Japanese, Grande Halle Charlie Parker, Paris, 28 mai 2011

Il est 20h. Dans la halle en acier glacé, les corps poussiéreux s'entassent. On dirait qu'ils ne savent pas trop quelle légende ils sont le plus impatients de voir. Moi je sais. Je me glisse discrètement devant la scène tandis que Half Japanese entame la seconde moitié de son set. Jad Fair a l'air naïvement heureux. Les yeux plissés par la lumière ou par le plaisir - sûrement un peu des deux -, il observe le public d'un air goguenard. Ou satisfait. Les accents vaguement country de ses morceaux glissent sur l'auditoire. Je souris. Le rendez-vous est un peu raté mais il n'est pas triste. Ce n'est pas vraiment cette légende-là que je suis venue voir.

Pendant le changement de plateau, je parle sans m'écouter. Je ressens ce mélange de peur et de désir qui précède toute rencontre que l'on a attendue longtemps. A ce stade-là, ce n'est plus vraiment de l'impatience. C'est pire. Le corps tendu, j'observe la grande silhouette noire et voûtée marcher vers le centre de la scène sous l'oeil respectueux de ses musiciens - quatre guitaristes, un bassiste, une batteuse. Je ne vois pas son visage. Quand il se tourne vers nous, Glenn Branca - c'est bien lui - a le regard presque menaçant. Ce sera éphémère. Comme s'il s'amusait d'être si vénéré par un public effrayé, il rit, lance quelques bonbons dans la foule et boit une gorgée d'eau minérale. C'est ça, être rock en 2011 ? Peut-être. L'homme se retourne vers ses musiciens. Coups d'oeils tacites. Je crois qu'ils sont prêts, Glenn. Silence. Toujours crispée, j'attends un geste, une délivrance. Cette dernière viendra lentement, douloureusement, note par note, doigt par doigt, corde par corde. Les albums du Glenn Branca Ensemble (Ascension et Ascension: The Sequel) portent bien leur nom. Le compositeur, ici chef d'orchestre habité, envoie des éclairs avec ses doigts. Ses musiciens, rivés à la partition, froncent les sourcils et tirent la langue. L'Ascension qu'ils interprètent n'est pas vraiment une montée ; c'est un état permanent, un supplice délicieux. Toujours note par note, le volume et la tension augmentent. Quelqu'un dans le public hurle : « Louder ! » ; il en aura pour son argent. L'atmosphère devient lourde, insoutenable. Les tympans sifflent. On se demande quand on atteindra le sommet, si tant est qu'il existe quelque part sur ces foutues partitions. Ça fait mal mais c'est bon. La pression est à son paroxysme quand Branca annonce ce qui se révélera être l'apogée du concert : Lesson No. 3 (Tribute to Steve Reich), le morceau central du second album de l'Ensemble. Les notes passent de doigt en doigt parmi les musiciens installés en demi-cercle. Aller, retour. Au milieu, nous, pris dans étau. La même note répétée jusqu'à la mort. Rapidement, on sent la douleur s'installer dans les muscles des guitaristes. Leurs visages se crispent ; les nôtres aussi. De plus en plus. On sent que la fin est toute proche, presque palpable, mais on n'arrive pas à l'attraper. Submergée par la douleur et la beauté, les larmes me montent aux yeux. Perdue dans la foule anonyme, je cherche les bras qui pourraient me consoler, mais je sais que je ne les y trouverai pas. Et c'est exactement toute la majesté de ce morceau : c'est être près et loin, frôler l'orgasme et le manquer, parler sans que les mots sortent de sa bouche. Les notes continuent de tourbillonner dans leur course circulaire, encore et encore, jusqu'à... l'explosion finale, enfin. Encore des larmes et une éruption de joie chez les musiciens. Un soulagement extrême, une dernière convulsion. Vidé, on n'a plus la force que de s'abandonner totalement au déluge de décibels qui fracassent tout sur leur passage, en pagaille, désordonnés et pourtant rigoureusement maîtrisés. C'est là tout l'art de Glenn Branca.

Délivrée, je me laisse bercer par les douces ballades de Thurston Moore. Lui aussi a l'air heureux et apaisé. Comblée, l'assistance se laisse paresseusement glisser sur les accords de harpe, presque trop éprouvée pour réclamer plus d'électricité. Là se trouve probablement la plus grande vertu de la musique de Glenn Branca : pour ceux qui parviennent à entrer dedans, elle force à l'oubli de soi, à l'abandon total. Peut-être que c'est par le supplice de cette Ascension qu'il faut passer pour trouver le bonheur. Quant à ses bras, ils sont toujours loin mais j'ai la certitude qu'ils me cherchent aussi.




Lire l'interview de Jad Fair.
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Voir l'interview de Thurston Moore (bientôt).

Emeline

 

Villette Sonique by night : We Love Sonique, Grande Halle de la Villette, Paris, 28 mai 2011

Après une journée de dur labeur derrière notre stand du Village Label, l’envie irrémédiable de se dégourdir les guiboles et de décompresser les soupapes nous assaillit. A trop se prendre au sérieux, on en oublierait presque que la musique est parfois le vecteur le plus direct menant à la fête. La soirée We Love Sonique était là pour nous le rappeler.

Une soirée qui ne brillait hélas pas par l’excellence de son plateau si l'on était un tant soit peu regardant sur la programmation musicale et que l'on ait passé la majorité. Je parle en âge mental bien sûr. Conan le barbare… Connan le marcassin… Oh merde ! Connan Mockasin ouvrait de sa pop languide, en vrai crooner néo-celtique déjanté et à la voix haut-perchée, marquant, à l’instar de Cults, un retour flagrant aux slows langoureux. On dénombrera quelques victimes dans l’assemblée et en premier lieu, une de nos chères rédactrices, à la vue de l’énorme flaque poisseuse s’étalant entre ses jambes et l’air con affiché sur visage. Une prestation qui nous laissera pourtant de marbre comme  la majeure partie de l’assemblée (et c’est bien le seul moment où nous serons d’accord) - le physique de Paul Williams et Klaus Kinski, le psychédélisme au pays des licornes et la zoophilie avec des dauphins ne faisant pas vraiment bon ménage.

Changement radical de registre lorsque Daniel Snaith, la tête pensante de Caribou, prend les manettes. Plus proche de son récent projet Daphni que de l’épopée discographique du cervidé, le musicien balance un DJ set nerveux et éclectique qui fait le ravissement des clubbers. Loin de se cantonner à un simple playlisting de tracks dans le vent, Snaith fait montre d’une technicité à toute épreuve et d’une connaissance musicale approfondie. Une heure et quart de mix sans bémol qui laisse le public en émoi, chauffé à blanc pour recevoir Sebastian. En voilà un qui aura mérité ses honoraires.

La salle est maintenant pleine à craquer, et des frissons parcourent tout mon corps. Ne vous y trompez pas, il ne s’agit ni d’un contre-effet de la MDMA, ni d’impatience, mais simplement d’un moment de fébrilité.  Sebastian apparaît en haut d’un immense pupitre derrière lequel sont projetées des images de marches militaires, de visages déformés et de drapeaux français. Toute le monde lève un bras et je dis : « Votez Marine Le Pen » (heu, c’est ironique !). On en a traité de nazis pour moins que cela. Dans sa forme, le show du musicien labellisé Ed Banger est Total-itaire - une mise en scène rappelant 1984 et V pour Vendetta. Dans le fond… Ah oui, c’est vrai que je dois aborder ce sujet… Même si du haut du balcon, j’assiste à un déchaînement de foule hystérique, je ne comprends strictement rien à cet enchaînement de beats stridents, gras et sans saveur sur lesquels sont scandés des slogans des plus insipides. Un Total qui rappelle en tout point le Positif de Mr Oizo, en plus répétitif et plus graveleux. Je laisse donc une partie de mes camarades faire boing-boing en compagnie de Justice (à chacun sa croix) et me dirige donc en direction des backstages.

