Éric Chenaux l'interview

Pratiquer un instrument de nombreuses années crée une familiarité, un confort mais parfois le sentiment que la découverte ne sera plus au rendez-vous, la passion reste intacte mais l’inconnu et le plaisir qui vont de paire s’estompent. La guitare est, probablement avec le piano, l’instrument le plus pratiqué dans le monde, de ce fait surprendre ou, mieux, innover semble chose ardue. Cela fait pourtant longtemps qu’Eric Chenaux étire le chant des possibles de la six cordes, créant un nouveau langage, une ondulation, un fil fragile mais ludique qui s’articule autour de mélodies désarticulées.

Initialement basé à Toronto, il y est une figure de proue de la scène DIY et expérimentale, tout d’abord en tant que frontman d’un groupe de post-punk, Phleg Camp, à la fin des années 1980, puis dans la scène de la musique improvisée, du non jazz, notamment en tant que co-fondateur du label Rat Drifting en 2002, avant de s'établir en solo chez Constellation depuis 2006. Un parcours musical varié, aux collaborations et rencontres multiples (Sandro Perri, Josephine Foster, Radwan Ghazi Moummeh, Eloïse Decazes, Norberto Lobo) mais aussi dans la danse contemporaine et le cinéma. Il revient en 2017, avec deux albums à paraître cette fois chez Three:four Records, un premier en compagnie de Norberto Lobo le 24 mars et le deuxième avec Eloïse Decazes.

Installé depuis quatre ans à Paris et plus précisément à Saint-Ouen, c’est chez lui que nous nous retrouvons autour d’un apéro charcuterie-fromage-vin pour parler de sa future tournée japonaise, de ses prochaines sorties, de ses rencontres, de Constellation et de l’apprentissage du français notamment... (qu’il parle très bien d’ailleurs)

Interview

Quelle est ta relation avec le français ? C’est ton deuxième album avec Éloïse [La Bride, à paraitre le 14 avril, ndlr],le français y est très littéraire et évoque des contes ou des chants de troubadours médiévaux.

Le premier était assez moyenâgeux, comme des complaintes. Le deuxième, c’est plus des ballades traditionnelles, pas nécessairement du Moyen-Âge.

Ça m’a fait un peu penser à Josephine Foster, particulièrement l’album A Wolf In Sheep’s Clothing que j’aime beaucoup, notamment à la très belle reprise de schubert An Die Musik.

Oui, c’est un très bon album.

Tu as travaillé avec elle ?

Oui, plusieurs fois. Une fois en duo et une autre avec une pianiste et son mari, pour cet album justement, à Londres, lors d'un festival de musique expérimental et on a partagé des dates, on est amis.

Dans cette reprise, il y a d'ailleurs cette guitare saturée qui arrive sur la fin, très free, qui pourrait un peu se rapprocher de ton jeu.

Oui, c’est un musicien de Chicago ou Boston, il est incroyable, je crois qu’il a joué qu'une fois avec elle, je ne le connais pas mais je lui ai demandé qui était ce mec ; il joue fort et avec beaucoup de liberté, et surtout il joue joyeusement.

Justement, sur ton album avec Norberto Lobo, on a l’impression que ta guitare est moins narrative, que c’est plus une texture libre par rapport à d’autres de tes albums sur lesquels il y a une mélodie et après une destruction qui se fait autour de cette mélodie. Là on commence directement par cette destruction, cette texture, ce magma.

Oui, oui, l’album de Norberto est, d’une manière, plus un type de musique proche de celui que je faisais à Toronto. Quand j’ai commencé à faire des chansons, c’était plus basé sur l’improvisation free, cérébrale. Les deux sont parallèles pour moi, les impros sont comme un monde, un espace qui utilise un peu de composition mais pas trop ; une chanson, c’est un espace qui utilise quelque chose de prédéterminé, une mélodie en général, des accords et une clef, une base en fait. J'adore les chansons et je suis toujours étonné par le manque d’improvisation dans les chansons. Burt Bacharach a composé des chansons incroyables pour Dionne Warwick, tellement belles, les arrangements et les structures font des détails. Et ces détails, je n’arrive pas à les composer, je n'en suis pas capable, enfin je ne sais pas si je le suis mais j’en ai aucune envie. Pour moi, les chansons sont des détails qui proviennent de l’improvisation. Et c’est une manière d’entrer dans le monde des détails, c’est dans ces détails qu’on trouve l'univers d’une chanson. Les petits bruits, le souffle d’un chanteur, le posé sur un piano, un bend, ce sont les choses comme ça qui me plaisent et qui deviennent un monde pour moi, un intervalle, une perception de la chanson qui provient de ces détails et comment jouer dans ces intervalles, ces frictions, ces hallucinations, ces attractions, ces... beaucoup de mots qui finissent en -ion avec des bases latines, et féminins.

Ah ! Ah ! Ah !

Est-ce que tu sais ce qui détermine le genre des mots ? Pourquoi ces mots sont masculins ou féminins ?

C’est en général d’après une base latine, les mots qui finissent en -ure, -ette, -ie et -ion sont généralement féminins. Mais par exemple, un mot moderne comme "selfie" finit en -ie, comme photographie, etc. qui sont généralement féminins, mais celui-ci est masculin. Pourquoi, qui a déterminé ça et sur quels critères les académiciens ont choisi, je n'en ai aucune idée...

C’est incroyable de se dire que les académiciens prennent une journée pour se dire que "selfie" doit être masculin !

Justement, toi, par rapport au français, apprendre une nouvelle langue, c’est comme apprendre une nouvelle mélodie, une musique, et en plus tu es Canadien, tu viens de ce pays bilingue.

Il y a une association entre le français et le Canada, une histoire mais si tu ne passes pas de temps au Québec, au final tu ne penses pas vraiment au français ; tu vois tout le temps les deux langues, au supermarché, partout mais tu n’y penses pas vraiment. En tout cas, en ce qui me concerne. Quand je suis rentré à Toronto, j’ai été frappé par le nombre d’amis qui pouvaient parler français alors qu’avant mon arrivée ici je m’en foutais. Mais en fait tout cela vient de l’école. Parmi ces amis de Toronto, il y en a deux qui sont batteurs et qui sont mes favoris.

Est-ce qu’il y en a un qui a joué sur Love Don’t Change ?

Oui, c’est Nick Fraser.

Il est incroyable !

Oui, il est... pfiou ! J’ai beaucoup joué avec lui et le voir jouer est étonnant parce que tu n’as pas l’impression qu’il tape, au contraire. Quand tu regardes les autres batteurs, tu vois les gestes et l’amplitude, pas lui.

C’est ce que je te disais la première fois que je t’ai vu, ce morceau ne m’a jamais quitté, il m’accompagne tout le temps, et quand tu parlais de ces intervalles, je trouve que ce morceau en est un parfait exemple. Est-ce qu’il joue aussi sur Impossible Spaces de Sandro Perri ?

Hum, oui, peut-être une chanson... non, je crois que ce sont d’autres batteurs en fait. Mais il y a plein de batteurs incroyables à Toronto. Le père de Nick Fraser est en charge du bilinguisme au gouvernement et en tournée Nick parle aux concerts dans les deux langues, avec un gros accent d’Ottawa. Entre Mariette [sa compagne, ndlr] et moi, au début, je ne parlais pas quasiment jamais en français. Quand je suis arrivé ici, c’était difficile.

Tu n’as pas de membre de ta famille qui est francophone ?

C’est encore plus triste parce que c’est normalement ma première langue, j’ai grandi en Suisse. Je suis né aux Etats-Unis mais je suis arrivé à l’âge de deux ans à Vevey, en Suisse, mon père est Suisse portoricain et ma mère est de Suisse romande. Mon père, lui, parle cinq langues, il a grandi avec trois langues. Avec ma grand-mère, je parlais français et espagnol. Mais j’ai tout oublié. Petit, j’étais le traducteur de ma classe parce qu’il y avait beaucoup d’Américains dont les parents étaient là pour l’entreprise Nestlé.

je vous épargne une digression sur la linguistique et la grammaire française….

Il y a quelque chose que j’ai vraiment beaucoup aimé au début de ton concert à l’Espace En Cours, c’est ta façon de présenter ton concert, cette approche assez humoristique et décontractée, c’était la première fois que je voyais ça en fait, tu spoiles ton concert en disant à l’avance le nombre de chanson, leurs durées, qu’il n'y aura pas de rappel...

Oui, ça, ça me vient de Hitchcock, il commence à introduire son film en disant directement qui est le tueur et j’adore ça. Ces teasers, c’était drôle, prétentieux mais sarcastique et au final tu oubliais qui était le tueur et tu te laissais prendre au jeu. Dans le monde de la musique improvisée, dans le jazz, c’est tellement rare que les personnes parlent, c’est un peu formel et silencieux. Dans la musique traditionnelle ou folklorique, on introduit la chanson en racontant parfois son origine et j’aime beaucoup ça. Les musiciens que j’adore de la musique traditionnelle folk britannique font ça, je ne fais pas partie du même monde musical mais je ne suis pas timide et plutôt à l’aise sur scène donc je veux partager ça avec le public, ce sentiment d’être à l’aise et de partager un moment qui ne soit pas formel.

Parfois tu vas à des concerts et tu sens que l’artiste sur scène est gêné ou stressé et tu compatis un peu, ça je ne veux pas que ça m’arrive, jamais, je veux qu’on sente que je suis à l’aise. Ce qui n’est pas toujours le cas évidemment mais je ne le montre pas. Et donc ça me vient d’Hitchcock, je révèle le mystère dès le début mais je maintiens le suspense, le plaisir pendant le temps du film pour Hitchcock et du concert pour moi. Je dis à l’avance que je jouerai six ou sept chansons, qu’il yen aura des longues, des courtes et que ce sera tout. Peut-être qu'en tant que spectateur, tu vas compter mais tu ne sauras pas combien de temps les chansons vont durer et tu seras peut-être plus réceptif, d’une certaine manière moins stressé, par le concept formel de temps et tu te concentreras plus sur les détails.

La personne qui était avec moi à ce concert, et qui n’est pas nécessairement très familière de ce genre de musique et de son public, ton "effet Hitchcock", ça l’a mise plus à l’aise, ça a créé une atmosphère de familiarité.

C’est très très important pour moi d’éviter le narcissisme de l’artiste sur scène et d’être généreux, d’avoir une relation, un échange avec le public. Après, quand tu es sur scène, c’est pas toujours facile, évidemment tu veux que les gens partent en étant contents parce que tu en dormirais mieux la nuit mais il ne faut pas que cette envie fausse l’échange. Parfois, t’as pas dormi ou ça ne va pas dans ta vie et tu te demandes où trouver la force de créer cette connexion ; pour moi, c’est un rapport au temps et à comment le gérer. Et je pense que l’improvisation contribue à ça, tu te perds toi-même dedans, tu t’aventures. Au début, quand je suis arrivé à Paris (il y a quatre ans), j’étais un peu nerveux de jouer, c’était mon nouveau chez moi alors c’était important pour moi - j'ai peut-être joué deux mille fois à Toronto, la nervosité n’existait plus du tout.

Je peux te demander pourquoi tu es venu à Paris ?

Pour la personne avec qui j’habite, Mariette.

J’ai le souvenir d’un concert, il y a quelques années à Londres, ce soir-là je me suis rendu compte pour la première fois que c’était impossible que la personne à côté de moi entende le morceau de la même manière que moi. En fait, pour moi, la musique et son parcours, son trajet vers l’auditeur est plus pur et direct que n’importe quel autre art. On dit "seeing is believing", il faut le voir pour le croire, on ne peut pas croire directement avec ses oreilles.

Pour toi, la musique serait l’art majeur ?

Non, pas du tout, mais c’est le côté de l’abstraction de la musique qui est pour moi majeure. En général, à un concert, je ferme les yeux, ça soulage d’abandonner la vue, de laisser du répit aux yeux et de se laisser porter. Il y a un côté hallucinatoire dans la musique, on ne la comprend pas. Quand tu vois quelque chose et qu’elle est matérielle, tu la comprends. Une musique n’est pas nécessairement narrative comme les autres arts. Il y a aussi cette ambivalence dans la musique, par exemple la soul qui a des paroles super tristes sur une musique très rythmique, comme James Brown, et cette manière de communiquer propre à la musique n’est pas de l’ordre du langage.

Je comprends mieux ta notion de trajet et de parcours maintenant. Quand j'habitais à Halifax, j’étais allé voir Leonard Cohen, il a joué 4h30 et des poussières et il disait en s’adressant au public "ok les gars, c’est samedi soir et si vous devez vous lever demain matin pour profiter de votre dimanche, allez-y parce que nous, on est là encore pour un moment" et j’ai bien aimé ce truc simple et direct d’enlever le masque et de dire "nous, on fait le boulot mais si vous en avez marre, allez-y", un peu comme toi qui annonce direct le menu en disant "... après vous devez prendre le métro donc je préfère vous prévenir", désacraliser un peu le truc.

Oui, je suis d’accord, j’essaie de garder aussi l’équilibre entre l’aspect rêverie de la musique et l’aspect humain, ouvert, et de jouer avec les deux. Ça ne marche pas toujours, ça prend du temps mais l’idée est de créer un espace ensemble.

Chez toi, il y a d’ailleurs un équilibre qui est intéressant entre la chanson et la destruction de cette chanson, il y a Éric Chenaux qui partage sur scène, qui joue avec le public, qui utilise des effets pour la guitare d’une façon ludique et, en même temps, la beauté de l’improvisation.

En fait, je ne joue pas de la guitare ou des effets, je joue avec mon corps. J’adore les effets, la wah-wah et j’adore les filtres parce que, pour moi, l’oreille est un filtre ; je voudrais les modifier, les multiplier, jouer avec vos oreilles. C’est presque une danse, l’idée n’est pas de cumuler des effets, c’est de créer une relation entre eux et que le tout soit une danse - pas un ballet mais plutôt "dancing like a fool", un peu de la même façon qu'a Buster Keaton de tomber, un peu de grâce et un peu de folie.

J’aime vraiment ces rapprochements que tu fais entre Hitchcock, Keaton et ta musique parce que je trouve que, par exemple, Warm Weather est très gracieux, direct et d’autres morceaux gondolent. Il y a souvent cet équilibre chez toi. Et c’est un peu pareil avec ton label Rat Drifting où il y a du jazz pointu et d’autres choses, plus directes.

Oui, il y a aussi des groupes, dans lesquels je ne joue pas d’ailleurs, sur mon label qui font des trucs plus mélodieux.

Et il y a aussi ce truc avec Constellation, de se dire qu'il y a Godspeed You Black Emperor et Éric Chenaux. Constellation était un label super important pour la scène dite post-rock...

Ca, je dirais que c’est surtout en France où les premières années de Constellation semblaient vraiment importantes. Je pense à ça souvent parce que quand je faisais mes premières dates ici, personne ne me connaissait mais le côté Constellation m’a ouvert beaucoup de portes. Cette relation particulière, française, avec l’Amérique du Nord et, de manière générale, la curiosité culturelle (le jazz au début du vingtième siècle, la littérature, Fitzgerald, etc.), j’adore ça ici. Vous êtes des amateurs dans le bon sens du terme, dans le sens d’amour. J'aime bien le fait que ce mot amateur puisse avoir deux existences complètement différentes.

