Flotation Toy Warning, la playlist

Après avoir posé une sereine tartine sur la réedition du premier album des fantastiques Anglais de Flotation Toy Warning par le non moins respectable label bordelais Talitres, il nous semblait tout de même fort raisonné de laisser également la parole au groupe. On leur a donc demandé en toute honnêteté de nous sortir une playlist à la thématique assez simple : quels sont les morceaux qui vous ont fait pleurer le cœur, gonfler le cerveau et relever les poils ? Sélection commentée ou non ci-dessous.

Paul Carter

Giu' La Testa par Ennio Morricone
J’ai souvent noté que les premières heures du jour constituaient la meilleure période pour écrire des morceaux. Certaines sensations inaccessibles et enfouies durant la journée peuvent alors se dévoiler. De la même manière, j’adore regarder des films la nuit car je considère que c’est là qu’ils sont le plus émotionnellement frappants. C’est à ce moment-là que j’ai regardé « A Fistful of Dynamite ». J’adore la musique d’Ennio Morricone, et particulièrement cette pièce car elle mêle avec brio la plupart de ses meilleures idées.

The Messerschmitt Twins par Orchestral Manoeuvres in the Dark
Je possède plus de disques de ce groupe que n’importe quel autre. Le message qu’ils m’ont transmis s’est révélé crucial pour moi, me donnant la confiance nécessaire pour démarrer la musique à l’âge de 25 ans. Ces deux personnes balancent ouvertement le fait qu’ils n’ont pas un grand talent musical mais mettent simplement en action de bonnes idées. Cela m’a fait prendre conscience que n’importe qui pouvait créer de la musique si il en ressentait le besoin : si cela devient ton obsession tu en sortiras forcément quelque chose de valeur à tes yeux. Il n’y a pas de modèle pré-établi pour y arriver, mais si tu essaies dur et assez longtemps, quelque chose d’intéressant finira par apparaitre.

The Stranger Song par Leonard Cohen
J’ai vu un vieil enregistrement de lui jouant cette chanson à la télé. C’était tard dans la nuit, lorsque les choses prennent réellement sens. Juste lui et une guitare, porté par des mots extraordinaires. Cette personne pouvait conjuguer tant de détails liés à la condition humaine en une somme de mots si essentielle que cela me toucha comme une révélation. Je pense toujours aujourd’hui qu’il n’y a pas de meilleur parolier que lui.

1812 Overture Choral Version par Tchaikovsky
Quand je n’étais pas encore tout à fait adolescent, mes parents me laissaient jouer à la maison, ma sœur, notre amie Helen et moi pendant qu’ils sortaient boire un verre avec des amis. Nous avions l’habitude de boire du cidre tout en jouant une version sans chorale de cette pièce de Tchaïkovsky. On paradait dans la pièce puis s’écroulait à chaque coup de canon. A l’époque, c’était une des choses les plus intenses et excitantes que je pouvais vivre. Je n’ai entendu qu’adulte la version avec chorale, qui est d’ailleurs supposée sonner comme cela à l’origine. Lorsque je l’ai écouté, l’intérieur de mon corps s’est petit à petit mis à fondre.

Unicorns Were Horses par New Kingdom
La pure joie que diffuse le refrain me passe de l’électricité dans les veines. J’adore le ton neutre qu’use le chanteur et plus particulièrement les paroles « Guess it just be’s like that sometimes’ ». Comme la plupart des gens, lorsque le vent souffle en sens contraire, c’est comme ça que je me sens.

6am Jullandar Shere par Cornershop
Possiblement la pièce de musique la plus réjouissante qu’il m’ait été donné d’écouter. Il y a à peu près deux riffs, la majorité du morceau ne tourne qu’autour d’un accord et ça balance pourtant sur plus de six minutes. Mais le mouvement, l’énergie, la vitalité du titre me donne toujours l’impression que cela se termine trop vite. Intelligent comme rarement, j’espère simplement qu’un jour nous serons aptes à écrire quelque chose se rapprochant de cet effet.

Ben Clay

Nightclubbing par Iggy Pop
Écrite en 1977 sur son premier album solo post-Stooges, ça sonne toujours aussi contemporain et frais à présent – l’intégralité du morceau montre une confiance et un engagement qui force le respect.

The Weaker Soldier par Palace

Will Oldham a réalisé des œuvres bien plus complètes, comme Master and Everyone, mais cet album – et surtout cette chanson – a cette intimiste fragilité qui la rend absolument magnifique. Les paroles sont également excellentes.

Gods in Heat par Tobacco

Un morceau qui m’a été recommandé par Paul. De la musique que tu ne peux pas vraiment décrire – sa sonorité ou ses influences – et qui la rend justement si bonne. Le travail d’un seul homme et d’un quatre pistes. Écoutez la déconstruction du morceau sur le podcast Song Exploder. Unique.

Steve Swindon

Choisir seulement trois morceaux s’avère bien chaud, j’ai donc fait des choix relatifs par rapport à l’histoire Flotation pour moi.

Saturday par Sparklehorse.
Ça aurait pu être n’importe quel morceau de Vivadixiesubmarinetransmissionplot mais ce morceau a cette façon si douce d’insister un peu similaire à mes chansons préférées de Flotation Toy Warning.

Zoom par Fat Larry Band.

Il y a eu une paire de session lors de l’enregistrement de Bluffer’s Guide... où cette chanson résonnait dans le studio, régulièrement appréciée et sujet de débat à l’occasion d’une éventuelle reprise. Je serais toujours motivé pour faire ça.

Down With The Animals par Arm of Roger.

Un vrai classique de l’ère Bluffer’s… d’un album autrement inécoutable. Les paroles sont particulièrement inspirées.

Vicky West

The Big Ship par Brian Eno

Such Great Heights by The Postal Service

Ave Lucifer by Os Mutantes

On rappelle que les Anglais nous gratifieront d’une paire de concerts français – Bordeaux et Paris – et verront Talitres sortir un inédit du groupe sur la compilation anniversaire du label, pour les 15 ans, sur un 10’’ comprenant de nouveaux morceaux d’autres artistes du label comme Motorama, Emily Jane White, Will Samson, etc… Le disque sera disponible aux concerts de Flotation Toy Warning mais aussi aux autres dates de l’anniversaire, avec notamment Motorama jouant deux fois de suite à la Maroquinerie. Retrouvez ci-dessous le programme en détail.

PARIS / La Maroquinerie
09.11 : MOTORAMA - EMILY JANE WHITE (billetterie)
10.11 : MOTORAMA - FLOTATION TOY WARNING - WILL SAMSON (billetterie)

BORDEAUX / Le Rocher de Palmer
11.11 : FRÀNCOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS (joue "Plaine Inondable") - STRANDED HORSE - WILL SAMSON (billetterie)
12.11 : MOTORAMA - EMILY JANE WHITE - FLOTATION TOY WARNING (billetterie)


Hommage à Clarence Reid / Blowfly

Rappeur salace et compositeur prolifique, Clarence Reid a essaimé et assumé des lyrics aussi crus que ses productions étaient goûteuses, tellement ancrées dans le développement de la musique afro-américaine des années 70 et 80 qu’elles ont été à l’origine de collaborations avec KC & The Sunshine Band ou Bobby Byrd, et samplées par toute une génération de hit-paradeurs du hip-hop et du RnB, du Wu Tang à Beyonce, en passant par Jurassic 5 et DJ Shadow.

Affublé d’un rire tonitruant et de son costume de supervillain pimp, Blowfly a non seulement été pionnier dans la diffusion du rap, revendiquant son Rapp Dirty de 1980 comme le premier morceau du genre, mais a aussi participé à décomplexer les instrus avec des pépites comme Electronic Pussy Sucker ou Fuck Like A Zombie. Infatigable et crade jusqu’à la tombe, l’original dirty rapper a eu juste le temps de boucler son ultime hommage à la vulgarité second degré dans un album prévu en février, 77 Rusty Trombones, avant de rejoindre à 76 ans — et tant pis pour le dernier trombone — la plus longue de ses partouzes. Les zombies s’en desquament les mains.

Audio

Blowfly - Rapp Dirty

Blowfly - Electronic Pussy Sucker

Blowfly - Porno Freak

Blowfly - Fuck Like A Zombie


2014, le rap US en trente incontournables

migosEn 2014, le rap US a poursuivi sa grande mutation entamée il y a quelques années pour devenir ce marché déjà complètement plongé dans son futur. S’éloignant de plus en plus des canons des « albums » traditionnels, aligné sur les modes de consommation de ses auditeurs, le voilà qui s’engouffre dans un monde semi-ouvert où règnent en maîtres singles et autres mixtapes lâchés par kilos, où la survie va dépendre de sa propre capacité à suivre la cadence. Car de la matière, il y en a : un compte Audiomack et Soundcloud, un tour quotidien sur Datpiff et Livemixtapes, vous voilà noyés chaque semaine sous des dizaines de sorties en tous genres. Autant dire qu’opérer un tri savant entre bombe inattendue et énième morceau radio-calibré sans surprise devient un véritable sport de combat. Pour vous, j’ai sélectionné les 30 morceaux qui ont dépassé tous les autres de la tête et des épaules, classés selon aucun ordre particulier. Beaucoup d’Atlanta, la Mecque, l’avant-garde, mais aussi des nouveaux venus, des vieux renards, des stars ou des comètes. Au global, pas mal d’allumés, surtout. Le rap outre-Atlantique a rarement été aussi exaltant qu’aujourd’hui, la mixtape à télécharger ci-après d'une dizaine de morceaux et ce top 30 en sont l’illustration.

Mixtape

01. Lil Boosie - I'm Coming Home
02. OG Maco - Seizure
03. Rich Gang - Flava
04. Shy Glizzy - Handcuffs
05. Rome Fortune - Why
06. Starlito - My Story, History
07. King Louie - Live & Die In Chicago
08. Future - Covered N Money
09. Kevin Gates - Perfect Imperfections
10. Lil B - Be Brave Welcome Home

Top 30

1. OG Maco feat. JerZ - Seizure (Prod : Lex Luger)

C'est peu de dire que le nom d'OG Maco était sur toutes les lèvres en 2014. Porté par un Quality Control qui s'impose aujourd'hui comme la véritable relève d'ATL, Maco se voit propulsé par la hype sur Vine entourant U Guessed It et sa prod ultra minimaliste sur fond d’explosion canalisée. Sur Seizure, l'ambiance est à un rap maximaliste du fond de la cave mais qui retrouve cette envie de mordre tout ce qui bouge, propre au flow singulier de son géniteur, à la limite de la crise d'asthme. Une véritable claque sur une production dangereuse signée par l'incontournable Lex Luger.

https://www.youtube.com/watch?v=HcHmuNMkFsE

2. Future - Blood, Sweat, Tears (Prod : Boi-1da)

Honest aura été attendu, trop attendu. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, il aura aussi été mal écouté, trop mal écouté. Mésestimé en cette fin d'année, il reste pourtant l'un des albums les plus solides du rap US de 2014. Future a grandi depuis Pluto, le voilà face à un tournant décisif pour sa carrière. Une performance commerciale décevante plus tard, Honest est pourtant une confirmation esthétique : plus mature, plus accrocheur et cohérent, il est porté par quelques véritables morceaux de bravoure pop-rap uniques, dont ce Blood, Sweat, Tears plus cheesy, percutant et touchant que n'importe quel refrain passé du rappeur d'ATL. Sur une production ambitieuse et un poil cliché de Boi-1da, Future se prouve à lui-même et aux autres que rien n'a remplacé le travail acharné pour passer du rôle de space cadet à celui de star en devenir. Mais le chemin est encore long.

https://www.youtube.com/watch?v=ylbLjXwFVuU

3. Migos - Take Her (Prod : Phenom Da Don & Dee Money)

L'autre sensation de 2014, c'est l'inarrêtable ascension du trio Migos. Porte-étendards du rap à onomatopées qui fait mouche, surfant sur le tsunami Versace de l'année passée, Offset, Quavo et Takeoff ont pris leur envol en 2014 : 4 tapes dont la récente Rich Nigga Timeline, quintessence du rap sudiste porté par une palanquée de producteurs au sommet de leur art (le Zaytoven nouvelle saveur, TM88, Swift, Cheeze Beats...), beats dépouillés, presque décharnés, mais vivants au possible. Sur Take Her, paradoxalement le morceau le plus réussi de la tape, Migos délaisse les cris primaires, s'autotune légèrement et nous emporte sur la prod groovy de Dee Money & Phenom Da Don pour une session rapprochement des corps plus que convaincante.

https://www.youtube.com/watch?v=caFd87_Yh7Y

4. King Louie - Live & Die In Chicago (Prod : Smylez)

Dans la catégorie « arlésiennes du rap », le premier véritable LP de King Louie commence à rejoindre le haut du classement. A peu de choses près, sa mixtape Tony aurait pu être cet album tant attendu. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait du rappeur de Chicago l'une des véritables valeurs sûres du rap ces dernières années : ambiance pesante, voix profonde et hommage à sa ville, Louie a fait de ce Live & Die In Chicago un véritable hymne à l'une des métropoles les plus dangereuses du pays, tour à tour admirée et crainte. Si sa trajectoire est aujourd'hui au moins autant étrange que captivante (un feat sur Yeezus mais pas encore de véritable existence en major), loin de la hype drill d'il y a deux ans, King Louie est resté là, les dreads solides, pour se faire une place privilégiée dans le paysage US.

https://www.youtube.com/watch?v=HDxYRTKNmw0

5. Lil Boosie - I’m Coming Home (Prod : Lil Boosie)

En 2010, on pensait Lil Boosie condamné pour le rap : accusé du meurtre de Terry Boyd, le voilà pourtant qui sort Incarcerated, son quatrième solo et son meilleur disque à ce jour. Mais en près de quinze ans de carrière, le rappeur de Baton Rouge a déjà démontré à maintes reprises sa capacité à revenir de loin pour marquer les esprits. Innocenté puis libéré au printemps dernier, le voilà de retour avec Life After Deathrow, sorti fin octobre. Boosie et son flow nasillard plus tranchants que jamais nous rappellent que rien n'est jamais terminé. Sur I'm Coming Home, Boosie règle ses comptes et embraye sur 2015, regonflé comme jamais.

https://www.youtube.com/watch?v=CLljATzo5aI

6. Cozz - Dreams (Prod : Meez)

Signé sur Dreamville, label de J. Cole, Cozz n'était pas à proprement parler l'un des noms les plus attendus de l'année écoulée. Mais son premier solo, Cozz & Effect, aura suffi à convaincre les plus réticents. A tout juste 21 ans, le rappeur originaire de South Central, L.A., déploie une formule simple, sans fioriture : des prod dures, un flow agressif et une hargne trop rare pour un rap aussi simple et direct qu'efficace. A l'image de ce Dreams qui ouvre l'album, sur ces notes de piano langoureuses et inquiétantes.

https://www.youtube.com/watch?v=i8Dg6qj8L3M

7. Rome Fortune - Why (Prod : Pat Lukens)

Sorti de la cuisse du DIY ATLantiste après des années de tapes balancées plus ou moins anonymement, Rome Fortune voit en 2014 sa hype atteindre le niveau max. Début 2013, Beautiful Pimp avait mis du temps à sortir du lot mais présentait déjà un Rome Fortune concentré sur une autre forme de son du Sud, différent de ses comparses à succès mais partageant des potes avec eux (Childish Gambino en premier lieu). Small VVorld repousse encore les limites d'un Rome Fortune plus que jamais à la limite de l'arty, mais qui le fait bien : du claustrophobique 4 Seasons au surf sous la pleine lune sur un Why captivant, mis en musique par Pat Lukens, tout est déjà bien maîtrisé et mature. Comme le dit Fortune lui-même : « I chose the composition of this project the way I did because the degrees of separation between each of the individuals I worked with was so small but the elements that they all brought sonically varied in such a huge way ».Le rappeur que tes potes blanchots ont écouté toute l'année, sans trop se gourer cette fois. Atlanta l'éternelle.

8. Ghostface Killah, Elzhi & BadBadNotGood - Gunshowers (Prod : BBNG)

Pour Ghostface et la clique du Wu, 2014 s'est avéré aussi compliqué à gérer que 2013 : un album collectif que l'on aimerait oublier, une série d'apparitions gênantes sur les plateaux télé aux US, un 36 Seasons tellement classique et sans surprises qu'on le croirait sorti de l'académie du rap 90's... Heureusement qu'il y a eu ça, Gunshowers, en collaboration avec les jeunes jazzmen de BBNG et le rappeur de Slum Village Elzhi. Soit l'un des meilleurs moments estampillés GFK entendus depuis un long moment : de la hargne, de la subtilité dans la composition sur cette petite guitare glissante et beaucoup d'efficacité. Pas d'innovation mais le perfectionnisme d'une formule que l'on sait plus que jamais efficace. On attend Sour Soul de pied ferme.

https://www.youtube.com/watch?v=H-qmZ_J7WGc

9. Migos feat. Young Thug, Rich Homie Quan & Jermaine Dupri - New Atlanta (Prod : Murda)

Atlanta est partout, me direz-vous. Je n'y suis pour rien si la métropole géorgienne reste aujourd'hui encore l'épicentre de tout ce qui se fait de plus excitant et prometteur au sein du rap US. Surtout quand les stars du coin, Migos, Young Thug, Rich Homie Quan et Jeremiah se mettent ensemble pour sortir l'hymne définitif à la nouvelle génération d'ATL, hommage assumé à un morceau de Jermaine Dupri sorti début 2000's. Les années passent mais les valeurs sûres demeurent. On n'a jamais été aussi content d'écouter ce rap-là en 2014.

https://www.youtube.com/watch?v=1yZd33mPRoE

10. Rich Homie Quan, Young Thug & Birdman - Flava (Prod : Dun Deal & London On Da Track)

Sur leur projet commun, Rich Homie Quan, Young Thug et Birdman ont prouvé à tous à quel point le concept de supergroupe pouvait encore avoir du sens. Publiée à l'origine pour soutenir une série de concerts dans le courant de l'année écoulée, leur mixtape Rich Gang - Tha Tour Part 1 s'est tout de même payé le luxe de finir 2014 dans tous les tops existants, bien au-delà du petit univers rap. C'est peu de dire que le trio aura réussi son coup en combinant trois artistes aux capacités et talents tout à fait complémentaires. La preuve une nouvelle fois sur Flava et Tell 'Em, deux grands moments de la tape que l'on doit à l'évident talent de London On Da Track, l'un des énièmes talentueux producteurs du coin. Entre refrain hommage à Flavor Flav, flows tout-terrain sur sol en marbre et délicatesses rnb pleines de stupre, le trio prouve s'il était nécessaire qu'en 2014, Atlanta a dominé les débats de la tête et des épaules.

https://www.youtube.com/watch?v=69WltTXlmHs
https://www.youtube.com/watch?v=GkbohVXgxx8

11. Lil Herb - 4 minutes Of Hell Part. 3 (Prod : Luca Vialli)

Changement d'ambiance : Chicago, 2014. Après son featuring avec Nicki Minaj sur le bien nommé Chiraq et un feat. sur le Nobody's Smilling de Common, Lil Herb se voit propulsé sur le devant de la scène rap nationale. Au début d'année, il avait déjà frappé fort avec sa première mixtape solo Welcome To Fazoland que tous les fans de rap ultra-durs ont écoulé en boucle cette année. Une souffrance palpable sur 4 Minutes Of Hell Part. 3 qui se répand sur le reste de la tape : la voix rauque et l'agressivité manifeste de Herb, les voix mystiques de la prod de Luca Vialli, tout concorde pour créer une ambiance aussi oppressante que possible. Chicago cuvée 2014 en 4 minutes 40.

https://www.youtube.com/watch?v=MHQ4y-ppSZ0

12 G-Side - Dead Fresh (Prod : The Block Beattaz & Stack Trace)

Des Gs de l'espace au volant de leur bagnole, hustle stellaire et rap cosmique aux accents 90's, le duo originaire de Huntsville, Alabama, a fait les choses bien pour son retour aux affaires après dix-huit mois de hiatus. Sur Dead Fresh, épaulés par le trop rare Kristmas, Huntsville aussi, et Grilly, le duo pose les bases de sa formule en décalage complet avec l'époque. Revenus d'une errance dans les étoiles, ils en ont ramené de la poussière de groove d'une autre galaxie. Tant pis pour les charts, tant mieux pour nous : Gs II Godz est un voyage ailleurs, sur fond de synthé vintage, à la découverte d'un rap entre les dimensions, aussi singulier que percutant.

http://www.youtube.com/watch?v=4fNR6YXE6L0

13 Rick Ross feat. Kanye West & Big Sean - Sanctified (Prod : Kanye West, Mike Dean & DJ Mustard)

Après une promo en grande pompe, la transformation de Rick Ross en Barry White remixé sur Mastermind n'aura pas tout à fait convaincu. Mais Rozay n'a jamais vraiment su faire d'albums réussis de bout en bout, rien ne change. Il est par contre capable de fulgurances, à l'image de ce Sanctified sur une très prod très « Kanye à l'ancienne » mais diablement efficace. Le lien entre la soul la plus torturée et le rap de brigand de 2014 a rarement été aussi bien fait récemment. Kanye et Big Sean complètent le tableau. Le sample de Betty Wright, choix du roi, file des frissons et place les compères sur une rampe de lancement à destination d'un paradis rempli de blé et de nanas pas trop farouches.

http://vimeo.com/88754057

14. Future - Covered N Money (Prod : Sonny Digital)

Enième single d'un album qui n'aura jamais vraiment trouvé son rythme, Covered N Money est l'une des belles réussites de Honest : une prod dangereuse signée Sonny Digital dévoile un Future intouchable, à bout de souffle mais en pleine maîtrise. Un déséquilibre permanent qui dévoile combien l'ATLien est seul dans son univers parfois mal compris et mal écouté. Les sourds s'en mordront les doigts, Future est loin.

https://www.youtube.com/watch?v=8qj2rrxrC4I

15. Starlito feat. Too Tone & Petty - My Story, History (Prod : Trakksounds & Albie Dickson)

Mental Warfare en 2012, Cold Turkey / Fried Turkey en 2013, Black Sheep Don't Grin en 2014, une volée de tapes entre tout ça : Lito poursuit son ascension vers les sommets d'un rap géré presque tout seul mais qui commence à former de jolies grosses vagues bien régulières. Le trentenaire de Nashville trace sa route sur ses morceaux où il marmonne presque, la voix traînante et accrochée sur tous les beats. Sans véritables moments de bravoure, Black Sheep... s'écoute d'une traite ; nouvelle livraison solide et cohérente où le rappeur s'enfonce à dessein dans le côté obscur de sa musique, plus downtempo et grave que jamais, très ambient dans l'esprit, par endroits. Lito ne triche pas, renoi sensible.

https://www.youtube.com/watch?v=-p_RQ0tZ6WI

16. Kevin Gates - Perfect Imperfections (Prod : Red On Da Track & Touchdown)

Si Lito est l'ombre, Kevin Gates est la lumière. Bien brillante et bien dingue. La comète Gates se rapproche de la Terre et commence à en changer très subtilement l'axe de rotation. Sur le même trend que son pote de Nashville, le rappeur de Baton Rouge débarque le même jour, le 15 décembre, avec un Luca Brasi 2 plus dense que jamais. Un second volet qui éclipse même la première mouture qui aura bien squatté nos platines début 2013. Blindé de bombes en puissance, à l'image de ce Perfect Imperfections qui résume à merveille tout le talent de Gates : il passe du réel à l'irréel, du chant vocodé au rap le plus dur, avec une aisance folle. La densité des productions et l'inventivité du rappeur font de ce Luca Brasi 2 l'un des grands moments de 2014. On n'en attendait pas moins.

https://www.youtube.com/watch?v=QWZpbrU1h9A

17. Tree feat. Lennon Of Project Mayhem - Grace (Prod : Tree)

Baptisée « soul trap » par son géniteur, la musique de Tree n'a pas vraiment d'équivalent aujourd'hui. Puisant à la fois dans l'héritage soul de sa ville natale, Chicago, et dans les influences trap incontournables depuis la fin des années 2000, Tree est un mystère mais se fait petit à petit sa place dans le panorama des figures singulières d'un rap en renouvellement permanent. Après la très réussie Sunday School II, Tree balance début 2014 un nouvel EP gratuit bien fumé comme on l'aime : la voix rauque et dure de Tree qui se balade sur des samples soul pitchés à fond ou des prods parfois à la limite du rap expé early 2000's, Grace rassemble tout ça et plus encore, dans une tentative de trait d'union en forme de Frankenstein étrange par moments. En 2014, personne n’a sonné comme Tree, c'est une certitude.

https://www.youtube.com/watch?v=mx5H4V_k7-o

18. Gucci Mane - Swole Pocket Shawty (Prod : Da Honorable C.N.O.T.E.)

La vie de Gucci Mane semble être la même que la nôtre : les choses, à la fois changent et ne changent pas. Sauf que pour Guwop, sa vie c'est de nouveau la prison jusqu'à fin 2016 pour port d’arme illégal et qu'il sort tout de même 15 mixtapes par an, au bas mot. Sur Trap God 3, Gucci Mane s'en va explorer d'autres recoins de sa personnalité que les milliers de morceaux déjà sortis depuis ses débuts n'ont jamais vraiment effleuré. Plus mature et sérieux que par le passé, le voilà qui se met à crooner comme jamais sur une prod de belle facture trap estampillée C .N.O.T.E. Depuis une poignée d'année, Gucci Mane est au sommet de son étrange carrière, fidèle à ce qu'il a toujours été : intouchable, à la fois en avance et en retard sur son temps, mais toujours dans sa cuisine perso.

https://www.youtube.com/watch?v=-BCb7a3S9Xw

19. Shy Glizzy - Handcuffs (Prod : KE On The Track)

Depuis l'avènement de Wale au tournant des années 2010, le rap de Washington D.C. a enfin rejoint la carte des scènes locales à l'échelon nationale, bien boosté par le talent et les budgets du MMG de Rick Ross. Dans son sillage, Fat Trel et surtout le jeune Shy Glizzy se voient aujourd'hui propulsées porte-paroles d'un rap qui sort peu à peu de son enclave. Fort d'une série de tapes de bonne qualité, Shy Glizzy, tout juste 22 piges, revient à l'automne dernier avec Law 3 pour clore une année 2014 en forme d'envol pour lui. Sur Handcuffs, il s'allie avec le trop peu cité KE On The Track pour un morceau pop-rap addictif agité par le semi-flow semi-chant d'un Glizzy sur une corde raide. Porté par le succès de son single Awwsome, 2015 semble s'annoncer comme une année décisive pour lui.