Si, musicalement, We Love Art semble avoir perdu de son mojo, elle qui fut naguère pionnière du développement de la culture électronique parisienne, nous faisant découvrir au passage de jeunes talents devenus mètres étalons de l’électro internationale (Apparat, Ellen Allien, Luciano, Richie Hawtin… ), l’agence évènementielle garde pourtant l’ingrédient secret qui saura rendre nos nuits plus pétillantes. Ne nous voilons pas la face, si nous nous rendons d’un seul homme aux We Love (le nom étant lui même une marque de fabrique en soi), c’est plus pour ses décors fabuleux, cette ambiance généreuse, et cette sensation de se retrouver dans un gigantesque parc d’attractions, friandise débordante de ballons, de sculptures et de bulles en tout genre, que ses plateaux qui finissent par tourner en rubicon.

Fin de l’aparté. Je rejoins donc quelques potes squattant les canapés des quartiers d’Ed Banger où règne une joyeuse euphorie. Je discute malgré moi avec un certain Pedro Winter, Busy P de son alias, et découvre, non sans surprise, le goût immodéré de celui-ci pour les joutes verbales. Le personnage se révèle sensible, attachant et d’une gentillesse rare. Je regrette d’autant plus que sa musique ressemble à une bouillabaisse sonore inaudible et ne reflète pas plus la psyché profonde de l’individu. Après cette rencontre du troisième type, j’erre un moment dans les couloirs avant de rejoindre la salle une dernière fois.

Mehdi et Riton, unis sous l‘entité Carte Blanche, balancent la purée (désolé mais je n’ai pas trouvé d’autre synonyme plus convenable) devant un parterre de kids totalement déchainés, gesticulant entre mouvements lascifs et gigotements désarticulés effrayants. La musique quant à elle est un mauvais mélange de baseline lubrique et d’électro-funk sauce mayo. Un show qui ne fait pas dans la finesse et pète dans la dentelle, poussant mon indulgence en tant qu’auditeur dans ses derniers retranchements… Il est donc temps pour moi de quitter le navire - notre stand au Village Label ne se montera pas tout seul le lendemain… Cependant, durant l’heure et quart où je me gèlerai les bonbons à attendre un taxi, je rêvassai au temps où les soirées We Love furent catalyseur de talents, dénichant la petite bombe dancefloor qui enflammerait nos nuits jusqu’à la calcination de nos rotules. Aujourd’hui, la magie s’est transformée en un voyage à Eurodisney : un moment de féérie, mais toujours les mêmes attractions.

Akitrash

Forest Swords, La Géode, Paris, 30 mai 2011


Le débrief' du week end au Village Label et de la prestation de notre cher Holy Strays s'est fait devant la géode en ce lundi 30 mai. Tout le monde est globalement ravi et patiente gentiment en médisant sur la programmation des prochains festivals parisiens. La discussion s'attarde sur la prestation à venir de Matthew Barnes. Le consensus autour de la discographie de Forest Swords est incontesté. Blogueurs, professionnels de la profession... l'entente mutuelle est décrétée et le terme drone-step prend un usage monologique que personne n'a encore osé contester.

Le sujet du jour revient à nous questionner sur l'épaisseur live du projet Forest Swords. Nos petites têtes nerds se plongent dans ce type de débat souffreteux, hésitant, et souvent compris uniquement de ceux qui l'animent (ndlr : se référer à la bible du genre) et nous problématisons les données de la sorte : Forest Swords est il un projet de producteur ou de musicien ?

La personnalité de Matthew Barnes est un premier élément de réponse... De source sûre, on le sait peu enclin à communiquer sur son projet, préférant maturer longuement chacun de ses morceaux. On le découvre ce soir là chétif physiquement et furtif dans ses apparitions. Son appareillage technique en dit également beaucoup : cette musique si organique sur album et nécessitant l'utilisation d'au moins une dizaine d'instruments par piste se joue à partir d'un laptop sur scène. La scénographie qui en découle est aussi charnue que notre non-repas du soir. Le concert commence et donne le ton des quarante-cinq minutes de sons et lumières qui vont nous être offertes : beaucoup d'intentions et peu de réalisations. La longue tirade du début de set entre post-dubstep et witch house me permet de me concentrer uniquement sur les images qui nous arrivent en 16/9ème sur la toile gigantesque de la Géode. Le lien avec la musique est diffus, mais les teintes rouges déployées le long de ce ballet sont de nature à injecter un peu de texture à l'ensemble.

Le live est conçu comme un DJ-set, à la différence près que les enchaînements sont parfois douloureux et brisent la dynamique créée par le ré-assemblage des plus belles mélodies des compositions de Matthew. A titre d'exemple, que dire de ce remix en direct d'un sample de soul qui s'est étiré à n'en plus finir ?

Des choix sonores et picturaux vraiment discutables s'alignent les uns après les autres et la réponse à notre question s'esquisse rapidement : Forest Swords est (pour l'instant ?) bien un projet de producteur, de studio, pas encore adapté aux exigences d'un live. Peut-être trop beau pour être complètement vrai... (ndlr : élément comparatif par ici).

Je passe rapidement sur les prestations de Ducktails et de Julian Lynch ; par fainéantise intellectuelle, j'associerai ça à voyage, Laponie, et Guide du Routard.

Nicolas

The Fall + OOIOO + Cheveu + I Apologize, Grande Halle Charlie Parker, Paris, 31 mai 2011

Déjà notre dernière soirée du festival… pour Hartzine du moins… Une conclusion en dents de scie, que dis-je, en montagnes russes, qui débute par la prestation aussi délirante qu’affligeante de I Apologize… Un nom de scène plutôt bien trouvé pour résumer la candeur musicale du trio mené par l’artiste/performer Jean-Luc Verna. Le géant à l’allure de pédale body-buildée se sacre ténor du renouveau goth-rock sur fond de reprises new-wave de supérette. Imaginez un instant le Xerxes du 300 de Zack Snyder moulé dans une tenue en latex et entonnant le Supernature de Cerrone. On hésite entre fou rire et larmes, mais à n’en point douter, la prestation de I Apologize était l’instant freak tant attendu de ce festival.

Force est de constater que si je n’eus guère de mal à trouver une ligne directrice dans la programmation de cette nouvelle mouture de la Villette Sonique, il me fut plus difficile de trouver une thématique cohérente au plateau de cette soirée : la folie ? la loufoquerie ? la marginalité ?.. Quoi qu’il en soit, les artistes suivants n’ont pas la réputation de plaisanter. Cheveu se voit propulsé sous les feux des projecteurs grâce à un Mille décoiffant et qui aura su ébouriffer une scène française en plein rebond punk-rock. Un démarrage en pente douce, entamé sur les morceaux les plus lo-fi de ce second opus, et qui me laisse un moment dubitatif. Il ne s’agit pourtant que du tour de chauffe avant que la machine s’emballe, la tension se chargeant d’électricité au gré de la sauvagerie déployée par un Olivier Demeaux totalement démantibulé et immanquablement surprenant.  Plus proche de la performance que de la prestation, le chanteur hypnotise de son charisme fascinant, personnage coincé entre le punk simplet et le guerrier illuminé. Nos Pieds Nickelés du garage à la française balancent quelques salves bien acides et noisy qui mettront le public en émoi : Like a Dear in the Headlights, Clara Venus, Sensual Drug Abuse, Charlie Sheen… Une poignée de tubes finissant de conquérir l’auditoire, Cheveu l’achevant de son Superhero tonitruant et éraillé. Totalement jouissif.

J’aimerais en dire autant de la performance de OOIOO et je dois avouer qu’aujourd’hui encore, j’en suis à me questionner sur mon ressenti vis-à-vis de ce concert. Annoncé comme la nouvelle sensation nippone de cette édition, le groupe de Yoshimi P-We officiant chez Boredoms ressemble plus à un bouillon de culture. Tribal pop fusionnant avec l’énergie du free jazz, mélodies psychédéliques embrassant noise-punk et J-pop kawaï. Un mélange saugrenu qui ferait passer notre quatuor pour une version japonisante et tropical-rock de Chicks on Speed. Une orgie de sonorités extraterrestres siphonnées qui s’écoutent malgré tout sans déplaisir, mais de là à coller le grand frisson… Une bonne heure de jam qui aura pourtant conquis la majeure public, mais m’aura laissé totalement sceptique.