Je t’ai découvert avec Constellation, je ne sais pas si je serais allé découvrir Éric Chenaux si cela avait été étiqueté "musique improvisée jazz".

Oui, moi non plus !

En fait, si on me demande quels sont mes albums préférés de Constellation, je dirais Sloppy Ground et Impossible Spaces de Sandro Perri.

Impossible Spaces n’est pas un album que j’écoute suffisamment. En fait, j’adore Tiny Mirrors, et pas parce que je joue dessus hein, mais je trouve que les morceaux sont très beaux. Sandro nous avait entendu avec des musiciens de Rat Drifting, il voulait nous inviter sur un album et on a juste joué ensemble de façon naturelle - même si Sandro aime beaucoup l’editing -, mais oui, Impossible Spaces est super, il est plus contrôlé, je crois qu’après cet album il a dû avoir quelques cheveux gris parce qu’il a eu pas mal de travail.

Tu te souviens quand tu as commencé à jouer de la guitare et qu’est-ce qui t’as influencé ?

Non, pas vraiment. Mon père était un grand amateur de flamenco, et spécialement de Carlos Montoya, très célèbre. C’était le premier, je crois, à jouer seul, juste assis sur une chaise et, avec mon père, j’en ai vu plusieurs. Jeune, j’adorais la musique évidemment mais mes parents n’en jouaient pas, ma grand-mère jouait du piano mais c’est tout.

Plus jeune, tu jouais dans un groupe de post-punk, Phleg Camp.

Oui, un groupe post-punk des années 1980. On a beaucoup tourné aux Etats-Unis à l’époque, j’avais dix-huit ans, je vivais quasiment sur la route et j’étais à la fac en même temps.

Et t’étais le guitariste/chanteur, c’est bien ça ?

Oui, c’était quelque chose ! Le groupe était pas mal, un peu funky en fait.

Dans l’album avec Norberto, je voyais le terme various electronic, est-ce que vous avez utiliser d’autres instruments ou ce sont des effets ?

Des effets. Parfois j’utilise le terme various electronic et parfois juste guitare mais pour celui-là ça marchait bien.

Tu joues d’un autre instrument ?

Non, pas du tout, le seul dont je joue un peu mais pas bien, c’est du violon et juste de la musique traditionnelle irlandaise. J’adore le piano, c’est peut-être mon instrument préféré mais tu peux pas faire de bends et j’adore les bends.

C’est sûr que quand on t’écoute, on s’en rend vite compte !

Oui, everything bends.

D’ailleurs, par rapport à ton manche, la tension et tout...

J’ai de la chance, je ne sais pas comment elle reste accordée et comment elle tient, c’est une super guitare.

C’est quoi, d’ailleurs, ta guitare ?

Gibson 1962, super instrument.

Elle bouge pas ?

Si, un peu, il y a aussi le fait que je l’accorde bizarrement et que j’utilise des cordes épaisses, des gros tirants mais oui, je ne comprends pas, je suis chanceux.

Tu l’as depuis combien de temps ?

Ça fait dix-huit ans.

Gibson, en général ?

Non, c’est ma première, en fait j’ai juste deux guitares : la Gibson et celle-ci (il me montre une vielle guitare classique nylon) que j’ai trouvée dans la rue. J’adore les guitares simples et je n’ai aucune envie d’avoir une autre guitare électrique.

C’est marrant, ça.

Oui, je sais, je ne suis pas un passionné de guitares.

En même temps, c’est ça que j’adore dans ton jeu, c’est que tu es hors guitare comme tu disais tout à l’heure, on sent que c’est un truc organique, ça n'est plus vraiment un instrument, il suffit d’entendre quelques notes pour se dire c’est Éric Chenaux. C’est rare ça.

C’est que je n’ai aucune idée, en fait je suis un très mauvais guitariste, j’en connais des incroyables. Moi, je n'ai aucune technique et je joue comme si j’en avais une incroyable, je joue comme si j’étais super doué mais c’est pas le cas, peut-être que c’est pour ça que je sonne comme ça.

J’ai du mal à y croire

Non mais peu importe, c’est une idée intéressante, l’idée que tu puisses juste te lancer sans savoir où. Après je joue beaucoup, je suis assez à l’aise sur cette guitare mais je suis assez merdique en fait. Mais surtout, j’adore ça, il faut que ça soit un plaisir, du bonheur, je joue comme si c’était une fête. Je n’aime pas l’idée de virtuose. Il peut y avoir un truc d’équilibriste, un truc presque contraire mais joyeux. Quand il y a des guitaristes qui parlent de la technique en disant qu'il faut faire ça et ça, j’ai presque envie de faire exactement le contraire et pas juste par esprit de contradiction. Par exemple, un guitariste que j’adore, c’est Derek Bailey (il met un CD), un guitariste d’improvisation qui a vraiment changé la guitare au vingtième siècle. Je cherche et je prends des trucs qui tombent des poches des artistes que j’aime bien, je recycle ce qu’ils jettent en quelque sorte. J’aime utiliser les trucs qui sont délaissés, je sais pas si tu vois ce que je veux dire.

Si, si, je crois.

C’est pas intéressant pour moi de prendre quelque chose qui est connu, qui a une histoire.

Et sinon, qu’est-ce que tu as pensé du concert de Danny Oxenberg et Bear Galvin ?

Je dois dire que j’ai pas vraiment écouté ce concert après la première partie que j’ai vraiment adoré (75 Dollar Bill), Mariette s’occupait de la buvette à l’extérieur et avait un peu froid alors je suis resté avec elle. Mais j’adore les Supreme Dicks.

En fait, j’aime bien par rapport à ce qu’on se disait. Eux ont commencé leur concert par une reprise de Simon & Garfunkel et ils ne savaient pas vraiment la jouer, c’était une reprise un peu désastreuse mais c’était tellement sincère...

Oui, leur sincérité était incroyable.

Et cela marche bien avec l’idée de recycler le virtuose, de l’apologie de la maladresse en quelque sorte.

Tout à fait, et les Supreme Dicks, c’est vraiment cool. Revenant sur l'album de Derek Bailey qu'on écoute : et donc cet album, c’est avec une danseuse qui improvise…

Tu aimes beaucoup la danse, non ? t’as déjà travaillé avec des danseuses ?

Oui, c’est super important pour moi. C’est un art qui me touche beaucoup.

Du coup, pour toi, l’image, c’est très important parce que tu as travaillé pour la danse mais aussi pour le cinéma ?

En effet, j’ai fait des bandes originales de films dont une il y a trois ans.

Sinon on était tous les deux au concert de Mike Wexler, tu en as pensé quoi ?

J’ai bien aimé.

Son approche de la guitare, c’est un peu le contraire de toi, je trouve.

Oui, il est très carré, c’est bien pensé, il y a du travail, j’aime beaucoup, mais la vie sans improvisation, c’est difficile pour moi.

Maxime et Gaëtan (Three:four Records), tu les as rencontrés quand et comment ?

Ça, c’est intéressant, je les ai rencontré par Arlt. Eloïse et Florian m’ont contacté via MySpace il y a huit ans, je crois. Ils m’ont dit "on aime bien ce que tu fais", j’ai écouté leur musique et je me suis dit "putain c’est pas mal, j’aime bien" alors on s’est écrit, on partagé des concerts ensemble et à cette tourné-là, j’ai rencontré Mariette. Maxime, c’était deux ans après et c’était via Radwan de Jerusalem In My Heart - chez Constellation aussi et cofondateur du mythique studio montréalais Hotel2tango. Gaëtan, c’était par une compilation que Maxime a faite pour Three:four Records.

The Byre, vous l'avez enregistré à Lausanne avec Norberto ?

Oui, c’était une résidence que Gaëtan nous a demandé, on a essayé et je pense que ça a bien marché.

Le disque de Derek Bailey se terminant, j’en profite pour lui demander s'il écoute d’autres types de musique et s'il y en a qu’il n’écoute pas.

Je n’écoute pas de salsa, c’est trop rapide. Le reggaeton, c’est un peu trop macho pour moi, par contre j’écoute beaucoup de reggae.

Tu vas encore travailler avec Constellation ?

Oui, bien sûr ! Heureusement, je continue, j’enregistre un nouvel album en avril.

Ça veut dire que tu vas sortir trois albums en 2017 ?!

Je crois qu’il sortira en 2018, celui-ci.

Mais techniquement, ça aurait été possible ?

En principe, trois c’est toujours possible - même plus parce que j’ai un autre album pour Three:four.

En plus de celui avec Norberto et Eloïse ?

Oui, c’est un album expérimental et instrumental.

Et tu chantes ?

Non.

En fait, cela fait trois disques où tu ne chantes plus vraiment.

Oui. Mais pour celui de Constellation, je chante.

En parlant de Constellation, qu’est-ce que tu penses de Off World ?

Il y a des titres que j’aime plus que d’autres. Avec Sandro, il y a toujours une tonalité un peu sombre et j'aime moins quand c’est le cas mais il y a des morceaux incroyables, et le prochain Off World sera incroyable.

Je me demandais, où est-ce que tu répètes ?

J’ai un studio à Belleville, rue du Faubourg du Temple, juste au-dessus du métro, je peux y travailler souvent, c’est des amis et j’ai mon créneau le matin.

Tu es du matin ?

Oui, je suis plus créatif, j’ai plus de dynamisme, et après je peux aller nager.

Qu’est-ce que tu penses de Paris ?

C’est étrange comme lieu, c’est évidemment joli et j’en suis tombé amoureux - moins le métro et la ligne 13 mais j'ai mon Kindle alors ça passe.

Tu pars au Japon bientôt, pour une tournée, je crois que ce n’est pas la première fois ?

Non, c’est la troisième et toujours la même tournée : deux semaines, dix concerts.

Deux semaines, c’est bien comme durée, non ?

Plus c’est possible mais pas beaucoup plus. Moins pour le Japon, c’est impossible, il y a trop de trucs merveilleux à manger sur place !

Et tu y vas seul ?

Ryan Driver vient mais je joue seul et lui aussi.

Mais vous n’allez pas vous retrouvez pour jouer ensemble comme vous l’avez fait ?

Hum, je ne sais pas, c’est difficile de jouer des chansons avec moi, c’est un chemin sinueux... on va voir.

C’est plus difficile de jouer avec toi que toi avec quelqu’un d’autre ?

Je ne sais pas, je ne pourrais pas dire ça mais la façon que j’ai en ce moment de jouer mes morceaux est difficile. Cela dit, quand j’ai joué avec Christine Abdelnour (saxophoniste), ça a super bien marché.

Tu penses que ça pourrait dépendre de l’instrument aussi ?

C’est plus la manière de penser et de jouer.

Parce que je trouve qu’avec le piano, l’approche expérimentale est plus limitée.

Oui, tu as raison, tu dois plus connaitre le morceau avec un piano je crois. Le saxo peut juste faire un souffle, un bruit.

Un peu comme Colin Stetson, qui était chez Constellation ?

Oui, tout à fait. Par contre, il n’y est plus, il a sans doute trouvé quelque chose d’autre qui lui correspondait mieux.

Il a beaucoup changé, ce label : Tindersticks, Vic Chestnutt, etc. 

Oui, ils évoluent bien je trouve. Mon favori, c’est… j’aime beaucoup Sandro et Feu Thérèse, surtout l’album Ca Va Cogner, je le trouve incroyable, ce sont les gars de Fly Pan Am et c’est de la musique vraiment fun… c'est un peu le Gainsbourg porno français.

En ce moment, j’écoute beaucoup de musique japonaise comme Haruomi Hosono et le Yellow Magic Orchestra ou Midori Takada, et comme tu pars d’ici peu au Japon...

Ah oui, j’adore ! Est-ce que tu connais Asa Chang & Junray ?

Non.

C’est superbe, il faut que tu écoutes ! On adore ça avec Sandro.

(il met une vidéo qu’on commente en parlant de Boredom)

Est-ce que tu utilises des pédales de loop ?

Non, jamais, je n’aime pas ça, je n'aime pas les motifs ni les trucs qui se répètent. Pour moi, il faut un fil continu et le loop est absolument contraire à cette idée.

Tu vas jouer où au Japon, dans des salles de concert ou dans différents lieux ?

Ça va être très différent chaque soir, entre des théâtres de deux cents personnes et un magasin de vêtements pour soixante personnes, et à Tokyo dans des clubs et des bars.

Bonne tournée en tout cas et merci pour l’invitation.

Merci à toi.

Mixtape

Sun Ra - I Dream Too Much
Jeanne Lee - Your Ballad
Thelonious Monk - Chordially (Improvisation)
Betty Carter - Spring Can Really Hang You Up The Most
Robert Ashley - Outcome Inevitable
Chris Connor - High On A Windy Hill
Derek Bailey & Min Tanaka - Rain Dance


Bye Bye Ocean l'interview des trois ans

Bye Bye Ocean est dans doute l'un des collectifs qui a permis à la nuit parisienne de s'émanciper et de s'hybrider toujours plus. Pour le troisième anniversaire de ce crew maintenant historique et toujours aussi dynamique, on a fait une petite interview avec eux.

Comment ça a commencé, cette aventure collective ?

Tout a commencé il y a trois ans. À l'époque, il y avait une grande différence entre les soirées qui étaient proposées et ce qu’on écoutait réellement avec Camille - Thomas nous a rejoint plus tard. C'était en 2014, l’éclectisme musical en club à Paris était plus réduit et l'on a eu envie de proposer quelque chose de différent.

Pourquoi Bye Bye Ocean et pourquoi cette musique ?

Le nom nous est venu comme ça, c’est un mélange d'idées. On s’est dit qu'il était bien figuratif et offrait une image intéressante, assez apocalyptique qui pouvait inspirer les artistes avec lesquels on voulait collaborer. Musicalement, on a toujours agi en fonction de nos goûts du moment et si l'on devait mettre un terme aujourd’hui sur ceux du moment, ça serait la musique club expérimentale, sans style proprement défini.

Il y a une constellation qui s'est créée au fil du temps avec Stock71 et Permalnk, ce sont les mêmes protagonistes dans tous les projets ?

Il y a des affinités mais les entités et projets sont tous bien distincts. Les protagonistes ne sont pas exactement les mêmes et les envies sont différentes. Tous ces projets fonctionnent de manière très personnelle, la base commune étant de ne pas se fixer de limite.

Est-ce qu'avec vos soirées et celles, disons des copains, je pense à I've Seen The Future par exemple, Paris a fini par devenir plus émancipé ? Plus monstrueux ?

Grave, c’est un mouvement collectif, les soirées sont de plus en plus variées, une nouvelle forme de fête à vu le jour depuis quelques années. Évidemment, gros respect pour les copains d’I've Seen The Future et leur programmation de malade, big up aux Parkingstones également, qui révolutionnent la nuit parisienne en mélangeant live, performance et gros son club. Il y a aussi les soirées de Betty et Teki qui jouent leur rôle dans le fait de ramener toujours plus d’artistes d’horizons différents. Il fait bon sortir à Paris ces temps-ci.

