PAN EUROPEAN… Défricheur de talents

panEst-ce que la musique française survivra aux années 2000… Dur à dire, alors que l’hexagone s’enfonce dans le tout mercantile grâce au virage télé-réalité qui fait doucement mouiller les petites culottes des adolescentes pré-pubères et qui marque le retour des tubes en carton-pâte période Top 50. Même la pop s’enlise dans le préfabriqué et les idoles d’hier reviennent le temps d’un hit, histoire de s’assurer le plan retraite sur la Côte d’usure.
Lobotomisée par le tabassage médiatique et publicitaire, une jeune scène va s’extirper de la masse, saisissant rapidement que son désarroi vient de cet état de stagnation et de conditionnement, et va tenter de dynamiter les codes appliqués par les majors toutes puissantes qui alimentent l’auditeur lambda depuis des décennies de bouses infâmes, tout en se réclamant d’une loi inconstitutionnelle afin de lutter contre le téléchargement. Ainsi Tyler Durden l’avait prédit :

" On est les enfants oubliés de l’histoire mes amis. On n’a pas de but ni de vraie place. On n’a pas de grande guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression c’est nos vies. "

Pourtant Pan European est de cette génération montante, de ces héros qui nous rendent fier de notre patrie, allant s’abreuver au sein de la sainte trinité du rock 70’s: Kraut, Psyché, Noise, et brandissant fièrement un étendard aux inscriptions D.I.Y depuis leur QG du Point Ephémère. Pan European c’est Arthur Peschaud et Romain Turzi, qui non contents de redéfinir les fondations même du rock avec leur groupe, sous le patronyme du très charismatique leader Versaillais, embarquent avec eux une ribambelle d’artistes enterrés dans les cartons de leur label Record Makers, et signent sous cette nouvelle structure la compilation Voyage: Facing The History of French Modern Psychedelic Music. L’impact est immédiat. Non seulement ce petit label déniche des zicos plus passionnants les uns que les autres, mais offre un défrichage musical qui fait table rase sur des années de piétinement et d’embourbement, se renouvelant à travers des influences parfois oubliées. A ce titre une rencontre s’imposait…

La rencontre

Il est 20 heures du mat’ et il fait un froid de gueux sur les bords du canal Saint-Martin. Je fume une dernière clope avant de rejoindre Arthur Peschaud avec qui j’ai rendez-vous pour une interview. Une fois passées les portes du Point Ephémère, je le repère au bar et salue l’artiste. Le contact est facile, on prend un verre, venu accompagné d’une amie qu’il connait parfaitement, ça déride forcement. Ambiance posée, on parle de tout et de rien, mais il va bien falloir commencer cette foutue interview. Ce n’est pas que je suis pressé, mais je suis curieux. A peine, le temps de chercher mon micro, qu’Arthur grimace et me fait comprendre gentiment que le jeu des questions-réponses, c’est plus le domaine de Romain (Turzi). Il s’excuse d’ailleurs pour son absence. Il n’y a vraiment pas de quoi. Dans tous les cas de figures, pas du genre à vouloir froisser, je m’adapte et remballe mon microphone.

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Arthur commence par me parler de Koudlam, en bonne étoile montante du label, mais pas que. On sent chez Arthur une vraie admiration autant pour l’homme que pour sa musique. Il nous annonce d’ailleurs qu’il le suivra très prochainement à Dakar en tournée, et semble tout excité à l’idée de faire ce voyage. J’en profite pour lui asséner une ou deux questions sur le dandy qui finalement reste un mystère pour le grand public et semble cultiver une certaine distance avec lui. Pourtant selon le demi-boss paneuropéen, y a pas plus cool que lui, mais il est d’accord que ma description Gainsbarre-Walker-Vega colle parfaitement à l’image scénique du perso. Mais franchement il ne faut pas se fier aux apparences. Ceux qui l’auront découvert lors de la présentation de B à l’Elysée Montmartre ou à l’happy birthday du Point FMR sont invités à revoir leur jugement et de s’entasser à la Flèche d’or le 16 Janvier prochain. Moi, j’avais trouvé sa prestation tragique et plutôt grandiose en fait.
On e72aqua-nebula-oscillator002nchaîne directement sur Aqua Nebula Oscillator, et je ne peux m’empêcher de demander à Arthur comment il conçoit ses journées avec des personnalités aussi affirmées que les membres d’ANO, ou Koudlam. A priori gêné au premier abord, ma question le fait sourire, et nécessite un petit voyage dans le temps. Il me parle de l’époque de Record Makers, lorsqu’il travaillait encore comme homme à tout faire et voyait ces démos dormir dans des cartons. Il me fait comprendre que peu importe l’individualité de la personne ou son délire, il faut parfois aller au-delà. Pan European ne fait pas dans mercantilisme inutile et ne se vendra jamais pour une pub ou autre chose, c’est avant tout un noyau d’artistes qui cherche à explorer d’autres univers et se réunit autour d’un amour commun. Un peu hippie P.E ? Fuck that !
Il est temps d’aller faire un tour dans le laboratoire à idée, je suis donc l’homme dernière la barre, qui nous conduit dans l’antre du Studio de Turzi. Tout semble plongé dans la culture allemande et légèrement dadaïste (drapeaux, ouvrages sur l’Outre-Rhin, vieux vinyles de Kraftwerk qui trainent dans un coin....). Arthur s’empresse de nous dégourdir les esgourdes, et nous blablatons sur les critiques majeures que reçoit Pan European. Un artiste ressort bien entendu, celui de Koudlam, et Arthur de s’amuser de nous raconter l’anecdote d’une interview de Jean-Michel Jarre parue dans Technick’art, pour ne pas les citer. Il s’affaire à nous passer Zoolook, dernière œuvre de ce génie de l’électronique qui (l’avouant de lui-même) sombra tout de suite après dans les méandres de l’europop et citant en long et large Koudlam comme héritier… Se verrait-il faire son come-back auprès de l’auteur de Goodbye ? Affaire à suivre… Mais plus pris par l’ambiance à la fois étouffante et planante du studio, une question me brûle les lèvres… Est-il encore possible de nos jours d’enregistrer des albums psyché comme The Pipe at Gates of Dawn de Pink Floyd ou Kraut comme Tago Mago de Can, avec autant de pureté ? De créer un bijou indémodable ? Pierre, qui avait mixé l’indétronable A de Turzi, et qui vient de nous rejoindre, ne peut s’empêcher de me répondre : « Et le public, serait-il prêt accepter une telle clarté, nos oreilles salies par toutes les "merdes" qui nous assaillent sauraient-elles reconnaitre la perfection et l’apprécier ». Touché. Arthur, de son côté, est plus optimiste et pense à une véritable redistribution des cartes. Les majors se cassent la gueule, les CD des émissions poubelles engrangent de moins en moins de profit… Aujourd’hui l’underground s’éveille, les vrais artistes sortent de leurs terriers, et ne se cantonnent pas à un style mais inventent de nombreux genres totalement nouveaux à la frontière d’influences anciennes. Il n’y a plus de Mainstream, mais plein. La musique se divise en artères, en veines, puis en minuscules vaisseaux sanguins afin d’alimenter un public qui enfin s’est réveillé.

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J’alimente ensuite en dérivant sur One Switch To Collision et Kill For Total Peace, dont le dernier bénéficie d’un buzz surnaturel. Il semble assez soulagé par mon engouement, et est totalement conquis par ma réaction. Il faut dire que Kill For c’est deux ans de travail acharné et ininterrompu depuis le lancement de la compilation Voyage… Si Kill For est le dernier album siglé Pan European à avoir atterri dans les bacs, il reste pourtant l’un des tout premiers projets d’Arthur et de Romain. Et malgré son amour pour le psyché, le producteur visionnaire me fait part de ses envies de changer de registre. Le premier pas se fera en signant Service, groupe obscur donnant dans le rock noise à consonance métalleuse. Un brin synthétique, mais avec la lourdeur du drone, ce quatuor risque fort de faire son petit effet. D’autre part, totalement influencé par la musique world, Arthur aimerait lancer une vague de compilations regroupant une pléthore d’artistes maghrébins autour d’un concept comme les désert sessions de Josh Homme. D’ailleurs il nous citera le dernier Omar Souleyman (au côté du dernier Rebotini) dans son top de l’année. Il se dit proche de labels comme Sublime Frequencies ou Honest Jon’s en terme d’influence. Et se propose d’ailleurs de nous en faire écouter quelques morceaux.
Alors qu’une petite troupe s’est ameutée par l’enivrante hystérie provoquée par les mélodies de Group Bombino qui jaillissent des enceintes, il est temps pour moi de m’éclipser. Je remercie chaleureusement Arthur, que je retrouverai bientôt cette fois-ci derrière sa basse au cours d’un live donné par Turzi au Showcase. Je retrouve donc le froid, et la neige. Exit l’ambiance chaleureuse du Point Ephémère, dur retour à la réalité. Et c’est en m’engouffrant dans le métro que survient le déclic, et que je me rappelle avoir oublié un truc essentiel. Merde, pourquoi un paon ? Au fait vous ai-je déjà dis que Phantom Of Paradise était l’un de mes films préférés.