Puis uni comme un seul homme, la salle entière se regroupe autour de la scène. Un afflux de masse rendant l’atmosphère irrespirable au premier rang. Un attroupement flousant la binouse aussi dense qu’à un happy hour un soir de Saint-Patrick. Pas étonnant lorsque l’on sait que le dernier groupe à monter sur scène est celui du loser magnifique, sacré plus grand Mancunien de tous les temps : The Fall. Entrée en fanfare, sous les cris d’un public déchaîné, pour les membres du groupe post-punk le plus mal-aimé d'Angleterre, tandis que suit le débonnaire leader, Mark E. Smith. Et non sans faillir à sa réputation, c’est pour foutre le bordel. L’homme qui fut considéré un temps comme la plus réac' et borderline des personnalités musicales nous apparaît aujourd’hui sous les traits d’un papi ronchon, aussi taquin que totalement déchiré. Cela ne l’empêchera pas de nous livrer la quasi-totalité de l’abrasif Your Future Our Clutter, énième objet discographique du monument post-punk britannique au mille et un changements de line-up. La voix rauque et ronflante de Smith fait des merveilles sur le terrifiant Chino, tandis que la foule exulte sur Bury Pts. 1 + 3, pogotant à tout va. Les titres s’enchaînent avec furie, consacrant The Fall comme l’une des dernières figures cultes de sa génération. Il est déjà temps de s’extirper de cette masse humaine quand j’aperçois Adrien (Trésors) avec qui je m’amuse à pronostiquer l’issue du concert. Le show vire à la troisième mi-temps et semble rassembler tous les prolos parisiens supporters du Manchester United. Une nana déambule torse nu sur le devant de la scène, avant de se faire éjecter par le service de sécurité. Enfin, vu la taille de sa poitrine, difficile de se faire une véritable idée sur le sexe de ce hooligan en jupon. Smith, aussi incontrôlable que son public, fout un véritable bordel sur le plateau, terrorisant ses musiciens, tandis que dans l’assistance le sang gicle enfin… Pari gagné. Je peux donc me retourner l’esprit tranquille, même si je regrette le Mark E. Smith fiévreux et colérique d’antan.  Même nos idoles ne résistent pas à l’épreuve du temps.

Photos


Umberto l'interview (Not Not Fun)


La vague italo-spaghetti revient régulièrement sur le devant de la scène. Sous des oripeaux de plus ou moins bon goût, ils sont nombreux à dévouer leurs créations modernes synthétiques aux références 70's/80's du cinéma d'horreur. Umberto s'est détaché du lot avec son LP Prophecy of the Black Windowsorti sur Not Not Fun.

Faire le lien entre son parcours musical et l'influence des pionniers du genre nous semblait plus simple à partir de vidéos. C'est moins chiant qu'un blind test et ça a l'avantage de ne mettre personne dans l'embarras.

Cette chanson est cool. Je n'en avais jamais entendu parler avant, mais j'ai quelques albums de Mort Garson. J'oublie lesquels, mais j'aime encore plus cette chanson que celles que j’ai.

This song is cool.  I have never heard it before but I have a couple Mort Garson albums.  I forget which ones they are but I like this song better than them.

On a souvent qualifié ta musique d'horror music. Ça te correspond ? 
Tes pochettes d'albums sont dans cet esprit. As-tu des références cinématographiques à l'esprit lorsque tu construis les artworks de tes albums ?
We often identify your music as horror Music. Is this term right to you? Your covers are in this spirit. Do you have film references in mind when you do the artwork for your albums?

J'ai écrit de la musique dans cette veine-là. Cela ne veut pas dire que je ne voudrais pas écrire de la musique d'un autre genre, mais c'est ce que j'ai le plus fait jusqu'à présent. Oui, j’ai des références cinématographiques à l'esprit quand je planifie la pochette des albums. Habituellement, j'ai une scène en particulier ou une humeur à l'esprit quand je travaille avec les graphistes qui contribuent aux albums.

I have written some music in the horror music vein. That is not to say that I wouldn't write music in another genre, but it is what I've produced the most of so far. Yes, there are film references in mind when I'm planning out the album artwork. Usually I have a particular scene or mood in mind when I work with the graphic artists who contribute to the albums.

Ces bandes-sons des années 70 semblent moins froides, moins synthétiques que celles produites dans les décennies suivantes, le côté psychédélique semble plus présent. Ta musique donne l'impression d'être au milieu de ces deux esthétiques. Cet équilibre est important pour toi ?
These soundtrack albums of the 70s seem less cold, less synthetic than those produced in the subsequent years, the psychedelic side seems more present. Your music seems to be in the middle of these two aspects of music. Is this balance important to you?

Bien que le maintien d'un équilibre entre « naturel » et psychédélique ne soit pas exactement ce que je vise en matière de son, le matériel source pour la musique est ancré dans cette époque.

Although maintaining a balance between 'natural' and psychedelic isn't exactly what I'm aiming for in terms of sound, the source material for the music is definitely from this time period.

J'écoutais beaucoup ce genre de trucs quand j'étais plus jeune. C'est génial.

I used to listen to this stuff a lot when I was younger. It's great.

Le synthétiseur occupe une place importante dans tes albums. Tu pratiques depuis longtemps ?
The synthesizer occupies an important place in your albums. How long have you been playing?

Je joue du clavier, peu importe la forme, depuis que je suis gamin. J'ai d'abord pris des leçons de piano et tout s'est développé à partir de là.

I've been playing keyboards in one form or another since I was a kid. I originally took piano lessons and have expanded from there.

Le renouveau de la musique synthétique induit un intérêt croissant pour le matériel analogique.Utilises-tu ce type de matériel ?
The resurgence of synthetic music induces a growing interest in analog equipment. Do you use such material?

Je le faisais par le passé, mais actuellement je ne compose plus de musique sur du matériel analogique vintage. J'utilise des claviers midi, des laptops et des logiciels home studio. Ça ne discrédite pas l'influence ou l'importance du matériel analogique et des techniques d'enregistrement. Mais je n'ai pas vraiment beaucoup d'argent à investir dans ces équipements à l'heure actuelle et il est beaucoup plus facile de voyager et de jouer live en utilisant ma configuration simplifiée. J'ai simplement à me brancher sur une sono et je peux commencer. C'est tout simplement pour plus de commodité.

I have before but currently I'm not composing music on vintage analog equipment, though. I'm using midi keyboards, laptops and modern recording programs. However that is not to discredit the influence or importance of analog instruments and recording techniques. But I really don't have a lot of money to invest in such equipment right now and it's actually much easier to travel, set up and perform using my streamlined setup. I can simply plug into a PA at a venue and I'm ready to go. It's merely for convenience.

Avant de jouer tes premiers sets live, as-tu pensé à la configuration que tu utiliserais ?
Before playing your first live acts, have you questioned the configuration you would use?

Les premiers shows d'Umberto étaient tous différents. Parfois, il y avait un bassiste et un batteur. Lors des deux premiers shows il y avait entre douze à quinze personnes sur scène en train de jouer du synthé en étant déguisées. Il m'a fallu un certain temps pour comprendre comment faire vivre ce projet et le rendre divertissant. En ce moment, c'est juste moi et un batteur. J'aime que les visuels jouent leur effet et qu'il y ait de la fumée sur scène.

The first Umberto shows were all different.  Sometimes there would be a bass player and a drummer.  Two of the early shows had twelve to fifteen people on stage playing synths and people wearing costumes.  It took me awhile to figure out how to do this stuff live and make it entertaining.  Right now it's just me and a drummer.  I like to have visual stuff going on and a fog machine.

Je n'avais jamais écouté cette chanson auparavant mais ça sonne bien.

I haven't heard this before but it sounds good!

Gianni Rossi est l'un des artistes contemporains dont l'esthétique est proche de la tienne.
Gianni Rossi is one of contemporary artists whose sound aesthetics is similar to yours.

Oui, Gianni Rossi et moi partageons des sonorités similaires, bien qu'il fasse de la musique depuis bien plus longtemps que moi.

Yes, Gianni Rossi and I share similar elements, although he's been making music for much longer than I have.