On aime assez parler de musique monstrueuse pour parler de la musique que vous défendez, ça vous quoi, cette idée de monstre ?

On parlerait peut-être plutôt d’hybridation, un mélange de style, une expérimentation. Ou alors peut être pas un monstre mais un alien.

Votre programmation est assez impressionnante, Lotic, Rabit, Angel Ho, M.E.S.H., nunu, Celestial Trax, etc., comment cela se passe de votre côté, ces programmations, ces envies ?

Ça marche au coup de cœur, c'est assez personnel finalement. C'est avant tout l'envie d'inviter des artistes peu connus qui sont très rarement invités en France alors qu’ils tournent davantage à l’étranger. Nos line-ups sont toujours des cadeaux qu’on se fait à nous-mêmes et nous pensons arriver à transmettre le plaisir que cela nous fait à notre public.

Qu'est-ce que ça fait, d'avoir trois ans et de les fêter avec M.E.S.H., qui est sans doute un des types les plus brillants de sa génération ?

C’est un peu fou, on ne savait pas où cela allait nous mener, on n'a jamais eu de prétentions particulières mais on est très fiers et très heureux de fêter ça avec la famille samedi. Beaucoup de rencontres incroyables. Ça va être particulièrement intense, avec le grand manitou M.E.S.H. qui a marqué sa première venue et qui nous soutient tout particulièrement depuis.

Vous envisagez des évolutions pour la Bye Bye Ocean, qui est maintenant devenue une institution des nuits à Paris ? C'est quoi, le futur de Bye Bye Ocean ? Toujours autant d'envie et de sueur?

On ne pense pas à changer de lieu, la Java fait partie des symboles de cette soirée. Toujours autant envie de sueur, oui, pour un petit bout de temps encore. Pourquoi pas quelques ouvertures, un peu de footwork ? Un peu de live ? Un peu plus d’accessoires et de déco pendant les soirées comme pour ce troisième anniversaire...

Merci Bye Bye Ocean, longue vie !


Exit Someone

Au début de l'année, Atelier Ciseaux sortait le premier EP cassette d'Exit Someone groupe montréalais formé de June Moon (Forever) et Thom Gillies (Vesuvio Solo). Dry Your Eyes est composé de six titres pop doux et romantiques. Lorgnant clairement vers les 80's avec ses nappes de synthé, ses beats légers et ses notes de sax et deflûtes, le son voluptueux d'Exit Someone vous caresse dans le sens du poil et fait mouche, notamment sur le titre Sydney, The List Goes On. Découvrez l'univers du couple venu du pays de la poutine grâce à notre mini-interview Out Of The Blue et écoutez leur mixtape exclusive - enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

June : Je suis née sur une île magique, pour de vrai.

Thom : C’est vrai.

June: I was born on a magic island, for real.

Thom: It’s true.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

June : Ici, là, partout.

June: Here, there, everywhere.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Thom : Bach.

June : Tu plaisantes ? La musique, c'est la vie.

Thom: Bach.

June: Are you kidding me? Music is life.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

June : J’aurais pu être danseuse !

Thom : Pareil.

June: I coulda been a dancer!

Thom: Same.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

June : Prends soin de ton corps avec une bonne nutrition et profite des avantages liés à l’élévation de ta vibration.

June: Honour your body with good nutrition and enjoy the benefits of raising your vibration.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

June : Se libérer de son ego.

Thom : Ne pas avoir d’attentes.

June: Letting go of ego.

Thom: Zero expectations.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

June : La réincarnation, bébé.

June: Reincarnation bb.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

June : Je fais quelques exercices de base, je m’échauffe la voix, quelques étirements et un peu de d’alcool fort pour me sentir bieeeeen.

Thom : Se vider l’esprit.

June: I do some grounding exercises for sure, definitely a vocal warm up and some stretching, and a little bit of hard liquor to feel meltyyyyyy.

Thom: Empty your mind.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

June : Je suis obsédée par Mind Bath. Mind Bath ! Regarde-moi !

Thom : Mike Mills (pas le bassiste).

June: I’m obsessed with Mind Bath. Mind Bath! Look at me!

Thom: Mike Mills (not the bass player).

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Thom : J’aurais pu être un danseur…

Thom: Coulda been a dancer…

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

June : N’aie pas peur d’utiliser ta voix.

Thom : Connais-toi toi-même.

June: Don’t be afraid to use your voice.

Thom: Know thy self.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Thom : Au bord de la mer.

Thom: Seaside.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

June : Je veux continuer à évoluer, chaque jour.

Thom : Comme un grain de poussière dans le cosmos.

June: I just want to keep evolving, everyday.

Thom: Like a speck of dust in the cosmos.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure? (musically or not)

Thom : Les lettres de Robert Lowell.

Thom: Letters of Robert Lowell.

Ecoute exclusive

Vidéo

Tracklist

Exit Someone - Dry Your Eyes (Atelier Ciseaux, 17 janvier 2017)

01. Fade 2 Black
02. Sydney, The List Goes On
03. Austrian Amnesia
04. Forbidden Colours
05. Love In The Days Of Rage
06. Security Lies


Soft Error

Un pied à Marseille et l'autre en Angleterre, le duo Soft Error a sorti au tout début de l'année un album chez Village Green, Mechanism, album qui, à la lueur d'un cadrage synthétique rigoureux, diffuse une atmosphère cinématographique et tamisée, à quelques saillies kraut près. Les neuf titres planants décrivent autant de courts-métrages aux atmosphères diverses, très imagées et évocatrices de drames internes tournés en slow-motion. Presque éloge de la lenteur, Mechanism a cette placidité d'un son très sûr de lui. L'affaire est sérieuse et navigue entre passé et futur, vaisseau qui a belle allure et des visions plein les mailles serrées d'un ouvrage fait de boucles et de répétitions, construction géométrique et très contemporaine qui se fraye un chemin dans l'étendue des possibles.

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Le premier vient de l’Essex, en Angleterre, et l’autre de Marseille, en France, mais nous avons commencé à trainer ensemble à Londres où l’on vivait et travaillait tous les deux.

One of us is from Essex (England) and the other one Marseille (France) but we started to hang out together in London where we both used to live and work.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Aucune idée, c’est justement ce qui est drôle.

No idea, that’s the fun of it.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Il n’y a jamais eu d’autre option - depuis mon plus jeune âge, on jouait déjà chacun dans des groupes qui faisaient des reprises d’autres groupes.

There has never been any other option - from a very young age we were either in covers bands bands.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

On ferait toujours de la musique, juste pas professionnellement.

We’d still be doing it, just not professionally.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Entendre les premiers mixes de l’album au studio Valgeir Sigurðsson en Islande, là où tout le projet s’est monté - c’était vraiment un beau moment.

Hearing early mixes of the album in Valgeir Sigurðsson’s studio in Iceland where the whole project came together - that was a really lovely moment.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Notre premier karaoké.

Our first karaoke.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Le disque a été tellement long à se faire que c’est tout à fait normal d’être passé à travers des hauts et des bas pendant tout ce temps. Mais être heureux du résultat valorise toutes les baisses de régime et les points négatifs du parcours.

Album’s take so long to make it’s only natural to go through up and downsides throughout the process. But if you're happy with the album at the end of it all it makes all the dips and low points along the way worth it.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr, peut-être qu’on dirigera un pub lorsqu’on arrêtera de faire des disques, ça serait incroyable.

Of course, maybe when we stop making records we’ll run a pub which would be amazing.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

C’est toujours spécial, juste avant de monter sur scène. Il n’y a rien qui ressort particulièrement. On attend toujours ce moment unique et spécial dans un set, celui dont le public, avec un peu de chance, se souviendra.

It's always special just before going on stage. There's not one specific thing that stands out. You’re always looking forward to that one special moment in a set which hopefully the audience can take home too.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Olympique de Marseille !

Olympique de Marseille !

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

N’importe quelle carrière dans la musique est déjà une réussite, le climax est juste d’être capable d’écrire et de sortir des disques.

Any career in music is already such an achievement, the climax is just being able to write and put records out.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Va plus vite et aie confiance.

Go quicker and be confident.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ? Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see yourself thirty years from now? How do you see your music evolve?

Artistiquement morts, à diriger un pub.

Artistically dead, running a pub.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Les pubs !

Pubs !

Écoute exclusive

Tracklist

Soft Error - Mechanism (Village Green, 12 janvier 2017)

01. Silberblick
02. Hyena
03. You Caught Up
04. Southend After Everyone Has Left
05. Turncoat
06. Motorbath
07. Bad Habits
08. Ridges
09. Everybody Runs


Maresme

Si vous suivez Hartzine, vous savez que nous avons une affection particulière pour Pedro Magina, que ce soit au sein de Gala Drop ou bien pour ses projets solo. Après avoir sorti deux excellents albums respectivement sur les labels Not Not Fun et Crash Symbols, le Portugais s'associe cette fois au Catalan Cristian Subira pour former le nouveau projet : Maresme. Un brin new age, un brin baléarique, la pop sensible et expérimentale bien chill de Maresme tombe à pic pour l'arrivée du printemps. Le premier album, Golden Coast, sortira ce mois-ci chez Foehn Records, label indé de référence de Barcelone. En attendant, plongez dans l'univers de Maresme avec notre mini-interview et découvrez en exclusivité leur nouveau vidéoclip : Waikiki. Relax and enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Porto & Barcelone.

Porto & Barcelone.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

À Ibiza.

To Ibiza.

Pourquoi la musique ?
Why music?

La musique est un langage universel. C’est un moyen de communiquer pour nous. On ne peut pas passer une journée sans écouter, jouer ou simplement penser à la musique.

Music is a universal language. Is a way for us to communicate. We can't live one day without hearing, playing or only thinking about it.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

On serait juste assis là, en silence. Conscient du moment présent. Immobile. Le calme absolu. L’état d’être juste assis.

We’d just be sitting silently. Being aware of the moment. Being still. The state of absolute stillness. The state of just sitting.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Tous les rêves qui deviennent réalité et qu’on ne savait même pas qu’on avait.

All dreams that come true which you never even knew you had.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Faire simple.

Making it simple.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

À quel point il est facile de compliquer les choses simples.

How easy it is to complicate simple things.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

On ne croit pas à la mort artistique parce qu’on ne cessera jamais de créer. Pas seulement de la musique, on peut créer tout ce qu’on veut jusqu’à notre mort. Une fois que ce sera arrivé, notre art perdurera.

We don’t believe in artistic death because we will not stop creating. Not only music, we can create whatever we want until we die. Once that happens, our art will remain.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Secrets de salle de bains.

Bathroom secrets.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Trop de gens pour tous les mentionner. Mais clairement Paul McCartney et Brian Eno.

Too many people to mention. But definitely, Paul Mccartney and Brian Eno.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Jouer un concert de sept ans au Tibet.

Playing a seven year's show in Tibet.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Le futur a l'air génial. Continue.

The future looks great. Keep going.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

À apprécier la vie autant que je l’apprécie aujourd’hui.

Enjoying life as much as we’re enjoying now.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique).
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Free, de Ultra Nate.

Photo : Valentina Gaspari
Traduction : Marie-Eva

Écoute exclusive

Audio


Pedro Vian

Beautiful Things You Left Us For Memories est le titre du tout premier LP du producteur catalan Pedro Vian sorti au mois de novembre dernier. Assez discret, Pedro Rufi (de son vrai nom) a déjà sorti quelques EP notamment chez Hivern Discs et Mathematics Recordings. Mais c'est surtout au sein de son propre label Modern Obscure Music qu'il s'active depuis trois ans maintenant à sortir des pépites obscures et subtiles aux sonorités technoïdes. Ce premier album explore au fil des tracks différentes voies, certaines plus ambient, certaines plus pop mais reste toujours très accessible. Rythmes organiques et mélodies cotonneuses, les expérimentations musicales de Pedro Vian sont chargées d'émotions réconfortantes et défiantes à la fois, donnant à cet excellent album un supplément d'âme que l'on retrouve rarement ailleurs. Découvrez notre interview de Pedro Vian ainsi qu'une track inédite en écoute exclusive.

 

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je suis de Barcelone, en Espagne.

I come from Barcelona, Spain.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Depuis 3 ans, je gère mon propre label, Modern Obscure Music. Par le passé, j’ai sorti des disques sur Hivern Discs et Mathematics Recordings.

I’m running my own label Modern Obscure Music, sine three years ago. Before, I released on Hivern Discs and Mathematics Recordings.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que c’est ma vie.

Is my life.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J’aurais bien aimé être architecte.

I’ll love to be an architect.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

La mort est au coin de la rue.

Death is around the corner.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Trouver mon propre son.

Have my own sound.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je ne m’en souviens d’aucun.

I don’t remember any.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr, ton travail est toujours là et fera toujours parti de toi.

Yes, your work still alive and part of you too.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je cherche à me détendre, tout simplement.

Just to be relaxed.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Ony Ayhun

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je ne pense jamais à ce genre de choses.

I don’t think this kind of things.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Fais ce qui te plaît, pas ce qui plaît aux autres.

Just do what you want, not what they want.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Vivre très loin dans les montagnes.

Living far away in the mountains.

Comment vois-tu ta musique évoluer ?
How do you see your music evolve?

Dans une direction sincère et honnête.

It evolves in a sincere way.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique).
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Travailler seul dans un endroit calme, c’est vraiment ce dont j’ai besoin pour faire de la musique.

Work alone in a quite place is all I need to make music.

Photo : Adrià Cañameras
Traduction : Dom

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Pedro Vian - Beautiful Things You Left Us For Memories (Modern Obscure Music, 09 novembre 2016)

01. Pandora
02. Inivisible Objects
03. Copelands
04. Nine is Nine
05. Miralls
06. 801 Nite feat. Carla Perez Vas
07. Le Fou
08. Maia
09. Indian Strings
10. Start Again


Noga Erez

Israël, et tel Aviv en particulier, nous a apporté ces dernières années une pelleté de projets musicaux emmenés par des artistes excitants, que ce soient nos chouchous de Red Axes et Moscoman ou bien les brillantes Hila Ruach et Keren Dun. Il y a quelques mois apparaissaient sur la toile, avec le video clip 'Dance While You Shoot', une nouvelle venue : Noga Erez. Derrière ce nom se cache en réalité deux personnes la productrice et compositrice Noga Erez et le producteur Ori Rousso. Noga a fait ses armes en tant que percussionniste du groupe indie The Secret Sea puis a mis les voiles pour se concentrer sur son propre projet musical. Il en ressort une electro-pop puissante et tirée au cordeau avec beats minimalistes acérés où vient se caler la voix hypnotique de Noga. Le second titre 'Pity' sorti il y a tout juste une semaine, est tout aussi tendu que le premier avec beats incisifs et flow insoumis. En l'espace de deux excellents titres, Noga Erez a déjà posé des bases solides d'un premier album qui se veut prometteur. Celui-ci devrait voir le jour au printemps sur le label City Slang. En attendant découvrez un peu plus l'univers de l'Israelienne et ses influences grâce à notre interview et sa mini mixtape.
D'où viens-tu ?
Where do you come from?