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Discographie

voyageVoyage - Facing The History of French Modern Psychedelic Music (PAN, 2008)

Ok, je sais que ça peut paraitre réducteur comme ça, mais tout est dans le titre. La première sortie du label Pan Européean est un balayage de tout le spectre de la musique post-moderne et psychédélique actuelle à travers une compilation regroupant des artistes si prometteurs qu’on se demande encore comment ils ont pu rester inconnus si longtemps. De la chevauchée sauvage (The Dog) de Service au millésime opiacé et parasité de Lisa Li-Lund, sans oublier l’aérien Mantra de Mogadishow ou la très jazzy improvisation de Rob, qui s’affaire plus aujourd’hui à réaliser des tubes electro-douteux chez Institubes ; rien n’est à jeter. Un voyage sans escales au cœur d’un rock 60’s qui n’avait jusqu’à présent fait qu’effleurer notre douce contrée et qui s’y plonge après quelques quatre décennies de retard dans un élan de folie pure qui vous donne le vertige. Voilà un disque qui aurait fait une très bonne BO pour un nouveau Jodorowsky.

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Lisa Li Lund - Heavy Horse

Ulysse - The Countess's Smiles


ano-anoAqua Nebula Oscillator – Aqua Nebula Oscillator (PAN, 2008)

La première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à ANO, c’est « La famille ». Pas le cocon, pas le nid douillet parental, mais la secte maudite dirigée par le criminel le plus redouté de tous les Etats-Unis : Charles Manson. Pourquoi ? Car Aqua Nebula ne joue pas, mais vit sa musique jusqu’à l’habiter quitte à être maudit. Alliage contre-nature entre rock post-hippie et gothisme caverneux, chacun des titres de cet album éponyme pue le LSD et autre psychotrope. David Spher’Os, Takumi Lida rejoints par l’inégalable Juan Trip entrainent leur auditoire à embarquer dans leur train fantôme direction les catacombes. Une bonne respiration d’éther est fortement conseillée. Des morceaux comme St Trip ou Pox on you vous laissent avec un sourire béat que seule peut provoquer la démence. Contrairement aux champis ce disque est à consommer sans modération mais peut malgré tout provoquer de risque fort cas d’accoutumance. 100% hallucinogène.

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ANO - Pox On You

ANO - Take A Long Walk


koudlamKoudlam – Live at Teotihuacan (PAN, 2008)

Cri d’amour en l’honneur d’un peuple disparu (en voie de disparition ?) dont certains aimeraient enterrer jusqu’à l’existence sous une chape de béton, c’est ce que nous offre cet ex-écumeur de raves natif d’Abidjan sur ce magnifique EP dont le grandiose flirte avec le tragique. Ce crooner post-millénariste fait pleurer des larmes de sang sur la destruction des origines de notre civilisation (The Great Empire, Eagles of Africa) et dresse ce constat amer de sa voix rauque et plaintive : L’homme construit, l’homme détruit (See you all). Où comment faire passer un message à travers la musique et avec brio, qu’écrivains, documentalistes, et autres artistes tentent vainement d’exprimer depuis des décennies.

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Koudlam - Eagles Of Afrika

Koudlam - The New Order


one-switch-to-collision-korrectOne Switch To Collision – Korrect! (PAN, 2008)

Le premier groupe chorale de Pan European, puisqu’il regroupe à la fois des membres de Kill For Total Peace et Turzi, passe immédiatement du court au long. Jouant sur l’ambigüité territoriale, One Switch To Collision se positionne avant tout comme un groupe multicartes, passant du kraut au psyché sans que rien ni personne n’ait compris ce qui se passe, leur nom en portant d’ailleurs les stigmates. Si je ne devais garder qu’un album du label effervescent parisien, ce serait celui-ci. Véritable leçon de musicalité, aussi tonitruante que vaporeuse. La voix de D.Gage est à rapprocher de celle de Bobby Gillespie période post-Jesus & Mary Chain, à la fois soul et narcotique, se baladant sur des riffs de guitares tantôt affolants, parfois neuroleptiques, mais sonnants toujours juste. Ajoutez à cela un climat brumeux et enfumé, dans lequel résonne l’écho d’un orgue au son retro et une batterie qui enchaine les ruptures pour mieux déclencher l’embardée d’envolées lyriques puis embardées volcaniques et vous serez encore loin de deviner le potentiel auditif de One Switch To Collision. Que se soit sur Smokes, Bist Du Korrect ? ou le puissant Small Box of Wax, cette troupe de huit zicos réussit l’exploit impossible d’égaler le choucroute-rock planant de Can et Amon Düül ainsi que le british psyché d’Hawkind, voir de Pink Floyd. Mention spéciale au flamboyant Psychotic Sunday, soit seize minutes de corrosion mentale et de leçon d’hypnose. Surpuissant !

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OSC - K9 Itch

OSC - Bist Du Korrect


ano-under-the-moon-ofAqua Nebula Oscillator – Under The Moon Of… (PAN, 2008)

Autant être honnête dès le départ, j’ai eu un mal fou à rentrer dans ce nouvel opus de nos devil’s rejects. Refonte du line-up, changement brutal d’ambiance, un titre se rapprochant de celui de Twilight 2, une pochette faisant penser à un fly pour un concert de Punish Yourself… Et pourtant, après quelques écoutes je dois bien avouer m’être finalement pris au jeu de cette nouvelle mouture d’ANO qui tronque ses atmosphères de hululements pour fleurs fanées à la cithare contre un garage-rock que n’auraient pas dénigré les MC5 tout en conservant leur costume d’Halloween. Il faudra pourtant s’habituer au chant tranchant de la Cruella, Shazzula, qui partage le devant de la scène avec l’unique vétéran du groupe David Spher’Os. Under The Moon Of… est certes un album qui déconcertera les fans de la première heure du combo machiavélique et psycho-tropique. Mais qu’on se rassure le chaos ambiant n’empêchera pas les moments de bravoure que sont Lost in space ou Flying Mountain. Et la déjanterie reprend vite dessus alternant accélération et aquaplaning aérien menant l’assistance jusqu’à l’aliénation. LSD Therapy qu’ils appellent ça… Buvards non-fournis par contre. SIC !

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ANO - Flying Mountain

ANO - Silver Moon


koudlam-goodbyeKoudlam – Goodbye (PAN, 2009)

Intituler son second album Goodbye pourrait paraitre prétentieux ou malvenu de la part du jeune artiste ultra-buzzé, Koudlam. Pourtant, le message n’est pas à prendre au pied de la lettre, il ne s’agit d’un adieu du musicien à la scène, mais bien d’un constat de crise où finalement le monde s’écroule sous nos pieds et nous tire sa révérence. Cet au revoir, c’est nous tous qui le scandons, car seule échappatoire au final, la mort.
Voici un disque profondément perturbant tournoyant autour de la destruction, qui sur bien des points me rappelle le concept-album de Nine Inch Nails, The Downward Spiral. Ce thème de prédilection, l’artiste le partage notamment avec son illustrateur, ami et parfois mentor Cyprien Gaillard.
La voix écorchée de Koudlam déchire les aortes sur Love Song qui détourne le slogan Johnny Lyndon période P.I.L et se transforme complainte le temps de la petite mort que dure Goodbye. On retrouve forcement See you all, hymne devenu prophétique ainsi que le World-Cold-wave Eagles of Africa dans une version totalement identique à celle déjà présente sur Live at Teotihuacan.
L’homme au regard de dauphin déchaine sa rage sur Middle, morceau new-wave sur lequel le chanteur rentre en transe, fusionnant avec le beat à la fois inquisiteur et inquiétant et laissera finalement les éléments s’exprimer sur Waves of Mutilation. Le ciel devient sombre, et nous assistons impuissant à l’écroulement de toute la civilisation moderne dans un fracas frénétique en l’occurrence synthétique.
Le monde attendait un nouveau prophète, pas de doute le voici. Mais celui-ci ne sera pas religieux, et son message d’amour sera doux comme la lame d’un rasoir glissant sur artère.