As-tu déjà rencontré Steve Moore ?
Had you already met Steve Moore?

Je ne l'ai malheureusement jamais rencontré. J'ai rencontré Roger Moore.

I am familiar with Steve Moore, unfortunately I have yet to meet him.  I have met Roger Moore.

As-tu des artistes à recommander ?
Do you have artists to recommend?

Goodwillies, Peaking Lights, Breathing Flowers, Sounding the Deep, Brainworlds, Dylan Ettinger. Je viens de découvrir ce type appelé Senrick et c'est vraiment très bien.

Goodwillies, Peaking Lights, Breathing Flowers, Sounding the Deep, Brainworlds, Dylan Ettinger. I just found out about this guy from a long time ago called Senrick which is really really good.

Quelle est ta playlist du moment ?
What would be your playlist of recently released records?

Psychic Reality - Vibrant New Age
Breathing Flowers - Lumeria - Sirius -Draco
Forest Swords - Dagger Paths
Clams Casino - Instrumental Mixtape
Ces derniers temps, j'ai beaucoup écouté ce que mes amis produisent. J'ai surtout écouté des mixes. Beaucoup de rap et de dance.

Psychic Reality - Vibrant New Age
Breathing Flowers - Lumeria - Sirius -Draco
Forest Swords - Dagger Paths
Clams Casino - Instrumental Mixtape
I've pretty much just been listening to whatever my friends are doing or what they show me lately.  I mostly listen to mixes.  A lot of rap and dance stuff.

Cette chanson est mortelle, j'aime vraiment Rocky.

This song is great! I really like Rocky.

Parlons du Freeze! 7". La chanson Put an Apb on Those Bastards a un côté Bill Conti, très orchestré, mais qui reste en tête. Ça ressemble à une légère évolution de ton son ?
Talking about the Freeze! 7". The song Put an Apb on Those Bastards has a Bill Conti side, very orchestrated but which goes to the head. It sounds like a slight turn in your sound?

Freeze! a été conçu après un week-end à regarder des films policiers et boire des margaritas. Je voulais voir si je pouvais écrire des chansons qui pourraient convenir à ce genre. J'ai eu de bons retours de la part de mes amis, mais je n'avais pas nécessairement l'intention de diffuser quoi que ce soit au départ. Prophecy of the Black Widow commençait à avoir des retours presse, et j'ai eu une offre d'un label pour sortir quelque chose de nouveau, j'ai donc eu l'occasion de presser le 7’’. Je ne parlerais pas d'évolution de mon son. C'est quelque chose qui était amusant à faire et en terme d’ironie, c’est identique à ce que j’ai fait jusque là.
Freeze! was an idea that was conceived after a weekend of watching cop flicks and drinking margaritas. I wanted to see if I could write songs that would fit into this genre. The music was well received among my friends but I wasn't necessarily intending to release anything initially. Prophecy of the Black Widowstarted getting some press, however, and I had an offer to put out something else and I took the opportunity to press the 7''. I wouldn't call it a 'turn in sound'. It's something that was fun to put together and is as tongue-in-cheek as anything else I've made.

John Carpenter C'est le maître selon toi ? Tu te vois produire des titres plus dansants? Je pense en particulier à ce type de danse déviante produite sur 100% Silk.
Is he the master in your opinion?
 Do you see yourself producing more danceable titles? I am refering in particular to the kind of deviant dance which is currently released on the 100% Silklabel.

Bien sûr, John Carpenter est le maître. Il est le maître de mon âme ! Il a eu une influence sur beaucoup de musiques et de films depuis qu'il a commencé. Je me voyais suivre son chemin et produire des films en plus des B.O. Je vais probablement faire de la musique plus dansante. Je ne suis pas encore sûr.

Sure, John Carpenter is the master. He is the master of my soul! He had an influence on a lot of music and movies since he's started. I could see myself following in his path and producing movies in addition to the soundtracks at some point in time.  I'll probably make some more danceable music. I'm not really sure yet.

Umberto jouera live aux Siestes Electroniques le dimanche et à Paris la même semaine.


Chronique & interview : Skrot Up ! on Beko

Skrot Up !, label danois utilisant essentiellement les supports cassettes et vinyles, est la septième micro-structure - après Free Loving AnarachistAmdiscs (lire), La Station Radar (lire), Clan Destine Records (lire), Hobo Cult (lire) et Seven Sons Records (lire) - à poser sa griffe digitale en plein coeur d'un grimoire numérique chaque dimanche mis à jour par l'entité brestoise Beko DSL. Etant donnée la qualité des sorties proposées depuis 2009 - parmi lesquelles on retient sans effort Grave Babies, Gape Attack!, Rape Faction ou High Marks - l'occasion était toute trouvée pour contacter Morten, pierre angulaire de Skrot Up !, afin qu'il nous retranscrive son histoire, ses méthodes et ses projets. Un futur proche prenant corps notamment par la sortie le mois prochain d'un LP de Kid Romance, Scared of Outside. En fin d'interview, Morten présente chacun des groupes ayant participé à cette collaboration/compilation, où l'on slalome non sans effroi entre spectres synthétiques (Endless Endless Endless, Braindamage), hip-hop vicié (Public Pubes), hybridations torturées (Venganza de Cochino), road trip narcotique (Heroin in Tahiti, Fwy!) expérimentations lysergique (Loopgoat, German Army) et saturations décharnées (Syentology, High Marks). A noter l'impeccable reprise tout en apesanteur d'I Wanna Be Your Dog des Stooges par Portable Morla. 

Entretien avec Morten

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu et qu’as-tu fait avant la création du label Skrot Up ! ? D'ailleurs, que fais-tu aujourd’hui au sein de celui-ci ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you Morten and what did you do before/during Skrot Up!?

Je suis un adepte des loyers bon marché car cela me permet de me perdre dans des projets ésotériques tout en préservant un lien équilibré avec l’humain. J’ai un boulot qui n’est pas routinier, dans lequel je ne me tue pas à la tâche et qui m’aide à payer mes factures tout en m’en laissant suffisamment de côté pour pouvoir enregistrer des albums pour le label. Quand je ne suis pas occupé à tout cela... je prends du bon temps avec ma famille, je vais à des concerts tout en essayant d’apprendre de nouvelles conneries dès que j’en ai l’occasion.

I’m a big fan of cheap rent, because it allows me to get lost in esoteric projects and remain in a somewhat balanced state of humanness. I have a fairly varied job that doesn’t kill me and helps me pay the bills with enough left over to play record label and when I’m not doing that I hang out with my family, go to a show now and then and try to learn new shit whenever I can.

Quelles sont tes toutes premières influences musicales ?
What were your first musical influences?

Mes toutes premières influences musicales sont héritées de la collection d’albums de mon père. Les Beatles, les Beach Boys et la pop française et belge de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. Joe Dassin ! Mes parents ont vécu en Belgique pendant plusieurs années et mon père a régulièrement acheté des albums lorsqu’il vivait là-bas. J’ai grandi en écoutant cette musique. Avant que j’achète moi-même mes propres CD, j’écoutais aussi des cassettes audio faites par un ami et regroupant différentes musiques extraites d’émissions d’une radio suédoise. Il y avait des morceaux des Pet Shop Boys ou encore de Mantronix, ainsi que du rap old school. Parmi mes préférences, il y avait aussi la B.O. de Star Wars... Quand j'étais adolescent, j'étais fan des Guns’n’Roses, Niggaz Wit Attitudes et Grievous Bodily Harm. Pour moi, le punk représente une certaine approche de la vie que je n’ai jamais vraiment reflétée.

My very first musical influences came via my father’s record collection. Beatles, Beach Boys and French and Belgian pop from the late 60s/early 70s. Joe Dassin! My parents lived in Belgium for a few years and my dad bought records on a regular basis while they lived there. I grew up listening to those. Before I started buying records myself I also listened to mix tapes a friend recorded for me with Swedish radio shows on. I remember there were Pet Shop Boys and Mantronix songs on them, plus some early Rap music. The soundtrack from Star Wars was a personal fave, too. I was a fan of Guns’n’Roses, N.W.A. and G.B.H. all at the same time when I was a teenager.  To me Punk is a certain way of approaching life and I didn’t reflect much on that until later.