J’habite à 30 minutes de Tel Aviv, en Israël.

I live 30 minutes away from Tel Aviv, Israel.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Où je peux jouer ma musique.

Anywhere I can play my music.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C’est le meilleur et le plus précis moyen de communication que j’ai trouvé jusqu’ici.

It's the best, most accurate form of communication that I have found so far.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Je cuisinerais et je pleurerais.

I'd cook and cry.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J’ai toujours su que la musique avait un effet bénéfique sur le corps et sur l’esprit. Un jour je suis allée courir pendant des vacances en Grèce, la première fois que j’allais courir sur une montagne avec beaucoup de dénivelé. À un moment, j’étais si fatiguée, assez loin de l’hôtel et un peu paniquée. Le morceau Berlin de Modeselektor est arrivé dans la playlist et mes pieds, que je pensais presque incapables de me ramener, se sont mis à courir à nouveau.

I always knew music has a great effect on the body and soul. One day I went for a run during a vacation in Greece, the first time I ran on a mountain with lots of inclines. At a certain point I was so tired, a long way from the hotel and kinda panicked as well. The song "Berlin" by Modeselektor shuffled into the playlist and my feet, which I thought were almost unable to take me back, started running again.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Rencontrer Mr Ori Rousso, l’autre moitié de Noga Erez.

Meeting Mr. Ori Rousso, the other half of Noga Erez.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je suis nulle pour rester en contact avec les gens.

I am terrible at keeping touch with people.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui, bien que douloureuse.

Yes, albeit a painful life.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Non, ça me stresse.

No, that just makes me nervous.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Mykki Blanco.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

J’espère la mort.

Hopefully death.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Être plus détendue.

Don't try too hard.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

J’ai déjà du mal à m’imaginer dans une semaine.

I barely see myself a week from now.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique).
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

J’imagine qu’à un certain moment, j’adorerais faire un album acoustique. Ou juste piano et voix. Ou un disque expérimental instrumental. J’aimerais pouvoir tout faire.

I guess at some point I would love to make and acoustic album. or even just piano and vocals. or an instrumental experimental album. I wish I could do it all.

Vidéos

Écoute exclusive

photos © Tonje Thielsen


OLI HEFFERNAN L’INTERVIEW

L’admission du vide et sa gestion est une étape décisive dans une vie, sujet de dépression pour nombreux et moteur pour d'autres. C’est sûrement le cas d’Oli Heffernan,ou de l’art d’être prolifique et de combler par de la matière sonore. Basé à Middlesbrough, Oli est musicien depuis l’âge de 14 ans, et en a 35. Cela fait donc plus de vingt ans qu'il fait de la musique selon un principe simple, le seul réellement valable et sincères à mes yeux : il fait de la musique pour le plaisir.
L’authenticité et l'approche lo-fi DIY transpirent dans tous les projets dans lesquels il est impliqué, que ce soit au sein de Detective Instinct, de King Champion Sounds, de Year Of Birds…Enregistrer, cumuler les projets,les expériences, mais surtout, jouer. Car si la musique est un Art, c’est avant tout pour beaucoup un jeu, Le Divertissement, la passion qui remplit une vie.

Entretien avec Oli donc, histoire de faire un peu de compta sur son nombre de groupes, de faire un « petit " point sur son année 2017 et de s’interroger sur l’extensibilité de son emploi du temps et sur l’inaltérabilité de sa passion et dévotion pour la musique.

Pour commencer, peux-tu s’il te plaît te présenter ainsi que les groupes dans lesquels tu es impliquées ( il y en a tellement !! )
First can you please introduce yourself and present the bands you’re involved in ( so many !!! ) 

Mon nom est Oli Heffernan, j'ai 35 ans et je vis et travaille à Middlesbrough (Nord-Est de l'Angleterre)Je joue de la guitare et crie dans Year Of Birds , je joue de la basse de l'orgue / piano dans King Champion Sounds, je joue de la guitare dans Shrug  j'enregistre solo en tant qu' Ivan The Tolerable et j'écris et enregistre toute la musique de Detective Instinct. J'ai aussi un travail à temps plein en tant que graphiste pour une entreprise de verre. Je vis avec Danni (guitare King Champion Sounds / Year Of Birds batteur / amie / protecteur de santé mentale) et nous avons 3 chats. Je suis un gros fumeur, adepte du foot à cinq, passionné de cyclisme et collectionneur de livres de poche Penguin.

My name is Oli Heffernan, I’m 35 years old, and I live and work in Middlesbrough (North East England)I play guitar and shout in Year Of Birds, play bass and organ/piano in King Champion Sounds, I play guitar in Shrug, I record solo as Ivan The Tolerable, and I write and record all the music for Detective Instinct. I also have a full time job as a graphic designer for a glass company. I live with Danni (KCS guitar/Year Of Birds drummer/girlfriend/sanity protector) and we have 3 cats. Heavy smoker, five a side footballer, keen cyclist and collector of Penguin paperbacks.

017 semble être une année assez chargé en ce qui te concerne , tu peux nous dire ce que tu as sur le feu ? 
2017 seems to be a busy year for you, can you tell us what’s coming?

J'essaie de faire que chaque année soit une année bien remplie. Je tourne en rond si je n'ai pas de choses sur lesquelles bosser - je suis du genre à me paumer sinon. Alors oui, occupé comme toujours! Il y a une tournée King Champion Sounds aux Pays-Bas et au Royaume-Uni fin février / mars - ce qui est genre la moitié de la promo pour notre dernier LP, et nous avons enregistré un nouveau 2 titres 7 "pour cette tournée, qui est sorti assez rapidement et parfaitement à temps pour respecter la date limite pour le pressage. Ensuite, nous faisons une petite pause de King Champion Sounds, puis il va falloir savoir où aller après la sortie du dernier double album! Une truc dur à suivre donc faut bien le faire ... ... MAIS ... ça me donne plus de temps pour me concentrer sur les trucs de Year Of Birds pour le reste de l'année, ce qui est bien! Nous avons un nouveau LP qui sort le 17 mars via le merveilleux Odd Box Records, donc nous allons faire des concerts et pas mal d’autres trucs et voir où ça va - nous étions un trio l'année dernière, mais on a récemment chopé un bassiste donc je peux retourner jouer de la guitare (ce qui est beaucoup plus facile à faire en chantant!)

Ce sont donc mes plans concrets pour 2017 - nous avons décidé de faire moins de tournées cette année, car Danni et moi aimerions vraiment prendre des vacances sans musique! Je n'ai pas eu de réelles vacances en 7 ans donc ce serait agréable si on arrivait à en prendre ! Haha

Il y aura probablement aussi plus de cassette d’ Ivan The Tolerable, un nouvel EP de Houseplants et il se peut que je balance un nouvel album de Detective Instinct ... mais nous verrons ... Danni et moi parlions aussi de quelque chose de nouveau cet été impliquant moins de guitares et plus de boîte à rythme, donc y a ça aussi ... .mais c'est clairement tout ... .haha

I try and make every year I busy year. I don’t function well as a person if I don’t have things to work on – I kind of get lost in myself. So yeah, busy as ever! There is a KCS NL/UK tour late feb/march – which is kind of the back half of the promo for our last LP, plus we recorded a new 2 track 7” for this tour, which came out nice considering how quickly we did it to meet the deadline for pressing. Then we are having a little break from KCS while we figure out where to go after the last double album! A hard thing to follow so we wanna get it right…..BUT….that gives me more time to concentrate on YOB stuff for the rest of the year, which is nice! We have a new LP out on March 17th via the ever wonderful Odd Box Records so we will be doing gigs and stuff around that and beyond and see where that goes – we were a 3 piece for the last year but have recently just got a bass player so I can go back to playing guitar (which is MUCH easier to do while singing!)

So that’s my concrete plans for 2017 – we decided to do less touring this year as Danni and I would quite like a none-musical holiday!  I haven’t had a proper holiday for 7 years so that will be nice if we can get it sorted! haha

There will also probably be some more Ivan tapes, a new Houseplants EP and I MIGHT start a new Detective Instinct album….but we’ll see…Danni and I were also talking about something new in summer involving less guitars and more drum machines, so there is that too….but that’s DEFFO it….haha

Tu as deux projets solos ( Ivan The Tolerable and Detective Instinct ) l’un est garage et l’autre post-punk Krautrock , est-ce qu’on doit s’attendre à un autre projet solo d’un genre différent ?
you have two solo projects ( Ivan The Tolerable and Detective Instinct ) one is garage and the other post-punk krautrock, should we expect another solo project for another genre ?

En fait j’en ai aussi deux autres ! Magic Smoke Chords - qui est une sorte de cutups et de field recordings / samples etc (Je l'ai négligé au cours des deux dernières années, mais c'est trouvable si tu cherches ) et Houseplants  avec Leighton de Country Teasers dans lequel j’enregistre la musique et il chante (Nous avons sorti notre premier mini album sur  l'année dernière)

Je ne planifie jamais de nouvelles choses, ça se passe quand ça doit se passer - mais je suis assez occupé là donc je vais probablement m'en tenir aux plans ci-dessus pour 2017 et voir ce qui se passe ....

I actually have two more that I do! Magic Smoke Chords – which is kind of cutups and field recordings/samples etc (I’ve neglected this over the last couple of years, but it’s all out there if you look for it) and do Houseplants with Leighton from Country Teasers where I record the music and he adds the vocals (We had our first mini album out on Monofonus Press last year)

I never plan new stuff, it just sort of happens when it wants to – but I’m pretty busy at the minute so probably just going to stick to the above plans for 2017 and see what happens….

Tu es multi-instrumentalise, ( guitariste chanteur dans Year Of Birds, Bassiste chez King Champion Sounds , et tu fais tout dans tes projets solos ) mais quel est ton premier instrument, celui de prédilection et est-ce celui avec lequel tu composes ?

You’re a multi-instrumentalist (guitarist singer for Years of birds, Bass for King Champion Sounds, and everything for your solo projects …) but what is your favourite and first instrument, is it the one you’re writing songs with ?

La Basse. Toujours la basse. C'était mon premier instrument et ce sera toujours mon préféré. J'écris la plupart de mes chansons à la basse aussi, et je l’ai toujours fait. Si je devais juger mon niveau de compétence, je dirais que je suis un bassiste assez potable, un guitariste passable, un joueur de clavier amateur et un batteur terrible - mais je peux faire ce dont j'ai besoin sur la plupart des instruments pour que ça passe ! Je ne sais pas vraiment chanter mais je m'en fous, je peux écrire de bonnes paroles et les crier sur le temps - quelle est la différence? Haha. J'ai une règle de non SOLOS pour tous les instruments et j’adore la répétition donc ma capacité technique est suffisante pour exécuter mes idées basiques. Je crois honnêtement que le bon goût et de bonnes idées représentent 90% pour faire un bon disque - la technique c'est une toute petite partie. Les gens qui peuvent jouer des instruments dans les règles de l'art doivent probablement se foutre de ma gueule, mais je les emmerde ! Ce sont ceux qui sont responsables de toute la musique ennuyeuse, insipide, à chier dans le monde. Tu sais? les fans de rock classique, les fans de Coldplay, le rock à papa ... .toute cette merde. 100% mâle, 100% à chier.

Bass. It’s always the bass. It was my first instrument and will always be my favourite. I write most of my songs on bass too, always have. If I had to judge my own skill levels I think I’m a decent enough bass player, an ok guitar player, an amateur keyboard player and a terrible drummer – but I can do what I need to on most instruments to get by! I can’t sing really but I don’t care, I can write good words and shout them in time – what’s the difference? haha. I have a NO SOLOS rule for all instruments and love repetition so my technical ability only needs to be high enough to execute my simple ideas. I honestly believe that good taste and good ideas account for 90% of making a good record – ability is a small part of it. People who can actually play instruments in a ‘by the book’ way probably laugh at me but FUCK THOSE GUYS! They are the people who are responsible for all the boring, insipid, weak-as-piss music in the world. You know? Yr classic rock fans, yr Coldplay fans, Dad rock….all that cack. 100% male, 100% shite.

Dans Detective instinct il y a de nombreuses prestigieuses collaborations  ( Jad Fair , Mike Watt…) , comment as-tu rencontré ces gars et comment était-ce de bosser avec eux ?
On detective instinct there’s a lot of prestigious featuring ( Jad Fair , Mike Watt…) , how did you meet these guys and how was it working with them ? 

La plupart des mecs impliqués je ne les ai jamais rencontrés ! J’ai juste demander à des gueules dont j’aime le travail et on est parti de là - ça c'est surtout fait par e-mail! Très moderne! Donc je n'ai jamais rencontré Jad Fair, Jim de Radar Brothers, Kevin de Trumans Water, Karen Schoemer ou Emily Ryan dans la vraie vie! J'ai joué avec Watt beaucoup de fois donc nous nous connaissons assez bien je suppose et je suis dans des groupes avec Jos (GW Sok), Danni et Leighton donc nous nous connaissons de cette façon …

C'est quand même une bonne façon de travailler! J’enregistre une chanson je l’envoie à la personne dont je pense que la voix irait bien et en général ça le fait.Par contre je suis vraiment impatient donc je les harcèle pour qu’ils se magnent, j’espère qu’ils ne m’en veulent pas ! Mais ça se passe assez rapidement et sans douleur - ils défoncent tous dans ce qu'ils font et ne me laissent jamais sur le carreau, en dépit des délais stupides que je leurs collent ! Presque tout ce sur quoi je bosse est auto-enregistré dans des maisons ou salles de répètes ce qui est vraiment cool. Je déteste les studios d'enregistrement - je ne pense pas y être allé depuis 7-8 ans maintenant! Pas mal hein? Ils ne sont pas propices à un bon travail je trouve …T’es sois limité par le temps et du coup tu te précipites ou t’en as trop à plus quoi savoir en foutre, et ça se termine jamais bien ...

 Most of the other folk involved I’ve never actually met! I just asked people whose work I liked and we went from there – it’s mostly done via email! Very modern! So I’ve never met Jad Fair, Jim from Radar Brothers, Kevin from Trumans Water, Karen Schoemer or Emily Ryan in real life! I’ve played with Watt a lot of times so we know each other fairly well I guess and I’m in bands with Jos (GW Sok), Danni and Leighton so we know each other that way…


It’s a good way of working though! I just record songs and send them to the person I think will do the right vocal for it and it usually comes out nice. I’m really impatient though so I’m constantly hassling them to hurry up, so I hope they don’t mind! But it normally comes together pretty quickly and painlessly – they are all ace at what they do and never leave me hanging, despite the stupid deadlines I put on things! Almost everything I am involved with musically is self-recorded in houses or practice rooms which is really good. I hate recording studios – I don’t think I’ve been in one for about 7-8 years now! Not bad eh? They are not conducive to good work I find…you are either clock watching and rushing or you have too much time to fuck with what you are doing, and that never ends well…

Ta vie est complètement dévouée à la musique ( entre tes groupes , le label et feu ton disquaire ) , te rappelles-tu ce qui t’as amené à t’intéressé à la musique pour la première fois et ce qui t’as fait devenir un musicien ? Est-ce que ça te plaît toujours autant après 20 ans que tu enregistres et sors des albums ?
your life is completely devoted to music ( between your bands, the label and your past record shop ) , do you remember how you got interested in music for the first time and what made you become a musician ? Do you still enjoy it as much as it’s been 20 years that you record and release albums ?