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Koudlam - See you All

Koudlam - Wave Mutilation


kill-for-total-peace-kill-forKill For Total Peace – Kill For (PAN, 2009)

Voir D.Gage bouger son corps comme Shaun Ryder qui aurait mangé du « Bez », avec son look de Steve Rogers en chantant Captain America, fait toujours son petit effet. Si Kill For Total Peace ressemble à un slogan militaire pour agrandir les rangs des troufions qui partaient au Vietnam, l’esprit révolutionnaire lui se ressent réellement dans la musique du quintet à la fois foutraque et suintant le perfectionnisme. Psychédélique et schizophonique ! Bang ! Bang ! Une balle dans la tête et ascenseur pour l’Elevator Love. On gonfle rapidement les rangs des fanatiques du Total Fuzzzzzzz, on bugue, on accroit le buzz et on se drogue à l’adrénaline pure envoyée par décharges à travers nos oreilles. Fuck Dreams, is my reality comme je répondrais à cette connasse de Sophie Marceau, et lui sucrerait sa sur-boum pour lui asséner les sonic-booms d’un Sunshine, collage électrique d’influences multiples et éclectiques. Pulvérisant toutes les audaces, Kill For est un album qui prend résidance bien confortablement au centre même du cerveau, prenant le contrôle de vos synapses, faisant tomber les pions comme le jeu d’échecs. Tout le génie du groupe se trouve là, dans cette capacité à rendre leur musique si addictive qu’elle vous ferait passer 6 minutes 41 en 50 seconds. Que quelqu’un me vire ce putain de casque, je n’arrive plus à m’arrêter…

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Kill For Total Peace - 50 seconds

Kill For Total Peace - Residance


Liars - une discographie sélective

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On ne peut réprouver son instinct très longtemps... et il n'y a pas de groupes plus instinctifs que Liars. Les Liars ne mentent donc jamais, paradoxalement. Ne suivant pas les modes, et encore moins celles qu'ils lancent, ils ne sont jamais là où on les attend. C'est avec un naturel déconcertant pour l'armée de critiques prête à leur tomber sur le râble qu'Angus Andrew (guitare, chant), Julian Gross (batterie) et Aaron Hemphill (claviers, guitare et percussions) défendent leurs plaidoyers expérimentaux. Et il y a matière à flipper tant l'orientation précédente se transforme en voie sans issue et quand l'impasse d'hier tend à devenir un nouvel Everest. Tout est alors une question de choix, rapides et sans concession. Si Angus Andrew admet se sentir concerné par la manière dont leurs disques sont perçus, il récuse l'idée d'être influencé par cette réaction: comme toujours le meilleur art vient de l’instinct. En clair, qui m'aime me suive. Indiscutablement, nombreux sont ceux encore collés à leurs basques et ce malgré les déluges de décibels. Les Liars ont traversé la décennie écoulée d'avant garde en avant garde, sans jamais se départir d'un passé cousu d'indélébiles références. À l'occasion de la sortie de Sisterworld, chroniqué par ailleurs dans ces pages, Hartzine propose un éclairage non exhaustif sur leur discographie complexe et tortueuse.

liars-band-2Les Liars sortent en octobre 2001, dans la confusion d'un New York meurtri à jamais par le terrorisme de masse, They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top. L'année précédente, Angus Andrew, australien d'origine, et Aaron Hempill, deux étudiants en art et 22 printemps chacun, sillonnent de part en part les Etats-Unis, quittant Los Angeles pour venir s'installer à New-York. Avec la ferme intention de monter un groupe, ils répondent en suivant à une petite annonce adroitement scotchée sur la caisse enregistreuse de l'un des nombreux disquaires que compte Brooklyn. Celle-ci mentionne les numéros de Pat Noecker et de Ron Albertson, futurs bassiste et batteur du groupe. C'est ainsi que nait Liars. Comme tout est possible, et très vite, à New-York, Steve Revitte, responsable, entre autres, de l'imparable Hello Nasty des Beastie Boys, accepte de produire They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top qui sort dans un premier temps sur le label indépendant Gern Blandsten (Ted Leo and the Pharmacists), avant de se retrouver réédité début 2002, via Blast First, sur le label anglais Mute records. Subdivision indie-rock de Mute records, Blast First accueille depuis 1985, sous la férule de son fondateur inspiré Paul Smith, la fine fleur de l'underground américain (Butthole Surfers, Labradford, Dinosaur Jr) mais aussi et surtout new-yorkais, de Sonic Youth (Bad Moon Rising, Evol, Sister, Daydream Nation, Ciccone Youth...) à Suicide. Suite à un concert démentiel dans un bouge de New York, Paul Smith ne s'en remet pas. Une entrevue plus tard, pour lui l'affaire est entendue, "Liars a une honnêteté et une motivation que je n’avais pas vues depuis bien longtemps. En fait, je n’avais pas revu ça depuis les premières années de Blast First". Le disque, enregistré en deux jours, sort et obtient d'emblée un succès auprès de critiques s'empressant d'assimiler le groupe à l'énième vague de nouveaux talents venus de big apple, Strokes, Interpol et Yeah Yeah Yeahs en tête. Pourtant, loin de chercher à revigorer la formule éculée d'une Old Wave en plein Revival, comme la bande de Julian Casablancas, tout en cheveux et blousons en cuir; s'évertue approximativement à faire, les quatre Liars n'appliquent dans They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top qu'une intime conception d'un rock violent et sombre, savamment trituré d'électroniques, et empruntant tant à l'Angleterre post-punk, du Pink Flag (1977) de Wire à l'Entertainment (1979) de Gang of Four, qu'à l'Amérique post-hardcore de Fugazi. D'emblée, sur Grown Men Don't Fall in The River, Just Like That, Angus provoque l'auditeur : "Can you hear us ?" interroge-t-il avec insistance, au moment même où la batterie ouvre sèchement les hostilités. Les morceaux courts réactivent l'instantanéité punk, quand le groove dégagé par les rythmiques ne sied que trop parfaitement aux saillies d'électricité blanche des guitares ciselées. L'ombre de John Lydon (P.I.L) rode, sa Death Disco hantant chacune des plages du disque, quand celle d'ESG s'immisce, elle, directement dans le disque, UFO étant samplé et repris dans le morceau Tumbling Walls Buried Me In The Debris with ESG. Le chant d'Angus Andrew, distordu, égraine un phrasé vindicatif et accrocheur tout au long des sept premières chansons, anguleuses et coupantes, à l'intensité rare et culminant sur Mr Your On Fire Mr et We Live NE of Compton. Angus Andrew se mue alors en véritable Damo Suzuki du vingt-et-unième siècle sur This Dust Makes That Mud, morceau conclusif de près de trente minutes, psalmodiant et vitupérant son chant, proche de la rupture, dans un fatras de larsens et de distorsions, tout en le laissant se faire progressivement happer par une boucle cyclique et obsédante répétant jusqu'à l'étourdissement son propre sample. Le sang krautrock, de Can et de Neu!, coule bel et bien dans les veines du groupe. L'album reste néanmoins considéré comme un véritable manifeste Punk-Dance. Les concerts qui s'en suivent, chaotiques et imprévisibles, ne font que parachever la catégorisation. Un journaliste du NME écrit, suite à un concert donné à Londres en juin 2002 dans le cadre du festival Sonik Mook, "vers la fin du set, on est davantage du côté d’Aphex Twin que de Lee Ranaldo. Les meilleurs singes bruyants de krunk en tricot que vous verrez de tout le siècle." Il fallait le dire.