Peux-tu nous dire comment Skrot Up ! est né ? Qui sont les initiateurs du projet ? Comment vous êtes-vous rencontrés et quelle était l’idée d’origine ?
Tell me how Skrot Up ! was born? Who is behind? How did you meet and what was the idea of origin?

J’ai lancé le projet Skrot Up ! avec Thomas en 2008. Notre approche de la musique est différente mais il y a certaines sonorités que nous apprécions tous les deux. Nous nous sommes rencontrés dans un disquaire de la ville de Copenhague et nous sommes par la suite devenus amis. Skrot Up ! est en quelque sorte apparu du jour au lendemain. FNU Ronnies m’avait envoyé une démo avec trois nouvelles chansons et Thomas discutait depuis quelques temps  avec les gars de Blood ! via leur MySpace. Aucun de nous deux n’avait d’argent, mais par chance ces deux groupes étaient d’accord pour enregistrer leur musique sur des cassettes. Voilà comment tout cela a commencé. Il y a dix ans, je jouais de la batterie dans un groupe qui s’appelait The Moronics et encore avant cela, j’avais aidé quelques amis qui avaient un label, notamment dans l’organisation de concerts. J’ai aussi collectionné un bon nombre de disques... J’imagine que tous ces intérêts musicaux très divers se sont agrégés dans le projet qu’est Skrot Up !. Nous n’avons jamais réellement eu de plans concernant le label, ni de ligne directrice, ni aucune idée de la musique que nous allions promouvoir. Si cela semble être ainsi, c’est une coïncidence. Des choix ont été faits durant le parcours, mais ils n’ont jamais été planifiés en amont. Thomas, en ce moment, arrête provisoirement son activité au sein de Skrot Up !. Ces derniers temps, c’est donc tout seul que j'entreprends les choses.

I started Skrot Up ! with another dude in 2008. His name is Thomas. Our taste in music is different, but we have a few sounds we like in common. We met in a local record store in Copenhagen a while ago and have been friends since. Skrot Up ! sort of just happened one day. FNU Ronnies had sent me a demo with three new songs and Thomas had been talking to Blood! on MySpace for a while. None of us had any money, but luckily both bands were down with releasing their music on cassette and that‘s how it started. Ten years ago I played drums in a band called the Moronics and before that I helped out some friends who had a record label, as well as arrange shows. I’ve also been collecting records a while and I guess all these different musical interests have reincarnated into Skrot Up. We never really had any plans for the label about how it should look or what music we wanted to release. If it looks that way, it is a coincidence. Choices are made along the way, not planned ahead. Thomas is currently on hiatus from Skrot Up !, so I’m doing it by myself these days.

Pourquoi ce nom, "Skrot Up !" ? Est-ce par esprit de résistance ? Si oui, contre qui ou quoi ?
Why this name, "Skrot Up !”? A mark of resistance? Against who/what?

En réalité, il s'agit plus d'une sorte d’étreinte à la vie. Je pense que fuck you, dans n’importe langue parlée, est une déclaration tout à fait valable tant que ces deux mots sont prononcés par quelqu’un de responsable, dans le but d’avancer et de ne pas laisser les petites gens décider de ce qui est vrai ou faux pour vous. Quant au nom du label, Skrot Up !, il n’a pas de réelle signification à mes yeux. Il a fait son bout de chemin et il a un certain charme phonétique. Le son « s-k-r » lui confère une consonance suédoise et l’impression d’entendre quelqu’un se racler la gorge. Il me rappelle à chaque fois pourquoi les Suédois n’ont jamais vraiment été très bons sur les voies de l’impérialisme.

It’s actually more an embrace of life. I think “fuck you” in whatever language a person speaks is a worthwhile statement as long as it’s uttered by a responsible individual and in order to move forward and not let the little people decide what’s right and wrong for you. In regards to the label being called Skrot Up ! it doesn’t bear any significant meaning to me. It’s taken on its own life and has a certain phonetically charm to it. The s-k-r sound in Danish sounds like someone clearing their throat from mucus and always reminds me of why the Danes were never really successful at imperialism.

Skrot Up ! sort aussi bien de la musique indie rock qu’expérimentale. Comment choisissez-vous les artistes avec qui vous travaillez ?
Skrot Up ! takes out as well indie rock as experimental's records... How do you choose the artists you work with?

Au début, nous écumions les groupes sur MySpace en balançant des messages à ceux que nous appréciions. En gros, si les premières chansons de leur player étaient biens, nous pensions qu’ils devaient avoir suffisamment de choses pour un enregistrement. Après dix ou quinze sorties, des groupes ont commencé à venir vers nous. Du coup, nous avons travaillé avec ceux qui nous plaisaient, tout en continuant à en contacter nous-mêmes. Nous nous occupons d'un groupe à partir du moment où nous aimons ce qu’il fait. Avec Thomas, nous apprécions des musiques très diverses, c’est pourquoi notre ligne doit apparaître comme étant très éclectique.

In the beginning we jumped from band to band on MySpace and would just shoot messages to the ones we liked. I guess if the first couple of tracks on their player sounded great, we thought they had it in them to come up with enough good stuff for a release. After ten to fifteen releases bands started getting in touch with us, and we’d work with the ones we liked, as well as keep on contacting new ones along the way. I guess you can say that we choose to work with bands we like just because we like them and both of us like a lot of different music, so if the rooster appears eclectic that’s probably why.

Justement, quelle est la ligne directrice artistique du label ? Y a-t-il une esthétique, un concept que vous tentez de faire transparaître dans chacun de vos travaux ?
What is the artistic guideline of the label? Is there aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Non, il n’y en a pas. Parfois, je regarde notre travail dans son ensemble comme si c’était une peinture abstraite. Chaque sortie a sa propre coloration, sa propre texture. Plus celles-ci sont différentes, mieux c’est. Bien sûr, je ne néglige pas le fait qu'un groupe peut apporter quelque chose d’intéressant tout en gratifiant l’image du label. On peut dire que c'est l’unique ligne directrice. Le plus novateur - le meilleur, ensuite c'est une véritable joie d'assister à la connexion de choses qui n’avaient pas été planifiées ainsi à l'origine.

No, there isn’t. I sometimes look at it as if it was an abstract painting. Each release has its own color and texture and the more different they are the better. Of course, I still think about whether the release will add something interesting to the overall image, but that’s the only guideline. The more different - the better, and then there’s the joy of seeing things connect even if it wasn’t planned in the first place.

Gone Forever par Rape Faction est un projet sorti sous le label Free Loving Anarchist. En quoi ce type de collaboration est nécessaire ?
Gone Forever by Rape Faction is a split release with FLA. In what this type of collaboration is it necessary?

Avant que nous devenions amis avec James de FLA, ce dernier avait eu quelques échanges avec Rape Faction à propos d’un de leurs enregistrements sur cassette. Exactement ce que j'aurais pu moi-même formuler. Je l'ignorais jusqu’à ce que je découvre cela sur leur MySpace. Lorsque nous avons commencé à discuter avec James, l’idée de sortir communément Rape Faction est apparue comme une évidence. Les collaborations de ce type sont un bon moyen pour de nouveaux labels d’emmagasiner de l’expérience tout en apprenant de chacun des protagonistes. En plus, ça amoindrit les efforts et les emmerdements financiers pour sortir un disque.

Before I became friends with James of FLA, he had been in touch with Rape Faction about a release on cassette, just like I had. I didn’t know that until I saw it on RF’s Myspace page. Therefore, when we started talking and got the idea to put a record out together Rape Faction seemed like an obvious choice. I think collaborations of this kind are a good way for new labels to get some experience and learn from each other and it makes putting out a record a less pain in the ass financially.


Tu sors une compilation sur Beko après Amdics, La Station Radar, Clan Destine Records et plus récemment Hobo Cults. Comment as-tu rencontré les gens de Beko et que représente cette collaboration pour toi ?
You're just realized a compilation on Beko before Amdiscs, La Station Radar, Clandestine Records and more recently Hobo Cults. How did you meet people of Beko and what represents their work and these collaborations for you?