https://www.youtube.com/watch?v=4-k9aUjhaCE

20. Ty Dolla Sign & BJ The Chicago Kid feat. Juicy J & Rich Homie Quan - Dead Presidents (Prod : Metro Boomin)

De la clique angelino Pusha$ Ink, on a beaucoup entendu parler de YG cette année, surtout en-dehors des cercles rap traditionnels. Mais Ty Dolla Sign n'a pas chômé, de son côté. Après avoir gravi les charts avec les singlesParanoid et Or Nah fin 2013 et début 2014, le rappeur/chanteur/producteur embraye fin août avec la sortie de Sign Language. Une nouvelle livraison cohérente et solide où Ty explore le volet le plus r'n'bisant et sombre de sa musique, bien assisté par un Metro Boomin tout à ce qu'il fait. La preuve sur l'excellent Dead Presidents où Ty convoque Juicy J et Rich Homie Quan, décidément partout, pour l'un des grands moments de la tape. Alors que l'on attend plus que jamais son premier véritable album Free TC, repoussé une nouvelle fois, Ty Dolla Sign semble plus que jamais en bonne voie de rejoindre ses potes YG et DJ Mustard dans le petit cercle des nouvelles têtes qui comptent à L.A.

https://www.youtube.com/watch?v=tMoNfMPSZN0

21. Drake - 6 God (Prod : Boy-1da & Sky Sense)

Drake est partout : dans tes remixes, tes freestyles, sur la tournée Tha Carter V, sur tes plateaux télé, dans tes Tumblr ou dans ton slip. Mais Drake prend son temps pour bosser ses disques et ne multiplie pas les sorties sans raison. 2014, année de transition, où le Canadien a prêté son nom a beaucoup d'artistes, sans vraiment prendre la peine de porter lui-même un nouveau projet. Si ce n'est la pléthore de morceaux gratuits leakés ici et là, à l'image de l'excellent 6 God, sorti pour son anniversaire après avoir vu le morceau déjà leaké par des hackers quelques temps auparavant. Trois minutes dans l'urgence de ces pseudo-cuivres sur lesquels Drake s'amuse à annoncer ce qui ne peut qu'arriver : écraser la concurrence, avec le sourire.

https://www.youtube.com/watch?v=LYttd7wd1cg

22. Vince Staples - Blue Suede (Prod : Hagler)

Presque qu'inconnu pour beaucoup hier, l'arrivée chez Def Jam du jeune Vince Staples lui aura permis de franchir plusieurs étapes d'un coup. Son Hell Can Wait dans tous les esprits en cette fin d'année, le voilà parmi la petite liste des rappeurs qui vont sûrement marquer 2015. Un disque porté notamment par l'addictif Blue Suede signé Hagler, le pote de Drake. Un synthé tordu et angoissant, une ambiance froide et glaciale typique des G's les plus durs de la Côte Ouest, entre hommage aux Crips et basses surgonflées. Staples les aime ses putains de Jordan bleues.

https://www.youtube.com/watch?v=NJLfCBBcZAo

23. Young Scooter - What Happened To Me (Prod : Metro Boomin)

Elu mec le plus étrange d'Atlanta, Young Scooter semble dériver un peu à côté de ses potes du Freebandz. Sans faire de vagues, son style chanté bizarre fait école et le voilà qui s'invite à la table des gentils freaks du rap sudiste. Sorti le premier jour de 2014, le très attendu Street Lottery 2 n'aura pas fait mentir les fans. Bien qu'un peu bâclée techniquement (la qualité de certains morceaux...), la tape propose un Young Scooter pur jus, trap comme jamais sur un What Happened To Me de haute volée. En dilettante, son chant semi-rappé marque la rue, sans aucun doute. Street Lottery 3 est imminent ; Jugghou$e, on espère, pas disparu dans les limbes.

https://www.youtube.com/watch?v=KhlTBGW_z7w

24. ASAP Ferg - Fergsomnia (Prod : Very Rare & DRAM)

Où est passée l'ASAP Mob ? Disparue des radars, après nous avoir promis de grands bouleversements. Pas totalement crédules, le funeste destin musical d'ASAP Rocky, devenu l'ombre de lui-même, nous avait laissé entrevoir un avenir plutôt sombre pour le crew new-yorkais. Mais ASAP Ferg semble avoir réussi à sortir de la masse pour se faire un nom à lui seul. Après un Trap Lord salué en 2013, Ferg revenait fin novembre avec sa nouvelle tape Ferg Forever. Plus sombre et plus secoué que son comparse Rocky, Ferg dévoile sur Fergsomnia quelque chose de plus inquiétant et captivant encore. Un flow d'insomniaque sur un beat de parano total signé Very Rare & DRAM.

https://www.youtube.com/watch?v=aZ_ZD9K6bBg

25. YG feat. Jeezy & Rich Homie Quan - My Nigga (Prod : DJ Mustard & Adam)

En 2014, il y a eu YG et les autres. Sa relecture moderne de l'héritage G-funk de Compton a marqué les esprits, plus fortement encore que ce qu'on aurait pu attendre. Et ce même si My Krazy Life avait été porté en septembre 2013 par un single, un vrai tube presque hyphy, My Nigga, signé DJ Mustard et Adam. La fusée rap, l'hommage aux potos, des guns, la folie, tout y est. S'il ne vient rien révolutionner, YG propose l'un des albums les plus solides et cohérents de 2014, bien installé en haut des charts et des tops. Mais il faudra aller plus loin pour marquer le rap en profondeur, désormais.

https://www.youtube.com/watch?v=MSrTnWDTdwI

26. Lil B - Be Brave Welcome Home (Prod : Lil B)

Qui n'a jamais été convaincu par Lil B n'a jamais suffisamment écouté Lil B. Depuis que son nom est devenu synonyme de religion païenne, Lil B semble s'être détaché des contingences rap habituelles pour faire son truc et planer si haut que personne ne pourra plus jamais le ramener sur la terre ferme. Le voilà déjà aux portes de son Basedworld Paradise, en train de prier le Based God de toutes ses forces. Sur la tape sortie en 2014, Lil B dévoile l'un des projets les plus consistants de sa longue discographie fourre-tout. Mélange d'inspirations soul, de cordes majestueuses et de grandes leçons de vies freestylées comme à son habitude, Lil B n'a jamais été aussi serein et sûr de lui que par le passé, jusqu'à déclamer son amour pour tous, ami ou ennemi, en pleine recherche d'une sagesse infinie et d'une paix intérieure. Son cœur nous est ouvert, rejoignons-le.

https://www.youtube.com/watch?v=ejR7RaKp9_I

27. Chief Keef - Faneto (Prod : Chief Keef)

2014 s'est révélée être une année bizarre pour Chief Keef. Après avoir été adoubé par l'ensemble des médias et de l'industrie musicale comme la nouvelle perle d'un rap US sombre et violent en 2012, Keef est resté celui qu'il a toujours été : un mec du quotidien, hors des codes d'un business musical qui attendait de lui une conduite particulière. Annoncée en juin chez Interscope, sa tape Bang 3 est repoussée une première fois en octobre puis de nouveau début décembre. Une embrouille avec la maison de disques plus tard, cette dernière débarque un Keef qui n'en a rien à foutre : le voilà derrière le micro et, pour la première fois, aux manettes sur les trois-quarts de Back From The Dead Vol, 2, sa nouvelle mixtape. Dans son style caractéristique, complètement offbeat et totalement instinctif, Keef flotte au milieu des prods, virevolte sans jamais se poser là où on l'attendrait. Une patte musicale si étrange qu'on la penserait complètement flinguée s'il ne s'agissait du style inimitable de l'un des rappeurs les plus marquants des dix dernières années. Le temps de Finally Rich semble révolu : Keef se met à exposer en galerie d'art et a décidé de faire le rap le plus barré qui soit, grand bien lui fasse.

https://www.youtube.com/watch?v=cgw7Yv8je-k

28. Nicki Minaj - Want Some More (Prod : Zaytoven, Metro Boomin, Hitmaka et Nicki Minaj)

Oui, une seule femme dans cette sélection. A l'heure où l'on féminise beaucoup les choses pour le rétablissement d'un équilibre salutaire dans la société, c'est presque une provocation sans le vouloir (*insérez ici un débat que je n'ai pas envie d'avoir*). Mais lorsque la femme en question vaut presque tous ses collègues masculins réunis, l'égalitarisme, on se le fout au cul. Nicki Minaj n'est pas une femme, c'est un phénomène : les fringues, le style et la classe, à la fois creepy et percutante, flow caméléon, grosses couilles assumées et troublante de sincérité. La meilleure rappeuse de l'histoire (désolé Roxane, Missy) revenait en 2014 avec un album de plus d'une heure plus rap que jamais. Surfant sur le succès du très « Sir-Mix-A-Lot » Anaconda, The Pinkprint vient clore une année dense pour Nicki, dans les charts, à la télé, dans les magazines people, partout. Want Some More, bien sûr, toujours, quand tu veux, Nicki.

https://www.youtube.com/watch?v=NYsUtWfVCk0

29. E-40 feat. Lil Boosie - Money Sack (Prod : Mike Free & BAM)

E-40 sera toujours E-40 : le daron du rap de la Bay Area est plus vivant que jamais, vingt ans après ses début. Suite à la série The Block Brochure entamée en 2012, E-40 lâche début décembre le pavé Sharp On All 4 Corners, un double album + deluxe edition bien dense qui renvoie les gamins de la Bay à leurs fondamentaux. Sur Money Sack, accompagné de Lil Boosie, E-40 montre à quel point il sait plus que jamais surfer avec talent sur un beat minimaliste et groovy à souhait, signé Mike Free et BAM. La recherche du billet vert, une quête interminable.

https://www.youtube.com/watch?v=oQ1_7gOIUOM

30. IamSu ! - I Love My Squad (Prod : Iamsu! Of The Invasion)

Du côté de la Bay, tout le monde le sait désormais : le présent et l'avenir appartiennent au Heart Break Gang. Paradoxalement, l'année fut compliquée pour IamSu !, tête de proue du crew originaire de Richmond. Son LP Sincerely Yours, pêchant par trop de compromis entre différents styles, s'est surtout vu dépasser par celui de son comparse Sage The Gemini. La série Kilt ou sa tape avec Problem en attestent pourtant : IamSu ! est capable de très belles réussites, à l'image de ce I Love My Squad et son refrain tout en réverb, calqué sur les codes de la hyphy qu'il maîtrise comme personne, sur fond d'ambiance occulte inquiétante.

https://www.youtube.com/watch?v=yGl0rS-ZcV4


Bilan 2014 : Albums, Tracks & Mixtape

bestnb

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TOP ALBUMS

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Tomaga - Futura Grotesk (Hands in the Dark)

20. Tomaga - Futura Grotesk

(Hands in the Dark)

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WIFE - What’s Between (Tri Angle)

19. WIFE - What’s Between

(Tri Angle)

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YG - My Krazy Life (Pu$haz Ink)

18. YG - My Krazy Life

(Pu$haz Ink)

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Profligate - Finding The Floor (Not Not Fun)

17. Profligate - Finding The Floor

(Not Not Fun)

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The War On Drugs - Lost In The Dream (Secretly Canadian)

16. The War On Drugs - Lost In The Dream

(Secretly Canadian)

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Woods - With Light And With Love

15. Woods - With Light And With Love

(Woodsist)

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Ariel Pink - Pom Pom (4AD)

14. Ariel Pink - Pom Pom

(4AD)

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Amen Dunes - Love (Sacred Bones)

13. Amen Dunes - Love

(Sacred Bones)

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Vanessa Amara - Both Of Us King Machine (Posh Isolation)

12. Vanessa Amara - Both Of Us/King Machine

(Posh Isolation)

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ABT040 TOPS LP-Jacket 11183 v2

11. Tops - Picture You Staring

(Arbutus)

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Andy Stott - Faith in Strangers (Modern Love)

10. Andy Stott - Faith in Strangers

(Modern Love)

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CS541835-01A-BIG

09. In Aeternam Vale - Jealous God 05

(Jealous God)

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ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ-Music-Of-The-Fire-Walkers-1

08. ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ : Music Of The Fire Walkers

(ΚΕΜΑΛ / Berceuse Heroique)

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Grouper - Ruins (Kranky)

07. Grouper - Ruins

(Kranky)

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HTRK - Psychic 9-5 Club (Ghostly International)

06. HTRK - Psychic 9-5 Club

(Ghostly International)

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Violet Poison - Non Sequitur (Haunted Air)

05. Violet Poison - Non Sequitur

(Haunted Air)

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Etienne Jaumet - La Visite (Versatile Record)

04. Etienne Jaumet - La Visite

(Versatile Record)

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John Carpenter - Vortex (Sacred Bones)

03. John Carpenter - Vortex

(Sacred Bones)

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Bing & Ruth - Tomorrow Was the Golden Age (Rvng Intl.)

02. Bing & Ruth - Tomorrow Was the Golden Age

(Rvng Intl.)

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gesloten-cirkel-submit-x

01. Gesloten Cirkel - Submit X

(Murder Capital)

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TOP 4 REEDITIONS

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Mogwai_Comeondieyound-500x500

01. Mogwai - Come on Die Young

(chemikal underground)

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TomEllard_80sCheescakeJacket

02. Tom Ellard - 80's Cheesecake

(Dark Entries)

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Slint_-_Spiderland

03. Slint - Spiderland

(Touch & Go)

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Black Zone Myth Chant - Straight Cassette

04. Straight Cassette - Black Zone Myth Chant

(Laitdbac)

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TOP 5 LABELS

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OPALTAPES_LOGOrvng-logoantinotebhtesla

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TOPS REDACTEURS

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Top albums

01. Gesloten Cirkel – Submit X (Murder Capital)

02. Vanessa Amara – Both Of Us / King Machine (Posh Isolation)

03. Profligate – Finding The Floor (Not Not Fun)

04. Tomaga – Futura Grotesk (Hands in the Dark)

05. Black Rain – Dark Pool (Blackest Ever Black)

06. Fugazi – First Demo (Dischord)

07. Odawas – Reflections of a Pink Laser (Bookmaker Records)

08. In Aeternam Vale – Jealous God 05 (Jealous God)

09. Woods – With Light And With Love ( Woodsist)

10. ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ : Music Of The Fire Walkers (ΚΕΜΑΛ / Berceuse Heroique)

Top morceaux

01. Watter – This World (Temporary Residence Ltd)

02. Umberto – La Llorona (Mind Records)

03. Former Descent – All-In And Losing The Game (Gooiland Elektro)

04. Vanessa Amara – King Machine (Posh Isolation)

05. Shellac – Dude Incredible (Touch and Go)

Top labels

01. Berceuse Heroique (Angleterre)

02. Opal Tapes (Angleterre)

03. Blackest Ever Black (Angleterre)

04. Antinote (France)

05. Hands in the Dark (France)

Top rééditions

01. Mogwai – Come On Die Young (Chemikal Underground)

02. Slint – Spiderland (Touch and Go)

03. Patrick Cowley & Jorge Socarras – Catholic (Dark Entries)

Un concert

The Space Lady (Night School Records), 2 octobre @ Espace B

Révélations 2014

01. Ekman – Untitled (Panzerkreuz Records)

02. Helena Hauff – Shatter Cone ‎(Lux Rec)

Espoirs 2015
01. Syracuse – (Antinote)

02. Tsantza (Svn Sns Rcrds)

03. Maoupa Mazzocchetti (Unknown Precept)

Album honni
Liars – Mess (Mute Records)

Plaisir coupable

Tous coupables

Top albums

01. Bing & Ruth – Tomorrow Was the Golden Age (Rvng Intl.)

02. Andy Stott – Faith in Strangers (Modern Love)

03. Sleaford Mods – Divide & Exit (Harbinger Sound)

04. Azealia Banks – Broken With Expensive Taste (Prospect Park)

05. Etienne Jaumet – La Visite (Versatile)

06. Takako Minekawa & Dustin Wong -Savage Imagination (Thrill Jockey)

07. Aquaserge – À l’amitié (Chambre 404)

08. Amen Dunes – Love (Sacred Bones)

09. Freddie Gibbs and Madlib – Piñata (Madlib Invasion)

10. YG – My Krazy Life (Pu$haz Ink)

11. Frank & Tony – You Go Girl (Scissor and Thread)

Top morceaux

01. J. Cole – Fire Squad

02. Hannah Diamond – Attachment

03. Massimiliano Pagliara – With One Another

04. Stimming – Southern Sun Feat. Piper Davis

Top Labels

01. Rvng Intl.

02. PlanetMu

03. The Trilogy Tapes

04. Antinote

05. Modern Love

Top réedition

01. Nas – Illmatic XX

02. Mogwai – Come on Die Young

03. Lewis – L’Amour

Espoir 2015

Katie Gately

Plaisir coupable

Lana Del rey – Ultraviolence

Top albums

01. The War On Drugs – Lost In The Dream (Secretly Canadian)

02. Tops – Picture You Staring (Arbutus)

03. Amen Dunes – Love (Sacred Bones)

04. Ariel Pink – Pom Pom (4AD)

05. Juan Wauters – North American Poetry (Captured Tracks)

06. Mac DeMarco – Salad Days (Captured Tracks)

07. Grouper – Ruins (Kranky)

08. Todd Terje – It’s Album Time (Olsen)

09. Cut Copy presents Oceans Apart (Cutters Records)

10. Red Axes – Ballad Of The Ice (I’m a Cliché)

Top morceaux

01. Hamilton Leithauser – Bless Your Heart (Ribbon Music)

02. Prince Innocence – Cold (self-released)

03. NO ZU – Raw Vis Vision (Cutters Records)

Top rééditions

01. Severed Heads – Dead Eyes Open (Dark Entries)

02. Tom Ellard – 80’s Cheesecake (Dark Entries)

Concerts

01. Kate Bush (Fish People), Eventim Apollo @ London

02. WhoMadeWho (Darup Associates), Sonar festival @ Barcelona

03. Hercules & Love Affair (Moshi Moshi), La Machine @ Paris

Révélations 2014

01. Karen Gwyer (Opal Tapes)

02. Syracuse (Antinote)

Espoirs 2015

Pas d’espoir, le monde est flingué.

Top Albums

01. HTRK – Psychic 9-5 Club (Ghostly International)

02. Lorenzo Senni – Superimpositions (Boomkat Editions)

03. Consumer – Electronics Estuary English (Dirter Promotions)

04. Florian Hecker – Articulaçao (Editions Mego)

05. David Moss & Hannes Strobl At The Beach – Music For Voice And Electric Bass (Monotype Records)

Top Morceaux

01. Wild Beasts – Wanderlust

02. The Acid – Creeper

03. Lukid – Nine

Top labels

01. Tesla Tapes (UK)

02. Principe Discos (Portugal)

Top rééditions

01. Cha Cha Guitry – St-Etienne 1981 (Born Bad Records)

02. Rodion GA – Behind The Curtain (The Lost Album)

03. 1970’s Algerian Folk And Pop (Sublime Frequencies)

Un concert

Phill Niblock @ Centre Georges Pompidou 29/11.

Révélations 2014

01. Marie Dior

02. Lutto Lento

03. Gazelle Twin

Espoir 2015

Shia Laboeuf

Album honni

Christine & The Love Mountain, SyrEx (Les Disques de Perlimpinpin)

Plaisir Coupable

GusGus Mexico (Kompakt)

2014, pour moi c’est l’année d’un live, celui de Future Islands qui, après m’avoir fait poireauter quatre ans en me laissant croire qu’ils allaient devenir infréquentables à force de talent, passent dans une de mes salles préférées et non bondée, et enchaînent coup sur coup Tin Man et Before The Bridge. Extraordinaire, inoubliable. 2014.

Top albums

01. WIFE – What’s Between (Tri Angle)

02. Mamiffer – Statu Nascendi (SIGE)

03. Future Islands – Singles (4AD)

04. Jessica93 – Rise (Teenage Menopause/Music Fear Satan)

05. Vessel – Punish, Honey (Tri Angle)

Top morceaux

01. Ritual Howls – Turkish Leather (Felte)

02. Plurabelle – Lindo (Stellar Kinematics)

03. Idioma- Pandore (Marketing Music)

Top label

01. Tri Angle (USA)

02. Felte (USA)

Un concert

01. Future Islands (4AD), 13.05.2014 @ Les Trinitaires (Metz)

02. Young Fathers (Big Dada), 16.08.2014 @ Exit07 (Luxembourg)

Révélations 2014

01. Essaie Pas – Nuits de Noce (Teenage Menopause/Malditos Records)

02. Micro Cheval – Debut EP (svnsns)

03. Strasbourg – Sexe et Violence (Le Turc Mécanique)

Espoirs 2015

01. Aïsha Devi (Danse Noire)

02. Rendez-Vous (Zappruder)

03. Louise Roam (Stellar Kinematics)

Album honni

U2 – Songs of Innocence (N°1 du top 50 2014 de Rolling Stone)

Plaisir coupable

Dd elle – Tell Me

Top albums

01. ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ : Music Of The Fire Walkers (ΚΕΜΑΛ)

02. Ben Frost – Aurora (Mute / Bedroom Community)

03. YG – My Krazy Life (Def Jam)

04. Beau Wanzer – Untitled – (no label)

Top morceaux

01. Karen Gwyer – Girl With Pitbull (Opal Tapes)

02. Femminielli Noir – Me Gusta El Dolor (Mind)

03. ScHoolboy Q – Man of the Year (TDE)

Top labels

01. Antinote (Fr)

02. Opal Tapes (UK)

Top rééditions

01. Tom Ellard – 80’s Cheesecake (Dark Entries)

02. Unwound – No Energy (Numero Group)

03. Slint – Spiderland (Touch & Go)

Un concert

Ben Frost @ Sonar 2014, Barcelone

Révélations 2014

01. Karen Gwyer

02. Syracuse

Espoirs 2015

NIQUE SA MERE L’ESPOIR

Album honni… sans même l’avoir écouté

Extreme Precautions – I (In Paradisum) Le terme honni est faible, faudrait inventer une catégorie à part tant ce disque est une merde sans nom.

Plaisir coupable

Egyptian Lover – I Cry

On retiendra assurément de 2014 que c’est l’année de la sortie d’un album de Morrissey n’apparaissant pas dans mon top 5. Du coup, j’ai fait un top 6.

Top albums

01. Gem Club – In Roses (Hardly Art Records)

02. Pure X – Angel (Fat Possum Records)

03. Grouper – Ruins (Kranky)

04. The Proper Ornaments – Wooden Heart (Slumberland Records)

05. Amen Dunes – Love (Sacred Bones Records)

06. Morrissey – World Peace Is None Of Your Business (Harvest Records)

Top morceaux

01. Foxes In Fiction – Shadow’s Song

02. Morrissey – Mountjoy

03. Johnny Aries – This Grave Is My Bed Tonight.

Top label

01. Hand Drawn Dracula

02. Burger Records

03. Fire Records

Top réédition

01. Rééditions des albums de Wedding Present (Edsel Records)

02. Slint – Spiderland (Touch & Go)

Un concert

The Notwist @ Le Grand Mix à Tourcoing, le 14 Mars 2014.

Révélations 2013

01. Full Ugly (lire)

02. Alpine Decline (lire)

03. Wish (lire)

Espoirs 2014

01. Johnny Aries

02. Cheryll

Album honni… sans même les avoir écouté

1. Foxygen – And Star Power

Plaisir coupable

J’assume tout.

Entre une expatriation de six mois en Chine, un nouveau taff où les sites de streaming n’ont pas droit de cité et un appartement coupé d’internet, l’année 2014 aura été quelque peu… filtrée. Top 2014 façon ermites de la Taïga.

Top albums

01. Gesloten Cirkel – Submit X (Murder Capital)

02. Yong Yong – Greatest It’s (Night School)

03. Koudlam – Benidorm Dream (Pan European Recording)

04. Etienne Jaumet – La Visite (Versatile Record)

05. Valentin Stip – Sigh (Clown and Sunset)

Top morceaux

01. Koudlam – Negative Creep – (Pan European Recording)

02. Container – Glaze (Liberation Technologies)

03. Ricardo Tobar – Hundreds (Desire Records)

Top labels

01. Antinote

02. Raster Noton

Réédition

01. Early Recordings – Bal Paré – Medical records (2014)

Un concert

01. Syracuse (Antinote), 04/09/2014 @ La Plage de Glazart

Révélations 2014

01. Syracuse (Antinote)

02. Night Riders (Svn Sns Records)

03. Bitchin Bajas

Espoirs 2015

01. Voiron (Cracki, Concrete, Rave or Die, One Eyed Jack)

02. Micro cheval (Svn Sns Records)

03. Objekt (Pan)

Album honni

Tout ce qui a pu dégouliner de chez Bromance et autres designers sonores de fêtes foraines

Plaisir coupable

Beaucoup trop coupable

Top albums

01. Future – Honest (Epic)

02. Violet Poison – Non Sequitur (Haunted Air)

03. Birdman, Young Thug & Rich Homie Quan – Tha Tour Part 1 (YMCMB)

04. Aquaserge – A L’Amitié (Chambre 404)

05. Lotic – Damsel In Distress (Janus Berlin)

Top morceaux

01. Vince Staples – Blue Suede (Def Jam)

02. Violet Poison – Force (Haunted Air)

03. Night Riders – L’Espace Et Le Temps (Svn Sns / C’est Ca)

Top label

01. Quality Control (Etats-Unis)

02. Opal Tapes (Royaume-Uni)

Top réédition

01. Hailu Mergia – Hailu Mergia & His Classical Instrument: Shemonmuanaye (Awesome Tapes From Africa)

02. Black Zone Myth Chant – Straight Cassette (Laitdbac)

Un concert

Sun Araw & Laraaji, 03/06/14 @ Espace B

Révélations 2014

01. Migos (Quality Control)

02. Night Riders (Svn Sns Records)

Espoirs 2015

01. Leave Things (Fin De Siècle)

Album honni

01. Caribou – Our Love (Merge)

Plaisir coupable

01. Beyoncé – Beyoncé (Columbia)

Trop tard pour être dans le top, bande de boloss des dates de sortie

01. Starlito – Black Sheep Don’t Grin

02. Kevin Gates – Luca Brasi 2

Top albums

01. John Carpenter – Vortex (Sacred Bones)

02. Helena Hauff – Return to disorder (Panzerkreuz Records)

03. Arca – Xen (Mute)

04. Violet Poison – No Sequitur (Haunted air)

05. NehruvianDoom – Sound of the son (Lex Records)

Top morceaux

01. John Carpenter – Obsidian (Sacred Bones)

02. Wu Tang Clan – Ruckus in B Minor (Warner)

03. Cut Hands – The Claw (Blackest Ever Black)

Top labels

01. Farbwechsel (Hongrie)

02. Odd Frequencies (France)

Top rééditions

01. Straight Cassette – Black Zone Myth Chant (Laitback)

02. Joe Della – Ms.45 (Death Waltz)

03. Psyche – Re-Membering Dwayne (Dark Entries)

Un concert

Helena Hauff (Panzerkreuz Records) @ Petit Bain

Révélations 2014

01. Stephen Olbricht (Farbwechsel)

02. Person of interest (L.I.E.S)

Espoirs 2015

La réédition de Brown Book de Death in June façon Nada Plus.

Album honni

ZAZ, non je déconne, Aphex Twin – Syro (Warp)

Plaisir coupable

Wu Tang Clan – A better tomorrow (Warner)

Que retenir de 2014? Christian Gourcuff qui quitte le FC Lorient, et peut-être en effet un peu de musique… Quelques bonnes pioches, mais surtout l’impression d’être passé à côté de beaucoup de choses, vieilles marottes obligent.