L'année 2002 est celle d'un premier contre-pied. Celui-ci se matérialise par deux EP sortis coup sur coup. L'un We No Longer Knew Who We Were, enregistré en tant que démo en 2000, conforte l'ampleur disco-punk du son des Liars, qui, en sept minutes, dépouillées de toute sinuosité expérimentale, assènent trois morceaux acérés et remuants. Les stylos de scribouilleurs rock sont chauffés à blanc, d'autant que les Liars entrent à nouveau en studio. L'autre, Fins To Make Us More Fish-like, en trois titres également, insinue l'expérimentation noise et la déconstruction des rythmiques (Every Day Is A Child With Teeth). Le chant d'Angus, outragé et inquiétant, stipule clairement la suite : les Liars n'emprunteront pas la voie la plus simple, la plus commerciale. Et une fois de plus, il ne mentait pas.

5_liarsÉchaudés par la personnalité et la direction expérimentale que veut emprunter Angus, direction que le split EP Atheists, Reconsider, paru en 2002 en collaboration avec Oneida, confirme un peu plus, Pat Noecker et Ron Albertson quittent le groupe. Ils s'associent  à Christian Dautresme pour former No Things. Sans état d'âme, Angus sentence : "Aaron et moi avons toujours été les songwritters, écrivant les rythmiques et les lignes de basse. (...) On n'a plus envie, désormais, que notre travail soit réinterprété par quelqu'un d'autre". Ambiance.  Julian Gross, ami de longue date des deux compères et s'occupant du merchandising du groupe lors des concerts, les rejoint à New York où le trio débute l'enregistrement du second album sous la direction de David Siteck, producteur émérite et membre de TV On The Radio. Ennuyé par l'atmosphère ronflante et clinquante d'un New York bohème, le groupe termine They Were Wrong, So We Drowned dans la propre maison d'Angus, située dans un coin paumé, en plein cœur de la forêt du New Jersey. "L’une des raisons qui nous a poussés à partir, a été ce qu’est devenu New York. Nous y habitions, et l’idée de scène, cette obligation d’être cool nous a rendus complètement claustrophobes." Il n'est pas difficile de croire sur parole Angus tant They Were Wrong, So We Drowned, sorti finalement en 2004, dégage une ambiance malsaine et oppressante que la pochette, par son artwork inquiétant, scénarise à merveille (le livret qui accompagne le disque est composé de dessins représentant bouc, chèvres, cadavres...). "Nous faisons de longues balades de nuit dans la forêt [afin] de s'effrayer le plus possible, juste pour essayer de se mettre dans un bon état d'esprit." Et c'est plutôt réussi : l'évocation de la sorcellerie, du folklore allemand, des procès du XVIème siècle et de la "tortures des innocents, que l'on retrouve noyés, pendus et brûlés" s'entiche d'un fond musical dense et débarrassé de toute volonté mélodique. Du post-punk british, on sent bien dès Broken Witch, morceau d'ouverture glacial, au chant monocorde et à l'écriture automatique insidieuse (I no longer wanna be a man / I want to be a horse / Men have small thoughts / I need a tail / Give me a tail / Tell me a tale...), qu'il n'en reste plus grand chose, quelques lambeaux ici et là (There's Always Room On The Broom). La piste de danse est fermée, le battant des portes du manoir Liars claquent et terrorisent l'adepte de la première heure. La No Wave new-yorkaise, de Mars à D.N.A, en passant par les premiers efforts de Sonic Youth (notamment Bad Moon Rising ou Evol), résonne dans l'acidité rêche et métallique d'une production corrosive. De l'aveu de Mute Records, le suicide commercial pointe à l'horizon, mais la boîte à Pandore est ouverte. Il est trop tard, et déjà, le bon vent de la critique reflue. À tort, car They Were Wrong, So We Drowned est un concentré possédé de light-métal, le trio déambulant sur les plates-bandes indus des berlinois d'Einstürzende Neubauten. Read the Book That Wrot Itself et We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own en sont les plus beaux exemples, même si c'est pour la pochette (voir) du single There's Always Room On The Broom, paru quelques mois avant le disque, que le groupe détourne le logo d'Einstürzende Neubauten, allant jusqu'à demander à Blixa Bargeld lui même d'en assurer les illustrations. La vidéo de There's Always Room On The Broom est assurée, sous le pseudo de Marshmellow, par Karen O, chanteuse-guitariste des Yeahs Yeahs Yeah's, avec qui l'esthète Angus fricote depuis quelques temps (en plus de collaborer musicalement sur split EP, The Year Of The Endless Summer, sorti en 2003, uniquement au Japon et en Australie). They Were Wrong, So We Drowned est une véritable expérience sensorielle, où l'angoisse répond d'effroi à l'épouvante, et se termine, telle une mauvaise blague qui dérape, sur l'organique et potache Flow My Tears The Spider Said.

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En 2004, alors retourné à Los Angeles, et ayant déjà débuté l'enregistrement du successeur de They Were Wrong, So We Drowned, le groupe décide de partir s'installer à Berlin. "Berlin était parfait pour l'aliénation, la solitude. Le fait d’être perdus à Berlin a pour nous été un sentiment très productif." Énième changement de cap géographique, énième changement de cap créatif, l'un n'allant pas sans l'autre. Drum's not Dead, enregistré dans la foulée de leur arrivée à Berlin, et mixé à Londres, dégage un sentiment d'apaisement bien que toujours contre-balancé par une volonté expérimentale intacte, lorgnant instinctivement du côté des soubassements rythmiques d'un Krautrock des plus inspirés. Une sorte de schizophrénie assumée : "l'Allemagne a eu un passé mouvementé et on ressent toujours l'influence de l'Est dans Berlin. On s'est servi de ces thèmes pour construire le côté schizo et dérangeant de nos chansons. L'idée de changement, de perte de repères et de reconstruction nous a vraiment inspiré." Le disque est prêt à sortir mais Mute préfère temporiser. Deux singles, extraits de Drum's not Dead, précéderont la parution dudit album, présentant tout deux une sensibilité espiègle jusque là inconnue dans la musique crasse du trio. Dès ses premières notes, It Fit When I Was A Kid, qui parait courant 2005, semble prolonger l'ambiance glauque de They Were Wrong, So We Drowned. La batterie aux cliquetis métalliques roule machinalement quand le chant monocorde d'Angus s'empare de l'espace sonore sur de discrets et volubiles arrangements. Cette impression première se délite progressivement et lorsque le silence se propage à l'exacte moitié du morceau, on pressent le déluge sonore. Il n'en est rien, de fines nappes de clavier magnifient laconiquement la voix de l'australien, laissant le rythme s'effiler et s'exténuer paisiblement dans une brume ouatée et synthétique. Trois vidéos réalisées par chacun des membres, et présentant de grandes différences dans le traitement de l'image et la mise en scène, accompagnent ce single, annonçant là une lubie qui ne quittera plus le groupe. Quelques jours avant la sortie de l'album, The Other Side of Mt. Heart Attack sort, et malgré son titre téméraire, il s'agit en fait d'une balade légère et délicate s'enroulant autour d'un arpège de guitare électro-acoustique. De quoi inoculer un peu plus la confusion et l'impatience sur la teneur de Drum's Not Dead. Les Liars se sont-ils enfin assagis ? Se préparent-ils, de la lointaine Europe, à mitrailler la bande FM étasunienne de leur illustre talent, laissant de côté leurs penchants morbides ? Certes, il y a un peu de vrai, le disque est moins claustrophobe, plus aéré. Il présente même un concept ludique, plus justificateur que fondateur, construit autour de deux personnages fictifs antinomiques, Drum et Mount Heart Attack (d'où le titre des morceaux), l’un déterminé et autoritaire, l’autre timide et mesuré, censés représenter les deux pôles de la création musicale : "disons que Drum est la force du disque, celle qui décrit son aspect positif, qui va de l'avant sans réfléchir. Et son négatif est Mount Heart Attack, plus réservé et craintif. En fait c'est un échange entre Aaron et moi. On alterne les phases et les rôles. Chacun de nous peut se sentir proche d'un des deux personnages." Dualisme pouvant prendre corps dans l'antonymie entre racines punk du groupe et visées expérimentales motorik (la base rythmique propre à Neu!), mais qui n'exprime qu'imparfaitement le parti pris musical du disque : les morceaux, conçus comme une suite logique, n'ambitionnent pas la mélodie mais le voyage intérieur, le glissement d'ambiances distordus et faussement calmes (Be Quiet Mt. Heart Attack!, Hold You, Drum) vers une tension palpable mais retenue et dont la rythmique se fait le plus puissant écho (Let's Not Wrestle Mt. Heart Attack, A Visit From Drum). Le disque est dépouillé d'électronique, quand les saturations gagnent en âpreté ce qu'elle perdent en omnipotence (Drum And The Uncomfortable Can). Le chant d'Angus traverse le disque de part en part sans jamais éructer, épousant de ses circonvolutions vocales l'atmosphère aride de Drum's Not Dead (excepté The Other Side of Mt. Heart Attack). Le disque est accompagné d'un DVD proposant trois clips pour chacun des morceaux réalisés par Angus, Julian et Marcus Awmbsganss. Cette volonté de création visuelle semble s'inscrire dans le code génétique de Liars, Angus expliquant avoir "rencontré plusieurs personnes dont Aaron et Julian [lui ayant] permis d'envisager Liars comme un vecteur multimedia, les trente-six vidéos n'étant pas là pour faire beau."