Ça fait un moment que Reno achète des cassettes et des disques de Skrot Up !, mais je n’avais jamais réalisé jusqu'à récemment que c’était le gars derrière Beko DSL ! Cette compilation a été un projet vraiment fun à mettre sur pied, d'autant que j’admire l’approche esthétique et les penchants éclectiques de Beko. C'était vraiment excitant de contribuer à un concept aussi intéressant et travailler avec tous ces groupes souhaitant alimenter cette discographie continue.

Reno has been buying tapes and records from Skrot Up ! for a while I think, but I didn’t realize he was the man behind Beko DSL until recently. I think the compilation has been a fun project to realize and I admire Beko’s aesthetical approach and good taste in different music. It was exciting to work with bands that wanted to partake in the ongoing discography and contribute to a great concept.

Quel est le futur proche pour Skrot Up ! ?
What's the near future of Skrot Up ! ?

Y aller doucement... Laisser les projets évoluer par eux-mêmes. Le premier LP de Kid Romance est en cours de finalisation en ce moment même. Nous avons aussi quelques autres enregistrements sur le feu et quelques nouvelles cassettes prêtes pour l’automne 2011.

Take things slow and let the projects evolve on their own terms. The debut LP by Kid Romance is being finalized this very moment and we have a couple more records in the works and probably some new cassettes ready by early fall 2011.

Tracklisting

(download)

a side

a1. Endless Endless Endless - We Go On
a2. Braindamage - You Want
a3. Public Pubes - Cum Gonga Din
a4. Heroin in Tahiti - ex-Giants on Dope
a5. Fwy! - the 57
a6. Syentology - Leash

b side

b1. The Secret Society of the Sonic Six - Blame & Blood
b2. Loopgoat - Coverup Peel
b3. Venganza de Cochino - Vengeance of the Scum
b4. High Marks - Aggressive Tropical Depression
b5. Portable Morla - I Wanna Be Your Dog (The Stooges)
b6. German Army - Ottoman Nurse

Pour terminer, peux-tu introduire votre Beko avec une courte présentation des groupes et des titres qu’il contient ?
To finish, can you introduce your Beko with a small presentation of the groups and the pieces which contains?

a1. La première chanson est celle du duo new-yorkais Endless Endless Endless. Ils font de la très bonne musique psychédélique même si celle-ci n’est ni sombre, ni inquiétante. Lorsque je leur ai demandé un titre, j’espérais quelque chose de ce type, d'assez lumineux pour introduire la compilation.

The first song is by a duo from New York City called Endless Endless Endless. I think they make great psychedelic music even if it isn’t dark and ominous. When I asked them for a track I was hoping for something like this, something light and kind of trippy to start things off with.

a2. La suivante est de Braindamage, une formation originaire de Uppsala en Suède. Ce groupe a beaucoup évolué depuis sa première cassette avec Skrot Up ! il y a de ça deux ans. J’aime comment il retranscrit une atmosphère d’horreur caractéristique de la musique synthétique des années quatre-vingt tout en réussissant à la faire sonner foutrement bien et en gardant à leur façon une certaine fraîcheur.

Track two is by Braindamage from Uppsala, Sweden. This band  has evolved a lot since the tape they made for Skrot Up ! two years ago and I like how they have that 80s synth horror vibe down, but still manage to make it sound fucked up and fresh in their own way.

a3. Public Pubes est un groupe avec qui je n’avais pas travaillé auparavant et qui compte parmi ses membres Loopgoat qui a un titre sur la face B de cette compilation. J’ai entendu parler de Public Pubes grâce à elle et j’apprécie leur musique électronique et expérimentale agrémentée de beats de folie et d’un étrange chant rap.

Public Pubes is a band I haven’t done anything with previously and counts Loopgoat who has a track on the B side of the comp as one of their members. I heard of Public Pubes through her and I like their experimental electronics with crazy beats and rap and strange singing over it a lot.

a4. Heroin in Tahiti est un groupe venant de Rome qui comprenant un membre ou deux issus de SFHHH and Thetlvmth (SUT06 and SUT07). C’est une rencontre entre musique industrielle et surf musique, une combinaison que je n’avais jamais entendue auparavant. J’aime beaucoup le rendu final.

Heroin in Tahiti from Rome, Italy contains a member or two from SFHHH and Thetlvmth (SUT06 and SUT07). They have an Industrial meets Surf thing going on, a combination I haven’t heard seen that many bands go for, but I like what I’m hearing.

a5. FWY ! se prononce freeway. Le gars rend un hommage aux routes de l’état de Californie dans lequel il vit. Il me fait regretter de ne pas avoir de routes plus longues au Danemark.

FWY! is pronounced freeway and this guy makes tribute music to the freeways of the state of California in which he lives. It makes me wish we had longer streets in Denmark.

a6. Syentologie vient de France, je crois. Leash est un titre dont la trame est noire et inexpressive et dont le rendu est rude, minimaliste. A chaque fois que j’écoute cette chanson, j’ai le sourire.

Syentology is from France - I think. Leash is such a dark and deadpan tune and delivered raw and basic. It puts a smile on my face every time I listen to it.

b1. The Secret Society of the Sonic Six est un trio originaire de Los Angeles. Ils manient très bien leur matériel informatique et l’atmosphère créée est unique. D’une manière ou d’une autre, ils s'inspirent de l’ambiance des films noirs des années trente, avec un apport plus moderne rendant la musique étrange et dansante à la fois.

The Secret Society of the Sonic Six is a trio from Los Angeles. They know what to do with their hardware and have a unique vibe going on, that’s somehow rooted in 30s movies of the darker kind, but with a future twist that makes it bizarre and danceable at the same time.

b2. Loopgoat est une formation originaire d’Ann Arbor dans le Michigan. La chanson est extraite d’un album à venir, fondé sur une ligne insolite.

Here is Loopgoat from Ann Arbor, MI and this song is from an upcoming album with an alien theme.

b3. Venganza de Cochino est un mélange de crust, de dub et de doom. Une bête sombre avec des "r" roulés et des impulsions rouge, jaune, verte.

Venganza de Cochino plays Crust meets Dub meets Doom: a dark beast with rolling Rs and a throbbing red, yellow and green pulse.

b4. High Marks m’a envoyé un titre qu'il était censé sortir dans le cadre d’une collaboration avec VVAQRT mais qui ne s’est finalement pas faite. Je suis content qu’il m’ait laissé utiliser ce morceau pour cette compilation.

High Marks sent me this track, which was supposed to have come out on a split release with VVAQRT, but it didn’t happen and I’m happy he let me use it for this comp.

b5. Portable Morla interpréte I Wanna Be Your Dog des Stooges.

Portable Morla does I Wanna Be Your Dog by the Stooges.

b6. Les German Army ont décrit leur morceau comme étant idoine pour faire jouir les aliens.

German Army described this song as stimulus music for aliens getting it off.

Liens

Retrouvez Skrot Up ! sur blogspot, facebook, vimeo, bancamp, soundcloud et webstore.


ANBB (Alva Noto/Carsten Nicolai) l'interview

Alva Noto / Blixa Bargeld

Dans la catégorie des collaborations qui génèrent les fantasmes les plus extrêmes, ANBB est plutôt bien placée. D'un côté, Alva Noto/Carsten Nicolai, tête de file de l'électro expérimentale toutes catégories confondues depuis environ treize ans, est bien connu pour son approche conceptuelle et mathématique qu'il a déclinée en musique comme en arts plastiques, et qu'il a insufflée dans toutes les productions de son label/laboratoire Raster Noton. De l'autre, Blixa Bargeld, figure culte et théâtrale de la musique industrielle, a fêté il y a peu à la Cité de la Musique les 30 ans d'Einstürzende Neubauten, l'institution bruitiste dont il est le membre fondateur. Ces deux mastodontes allemands, issus de deux époques différentes, ont fait se rencontrer leurs univers respectifs sous les initiales ANBB jusqu'à aboutir l'automne dernier à Mimikry, une œuvre azimutée et complète, un court-circuit entre les coups de butoir géométriques de l'électronique alva notonienne et le cirque vocal bilingue du Blixa. Une alliance puissante, qui donne lieu à autant des climax de démence qu'à des moments de poésie inattendus.