Top albums

01. Avi Buffalo – At Best Cuckhold (Sub Pop)

02. Papercuts – Life Among The Savages (Memphis Industries)

03. Plaid – Reachy Prints (Warp)

04. Childhood – Lacuna (Marathon Artists/Pias)

05. James Yorkston – The Cellardyke Recording And Wassailing Society (Domino)

Top morceaux

01. Traams – Flowers (FatCat Records)

02. Night Riders – Sombre Danse (Svn Sns Records)

03. Motorama – Dispersed Energy (Talitres)

Top labels

01. Svn Sns Records (Parc Des Princes, Paris)

02. Antinote (Paris)

Top rééditions

01. Various Artists – C86 (Cherry Red)

02. Lambchop – Nixon (Merge)

03. Réédition des albums de The Wedding Present

Un concert

Slowdive @ La Route Du Rock

Révélations 2014

01. Geena (Antinote)

02. FKA Twigs (Young Turks)

03. Tsantza (Svn Sns records)

Espoirs 2015

01. Motorama – Poverty (Talitres)

02. Tous les prochains tracks de Geena (Antinote)

03. Le retour de Teenage Fanclub

Album honni

Je crois que Sydney Valette a sorti quelque chose.

Plaisir coupable

The Fresh & Onlys – House Of Spirits (Mexican Summer)

Puisqu’il est temps que 2014 se termine… 2015 : end of the World?

Top albums

01. The War On Drugs – Lost In The Dream (Secretly Canadian)

02. Sebastien Tellier – L’Aventura (Record Makers)

03. Forever Pavot – Rhapsode ( Born Bad Records)

04. Woods – With Light And With Love ( Woodsist)

05. Amen Dunes – Love (Sacred Bones)

06. I Love You But I’ve Chosen Darkness – Dust (Secretly Canadian/Monopsone)

Top morceaux

01. Real Estate – Talking Backwards (Domino Records)

02. Beck – Blue Moon (Capitol)

03. Shamir – Sometimes a Man (Godmode)

Top label

01. Woodsist (USA)

02. Born Bad Records (fr)

Top rééditions

01. Songs: Ohia – Magnolia Electric Co. (Secretly Canadian)

02. The Moles – Flashbacks and Dream Sequences: The Story of the Moles ( Fire Records)

Un concert

Sébastien Tellier (Record Makers), Stereolux @ Nantes

Révélations 2014

01. Quilt (Mexican Summer), Levitation festival @ Angers

02. Cosmo Sheldrake (Transgressive Records), Les Transmusicales @ Rennes

Espoirs 2015

Manceau (label à déterminer)… les gars, ne me décevez pas sinon je vais me faire virer de Hartzine rien que pour avoir mentionné votre nom.

Album honni

Pink Floyd – The Endless River ( Columbia). Ils auraient du l’appeler l’ennui sans fin tellement c’est nul de voir un album fait par la moitié du groupe à partir de chutes d’un album déjà plutôt mauvais…

Plaisir coupable

Étienne Daho – Bleu comme toi ( Virgin)

Top Album

01. Wall Eyed – A quest (Humble records)

02. In Aeternam – Vale Gnd Lift (Minimal Wave)

03. Ekman – Panzerkreuz 1015

04. Cabsum Miradolores Ep MINIBAR032

05. In Aeternam Vale – « Jealous God 05″ – 12 » BLACK – JL005 RP

Top morceaux

01. Ben Vedren & Leiris – Procrastination Minibar

02. Monsalve – La Carcaja

03. Francois X – Rising MDR

Réeditions

01. Tom Ellard 80’s – Cheesecake ( Dark Entries)

02. Severed Heads – Dead Eyes Open (Dark Entries)

Labels

01. Dark Entries

02. Dement3d records

Un concert

Who made who à la Cigale

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VIDEOS

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MIXTAPE

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Tracklist

01. Night Riders - L'Espace Et Le Temps

02. Container - Glaze

03. Motorama - Dispersed Energy

04. Plurabelle - Lindo

05. Sterling Roswell - The Girl from Orbit in Dub

06. Massimiliano Pagliara - With One Another

07. Wild Beasts - Wanderlust

08. Umberto - La Llorona

09. The Acid - Creeper

10. Ritual Howls - Turkish Leather

11. Koudlam - Negative Creep

12. Femminielli Noir - Me Gusta El Dolor

13. Ricardo Tobar - Hundreds

14. Wild Beasts - Wanderlust

15. TRAAMS - Flowers

16. Hannah Diamond - Attachment

17. Prince Innocence - Cold

18. Real Estate - Talking Backwards

19. Johnny Aries - This Grave Is My Bed Tonight

20. NO ZU - Raw Vis Vision

21. J. Cole - Fire Squad

22. John Carpenter - Obsidian

23. Wu-Tang Clan - Ruckus In B Minor

24. SchoolBoy Q - Man Of The Year

25. Foxes in Fiction - Shadow's Song

26. Vanessa Amara - King Machine

27. Karen Gwyer - Girl With Pitbull

28. Lukid - Nine

29. Violet Poison - Force final

30. Cut Hands - The Claw

31. Morrissey - Mountjoy

32. Former Descent - All-In And Losing The Game

33. Stimming - The Southern Sun (Original Mix)

34. Shamir - Sometimes A Man

35. Shellac - Dude Incredible

36. Vince Staples - Blue Suede

37. Watter - This World

38. Beck - Blue Moon

39. Gesloten Cirkel - Submit X

40. Etienne Jaumet - Metallik Cages

41. Kassem Mosse - Untitled B1

42. Frank & Tony - After Days

43. Lorenzo Senni - Elegant and never tiring

44. Aquaserge - Tout arrive

45. Ariel Pink - Black Ballerina

46. Red Axes - Too Late To Samba

47. Ara Koufax - Brenda

48. SLEAFORD MODS - tweet tweet tweet

49. YG - Sorry Momma (Feat Ty Dolla $ign)

50. Azealia Banks - Desperado

51. Yong Yong - Maca Lu-Lu

52. Helena Hauff - Message From Filippo

53. Vessel - Red Sex

54. Andy Stott - Faith In Strangers

55. Arca - Thievery

56. Valentin Stip - Correlation

57. Future - Honest

58. Rich Gang feat. Rich Homie Quan & Young Thug & Birdman - Flava

59. NehruvianDOOM - OM

60. Freddie Gibbs & Madlib - Deeper

61. Takako Minekawa & Dustin Wong - Party on a Floating Cake

62. Morrissey - World Peace is None of Your Business

63. Jessica93 - Asylum

64. Don't DJ - Swifts

66. TOPS - Way To Be Loved

67. Mac DeMarco - Passing Out The Pieces

68. Future Islands - Spirit

69. Papercuts - Still Knocking At The Door

70. Avi Buffalo - Overwhelmed with Pride

71. The War on Drugs - Under The Pressure

72. Amen Dunes - Lilac In Hand

73. Gem Club - Polly

74. Bing & Ruth - The Towns We Love is Our Town

75. Childhood - Right Beneath Me

76. Adam X - Catenary

77. Violet Poison - Palace of Mirrors

78. Ben Frost - Nolan

79. John Carpenter - Vortex

80. Consumer Electronics - Affirmation

81. Plaid - Hawkmoth

82. Odawas - Black Iron Awakening

83. HTRK - Blue Sunshine

84. In Aeternam Vale - 62,54hz

85. ΑΝΑΣΤΕΝΑΡΙΑ _ Vatican Shadow Version

86. Vanessa Amara - Untitled

87. Lotic - Crazy 4 Val Venis

88. Fugazi - Merchandise

89. Black Rain - Protoplasm

90. Tomaga - Malintesi

91. Profligate - Maniac Will Win

92. The Proper Ornaments - Summer's Gone

93. Pure X - Starlight

94. Beau Wanzer - Balloons

95. Koudlam - Tonight

96. Obalski - hotensia

97. A.r.t. Wilson - Janine's Theme

98. Mamiffer - Caelestis

99. Battle Trance – Palace Of Wind I

100. Wife- Heart Is A Far Light

101. Todd Terje - Delorean Dynamite

102. Grouper - Holding

103. Juan Wauters - Escucho Mucho

104. Nas feat A.Z. - Life's A Bitch

105. Lewis - I Thought The World of You

106. Mogwai - come on die young - cody

107. Lambchop - Nixon - The Old Gold Shoe

108. Psyche - Eye Of The Hurricane

109. Joe Delia & Artie Kaplan - Ms. 45 Dance Party

110. Black Zone Myth Chant - My Glory Will Be to Sing Eternal Law

111. Craig Leon - Nommo

112. Hailu Mergia - Hari Meru Meru

113. Kennedy - The Wedding Present

114. Slint - Good Morning, Captain

115. Unwound - Pardon My French

116. Freedom (Hourya) - Abadane

117. Rodion G.A. - Elastic

118. CHA CHA GUITRI - Monsieur Madame

119. Severed Heads - Dead Eyes Opened

120. Patrick Cowley & Jorge Socarras - She Had Her Nerve

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Who are you Berceuse Heroïque?

S'il fallait reconstituer dans un temps futur ce qu'a bien pu être la genèse du label Berceuse Heroïque, tout en dépeignant l'esprit qui y présidait, les historiens de la chose musicale seraient somme toute bien emmerdés : un patronyme tiré d'un morceau du compositeur français Claude Debussy, des bribes éparses d'interview de ci, de là, un blog, un profil Facebook à la logorrhée nihiliste et cryptique, soit au final rien de tangible pour faire tenir un début d'approximation quant au chemin consciemment emprunté par KEMAΛ. Une saillie quand même, indicative, dans les pages d'un Tsugi consacrées à l'underground techno en mai 2004 : "Les membres de la classe ouvrière ne sont pas censés s'amuser à faire de l'art, on est donc voué à l'échec. Ce label ne grossira pas, on fera des disques jusqu'à ce qu'on n'ait plus de fric." Si KEMAΛ n'est pas du style à s'épancher sur sa vie, ses envies, ses projets, d'autant plus avec le quidam de journaliste, il ne reste donc plus que le concret - les disques, l'esthétique - pour donner le la d'une structure n'ayant pas l'once d'un plan promo pour chacune de ses sorties : chaque maxi couché sur bandes est en suivant streamé sur soundcloud, pas de version snippet à la con, ceux voulant s'enquérir des disques sont alors priés de jouer la montre sur les sites de vente par correspondance - tel Honest Jon - pour faire sien l'un des trois cents exemplaires de chacun d'entre eux. KEMAΛ ne sort pas de cassettes, que des vinyles, jamais repressés. Le logo, les flyers, tout comme les pochettes témoignent d'une agressivité militante, d'une défiance anarcho-libertaire à l'adresse d'un ordre établi et verrouillé politiquement. L'aigle se suffit à lui-même pour symboliser la tendance, dure sur l'homme : pas de prisonniers, pas de connivences. Les photos ronéotées servant d'artwork, tirées des plus sales pages de l'Histoire, sont juxtaposées à des citations lourdes de sens, extraites pour la plupart d'auteurs d'hier et de journaux d'aujourd'hui.

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L'orientation musicale est multiple, presque inconciliable dans ses ramifications propres. Proche dans la démarche de labels tels que The Trilogy Tapes de Will Bankhead, Opal Tapes de Stephen Bishop, PAN de Lee Gamble, de l'américain L.I.E.S de Ron Morelli (lire) ou du français In Paradisum (lire), avec notamment Qoso et Low Jack, les sonorités professées s'égrainent des faisceaux les plus bruitistes de la musique électronique contemporaine - tel l'Ekman de Reform ou le Vereker de Murder License -, à des plages d'ambient plus que perchées - Hole du Russe Gesloten Cirkel, Dynasty du Suédois Koehler -, en passant par des édits disco signés Duster Valentine, Jamal Moss ou Japan Blues avec The Brasserie Heroïque (lire). Et ce, sans omettre le sous-label créé dans une optique de réédition documentaire, agrémenté de relectures contemporaines, ayant sorti coup sur coup un double LP consacré à la musique folklorique grecque intitulé Anastenaria flanqué de deux remixes de Pete Swanson et Vatican Shadow, et une réédition du 12" Smell of Metal de Charles Hayward, batteur anglais du milieu du vingtième siècle et fondateur de This Heat, bardé de relectures de JD Twitch et Maxmillion Dunbar. S'il fallait une analogie quelconque à établir avec les quelques décennies écoulées, le curseur serait difficile à situer, quelque part entre les bombardiers techno hollandais du début des années quatre-vingt-dix à la Bunker Records et les chantres du DIY à la Crass de Penny Rimbaud, d'une Angleterre chevauchant le punk pour se vautrer dans le stupre et l'acier d'une musique industrielle telle que congédiée par Genesis P-Orridge et consorts. Sans états d'âme, on passe de la techno martiale de L'estasi Dell'oro avec notamment l'edit Kingdom For A Kiss remixé par Unit Moebius, à la house bien pétée du dernier venu Hodge avec .

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Ekman, autre personnage énigmatique ayant tout de même accepté de se confier à nous en avril dernier (lire), lâche sans détour : "On se concentre surtout sur la musique, et ça fonctionne [...]. Il a, comme beaucoup de gens bien, ses propres psychoses au lieu d’être dans l’hystérie collective comme les gens « normaux »". Pas de crampe du cerveau inutile donc, juste un état d’esprit, comme l'indique d’ailleurs KEMAΛ à qui veut bien l'entendre : "Listen to the edits. They are RAW as our others releases. BH = RAW. No genre.." C'est ainsi que quand les deux derniers cités préparent chacun un mix afin de pitcher la label night du label vendredi 26 septembre à Petit Bain, avec Koehler en sus, les résultats, à écouter et télécharger ci-après, sont radicalement différents. Le rendez-vous est donné (Event FB), pas de pitié pour les manquants.

Mixtape

Audio


Bilan 2012

2012, l'heure du bilan, satanée échéance de fin d'année, un œil dans le rétroviseur l'autre dans le marc de café ; moment redoutable d'élire, honnir et d'espérer. Mais si le meilleur est une promesse sans cesse renouvelée, l'album de l'année est sans doute encore sous cellophane, oublié dans la somme d'enveloppes sous blister non ouvertes et qui par la force des choses le resteront. Aveu de faiblesse d'une rédaction blasée ou morne conséquence d'une actualité musicale aveuglée par le primat de l'instantanéité et devenue difficilement digérable. Les deux mon capitaine, le premier constat n'étant que la conséquence du second. D'où la nécessité pour se préserver de l’écœurement, de mettre un peu d'ordre dans ce fouillis, de trier et classer ce que d'aucuns appelleront "TOP". Voici donc le nôtre, comme à son habitude subjectif et éclectique. En bonus, une mixtape de plus 70 titres, synthèse de nos choix à écouter et télécharger.

TOP 25

25. Femminielli - Double Invitation (Desire Records)
24. TOPS- Tender Opposites (Arbutus Records, Atelier ciseaux)
23. Porcelain Raft - Strange Weekend (Secretly Canadian)
22. Trust - TRST (Arts & Crafts)
21. Mac DeMarco - 2 (Captured Tracks)
20. Ariel Pink - Mature Themes (4AD)
19. Nada Surf - The Stars Are Indifferent To Astronomy
18. Lower Dens - Nootropics (Ribbon Music)
17. Molly Nilsson - History (Dark Skies Association)
16. The KVB - Always Then (Clan Destine Records)
15. Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light (Fat Possum)
14. Dirty Projector - Swing Lo Magellan (Domino)
13. The Soft Moon - Zeros (Captured Tracks)
12. Tamaryn -Tender New Signs (Mexican Summer)
11. Andy Stott - Luxury Problems (Modern Love)

10. Chris Cohen - Overgrown Path

(Captured Tracks)

9. Russian Tsarlag - Midnight At Mary's House

(Not Not Fun Records)

8. Silent Servent - Negative Fascination

(Hospital Productions)

7. Chromatics - Kill For Love

(Italians Do It Better)

6. Scott Walker - Bish Bosh

(4AD)

5. DIIV - Oshin

(Captured Tracks)

4. Kendrick Lamar - Good Kid, m.A.A.d City

(Top Dawg, Aftermath, Interscope)

3. Black Marble - A Different Arrangement

(Hardly Art)

2. Mount Eerie - Clear Moon/Ocean Roar

(P.W. Elverum & Sun)

1. Motorama - Calandar

(Talitres)

Benoît

Top albums

1. Kendrick Lamar - Good Kid, M.A.A.D City (Top Dawg, Aftermath, Interscope)
2. Andy Stott - Luxury Problems (Modern Love)
3. Motorama - Calendar (Talitres)

Top morceaux

1. Prince Innocence - Girls feat. Deniro Farrar (Pretty Pretty Records )
2. Fort Romeau - I Need U (100% SILK )
3. LOL Boys- Changes feat. Heart Streets (Friends Of Friends)

Un concert

Chris And Cosey au Trabendo

Une révélation

Haleek Maul

Espoir 2013

Trinidad James

Album honni

V.A. - Education Française vol.1 (Columbia)

Plaisir coupable

Dominique A - Vers Les Lueurs (Cinq7)

Réédition

Trop Tard - Ils Etaient 9 Dans l'Obscurité (Sacred Bones Records)

Thibault

La musique n'est qu'une promesse tout relative en même temps qu'elle constitue un formidable pont entre le passé et le présent. En 2012, difficile donc de ne pas mettre l'accent sur l'essentiel travail de réédition de labels comme Dark Entries, Minimal Wave, Desire ou Mannequin ainsi que sur la présence de fantômes tutélaires non encore exhumés. Mais difficile aussi de ne pas reconnaître l'extraordinaire créativité s'ébrouant aux quatre coins d'un globe interconnecté - avec une diagonale de choix, certes, de Toronto à Montréal, d'Electric Voice Records à Hand Drawn Dracula.

Top albums

1. Mount Eerie - Clear Moon/Ocean Roar (P.W. Elverum & Sun)
2. Silent Servant - Negative Fascination (Hospital Productions)
3. Femminielli - Double Invitation (Desire records)

Top morceaux

1. John Maus - This is the Beat (A Collection Of Rarities And Previously Unreleased Material - Ribbon Music)
2. The Wake - Host (Fac. Dance 02 - Factory Records)
3. Summer Camp - Losing My Mind (St. Etienne Remix)

Un concert

Chris and Cosey au Trabendo

Une révélation

Lazy Magnet (Night People)

Espoir 2013

Gold Zebra (Visage Musique)

Album honni

Animal Collective - Centipede Hz (Domino)

Plaisir coupable

Ariel Pink - Mature Themes (4AD)

Réédition

Ex-æquo :
Lives Of Angels - Elevator To Eden (Dark Entries)
Ike Yard - Ike Yard (Desire Records)
Trop Tard - Ils Etaient 9 Dans l'Obscurité (Sacred Bones Records)

Nicolas


Infernal top de fin d'année pour ceux, comme moi, n'écoutant plus d'albums ou presque dans leur intégralité. Ce n'est donc pas vraiment un classement mais plutôt un lissage sur l'ensemble de l'année et un melting-pot de plaisirs coupables.

Top albums

1. Les différentes K7 de Russian Tsarlag
2. Aluk Todolo - Occult Rock (NED)
3. Nada Surf - The Stars Are Indifferent To Astronomy (City Slang)

Top morceaux

1. Nazoranai - Not to leave everything to the light outside of you but to be aware of the prayer \"what do i want to do?\" that exists inside of you, and let that go out of you as a light, or things might get worse, no? (Editions Mego)
2. DeViere - Lessons Learned In The Tears Of Deceit (Mathematics Recordings)

Un concert

Ex-æquo :
Chris and Cosey au Trabendo
Loren Connors & Susan Langille à 285 Kent
Florian Hecker au Centre Pompidou

Une révélation

Ex-æquo :
DeViere
Russian Tsarlag

Espoirs 2013

Splash Wave
Sean Mccann s'il ne s'embourbe pas dans ce tournant nouvelle musique
Ce qui se passe autour de Blw Bck et Bookmaker Records
Tout ce que va sortir DJ Speculator/Willie Burns
Le prochain LP de DJ Stingray
Des albums uniquement composés de synthés Détroit sans rien autour
Soundscriber avec uniquement des synthés Détroit et rien autour

Album honni

Tous les trucs avec de la whooble bass

Plaisirs coupables

V/A - Into The Light: A Journey Into Greek Electronic Music, Classics & Rarities (1978-1991)
Romanthony
Kevin Halstead - Paul Johnson - Robert Armani
Djax Up Beats
Marc DeMarco
Les LP acid house de Psychic TV
Morton Sherman Bellucci
Le single d'Aline
William Fowler Collins et les mecs premier degré du revival dark ambiant
Tout mon fil de dl power electronics du début d'année qui occupe l'hiver venu (trop long à énumérer ici)

Aki

Il_s'agit peut-être là de notre dernier bilan si l'apocalypse a bien lieu comme l'ont prévu Nostrad-anus, Paco Rabanne et Maya l'abeille. J'ai donc souhaité leur rendre hommage à travers ma sélection. Quelques bandes originales saluant avec fureur et mélancolie la probabilité de notre destruction prochaine... ou pas !

Top albums

1. The Soft Moon - Zeros (Captured Tracks)
2. The KVB - Always Then (Clan Destine Records)
3. Geoff Barrow/Ben Salisbury - DROKK: Music Inspired By Mega-City One (Invada)

Top morceaux

1. Blackbird Blackbird - It's A War (Lavish Habits)
2. DIIV - Doused (Captured Tracks)

Un concert

Mi Ami à la Flèche d'Or

Une révélation

Black Marble (Hardly Art)

Espoir 2013

Johnny Marr - The Messenger

Album honni

Ex-aequo :
Memory Tapes - Grace/Confusion (Carpak)
Grizzly Bear - Shields (Warp)

Plaisir coupable

Animal Collective - Centipede Hz (Dominol)

Rééditions

Borghesia - Clones (Dark Entries)
The Wake - Box (Captured Tracks)

Sylvain


Il_faut croire que parfois, la mondialisation a du bon : cette année, les bonnes nouvelles musicales sont venues de partout, et en particulier de pays sur lesquels on ne comptait pas franchement jusqu'à maintenant pour élever les débats. En 2012, on se sera donc finalement bien plus intéressé aux écoles russe et italienne qu'à cette Éducation Française dont on nous rebat les oreilles depuis quelques semaines. Il n'y a pas que les indie kids de notre belle contrée à avoir choisi anglais LV1 ces dernières années, et c'est tant mieux pour nos esgourdes.

Top albums

1. Motorama - Calendar (Talitres)
2. DIIV - Oshin (Captured Tracks)
3. Lightships - Electric Cables (Domino/PIAS)

Top morceaux

1. Porcelain Raft - Drifting In And Out (Secretly Canadian)
2. Yan Wagner - On Her Knees (Pschent/Wagram)

Un concert

Ex-aequo :
Jens Lekman à la Gaîté Lyrique
The Present Moment à la Flèche d'Or

Une révélation

Ex-aequo :
Holidays (KIY Records)
Black Marble (Hardly Art)

Espoirs 2013

GRMLN
Elvis Depressedly

Album honni

Frank Ocean - Channel Orange (Def Jam/Universal)

Plaisir coupable

The Raveonettes - Observator (Vice Records)

David

J'ai encore plus dépensé de thunes cette année pour la musique, et ce n'est pas terminé puisque j'ai commandé au Père Noël le Bish Bosch de Scott Walker et les Lost Tapes de Can. Le constat est simple : je continue à préférer creuser pour découvrir des nouveaux sons plutôt que d'écouter des nouveautés. Heureusement que je peux compter sur la rédaction d'hartzine pour rester dans le coup en écoutant tous les mois nos mixtapes éclairées...

Top albums

1. CAN - The Lost Tapes (Mute)
2. Dirty Projectors - Swing Lo Magellan (Domino)
3. Scott Walker - Bish Bosch (4AD)

Top morceaux

1. Dark Dark Dark - Tell Me (Melodic Records)
2. The Garmen District - Nature Nurture (Station Radar)

Un concert

Godspeed You! Black Emperor au Cirque Royal (Bruxelles)

Une révélation

Joe Tossini and Friends (IEA)

Espoirs 2013

Ensemble Economique
Johnatan Fitoussi
Black Marble

Plaisirs coupables

Kap Bambino
Grimes
Blouse

Emeline

Il_faut bien se rendre à l'évidence : en 2012, l'envie de lire des magazines et des blogs musicaux m'a prise aussi souvent que celle de manger des choux de Bruxelles. Honnêtement, je préférerais lire cent fois l'intégrale de So Foot qu'encore une seule critique complaisante du dernier album d'un groupe mou du genou dont personne n'a écouté l'album jusqu'au bout. Et une fois débarrassée de tout ce discours mielleux ou faussement haineux qui l'entoure, je n'en aime que d'autant plus la musique.

Top albums

1. Molly Nilsson - History (Dark Skies Association)
2. Wall Of Death - Main Obsession (Born Bad Records)
3. Yan Wagner - Forty Eight Hours (Pschent/Wagram)

Top morceaux

1. John Maus - No Title (Molly) (A Collection Of Rarities And Previously Unreleased Material - Ribbon Music)
2. Ex-aequo : Beak> - Wulfstan II (Invada)
The Chap - Painkiller (Lo Recordings)

Un concert

Ex-aequo :
Ty Segall au festival BBmix
Thurston Moore aux Instants Chavirés
King Krule au Point Éphémère

Une révélation

Ex-aequo :
Azealia Banks
Pond

Espoirs 2013

Le gagnant de la Star Academy
L'album de La Femme
Une tournée de Love Inks
Le concert de Glenn Branca à la Cité de la Musique

Plaisir coupable

N'importe quelle compile de singles de Britney Spears

Réédition

John Maus - A Collection Of Rarities And Previously Unreleased Material (Ribbon Music)

Hélène

Top albums

1. Chris Cohen - Overgrown Path (Captured Tracks)
2. Trust - TRST (Arts & Crafts)
3. Here We Go Magic - A Different Ship (Secretly Canadian)

Top morceaux

1. Dream Affair - The Porter (Nostilevo)
2. Ricardo Tobar - Together (Natura Sonoris)
3. Mount Pleasant - Lakers (Self Released)

Un concert

Ex-aequo :
WhoMadeWho au Point Éphémère
The Soft Moon au Point Éphémère

Une révélation

Ex-aequo :
TOPS (Arbutus)
Mac DeMarco (Captured Tracks)

Espoirs 2013

Yan Wagner
Breeze
Splash Wave

Album honni

Grimes - Visions (4AD)

Plaisir coupable

DIIV - Oshin (Captured Tracks)

Réédition

Sensations' Fix - Music Is Painting In The Air (Rvng Intl.)

Eric

Il_est des années où l'on se creuse la tête pour trouver ne serait-ce que deux albums qui nous marqueront pour longtemps, il en est d'autres où l'on s'arrache les cheveux pour en sélectionner trois parmi vingt-sept. 2012 fait indéniablement partie de ce second cas de figure. Voici donc un bilan qui ne ressemble en rien à celui élaboré hier et fondamentalement différent de celui que j'aurai en tête demain mais qui, à l'image des presque douze derniers mois passés, se veut éclectique.