liars-band-4Durant l'année 2006, Angus reste à Berlin tandis qu'Aaron et Julian regagnent Los Angeles. La composition du quatrième disque au titre éponyme se fait donc à distance. "Aaron et moi travaillons chacun de notre côté, lui à Los Angeles et moi à Berlin. Cet éloignement géographique et cette forme d'isolement font que nos compositions ont pris des directions différentes." Ainsi Liars prend de contre-pied Liars : loin de l'homogénéité de They Were Wrong, So We Drowned et Drum's Not Dead, celui-ci s'annonce plus accessible et hétérogène. "Sur nos précédents disques, nous avions échafaudé des concepts, transformant l'album en une unité réelle. [...] Cette fois-ci, par contre, nous voulions revenir à quelque chose de plus direct, créer une musique sans trop la penser. En un sens, il fallait que les chansons parlent d'elles-mêmes." Toujours au studio Planet Roc, ancien studio de la radio étatique Est-allemande édifié dans les années cinquante par l'architecte Bauhaus Franz Ehrlich, et qui accueillit, entre autres, Throbbing Gristle, apôtre de la musique industrielle, les trois Liars se retrouvent dès décembre 2006 pour enregistrer en une quinzaine de jours les onze morceaux que compte Liars. Pour ce faire, ils s'entourent de l'australien Jeremy Glover à la production, ami de longue date d'Angus. "Jeremy savait d'où nous venions et il a décomposé minutieusement chaque morceau en studio pour nous aider à trouver le côté viscéral qu'on souhaitait leur donner. On voulait faire un disque qui aurait le même impact sur les gens que lorsque nous avons écouté pour la première fois les Ramones." Rien de moins. Exit donc le concept album, "véritable filet de sécurité", l'unité de valeur devient la chanson. L'ascendant musical, lui, est clairement déplacé de la batterie vers la guitare, "plus fun". Il est commode de voir là une sorte de retour au source et à l'album They Threw Us In A Trench And Stuck A Monument On Top. A quelques différences près cependant. D'une part, le groupe s'affranchit de sa définition wikipédiesque ("outre sa musique atypique, Liars se distingue par les titres longs et absurdes de ses morceaux") pour mieux laisser vivre chaque morceau : "d'habitude, nous prenions un malin plaisir à trouver des noms à rallonge en lien avec le concept de l'album. Mais au final, nous nous sommes demandé si ce genre de titres ne sonnait pas comme un mode d'emploi qu'on imposait à l'auditeur. [...] Avec "Liars", nous laissons chacun libre de définir notre musique. En ce sens, le titre est parfait." D'autre part, les influences se font différentes, délaissant les plages post-punk et krautrock pour gagner celles shoegaze (What Would They Know et Pure Unevil dont les saturations emmurées et la voix noyée dans la réverb constituent un clin d'œil appuyé aux frères Reid et leur groupe The Jesus and Mary Chain), noise (Leather Prowler nous replonge dans les rades new-yorkais où Thurston Moore triturait ses guitares), ou encore celle d'un bon vieux rock alternatif à papa (Freak Out est une véritable ode à la surf music que les Pixies n'auraient pas renié). Angus précise : "avec cet album nous assumons nos influences et les groupes que l'on aime écouter, qu'il s'agisse de The Cure, Jesus And Mary Chains ou Led Zeppelin." C'était oublier quelques escapades inhabituelles tantôt loufoques (Houseclouds et ses beats rigolo-bricolo d'un Beck période Odelay), tantôt touchantes (Protection, sibylline ballade à l'atmosphère éthérée et planante à la Floyd). Sailing To Byzantium anticipe elle à merveille le son new rave des Klaxons qui sortiront Myths of the Near Future la même année. Le coup de maître reste Plaster Casts Of Everything sorti en single peu avant le disque : mise en bouche percussive et résolument lynchienne voyant le chant d'Angus personnifier effrontément la catatonie des sens, doublant, voire triplant sa voix. Histoire de ne pas nous faire oublier que s'il s'avère plus mélodique et moins exigeant quant aux formats, Liars reste un album de Liars. Complexe et méchamment parano. Reste que le trio met tout le monde d'accord : on tient bien là l'un des groupes les plus importants de la décennie, la folle tournée mondiale qui suivra ne faisant qu'enfoncer un peu plus le clou.

L'année suivante, Angus retourne s'installer à Los Angeles. L'écriture de Sisterworld est une nouvelle étape dans le processus créatif de Liars et non la moins excitante : "je crois que nous sommes de plus en plus intéressés par les mélodies. C’est notre étape actuelle." Le rendez-vous est donc pris.

Lire la chronique de Sisterworld.

Audio

Liars - Grown Men Don't Fall in The River, Just Like That
Liars - There's always room on the broom
Liars - Plaster Casts Of Everything

Discographie

Album

2001 - They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top (Blast First/Mute)
2004 - They Were Wrong, So We Drowned (Mute)
2006 - Drum's Not Dead (Mute)
2007 - Liars (Mute)
2010 - Sisterworld (Mute)

Singles

2002 - Fins To Make Us More Fish-like
2004 - There's Always Room On The Broom
2004 - We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own
2005 - It Fit When I Was A Kid
2006 - The Other Side of Mt. Heart Attack
2007 - Plaster Casts Of Everything
2007 - House Clouds
2008 - Freak Out EP

Split EP

2002 - Atheists, Reconsider (with Oneida)
2003 - the Year of the Endless Summer (with the Yeah Yeah Yeah's)

Vidéos


2009 : On fait le bilan

bilan

Hartzine vous propose de revenir sur une année de musique à travers les bilans subjectifs de ses rédacteurs et leurs tops.

Benoît

Dans le monde merveilleux du vin, il existe parait-il des années miracles qui se répéteraient toutes les fins de décennie et il semblerait que cet axiome se vérifie également dans l'univers de la musique. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à regarder de plus près les bilans de fin d'année proposés ici et là pour s'apercevoir que l'année 2009 n'a pas enfanté de palmarès consensuels, preuve d'une année discographique "grand cru" avec ce qu'il faut de sourires et de larmes pour créer l'équilibre parfait. 2009, année bilan d'une décennie dont il nous faudra encore dix ans pour en interroger le sens, achève les premiers temps d'un nouveau millénaire musical en trompe l'œil, "noughties" à la fois hantées par la crise du disque et, sur ses ruines, illuminée par l'émergence fulgurante d'une nouvelle scène indépendante protéiforme, mondialisée et insolemment inclassable.
Animal Collective et The XX, chacun à leur manière, incarnent cette nouvelle épopée musicale qui, libérée du joug du conformisme mainstream et des potentats qui le régissent, fait éclater en morceaux l'identité "musico-normée" de la pop. Aussi une lecture plus symbolique de l'histoire nous aurait ainsi prouvé que ce n'est pas Conrad Murray et sa trousse à pharmacie qui priva Bambi de son ultime tentative de rédemption mais bien Merriweather Post Pavillon et son élégiaque complexité, véritable antidote à la médiocrité ambiante. Dans cette entreprise d'édification d'un nouvel ordre musical , Les bambins étonnamment matures de The XX ne sont pas en reste. En un unique album construit dans la froideur d'un garage anglais, à l'aube d'une nouvelle décennie et  sur les cendres encore chaudes de l'économie phonographique, leurs chansons décomplexées marquent un coût d'arrêt brutal dans le continuum historique de la musique et font sortir de sa torpeur toute une génération abîmée par le croissant déficit de la Pensée. Par sa lecture à rebrousse-poil de la musique de papa et sa faculté à mixer cette exégèse avec ce qui lui est en apparence le plus opposé, The XX permet, le temps de 45 petites minutes,  de recouvrer ce qui avait disparu et était condamné à l'oubli : le goût salvateur de l'étonnement.
Mais ce ne sont pas forcément ces deux noms que vous retrouverez classés ci-dessous. Car on peut aussi y préférer ce que l'on veut, c'est aussi ça la magie de 2009.