Mon magasin de disques a fermé en 2012, mais ça ne me manque pas! C'était super difficile de rester à flot et je ne suis pas un homme d'affaires haha. Je ne le regrette pas - c'est un truc que j’ai toujours voulu faire donc je m’y suis investi mais ça n'a pas marché. Tant pis! Le côté label est dur aussi vu que je suis trop occupé par mes propres trucs pour sortir quelqu'un d'autre .... Mais ça arrive encore si un truc attire mon attention.

Ça fait 21 ans depuis mes 14 ans et mon premier enregistrement ! WOW ! Ça me parait pas si loin! Je ne considère vraiment mon travail que, de l'année 2009 à maintenant - c'est là que je me suis senti à l'aise avec ma pratique et que j’ai cessé de m'inquiéter de ce que les autres pensaient, et ai commencé à faire de la musique que je voulais faire - et j'ai fait beaucoup mieux depuis . Quand c'est fait à ma sauce, c'est le truc que je préfère dans le monde faire. J'essaie de faire le moins de concerts car je préfère l'enregistrement au Live - je n'aime pas être à la merci des ingénieurs du son ha-ha, en plus les concerts ça peut être beaucoup de travail pour très peu de satisfactions. Je suis assez antisocial - donc le truc de 'rencontrer de nouvelles personnes’ ça le fait pas pour moi, je trouve ça difficile de socialiser mais j'aime jouer de la musique à toute blinde donc faut faire le taf !

Well, my record shop closed in 2012 but I don’t miss it! It was super hard to stay afloat and I’m not much of a business man haha. I don’t regret it though – it’s something I’d always wanted to do so I had a crack at it but it didn’t work. Oh well! The label side is hard too as I’m too busy with my own stuff to do justice to releasing someone else’s….but it’s always going if something takes my fancy.

Its 21 years since the 14 year old me made his first recording! WOW! Doesn’t feel like that long! I only really consider 2009ish to present as my proper work though – that’s when I got comfortable with my own ability, stopped caring about what other people think, and started making music that I wanted to make – and I’ve done much better since then. When it’s done on my own terms, it’s my favourite thing in the world to do. I try to keep gigs to a minimum as I prefer recording to playing live – I don’t like being at the mercy of sound engineers ha-ha, plus gigs can be a lot of hard work for very little reward. I’m pretty antisocial – so the whole ‘meeting new people’ side of it does very little for me, I find it hard to socialize but I love playing loud music so you gotta do what you gotta do!

Third Uncle est un label DIY basé dans l’Indiana qui a sorti ton premier disque de Detective instinct et Sick Room est un label basé à Chicago qui a sorti le second, comment es-tu entrer en contact avec ces labels et en tant que propriétaire d’un label toi-même, que penses-tu être la chose la plus agréable et désagréable ?
Third Uncle is a DIY label based in Indiana that released your first record for Detective Instinct and Sick Room Records is a label based in Chicago  that released your second, how did you get involved with these two labels and as a label owner yourself what do you think is the most pleasant and hard thing about it ?

 Je suis tombé sur Third Uncle quand je cherchais un label pour sortir l'album - je voulais que ça soit sur un label américain comme la plupart des personnes qui y ont contribué étaient de là-bas et j'ai pensé qu'il se vendrait mieux (naïf - bah non, Haha) donc j'ai trouvé Third Uncle,un label qui partageait les mêmes valeurs et croyances en un 'Outsider art' que moi et je leur ai envoyé l'album. C’était vers 2009? Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que j'ai rencontré Billy Stines - le mec qui le gère - et nous gardons régulièrement contact depuis ! C’est un gars merveilleux avec beaucoup de temps et d'énergie pour de bonnes choses! Il a sorti beaucoup de mes trucs depuis - le 1er LP de DI , 2 7" de Detective Instinct, un LP de Year Of Birds , un 7"de Year Of Birds et un 7"d'Ivan The Tolerable donc oui - c' est un de mes sauveurs! Il se fait probablement peu ou pas d'argent sur mes sorties, et pour cela, j'ai encore plus de respect pour ce qu'il fait - son label se porte vraiment bien ces jours-ci cependant! Alors, c'est génial! Honey Radar, Queen Of Jeans, Jad Fair ... il a fait beaucoup de choses avec Chunklet aussi , donc - vas-y Billy!

Sickroom  c'est une autre histoire! Mes premières sorties de Detective Instinct c'étaient quatre Eps juste en téléchargement (Mike Watt, Leighton, GW Sok et Jimmy McGee) - Ryan (le patron de Sickroom ) les a entendus par l'intermédiaire d'un ami commun et a demandé s'il pouvait faire un 7 "de chacun - à sortir tous le même jour - alors j'ai dit oui (qui ne l'aurait pas fait?! Y'avait pas un seul label qui m’avait sorti quoi que ce soit d’ici là) donc on est parti de là! Un autre grand label qui a publié des trucs géniaux! Il a aussi sorti mon dernier LP- ce qui m'a vraiment plu - l'un de mes favoris de tout ce que j'ai fait - ça s'est vraiment bien goupillé, c 'est donc une autre personne à qui je dois beaucoup …

Je n’ai jamais rencontré aucun des deux en chair et en os- mais leur aide et leur foi en mes putains de projets signifie beaucoup.

I found Third Uncle when I was looking for a label to put the album out – I wanted it on an American label as most of the people who contributed to the album were from over there so I figured it would sell better (naïve – it didn’t! haha) so I found Third Uncle as a label that shared the same values and beliefs in ‘Outsider art’ as me and I send them the album. This would be about 2009? Anyway, that’s how I met Billy Stines – the dude who runs it – and we have kept in touch regularly since then! Hess a wonderful guy with a lot of time and energy for good things! he’s put out LOTS of my stuff since then – THE 1st DI LP, 2 more DI 7”s, a YOB LP, a YOB 7” and an IVAN 7” – so yeah – he's one of my saviors! He probably makes little to no money on any of my stuff, and for that I have even more respect for what he does – his label is doing really well these days though! So that’s great! Honey Rader, Queen Of Jeans, Jad Fair….he’s been doing a lot of stuff with Chunklet as well so yeah – go Billy!


Sickroom is a different story! My first DI releases were four download-only Eps (Mike Watt, Leighton, GW Sok and Jimmy McGee) – Ryan (Sickroom bossman) heard them via a mutual friend and asked if he could do a 7” run of each – all to be released on the same day – so I said yeah (who wouldn’t?! I’d never had a proper label release anything id done until this point) and we went from there! Another great label that has released some great stuff! He put out my last LP too – which I was really pleased about – one of my favourites of all the things I’ve done – it came together really well, and Ryan got it out there so another person I owe  a lot to…

I’ve never actually met either of them in the flesh – but their help and belief in my shit means a hell of a lot.

Comment as-tu rencontré Fred Paquet ? ( je suis moi-même rentré en contact avec Oli via Fred )

How did you meet Fred Paquet ?

J'ai rencontré Fred à Paris l'année dernière! Il a fait jouer King Champion Sounds dans un cool lieu, le Café Olympic. La moitié d'entre nous sommes restés à son appartement après et il nous a fait le petit-déjeuné et nous avons parlé de disques, d'être disquaire puis après le petit déjeuner nous sommes allés dans son magasin! WOW! Un endroit génial! J'aurais pu dépenser une fortune si je l'avais, mais je ne l'ai pas donc j'ai acheté le premier LP de Chrome et le LP de Meatbodies et Danni a acheté un disque français et un livre de Daniel Clowes je crois. Nous avons bavardé un peu quand je suis rentré à la maison et il a acheté plein de mes trucs à vendre dans sa boutique, donc c'est sympa. Fred défonce - un des bons! Je suis impatient de retourner dans son magasin un de ces quatre.

I met Fred in Paris last year! He put KCS on at a nice venue called Café Olympic. Half of us stayed at his flat afterwards and he made us breakfast and we chatted about records and such (I used to have my own record shop in Middlesbrough) then after breakfast we went to his shop! WOW! Such an awesome place! I could have spent a fortune if id had it, but I didn’t so I bought the first Chrome LP and the Meatbodies LP and Danni bought a French record and a Daniel Clowes book I think. We chatted a bit when I got home and he bought a load of my stuff to sell in his shop so that’s nice. Fred is ace – one of the good guys! Im very much looking forward to going back to his shop sometime.

 

Mixtape

1. Merchant Vessel Elision - Detective Instinct ( Black Floral LP 2014 )
2. The Year 500 - King Champion Sounds ( Song For The Golden Hour 2014 )
3. The Dealer - Detective Instinct ( Schloemer Songs 2013 )
4. Textbook Frown - Year Of Birds ( Jaw 2013 )
5. The Second Noel - Ivan The Tolerable ( Decemberism 2015 )
6. Spastic Backhand - Year Of Birds ( Cakesale EP 2013 )
7. Sand And Water - Ivan The Tolerable ( Family Sandwich 2014 )
8. Old Inky Breath - Ivan The Tolerable ( Splatter Bible 2015 )
9. Fat - Year Of Birds ( White Death To Power Alan 2017 )
10. Third Storey Walk-Up - Detective Instinct ( Falling In Lilacs 2013 )
11. Khufu's Horizon - Ivan The Tolerable ( Theamata 2015 )
12. Mice Rats Roaches - King Champion Sounds ( To Awake In That Heaven Of Freedom 2016 )
13. The Landlord - Ivan The Tolerable ( Crathorne Final 2016 )
14. Wrap It And Bin It - Houseplants ( Houseplants 2016 )
15. Crack Attack - Detective Instinct ( Black Floral LP 2014 )


Antoni Maiovvi

C'est depuis qu'on est retombés sur Psychoplasmics, EP d'Antoni Maiovvi sorti chez Crimes Of The Future il y a déjà deux ans qu'on a eu envie de lui consacrer une petite tranche de nos rendez-vous Out Of The Blue du mercredi. Stasi disco comme on le décrit, aussi branchée dancefloor gore que l'hémoglobine trafiquée des films de séries B, les tracks du Britannique affichent depuis toujours une couleur cinéma, projetées sans crier gare sur le grand écran d'une antre de l'horreur réjouissante à souhait. Un ton particulier, rétro-rigolo, où Antoni Maiovvi tutoie le grand maître John Carpenter tant il livre à chaque nappe électronique un uppercut futuriste aux détails kitsch bougrement efficaces. C'est la stroboscopie appliquée à une science-fiction cheap mais attachante, ficelée aux synthés et livrée au pied du club, la pointe de nostalgie en option.

D’où viens-tu ?
Where do you come from?

Je suis né à Bristol, au sud-ouest du Royaume-Uni. Distinction importante selon moi : je viens de la rive gauche [de la rivière Avon, ndlr], j’ai vécu rive droite une fois et je n’ai pas du tout aimé.

I was born in Bristol in the south west of the United Kingdom. I'm from south of the river which I feel is an important distinction. I lived north of the river once and I didn't like it at all.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Cette année, je vais aller vivre aux Pays-Bas.

I will move to Holland this year.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pour moi, la musique a du sens, elle part de humeur pour prendre la forme d’une série de décisions logiques. Et là, il ne s’agit pas juste d’harmonie, mais de tout ce qui vient de la conception à l’arrangement, de l’atonalité et du bruit. C’est tout cela qui créé du sens pour moi, bien plus de sens que tout le reste dans ma vie et certainement plus de sens que les humains. Si je suis honnête, je pense que j’aime aussi l’aspect de contrôle qu’il y a derrière.

Music makes sense to me, it appears to me as a series of logical decisions based on mood. I'm not talking about just harmony, but everything from design to arrangement, atonality and noise. All of this makes sense to me, a hell of a lot more sense than anything else in my life, and certainly a lot more sense than humans. I think I also get off on the control aspect of it, if I'm honest.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

J’ai toujours écrit. La musique mise à part, j’ai toujours écrit des histoires, aujourd’hui même, je travaille à un scénario.

I've always written. Aside from songs, I've also written stories and even now I'm working on a screenplay.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Si tu veux le faire, tu dois réellement le faire : tu l’as fait hier, tu le fais aujourd’hui et tu vas le faire demain. Le monde est plein de gens qui tiennent de grands discours mais n’agissent pas. Le talent est la deuxième chose qu’il faut travailler dur. La probabilité que quelqu’un s’y penche est si mince qu’il vaut mieux trouver un moyen d’apprécier ce que tu fais toi-même parce que personne n’est près de s’intéresser à toi ni à ton putain de groupe stupide.

If you want to do it, you actually have to do it, you did it yesterday, you did it today and you're going to do it tomorrow. The world is full of people who talk a good game but do nothing. Talent is second to hard work. The likelihood of anyone ever making it is so slim that you'd better find a way to enjoy what you do, because no one is going to give a fuck about you and your stupid fucking band.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Je ne sais pas s’il est déjà arrivé. Personne n’a entendu parler de moi. Ca sonne affreusement modeste à dire, je sais, mais je suis toujours agréablement surpris quand quelqu’un dit qu’il a aimé quelque chose que j’ai fait. L’industrie musicale, dans les grandes largeurs, est formelle : personne sait qui je suis.

I'm not sure it's happened. No one has heard of me. I know it sounds terribly humble for me to say this, but I'm always pleasantly surprised when someone says they liked something I made. The larger music industry insists that no one knows who I am.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je ne suis pas sûre de savoir à quoi cette question se réfère exactement mais l’insécurité financière, les relations qui se tendent de plus en plus sont à compter parmi les inconvénients d’une vie d’artiste. Pour la plupart, les personnes normales ne sont pas du tout préparées à n’avoir aucun filet de sécurité. Je me suis énormément déplacé, j’ai changé de maison dix-huit fois en sept ans, mes amies m’ont quitté pour des hommes aux situations plus stables, je me suis retrouvé plus d’une fois techniquement sans abri. Les boissons gratuites, ça semble génial mais, putain, ça cause aussi les pires dépressions. Les gens me manquent, je passe la plupart de mes journées à me sentir isolé et triste.

I'm not sure what this exactly refers to. But the downside of an artistic life is one of financial uncertainty, relationships get over strained, most normal people are completely unprepared for not having a safety net. I have moved around a lot. I've moved house 18 times in 7 years. My lovers have left me for more stable men. I've been technically homeless more than once. Free drinks sound great but damn do they bring on the worst depression. I miss people and spend most of my days feeling isolated and sad.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

J’imagine que cela importe peu.

I guess it doesn't matter.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Cela fait dix-huit mois que je ne suis pas monté sur scène, je ne sais pas trop pourquoi. Le dernier show était incroyable et le public a adoré mais personne ne semble vouloir me reprogrammer alors j’ai beaucoup mixé l’année dernière, et ce qu’il se passe alors, c’est que je bois de l’eau pétillante comme un trou et parle avec des gens. Je ne sais pas ce qu’il va se passer.