Top albums

1. Motorama - Calendar (Talitres)
2. Porcelain Raft - Strange Weekend (Secretly Canadian)
3. Bill Fay - Life Is People (Dead Oceans)

Top morceaux

1. Wild Nothing (Feat. Andrea Estella) - Nowhere (Nowhere 7"/Captured Tracks)
2. Chromatics - Lady (Kill For Love/Italians Do it Better )

Un concert

Blouse au Grand Mix (Tourcoing)

Une révélation

Toy (Heavenly Recordings)

Espoirs 2013

Guards
My Bloody Valentine (espoir récurrent depuis vingt ans mais semblerait-il qu'il y ait enfin matière à espérer)

Album honni

Alt-J - An Awesome Wave (Infectius)

Plaisir coupable

Best Coast - The Only Place (Wichita/Pias)

Anthony

Ça commence à se voir que la fin du monde annoncée n'était qu'un coup marketing monté par des promoteurs de soirées et des DA de chaînes câblées cyniques et vulgaires, non ?

Top albums

1. Mount Eerie - Clear Moon (P.W. Elverum & Sun)
2. Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light (Fat Possum)
3. Lower Dens - Nootropics (Ribbon Music)

Top morceaux

1. Dirty Projectors - Gun Has No Trigger (Domino)
2. Frank Ocean - Bad Religion (Def Jam)

Un concert

Perfume Genius + Parenthetical Girls à Glasslands (New-York)

Une révélation

Tops (Arbutus Records)

Espoir 2013

Ex Cops (Fat Possum)

Album honni

Japandroids - Celebration Rock (Polyvinyl)

Plaisir coupable

Ariel Pink's Haunted Graffiti - Mature Themes (4AD)

Amélie

Drôle d’année 2012. Année en intervalle, à cheval sur des promesses anciennes et des déceptions à venir. Il y eut tout de même des choses dont on se souvient : des erreurs d’apprentissage, des découvertes et des révélations suspendues, des rencontres, de la démesure et même par-ci, par-là un peu d’excitation véritable.

Top albums



1. Kendrick Lamar - Good Kid, M.A.A.D City (Top Dawg, Aftermath, Interscope)
2. Chris Cohen - Overgrown Path (Captured Tracks)
3. Woods - Crisp Bend Beyond (Woodsist)

Top morceaux

1. Molly Nilsson - Skybounds (Dark Skies Association)
2. Angel Haze - New York (Island)

Un concert

Talib Kweli et Mos Def au Bataclan

Une révélation

Total Slacker (Impose Records)

Espoir 2013

Franklin James Fisher

Plaisir coupable

Frank Ocean - Channel Orange (Def Jam)

Thomas

Une cuvée raisonnablement bonne, sans grand éclat non plus. Moins de musique étonnante et edgy que l'année dernière venant de la jeune scène, mais de belles choses. C'est néanmoins une année où tous les groupes mous du genoux ont eu davantage la parole, donc je suis resté sur ma faim.

Top albums

1. Scott Walker - Bish Bosch (4AD)
2. Tamaryn - Tender New Signs (Mexican Summer)
3. Monolake - Ghosts (Monolake/Imbalance Computer Music)

Top morceaux

1. Xiu Xiu - Hi
2. Ike Yard - Loss (Regis Remix)

Un concert

Swans (Trabendo 19 novembre)

Une révélation

Black Marble

Espoir 2013

Emptyset

Album honni

Purity Ring - Shrines

Plaisir coupable

DIIV

Marie-Eva

Je ne conçois pas la musique comme une actualité donc je "découvre" plutôt des groupes d'il y a quarante ou cinquante ans, ou même deux ans. 2012 est peut-être l'année où j'ai vu le moins de concerts depuis que je vais voir des concerts et la plupart des nouveautés ne m'ont inspiré qu'une profonde lassitude. Ceci dit, me connaissant, il faudrait sans doute m'interroger sur mes groupes préférés de 2012 en 2015. En attendant 2013...

Top albums

1. Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light (Fat Possum)
2. Beach House - Bloom (Sub Pop)
3. Raw Thrills - Sick Steez (Sixteen Tambourines)

Top morceaux

1. Le Réveil Des Tropiques - Antibes (Music Fear Satan)
2. Air - Parade (EMI)

Un concert

Spiritualized à la Cigale

Une révélation

J'ai vu Ariel Pink en concert et j'ai trouvé ça bien.

Espoir 2013

Je ne fais jamais de pronostics sur la musique.

Album honni

J'ai pas eu le courage d'écouter l'album en entier mais je déteste tout ce que j'ai entendu de Grimes.

Plaisir coupable

Daniel Rossen - Silent Hour/Golden Mile (Warp)

Mixtape

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1. Chromatics - Lady
2. John Maus - This Is The Beat
3. Yan Wagner - On her Knees
4. Blackbird Blackbird - It's a War
5. Black Marble - Static
6. DIIV - Doused
7. Trust- Sulk
8. DeViere - Lessons Learned In The Tears Of Deceit
9. Haleek Maul - 88
10. Geoff Barrow and Ben Salisbury -The Men Who Never Learned
11. Ike Yard - A Loss (Regis Version)
12. John Maus - No title (Molly)
13. Lower Dens - Lamb
14. Can - Millionenspiel
15. The Wake - Host
16. Chris Cohen - Monad
17. Danie Rossen - Up on High
18. Elvis Depressedly - Hotter Sadness
19. Woods - Give Your Light Off
20. Bill Fay - Be At Peace With Yourself
21. Dark Dark Dark - Tell Me
22. Molly Nilsson - Skybound
23. The Garmen District - Nature Nurture
24. Porcelain Raft - Drifting In & Out
25. GRMLN - Coral
26. Ariel Pinks Haunted Graffiti - Synphony of the Nymph
27. Tops - Turn Your Love Around
28. Holidays - Sleepless
29. Motorama - To The South
30. Raw Thrills - Run Spot Run
31. Wall Of Death -Thender Sky
32. Dirty Projectors - Guns Has No Trigger
33. Franck Ocean - Bad Religion
34. LOL Boys - Changes feat. Heart Streets
35. The Chap - Painkiller
36. Pound - Eye Pattern Blindness
37. Prince Innocence - Girls feat. Deniro Farrar
38. Kendrick Lamar - m.A.A.d city (feat. MC Eiht)
39. Angel Haze - New York
40. Franklin James Fisher - Algiers Blood
41. Xiu Xiu - Hi
42. The Soft Moon - Inside
43. The KVB - The Truth
44. Dream Affair - The Porter
45. Beak > - Wulfstan
46. Femminielli - Chauffeur
47. Emptyset - Avichi
48. Andy Stott - Numb
49. Monolake - Ghosts
50. Silent Servant - Invocation Of Lust
51. Lives Of Angels - The Black Radiant Sky
52. Mount Pleasant - Lakers
53. Yan Wagner - Forty Eight Hours (Splash Wave ruckus Edit)
54. Fort Romeau - I Need U
55. Ricardo Tobar - Together
56. Tamaryn - I'm Gone
57. Summer CAMP - Losing My Mind (Saint-Etienne remix)
58. Animal Collcetive - Honeycomb
59. Scott Walker - Epizootics
60. Nazoranai - Not To Leave Everuthing To The Light Outside Of You But To Be Aware Of The Prayer
61. Russian Tsarlag - Midnight At Mary's House
62. Air - Parade
63. Toy - When I Went Back
64. Le Reveil des tropiques - Antibes
65. Total Slacker - Friend Crush (Friends cover)
66. Nada Surf- Waiting For Something
67. Guards - Coming True
68. Here We Go Magic - How Do I Know
69. Spiritualized - Hey Jane
70. Johnny Marr - The Messenger
71. The Raveonettes - She Owns The Streets
72. Wild Nothing - Nowhere
73. Ex Cops - James
74. Mount Eerie - House Shape


Who are you Service?

Une décennie que le label suédois Service éclabousse de son élégance minimaliste le landerneau indie-pop. Et si certains se sont carapatés quelques rues plus loin dans un Göteborg à la créativité fourmillante, tel le duo The Tough Alliance - qui en créa dès 2006 son propre label, Sincerely Yours, avant de se séparer en 2009 - d'autres, comme The Embassy, auteur de l'indispensable Tacking (2007), Erik De Vahl, Jens Lekman, ou plus récemment Ikons, restent fidèles parmi les fidèles du label, grimant ses lettres de noblesse dans un catalogue, certes resserré, mais sans faute de goût apparente. Entre électro-pop radieuse et synthétique, house crossover et shoegaze éthéré, Service cultive une esthétique procédant tout à la fois de la beauté froide d'une scène suédoise extensible, et d'une fascination sans limites pour celle anglaise, comme si Technique (1989) de New order avait été l'ultime et indépassable disque de pop music électronique. Laboratoire à l'alchimie reconnaissable entre toutes, la structure met les petits plats dans les grands à l'heure de souffler ses bougies : une compilation digitale, à télécharger par ici, est ainsi offerte au chaland, quand un blog retrace à coup de photos, vidéos et top ten cette brève histoire au long cours. L'occasion était donc toute trouvée pour questionner Ola Borgström, pierre angulaire du label, mais aussi pour dresser deux top ten ci-dessous éventés, l'un audio, l'autre vidéo.

Raconte-moi comment Service est né ? Qui est derrière ? Quelle est l'idée d'origine ?
Tell me how Service Records was born? Who is behind? What was the idea of origin?

On ne peut pas vraiment parler d'idée à l'origine : à la base, c'était juste Dan de Studio et moi. On traînait dans les rues de Göteborg avec l'impression que quelque chose allait finir par arriver. Et sans aucune ambition ou but en particulier, mais avec tout de même une sorte de détermination bizarre, on a commencé à agir, spontanément, mais tout en suivant une certaine direction. Une sorte de culture s'est formée, et (dés-) organisée, propulsant toute une scène locale qui s'est développée juste après.

There was no real origin, just me and Dan from Studio bumming around on the streets of Göteborg with a feeling something had to happen. And so with no particular ambition or goal, but with a strange confidence, actions were taken, spontaneously but in a certain direction. Some kind of culture was created and (dis)organized, and catalyzing the local scene that boomed shortly after.

Pourquoi ce nom ?
Why this name, Service Records?

Essaie de chercher ça sur Google.

Try to google it.

Quel sentiment as-tu quand tu considères ces dix dernières années ?
How do you feel about the last ten years?

Un sentiment doux-amer, comme si on n'avait pas encore atteint notre potentiel en termes de public. Il reste des perles rares qui attendent toujours d'être découvertes.

A bittersweet feeling that our stuff has not yet fulfilled it's public potential. They are are pearls still waiting to get found.

Quelles sont les sorties dont tu es le plus fier ?
What are the releases you are most proud of?

Je les considère toutes comme mes bébés adorés, mais certains d'entre eux ont besoin d'un peu plus d'attention: Optimismens hån de Franke est magistral et devrait être considéré comme l'un des meilleurs albums du 21ème siècle. Tacking de The Embassy est juste parfait et Secrets Adrift de Erik de Vahl est ensorcelant.

All of them are precious babies, but some need more attention: Franke "Optimismens hån" is super majestic and must be discovered as one of the greatest albums of the 21st century. The Embassy's "Tacking" is perfect and Erik de Vahl's "Secrets Adrift" keeps mystify.

Service sort aussi bien des albums de shoegaze que de synthpop... Comment choisis-tu les artistes avec qui tu travailles ?
Service Records releases slow pop
as well as shoegaze or synthpop's records… How do you choose the artists you work with?

C'est juste une question d'avoir les mêmes attitudes. Si on peut vivre, travailler et jouer ensemble, la musique finit généralement aussi par être géniale.

Ah it's a matter of sharing existential attitudes. If we can live, work and play together, the music usually turns out to be brilliant too.

Quelles sont les relations entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Il n'est pas question de carrière, mais de faire partie d'un collectif.

It's an anti-career, pro-living collective.

Quelle est la ligne artistique du label ? Y-a-t-il une esthétique dans laquelle s'inscrit chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept you try to keep for every release?

Toutes les sorties s'auto-suffisent en elle-mêmes et n'ont pas vraiment besoin de faire de références à autre chose ou d'appartenir à une scène ou un son en particulier. On peut voir ça sur les pochettes au design souvent plat, gris et minimaliste.

All releases are self-sufficient pieces of works, hardly referring outside themselves, not trying to be part of a "sound" or a "scene". This can be easily seen on the often kind of flat, grey, minimalist artworks.

Service vient de sortir une compilation pour ses dix ans. Les choix n'ont pas été trop durs à faire ?
The label has just released a free compilation for its tenth birthday. Was it not too hard to select the tracks?

Je voulais que cela soit évident et magistral. Et que tous les artistes soient représentés. Et que le flow des morceaux soit bon. Et inclure le nouveau single de Ikons, ''Free Spirit'', pour aller de l'avant, comme une fenêtre sur le futur.

I wanted it to be obvious and majestic. And of course cover all artists. And have a nice track order flow. And include Ikons' new single Free Spirit for pointing forward, futurewise.

Quel est le futur proche du label ?
What’s gonna happen in the near future for Service Records?

Life Rhythm, le nouvel album phénoménal de Ikons, que je considère comme la version suédoise de Screamadelica. Swedendelica peut-être? C'est vraiment génial. Le premier morceau, Free Spirit, est téléchargeable dès maintenant sur notre site et la toute nouvelle vidéo pour le single Sister est à visionner par . Et un peu plus tard, un nouvel album de The Embassy !

A new phenomenal album by Ikons called "Life Rhythm", which I think of as kind of a Swedish Screamadelica. A Swedendelica? It's really amazing.
The first track Free Spirit is downloadable now on our site and a brand new video for another single, Sister, here. And later this year: finally a new Embassy album!

Et le futur... dans dix ans ?
And the future...In another ten years?

Comme l'ont dit les Sex Pistols: No Future.

Like Sex Pistols says: No Future

Podcast : le top ten d'Hartzine

TOP  SERVICE RECORDS by Hartzine à écouter sur Spotify

01. The Embassy - Some Indulgence
02. Kool DJ Dust - Driverunserver
03. The Embassy - New Plans
04. Ikons - Honey
05. Forest - Out In The Streets
06. The Whitest Boy Alive - Burning
07. The Tough Alliance - Koka-Kola Veins
08. Erik De Vahl - Summertime
09. Lake Heartbeat - Golden Chain
10. Franke - Öppna Alla Dörrar Och Fönster


Histoire de... Rough Trade

"Il est flatteur que les gens s’intéressent au passé, mais la chose la plus importante est ce qui arrive maintenant, ce qui arrivera ensuite." Geoff Travis

S'étant constitué un stock non négligeable de vinyles au cours de sa traversée en stop des États-Unis, vinyles qu'il prend le soin d'envoyer à son domicile londonien par la poste, Geoff Travis, ex-étudiant de Cambridge, décide, dès son retour, d'ouvrir une échoppe de disques à l'image de celles croisées lors de son périple américain. Un magasin aménagé tel un lieu de vie, flanqué d'énormes enceintes et d'un canapé défoncé, où l'on peut écouter ses trouvailles sans personne pour presser à l'achat. Ainsi, dès février 1976, Ladbroke Grove, quartier ouest-londonien regorgeant à la fois d’excentriques et de rastas, accueille la toute première boutique Rough Trade, point de départ de l'une des plus passionnantes aventures de la musique indépendante contemporaine. Spécialisé au départ dans les imports américains et jamaïcains, Rough Trade devient vite, avec Kings Road, l'un des centres névralgiques d'un mouvement punk alors en pleine gestation. Après avoir splitté les éphémères London SS, Mick Jones et Paul Simonon, deux habitués créchant dans le coin, recrutent Joe Strummer, leader de 101'ers se produisant à deux pâtés de maisons, pour former The Clash. Steve Jones, futur Sex Pistols, vient lui revendre les disques qu'il pique dans d'autres boutiques tout en se gavant les multiples fanzines ronéotés dont l'américain Punk ou le londonien Sniffin' Glue. La connexion est telle que Métal Urbain, l'un des premiers groupes punk français avec les Stinky Toys, pousse la structure à muer en label dès 1978 et sortir son premier single, Paris Maquis. Pourtant, si le punk laisse une indélébile trace le code génétique de Rough Trade, celle-ci est plus à déceler dans la volonté et le DIY intégral animant la structure que dans l'esthétique musicale en émanant. Plurielle, celle-ci se nourrit avant tout des qualités intrinsèques de Geoff Travis et de ses acolytes, notamment dans leur anticipation de la scène post-punk.

Les Swell Maps comme The Normal incarnent à merveille le rôle endossé par le disquaire/label, structurant peu à peu un efficace réseau de distribution indépendant. En 1977, le single Read about Seymour des premiers est un quasi fiasco et ce même avec le soutien de John Peel, DJ à Radio One. Suite au passage impromptu de Nikki Sudden, membre des Swell Maps, dans la boutique de Westbourne Park Road, Rough Trade rachète tous les exemplaires restants du single et les achemine un peu partout en Angleterre, déclenchant subséquemment l'un des premiers phénomènes post-punk. Ne se plaçant pas en qualité de label, mais en tant que coordinateur de micro-structures qu'ils aident par les accords "P&D" - pour ''pressage and distribution'' - à se financer, Rough Trade est à l'origine du développement d'une myriade de label dont Rather des Swell Maps et Mute de Daniel Miller. En plus d'utiliser la boutique comme adresse postale, ce dernier reçoit une avance pour un second pressage de son inaugural Warm Leatherette, single qui deviendra par la suite un classique des premières expérimentations électroniques : "En sortant ce disque, je suis devenu une maison de disque, Mute". Miller est très vite submergé de cassettes démos, dont celle de Frank Tovey dont il éditera le premier album, Fireside Favourites, sous le nom de Fad Gadget. En 1981, suite à concert en première partie de Fad Gadget, Miller intègre un autre groupe alors inconnu dans sa jeune structure : Depeche Mode.

Au-delà de fédérer et de structurer le milieu indépendant selon une méthode plus professionnelle que celle des labels Factory (Joy Division) ou Fast Product (Gang of Four) - au point d'instiguer The Cartel, coopérative de distribution indépendante impliquant les labels Backs (Norwich), Fast Forward (Édimbourg), Probe (Liverpool), Revolver (Bristol), Red Rhino (York) et Small Wonder (Londres) - Rough Trade ne développe pas moins une approche originale, fondée sur la confiance, eut égard à ses modes de gestion interne et ses relations avec les artistes. En plus des accords "P&D" avec les labels émergents, la structure ne signe avec les groupes que des contrats mono-disque partageant à 50/50 les bénéfices, après couverture des charges de production. Une attitude tranchant avec celle des majors se disputant les groupes à coups de contrats juteux longue durée, hypothéquant mécaniquement la créativité de groupes ployant sous la pression d'une obligation de résultats. Sans avance, les groupes du label se doivent de contribuer au fonctionnement du magasin. Un fonctionnement interne pour le moins spécifique, centré sur l'idée de coopérative : chacun dispose d'un salaire équivalent quand la répartition des tâches se fait par rotation. Empruntant des chemins de traverse, entre utopie collectiviste et réalisme entrepreneurial, Rough Trade arrive à ses fins et met en orbite le groupe punk irlandais Stiff Little Fingers qui atteint la quatorzième place des charts avec son second album, Inflammable Material. S'ensuit une période faste, entraînant de l'ombre à la lumière une flopée de groupes tel que Cabaret Voltaire - avec Geoff Travis à la production du single Nag Nag Nag - The Fall, The Monochrome Set ou The Raincoats.

En 1982, le label, sortant plus d'un LP par mois, s'autonomise juridiquement de la boutique - qui déménage au 130 Talbot Street - et bouscule ses principes de base sur l'autel d'une signature prestigieuse : The Smiths. Le groupe de Morrissey et Johnny Marr sort en 1983 via Rough Trade Hand in Glove, single fascinant un public vouant aux gémonies les synthétiseurs, et signe derechef le tout premier contrat longue durée du label. Le succès instantané des Smiths provoque l'emballement de la structure qui en perd quelque peu son latin, les charts nationaux devenant l'objectif à coups d'immenses campagnes de publicité. Accédant au statut bâtard de major parmi les indés, Rough Trade souffre d'une inadéquation consubstantielle de son organisation semi-collectiviste à la gestion purement économique d'une entreprise culturelle. En 1991, les disques des Smiths ne rapportent plus assez pour couvrir des pertes qui s'accumulent, à tel point que le label met la clé sous la porte.

Financièrement indépendantes, les boutiques tiennent le cap et se multiplient. Un temps franchisées à Paris ou Tokyo, on en dénombre trois à Londres dont celles du 130 Talbot Street, de Covent Garden (1988) et Brick Lane (2007). Le label, quant à lui, renaît véritablement de ses cendres en 2001 et l'acquisition de l'ensemble des droits du catalogue par l'inusable Geoff Travis et l'ex-Public Image Ltd, Jeannette Lee. S'ensuit une série de succès commerciaux - dont The Strokes, The Libertines, Arcade Fire, Belle & Sebastian ou Sufjan Stevens - se concluant par la signature dès 2007 d'un partenariat avec le groupe Beggars, créé lui aussi en 1977 et à l'origine des labels Situation Two et 4AD, lui ouvrant plus que jamais les portes du marché US tout en lui garantissant l'indépendance dont profitent les autres labels membres du groupe, Matador en tête.

Do It Yourself: The Story of Rough Trade

Do It Yourself: The Story of Rough Trade est un documentaire passionnant de quatre-vingt-dix minutes réalisée par la BBC Four et retrace l'histoire du label.


From the Vault : Story of Skinny Puppy (1/2)

L’histoire de Skinny Puppy pourrait être celle d’une banale rencontre, celle de cEvin Key, encore connu sous le nom de Kevin Crompton, alors claviériste du très pop Images In Vogue, et de Kevin Ogilvie, futur vocaliste en puissance. Elle naîtra plutôt d’une dissociation culturelle et sociale qui, avec l’émergence de la musique industrielle new wave ou punk,  invite nos deux comparses à repousser les limites des carcans musicaux imposés afin d’installer leur vision du monde, une dissection pessimiste et désenchantée du genre humain. Crompton claque la porte du néo-romantisme barbant d’Images In Vogue pour renouer avec la percussion et la programmation, ses domaines de prédilection. Tous deux attirés par l’étrange et les images chocs, Ogilvie et Crompton composent leur première bande, intitulée Back & Forth. Il s’agit d’un entrelacs d’éléments bruitistes et expérimentaux sous couvert de dance music, aussi aliénant qu’aliéné et démontrant l’attirance du duo pour les choses de l’étrange. Ogilvie, rebaptisé Nivek Ogre, y pose ses première psalmodies,  et y révèle sa voix rauque et éraillée.  Edité à 50 copies, seulement 35 seront mises à disposition du public, la moitié étant proposée avec un mixage accéléré dû à une erreur de manipulation durant l’édit. Un joyeux foutoir qui, loin de desservir le groupe, attirera l’attention du très indépendant label Nettwerk Productions.

De prime abord réticent à quitter le milieu de l’auto-production, pensant clairement se faire mettre en laisse par l’autorité toute puissante des maisons de disque, Skinny Puppy accepte de signer un contrat le liant pour deux albums à l’unique condition d’avoir le contrôle total de sa production. C’est durant cette période que le duo engage Bill Leeb, claviériste de talent rebaptisé pour l’occasion Wilhelm Schroeder, avec qui Ogre avait sympathisé, celui-ci traînant également dans le giron d’Images In Vogue. Ils s’adjoignent également des services de Dave 'Rave' Ogilvie (rien à voir avec Ogre), jeune producteur talentueux qui fera ses armes aux côtés de Skinny Puppy et dont l’incroyable génie accompagnera les Canadiens tout au long de leur carrière. Il est d’ailleurs considéré comme l’homme de l’ombre du groupe ou, selon certains, son quatrième membre.

Premières morsures

Remission est la première sortie de notre chiot maigrelet. Sous couvert de mélodies new wave, en somme tout en adéquation avec son époque, le groupe livre une excroissance électro tuméfiée et maladive. Des titres  comme Glass Houses cultive une certaine touche nightclub tout en plantant un pied dans la tombe, car ne nous leurrons pas, avec Remission, Skinny Puppy commence à jalonner  sa musique de références auditives douloureuses qui deviendront peu à peu la marque de fabrique du groupe. Nivek Ogre scande des lyrics à la limite du dérangeant, de façon hachée et erratique, sa voix habitant la rythmique des morceaux de la manière la plus effrayante qui soit. Avec ce premier EP, le trio nous livre une vision digressive, violente et pernicieuse de la dance music sévissant à l’époque, une perle électro-indie lacérée au couteau. Et encore, ce n’est qu’un début.

Un an plus tard, nos puppies passent au long format avec Bites. Si l’on ne constate pas de véritable changement (quoique), on dénotera une certaine affirmation du trio pour plonger l’auditeur dans une ambiance macabre.  Certains titres parlent d’eux-mêmes : Dead Lines, Blood On The Wall, Basement… Le style s‘affine également - enfin cela reste une allégorie puisqu’on peut voir en Assimilate une forme d’enseignement à coups de marteau dans le crâne. On a connu plus raffiné. Bites laisse néanmoins apparaître quelques écorchures dans sa structure mélodique, constat d’un refus de s’appuyer sur des codes prédéfinis. Blood On The Wall se teint de vomissures post-synthétiques et de relents mécaniques tandis que Social Deception nous offre une immersion suffocante dans les méandres d’un dark-ambient des plus nauséabonds. Ogre affirme son chant, sorte de spoken-word maléfique passé à la moulinette de divers filtres, avec lesquels il joue avec un insatiable sadisme. Un album aussi éprouvant moralement qu’indéniablement inventif. Assimilate permet d’ailleurs aux Canadiens de rentrer dans les charts US et même européens, où l’album recevra un accueil des plus chaleureux. Pas si étonnant quand on sait que le talent de groupes comme Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire est maintenant reconnu et que nous sommes en pleine crise EBM.

Now, the show must start!

C’est sans réelle tension que Bill Leeb décide de quitter le groupe en 1986, celui-ci n’ayant pas réussi à affirmer sa place au sein de la formation et travaillant désormais sur son propre projet aux côtés de Rhys Fulber et Michael Balch, Front Line Assembly. Bill Leeb retrouvera à nouveau sporadiquement les membres de Skinny Puppy, d’abord Ogre, la même année, autour de Muteual Mortuary, puis bien plus tard, cEvin Key sur Cyberaktif par l’intermédiaire du label Wax Trax !.