Mes trois Albums de l'année :

francoisFrànçois And The Atlas Mountains

Plaine inondable
14/09/2009
(Talitres)

écouter Moitié

jeremy-jayJeremy Jay

Slow Dance
23/03/2009
(K Records)

écouter Love Everlasting

summertimeThe Drums

Summertime
12/10/2009
(Moshi Moshi)

écouter Let's Go Surfin

Mes trois chansons de l'année :

girls-album-l-1jpegGirls - Lust For Life

extrait de Album
28/09/2009
(True Panther/Turnstile/PIAS)

écouter Lust For Life

koudlampromohr1Koudlam - See you all

extrait de Goodbye
16/11/2009
(Pan European Recording)

écouter See you all

lareproductionArnaud Fleurent-Didier - France Culture

extrait de La reproduction
04/10/2010
(Columbia)

écouter France Culture

Mes espoirs 2010 :

hunxHunx + The Punkettes

écouter U don't Like Rock'n'roll

un album prévu pour 2010

saycetSaycet

album à venir en mars 2010

Through The Window

écouter Easy

Thibault

On a beau dire que l'industrie du disque est en crise, la création musicale, elle, est loin d'être en panne. Un constat historique milite d'ailleurs en sa faveur : quand la situation économique se délite, le peuple, s'il réclame du pain, s'en remet aux jeux pour oublier. Les salles de concert sont pleines, certains groupes passent de l'ombre à la lumière en une poignée de seconde (Girls, The xx) quand d'autres se reforment avec appétence (Pavement, the Pixies, Chokebore). Contrastant avec une certaine atonie fin de siècle consacrant l'ère du dj roi, une émulation sans pareille s'empare de formes musicales qui se recyclent, se mélangent et se renouvellent. Phénomène récurent dans l'univers de la création mais qui se double d'un second plus nouveau : l'instantanéité. On aime, on aime pas, le choix est immédiat. Et comme dans tout déluge, difficile de voir pointer l'horizon. La profusion de groupes, de sonorités nouvelles et de relectures itératives de genres dépoussiérés obstruent déjà un discernement susceptible d'accoucher d'un véritable bilan de fin d'année. Avec la dose d'amnésie qu'inocule quotidiennement l'actualité musicale en continue, dont le symbole tient en un mot - Pitchfork - cela devient d'autant plus dur que les repères temporels sont brouillés. Janvier dernier parait si loin, et pourtant c'est à peine hier. Mais à vrai dire, pourquoi s'en plaindre ? Les classements sont-ils véritablement utiles ? Réponse de normand : oui et non. S'il est toujours profitable de jeter un coup d'œil furtif dans le rétro-viseur quand on trace son chemin, le temps long, lui, est un puissant révélateur. Celui de la beauté et de la justesse immuable. Les authentiques classements ne se font donc que quelques années, voir quelques décennies plus tard. Dès à présent, qui peut différencier ce qui sera conservé précieusement de ce qui sera oublié d'un revers de veste ? Pas grand monde. A défaut d'être présomptueux, il n'y a pas de prophète en la matière. Un jeu peut cependant consister à prendre de la hauteur pour imaginer ce que l'on continuera à écouter une ou deux décades plus tard. Inutile de dire que l'exercice est périlleux. Inutile de dire que c'est un peu vain. Mais qu'au moins, ça a le mérite d'être sincère, bien loin de l'agitation et d'une période de solde déjà entamée. Car les classements ça sert aussi à écouler les stocks.

Mes trois Albums de l'année :

walkabout-coverAtlas Sound

Logos
20/10/2009
(4AD)

écouter My Halo

turzi011109Turzi

B
28/10/2009
(Record Makers)

écouter Brazilia

girls-album-l-1jpeg Girls

Album
28/09/2009
(True Panther/Turnstile/PIAS)

écouter Hellhole Ratrace

Mes trois chansons de l'année :

desire_lp_cover-1Desire - Don't call

extrait de II
21/07/2009
(Italians Do It Better)

écouter Don't Call

beakBeak - Iron acton

extrait de Beak
17/11/2009
(Ipecac)

écouter Iron Acton

jeremy-jayJeremy Jay - Breaking The Ice

extrait de Slow Dance
23/03/2009
(K Records)

écouter Breaking The Ice

Mes espoirs 2010 :

l_aea4df174083464fb878f116f934838eVilleneuve

Album à venir début 2010
Dry Marks of Memory
(PIAS)

écouter Death Race (discodeine remix)

17640271Twisted Wires

Album à venir en 2010
(Italians Do It Better)

écouter One Night At The Raw Deal

Mon meilleur concert :

Skeleton$ (Midi festival, 26 juillet 2009, Villa Noailles de Hyères)

Virginie

Bbbbrrr l'hiver est arrivé, je frissonne, voilà l'année 2009 qui se termine déjà! À l'heure du bilan, je dois tout avouer, oui c'est vrai : j'ai des tendances mono-maniaques. Je peux écouter un album, voir un titre jusqu'à la lie, jusqu'à (presque) m'en dégoûter...Ce qui a pour conséquence néfaste, j'en ai bien peur, un manque de disponibilité assez dramatique dans mes écouteurs, pour peu que j'écoute une quantité non-négligeable de vieilleries toutes plus respectables les unes que les autres, cela va sans dire, mmm et bien voilà, je n'ai pas écouté tout ce qu'il y avait à écouter! Que la foudre s'abatte sur moi! Oh Dieu de la critique musicale, pardonne-moi! Oui, je réciterai mon je vous salut rock n'roll trente deux fois avant de me coucher, c'est promis.

Mes trois albums de l'année :

fever-ray_coverFever Ray

Fever Ray
29/03/2009
(Mute)

écouter When I Grow Up

Fever Ray, bande originale hallucinée d'un conte fantastique, l'ex-Knife Karin Dreijer Andersson nous plonge dans une transe lynchienne qui donne la chair de poule.

battant-noheadBattant

No Head
23/02/2009
(Kill The DJ)

écouter No Rod

Remarquable énergie brute d'un bout à l'autre, on les attends au tournant.

07232009_kap_bambino_blacklistKap Bambino

Black List
25/05/2009
(Because)

écouter Bluescreen

Bonheur adolescent et jubilatoire, à mille lieues de toute la production musicale de cette année. Le groupe électro le plus Punk du monde.

Mes trois chansons de l'année :

poch_thexx_702a39804bde8797c3993b5d9e7997af_fullsizeThe XX - Crystalised

Extrait de XX
15/09/2009
XL Recordings

écouter Crystalised

Idéale ballade post-pubère et planante pour un film plein d'ados taciturnes de Greg Araki, je ne peux qu'adhérer!

album-17935YACHT - The Afterlife

extrait de See Mystery Lights
28/07/2009
(DFA)

écouter The Afterlife

Le titre sur lequel j'ai fait le plus de playback dans les transports publics, et j'assume.

873_1_lChairlift - Bruises

extrait de Bruises
11/09/2009
(Columbia)

écouter Bruises

Parce que je suis une midinette c'est évident. Et encore, j'avoue le plus avouable.

Ma découverte de l'année :

a673aecae7D.M Stith

Heavy Ghost
10/03/2009
(Asthmatic Kitty)

écouter Pity Dance

L'univers de ce parfait inconnu est d'une beauté et d'une poésie à faire pleurer. Inclassable, à écouter tout seul dans le noir.

Mon espoir  2010 :

815b805248566da1a5a95498b9bf5e83_mediumFreelance Whales

Album à venir début 2010
Weathervanes
(frenchkiss)

écouter Ghosting

Un énorme potentiel pour devenir ma nouvelle mono-obsession musicale. Des ricains du Queens, le nouveau Brooklyn qu'on se le dise, mais ils auraient tout aussi bien pu venir de Montréal, si vous voyez ce que je veux dire.

Mon meilleur concert  de l'année :

KAP BAMBINO KAP BAMBINO et KAP BAMBINO.