I haven't done a live show for 18 months, I'm not sure why, the last one I did was really amazing and people really liked it, but no one seemed to ask me again. So I've been Djing a lot for the last year and what usually happens is I drink a bunch of sparkling water and chat with people. I don't really know what's going to happen really.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J’adorerais composer la bande originale d’un film de William Friedkin, je l’ai dit de nombreuses fois mais il n’est toujours pas revenu vers moi. C’est sérieux à 100%, je pense que je pourrais faire du bon boulot. De façon générale, j’aimerais faire plus de musique de films. Et je voudrais embaucher Steve Albini pour enregistrer un album de techno à l’Electrical Audio parce que ça serait bien trippant.

I would love to do a score for William Friedkin. I've said this many times but he's still not got back in touch with me. I'm 100% Serious. I think I would do a good job. I would like to do more film scores in general. I would also like to hire Steve Albini to record a techno album at Electrical Audio, because that would be very funny.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Un oscar.

An oscar.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

C’est la somme de tout ce qu’il t’est arrivé qui fait ce que tu es. Tu seras reconnaissant que rien

Everything that happened to you made you who you are. You will be grateful that nothing was ever handed to you.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Faire du jardinage.

Gardening.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je suis trop dissipé pour arriver à en parler.

I'm too fidgety to be able to talk about it.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Tu vois, adolescent, quand j’essayais de parler de Tangerine Dream, les gens pseudo-cools me disaient que j’avais de très mauvais goûts musicaux. Maintenant, regarde autour de toi. Merde, ouais, hein ? La série Stranger Things a débarqué, diffusant des titres empruntés à Exit et Green Desert [deux albums de Tangerine Dream, respectivement sortis en 1981 et 1986, ndlr], même la musique des types de Survive [qui signent la bande originale de la série, ndlr] fait penser à Tangerine Dream. Le concept du plaisir coupable vient du fait que, quelque part, tu sais que c’est mauvais mais tu kiffes quand même. Je détestais Take That mais avec le temps, j’ai fini par remarquer qu’ils avaient des morceaux qui défoncent, je n’écouterais pas tous les jours non plus mais je peux apprécier parce que j’en sais plus à propos du songwriting maintenant. Cela dit, je pense encore que la carrière solo de Robbie Williams est à chier. Ce que j’explique, c’est que je ne peux pas quantifier ces choses donc voici une liste de films que selon moi les gens devraient voir :

You see, when I was growing up and I tried to talk about Tangerine Dream, I was told by “cool people” that I had awful taste in music. Now look at the world. God damn, yeah, right? Stranger Things happened, they used some cool music from Exit and Green Desert, even the SURVIVE dudes' score was pretty TD. The concept of the guilty pleasure is that somehow you know it's bad but you are getting off on it at the same time. I hated Take That, but with time I see now they had some bangers, I wouldn't listen to it but I can appreciate it because I know more about songwriting now. I still think Robbie Williams' solo stuff is piss poor. What I'm saying is I can't quantify these things so here is a list of movies that I think people should see:

Scanners
Don't Torture A Duckling
Primer
Vampire's Kiss
Barry Lyndon
A Snake Of June
Mona Lisa
Clean, Shaven
The Duke Of Burgundy
The Banshee Chapter

Écoute exclusive


Kadhja Bonet

L'automne dernier, Kadhja Bonet sortait un teaser de son premier album à venir le titre Honeycomb - une pure merveille soul/R&B aux arrangements élégants et à la voix de velours, aérienne et sublime. Il ne nous en fallait pas plus pour tomber in love. Originaire de Californie, Kadhja, bercée à la musique classique par un père chanteur d'opéra, s'est mise à composer sur le tard. Dès ses premières compositions, on retrouve cette ambiance voluptueuse sublimée par des arrangements de cordes et des touches folk délicates. Son premier album, The Visitor, sorti via Fat Possum en collaboration avec Fresh Selects est disponible depuis peu en physique et digital : huit titres que Kadhja a entièrement écrits, composés et produits. Huit titres qui, si l'on devait les labelliser, se rapprocheraient d'un mélange de pop/soul de chambre aux accents folk et psyché. Huit titres qui, au final, vous plonge dans une bulle intemporelle, harmonieuse et irréelle. Pour percer le secret Kadhja, nous lui avons proposé notre petite interview Out Of The Blue, découvrez ci-dessous ses réponses ainsi que son brillant essai sur "le passage à l'âge adulte de l'Amérique". À noter que Kadhja Bonet sera en concert à Paris à la Boule Noire le premier mars prochain - be there !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens du bord des sourires en coin - un univers parallèle d’où tu te réveilles chaque matin lorsque tu cherches à pêcher un rêve et à en attraper un.

I come from the corners of half smiles - the parallel universe you almost wake up in every morning that you fish for a dream and catch one.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

J’espère que je me dirige vers la source d’énergie de ma propre électricité interne, mais je ne le saurai pas tant que je ne l’aurai pas atteinte.

I hope I am headed toward the power source of my internal electricity, but I really won't know unless I reach it.

Pourquoi la musique ?
Why music?

La musique est une chance unique d’apprendre quelque chose de votre subconscient. À chaque fois que tu te lances dans un processus de création, tu touches du bout des doigts un petit bout de la force créatrice universelle.

Music is a chance to learn something from your subconscious. Any time you venture into creation, you touch the tip of a hair from the head of the universal, ultimate creating force.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Si la musique n’était pas pour moi, dans ce cas-là je crois que je me serais dirigée vers l’astrophysique, ou devenir moine. Je crois que ces trois routes se dirigent dans la même direction.

And if music wasn't my thing I think I'd either have gone toward astro physics or become a monk. I think all three of those routes head in the same direction.

Une épiphanie personelle ?
An epiphany of yours?

J’ai un jour découvert comment tomber amoureux de tous ceux et ce que je croisais. Cela implique de maintenir un niveau de confiance difficile à conserver en réalité mais aussi une compréhension profonde de la chance que nous avons d’être mortels : nous pouvons connaître des changements à l’infini, découvrir l’amour sous un nombre de formes illimitées, issues de l’évolution de nos particules depuis des milliers d’années.

I once discovered how to fall in love with everyone and everything I came across. It involves a kind of confidence I found impossible to maintain. A self assured knowledge that mortality is a gift we are lucky to have - so that we may experience unlimited change and unlimited forms of love over the many eons our particles have been shifting around.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Quand j’ai simplement cessé de m’intéresser à ce que pensait quiconque de ce que je faisais, disais, portais ou créais.

When I completely stopped caring what anyone thought of anything I did, said, wore or made.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Les gens m’effraient depuis quelques temps, j’en suis devenue presque narcissique et introvertie, à travers ma pratique de la musique, comme s’il s’agissait avant tout d’une passion de se découvrir soi-même.

I have become afraid of people, narcissistic and introverted, through my passion of music, as it is a passion of self discovery.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui bien sûr, tant que tu continues à avoir la même attention et les mêmes principes utilisés dans l’art pour tous les détails de la vie, pour chacun des choix de ton existence. Aussi longtemps que tu continues d’observer et d’apprendre, artistiquement tu ne mourras jamais, en fait, il n’y a pas de mort. Juste une évolution.

Yes, as long as you take the same care and principles you use in art into the small details of your choices and existence. As long as you keep observing and learning, artistically you won't die, actually, there is no death. Only transformation.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J’essaie de m’accorder quelques minutes rien qu’à moi, pour m’échauffer et me mettre dans l’ambiance. Boire du thé, aller aux toilettes un millier de fois et essayer de me calmer au maximum.

I try to have a few minutes completely to myself, to warm up and set intentions. Drink tea, go to the bathroom a thousand times and try to calm my nerves.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J’aimerais travailler avec le réalisateur de Divines, Houda Benyamina.

I'd like to work with the director of Divines, Uda Benyamina.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Aucune idée. J’imagine que je le saurais quand j’y serais. :)

I have no idea. I imagine I will know when I get there :)

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Personne ne sait mieux que toi ce qui compte, en réalité. Ne les écoute pas. Forge-toi tes propres opinions, écoute-toi et ne doute pas de tout ce qui vient dans l’endroit le plus sincère en toi. Comme tous les animaux, nous sommes nés avec une certaine forme de sagesse. Le seul souci, c’est que les adultes vont essayer de prendre chez toi ce qu’eux-mêmes ont déjà oublié. Donc accroche-toi.

Nobody actually knows more than you do about anything that matters. So don't listen to them. Form your own opinions, listen to yourself and don't doubt anything that comes from a sincere place inside you. Just like any other animal we are born with a certain miraculous wisdom. The only problem is adults will try and take from you what they've already forgotten. So hold on tight.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

J’espère avoir des enfants qui me feront redécouvrir la magie qui nous entoure, avoir le temps de planter des légumes ou de fabriquer des pulls moches. J’espère qu’il y aura de l’eau potable pour tout le monde dans trente ans.

I hope I have grown kids that remind me of everything magic, that I have time to plant vegetables and make ugly sweaters. I hope there is clean water for everyone in 30 years.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Si je le savais, je crois que j’en aurais terminé avec ça.

If I knew that I would be done.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Mon plaisir couple : le chocolat noir. Je ne peux rien faire sans.

Guilty pleasure is dark chocolate. Can't be without it.

Photo : Sinziana Velicescu

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Exclusivité : la short list de Kadhja Bonet des trucs super cool pour l'entrée dans l'âge adulte

ON FAIT LA FÊTE POUR CÉLÉBRER LE FAIT QUE L’AMÉRIQUE SOIT MAJEURE
et tu n’es pas invité.
même si cette fête va déterminer ton futur.

Alors que la poussière retombe sur l’une des élections américaines les plus singulières de l’Histoire, certaines questions subsistent concernant l’avenir de notre pays. Cet état de confusion, ce moment de gêne profond, cette haine et cette fièvre aphteuse mal dirigées me rappellent profondément cet horrible sentiment de la post-adolescence, quand on s’aventure en dehors du cocon familial, que l’on cherche aveuglément une once de sécurité émotionnelle, physique ou métaphysique. On se convainc nous-mêmes que les erreurs que nous faisons durant cette période sont faites dans notre intérêt, bien que la plupart du temps on n’y ait pas pensé tant que ça. Le résultat peut être inattendu, embarrassant ou même tragique si on n’y prend pas garde.

Bien sûr, ça n’est pas le premier rodéo de ce genre pour les États-Unis. Ce pays est né d’un génocide et de l’asservissement, a subi de longues générations de discrimination et de violence institutionnalisées, pour finir par désigner un gouvernement dont l’unique but est de minimiser le pouvoir du peuple. Appeler ça une enfance mouvementée serait en sous-estimer la gravité. Mais si le mouvement pour les droits civiques marque l’entrée dans la puberté des Etats-Unis, son entrée dans la recherche d’une liberté et d’une justice pour tous, ce qui suit aujourd’hui n’est que la désillusion d’une entrée dans l’âge adulte, caractérisée par de l’arrogance et un comportement résolument irresponsable. Hey, j’ai une info pour toi, les Etats-Unis : t’as pas fini d’en baver. Tu es toujours un enfant égocentrique et insouciant.

Je pense sincèrement que nous avons le potentiel pour nous hisser au niveau du standard de moralité que nous prétendons avoir, mais nous ne l’atteindrons pas sans passer par les temps difficiles qui arrivent, sans avoir à gérer les conséquences des erreurs et malchances de nos ancêtres. Les défis que nous avons relevés et que nous avons nous-mêmes générés doivent être identifiés et imputés à qui de droit avant la véritable évolution positive. Plus encore, on peut dire que le rétropédalage social que nous constatons aux Etats-Unis ne nous est pas propre mais est la conséquence d’un système international de résurgence de la xénophobie, de l’homophobie et d’une rhétorique anti-femme - un soulèvement dangereux contre le progrès social se profile. L’Humanité ressent la même peur, la même vulnérabilité que Molly Ringwald dans... hé bien tous les films de Molly Ringwald, remplis de désillusions, d’interrogations inutiles, l’empêchant elle-même d’atteindre la grandeur. Cette résistance précaire envers un progrès pacifique, socialement, financièrement et sur l’aspect environnemental, tout cela me rappelle combien nous sommes jeunes en tant qu’espèce vivante, dans l’insécurité de la route que nous empruntons, nous demandant si l’auto-destruction est une route plus sûre que la réussite.

Après s’être rebellés contre les directives imposées par Mère Nature, notre propre survie est en balance. Choisir nos besoins immédiats en dépit de ce dont nous et notre communauté avons réellement besoin sur le long terme, c’est comme si on avait, je ne sais pas, genre seize ans. Et lorsque tout ce paysage se transformera en une effrayante mosaïque, nous allons avoir besoin de laisser tomber l'ambivalence et de faire des choix difficiles, le plus tôt sera le mieux. Nous pouvons nous excuser, modifier notre propre égoïsme, nos manières de faire et revenir plus proche de Mère Nature, ou nous pouvons nous prouver à nous-mêmes que nous sommes capables d’adapter notre vision des choses, pour notre bien et celui de notre communauté, et cesser de jouer avec le feu...

En gardant ça à l’esprit, et pour célébrer les seize ans et demi des Etats-Unis, je voudrais vous inviter à la fête de célébration de cette entrée dans l’âge adulte. On va devoir entrer par la porte de derrière, mais vous y trouverez un large choix de boissons absolument pas du tout attirantes que vous allez devoir boire, au milieu d’un groupe de gens effrayés, gênants, perdus et à moitié fous avec lesquels vous n’avez pas vraiment d’atomes crochus - certains vont même tenter de vous faire sentir que vous êtes bien sûr largement moins bien que ce que vous êtes en réalité. Face à eux et à nos propres attentes démesurées, que l’on s’inflige à nous-mêmes ou qui nous sont socialement imposées, tentons de rester dignes et tenaces avec ce qu’il faut pour traverser cette phase d’adolescence, pour devenir les adultes réfléchis et ouverts que nous sommes censés être.

Je ne dis pas qu’une fois que nous aurons passé cette période difficile nous descendrons faire la fête dans la rue pour toujours, mais je pense que nous serons parés pour affronter les nouveaux défis qui se présenteront, armés d’une maturité sociale et d’une conscience profonde que nous pourrons transmettre à nos enfants. Et comment atteindre un nouveau consensus social et politique ? Hé bien je n’ai pas la réponse malheureusement mais je sais que tout doit commencer et se terminer grâce à l’art.

L’art est utile dans bien des cas. Il peut nous montrer le chemin parcouru tout autant que celui que nous devons encore emprunter. Il peut nous réconforter et atténuer ce sentiment de solitude permanent. Il peut enrichir notre esprit et allumer un feu qui va nous inspirer, nous guider, pour aimer plus encore et réaliser plus de choses. L’art nous connecte les uns aux autres. Il nous rappelle que peu importe nos différences, nous sommes tous profondément identiques, et qu’aider les autres c’est nous aider un peu aussi. Il peut ranimer le désir en nous qui aurait disparu à cause de nos vies de tous les jours, ce désir que nous avons de préserver le bien-être des générations futures, pour la survie de notre espèce, afin de conserver l’équilibre avec les cycles naturels qui nous protègent.