Le départ d’un membre marque l’arrivée d’un autre. Dwayne R. Goettel, ex-membre du groupe dark-synth Psyche, rejoint les rangs de Skinny Puppy, devenant rapidement l’une des pierres angulaires du groupe de Vancouver. Lassé de jouer les seconds couteaux pour les frères Huss, c’est tout naturellement que Goettel accepte l’invitation des puppies, apportant dans ses bagages un lot de noirceur qui finira de constituer les fondations du groupe. Si l’on a trop souvent tendance à réduire le band canadien au seul couple Key-Ogre, il est impensable de renier le travail abattu par Goettel sur la musique de ces pionniers de la dark-indus. Mind : The Perpetual Intercourse, second LP du groupe, abonde en ce sens. Ce nouvel album se veut résolument plus sombre, alternant pistes électro-expérimentales et indus post-apocalyptique. Pas encore véritablement libéré d’une certaine emprise dance, des morceaux comme Dig It, Chainsaw ou Gods Gift (Maggot) plongent malgré tout l’auditeur dans l’horreur absolue. Dig It d’ailleurs, malgré sa fascination perfide, se hissera en haut des charts indie, offrant à Skinny Puppy sa première tournée américaine.

Sur scène, le trio déploie une énergie et une intensité incommensurables. Les prestations des puppies attirent des foules toujours plus curieuses d’accéder à ce petit théâtre de la souffrance. Car en effet, si le live permet une mise en exergue grand-guignolesque et virulente des tubes du groupe, les planches deviendront peu à peu le terrain de jeu de Nivek Ogre, rivalisant d’ingéniosité pour élaborer les mises en scènes les plus scabreuses et innommables. Entre auto-flagellation et scarification, le chanteur harangue les spectateurs de sa voix mécanique, couvert de sang… et parfois d'un peu du sien. Ogre s’impose rapidement comme le leader de Skinny Puppy, ou du moins son porte-parole, livrant à travers des shows transgressifs et malsains les messages qui deviendront la clé de compréhension de la niche morbide du chiot.

Lorsqu’un an plus tard, Cleanse, Fold & Manipulate déboule dans les bacs, le groupe décide d’intervenir de lui-même afin de ne pas trop perturber son auditoire grandissant, et c’est en ces termes que Skinny Puppy définit son troisième opus : « Cleanse, Fold & Manipulate est notre disque le plus difficile d’accès réalisé à ce jour ».  En effet, si First Aid agrippe l’auditeur autour d’une plongée aussi macabre que sinistre, le reste de l’album continue de battre ses tympans beats métalliques syncopés, décharnés, aidés d’un chant sépulcral et de mélodies d’une noirceur abyssale. Les paroles de Nivek Ogre deviennent de plus en plus abstraites, s’ancrant au personnage bourreau/victime qu’il s’est lui même créé, distillant un climat de terreur et de paranoïa tout au long de l’album. Bien que moins accessible, Cleanse, Fold & Manipulate n’en demeurera pas moins un incommensurable succès, ouvrant la brèche sur une toute autre manière de penser la musique.

Si pour beaucoup, VIVIsectVI semble être le point d’apothéose de la carrière de Skinny Puppy, celui-ci n’aura pas été accouché sans douleur. Pondu dans la tourmente, VIvisectVI s’ancre dans une période trouble et incertaine du groupe, née notamment de dissensions entre Nivek Ogre et cEvin Key concernant le leadership et l’orientation musicale de SP, des tensions liées à la consommation narcotique grotesque et des plus inquiétantes du chanteur, etc. Pourtant, aussi bestial qu’épuré, VIvisectVI est le chantre douloureux des convictions sociologiques du trio de Vancouver. Un résumé sale, politisé et dépravé des causes contre lesquelles nos buveurs de sirop d’érable se sont toujours dressés. Un condensé râpeux d’extrémisme musical et de poésie hystérique. Alliage contre-nature de sonorités hurlantes et de nappes ambient. VIvisectVI donnera lieu à l’une des tournées les plus conséquentes du groupe, marquée par les prestations les plus sanguinolentes d’un Ogre tourmenté - celui-ci se lacérant avec virulence où mettant en scène le dépeçage d’animaux afin de protester contre la vivisection, ce qui vaudra au groupe quelques allers-retours sous les verrous.

Vidéos


Bilan 2011

 

Le bilan de l'année musicale vue à travers le prisme des tops de la rédaction. Miscellanées subjectives et sans autre forme de justification ou simplement le recensement de ce que chacun de nous a cru bon garder de 2011. Perdez-vous dans ce que bon vous semble et merci pour votre fidélité.

TOP albums hartzine

Benoît / Aki / Thibault / Calogero / Emeline / Nicolas / David / Sylvain / Eric / Thomas / Max / Charles / Amélie / Anthony / Cyrille / Simone / Elodie / Hélène

Benoît

2011, la musique comme seul refuge, garante du peu d'humanité qui nous reste. Au seuil  d'un monde en faillite, le marginal résiste au renoncement et sort de l'ombre avec sous le bras, la seule chose qu'il n'a pas laissée au Mont-de-Piété : son imagination, tel un grand éclat de rire à la face de la barbarie quotidienne. Avec elle, il s'apprête à survivre à la civilisation.

Top albums

1. John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves (Upset! The Rhythm)
2. Virgor Four - Resurrection (Rush Hour Recordings)
3. Ex-aequo : Michel Cloup - Notre Silence (Mc Disques) / Maison Neuve - Joan (Talitres)

Top morceaux

1. Moonface - Fast Peter (Jagjaguwar)

2. Michael Parallax - Wolves

Un concert

Motorama au Festival Kill Your Pop (Dijon)

Une révélation

Clams Casino

Espoir 2012

Goitia Deitz

Album honni

Ganglians - Still Leaving (Lefse)

Plaisir coupable

Gem Club - Breakers (Hardly Art)

Aki

Cette année 2011 fut riche en expérimentation et en prolifération. Finie la formation classique basse/guitare/batterie, même l’analogique qui avait fait un retour fulgurant ces deux dernières années se voit concassé par la toute-puissance de mélodies ingénieuses tout droit sorties de vieux laptop Apple première génération. La mode est au recyclage et à la fusion. Il n’y a plus de genres, il n’y a que des sous-catégories s’entre-dévorant, jusqu’à ronger les derniers piliers des fondations de l’industrie du disque. La musique s’échange désormais sous le manteau, fleurit sur le ouaib, s’échange sur des clés… Le matériau d’origine devenant aussi volatile que la mélodie elle-même.

Top albums

1. HTRK - Work (Work, Work) (Ghostly International)
2. Tyler, The Creator - Goblin (XL)
3. John Maus - We Must BecomeThe Pitiless Censors Of Ourselves (Upset! The Rhythm)

Top morceaux

1. LED ER EST - Madi La Lune (Wierd Records)

2. The Soft Moon - Total Decay (Captured Tracks)

Un concert

Gang Gang Dance au Point Ephémère

Révélations

Blouse / Raime

Album honni

Bon Iver - Bon Iver (Jagjaguwar)

Plaisir coupable

Apparat - The Devil’s Walk (Mute)

Calogero

Si en 2011 tout le monde aura eu son quart d'heure de gloire, cette année m’aura permis, grâce aux rencontres mémorables positives ou non, de me recentrer sur l’essentiel. Je sais qui vous êtes et je vous dis merci, faux espoirs et imposteurs, car il me sera dorénavant impossible de faire fi de la nausée que me donnent l'art éphémère, la musique jetable et le simulacre.

Top albums

1. Real Estate - Days (Domino)
2. Destroyer - Kaputt (Dead Oceans)
3. Shimmering Stars - Violent Hearts (Hardly Art)

Top morceaux

1. The Present Moment - The Distance Between Us (Mannequin Records)

2. Blouse - Time Travel (Captured Tracks)

Un concert

Motorama au Bloom's Café (Lille)

Une révélation

The Present Moment

Album honni

Miossec - Chansons Ordinaires (Pias)

Plaisir coupable

Odd Future - 12 Odd Future Songs (Odd Future Records)

Thibault

Résumer une année en courtes listes peut vite s'avérer fastidieux, voire aléatoire pour celui qui a des trous de mémoire. Il n'a pourtant pas fallu gratter trop longtemps l'épais maelström de disques jouxtant mon fatras bureautique pour m'enquérir, à l'aide de quelques chiffres, de ces utiles pharmacopées à l'onirisme immodéré, chacune susceptible d'obérer une année faite de sang, de disparitions et de larmes.

Top albums

1. Peaking Lights - 936 (Not Not Fun)
2. Ela Orleans - Mars is Heaven (La Station Radar / Atelier Ciseaux)
3. Blouse - Blouse (Captured Tracks)

Top morceaux

1. The KVB - The Burning World (Clan Destine Records)

2. John Maus - Believer (Upset! The Rythm)

Un concert

Ela Orleans+ Terror Bird+ Holy Strays à l'International

Une révélation

Happy New Year (Svn Sns Records)

Espoir 2012

Colours

Album honni

The Black Lips - Arabia Mountain (Vice Records)

Plaisir coupable

Factory Floor (DFA)

Emeline

Vivement 2012.

Top albums

1. Skeleton$ - PEOPLE (Shinkoyo / Tomlab / Ghostly / Sockets)
2. Hanni El Khatib - Will The Guns Come Out (Innovative Leisure Records)
3. Summer Camp - Welcome To Condale (Moshi Moshi Records)

Top morceaux

1. Cat's Eyes - Face In The Crowd (Polydor)

2. Portugal. The Man - So American (Approaching Airballoons / Atlantic Records)

Un concert

Patti Smith & Philip Glass (Hommage à Allen Ginsberg) à la Salle Pleyel

Une révélation

Blouse

Espoir 2012

Youth Lagoon

Album honni

The Black Keys - El Camino (Nonesuch)

Plaisir coupable

Ex-aequo : Das Racist - Relax (Greedhead) / Tyler, The Creator - Goblin (XL)

Nicolas

En 2012, toutes mes prévisions se seront réalisées, même celles de l'année dernière.

Top albums

1. Andy Stott - Passed Me By / We Stay Together (Modern Love)
2. Vatican Shadow - All (Hospital Productions)
3. Vincent Over The Sink - Dust Studies (Kye)

Top morceaux

1. John Maus feat. Molly Nilsson - Hey Moon (Upset! The Rhythm)

2. Elm - Nemcatacoa (Digitalis)

Un concert

Year Of No Light + Aluk Todolo au Point Ephémère

Une révélation

Holy Strays

Espoir 2012

Holy Strays

Album honni

Les side-projects d'Emeralds

Plaisir coupable

Splash Wave

Sylvain

Vu les prévisions mayas pour 2012, il n'était pas question de se louper sur les choix musicaux de cette année écoulée, et encore moins de galvauder ce bilan 2011, qui sera donc sans doute le dernier. Dans ces conditions, il était exclu d'y faire une place à la hype, et plus que bienvenu de laisser la part belle à l’honnêteté et à celles et ceux qui nous ont réellement émus et accompagnés durant ces derniers mois. Ces choix se sont ainsi révélés plus faciles que prévu, 2011 nous ayant réservé finalement assez peu, quantitativement, de candidats à la félicité, mais qualitativement de vrais sommets qui marqueront plus qu'une simple année. Le futur me donnera raison, n'en déplaise aux Mayas.

Top albums

1. The Pains Of Being Pure At Heart- Belong (Slumberland / Collective Sounds / PIAS)
2. Real Estate - Days(Domino / PIAS)
3. Baxter Dury - Happy Soup (Regal)

Top morceaux

1. Jonny - Candyfloss (Turnstile Music)

2. Erland & The Carnival - Map Of An Englishman (Yep Roc)

Un concert

Electrelane à La Route du Rock

Révélations

Hanni El Khatib / Blouse

Espoir 2012

Weird Dreams

Album honni

Sydney Valette - Plutôt mourir que crever (deBonton)

Plaisir coupable

Washed Out - Within And Without

David

Un an après avoir rejoint Hartzine, mon aventure ici a pris de l'altitude. Je ne vous mentirai pas, on a déjà les yeux rivés sur l'horizon 2012, ivre de musiques et assoiffé de rencontres... Mais pour l'instant, retour sur cette année charnière avec mon petit palmarès.

Top albums

1. PJ Harvey - Let England Shake (Island Records)
2. The Caretaker - An Empty Bliss Beyond This World (V/Vm Test Records)
3. Winter Family - Red Sugar (Altvinyl / Sub Rosa / Ici d'Ailleurs)

Top morceaux

1. The Luyas - Canary (Dead Oceans / Idée Fixe)

2. Josh T. Pearson - Sweetheart I Ain't Your Christ (Mute)

Un concert

My Brightest Diamond au Café de la Danse

Révélations

Headwar - Headwar (Les Potagers Natures) / Félix de l'Etoile - Le Mystérieux Prisme en Lit et la Saga d'Ator Bacham (Jeunesse Cosmique)

Plaisir coupable

Camille- L'Etourderie (EMI)

Eric

A l'heure de tenter d'établir un bilan musical de cette année 2011, c'est la réédition la plus marquante de ces derniers mois qui finalement me permet le plus simplement de résumer en une seule phrase toutes ces émotions si antagonistes ressenties : "but don't forget the songs that made you smile and the songs that made you cry".

Top albums

1. Still Corners - Creatures Of An Hour (Sub Pop Records)
2. Girls - Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)
3. Craft Spells - Idle Labor (Captured Tracks)

Top morceaux

1. The Bilinda Butchers - Careless Teens (Unsigned)

2. Shimmering Stars - Sabians (Almost Musique)

Un concert

Motorama au Bloom's Café (Lille)

Une révélation

Blouse

Espoir 2012

Sutja Gutiérrez

Album honni

Dum Dum Girls - Only In Dreams (Sub Pop Records)

Plaisir coupable

Summer Camp

Max Dembo

En 2011, alors que beaucoup tentaient de comprendre les catastrophes (naturelles, économiques, sociales), la musique s'est drapée de mystère, avec plus ou moins de tact et d'adresse.

Top albums

1. Shabazz Palaces - Black Up (Sub Pop)
2. Total Control - Henge Beat (Iron Lung)
3. The Dreams - Morbido (Kill Shaman)

Top morceaux

1. The Dreams - Aloha Miami (Kill Shaman)

2. Chevalier Avant Garde - Haircut (FLA Records / Skrot Up)

Un concert

Crystal Stilts à la Maroquinerie

Une révélation

La Ligne Claire

Espoirs 2012

Chevalier Avant Garde, Pop.1280

Album honni

The Horrors - Skying (XL)

Plaisir coupable

Cults - Cults (Columbia)

Amélie

Et Gil Scott-Heron, et Trish Keenan, et Sky Saxon et d’autres… Malgré les grands absents, la musique de 2011 a rappelé qu’elle savait enliser encore plus profondément les corps dans une mélasse douce et enveloppante : de quoi gérer les chagrins d’amour, les petites joies saisonnières et les drames existentiels équitablement.

Top albums

1. Ex-aequo : Peaking Lights - 936 (Domino) / Girls - Record 3: Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)
2. Tyler, The Creator - Goblin (XL)
3. Atlas Sound - Parallax (4AD)

Top morceaux

1. Destroyer - Blue Eyes (Dead Oceans)

2. Woods - Hand It Out (Woodsist)

Un concert

Kurt Vile à la Maroquinerie

Une révélation

Balam Acab

Espoir 2012

Brave Radar

Album honni

Wu Lyf - Go Tell Fire To The Mountain (Lyf Recording)

Plaisir coupable

Booba - Lunatic (Tallac Records)

Thomas

2011 c'était si bien. Tous mes sous-genres de prédilection ont atteint leur climax de créativité, qu'il s'agisse du grand revival minimal wave, de toute la scène post-techno indus, du milieu de la poésie sonore, et de toutes sortes de trucs étranges qu'on peut trouver sur le net et au hasard d'un concert aujourd'hui. On croule sous le bon son, on peut pas tout digérer, mais tout vient à point. En un mot, les artistes déjà bons se sont encore bonifiés, et les mauvais ont empiré, parce qu'après tout il en faut pour tout le monde. Comme dirait un ami, bravo les comédiens.

Top albums

1. Belong - Common Era (Carpak / Kranky)
2. HTRK - Work (Work, Work) (Blast First Petite / Ghostly International)
3. Tommy Four Seven - Primate (CLR)

Top morceaux

1. Factory Floor - Two Different Ways (DFA Records)

2. Anne-James Chaton & Andy Moor - Dernière Minute

Un concert

Charlemagne Palestine au Grand Palais

Espoirs 2012

Holy Other / Death Grips

Album honni

The Rapture - For The Grace Of Your Love (DFA Records / Cooperative Music)

Plaisir coupable

Austra - Feel It Break (Domino Records)

Charles

En 2011, la mode est à la musique par tous. On ne compte plus les maxis faits sur Garage Band, à l'arrache ou pas, bons ou pas. C'est Jack Lang, qui sera content. Mais nous... Réjouissons-nous encore de l'existence de bons producteurs qui magnifient de vrais bons groupes car, outre quelques exceptions, de vrais synthés, de vraies guitares et surtout de vrais morceaux, ça donne de bons albums.

Top albums

1. Arnaud Rebotini - Someone Gave Me Religion (Black Strobe Records)
2. Gil Scott-Heron & Jamie XX - We're New Here (XL / Young Turks)
3. Beth Ditto - EP

Top morceaux

1. Chateau Marmont - Main Dans La Main (Institubes / Unsunned)

2. Blouse - Time Travel (Captured Tracks)

Un concert

The Kills à l'Olympia

Une révélation

Luneville

Espoir 2012

Sébastien Tellier - My God Is Blue

Album honni

Sexy Sushi - Mauvaise Foi (Label Maison)

Plaisir coupable

Sydney Valette - Plutôt mourir que crever (deBonton)

Simone Apocalyspe

En 2011, 50% (grosso modo, on va pas chipoter !) de la production musicale provient désormais de Portland, OR, tandis que moi, je me taille. En 2011, le dubstep et le rap deviennent "cool", mais je n'écoute toujours que du synthé.

Top albums

1. Gang Gang Dance - Eye Contact (4AD)
2. Pictureplane - Thee Physical (Lovepump United)
3. Felt Drawings - Body

Top morceaux

1. Xiu Xiu - Only Girl In The World (Polyvinyl / Bella Union)

2. Cosmetics - Black Leather Gloves (Captured Tracks)

Un concert

Gobble Gobble + BRAIDS + Baths à Holocene (Portland, OR)

Une révélation

Blouse

Espoir 2012

Grimes

Album honni

Puro Instinct - Headbangers In Ecstasy (Record Makers) / Lana Del Rey

Plaisir coupable

Glass Candy - Warm In Winter (Italians Do It Better)

Anthony Alias

Cette année, le beau s'est émancipé. L'indie n'existe plus. Ni le mainstream. Ni l'alternatif. Ni le vintage ou le rétro ou le moderne et l'avant-gardiste. Ni la niche. Ni la musique de blog. Ni la chillwave. L'authenticité, l'artificialité ? Non plus. Il n'y a plus de groupe. Il n'y plus que de la pop music. La meilleure musique de cette année ? Les mélodies qui m'ont ému un million de fois, tout du moins.

Top albums

1. Destroyer - Kaputt (Dead Oceans)
2. Kurt Vile - Smoke Ring For My Halo (Matador)
3. Girls - Record 3: Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)

Top morceaux

1. The Weeknd - The Morning (XO)
2. When Saints Go Machine - Parix (!K7 / EMI)

Un concert

Friends au 284, Kent Ave (Brooklyn, New-York)

Une révélation

Korallreven

Espoirs 2012

Friends / Porcelain Raft

Album honni

The Kills - Blood Pressures (Domino)

Plaisir coupable

Lana Del Rey - Video Games (Polydor)

Cyrille

Mon top 2011 devrait plus être vu comme un "contrôle continu" : je ne vais pas remettre ceux interviewés, mentionnés ou sélectionnés (dans les mixtapes mensuelles) dans mon top 2011 ; car mon principe a toujours été de ne parler que de ce que j'aime. Donc utilisons ce classement pour parler de ceux qui ont aussi fait mon année 2011 mais que je n'ai jamais cités dans Hartzine.

Top albums

1. Drexciya - Journey To The Deep Sea Dweller 1 (Clone Records)
2. Ata - Live At Robert Johnson Volume 7 (Live At Robert Johnson)
3. Regis - Adolescence: The Complete Recordings 1994-2001

Top morceaux

1. Gerd & Elbee Bad - H.O.U.S.E - Gerd's 2011 Ruff Dub (4lux)

2. Gesloten Cirkel - Yamagic (Moustache Records)

Un concert

Optimo (Kill The DJ) au Point Ephemere

Une révélation

Comeme

Espoir 2012

Nina Kraviz

Album honni

Apparat - The Devil's Walk (Mute)

Plaisir coupable

The Horrors - Skying (XL)

Elodie

Voilà déjà l’heure de tirer un trait sur 2011. Si je reste persuadée qu’à chaque jour son humeur, ressortir l’essentielle d’une année de musique est toujours pour ma part une chose bâtarde, comme la peur de laisser quelqu’un derrière soi.

Top albums

1. St Vincent- Strange Mercy (4AD)
2. Blouse - Blouse (Captured Tracks)
3. Atlas Sound - Parallax (4AD)

Top morceaux

1. Kurt Vile - Baby's Arms (Matador)

2. Therapies Son - Touching Down (Transparent)

Un concert

Caribou au Primavera Sound Festival (Barcelone)

Une révélation

King Krule

Espoirs 2012

The Shins - Port of Morrow / Tashaki Miyaki

Album honni

Gil Scott Heron & Jamie XX - We're New Here (XL / Young Turks)

Plaisir coupable

Computer Magic - Spectronic EP

 

Hélène


Top albums

1. Cut Copy – Zonoscope (Modular)
2. Nurses – Dracula (Dead Oceans)
3. The War On Drugs – Slave Ambient (Secretly Canadian)

Top morceaux

1. Hypnolove – Midnight Cruising (Record Makers)
2. TRUST – Candy Walls (Sacred Bones Records)

Un concert

Com Truise au Point Éphémère

Révélations

Caveman / Blouse

Espoir 2012

Bright Future

Album honni

M83 – Hurry Up, We're Dreaming (Naïve)

Plaisir coupable

Kamp! – Cairo (Self-released)

Top albums Hartzine

John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves (Upset! The Rhythm)

Blouse - Blouse (Captured Tracks)

Real Estate - Days (Domino)

Peaking Lights - 936 (Not Not Fun)

HTRKWork (Work, Work) (Ghostly International)

Tyler, The Creator - Goblin (XL)


Hartzine on Beko DSL

Merci à tous les artistes ayant collaboré à cette compilation beko_hartzine, notamment aux groupes Neonbirds et To The Happy Few, auteurs de remixes en un temps record. Merci également à Reno pour sa disponibilité et l'artwork pour le moins réussi. Le reste, fruit d'un travail entamé il y a plusieurs mois, se passe de mots. Bonne écoute.

Ce beko_hartzine est à télécharger en cliquant par ici.

Thanks to all the people involved in the making of the beko_hartzine compilation, including Neonbirds and To The Happy Few, who have produced great remixes up against extremely tight deadlines. Thanks also to Reno for being available and for the amazing artwork. Enough said about this months long project, so enjoy!

Download the beko_hartzine here.

Audio

a_side

a1_Ender Belongs To Me_Animate
a2_Michael Parallax_Growing Splendid
a3_Colours_Lost In A Sea
a4_Happy New Year_The Endless Sea (Iggy Pop Cover)
a5_Ela Orleans_Beat Goes On (Live at Budokan)
a6_The KVB_Discipline
a7_Dead Gaze_Trash All Your Worries
a8_Tan Dollar_The Chase
a9_Neonbirds_Lost In A Sea (Colours Cover)

b_side

b1_William Cody Watson_Mourn For Those
b2_Terror Bird_Jacob's Really Boring
b3_Black Vatican_Oceanic Feelin
b4_Collatone_Ego Book Trippin
b5_Jani/Jussi_Mon Coeur
b6_Phillip Seymour Hoffman_Ear Wax Blocked Ear [Live at Shea Stadium]
b7_Krusht_Dancing Under Stars (feat. Carlos Cebull)
b8_To The Happy Few_Oceanic Feelin' (Black Vatican Cover)
b9_Slim Twig_Lavishing


Slim Twig l'interview

"Je n'emploie pas le mot génie très souvent, mais là je pense qu'il est approprié. Max fait partie de ces gens qui peuvent faire des tas de choses, et peu importe ce qu'il touche, c'est toujours génial... que se soit dans le métier d'acteur, de compositeur ou même quand il fait l'imbécile. Cela s'explique par l'intensité et le bon goût qu'il y met. Son style musical est proche de celui de Jean Claude Vannier. Il est un des ces très rares artistes à être formidable aussi bien maintenant que lorsqu'il aura cinquante ou soixante-dix ans." Ela Orleans

"I don't use the word "genius" very often, but I think it is appropriate here. He is one of those people who can do many things and whatever he will touch will be just great, be it acting, composing or goofing around. And that's because of intensity and great taste he brings into everything he does. I would compare his musical style to Jean Claude Vannier. He is one of a very few artists who will be consistently great in their fifties or seventies." Ela Orleans

"Max est le talent et la qualité suprême personnifiés. Avec un charisme fou et le charme juvénile d'une star de cinéma, il est unique et au-dessus de tout ce qui se fait actuellement dans la musique populaire. La pop a BESOIN de quelqu'un comme lui, et je le vois déjà contribuer à une nouvelle ère d'excellence musicale pop qui, depuis une décennie, traîne un peu des pieds. Icône au même rang que Dylan et Nick Cave, il est l'ennemi juré des types lambdas jaloux de son talent. De plus, il possède un physique rendant les filles et femmes de quatorze à quarante ans complètement dingues. Je n'exagère pas. Mon ami, c'est la qualité SUPRÊME." Alex - Dirty Beaches

"Max is talent and star quality personified. With crazy charisma and youthful appeal of a movie star, he is unique and above all else that is current in popular music. pop music NEEDS someone like him, and I foresee him bringing upon a new era of good pop music that's been lagging in this past decade. Iconic like Dylan, or Nick Cave, he is the nemesis amongst insecure beta-males who are jealous of his talent, with looks that will make girls and women from the age of 14-40 go completely ape shit. I'm not exaggerating. That my friend, is STAR quality." Alex - Dirty Beaches

Max Turnbull figure effrontément cet angélisme délesté d'insouciance. Les traits de son visage, rectilignes, tout comme sa fine moustache ciselée, dessinent les contours d'une apparence malingre et chétive, transpercée d'une intense personnalité, brûlant dans le feu sacré de son regard noir. Savamment attifé, Max semble tout droit sorti d'un film que les chansons de son autre moi, Slim Twig - littéralement la mince brindille - scénarisent à merveille, dans le fracas de ce que lui-même nomme le songsculpting. Ainsi se joue la vie de Max, jeune homme de vingt-trois piges aussi talentueux que précoce et issu d'une famille pas comme les autres. Ross Turnbull, son père, est cinéaste et producteur de films, tout comme sa mère Jennifer Hazel. De quoi donner une matière inépuisable à l'avidité créative de leur rejeton, embrassant d'un même mouvement, quand d'autres hésiteraient, une carrière cinématographique et musicale. L'une déteignant sur l'autre, et vice versa. Une apparition saisissante dans The Tracey Fragments plus tard, et ce rôle de Billy Zero qui lui sied si bien, Slim Twig s'ajoute brillamment au casting de Dog Pound - film de Kim Chapiron sur la violence juvénile en milieu carcéral. Celui-ci joue le rôle de... Max, gamin taulard, ou quand la fiction investit de ses fastes la réalité. Pour Sight Unseen, second long métrage du Canadien, sorti l'année passée, la chose est d'autant plus éprouvante qu'elle se joue en famille. "C'est un projet artistique familial. Le film a été écrit et dirigé par mon père. Il a été produit par ma mère. Et ce n'est pas fini... Ma sœur, trois cousins, ma petite amie et une quantité d'autres gens proches ont aussi eu des responsabilités dans ce film... Inutile de dire que je n'ai jamais travaillé aussi dur auparavant..."