Pour l'ouverture du Festival Nemo et des Qwartz le 30 mars dernier à la Cigale, le duo s'est fendu d'un live à la hauteur de l'extravagance du projet, une performance qui incitait à la rupture d'anévrisme ou à se créer des tocs juste pour le plaisir, dont on peut retrouver le morceau final sur cette vidéo amateur d'assez bonne qualité.

Entretien truffé de digressions avec le duo au lendemain de sa prestation, accent allemand inclus et attaché de presse Raster Noton au chronométrage.

Among collaborations that trigger the most extreme fantasies, ANBB stands out. On one hand, Alva Noto/Carsten Nicolai, front-stage symbol of the experimental electro scene for about 13 years, is recognized for his conceptual and mathematical touch that he has applied to music and arts, and that also pervades in all the releases of his label/laboratory Raster-Noton. On the other, Blixa Bargeld, theatrical cult figure of the industrial music scene, has recently celebrated at the Cité de la Musique in Paris the 30th birthday of Einsturzende Neubauten, the noise-art institution which he's the founding member of. These two german heavyweights coming from two different eras have confronted their respective universes under the initials ANBB (no pun intended) until they finally gave birth last autumn to Mimikry, an unhinged but complete work, a short-circuit between Alva Noto's geometric knockings and Blixa's bilingual vocal circus. A mighty alliance that gives rise both to climaxes of dementia and unexpected moments of poetry.

Here's a interview riddled with digressions of the duo one day after their performance, german accent included and meticulous timing by the Raster Noton PR

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Après dix ans de Raster Noton et trente ans d'Einstürzende Neubauten, qu'est-ce que cette collaboration représente pour vous ?
After 10 years of Raster Noton, and 30 years of Einstürzende Neubauten, what does that collaboration mean to you?

BB : ANBB est une abréviation de nos deux noms de scène, donc c'est une entité en soi, il ne s'agit pas de "Alva Noto & Blixa Bargeld", j'insiste là-dessus. Carsten a déjà fait beaucoup de disques à deux (avec Ryoji Ikeda, Ryuichi Sakamoto...), mais ces duos ne sont que rarement devenus des entités en tant que telles. J'ai mis du temps à travailler avec Carsten, nous nous connaissons depuis peut-être dix ans, mais notre première performance ne date que de 2007. Il ne s'agit pas d'un projet né dans un studio puis transposé en live, c'était le contraire. Le résidu de ces concerts est le disque. Le premier morceau, Fall, s'appelait à l'origine Der Grosse Block et était conçu pour une performance en Italie, j'avais même écrit des paroles en italien pour l'occasion. Ça durait vingt minutes et nous l'avons réduit pour devenir ce qu'il est aujourd'hui.

BB : ANBB as a name is already an abbreviation of both our stage names, so it is in itself an entity, that was no "Alva Noto & Blixa Bargeld", or the other way around, we wanted to make it clear. Carsten has been doing a lot of collaborative records (with Ryoji Ikeda, Ryuichi Sakamoto), but only sometimes they become entities as such. It took me a very long time to work with Carsten, we know each other for probably 10 years, only in 2007 have we done our first performance together. That didn't get born in a studio as a project that became a live thing, it was the other way around. The residue of these performances is the record. The first track, called "Fall", used to be called "Der Grosse Block" and was conceived and composed for a performance in Italy, I even wrote italian lyrics for it. It was 20-minute long, then we changed it and it became what it is today.

C'était en grande partie de l'impro ?
Was it mainly improvised?

BB : Toutes ces pièces sont ouvertes, on peut les développer de plein de manières différentes.

AN : Au début nous avions juste des structures et des séquences auxquelles on a donné des noms, et on a tout simplement décidé d'en relier certaines.

BB : J'ai une affinité pour la performance qui n'est pas forcément théâtrale, mais j'aime l'idée d'une certaine dramaturgie. Dans chaque morceau, je connais les proportions, ici 3, là 5, ou 2, ou 1,5, et elles ont toutes des noms différents, et on les joue d'une certaine manière, et même si l'on sait quand A devient B et puis C, la manière dont on le fait chaque jour varie.

BB : All these pieces have openings, all can develop in different ways.

AN : In the beginning we just had structures, sequences, and gave them names, we basically decided to link some of them together.

BB : I have a certain affinity in performance that is not necessarily theatrical, but I love the idea of a certain dramaturgy in it. In pieces, I know there are proportions, there's a 3, a 5, a 2, followed by 1,5, and they all have different names, and we perform it in a way, and even if I know when A comes to B and comes to C, how I do that on stage varies everyday.

Votre participation à ce projet est-elle influencée par votre récente performance Rede/Speech (un spectacle uniquement voix/sample avec lequel Blixa a tourné ces 10 dernières années) ?
How is your input in the project informed by your recent work in Rede/Speech (a vocal-and-loops-only performance Blixa Bargeld has toured with all through the last decade)?

BB : On peut en retrouver certains aspects techniques en effet. Il y a forcément des choses que j'ai fait dans le passé qui réapparaissent dans mes nouveaux projets, mais il y a aussi des choses dans ANBB que je n'ai jamais faites avant. Comme jouer de l'harmonica... (rires)

BB : There are some of the technical aspects of it in ANBB. Indeed there are always things that I've done in the past that reappear in my new projects, but there are also things in ANBB that I've never done before. Like playing harmonica (laughs).

Quelle était votre approche de la musique électronique expérimentale avant de travailler avec Carsten Nicolai ?
What was your approach of electronic music and experimental electronics before working with Carsten Nicolai?

BB : D'une certaine manière, même Einstürzende Neubauten était électronique il y a 30 ans, avec l'avènement du sampling que nous avons entièrement adopté jusqu'à ce que ça devienne ennuyeux. L'électronique ne m'a jamais vraiment quitté. Rede/Speech avait également une sensibilité électronique. Tout ce que je peux voir c'est une certaine continuité.

BB : Somehow, even Einstürzende Neubauten was electronic 30 years ago, with the advent of sampling technologies that we embraced heartily until it got boring. Electronics have never really left me. Rede/Speech also had an electronic sensibility. All I can see is a certain continuity.

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Qu'est ce que signifiait Einstürzende Neubauten pour vous ?
What meant EN to you?

AN : Ayant grandi en Allemagne de l'est, j'étais en quelque sorte déconnecté de toute forme de vie musicale, je ne pouvais pas voir de groupes. Les seules choses que je pouvais entendre c'était par la radio. J'ai entendu un morceau d'EN un jour, probablement issu de Kollaps, et je ne savais pas de qui c'était et je n'en avais enregistré qu'une partie. Ça m'a pris un an et demi pour le découvrir, personne ne savait qui c'était autour de moi. Pour moi, les textes de Blixa sont un élément important dans EN, si ce n'est le plus important.

BB : Merci ! (rires)

AN : Certains le voient comme le chanteur du groupe, mais je le vois plus comme un parolier, un poète. EN a fait des choses incroyables à la fin des années 80 avec Heiner Müller (metteur en scène culte du postmodernisme), il y a une forte connexion entre eux et l'underground le plus subversif de l'Est. Vous n'aviez jamais joué à l'Est n'est-ce-pas ?

BB : On avait tourné avec Hamletmachine (avec Heiner Müller) à l'Est en 1987 et en 1989, j'ai littéralement vu la RDA s'effondrer.

AN : Les gens raisonnent souvent par stéréotypes, donc quand tu fais de la musique électronique, on s'attend à ce que ta plus grosse influence soit Kraftwerk.

BB : Qui, en fait, était mon groupe préféré ! (rires) A l'époque de Ralf Und Florian, j'avais environ 15 ans, j'étais obsédé par eux.

AN : J'étais beaucoup plus influencé par EN.

BB : D'une certaine manière nous sommes donc tous les deux influencés par eux, étant donné que mon influence était Kraftwerk et la tienne EN.

AN : C'est une sorte d'effet feedback.