Nicolas

En musique comme en économie, les bulles se sont dégonflées les unes après les autres (electro fluo, baby rock...); laissant la place à d'autres solutions moussantes (pop lo-fi, revival shoegaze...). Les salles de concert n'ont jamais autant rempli leur rôle de sanctuaire... Paradoxalement je me suis plutôt retrouvé dans des sons du passé qu'on qualifiera parfois de cheap mais qui transpire l'authenticité. De la vague froide flexipop à ma découverte du krautrock déviant des 70's, autant de références qui permettent d'apprécier à leur juste (faible) valeur la majeur partie des sorties de l'année 2009.

Mes 3 albums de l'année :
ursk_alukAluk Todolo

Finsternis
05/06/2009
(Utech Records)

écouter Quatrième Contact

kickback-nosurrenderKickback

No Surrender
21/05/2009
(GSR)

écouté No Surrender

andrew_weatherall_a_pox_on_the_pioneersAndrew Weatherall

A Pox On The Pioneers
28/09/2009
(Rotters Golf Club)

écouter All The Little Things

Mes 3 chansons de l'année :

jozif_by_rich_kellyJozif – Midnight Effigy

itsafinelineivansmaggheettimparisIt's A  Fine Line – Never Go With a Hippie to a second Location (allez allez remix)

écouter Never Go With a Hippie to a second Location (allez allez remix)

fairtilizer-track-70582-sGesaffelstein – Midnight Anxiety

écouter Midnight Anxiety

Ma découverte de l'année :
front

Circle of Ouroborus

Island
16/03/2009
(Infinite Wisdom)

Emeline

Je ne vais pas vous mentir : en 2009, je n'ai pas écouté beaucoup d'albums sortis en 2009. J'aime les vieux groupes, ou les groupes nouveaux qui sonnent comme des vieux. Peut-être que c'est un peu facile de se complaire dans les valeurs sûres, mais je ne me sens pas très à l'aise avec le fait d'écouter les cinquante derniers albums hype qui sortent chaque semaine. J'ai besoin de prendre mon temps, d'écouter en boucle pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour apprécier vraiment. D'aller voir les groupes en concert. Mais, en 2009, quand on est fan des Doors ou de John Lee Hooker, ce n'est pas évident.Et pourtant, grâce à Hartzine, je me suis dit qu'il était temps, et je me suis un peu forcée. J'ai même écouté des albums qui n'étaient pas encore sortis. Et j'ai découvert qu'en 2009, on pouvait sonner comme il y a quarante ans. Ou pas du tout. Mais je ne me suis pas sentie aussi perdue que ce que je prévoyais. Quoiqu'il en soit, mon bilan 2009 sera probablement beaucoup moins pointu que ce que vous auriez pu espérer, et vous n'y découvrirez peut-être pas grand chose. Mais j'y parle de groupes qui me tiennent vraiment à coeur. Rendez-vous en 2010 ?

Mes trois albums de l'année :

41cfgqzcxxl_sl500_aa240_Revolver

Music For A While
23/06/2009
(EMI)

écouté Leave Me alone

Ca faisait déjà quelques années que j'avais entendu parler de ce groupe, depuis une démo atterrie au hasard dans mon salon en 2007. Deux ans après, je suis satisfaite de voir leur travail et leur talent récompensés.

heart-onEagles Of Death Metal

Heart On
28/10/2009
(Cooperative Music)

écouter Wannabe In L.A.

Le groupe de Jesse Hughes et Josh Homme livre un troisième opus qui sent, comme les deux premiers, le sexe, la sueur et le blues. Un remède efficace contre les néo-nunuches à la voix faussement innocente qu'on nous sort tous les trois mois.

deadweather2The Dead Weather

Horehound
13/07/2009
(Sony)

écouté Treat Me Like Your Mother

Le dernier groupe de Jack White offre un premier album lourd et poussiéreux, dans lequel Alison Mosshart trouve un adversaire à sa mesure.

Mes trois chansons de l'année :

deadweather2The Dead Weather - Treat Me Like YourMother

extrait de Horehound
13/07/2009
(Sony)

écouté Treat Me Like Your Mother

La scène de ménage la plus classe de l'histoire du rock.

mrcd-partyintellectualsMarc Ribot's Ceramic Dog - Break On Through

extrait de Party Intellectual
24/06/2008
(Pi Recordings)

écouté Break On Through

Reprendre un titre des Doors était un pari osé ; le nouveau groupe de Marc Ribot s'en tire à merveille.

ykgpxv26Tu Seras Terriblement Gentille - Lester Bangs

extrait de Tu Seras Terriblement Gentille
30/06/2009
Born Bad Records

écouter Lester Bangs

Trois filles énervées rendent hommage au rock critic sans prendre de gants. Il aurait apprécié.

Ma découverte de l'année :

The Dead Weather

Je ne voudrais pas avoir l'air de sortir le même groupe à toutes les sauces, mais quoi de plus excitant que de découvrir que le génie de Détroit et la tigresse des Kills ont formé un groupe ensemble ?

Mon espoir 2010  :

Je n'ai qu'un seul espoir : que les White Stripes sortent enfin leur nouvel album et repartent en tournée.

Mon concert de l'année :

The Dead Weather, Wiltern Theater, Los Angeles, 28 août 2009

Après le concert parisien un peu court précédant la sortie de leur album, les Dead Weather allongent leur show et se déchaînent encore plus. Alison, plus habitée que jamais, reste l'artiste la plus envoûtante que j'aie jamais vue sur scène.

Akitrash

Pour une fois, quantité aura rimé avec qualité, et de ce marasme symphonique qu'aura été 2009 l'indépendance aura primé sur le reste. Que les jeunes artistes se rassurent c'est par eux que passera le flambeau.

Mes trois albums de l'année :

fever-ray_coverFever Ray

Fever Ray
29/03/2009
(Mute)

écouter When I Grow Up
Plus de 10 mois coincé dans mon Ipod, et je l'écoute toujours, un exploit!

dirty-projectors-bitte-orca-coverDirty Projectors

Bitte Orca
9/06/2009
(Domino)

écouter Stillness Is The Move

Dave Longstreth est à la fois Jésus et Syd Barrett, un Ovni!

200px-animal_collective_merriweatherAnimal Collective

Merriweather Post Pavillon
06/01/2009
(Domino)

écouter My Girls

Animal dans mon top 3, facile? Bah non, longtemps hésité avec Atlas Sound et Bibio!

Mes 3 chansons de l'année:

gussusGus Gus - Add This Song

extrait de Add This Son
26/06/2009
(Kompakt)

écouter Add This Song

200px-animal_collective_merriweatherAnimal Collective - Bleeding

Merriweather Post Pavillon
06/01/2009
(Domino)

écouter Bleeding
Leur morceau le plus étrange et cotonneux depuis des lustres...

walkabout-coverAtlas Sound - Kid Klimax

extrait de Logos
20/10/2009
(4AD)

écouter Kid Klimax
Magique, tragique, douloureux, organique... l'âme même de Bradford Cox!

Ma découverte de l'année :

destination_tokyo-nisennenmondai_480Nisennenmondai

Destination Tokyo
20/06/2009
(Smalltown Supersound)

écouter Destination Tokyo

3 japonaises au look de lolitas qui renvoient tous nos papis du noise à l'âge de pierre... Une méga claque!

Mon Espoir  2010:

Pour le come-back je mise gros sur le retour de Massive Attack. Pas une déception en presque 20 ans d'activité, y a pas de raison que ça change non d'une pipe.
Et également la consécration du label parisien
Pan European qui après Turzi, Koudlam, Kill for total peace a su réveiller nos esgourdes...

Meilleur concert de l'année :
Dirty Projectors, La Maroquinerie
Le jour où je suis tombé amoureux de Angel Deradoorian et que je me suis pris en pleine face une démonstration brute d'orchestration de folie maitrisée.