Dans ce ce thriller psychologique indépendant, Max incarne Kitz Harrington, employé d'une boîte de surveillance ordinaire, dont la vie va être bouleversée par une technologie permettant à l’œil de capturer des images. L'utilisant sans vergogne, une inquiétante séquence qu'il n'arrive pas à déchiffrer le plonge dans un effroi étouffant. Soit la trame même de Sight Unseen. Composant la bande originale du film (écouter), le pont est vite jeté entre l'intensité dramatique de Sight Unseen et l'abondante discographie de Max, entre univers fictionnel lynchien et avant-gardisme pop à la patine rétro, rockabilly. Depuis 2005 Slim Twig ne chôme pas - pas moins de neuf EP, trois single et deux albums dont Derelict Dialect/Vernacular Violence (2008) et Contempt ! (2009) - et n'est pas prêt de s'arrêter en si bon chemin. La sortie en juin dernier d'un split vinyle sur Palmist Records en compagnie de Meghan Remy, sa compagne, officiant sous le nom d'emprunt d'US Girl (lire), préfigure d'ailleurs un troisième LP à paraître en 2012 sur Paper Bag Records. "Mon album est fini à 70%. Je travaille dessus depuis septembre dernier. Tout comme l'Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg, ce disque s'inspire abondamment de Lolita de Nabokov - soit la transcription narrative d'un homme libidineux et amoureux. Musicalement, c'est une production psychédélique très ambitieuse, un son baroque se rapprochant d'un Beatles malsain, vicié. J'ai collaboré avec beaucoup d'artistes de Toronto parmi mes préférés, dont Owen Pallet, Louis Percival aka Onakabazien et Carl Didur de Zacht Automaat."

Pour tout néophyte de l'univers musical propre à Slim Twig, la vidéo de Gate Hearing (voir), dans laquelle celui-ci se met en scène, constitue une accroche auditive et visuelle aussi déroutante qu'irrésistible. La rythmique colle aux basques d'images stroboscopiques - d'un noir et blanc en négatif - tandis que l'éphèbe s'égosille tel un Jon Spencer en plein délire fantasmagorique ("Dont wanna be the man that broke her / I wanna be that eloquent smoker"). Une exubérante maturité de ton s'en dégage, instantanément confortée par l'écoute de Contempt! et de la trilogie Spit It Twig vol 1 & 2 / A Sheik In Scores parue entre 2008 et 2010. Le chant - scandé, déclamé, réverbéré, voir rappé - se heurte tête baissée à une instrumentation minimaliste, lo-fi, parfois radicalement expérimentale et provocante. On pense à un rockab' catatonique, tumultueux et viscéral, oscillant entre bruitisme nimbé de guitares écorchées, boogie-woogie aux claviers décatis, lacérés d'acrimonieuses stridences, et hip-hop aux beats estropiés. Les injections cinéphiles administrées à forte dose dans le sang noir de ces paysages sonores évoquent tant l'étrangeté malsaine que l'intime violence renfrognée, névrosée, épousant les contours "d'instincts primaires" à l'instabilité chronique. Soit l'alchimie incertaine de l'humain acculé, traqué, que la trogne émaciée de Max incarne sans peine. Mais celui-ci ne se contente plus de vivoter sur ce sentier des eighties, à mi-chemin entre le Frankie Teardrop de Suicide et les délires poétiques du déviant Genesis P. Orridge (Psychic TV). Le dernier split avec US Girl marque bien une césure, bien que sa trame soit partiellement cousue d'anciens morceaux (Paisley Skin et Notorious Bride sont déjà présentes sur A Sheik In Scores). La théâtralité recherchée pousse son auteur à une emphase stylistique nettement plus psychédélique, une écriture altière caressant sans ambages un classicisme rock'n'roll référencé - à équidistance de Jim Morrison, Elvis et du Rocky Horror Picture Show - pour une mise en image confinant au narcissisme bien senti (Priscilla).

Nécessité faisant force de loi, rencontre avec un artiste d’exception, quand bien même son futur LP n'est donc à espérer qu'à l'orée de 2012.

Entrevue avec Slim Twig

Peux-tu te présenter en quelques mots ? D'où vient cette envie de se consacrer à la musique ?
Can you introduce yourself and your project Slim Twig in a few words? How did you get the urge to make music?

Slim Twig est mon projet solo, bien que je joue dorénavant avec un groupe. Je suis auteur-compositeur et je vis à Toronto, au Canada. Je compose une pluralité de styles de musique que je diffuse via différents supports. Je suis obsédé par la musique, mon projet est pour moi l’opportunité de créer des morceaux combinant mes obsessions. Ça me donne quelque chose à faire.

Slim Twig is a single person (me), though I am now playing with a band. I am a songwriter from Toronto, Canada. I've made a variety of different styles of music and have released it in a variety of different ways. I am obsessed with music, my project is an opportunity for me to contribute songs that fuse my obsessions. It gives me something to do.

Si tu devais décrire ta personnalité en trois mots, lesquels choisirais-tu ?
Besides, if you had to define your personality in three words, which ones would you choose?

Je me décrirais comme étant créatif, curieux et agité.

I would describe myself as being creative, curious & restless.

Peux-tu expliquer ce nom, Slim Twig ?
Can you explain this name, Slim Twig?

Tout le monde se doit d’avoir un nom quelconque. Il n’y a pas grand-chose de plus à en dire. Ça me permet d’être ‘googleable’. Il se trouve que plus je bois de bière, moins mon propre nom n’a de sens…

Everyone's gotta have a name of some sort. There's not much more to it. It allows me to be googleable. My own name happens to bear less and less significance the more beer I drink...

Tu vis à Toronto. Peux-tu nous dire comment est "ton" Toronto ? Est-ce un bon endroit pour trouver l'inspiration ?
You leave in Toronto, Canada. Can you tell us about "your" Toronto? Is it a good place for your inspiration?

N’importe quel endroit peut m’inspirer, à partir du moment où j’ai accès à de la musique du monde extérieur, ainsi qu’à des livres et des films. Les travaux des autres fonctionnent pour moi comme de l’oxygène, étant quelqu'un de curieux et créatif. Toronto est une ville plutôt sympathique, se traversant à pieds, ce qui représente à mes yeux une qualité première pour une ville. Ma famille est composée d’artistes, vivant tous à Toronto, ce qui constitue également une grande source d’inspiration.

Any place is inspiring to me as long as I have access to music from the outside world as well as books and movies. Other peoples works function as oxygen for me as a curious, creative person. Toronto itself is pretty nice, it's walkable which is a favourite quality for a city. My family is a family of artists and we are all in Toronto, that is very inspirational as well.

Si tu es obligé de t'exiler sur une île déserte, quels disques fourres-tu dans ton sac ?
If you were forced to go into exile on a desert island, which records would you put in your bag?

Un seul sac serait un peu juste. The Idiot d’Iggy Pop, L'enfant Assassin Des Mouches par Jean-Claude Vannier, Only Built For Cuban Linx par Raekwon, par The Zombies, Donuts par J Dilla, Creature Comforts par Black Dice, toute la discographie de David Bowie. Et bien d’autres encore.

A single bag is hardly enough. The Idiot by Iggy Pop, L'enfant Assassin Des Mouches by Jean Claude Vannier, Only Built For Cuban Linx by Raekwon, Odessey & Oracle by The Zombies, Donuts by J Dilla, Creature Comforts by Black Dice, David Bowie's discography.Too many more.

Ta musique est vraiment différente d'EP en EP, plus encore sur ton album Contempt! et ta récente trilogie de mixtapes. Comment définirais-tu ta musique et quelles influences y retranscris-tu ?
Your music is really different from EP to EP, even more on your album and your three recent EP mixtapes. How would you define your music and what influences do you put together in your songs?

Je n’ai jamais essayer d'englober toute la musique que j’ai faite sous une seule définition. Mon écriture marche par phase. Avec chaque nouveau disque, j’essaye de varier de procédé. Sans doute cette approche définit-elle ma musique. Pendant un temps, je me suis interessé à la création de musique samplée, de nature expérimentale et juxtaposée à l’intensité que j'induisais dans l’écriture des paroles et le fait d’être songwriter. Maintenant je suis plus tourné vers une sensibilité artistique pop, en mettant vraiment l’accent mis sur la partie pop. Cela me permet de faire référence à un large éventail de musique qui m’interesse, de la pop psychédélique à la soul très bien produite.

I've never really thought too much about trying to cram all the music I've done into a single definition. My songwriting is phase driven, with each new record I try to define the process differently. Perhaps that approach is what defines my music. For a time I was interested in creating sample based music that was experimental in nature and juxtaposed with my emphasis on lyric writing and being a songwriter. Now I'm more interested in an art pop sensibility with emphasis on the pop part. This allows me to reference a large range of music that I'm interested in from psychedelic pop to highly produced soul.

Quel sentiment essayes-tu de faire passer à travers ta musique ?
What feeling are you trying to convey through your music?

Mes premier travaux étaient concentrés sur le type d’adrénaline faisant naître la terreur, peu différente de l’atmosphère atteinte dans certains films de David Lynch. Je cherchais à explorer la sensation de pulsions primaires ou perverses que nous avons parfois. C’est difficile d’expliquer pourquoi j’étais enclin à explorer cela. L’inspiration est une chose étrange. Maintenant j'essaye de capturer l’excitation qui vous submerge avec une pop hautement stylisée et excitante, tout en essayant toujours de rester concentré sur l’imaginaire.

My earlier works were fixated on a certain kind of adrenaline raising dread, not unlike the mood achieved in certain David Lynch films. I was interested in exploring the sensation of depraved or base impulses that we can sometimes have. It's hard to say why i disposed to explore this. Inspiration is a funny thing. I'm very interested now in trying to capture the excitement you get from highly stylized & exciting pop music while still trying to maintain my focus on the imagistic.

Par ton histoire personnelle et en réalisant toi-même des vidéos-clips, on sent ton obsession pour le cinéma. Qu'aimes-tu dans le cinéma et pour quelles raisons ?
By your personal history and video-clips, we sense an obsession for cinema. What do you like in cinema and for which reasons?

Mes parents sont producteurs, ce qui explique que l'intérêt pour le cinéma me colle à la peau depuis ma naissance. J’ai récemment fait un film avec eux appelé Sight Unseen, dans lequel j’ai joué et pour lequel j’ai composé la musique. J’aspire à plus collaborer avec mes parents et à travailler sur plus de films de réalisateurs qui m'intéressent. Mes goûts penchent vers le mystérieux et l’enjoué.

My parents are film makers so an interest in the cinema has been with me since birth. I recently made a film with them called Sight Unseen, I performed in and wrote music for it. My aspiration is to collaborate more with my parents, and to work on more films by interesting directors. My taste skews to the mysterious and the playful.

Comment décrirais-tu ton évolution en terme de songwriting et de son depuis ton premier disque autoproduit, Livestock Burn ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your first self released, Livestock Burn?

Je décrirais mon évolution comme étant avancée, étant donné que je peux à peine supporter ces premières productions et que je me considère désormais comme un auteur-compositieur raisonnablement décent… pas mal je suppose. J’ai toujours mis l’accent sur l’écriture des paroles, essayant par ce biais d’être peu conventionnel. Je suppose que c’est une constante, à part ça, mon évolution est complètement dictée par la musique qui me fascine. Je suis un amoureux de la musique avant tout, et plus j’en consomme, plus ma propre musique change.

I would describe my evolution as advanced as I can hardly stand those first releases and now consider myself to be a halfway decent songwriter... not bad I suppose. I've always had a focus on lyric writing, and trying to be unconventional in this way. I suppose that has been a constant, otherwise my evolution is totally dictated by music that fascinates me. I am a music lover before all else, and the more I consume the more my music changes.

Contempt!, ton premier LP, est sorti sur Paper Bag Records. Quels étaient tes souhaits pour cet album ? En es-tu encore fier ?
Contempt!, your first LP, was released by Paper Bag Records. Did you have any particular will for this album? Are you still proud of it?

Oui, mon désir à l’époque était de fusionner des idées très spécifiques qui selon moi n’avaient pas été combinées avant. Je souhaitais être l’auteur-compositeur et chanteur le plus marginal possible, tout en gardant cet accent sur les paroles et la structure du morceau. Je voulais fusionner mon amour pour la culture du sample, à la RZA et Madlib, avec une autre sensibilité. J’ai aussi été très inspiré par l’esprit de Suicide à révolutionner le rock'n'roll. Je suppose que Comtempt! pourrait être défini par ce désir. Je suis très fier de ce travail.

Yes, my desire at the time was to fuse very specific sorts of ideas that to my mind hadn't been fused before. I was interested in being the most unconventional singer songwriter possible, but still maintaing that focus on lyrics and song structure. I wanted to fuse my love of sample based culture a la RZA & Madlib with this other sensibility. I was also very inspired by the Suicide ethos to flip rock and roll on it's ear, I suppose that Contempt! could be defined by this desire. I am very proud of that work.

Que penses-tu de Paper Bag Records ? Comment as-tu commencé à travailler avec ce label ?
What do you think of Paper Bag Records? How did you come to work with them?

Ils sont basés à Toronto comme moi, c’est comme ça que nous avons été amenés à travailler ensemble. Je ne veux pas que ma musique soit définie par le label chez qui je suis ou par le style d’autres groupes ou par n’importe quoi d’autre que ma performance, mon son et mes albums. Du coup, j’essaye de ne pas du tout penser aux labels. Il y a certaines impulsions qui te poussent à t’associer avec le chic... Je me méfie de cette tendance. Ceci étant dit, Paper Bag a été très généreux en sortant mes disques et en supportant jusqu'à présent le côté peu conventionnel de ma musique. En ce sens, j’ai été chanceux.

They are based in Toronto as am I, this is how we came to work together. I don't want my music ever to be defined by the label I am on or by the culture of other bands at large or by anything other than my performance and how my records sound and look. In this way I try not to think of labels at all. There's an impulse to associate yourself with the chic, I'm wary of this trend in music. Having said that Paper Bag has been very generous to put out my records and put up with how unconventional my music has been up to now, I've been lucky in this way.

A Sheik in Scores est un disque autoproduit disponible en téléchargement gratuit ou en cassette. Peux-tu expliquer pourquoi en téléchargement gratuit et pourquoi en cassette ?
A Sheik in Scores is a self-released digital free download/limited-edition cassette. Can you explain why a free download & cassette?

Comme je viens de le dire, il est important de ne pas être défini par des labels ou par la façon dont la musique est commercialisée. Ce qui importe, c’est qu’elle soit faite et qu’elle sorte… J’ai envie de me consacrer à la musique tout le temps, j’ai toujours quelque chose sur le feu. Ces projets aiment dicter leur propre logique, A Sheik In Scores ressemble à ce qu’il devait finalement être. Je règle les paramètres, la musique fait le reste. Mon pote Andrew Zukerman fait des pochettes fantastiques, je lui dois celle-là.

As I said, I think it's important not to be defined by labels or how your music comes out. What's important is that it be made and come out at all... I have a desire to be working on music all the time, I always have something on the go. These projects like to dictate their own logic, A Sheik In Scores wanted to look the way it did. I set the parameters, the music does the rest sometimes. My friend Andrew Zukerman makes fantastic looking releases, I owe it to him with that one.

Confères-tu autant d'importance à l'esthétique des albums qu'à la musique qu'ils contiennent ? Peux-tu expliquer le processus créatif pour Contempt! ?
Do you give as much importance to the aesthetics of the album as to the music itself ? Can you explain the creative process for Contempt!?

Oui, l’esthétique est très importante. C’est d’ailleurs le premier pas dans mon processus. Avec Contempt!, celui-ci consistait à penser au genre de musique que je voulais faire. Je me suis rendu compte que je voulais faire des morceaux qui incluraient des chutes de sons samplés, et je voulais, dans la plupart des cas, avoir des chansons qui seraient chantées d’un point de vue dépravé. L’esthétique formée, je me suis mis au travail. Avec chaque sortie je conceptualise un format avant même d’écrire une seule chanson.

Yes the aesthetic is very important. It is the first step in my process. With Contempt! the first step was thinking about the kind of music I wanted to make. I realized I wanted to make songs using scraps of sampled sound, and I wanted to have songs that were sung from a depraved point of view in many cases. The aesthetic was formed and then I went to work. With each release I conceptualize a format before I write a single song.

Quel est ton futur proche ?
What’s going to happen in your near future?

J’ai beaucoup travaillé avec US Girls, co-produisant et enregistrant ses nouveaux morceaux. Une expérience passionnante. Nous avons d'ailleurs un split commun qui sortira dans les mois qui viennent. J’ai travaillé sur mon nouvel album depuis l’automne dernier. Il ne s’agit que de musique live, très bien produite. Je me concentre sur l’écriture, simplifiant mon approche pour ce qui est de l’instrumentation, notamment en rationnalisant certaines choses. J’ai beaucoup appris ces deux dernières années en écoutant énormément de pop classique. Mon nouvel album devrait sortir plus tard dans l’année. J’aimerais partir en tournée après ça.

I've been working a lot with U.S. Girls co-producing and recording her new material which is very exciting. We have a split record coming out in the coming months. I've been working on a new album of my own since this past fall, it's all original live music - highly produced. I'm focusing on songwriting, simplifying my approach as far as instrumentation goes and streamlining certain things. I've learned a lot over the last couple years by listening to a lot of classic pop. My new record should be out later in the year. I'd like to tour behind that.

Justement, Slim Twig est-il un bon groupe de scène ? Quelle est la configuration ?
Is Slim Twig a good live band? What’s its configuration while touring?

Oui, nous sommes très bons ! Je viens juste de monter un groupe pour les nouveaux morceaux. J’ai la chance de jouer avec des types qui font la musique que je préfère au monde en dehors de mon groupe. C’est la configuration la plus conventionnelle que j’ai eu jusqu’à maintenant : batterie, basse, guitare et orgue électrique.

Yes, we're very good! I just put a new band together for the new material. I'm lucky to be playing with guys who make my favourite music in the world outside of my band. It's the most conventional setup I've had so far - drums, bass, guitar & electric organ.

As-tu divers side-projects ?
Do you have any side projects?

Oui, je joue dans deux autres groupes. Tropics est un duo punk. On écrit des chansons aux sons concis et tranchants. Je joue également avec Plastic Factory, un groupe faisant des reprises psychédéliques. J’aimerais produire plus dans le futur, ce qui pourrait être considéré comme un side-project.

Yes, I play in two other bands. Tropics is a two piece punk band, we write very concise sharp sounding songs & I also play in a psychedelic covers band called Plastic Factory. I would like to produce more in the future which could be considered a side project...

Quels sont les amis de Slim Twig ? Il y a une "scène" à Toronto à laquelle tu as l'impression d'appartenir ?
Who are Slim Twig's friends? Is there a "scene" in Toronto you feel you belong to?

Ouais, les gars qui jouent dans mon groupe (deux d’entre eux jouent aussi dans mon projet de reprises). Zatch Automaat est mon groupe contemporain préféré pour le moment, ils ont sorti huit enregistrements l’année dernière, tous disponibles en ligne gratuitement (). Actual Water est un autre groupe génial de Toronto.

Yeah, the guys that play in my band (two of them also play in my covers project). Zacht Automaat is my favourite contemporary band right now, they put out 8 records last year and released them all for free online. My friend Louis Percival is the closest thing to a second member of Slim Twig, he makes music under the name Onakabazien. We've been working together for a while. Actual Water is another great band from Toronto.

Que penses-tu de la musique d'Ela Orleans ? Un bon "film pour oreilles" ?
What do you think about Ela Orleans' Music? A good "movie for ears"?

J’adore Ela Orleans. Elle est sans conteste une amie, musicalement et plus. Ses chansons suivent une logique onirique délicieusement féminine, quelque chose qui m'aurait échappé si je n'avais pas découvert sa musique.

I love Ela Orleans. She is certainly a friend of mine musically and otherwise. Her songs follow a lovely feminine dream logic, something I wouldn't otherwise be privy to if it weren't for her music.

Quel est ton opinion à propos de l'industrie musicale ?
What's your opinion about the current music business?

Il n’y a qu’une infime partie qui m’intéresse. D’après moi, les meilleurs trucs se passent dans mon voisinage direct où l'on ne voit pas vraiment ce que ‘'business’' veut dire. Ha… Le monde de la musique est tellement cyclique, dépendant du contexte. Si les gens ne sont pas familiers avec votre contexte, alors ils ne sont pas intéressés. Une fois qu’un groupe se dégage, on voit une centaine d’autres groupes connaître le succès dans leur sillage parce que le contexte est devenu tout d’un coup clair pour tout le monde. Ils deviennent familiers instantanément... puis se fanent. C’est frustrant quand on y pense, c’est mieux de se concentrer sur ce qu’on a sous la main.

There's very little I'm interested in. In my opinion the best stuff is happening in my direct vicinity and we aren't seeing much 'business' so to speak. Ha... The music world is so cyclical, it relies on context. If people are unfamiliar with your context they are uninterested, once a band breaks free we see a hundred other groups see success in their wake because the context has become clear all of a sudden - they become familiar instantly, then fade. It's frustrating to think about, better to focus on the task at hand.

Que penses-tu de la culture blog ?
What do you think about blog culture?

J’essaye de l’ignorer. Pour la plus grande part, les blogs adoptent un modèle tellement prévisible qu’il devient exaspérant de les suivre. J’essaye simplement de lire des blogs parlant de sport ou de rap. Des univers dans lesquels je n’ai absolument aucun parti pris ! Le reste, c’est (pour la majorité) de la connerie…

I try to ignore it. For the most part the blog world follows such a predictable pattern it becomes infuriating following it. I try to only read sports and rap blogs, worlds I have entirely no consequence in ! The rest is (mostly) crap...


Dirty Beaches : Interview, chronique et mixtape

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Le goût de l'immodéré et du voyage, de la contemplation fugace de la fuite du temps sur l'autel cardinal des distances. Cette ligne blanche, cette frontière mentale, que l'on franchit parfois contre son gré, au prix du déracinement, et qui pousse à ne se sentir chez soi nulle part ailleurs qu'en transit, le regard porté vers un inconnu par lequel on ne se définit qu'en creux. Le vide et la poussière arriment alors aux marges d'un passé méandreux l'alanguissement de l'être et la frustre patience des habitudes, consacrant, dans la beauté d'un dénuement sentimental, vécu comme une infime et infinie liberté, une soif irrépressible de vie, de mouvement. Les pommettes saillantes, des cheveux bruns fouettant un visage serti de lunettes noires, derrière lesquelles brûlent deux immenses pupilles fiévreuses, Alex Zhang Hungtai incarne son art avec ferveur, portant haut l'étendard d'une musique urbaine, intrinsèquement vagabonde. On emprunterait sans mal à Kerouac son clochard céleste pour définir le bonhomme, arpentant les entournures d'une voie lactée toute tracée dans l'immensité et la diversité du continent nord-américain, si Kerouac, justement, n'avait pas été obsédé par cet ardent désir de regagner ses pénates à peine arrivé à destination. A l'inverse, par l'entremise de son projet Dirty Beaches, on subodore dans la personnalité d'Alex, trentenaire né à Taïwan et vivant désormais à Vancouver, un inextinguible besoin d'expérimentation, d'ouverture et de foisonnement. L'arrivée se meut en nouveau point de départ, lui-même propice à un autre ailleurs. Pour preuve, sa pléthorique collection d'EP - True Blue (Zoo Music), Golden Desert Sun et No Fun (Italian Beach Babes), Seaside EP (Fixture Records) - précédant son troisième album Badlands, paru le 29 mars dernier sur Zoo Music, tout comme sa grande disponibilité pour graver dans le sillon d'un split ses complicités tant affective que musicale. Il en va ainsi d'Ela Orleans et d'un split à paraître très prochainement sur La Station Radar, Atelier Ciseaux et Night People, il en va de même pour US Girl et Conor Prendergast avec, respectivement, la sortie d'une collaboration sur Sibling Sex et d'une autre via la structure Soft Power Recording.

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Mais résumer sa musique par une constante effervescence depuis ses débuts discographiques en 2008 - Horror LP et Old Blood (Fixture Records) - ou sa grande capacité à s'inscrire dans une sorte d'internationale indépendante, consacrée par de fameuses mixtapes disponibles sur son blog, reste pour le moins réducteur tant l'univers qu'il façonne, à l'aide de sa guitare et de ses boucles samplées, puise dans un océan de références instaurant une dichotomie troublante et mouvante, à la frontière de la réalité sonore et de la suggestion cinématographique. Adepte de présentations scéniques hors normes - plus proche de la performance que du simple concert et que l'on aura l'occasion de découvrir au Midi Festival en juillet prochain, puis, dans la foulée, par deux fois à Paris - Alex intime au fantôme d'Elvis Presley, par le biais de compositions à couteaux tirés, une résurrection d'écorché vif sur des mantras psychotiques proches de ceux de Martin Rev et d'Alan Vega. Un Suicide englué dans une étrangeté lynchienne assumée. Badlands, finalement plus accessible que ses prédécesseurs dans son approche lo-fi, se pare néanmoins des oripeaux névrotiques de la fuite et de l'exil, étant partagé, selon une intense unité narrative, entre plages sonores inquiètes et hantées (l'introductive Speedway King, les conclusives Black Nylon et Hotel), morceaux congédiés sur l'asphalte à tombeaux ouverts (le triptyque Horses, Sweet 17 et A Hundred Highways) et ballades ambiguës à la patine hautement mélancolique (la belle et admirable True Blue, la brumeuse Lord Knows Best, relecture narcotique de Voilà de Françoise Hardy). Pour la peine, les soucis du tout un chacun s'assimilent à de biens pâles vétilles tant la trame dramatique est ici ténue, portée à son paroxysme dans l'alcôve d'une intimité dévoilée.

Proche ami d'Ela Orleans (lire), Alex a accepté spontanément le jeu d'une entrevue à distance, tout juste rentré du festival SXSW d'Austin où il se produisait. En prime, il nous gratifie d'une mixtape en forme de clin d'œil appuyé à quelques uns des groupes contemporains dont il se sent proche, tout en portant allégeance aux figures intemporelles d'une culture musicale aux contours plus qu'enviables. Cette mixtape a été dénommée par ces soins Ghost Rider. C'est dire.