BB : Par exemple, Depeche Mode était beaucoup plus influencé par Der Plan ! (rires) J'en avais parlé avec le chanteur une fois... c'est quoi son nom déjà ?

AN : Le chanteur de Der Plan ?

BB : Mais non ! De Depeche Mode bien sûr ! (rires)

AN : As I grew up in the East, I was kind of disconnected from any kind of musical life, I couldn't see bands. The only things I heard were from the radio, I heard a EN track from Kollaps I think and I didn't know who made it as I had only recorded a part of it. And it took me a year and a half to identify who made it, I asked loads of people who didn't know what it was. Blixa's lyrics are a big aspect of EN's music, maybe the most important for me.

BB : Thank you! (laughs)

AN : Some people see him as the singer of the band, and I see him as a lyricist, as a poet. They did fantastic stuffs in the late '80s with (cult postmodern stage director) Heiner Müller, there's a strong connexion between EN and the more subversive underground of the East. You never played in the East did you?

BB : We did Hamletmachine (with Heiner Müller) in the East in 1987 and in 1989, I literally saw the GDR falling apart.

AN : People often think in stereotypes, so when you're an electronic musician they expect that your biggest influence is Kraftwerk.

BB : Which was, in fact, my favorite band! (laughs) At the time of Ralf Und Florian, I was probably 15, I was so much into them!

AN : I was much more influenced by EN.

BB : Somehow we're both influenced by them then, as my influence was Kraftwerk and yours was EN.

AN : That's a feedback system indeed.

BB : For example, Depeche Mode were much more influenced by Der Plan! (laughs) I talked with the singer... what's his name...

AN : Der Plan's singer??

BB : No!! Depeche Mode of course!

Dave Gahan?
Dave Gahan?

BB : C'est ça. A Tokyo une fois, je l'avais rencontré, il y a de cela des dizaines d'année, et il n'arrêtait pas de me parler de Der Plan, qu'il les aimait infiniment... J'ai entendu du Der Plan dans les années 80 et ça ne m'a pas vraiment influencé, d'ailleurs j'avais même du mal à imaginer qu'ils pouvaient avoir de l'influence sur qui que soit !

BB : Right. In Tokyo I once met him decades ago and he kept on telling me about Der Plan and about how much he loved them... I heard Der Plan some time during the '80s and it wasn't really influential to me, I couldn't even imagine it being influential!

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Sachant que vous avez rarement travaillé avec des voix (à l'exception d'Anne-James Chaton et de quelques remixes), comment la voix de Blixa Bargeld est-elle rentrée dans votre musique ?
Given that you've rarely worked with vocals (apart from Anne James Chaton and a couple of remixes), how did BB's voice entered your sound?

AN : En fait, j'ai toujours eu un peu peur de travailler avec des voix. Le chant est vraiment difficile à intégrer, mais pour moi Blixa n'est pas un chanteur classique. Bien sûr il peut chanter...

BB : Je le peux, mais ce n'est pas ce que j'ai essayé de faire dans ce contexte.

AN : Il a une voix puissante, qui peut s'utiliser comme un instrument, comme un son. C'était un gros défi pour moi.

BB : C'est aussi ce qui rend le travail difficile ! D'abord il faut pouvoir disposer d'un studio (rires) ! Ce qui me ramène à éclaircir un malentendu qui entoure cette collaboration. Il ne s'agit pas de Carsten produisant la musique et moi au chant, nous avons réellement travaillé ensemble sur la musique. J'ai joué de plusieurs instruments sur ce disque. Il ne s'agit pas d'une voix installée dans un univers prédéfini. Certaines personnes voient ce projet comme Carsten au son et moi au chant, mais ce n'est pas Soft Cell dans un dispositif d'avant-garde (fou rire des deux) ! Soft Cell était d'ailleurs le premier duo populaire à adopter ce format machine/voix qui est devenu un format standard par la suite, ce qui était la conséquence d'un changement dans les moyens de production. Bien sûr aujourd'hui on peut être beaucoup plus élégant et minimal que Dave Ball avec tout son matériel encombrant, mais le format est le même. Finalement on pourrait bien faire une reprise de Tainted Love ! J'ai une idée pour le réduire : tu utilises seulement le « beep beep » avec un « huuuuuuh » très bas (rire monumental de Blixa Bargeld). Mais de toute façon Coil l'a déjà faite, et très bien en plus ! Et Coil était aussi un duo voix/électronique ! Nous y voilà !

AN : Actually, I've always been really scared of working with voices, because singing is really difficult for me to incorporate, but I think Blixa is not a classical singer. Of course he could sing...

BB : I could but I didn't try to do something like that in this context.

AN : He's got a real voice, that you can use as an instrument, as a sound. That was a big challenge for me.

BB : That makes working difficult! First you have to have a room (laughs)! That leads me to clear one of the misconceptions surrounding this collaboration, it is not separated into Carsten producing the sound and me singing, we actually worked on all this music together. I played numerous instruments on this record, and not just voice. It is not the voice into some universe that is already predefined. Some people see it as Carsten making electronic music and me singing, but it's not Soft Cell in an avant-garde setting! (huge laughs) Soft Cell was actually the first popular duo in that electronics/voice format, which has been a very standard format that has very much to do with the change of means in production. Of course nowadays, you can be much more elegant and minimal than Dave Ball using his huge machinery, but the format is the same. We could easily do a version of "Tainted Love" in the end! I've got an idea of how to reduce it, you just use the "beep beep" with a very low "huuuuuuh" (huge laughs). But actually Coil already did it, and very well! (monumental laugh of Bargeld) And Coil was a voice/electronic duo as well! Here we are!

Avez-vous été poussé à être plus flexible, moins conceptuel, dans votre approche de la production pour ce projet en comparaison avec votre travail solo ?
Haven't you been more flexible, less conceptual, in the way you approached music production for this project than in your solo stuffs?

AN : On peut dire que Blixa requiert énormément de flexibilité, tu ne peux pas arriver avec tes idées préconçues. Il vient et il décrète « maintenant tu mets tout à l'envers » et tu le fais.

BB : Je le fais encore ! « Dégage tous les rythmes maintenant ! »

AN : Heureusement les logiciels permettent de faire ça maintenant, il y a quelques années ça aurait été un calvaire.

BB : Pour le live, on peut désormais jouir d'une vraie flexibilité, alors qu'à l'époque de Soft Cell, la musique sur scène consistait principalement en une bande pré-enregistrée.

AN : Well, let's say that Blixa Bargeld is absolutely demanding flexibility, you cannot come with your prefixed ideas. He comes and says "turn everything upside down now" and you do it.

BB : I still do that! "Now you take all the rhythms out"!

AN : Thankfully hardwares allow to do it nowadays, but years ago I would have been struggling.

BB : Thankfully nowadays for the live setting, you can have a real flexibility, whereas at the time of Soft Cell, electronics were more a simple backing tape...

Il y a un côté organique, une sorte de furie dans Mimikry qui n'est jamais apparue sur vos précédents disques solos.
There's an organic feel, a fury in Mimikry that never featured in your solo works.

AN : Je recherchais une certaine forme de poussière. Sur Katze par exemple, j'ai samplé de vrais sons. Toutes mes sonorités avant ça était claires, saillantes, et je voulais un grain plus compressé, quelque chose de plus brutal.

BB : Ce qui, je pense, mélange idéalement la voix au côté performance de l'ensemble.

AN : I was looking for a dustiness. In "Katze", I sampled real sounds. All my sounds from before were like sharp, clear, and I wanted to have more compressed grain, a roughness.

BB : Which I think perfectly melts the voice in the performance character of the whole thing.

Est-il vrai que Blixa Bargled a du vous apprendre des accords pour certains morceaux ?
It's been said that Blixa Bargeld had to teach you some chords to compose certain tracks, is that true?

AN : C'est totalement vrai. Je n'ai aucune notion des systèmes de notation et des accords, et c'est intentionnel. Je n'ai pas envie de tomber dans ce schéma.

(fin du temps d'interview...)

AN : It's totally true that I have no clue of any notation systems and chords. I do it on purpose. I don't wanna fall in that pattern of notation systems.

(end of interview time-slot...)

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