Dans cette période déroutante, je me suis plongée de nouveau dans ma liste de films parfaits pour le passage à l’âge adulte, tout à fait appropriés pour ce genre de situation. Etats-Unis, Humanité - on peut s’en inspirer, non ?

J’ai essayé d’éviter les grosses évidences qui méritent néanmoins vraiment le détour aussi - Le Lauréat, Stand By Me, Il était une fois dans le Bronx, etc. J’ai aussi essayé d’éviter les films englués dans une romance trop mielleuse mais vous trouverez un mélange de genres et d’univers, tous prêts à entrer dans le vôtre. Donc je vous présente, et sans ordre particulier :

Submarine (2010). Ecrit et réalisé par Richard Ayoade.
Incroyablement drôle et intelligent. Une lycéene galloise tente de sauver le mariage de ses parents mais finit par perdre sa virginité.

Theeb (2014). Réalisé par Naji Abu Nowar, écrit par Naji et Bassel Ghandour.
Une superbe photographie, un jeune bédouin risque tout pour suivre son frère aîné dans un voyage sur la route de la Mecque.

Mustang (2015). Réalisé par Deniz Gamze Ergüven, écrit par Deniz et Alice Winocour.
5 jeunes soeurs turques se battent contre le mariage et réaffirment leur profond goût pour l’indépendance.

Drunken Master (1978). Réalisé par Yuen Woo-ping, écrit par Yuen, Ng see-yuen et Lung Hsiao.
Personne ne pouvait s’impliquer comme Jackie Chan dans ce rôle, où on le voit débuter le film comme un sale con immature et prétentieux et, durant son initiation, apprendre la discipline et maîtriser une partie de sa nature féminine pour sauver son père et lui-même.

Boy (2010). Écrit et réalisé par Taika Waititi.
Vraiment séduisant, touchant, absolument drôle. Une dose de sentiments bien équilibrée. Les problèmes d’un père et pas mal de moments très gênants.

The Wiz (1978). Réalisé par Sidney Lumet, adaptation musicale écrite par William F. Brown à partir du classique Le Magicien d’Oz.
Diana Ross, Michael Jackson, Richard Pryor, le casting de ce film est dingue et je pleure à chaque fois que je vois Diana Ross chanter Home.

Le Voyage de Chihiro (2001). Ecrit et réalisé par Hayao Miyazaki.
Le film le plus rentable de l’histoire du Japon - et on comprend pourquoi. Chihiro, enfermée dans le monde des esprits, va devoir apprendre la valeur du courage bien plus tôt que n’importe quel autre enfant.

Fish And Chips (1999). Réalisé par Damien O’Donnell, écrit par Ayub Khan Din.
Une très grande famille bi-culturelle, pakistanaise installée en Angleterre, doit faire face à de nombreux défis imposés par un clash culturel.

Gilbert Grape (1993). Réalisé par Lasse Hallstrom, écrit par Peter Hedges.
Un jeune Johnny Depp se bat pour trouver un équilibre entre ses besoins et ceux de sa famille.

Phoenix Arizona (1998). Réalisé par Chris Eyre, écrit par Sherman Alexie.
Sherman Alexie est un maître. La relation entre les personnages principaux Victor et Thomas va devenir très compliquée et mettre votre coeur à rude épreuve dans leur tentative de récupérer les cendres du père de Victor, décédé.

Divines (2016). Réalisé par Houda Benyamina.
Sûrement le meilleur film que j’ai vu ces dernières années, une excellente alchimie entre les acteurs et un niveau de jeu dingue. Les deux personnages principaux ont un charisme incroyable. Une histoire prenante qui mérite que l’on pleure à cause d’elle.

IT’S AMERICA’S COMING-OF-AGE PARTY
and you're not invited.
even though this party will determine your future.

As the dust settles from one of the most peculiar American elections in history, some questions remain about the direction our future is to take. This state of confusion, of awkward social misunderstandings, of a ubiquitous foot-in-mouth disease and mis-directed angst reminds me viscerally of that awful feeling of prolonged adolescence, when we ventured out of our mother’s nest, and blindly groped for a semblance of emotional, physical or metaphysical security. We convince ourselves that the mis-steps and back-slips we make during this time are in our best interest, although we often haven’t often completed the train of thought. The results can be unfortunate, embarrassing, even tragic without caution.

Now, this is far from America’s first rodeo of course. After all, America was born from genocide and enslavement, endured generations of well rehearsed discrimination, institutionalized violence, and designed a government meant to minimize the power of the people; calling it a rocky childhood would be a vast understatement. But if the civil rights movement marks America’s puberty, it’s first steps toward blossoming into it’s own expectations of freedom and justice, what follows is the delusion of adulthood characterized by arrogant, entitled and irresponsible behavior. News flash America, you haven’t arrived yet. You are still a selfish, reckless child.

I do believe we have the potential to become the moral standard we’ve always been told we are, but that we won’t reach that standard without rising to the struggle that is to follow, without dealing with the syndromes inherited from our ancestors mistakes or misfortunes. The challenges we’ve passed down and created for ourselves demand recognition and ownership before true transformation can occur.

Furthermore, it could be said that the social back pedaling we’e seen in U.S. politics is not unique to us, but a symptom of a global resurgence of xenophobic, homophobic, and female-phobic rhetoric - a rebellious, and dangerous lashing out against the social progress on the horizon. The human body has the same scared, vulnerable and predictable psyche as Molly Ringwald in - well, any Molly Ringwald film - full of cloudy delusions and pointless preoccupations, holding herself back from greatness. The precarious resistance to peaceful progress, socially, fiscally and environmentally reminds me of how relatively fresh we are as a species, unsure of where we can even take ourselves, pondering if our self destruction is a safer route than achievement.

Having rebelled against the eco-guidelines mother nature ordained, our very survival is in jeopardy. Choosing our immediate wants over the long term needs of ourselves and our communities feels very, oh, I don’t know, 16, and as the fan splatters the shit into a terrifying mosaic, we’re going to have to drop the ambivalence and make the hard choices, and sooner rather than later. We can apologize and rectify our selfishness, our inconsiderate oblivious manners and return to mother nature’s straight and narrow, or prove to ourselves that we can make our non-traditional agenda work for ourselves and community, and stop taking gambles on what we can get away with...

So with that in mind, and in celebration of USA reaching it’s 16th and a half birthday - I’d like to invite you to crash America’s Coming-of-Age-Party with me. We will have to enter from the back, but here you will find an array of unappealing beverages that will be difficult to evade, the cherished and trashed household remains of the host’s parents, and an unwelcoming, exceptionally awkward gathering of misguided, insecure tittie-crazed people you really won’t fit in with - some of whom will try as hard as they can to make you feel like you’re much less than you are. As we face them and our self inflicted or socially imposed expectations, let’s approach with the tenacity it took to survive adolescence and become the thoughtful, open-hearted adults we meant to be.

Now I’m not saying that once we push through this era there will be dancing in the streets forever more, but I do think we will be better equipped to face new challenges, having acquired a social maturity and conscience inheritable by our children. And how do we reach a new social and political benchmark? Well, I don’t have all those answers for you, but I do know that it starts, and ends, with art.

Art serves so many purposes. It can show us how far we’ve come, or how much further there is to go. It can comfort us and reduce our chronic sense of loneliness. It can enrich our spirits and spark a contagious radiance in us that inspires us to love harder or achieve more. But at it’s best, it connects us. It reminds us that no matter how different our circumstances, we are all profoundly similar, and that helping each other is helping ourselves. It can remind us of the innate desire in us that has gone unaccounted for in modern living; the desire in us to preserve the well being of the next generation, so that our species can survive and assert it's intention to stay, in balance, with the natural cycles that protect us.

In these bemused times, I find a revisitation of my favorite coming-of-age films particularly appropriate. USA, and Human Body - let’s remember how coming-of-age is done, shall we?

I tried to avoid the usual suspects, but most of those are worth a watch too - The Graduate, Stand by Me, A Bronx Tale, etc. I’ve also tried to exclude coming-of-age films that are too entangled in a romance, but otherwise you will find a diverse meld of other genres and landscapes, all about coming into your own. So, I present to you, and in no particular order:

Submarine (2010). Written and directed by Richard Ayoade.
Incredibly smart and funny. A Welsh high school student attempts to save his parents’ marriage, and lose his virginity.

Theeb (2014). Directed by Naji Abu Nowar, written by Naji and Bassel Ghandour.
Beautifully photographed, a young Beduin boy risks everything to follow his older brother on a journey.

Mustang (2015). Directed by Deniz Gamze Ergüven, written by Deniz and Alice Winocour.
5 Turkish teenage sisters resist marriage, and relish drops of independence.

Drunken Master (1978). Directed by Yuen Woo-ping, written by Yuen, Ng see-yuen and Lung Hsiao.
No one commits like Jackie Chan, who starts this film as an immature, cocky, sexist prick, and, in his own way learns to tap into his discipline and feminine nature to save his father and himself.

Boy (2010). Written and directed by Taika Waititi.
So charming, cringe worthy, touching, hilarious. Well rounded feels. Daddy issues and awkward moments galore.

The Wiz (1978). Directed by Sidney Lumet, musical adaptation written by William F. Brown of from the classic Wizard Of Oz.
Diana Ross, Michael jackson, Richard Pryor, the cast is immense and I cry like a baby every time Ms. Ross sings Home.

Spirited Away (2001). Written and directed by Hayao Miyazaki.
This is the highest grossing Japanese film of all time - and with good reason. Chihiro, trapped in the spirit dimension, has to learn the value of courage sooner than anyone would like to.

East Is East (1999). Directed by Damien O’Donnell, written by Ayub Khan Din.
A big, bi-racial family faces the challenges of growing up with culture clash.

What’s Eating Gilbert Grape (1993). Directed by Lasse Hallstrom, written by Peter Hedges.
young Johnny Depp struggles to balance his own needs with his families.

Smoke Signals (1998). Directed by Chris Eyre, written by Sherman Alexie.
Sherman Alexie is a master. The relationship between main characters Victor and Thomas will break and mend your heart a hundred times as they quest to recover Victor’s father.

Divines (2016). Directed by Uda Benyamina.
Easily the best, most believable acting and chemistry that I've seen in years. The two main characters have infectious charm. Heavy story, but worth the cry.

Audio

Tracklist

Kadhja Bonet - The Visitor (Fat Possum, 27 janvier 2017)

01. Intro - Earth Birth
02. Honeycomb
03. Fairweather Friend
04. The Visitor
05. Gramma Honey
06. Portrait Of Tracy
07. Nobody Other
08. Francisco


Mike Wexler l'interview

Syntropy est le nom du troisième effort de Mike Wexler qui était de passage en concert à Paris en décembre dernier. Et l’envoûtement aura une fois de plus eu lieu à l’Espace En Cours. L’occasion donc de présenter devant un public plus qu’attentif son dernier opus empreint de musique brésilienne - comme en témoigne sa mixtape plus bas - mais aussi d’americana et de folk british. L’élégance du picking, le murmure hypnotique et l’aisance technique live auront, sur la soixantaine de personnes présentes, un effet de communion à l’égrégore résonant.

Syntropy est un album aux savants arrangements - auxquels contribuent les fidèles Brent Cordero de Psychic Ills et Jordi Wheeler d'Amen Dunes - dans lequel congas et mellotron côtoient guitares et piano, dessinant un paysage serein et total : une folk métaphysique. Il est question d’entropie et de syntropie donc, mais aussi du temps qui passe et de l’Univers... le rapport au temps de son auteur est d’ailleurs assez élastique, l'album a été enregistré en 2013 (dans le Vermont, loin de la hype brooklynienne où il réside) et est sorti fin 2016, près de cinq ans après son précédent. On pense à Bert Jansch, à Nick Drake mais aussi, Brésil oblige, à Antônio Carlos Jobim.

Interview

Ton nouvel album s’appelle Syntropy, peux-tu nous parler du choix du titre et de sa signification ?
Your new record is called Syntropy, can you tell us about the choice of this title and its meaning?

Il y a quelques années, alors que je bossais sur ces morceaux, un ami à moi qui revenait d’Italie m’a envoyé un article sur des expérimentations qui étaient faites là-bas. Elles essayaient de prouver l’expérience précognitive des gens. Ils ont découvert qu’il y en avait beaucoup, parmi ceux qui participaient, qui semblaient réagir en avance (physiologiquement) à des images qu’on allait leur montrer. Syntropy était le titre de l'article et, pour une raison quelconque, il a juste déclenché un truc en moi et je savais que ce serait le nom du disque sur lequel j'avais travaillé. Il a une histoire, certaines personnes dans le monde des sciences l'ont défendu comme un terme pour décrire le processus qui permet à la vie d'exister malgré l'entropie, ce qui met très simplement en évidence la tendance des choses à se décomposer dans le temps et à se déplacer irréversiblement d'un état ordonné vers un plus grand désordre. Donc la syntropie serait quelque chose comme la "force de vie", une tendance à l'ordre, la complexité et la survie dans un univers où finalement les étoiles se consument et c'est fini. Le seul problème est que cette "force de vie" n'existe pas. La vie n'est pas l'opposé de l'entropie, c'est une partie d'elle, compatible avec elle. Mais j'aime le mot, le son, et il y a le sentiment qu'il devrait exister, même si nous ne pouvons le prouver. Et il y a d'autres ramifications pour moi aussi - sociales, métaphysiques -, toutes dérivées de cette idée imaginée. Pourquoi les êtres vivants se produisent-ils ? Pourquoi la matière s'organise-t-elle ainsi ? Et pourquoi, une fois qu'ils existent, veulent-ils généralement survivre et prendre des mesures évolutives et technologiques pour le faire ? Si nous ne pouvons pas trouver une cause fondamentale dans le passé, nous pourrions peut-être en rechercher une dans l'avenir.

A few years ago, while I was working on these songs, a friend of mine who had just been to Italy sent me an article about some experiments that were being done there, trying to prove that people experience precognition. They found there were many among those participating in the experiment who seemed to react in advance - physiologically - to images they were about to be shown. 'Syntropy' was the title of the article and for some reason it just lit up for me and I knew it was going to be the name of the record I had been working on. It has a history, some people in the science world championed it as a term to describe the process that allows for life to exist despite entropy, which very simply put is the tendency of things to break down in time and move irreversibly from an ordered state towards greater disorder. So syntropy would be something like the 'life force', a tendency towards order, complexity and survival in the face of a universe where eventually the stars burn out and it's game over. The only problem is this 'life force' doesn't exist. Life isn't the opposite of entropy, it's a part of it, consistent with it. But I like the word, the sound of it, and there's the feeling that it should exist, even if we can't find evidence that it does. And it has other ramifications for me as well - social, metaphysical - all derived from this imagined idea. Why do living things come about? Why does matter organize itself in this way? And why, once they exist, do they generally want to survive, and take evolutionary and technological steps to do so? If we can't find a root cause in the past, maybe we could look for one in the future.