Audio

01. Lord Knows Best
02. Sweet 17
03. A Hundred Highways
04. Night City
05. The Singer (Johnny Cash/Nick Cave Cover)

Entrevue avec Alex Zhang Hungtai

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Peux-tu te présenter en quelques mots ? D'où vient cette envie de se consacrer à la musique ?
Can you introduce yourself and your project Dirty Beaches in a few words? How did you get the urge to make music?

Dirty Beaches a débuté en 2005 quand j'ai déménagé à Montréal, et c'est resté depuis un projet solo.
Dirty Beaches started in 2005 when I moved to Montreal, and has remained a one man project since.

Si tu devais décrire ta personnalité en trois mots, lesquels choisirais-tu ?
Besides, if you had to define your personality in three words, which ones would you choose?

Vivre, Aimer, Conduire.
LIVE, LOVE, DRIVE.

Peux-tu nous expliquer ce nom, Dirty Beaches ?
Can you explain why this name, Dirty Beaches?

Dirty Beaches est tiré des paroles du groupe d'un ami à moi, Postcars (Fixture Records), basé à Montréal. Il a écrit une chanson parlant d'un homme se tenant debout face à une plage souillée, évoquant des souvenirs du passé. Dimitri (Postcards) étant d'origine grecque, il est, comme moi, un immigrant arrivé au Canada avec sa famille. J'ai vraiment aimé cet image d'un homme déplacé sur des terres étrangères qu'il appelle maison. Et le nom est né peu après, restant le même depuis 2006. Au début, je ne m'embêtais pas vraiment à l'expliquer parce que c'est une histoire un peu longue et qu'au final tout le monde s'en fout.

Dirty beaches came from a lyric of my friends band postcards (fixture records), based in montreal. He had a song about a man standing before a dirty beach, reminiscing about the past. Dimitri (postcards), is of greek descent, and like me is an immigrant who moved to Canada with his family. I really liked the image of a man who is displaced upon a foreign land in which he calls home. And the name was born shortly after and have stayed since 2006. But in the beginning, I never really bothered explaining because its too long of a story, and no one cares.

db1Tu vis à Vancouver. Peux-tu nous dire comment est "ton" Vancouver ? Est-ce un bon endroit pour trouver l'inspiration ?
You leave in Vancouver, Canada. Can you tell us about "your" Vancouver? Is it a good place for your inspiration?

Je vis dans l'est de Vancouver, près du quartier d'Hastings. C'est très crasseux, et on fait face à une épidémie de crack qui va de pair avec le problème des sans-abris. Je partage une salle de répétition à East Hastings avec un groupe d'artistes derrière une galerie d'art. A Vancouver, on trouve de la nourriture asiatique formidable, à la différence de Montréal. Des montagnes majestueuses surplombent la ville, comme dans la série Twin Peaks, et l'hiver ici est si doux que je glousse quand je me réveille à cette saison et que je regarde par la fenêtre. Je déteste avoir froid et c'est sans doute l'endroit le plus chaud du Canada.

I live in east Vancouver, close to the downtown east side Hastings. Its very gritty, and theres a crack epidemic along with homeless issues. I share a practice space on East Hastings with a group of artists behind a art gallery. Vancouver has amazing asian food, unlike Montreal. They have majestic mountains that overlook the city like the tv show TWIN PEAKS, and the winter here is so mild that I chuckle when I wake up during winter when I look out the window. I hate being cold, and this is probably the warmest place in Canada.

Si tu es obligé de t'exiler sur une île déserte, quels disques fourres-tu dans ton sac ?
If you were forced to go into exile on a desert island, which records would you put in your bag?

When de Vincent Gallo.

Vincent Gallo's When.

Ta musique semble être un mélange entre chanson et film, Suicide et David Lynch. Comment définirais-tu ta musique et quelles influences y retranscris-tu ?
Your music sounds like a mix between as song and a movie, between "Suicide" and David Lynch. How would you define your music and what influences do you put together in your songs?

Ma façon de faire de la musique est très similaire à celle utilisée pour faire un film. J'ai une idée en tête, ou l'image d'un personnage, ou d'une scène particulière, et je commence à faire des recherches sur les sons et les images que j'aimerais mettre en œuvre, ce qui est similaire au casting pour un film. De là, je commence à travailler sur l'histoire et je développe un peu plus le personnage.

My process in music making is very similar to film making. I come up with an idea or an image of a character, or a particular scene, and I begin doing research on sounds and images I like to implement, which is similar to "casting" in film. From there on, I start working on the story and develop the character further.

Quel sentiment essayes-tu de faire passer à travers ta musique ?
What feeling are you trying to convey through your music?

Ça dépend du disque, mais les thèmes les plus abordés concernent le voyage et le passage du temps.

It depends on the release, but the most repeated themes have been about displacement, and the passage of time.

db4Par tes vidéos-clips, on sent une obsession pour le cinéma. Qu'aimes-tu dans le cinéma et pour quelles raisons ?
By yours video-clips, we sense an obsession for cinema. What do you like in cinema and for which reasons?

J'aime le cinéma. Ce qui veut dire que je regarde un tas de différents types de films. Tout, du cinéma pan-asiatique, Werner Herzog, Fassbinder, Wong Kar-Wai, à des comédies culculs et des films d'actions hollywoodiens.

I like films. Which means I watch a lot of different kind of films. Everything from Pan Asian cinema, Werner Herzog, Fassbinder, Wong Kar-Wai, to cheesy comedies and action movies from Hollywood.

Comment décrirais-tu ton évolution en terme de songwriting et de son depuis ton premier LP, Horror ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your first LP, Horror?

J'ai d'abord fait du multipiste, en jouant chaque instrument sur Old Blood. J'ai enregistré Horror en live, en faisant des boucles et en utilisant une boîte à rythmes. Maintenant je mixe le tout avec des samples. Je pense que mon songwriting s'est conceptuellement développé durant les cinq dernières années. Je souhaite essayer et explorer différentes techniques sur mes quelques sorties à venir, sans sampler. J'aimerais aussi être dans un groupe car jouer de la musique simple et énergique avec des potes me manque.

I went from doing multitracking, playing every instrument on Old Blood, to Live recordings on Horror, and from making live loops to drum machines, and now mixing it all in with sampling. I think conceptually it has developed a lot over the past 5 years, and I would like to try and explore different techniques on the next few releases, sans sampling.  I would like to be in a band too, I miss playing straightforward high energy music with friends.

Badlands est sorti sur Zoo Music. As-tu des attentes particulières pour cet album ?
Badlands was released on Zoo Music. Did you have any particular will for this album?

Non, pas vraiment. La seule chose qui m'importait était d'en faire un hommage à la jeunesse de mon père.

No, not really. The only thing that mattered to me was that it was an homage to my father's youth.

Quel est ton sentiment a propos de ton futur split sur Night People et La Station Radar en compagnie d'Ela Orleans ?
How do you feel about your new split on Night People & La Station Radar with Ela Orleans?

Je suis très excité parce que j'adore Ela et Shawn (Night People). Je les ai tous les deux rencontrés en persone, et ce sont de bons amis, de vrais amours. Des gens vraiment adorales. Alors ce fut un plaisir de travailler avec eux et je suis impatient qu'il sorte.

I'm very excited because I love Ela, and Shawn (Night People). I've met them both in person, and they are good friends, and real sweethearts.  Really lovely people. So it was a pleasure working with them and I can't wait for it to come out.

Comment as-tu commencé à travailler avec eux ?
How did you come to work with them?

J'ai rencontré Ela après avoir découvert sa musique sur MySpace. Je l'ai invitée à jouer avec moi lors d'un concert à New-York au cours d'une tournée américaine à l'occasion d'une de mes cassettes sur Night People. Elle nous a hebergés et nous a préparé le meilleur des petits dèj'. Ela et moi avons également les mêmes goûts en cuisine, on aime le même type d'aliments. Ela à l'époque était déjà chez la Station Radar (France), et Fleur et Jerôme ont eu la gentillesse de me demander si je ne voulais pas sortir quelque chose pour LSR. C'est à ce moment que Shawn a découvert la musique d'Ela, et que nous sommes tous devenus amis.

I met Ela after I discovered her music on myspace, and invited her to play a show with me in NY when I was touring through the US with my Night People tapes.  She housed us and made the most amazing breakfast.  Ela and I also have the same stomach, we love the same kind of food.  The label Ela was on at the time was La Station Radar (france) and Fleur and Jerome were kind of to ask me if i wanted to release something for LSR.  From there Shawn found out about Ela's music, and we all became friends afterwards.

Tu as réalisé un autre split en compagnie d'US Girl. Tu as l'air d'aimer ce type de projets. Tu peux nous expliquer ?
You have another (nice) split with US Girl. It looks like you like this kind of project. Can you explain why?

Meghan (US Girls) est une autre artiste que j'admire immensément. J'adore vraiment faire des splits avec des gens que je connais personnellement, et dont j'apprécie la musique. Je préfère enregistrer des splits avec des gens que j'ai déjà rencontrés en personne, plutôt qu'avec quelqu'un que je connais seulement via internet.

Meghan (US Girls) is another artist I admire immensely, and I really enjoy doing splits with people that I know personally, and whose music I love. I prefer doing splits with people I've met in person, than say someone I only know from the internet.

Confères-tu autant d'importance à l'esthétique des albums qu'à la musique qu'ils contiennent ? Peux-tu expliquer le processus créatif pour Badlands ?
Do you give as much importance to the aesthetics of the album as to the music itself? Can you explain the creative process for Badlands?

Tout est important dans la création d'un disque. Du son au concept au design. Tout doit être pris au sérieux. J'ai partiellement expliqué la conception de Badlands précédemment. Ma motivation derrière Badlands était cette tentative de recréer la musique de jeunesse de mon père dans un monde fictif avec une narration abstraite semblable au travail de David Lynch. Il ne pouvait exister que cette méthode, à défaut Badlands sonnerait plus comme du Stray Cats.

Everything is important in making a record. From the sound, to the concept, to the artwork. It should be taken seriously. The conception of Badlands recording process is partially explained in question 6. The personal motive behind making Badlands was an attempt to recreate the music of my father's youth in a fictional world with abstract narrative thats akin to David Lynch. It could only exist this way for me, or else Badlands would sound more like Stray Cats.

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Tu as une foultitude de projets. Quel est le prochain ?
You have a lot of projects... What's the next one?

Il y en a tellement ! J'ai sorti une BO pour un court-métrage. Il est possible de la trouver par ici. Je travaille également sur une cassette split dub avec mon pote Matt Koshak. Il y a quelques autres sorties sur le feu en ce moment... J'en dirai un peu plus quand ce sera prêt à être dévoilé.

Theres so many!!! I just put out a OST for a short film and it can be purchased here. I'm also working on a split dub tape with my friend Matt Koshak, and there are a few other releases in the brew right now. I'll talk about it more when its ready to be unveiled.

Dirty Beaches est-il un bon groupe de scène ? Quel est la configuration ? Quand viens-tu nous montrer ça en France ?
Is Dirty Beaches a good live band? What's its configuration while touring? When are you coming to France?

Bon ou mauvais, ça dépend des gens. C'est simplement une histoire de goût. Mais j'ai effectivement pour plan de vous montrer en France ce que ça donne. Je suis impatient de jouer en Europe.
Good and bad depends on the person. Its all a matter of taste.But I do plan on showing France what its about ASAP.I can't wait to tour Europe.

As-tu des side-projects ?
Do you have any side projects?

TOP SECRET

Quels sont les amis de Dirty Beaches ? Y-a-t-il une scène à Vancouver ou aux USA à laquelle tu as l'impression d'appartenir ?
Who are Dirty Beaches' friends? Is there a "scene" in Vancouver or the US in which you feel you belong to?

Il n'y a pas de scène, juste des gens travaillant dans des sphères proches tout autour du globe comme Ela Orleans, Night People Records, Fixture Records, Lantern, US Girls, Jeans Wilder, Italian Beach Babes Records, etc. C'est ce qu'il y à de mieux dans les tournées... rencontrer d'autres gens exceptionnels. S'ils sont sympas, on devient amis. Les réseaux DIY underground existent depuis bien longtemps et perdurent car on se soutient mutuellement comme le ferait une famille. Quand on prend la route, on s'héberge les uns les autres, et ça marche des deux sens. Les amis deviennent votre famille quand vous êtes un étranger dans un nouvelle ville.

Theres no scene, but just a group of us who are working in similar circles across the globe like : Ela Orleans, Night People Records, Fixture Records, Lantern, US girls, Jeans Wilder, Italian Beach Babes Records, etc.Thats the best part about touring is when you get to meet other people who are amazing, and if they are nice people, we become friends. Underground DIY network have existed a long time before our time, and it will continue to exist for people like us, because we support each other like a family.We house each other when we hit the road, and it works in both ways. Friends are your family when your a stranger in a new town.

Quel est ton opinion à propos de l'industrie musicale ?
What's your opinion about the current music business?

C'est génial, parce qu'internet a permis à des gens comme nous d'exister sur une échelle plus large, plutôt que dans des concerts en appartement. Si nous étions dix ans dans le passé, tu ne serais pas en train de m'interviewer. C'est pourquoi j'ai un bon feeling avec la musique, et je pense que nous en vivons un certain âge d'or. On a accès à tant de musique en ligne... Nous sommes la génération archive.

Its great because the internet has allowed people like us to exist on a bigger scale, instead of bedroom apartment shows. If it were 10 years ago, you would not be interviewing me right now.So I feel very positive about music, and I think its the golden age right now, because we have access to so much music online. We are the archive generation.

Tu as un chouette blog, Alex. Quel est ton sentiment à propos de la culture blog ?
You've got a great blog, Alex. What do you thing about blog culture?

Je pense que c'est une façon géniale de promouvoir et partager de l'information. A part ça, je ne vois pas ça comme pouvant être autre chose... Est ce que je suis en train de passer complètement à côté de la 'blog culture' ?

I think its a great way of promoting and sharing information. Other than that, I don't really see it as anything else... Am I missing the point of blog culture ?

(No Alex, everything is ok).

Pour conclure, peux-tu nous en dire plus sur tes mixtapes ?
To conclude, can you tell us more about your mixtapes?

Oui, j'ai un tas de morceaux sur mon blog, Friends Are Your Family (vol 1, vol 2, vol 3, vol 4). En gros, c'est une série de mixtapes de groupes d'amis que j'adore. Par ce biais, ça me fait plaisir de faire leur promo. Ce sont des artistes qui je pense vont continuer à s'aventurer vers des voies différentes et excitantes. Alors svp, supportez nous, croyez en nous et surveillez notre évolution.

Yes, I have a mixture series on my blog called : Friends Are your family. And its basically a mixtape series of my friends bands that I love, and enjoy promoting and sharing with other people.These are bands or artists that I think will continue to venture on to different amazing things. So please, support us, trust in us, watch us evolve.

Mixtape

ghost-rider-elvis-jacketGhost Rider Mixtape for Hartzine (download)

01. Dale Hawkins - Daredevil
02. Lantern - Screamin' Dream
03. Hasil Adkins - Shake With Me
04. Wicked Witch - Fancy Dancer
05. Rene Hell - M. Far
06. Peaking Lights - Little Birds
07. Bishop Perry Tillis - You Can't Fool The Holy Ghost
08. Spacemen 3 - We sell Soul
09. Nerve City - The End
10. Brian Eno - Lizard Point
11. Paris 1942 - Exit

Vidéos


Gang Of Four - l'interview

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Leeds, 1976, les Trente Glorieuses n'en finissent plus d'agoniser dans ce comté du Yorkshire. En réponse à la désindustrialisation et à la crise minière touchant particulièrement cette région ouvrière, syndicalisme et grèves monstres prolifèrent sous fond de crispations identitaires et d'inévitable retour de la droite conservatrice au pouvoir. Celle-ci, conduite d'une main de fer par Margaret Thatcher, s'arroge dès 1979 les rênes du Royaume, déclarant derechef la guerre au Trade Unions Congress, fédération syndicale à tendance ouvertement communiste, quand bien même le chômage explose. Partagée entre une population étudiante éprise de trotskisme et la multiplication d'organisations d'extrême droite, Leeds vit une période trouble et agitée, entre émeutes sociales, raciales et combats de rue. Comme partout en Angleterre, les pubs se retrouvent au centre de cette atmosphère sulfureuse et galvanisée d'alcool, en tant que point de ralliement. Et c'est précisément au Fenton que les Gang Of Four - en référence au surnom donné aux quatre chefs de la révolution culturelle chinoise ayant pris la relève de Mao à sa mort - peaufinent l'essence d'un "son" sur les braises d'un pub-rock incarné par Dr Feelgood, aux rythmiques puissantes et minimalistes, et d'un punk, version Clash, débarrassé de sa rengaine misogyne. Car en plus de graver sur sillons un punk-funk corrosif et froid - le temps d'un EP inaugural Damaged Goods (1978, Fast Product), et de deux albums à la sève intemporelle, Entertainment! (EMI, 1979) et Solid Gold (Warner Bros, 1981) - où la basse élastique de Dave Allen et la batterie âpre d'Hugo Burnham croisent, sans surcharge, la guitare épileptique et mâtinée de larsens d'Andy Gill, Gang Of Four suggère dans ses chansons, par la voix de John King, une tripotée de réflexions gauchisante, livrant de facto le groupe à la violence intarissable de skinheads ostensiblement néo-nazis. Réflexions qui, à défaut d'être toujours cohérentes, ont le mérite d'éviter le tropisme soporifique des chansons politiques tout en concourant à la démarcation du groupe dans le paysage musical d'alors : égalitarisme dans la composition, les droits d'auteur et les salaires, et ce, même pour les roadies.

En (bonne) compagnie des Mekons et des Delta 5, Gang Of Four place vertement Leeds sur la carte du post-punk anglais mais loupe le coche s'agissant de sa stratégie de propagande. Conseillé en la matière par Bob Last, instigateur du label indépendant et subversif Fast Product, Gang of Four signe sur la major EMI afin d'insuffler ses théories à un maximum de public, mais refuse de se produire lors d'une émission de Top of the Pops, les responsables de la chaîne tentant d'imposer une correction lexicale à un des couplets d'At Home He Feels Like A Tourist, leur premier single sur EMI. Dès lors, sans être des flops, Entertainment! et Solid Gold n'ont pas le succès escompté et très vite la musique du groupe s'effrite jusqu'au départ de Dave Allen, remplacé par Sara Lee, suite à une tournée américaine mouvementée. "On est resté sur nos positions. Mais avec le recul, le fait d'avoir refusé de passer dans Top of the Pops a surtout détruit notre carrière". Les mots, lucides, sont de Burnham. Deux disques suivront, Songs of the Free (1982) et Hard (1983), mais le punk-funk des débuts, aussi dansant que contondant, s'étiole au point de devenir un succédané vaguement commercial de sa propre révolution sonique. Sortie en janvier de cette année, Content est, de l'aveu même de ses auteurs, censé renouer avec les premières lubies du groupe. Réussite ou pas, il apparaît en revanche peu contestable que les idées de John King tranchent avec l'air du temps, où apolitisme et musique ne font désespérément plus qu'un.

Entrevue avec John King

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Le contexte de crise actuel vous semble-t-il similaire à celui secouant l'Angleterre lors de votre apparition dans le paysage musical à la fin des années 70 ?
In your opinion, does the actual economic crisis appear similar to the one that occured in England at the time you emerged in the music scene in the late 70s?

Je peux voir quelques similitudes. Les choses étaient bien pires dans les années 70 que maintenant. Mais ceci dit, les temps sont durs et nous avons eu un gouvernement de droite vicieux déterminé à écraser les gens à faible ou moyen revenu. Alors que les cycles d'expansion et de récession sont dans l'ADN du capitalisme, ce dernier effondrement a été conduit par une nouvelle culture de casino de la dernière décennie qui a vu des paris imprudents sur d'obscurs outils financiers échangés fondés sur des dettes construites en fin de compte sur l'exploitation du rêve de devenir propriétaire de l'Américain à faible revenu.

Et nous avons socialisé la dette mais privatisé les profits avec pour conséquence que les très riches ont continué à prospérer à nos dépens. Tout ceci signifie que c'est le moment idéal d'être un artiste créatif. Les artistes ne produisent pas leur meilleur travail assis dans un fauteuil. Le comfort engendre seulement des James Blunt ou des Cuckoo Clocks.

I can see some.  Things were much worse in the 70's than now But , that said, these are hard times and we have a vicious right-wing government determined to grind the faces of the poor and middle income people. While cyclical booms and busts are in the DNA of capitalism, this last bust has been driven by a new casino culture of the last decade that saw reckless gambling of traded arcane financial instruments based on debt ultimately built on exploiting the dreams of low-income Americans to own their own homes.

And we've socialised debt but privatised profits, so that the very wealthy have continued to prosper at our collective expense. Which means it's a great time to be a creative artist. Artists don't usually produce their best work in an armchair. Comfort only  produces James blunt  & Cuckoo Clocks.

D'ailleurs, pour vous, en plus de sonner "actuel", Entertainment ! est-il toujours d'actualité ?
For that matter, do you think that Entertainment, besides sounding actual is indeed still relevant?

Je crois, parce que l'album est honnête et sonne comme tel. Quand on l'écoute (et je l'écoute maintenant avec du recul, comme n'importe quel autre enregistrement), on peut visualiser les musiciens dans la pièce, on sait ce qu'ils sont en train de faire, ils ne se cachent pas et il n'y a presque aucun déguisement ou effet. Quand Andy et moi l'avons produit, nous avons tout fait pour garder l'ensemble pur et dans l'instant, en utilisant le minimum de traitements. Donc il sonne toujours caractéristique. Et les sujets de nos morceaux ont toujours une résonance.

I do, because the album is honest and sounds like itself . When you listen to it- and I listen to it now, at a distance, like I do any other recording- you can visualise the musicians in a room, you know what they're doing, they're not hiding and there's almost zero camouflage or effects. When Andy & me produced it, we set out to keep everything pure and in the moment, using the least   treatments. So it sounds , still, distinctive. And what we sang about still has resonance.

L'idéologie et la conceptualisation du monde ont toujours eu une place prépondérante dans vos textes : est-ce la raison fondamentale de votre retour discographique ? Le fait d'avoir toujours quelque chose à dire, un message... ?
The ideology and a certain ideation/conceptualization/conception of he world had always have a predominant role in your lyrics. Do you feel like you still have something to say, a kind of message? Would it be the main reason of your come back?

Nous sommes des musiciens, pas des politiciens ni des journalistes ou des chroniqueurs sociaux qui essaieraient de vendre des lignes. Nous n'avons pas un message structuré et cohérent qui décrirait quelle est la bonne façon de penser ou d'agir. Mais nous essayons de décrire la vie d'aujourd'hui aussi honnêtement que possible, d'une manière non romancée et qui expose différents points de vue. Toute personne qui fait ça est inévitablement dans l'opposition parce que les drapeaux qu'on nous a appris à saluer ont pourri sur leur hampe...

We're musicians, not politicians or journalists or social commentators and aren't trying to sell a line . We don't have a message that is structured and coherent that describes what is the right way to think or do things. But  we do try to describe modern life as truthfully as you can,  to look at a situation and, say "this is this" as honestly as possible, in a non-romanticised way and that presents  different points of view.  Anyone who does this is inevitably oppositional. Because the flags we're all trained to salute have rot in the poles..

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Avez-vous le sentiment d'avoir appartenu à la scène que l'on a qualifiée de post-punk ? Si oui, qu'est-ce que cela représentait à l'époque pour vous, et qu'est ce que cela représente aujourd'hui rétrospectivement ?
Are you under the impression that you have belonged to the so called post-punk scene? If the answer is yes, what did that mean to you at that time? And what does it represent to you retrospectively?

Le terme descriptif "post-punk" a été inventé bien après qu'on ait commencé. Il fut un temps après le punk où de nombreux groupes ont essayé toute sorte de choses nouvelles. Mais il n'y avait pas une "scène". Nous habitions à  Leeds et la scène là-bas c'était essentiellement nous et nos potes. C'était la même chose à Manchester, Liverpool ou Londres. C'était très régionalisé.

Post-punk as a descriptor was invented long after we'd started.there was a time after punk when many different bands tried out all sorts of new things. But there wasn't a scene. We lived in Leeds and the scene there was essentially just us and our friends. The same was true in Manchester or Liverpool or London. It was all very cantonised.

Quels étaient vos amis d'alors - les groupes avec qui vous vous entendiez - et quels sont-ils aujourd'hui ?
Who were your friends at that time (the band with which you got on well) are who are they today?

On était tout un groupe à traîner ensemble tout le temps et à boire dans le même pub, le Fenton, à Leeds. Les Mekons et les Delta 5 avaient pour habitude d'utiliser notre matériel quand on ne s'en servait pas. Et en tant que collectif, GOF et les Mekons avons bâti notre propre système d'amplification avec des restes de surplus de l'armée et du bois de décharge. D'autres amis de Leeds, qui ont par la suite formé de supers groupes eux aussi étaient Green Gartside (Scritti Politti) et Marc Almond. Quand on a déménagé à Londres, on partageait un bureau avec The Slits et The Pop Group. J'adorais les Slits et on a parfois joué avec eux et les Buzzcocks.

There was a group of us who hung out together all the time and drank in the same pub, The Fenton, Leeds . The Mekons & Delta 5 used to use our equipment when we weren't, and as a collective GOF & the Mekons built our own PA system from army surplus scrap and wood from dumper sites. Other friends in Leeds, who later formed great bands  as well, were Green ( Scritti politti) & Marc almond. When we moved to London we uaed to share an office with The Slits & The Pop Group. I used to love the Slits and we sometimes  played with them and the Buzzcocks.

Quel regard portez vous sur la création musicale aujourd'hui, notamment depuis internet ?
What is your opinion/what do you think of the musical creation as it is today, more particularly since the apparition of the internet?

C'est difficile d'être musicien et internet, avec sa promesse que le monde entier puisse voir et écouter ton travail facilement et partout semblait si positif. Malheureusement, les gens n'accordent plus de valeur au travail des musiciens, séduits comme ils l'ont été par les intermédiaires technologiques comme le diabolique Apple qui ferait passer la plus avare des maisons de disques pour généreuse ; il n'investissent pas un seul centime dans les musiciens mais les dépouillent pour une partie de leur travail. Personne ne peut vivre de la vente de ses disques. Et les revenus baissent aussi. Je plains vraiment les nouveaux groupes et musiciens qui essaient de se faire un nom. C'est plus facile pour ceux qui sont déjà établis.

It's hard to be a musician.  & the web , with its promise that the world could see and hear your work easily, anywhere , seemed so positive. But sadly, people no longer value what musicians do, seduced as they've been by the technology intermediaries like the evil Apple, who make even the most avaricious record company look generous; never investing a cent in musicians but skinning them for a slice of their work. Noone can make a living off the sale of recorded music. And sadly, live income is going down to. I really feel for new bands and musicians trying to make a name. It's easier for the established acts.

l4Vous vous reconnaissez dans quels groupes ?
Which bands/artists do you feel close to?