Vic Chesnutt (1964-2009)

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C’est le jour de Noël, les enfants, arborant des sourires joyeux, s’empressent de déballer leurs cadeaux. Quelqu’un allume la radio, comme dans un de ces vieux films noirs des années 40. Et la nouvelle tombe, rapide, sèche, brutale. « Vic Chesnutt est mort ». Ces quelques mots me rappellent l’ambiance inquiétante et plombante de l’introduction de Lost Highway. Quelques mots lointains, adressés à vous-même, et qui vous font sentir que les choses ne seront plus tout à fait pareilles.
En effet, c’est le jeudi 24 Décembre 2009 que le petit Boss nous a quitté, celui qui à nos yeux restera cet être frêle encerclé profondément dans son cercueil roulant de métal mais qui dans nos cœurs demeurera ce génie trop méconnu dont la voix nasillarde nous chatouillait de sa poésie ténébreuse.
Décédé suite à  une overdose médicamenteuse, l’artiste avait placé sa vie d’un halo noir. Orphelin, il grandit dans une petite ville de Georgie, et se retrouve cloué dans un fauteuil roulant à l’âge de 18 ans suite à un accident de voiture. Il survie en s’accrochant à sa guitare qu’il gratte du bout de ses dents et forcera le respect de ses ainées en pondant en 1990 « Little », un album country-folk au doux parfum de Louisiane, sur lequel Chesnutt fait également montre de ses talents d’auteur-compositeur. Suivront « West of Rome » et « Drunk » dans lesquels l’homme de fer exorcise ses fantômes à coup de bottleneck et chante la Georgie des romans de Harry Crews.
En suivi une période très prolifique, qui permis enfin à ce tailleur de pierres précieuses de faire reconnaitre ses talents d’orfèvre auprès grand public et d’accéder enfin à la renommée qui lui est due. Il s’associe à de grandes causes en compagnie de son ami Michael Stipe (Leader de R.E.M pour les incultes), qui voue pour Chesnutt une admiration sans bornes, et l’aida à décrocher de la drogue quelques années plus tôt. Il publia également parallèlement « About to Choke » et « The Salesman and Bernadette » aux côté de Lambchop qui marquèrent son passage vers un songwriting plus lumineux, mais toujours teinté de mélancolie.
Le passage au nouveau millénaire marqua l’entrée d’une nouvelle ère pour ce troubadour aux mélodies inépuisables. Véritable mère courage pour ses pairs et source inépuisable de rimes glissées sur les cordes de sa guitare acoustique, Chesnutt se démultiplia, se divisa, et donna jusqu’à l’épuisement. De cette décennie folle s’en extirperont quelques essais flamboyant comme l’introspectif et incandescent « Silver Lake» ou le collégial « North Star Deserter », qui voit entre autre le folkeux Georgien collaborer avec les non-moins impressionnants Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestral, soit une rencontre qui sent la poudre. Et la presse s’empresse d’allumer la mèche.
Plus personne n’ignorait le talent de Vic Chesnutt. Plébiscité et pillé, l’aura de l’artiste semble pourtant décliner. Ombrageux et sur le fil, ses deux derniers albums parus cette année, « At the cut » et « Skitter On Take-Off », rappellent à ses début et dégagent une colère qui jusqu’à présent semblait contenue.  On sait l’artiste dépressif et en proie à de nombreux démons, n’arrivant plus à se supporter, ni à faire face aux créances qu’il doit endosser pour se soigner. La suite, nous l’avons reçu comme un coup de marteau en jour saint de Noël.
L’ombre de la mort n’aura cessé de planer sur les multitudes morceaux que nous lègue ce musicien hors-pair, cet écorché vif, qui trouvait sa place entre le spleen de Jeff Buckley et la chronique urbaine et bluesy de Bruce Springsteen. On espère que Vic Chesnutt aura trouvé le sourire qui lui faisait défaut là où il trouve. Et si il nous reste une mine inépuisable de trésor sur lequel se consoler, rien ne remplacera la grâce de cet artiste qui savait trouver les mots pour définir les sentiments enfouis au plus profond de nos êtres. « Vic Chesnutt est mort ». Cette phrase résonne dans ma tête, et n’en a pas fini faire écho. Adieu l’ami.

Akitrash

Audio

Retour en quelque titres sur la discographie pléthorique de Vic Chesnutt

Vic Chesnutt  - Rabbit Box extrait de l'album Little (Texas Hotel, 1990)

Vic Chesnutt  - The Night The Lights Went Out In Georgia extrait de la compilation Star Power! (Pravda Records, 1995)

Vic Chesnutt - New Town extrait de l'album About To Choke ( Rough Trade, 1996)

Vic Chesnutt - Bernadette & Her Crowd extrait de l'album The Salesman and Bernadette (Velocette Records, 1998)

Vic Chesnutt - Buckets Of Rain extrait de la musique du film Crossing Jordan (2003)

Vic Chesnutt  - In My Way, Yes extrait de l'album  Silver Lake (New West, 2003)

Vic Chesnutt - Like A Monkey In The Zoo extrait de l'album The Late Great Daniel Johnston: Discovered Covered (Eternal Yip Eye , 2004)

Vic Chesnutt - Strange Language extrait de l'album Is The Actor Happy? (New West, 2004)

Vic Chesnutt - Dodge extrait de l'album Drunk (New West, 2004)

Vic Chesnutt -You Are Never Alone extrait de l'album North Star Deserter (Constellation, 2007)

Vic Chesnutt - Little Fucker extrait de l'album Dark Developments (Orange Twin, 2008)

Vic Chesnutt - Flirted With You All My Life extrait de l'album At The Cut (Constellation, 2009)

Vic Chesnutt - Dick Cheney extrait de l'album Skitter On Take-Off (Vapor Records, 2009)

Video


Holiday Records

holidayrecordsL'industrie du disque est en crise. Le compact disque perd de son attrait, son plastique n'aguiche plus, sa longévité commerciale est menacée. Le règne de l'immatériel et du téléchargement se conjugue désormais au présent et au passé, avec la résurgence d'un format vinyle jamais vraiment disparu. Les deux étant compatibles. La guerre commerciale change de terrain. Proudhon assénait il y a presque deux cent ans "la propriété c'est le vol", et dans un pied de nez dénué humour, on nous rabâche que "le téléchargement illégal c'est du vol". Criminaliser pour mieux défendre les fondations d'un ordre en péril, cela va sans dire, il y a comme un air de déjà vu. Et face à ce mur d'intérêts bien compris, la résistance n'a jamais été le seul fait de l'auditeur chapardant le fruit de la création d'autrui. Le Royaume Uni a été un terreau inégalable de labels ayant pour volonté de briser les règles d'un conformisme creux. Le Madchester de Factory records (1979-1992) résonnent encore dans les têtes de tout un chacun (Joy Division, New Order, Happy Monday) quand le Bristol romantique de la twee-pop et de Sarah records (1987-1995), de The Fiel Mice en passant The Orchids ou The Pastels, retrouve ses lettres de noblesse avec l'émergence de groupe tel The Pains of Being Pure at Heart. Factory, comme Sarah, mettaient au goût du jour le do it yourself des punks tant par un sens graphique aussi esthétique que peu dispendieux (jeunes designers, monochromies) que par l'utilisation de moyens de promotion ciblés (fanzines, compilations). A l'aune de ces initiatives historiques au lustre toujours aussi reluisant, quelques net-labels prennent le contre pied des mastodontes de l'industrie du disque, en proposant notamment le téléchargement légal et gratuit de leur catalogue.

Holiday records, tout récent net-label (mars 2009) en fait partie, et son histoire ne le rend que plus attachant. Tess, Patrick, Justin, Jacob, Caleb et Robert sont tous potes et vivotent dans les environs de San Francisco, à Monterey précisément, autour de projets musicaux protéiformes. C'est alors que tous sont dans l'obligation de se séparer, partant vers de multiples horizons aux promesses d'avenir différentes (la Navy, l'Ireland, l'Ohio, New York). Une des ultimes nuits passées ensemble, ils décident de fonder Holiday records, à savoir un net-label proposant un maxi ou une compilation d'artistes gravitant autour de cette écurie digitale d'un nouveau type - l'analogie avec Sarah records est flagrante, eux qui publièrent plus de cent maxis et compilations - chaque vendredi et en téléchargement gratuit. En somme se faire plaisir, tout en réjouissant nos oreilles. Une seule rétribution est demandée à l'auditeur : le bouche à oreilles. Et si le tout est inégal, en atteste les deux compilations déjà éditées, téléchargeables ici et , de nombreuses pépites trustent la page du site. Parmi celles-ci, les deux groupes d'un des fondateurs d'Holiday, Jacob Graham, The Drums (désormais signé par une major) et Horse Shoes, ou encore Girl Alliance, the Acorn Boys et The Young Friends.

Liens

Lire la chronique de The Young Friends

Ecouter Horse Shoes

Relire la chronique de The Drums