Les groupes dont je me sens proche sont ceux qui m'ont fait me sentir bien et m'ont fait penser différemment. Je réécoute donc constamment les vieurs Delta Blues ou Chicago Blues (Robert Johnson ou Muddy Waters) ou les grands dieux de la guitare comme Jimi, ou les musiciens inspirants comme Miles Davies, et l'oeuvre complète de Bob Dylan. Je ne dis pas qu'on se considère à leur niveau, ce n'est pas le cas, mais ils ont toujours été pour moi un exemple d'artistes qui ont poussé leurs idées aussi loin qu'ils le pouvaient. Et c'est ce qu'on essaie de faire.

The bands I feel close to are the bands that have made me feel good and think differently. So I constantly revisit old Delta or Chicago blues- Robert Johnson or Muddy Waters- or great guitar gods like Jim, or inspirational players like Miles, or the total package of Bob Dylan.  It's not to say that we rank there with them, we don't, but they are a continuing example to me of how to push ideas as far as they go. Which is what we try to do.

Après Mall et Shrinkwrapped, qu'attendez-vous de Content ?
After Mall and Shrinkwrapped, what are you expecting with Content?

Je suis tellement satifait de cet album. Je le vois comme une sorte de pendant à Entertainment! et Solid Gold avec ses batteries rudimentaires et féroces. Je n'en attends rien mais espère beaucoup.

I'm so pleased with this album. I see it as a kind of sister piece to Entertainment! & Solid Gold. Stripped dowm lean, fierce rhythms and strong lyrical ideas. I expect nothing but hope a lot.

Est-ce une nouvelle exégèse de vos partis-pris musicaux/conceptuels ? Présentez nous le fil conducteur de Content ?
Is it a new exegis of your conception of music? Did you have any specific goals with this album? Could you present the album's thread to us?

On voulait écrire une musique où chaque partie jouerait un rôle d'égale importance mais aurait une implacabilité qui vous emporterait ailleurs, comme un train qui tombe d'une falaise, où chaque élément est intentionnel. Ce n'est pas le même univers qu'une musique commerciale, ennuyeuse, avec une inifité de couches et surproduite.

Donc, en faisant l'album, on voulait jouer selon notre propre force/puissance, s'assurer que les morceaux avaient l'espace de respirer ; laisser des choses de côté est généralement plus bénéfique que d'en rajouter. On a réfléchi et pas mal débattu sur les sujets sur lesquels on écrivait. Ces derniers temps, je suis fier qu'en plus de nos fans qu'on adore et qui ont appris à nous connaître au fil du temps, on attire un nouveau public, plus jeune avide d'une musique pertinente qui parle de quelque chose de vrai.

We wanted to write music where every segment plays  an equally important part, but has a relentlessness that takes you somewhere else, like a train falling off a cliff. Where every element is intentional. It's not in the same universe as  boring, endlessly layered , over-produced commercial  music.

So, making the new album, we wanted to  play to our strengths, make sure the songs had space to breathe, that leaving things out is usually better than putting something in; to think and argue hard about what we were writing about.  These days, I'm proud  that, alongside our much loved fans who grown to know us over time, we're attracting  new younger audiences who are desperate for relevant music that's about something real.

De quoi sera fait votre futur proche ?
What are your projects in a near futur?

On prévoit de jouer plusieurs dates à travers l'Europe, ce qui sera merveilleux. On a des dates à Paris, Bruxelles, Cologne, Berlin, Hambourg, Rome, Modène et Milan jusqu'ici. Et pendant l'été on jouera dans des festivals.

Then we plan to play a number of dates across Europe, which will be fantastic. We have dates in paris, Brussels, Cologne, Berlin, Hamburg, Rome, Modena and Milan, so far. And in the summer we'll be playing festivals .

Traduction : Marie-Eva

Audio

01. Damaged Goods (Entertainment!)
02. Contract (Entertainment!)
03. Anthrax (Entertainment !)
04. Paralysed (Solid Gold)
05. What We All Want (Solid Gold)

Tracklist

Gang of Four - Content (Yep Roc / Gronland - 2011)

1. She said 'you made a thing of me'
2. You don't have to be mad
3. Who am I?
4. I can't forget your lonely face
5. You'll never pay for the farm
6. I party all the time
7. A fruitfly in the beehive
8. It was never gonna turn out too good
9. Do as I say
10. I can see from far away

Discographie

Entertainment! (EMI, 1979)
Solid Gold (Warner Bros., 1981)
Songs of the Free (Warner Bros., 1982)
Hard (Warner Bros., 1983)
Mall (Polydor, 1991)
Shrinkwrapped (Castle, 1995)
Return the Gift (2005)
Content (Yep Roc, 2011)


Chokebore - Days of Something (Story & Interview)

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Comme le temps passe vite. Dans sa fuite s'érodent les remontrances du passé, le grimoire de nos actes. Les contours s'effacent d'eux-mêmes quand notre mémoire floute les visages rencontrés en toute hâte. C'était un jour attendu depuis quelques mois. Un 19 février pour être précis. Presque un an. Chokebore remontait sur scène pour la première fois depuis 2003. Sept ans que l'on n'y croyait plus, que le deuil de notre rage d'antan s'escrimait sur une vieille collection de disques aux pochettes racornies. Peu avant ce concert mémorable, en guise d'amicale accolade (lire le report), Troy, John et Omar nous accordaient de précieuses minutes de leur temps, histoire de bavarder sur leur compte en évoquant notamment leur avenir. D'un seul tenant, les trois étant entassés dans un vieux canapé défoncé d'une des loges de la Maroquinerie, la caméra filmait des visages rassérénés, gratifiant chacune de nos questions d'un regard amusé ou d'une moue interrogatrice. Loin d'être décontenancé, Troy nous expliquait que si lui avait conservé cette simili habitude des interviews, les autres avaient quasiment tout lâché depuis des lustres. Le temps de se réhabituer, d'autant que nous n'étions que les troisièmes à les travailler au corps, une idée bien précise en tête : un sixième LP de Chokebore était-il en gestation ? Avant de céder à la transcription littéraire d'une vidéo tristement défectueuse, retour sur une aventure entamée en plein cœur de l'océan Pacifique, lorsque le monde ne jurait alors plus que par Seattle.

"I'm jumping for my life and i hope i make the landing"

Le prisme est celui d'un regard neuf, adolescent. Comme souvent. Le moment où la musique se révèle à nous tout en nous révélant à la vie. En franchissant le pas de l'enfantillage à la futilité, des culottes courtes à l'idolâtrie, il s'avère malaisé de prendre la juste mesure des choses. Et si certains groupes d'alors occupent toujours une place de choix dans mon bac à vinyles, il n'y a pas trente-six explications à cette longévité : soit je reste cet ado primaire en quête d'identification, soit ces groupes jouent d'une musique à l'aura intemporelle. A en croire les on dit et ce concert surpeuplé du 19 février 2010, il semble que je ne sois pas cette tache de vin noiraude sur une nappe immaculée. Qu'il s'agisse de Pavement, des Pixies, de Sonic Youth, de Mogwai ou de Chokebore, quintette explosif d'une jeunesse nimbée d'électricité, point d'irrationnel, mais un constat d'une simplicité emportant l'adhésion : malgré ces années qui passent par dizaines, leurs disques respectifs n'ont pas pris l'once d'une ride. Chokebore, groupe des plus modestes parmi ces cinq-là, par la prétention, le public et les ventes, a même vu son public s'élargir aux confins de leur ambition. Eux qui cultivaient déjà un rapport très personnel à leur public - quasi débarrassé d'intermédiaires - et à l'industrie du disque - ne signant de contrats que pour une kyrielle de labels indépendant, Amphétamine Records, Bomba Records et Pale Blue en tête - se trouvent même confortés par l'évolution actuelle de la distribution musicale : internet sied à merveille à l'empathie d'un Troy pour son public, quand leur visibilité ne cesse de s'agrandir sur la toile. Reste l'épineux problème de la vente de disques. Quand d'autres manifestent leur intérêt pour le support digital, voire pour la gratuité, eux ont un rapport plus complexe à l'objet physique, préférant même le vendre eux-mêmes à la fin de chacun de leur concert. En atteste la compilation de raretés sortie à l'occasion de la récente tournée. Celle-ci, par le panachage de morceaux en version démo, live ou acoustique, suggère avec une certaine acuité la brève mais consistante discographie du groupe : six albums, dont un live, et trois EP, pour peu ou prou dix années d'activisme.

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Troy Bruno Von Balthazar, les frangins James et Jonathan Kroll et Johnee Kop grandissent et vilipendent leurs premières guitares en sillonnant au début des années quatre-vingt-dix les bouges d'Honolulu sous le nom de Dana Lynn, actrice porno du moment. Pourtant le soleil hawaïen n'effleure que de son ombre saumâtre et étouffante les sombres ritournelles dardées de distorsions du quatuor qui devient dès 1992, et son déménagement à Los Angeles, Chokebore. Signés, sur la foi d'une cassette démo, par Amphetamine Reptile Records, influent label indépendant du moment (Helmet, Melvins), beaucoup s'empressent de les assimiler au grunge, alors sur toutes les bouches. Les Nirvana de Kurt Cobain, dans le feu de la tournée In Utero (Geffen, 1993), les convient afin d'assurer quelques unes de leur première partie et le tour est salement joué. Dès le 7" Nobody / Throats to Hit et leur premier album Motioneless (1993, Amphetamine Reptile Records), les critiques s'emballent : à les lire, Chokebore ne fait que s'inviter au bal des faussaires non encore démasqués - Bush, Tripping Daisy... - histoire de s'octroyer drogues, célébrité et pognon sur le dos d'une étoile malade, bientôt suicidée. Bien qu'également branché sur courant alternatif, c'est faire bien peu de cas d'un groupe n'ayant que peu à voir musicalement avec le son ankylosé made in Seattle. Là où le déluge homogène de guitares prévaut, celles de Chokebore oscillent constamment entre intensité et fragilité, avec comme double dénominateur commun, parcimonie et instantanéité. Motioneless délivre quatorze morceaux d'une singulière cohérence où la basse de James s'arroge, sur fond de rythmiques échevelées, la responsabilité d'une puissance mélodique vertement tancée par l'infinie tristesse émanant du chant d'un Troy, plus écorché que jamais. Déjà, en effet, se dessine au firmament de leur aura naissante comme un nuage noir, à tel point que l'on parle de sadcore, fumeuse classification dont on les désigne d'emblée chef de file. Anything Near Water (1995) puis A Taste for Bitters (1996), tout deux parus sur Amphetamine Reptile Records, enfoncent le clou d'un rock fiévreux, plombé de saturations et transpercé d'une mélancolie à la beauté poisseuse. Telle une veine entaillée par excès de désarroi, l'âme du groupe s'éprend violemment d'un public d'initiés, devenu indéfectible. Tant par leurs structures iconoclastes que par leur portée émotionnelle, des morceaux comme Foreign Devils on the Silk Road, Lemonade, Wash (You Glow), It Could Ruin Your Day, Narrow et surtout Days Of Nothing s'arrogent une part d'intemporel au panthéon des nineties.

Deux ans plus tard, Black Black (Boomba Rec, 1998) marque une rupture. Presque une cassure. La fulgurance des guitares s'étiole, le son de celles-ci s'épaissit quand les rythmiques - assurées sur cet album par Mike Featherson - deviennent plus lentes, habitées d'une affliction dénuée de rage. Mis à part quelques soubresauts dont l'immodérée Alaska, la voix de Troy devient la clé de voûte d'un univers peuplé d'une déshérence amoureuse renversante. Valentine, Every Move a Picture, Where is the Assassin? ou même You Are the Sunshine of My Life laissent percevoir à quel point les certitudes pétries d'électricité d'alors ne sont plus d'actualité. Chose que confirme It's a Miracle (Pale Blue), véritable bréviaire testamentaire sorti quatre années plus tard et faisant suite à une série d'interminables tournées à travers le monde. Ciao L A et son refrain I'm looking back against the tour of Black Black résonnent telle une volonté d'écourter définitivement ce qui avait fait de Chokebore un groupe pas comme les autres, vivant sur scène à chaque fois sa dernière heure. La répétition, l'ennui, la crainte de n'être plus soi s'entrechoquent dans un remugle de sentiments flirtant toujours autant avec un mal-être abyssal, source intarissable de mélopées au magnétisme confondant. Ainsi, Geneva, Police ou Person you Chose enterrent de leur splendeur cantabile les fastes délétères des débuts, insufflant une quiétude seulement dénaturée par les déflagrations abrasives du conclusif She Flew Alone, ouvertement tourné vers un passé dont ils veulent se délester afin de faire, chacun dans leur coin (du monde), un bout de chemin. Un passé, peu après canonisé par l'album live A Part from Life (Pale Blue, 2003), enregistré le 12 août 2001, lors d'un passage au festival La Route du Rock à Saint-Malo.

Sur la pochette de Motioneless, on voit Troy sauter inconsidérément en arrière, guitare en mains. Encore môme, je l'ai approché lors d'un concert à Angers, au Chabada, pour qu'il dédicace une photocopie que j'avais faite du cliché. Souriant, il griffonna dans la marge ces quelques mots, I'm jumping for my life and i hope i make the landing, sans se douter que celui du groupe, d'atterrissage, serait son propre tremplin. Deux albums en solitaire plus loin (s/t, 2006 & How to Live on Nothing, 2010) et Chokebore renaît de ses cendres, se parant d'un avenir né d'un désir d'à nouveau en découdre. Les bacs à vinyles débordent de come-back aux relents âcres de resucées à buts lucratifs. Ces quatre-là en sont incapables. Il y a donc fort à parier que ces neuf années étaient un moindre mal pour qui reste encore cloué à ces murs de décibels. Voici donc le fruit d'une rencontre avec le groupe. C'était il y a tout juste un an. Depuis rien à encore bougé. A moins que...

Troy Von Balthazar sera en concert le 15 avril prochain à la Machine du Moulin Rouge. Hartzine, en partenariat avec Super !, vous font gagner trois places par ici. Par ailleurs, Magali Boyer exposera ses clichés consacrés à Troy Von Balthazar du mardi 29 mars au samedi 23 avril à la Flaq à Paris. Les détails, par .

L'interview - 19 février 2010, 18h30, loges de la Maroquinerie, Paris.

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Vous veniez tous de formations punk hawaïennes avant de former Chokebore. Votre volonté de vous préserver de l'industrie du disque et votre attrait toujours d'actualité pour les réseaux indépendants vient-elle de ce passé ? En quelque sorte êtes-vous encore punk dans l'âme et ce malgré votre évolution musicale ?

John (guitariste) : J'ai toujours été intéressé par les groupes underground et indépendants quand j'étais ado, c'était surtout les groupes qui m'intéressaient. Je ne faisais pas vraiment attention aux groupes mainstream à vrai dire. J'imagine que ça a été une continuité logique. (A Balthazar) Toi aussi tu aimais les groupes underground, comme nous tous.

En quelque sorte êtes-vous encore punk dans l'âme ?

Troy (chanteur / guitariste) : Je ne suis pas punk. Pas punk rock.

Je parlais plutôt de la "philosophie" punk.

Omar (batteur) : Oui oui, définitivement.

T : Je ne sais pas. J'ai été dans cette "scène". Mais ce sont juste des musiciens. Des musiciens indie. Je voulais juste faire de la musique, de n'importe quelle "forme". Et nous avons travaillé avec ces super labels comme Amphetamine Reptile, et nous avons beaucoup appris avec eux. Nous avons grandi avec cette scène indie aux Etats-Unis.

Donc vous vous considérez plus comme des musiciens indie ?

T : Je me considère juste comme un musicien, et j'essaie d'en devenir un meilleur tous les jours.

Quelles musiques, quels morceaux ou quelles personnalités vous ont décidés à croire en votre musique ? En d'autres termes, quelles sont vos influences profondes ?

T : Quand j'ai commencé à jouer de la guitare, j'avais un colocataire. Je jouais et je chantais dans ma chambre, et lui et sa copine sont venus frapper a ma porte pour me dire "Hey Troy, ça sonne bien". Je ne savais pas qu'ils écoutaient, et je me suis senti très très fier. Vraiment content que ça sonne bien. Et c'est à ce moment que je me suis dit "Ok, je peux le faire". Ils l'ont juste dit comme ça mais c'est arrivé jusqu'à ma tête.

John : J'ai beaucoup été influencé, peut-être pas toujours en terme de son. Mais par plein de genres de musique. Et pour revenir à la question précédente, en tant qu'ado j'ai été très influencé par l'idée que tu n'avais pas besoin d'être un gros groupe de rock. J'écoutais de la musique faite par les ados, les magazines étaient faits par des ados, etc. Vous n'aviez pas à attendre de devenir un adulte pour faire des choses. Vous pouviez faire ce que vous vouliez. Créer votre propre musique, votre propre "scène".

Aussi parce que vous étiez entourés de musiciens ?

J : Oui, il y avait tellement de LP sortis par de tout jeunes groupes à cette époque. J'étais très inspiré par la structure de tout ce truc. Le réseau de tous ces gens qui n'attendent pas que quelqu'un leur dise qu'ils devraient faire un groupe. Ils le font et c'est tout.

Votre musique, si elle a évolué dans le temps, s'éloignant peu à peu des distorsions, a d'emblée été lourde, puissamment mélodique, le chant oscillant entre sourde mélancolie et énergie désespérée... Que vouliez-vous faire passer par-là ? Quelle était votre volonté ?

Omar : La beauté.

J : Nous n'avions pas forcement de "plan".

T : Pas du tout de plan. Nous essayons juste d'écrire une musique intéressante, avec ce qu'il y a dans nos esprit à ce moment-là. Je crois que nous essayons de faire du bon son. Encore que je ne sais pas toujours comment le faire.

Y avait-il des émotions plus dominantes que d'autres dans votre carrière ?

T : Oui, la mélancolie plus que la joie dans les accords majeurs de nos titres. Nous étions beaucoup plus intéressés par les accords mineurs dans les aspects sombres. C'était très beau et ça marchait bien avec notre musique, et ce qu'elle est devenue. Nous n'avions pas vraiment de grandes idées, ou de plan.

Quand je parle d'intention, il s'agit plus du moment de l'écriture d'une chanson...

T : Non il n'y avait rien, jamais, à aucun moment et pour aucune chanson nous ne savions dans quelle direction nous allions, ou quel genre de musique c'était, ou ce qu'on faisait. On navigue à vue.

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Rétrospectivement, quel album vous parait le plus abouti... et pourquoi ce choix ?

Troy : Pour moi, je dirais A Taste For Bitter.

John : Je ne crois pas que je puisse en choisir un. J'aime prendre des choses dans chaque album. Quand nous préparons une setlist, la plupart du temps je ne me rappelle pas de quel album est cette chanson ou cette autre. Je me rappelle de ce qui se passait dans ces périodes-là. Parfois il faut que je réfléchisse pendant une bonne minute pour me rappeler de quel album est une chanson.

T : J'ai aussi dit A Taste For Bitter parce que je me rappelle son enregistrement, qui était intéressant et fun. Je n'ai jamais écouté l'album à vrai dire. Nous l'avons enregistré en France, à Angers, c'était la première fois en France. Et c'était très très amusant à enregistrer.

C'était justement notre prochaine question, que pouvez-vous nous dire de Ian Burgess, malheureusement décédé il y a peu ?

Omar : Nous n'avons pas travaillé avec lui. Nous étions dans le studio Black Box, mais nous avons travaillé avec Peter Deimel, qui était son ingénieur. Mais nous n'avons pas travaillé avec Ian. Mais c'est bien triste qu'il soit décédé.

T : Il est venu pour deux/trois sessions, et oui c'est bien triste.

Vos concerts étaient comme la marque de fabrique de Chokebore : intimes, honnêtes et agressifs... Mais c'est aussi leur accumulation qui a fait naître votre volonté de splitter... Qu'attendez-vous de cette reformation ? Uniquement retrouver la scène ? Ou au contraire renouer avec le public pour se mettre ensuite à composer et sortir un nouvel album ?

T : Je crois que nous allons y aller plus simplement cette fois. C'est sûr que quand on fait une centaine de concerts, sans faire de pause, cela peut nous faire du mal. Donc on va faire ça un peu plus intelligemment, faire quelques shows, puis autre chose... Essayez de planifier tout ça un peu mieux. Ce sera plus simple pour tout le monde. Et ça devrait être vraiment bien.

J : Oui, nous avons tous d'autres projets sur lesquels nous travaillons, c'est bien de pouvoir faire plusieurs choses.

T : Et quand on a commencé cette tournée il y a cinq jours, nous n'étions pas certains de nous amuser. Il y a cinq jours. Mais après ces quelques concerts, on s'est bien senti, et c'est sûr qu'on a tous envie de continuer. Mais c'est vrai que la semaine dernière, on se disait encore, on verra bien, si ça se trouve... Mais c'est super. Mais nous n'allons pas faire de promesses. Nous allons continuer comme nous en avons envie.

J : Ils ne nous ont pas demandé de faire des promesses !

T : Je sais mais je ne veux pas dire que nous allons faire d'autres choses. Je ne veux rien signer.

J : Non bien sûr, mais c'est toujours ouvert. Et oui, ça a été super !

Si retour durable il y a... en quoi les expériences vécues par chacun d'entre vous ont-elles transformé la musique de Chokebore ?

Troy : Non, pour moi ça n'influence pas la musique de Chokebore. Je pense que je suis un meilleur guitariste maintenant. Et je crois que nous sommes tous de meilleurs musiciens. Peut-être parce qu'on a pu se reposer un peu. John a fait son projet de guitare. Je sens que nous sommes de meilleurs musiciens. Quand vous jouez de la musique, cela dépend vraiment de comment vous êtes concentré dessus. Mais je ne pense pas que nos projets solo influencent Chokebore. Chokebore sonne Chokebore. C'est là, vous voyez. Et les autres choses sont ailleurs. C'est différent, complètement différent. Et c'est bien.

Troy, peux-tu nous expliquer les raisons qui t'ont poussé à cette solitude ?

T : Parce que j'ai entendu différentes musiques dans ma tête, je ne voulais plus entendre de distorsion. Je voulais entendre de petites chansons acoustiques. Plus de choses lo-fi. Pour un moment. J'étais malade des distorsions. Maintenant je les apprécie à nouveau. Mais j'avais besoin de faire une petite pause. Après quatorze années de guitare distordue, c'était assez.

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Troy, en concert, sous ton propre nom, tu chantais pas mal de morceaux de Chokebore. Le groupe n'est jamais mort en toi ? Ou tu t'es dit que c'était une page définitivement tournée ?

T : Les gars ont commencé à me manquer. Le groupe. Et j'ai écouté quelques chansons et elles n'étaient pas si mal. Parce que je n'ai jamais écouté la musique de Chokebore jusqu'à il y a peu. De petites choses ont commencé à grandir dans mon esprit et elles ont pris de l'importance.

Chokebore est un groupe apatride. Vous avez sillonné une partie des États-Unis pour atterrir en France puis en Allemagne. En quoi ce déracinement inspire-t-il vos choix ? Vos projets (Troy tu écris, John tu peins) ? Votre musique ?

J : J'ai déménagé avec mon frère tout le temps depuis notre enfance. J'ai l'impression que nous avons déménagé depuis toujours. Alors je ne sais même pas comment c'est de rester à un endroit !

T : Pour moi, il est clair que ça influence totalement ma musique. Tous les mots et la musique viennent du fait que j'ai bougé d'endroits en endroits, et que j'ai vu beaucoup de cultures et de personnes différentes. Oui ça a été très important. J'ai été sur la route pendant tellement longtemps. Quand Chokebore s'est arrêté, j'ai rendu mon appartement, et j'ai été sur la route tout ce temps. Je n'ai plus eu d'appart jusqu'à il y a deux mois. Pendant six ans, j'ai dormi sur des canapés comme celui-là. En fait celui-ci est bien mieux que beaucoup d'autres canapés que j'ai pu tester !

Y a-t-il eu un moment dans ces voyages, un lieu ou des gens que tu as rencontrés qui ont guidé ton processus créatif ?

T : Oui, ça "gèle", ça fige la création. D'être toujours entouré de gens. D'être toujours dans un nouvel appart, l'appart de quelqu'un. C'est très difficile d'écrire dans ces conditions. C'est presque impossible. Alors, quand j'avais une seconde tout seul, je me précipitais pour écrire quelque chose. C'est vrai que ça a complètement changé la manière dont j'écris. Au lieu d'avoir toute la journée pour écrire, j'avais juste dix minutes quand ils allaient faire des courses ! Maintenant j'écris très vite !

Internet n'existait pas à vos débuts. Comment jugez-vous aujourd'hui son influence ?

Omar : Cela a détruit l'industrie du disque. Ça a enlevé de sa valeur à la musique.

J : Il y a du bon et du mauvais.

O : Surtout du mauvais ! La musique n'a plus de valeur !

T : Non, non ! Ça a changé, c'est une période de changement...

J : A l'origine, quand nous partions en tournée, tu venais dans la voiture avec ta carte routière, tu t'asseyais là et tu essayais de voir comment faire. Tu n'avais pas un ordinateur qui te parlait toute la journée ! On passait vachement plus de temps à étudier ces cartes. Maintenant ça n'est plus nécessaire.

Et qu'en est-il de l'influence sur la musique ? Quel est votre avis ?

O : C'est devenu bien plus difficile de vendre un CD. Les gens pensent que la musique devrait être gratuite et livrée à leur porte sur un plateau en argent quand ils en ont envie. L'art de vendre des disques a complètement changé. Maintenant vous avez les sonneries de portable, les B.O. de films, les musiques de toilettes (?) c'est juste dur de faire un disque. C'est une forme d'art morte.

T : Moi, je pense que c'est un changement nécessaire. La manière dont se comportait l'industrie du disque était vraiment mauvaise. Maintenant c'est une transition et je pense qu'ils vont trouver un moyen de continuer, sûrement d'une autre manière. Et je pense qu'Internet a amené bon nombre de plus "petits" musiciens, le moyen de faire de la musique, et de sortir de la musique, de faire des tournées. Et être plus indépendants des labels. J'ai beaucoup tourné l'année dernière, sans label.

J : Oui, il y a du bon et du mauvais.

T : Mais oui c'est vrai que c'est bien plus dur de signer un contrat avec une maison de disques. Mais c'est une transition. On trouvera d'autres formes.

Quelques mots sur vos retrouvailles avec le public français ?

T : J'ai une jambe de bois (en français, nldr) et oui merci pour votre soutien ! Merci de ne pas être morts !

Audio

01. Coat
02. Never
03. Wash (You Glow)
04. Cleaner
05. Days Of Nothing (full band winter version)
06. She Flew Alone

Vidéo

Discographie

Motionless (Amphetamine Reptile Records, 1993)
Anything Near Water (Amphetamine Reptile Records, 1995)
A Taste for Bitters (Amphetamine Reptile Records, 1996)
Black Black (Boomba Rec, 1998)
It's a Miracle (Pale Blue, 2002)
A Part from Life (Pale Blue, 2003)