C’est ton troisième album, et le troisième sur un label différent (Amish Records, Mexican Summer, Three:four Records) , y a-t- il une raison à ces changements ?
It’s your third record and the third label you’re working with, is there a reason for changing labels?

Et bien, oui - différentes raisons. Je dirais que je suis très heureux d'avoir atterri là où je suis et préférerais ne plus bouger. Je préfère me concentrer sur le fait d'enregistrer.

Well, yeah - different reasons. I'll say I'm very happy to have landed where I did, and would prefer not to move around anymore. I'd rather focus on making records.

Comment as-tu rencontré Gaëtan et Maxime de Three:four Records ?
How did you meet Gaëtan and Maxime from Three:four?

Maxime m'a écrit il y a des années quand il a entendu ma musique, me demandant si je voudrais venir à Paris et jouer. Nous nous sommes rendus compte que nous avions beaucoup d'intérêts en commun et sommes devenus amis en correspondant par mails, puis nous avons trainé ensemble au cours des années quand il venait à New York, ou plus rarement quand je venais en Europe. Curieusement, le concert de décembre à l'Espace En Cours, c'était la première fois que j'ai réussi à jouer via ali_fib, bien que nous en parlions depuis des années ! Ça valait vraiment la peine d’attendre.
J’ai rencontré Gaëtan et Three:four Records lorsque Maxime a fait sa première compilation, Err On The Good Side, à laquelle j'ai contribué d'une chanson. Des années plus tard, quand je cherchais un label pour Syntropy, Maxime a suggéré Gaëtan, et c'était logique. Je suis très reconnaissant aux deux.

Maxime wrote me years ago when he heard some music of mine, asking if I'd like to come to Paris and play. We realized we had a lot of interests in common and became friends corresponding on email and then hung out over the years when he would come to New York, or on the rare occasion I made it to Europe. Strangely the show I just played in December at Espace En Cours was the first time I managed to play something that he set up for me via ali_fib, although we'd been talking about it for years! It was worth the wait.
I came to know of Gaëtan and three:four when Maxime put together his first compilation, Err On The Good Side, to which I contributed a song. Years later, when I was looking for a home for Syntropy, Maxime suggested Gaëtan, and it made sense. I'm very grateful to both of them.

Lors de ton fantastique concert à Paris, tu as joué un nouveau morceau et dit qu’il sortirait probablement dans des années, quelle est ta relation au temps en terme de création et de parution ?
During your fantastic show in Paris, you played a new song and said that it will probably be released in years or so, what is your relation with time in terms of creation and releasing songs?

Les chansons peuvent me prendre de quelques mois à quelques années, et j'aime laisser les choses se produire dans leur propre temps. Mais au-delà du temps qu'il me faut pour écrire, ça semble invariablement prendre des années, à partir du début de l'enregistrement jusqu'à ce que le disque voit le jour, pour des raisons indépendantes de ma volonté. Donc, selon mon expérience, si je joue la chanson maintenant, elle sera probablement sur disque dans à peu près quatre ans. J'espère pouvoir inverser la tendance avec le prochain LP. Je suis déjà bien avancé dans la phase d'écriture - on verra.

Songs can take me anywhere from a few months to a few years, and I like to let things happen in their own time. But apart from how long it takes to write, it somehow invariably seems to take years from the start of recording to when the record sees the light of day, for reasons beyond my control. So going by my experience, if I'm playing the song now, it'll probably make it onto a record in four years or so. I hope I can buck the trend with the next LP. I'm already well into the writing phase - we'll see.

https://www.youtube.com/watch?v=--TtAWHtFBU

Il y a toujours dans tes disques des titres qui font référence à des termes étranges ou scientifiques comme The Engram, Glyph, Spectrum, Pneuma, Ecliptic… Peux-tu nous en dire davantage ?
There is always in your records, titles that refers to science or strange references such as The Engram, Glyph  Spectrum, Pneuma, Ecliptic… can you tell us a little about that?

En fait, ce n'est pas quelque chose que je recherche nécessairement, ça arrive surtout de la manière décrite un peu plus haut quant à la provenance du titre de ce disque ; un mot ou une phrase prend une sorte de charge. Cela peut être quelque chose que je trouve en lisant, ou quelque chose dont je me souviens soudainement, mais je ne sais pas où je l'ai entendue avant - et il ya quelque chose d’attirant dedans. Je chante une nouvelle mélodie sans mot et un mot que je ne connais pas me vient à l'esprit - il semble y appartenir. Je l'analyse et parfois il n’a pas de sens, parfois il a plus de sens que tout ce que j'aurais pu vouloir dire. Donc chaque fois que j'ai ce sentiment, j'essaie de voir où il mène. Souvent, c'est un mot comme ceux que tu as mentionnés, parfois non. La nouvelle chanson que j'ai jouée à Paris s'appelle After. Un mot familier peut soudain devenir étrange, comme quand tu dis un nom trop de fois d'affilé et qu'il fini par ne plus rien signifier, sauf que j'ai le sentiment qu'il signifie quelque chose de plus que ce que je pensais qu'il signifiait - il contient tout à coup cette possibilité. Je ne veux pas dire que c'est automatique et que je n'ai aucun contrôle conscient sur ce que j'écris, mais c'est plus comme une attraction entre ces deux aspects de l'esprit de l'écriture, un qui suggère et un qui forme.

Well it's not something I necessarily set out to do, it just happens much in the way i described above with the title of this record. A word or phrase takes on a kind of charge. It can be something I come across reading, or something I remember suddenly but I don't know where I’ve heard it before - and there's something in it. I'm singing a new melody without words and a word I don't know occurs to me - it seems to belong there. I look it up and sometimes it doesn't make any sense, but sometimes it makes more sense than anything I could have intended. So whenever I have that feeling I try to see where it leads. Often it's a word like the ones you mentioned, but sometimes not. The new song I played in Paris is called After. A familiar word can suddenly become strange, like when you say a name too many times in a row and it no longer means anything, except I have the feeling it means something more than what I had taken for granted that it meant - it suddenly contains this possibility. I don't mean to suggest that it's automatic and I don't have any conscious control over what I write, but it's more like a push and pull between these two sides of the writing mind, one that suggests and one that shapes.

Sur Syntropy, il y a différents instruments comme des congas, de la basse, du mellotron, de la batterie… et tu étais seul sur ta tournée européenne, n’est-ce pas ? Pourtant, on ne ressent pas de manque d’instrumentation en live, voire même le contraire. Quand tu écris, j’imagine que tu commences par la guitare et la voix et alors tu réfléchis à l’orchestration ou ce sont les personnes avec qui tu bosses qui te suggèrent les arrangements ? Peux-tu nous parler du procédé d’écriture et des personnes qui y sont impliquées ?
There is on your album different instruments like congas, bass, drums, mellotron… and you were by yourself playing shows in Europe, right? Yet, we don’t feel the lack of these instrumentations live at all almost the opposite. When you write, I guess you start with guitar and vocals and then think about the instrumentations or it’s the people you’re working with who suggests arrangements? Can you tell us about the writing process and the people you’re working with?

Oui, tu as raison, j'écris avec juste la guitare et la voix. Je dois y parvenir de façon suffisamment intéressante pour que je puisse jouer seul, et ça doit être, pour ainsi dire, structurellement du son. Mais tout de même, pendant que j'écris, je vais imaginer comment il sera enregistré, alors j'ai quand même une idée de l'arrangement pendant l'écriture. Tous ceux qui jouent sur le disque viennent avec leurs propres parties et chaque chanson a son propre processus. Parfois, ça s’approche de très près de ce que j’avais imaginé, parfois l'arrangement est comme un catalyseur chimique qui révèle quelque chose dans la chanson dont je n’avais même pas conscience. Mais tout ça, c’est grâce au groupe. Je me sens très chanceux d'avoir réuni tous ces musiciens parce que j'aime ce qu'ils font de leur côté, tous jouent dans beaucoup d'autres configurations et projets, mais je pense que quelque chose de cool se produit avec ce line up en particulier. C'est le deuxième enregistrement que j'ai réalisé avec les mêmes personnes à bord (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) et d'autres contribuant ici et là.

Yes you're right, I write with just guitar and voice. I have to get it to someplace interesting where I can still play it alone, and it has to be structurally sound, so to speak. But all the same while I'm writing I'm picturing how it will be on record, so I have some idea about the arrangement while it's coming together. Everyone who plays on the record comes up with their own parts, and each song is its own process. Sometimes it ends up really close to how I imagined it, and sometimes the arrangement is like a chemical catalyst that reveals something in the song that I didn't know was there. But that's all thanks to the band. I feel very fortunate that I get to assemble these players together, because I love what they do on their own, and they all play in many other situations and projects, but I think something nice happens with this particular line up. So this is the second record I've made with basically the same people on board (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) and a few others contributing here and there.

As-tu des projets parallèles, de différents styles et es-tu intéressé par la musique électronique ?
Do you have any side projects of different musical styles? Are you interested in electronic music and would you play some?

La musique électronique a toujours été très importante pour moi. Dans presque tous les enregistrements que j'ai fait, il y a des synthétiseurs analogiques et, même au-delà de ça, je pense que l'écoute de la musique électronique a affecté la façon dont je structure les chansons - les types de motifs rythmiques qui me plaisent, la répétition avec variation et comment je pourrais essayer d'intégrer le drone comme un élément structurel - beaucoup de tout ça vient de la musique électronique car elle a certaines tendances formelles qui sont différentes de la façon dont les musiciens viennent à penser lors de l'écriture pour les instruments traditionnels. Je pourrais penser à Cluster quand je travaille sur une partie de guitare, par exemple, ou Eliane Radigue quand je construis un arrangement. Même lorsque j'utilisais des cordes ici et là, j'avais à l'esprit des compositeurs comme les spectralistes, qui ont été influencés dans leur écriture pour cordes par des possibilités d'abord ouvertes par la technologie - l'analyse informatique du son enregistré, la notation pour des intervalles microtonaux très précis et le spectre des harmonies, etc. La musique électronique a éclairé certaines possibilités inexplorées des instruments de l'orchestre. Comment cela serait si tu transposais (à coup sûr, une version profane) cette palette sonore à un arrangement de chanson ? Le morceau Spectrum, sur Dispossession [son deuxième album, ndlr] parle de cela. Je n'ai pas tendance à me limiter dans mes écoutes - j'aime chercher des parallèles. Et quand je fais quelque chose, j'essaie de tirer et de trouver des choses que j'aime, même si différentes, un moyen de les faire vivre ensemble confortablement.

Electronic music has been really important to me. Almost all of the records I've made involve analog synthesizers, but even beyond this I think listening to electronic music has affected the way that I structure songs - the kinds of rhythmic patterns that appeal to me, repetition with variation, and how I might try to incorporate drone as a structural element - a lot of it comes from electronic music, because electronic music has some formal tendencies that are different from the way musicians tend to think when writing for traditional instruments. So I might be thinking about Cluster when I'm working on a guitar part, for example, or Eliane Radigue when I'm building up an arrangement. Even when I've used strings here and there, I had in mind composers like the Spectralists, who were influenced in their writing for strings by possibilities first opened up by technology - computer analysis of recorded sound, scoring for very precise microtonal intervals and the spectrum of overtones, etc. Electronic music shone a light on some unexplored possibilities of the instruments of the orchestra. I thought, what would it be like if you transposed (admittedly a layman's version of) this sound palette to a song arrangement? Spectrum, from Dispossession, is all about this. I don't tend to draw hard boundaries in my listening - I like to look for parallels. And so when I make something I try to draw from things that I like, however disparate, and find a way that they can live together comfortably.

https://www.youtube.com/watch?v=TqtoSig0cqE

Comment décrirais-tu ta musique à quelqu’un d'étranger à ton oeuvre ?
How would you describe your music to somebody who doesn’t know your work?

C'est quelque chose avec laquelle j’ai beaucoup lutté - c'est vraiment dur. Par souci de simplicité, j'ai l'habitude de dire que je suis un songwriter, bien sûr cela évoque immédiatement une image qui ne convient pas - quelqu'un avec un chapeau de cowboy ou un truc du genre. S'ils veulent en savoir plus, en général, je leur dis simplement mon nom pour qu'ils puissent me trouver et écouter.

This is something I've wrestled with a lot - it's really hard. For simplicity's sake I usually just say I'm a songwriter, but of course that immediately conjures an image that doesn't quite fit - someone with a 10 gallon hat or something. If they want to know more, usually I just tell them my name so they can find me and listen.

Tu es un fantastique joueur de guitare, j’étais impressionné en concert de voir à quel point ta technique était parfaite et délicate, depuis combien de temps joues-tu et qu’est-ce qui t’as amené à jouer de la guitare ?
You’re a fantastic guitar player, I was amazed live to see how perfect your technique is and delicate, how long have you been playing and what got you into guitar?

J’ai commencé quand j'avais quatorze ans. La guitare était partout. Je connaissais beaucoup de gens qui jouaient et leurs identités étaient à l'époque tellement liées à la musique que je suis tombé dedans. Mais même à ce moment-là, c'est l'utiliser comme un moyen de création qui m'intéressait vraiment. Je n'ai jamais voulu être un dieu de la guitare, je n’ai jamais pris de leçons ou appris de solos. Ce que j'ai fait, c'est que j’ai chopé un quatre pistes et j'ai commencé à écrire des choses en les assemblant avec d’autres parties que j’avais composées avant, j’y allais un peu à tâtons. J'ai fait quelques albums de cette façon, des trucs que je ne jouerais jamais pour personne. Et c'est toujours comme ça, plus ou moins. Je ne me vois pas vraiment comme un guitariste avant tout chose. J’aurais parfois préféré faire du piano à la place, parce que c'est un instrument plus intuitif et qui semble plus adapté à la façon dont je travaille, mais j'ai commencé avec la guitare donc je suis coincé avec. Je m'apprends à jouer les choses que j'écris, c'est une partie du procédé et peut-être la raison pour laquelle ça me prend autant de temps - je dois apprendre à jouer comme ça vient. Et oui, les parties de guitare sont devenues plus compliquées au fil des ans - je pense que cela vient de mes premiers critères, à savoir qu'il faut travailler et être intéressant avec une seule guitare et de la voix. Pour moi, une guitare est principalement un moyen de parvenir quelque part.

I started when I was around 14. Guitar was everywhere. I knew lots of people who played, and so much of one's identity at the time was tied up with music, I just fell into it. But even then I was only really interested in using it as a means to make something. I never wanted to be a guitar god, never took lessons or learned solos. What I did was I got a four track and started writing things, building them up from parts i would come up with, just kind of feeling around in the dark. I made a few albums that way, stuff I'd never play for anyone. And that's how it still is, more or less. I don't really think of myself as a guitarist, first and foremost. I sometimes wish I played piano instead, because it's a more intuitive instrument and seems better suited to the way I work, but I started with guitar so I just stuck with it. I teach myself to play the things I write, it's part of the process and maybe part of the reason it takes me awhile - I have to learn to play as I go. And yes, the guitar parts have become more complicated over the years - I think it stems from my first criteria, that it has to work and be of interest with just guitar and voice. But a guitar for me is mainly the means to get somewhere.

Si je peux me permettre, tu avais l’air très timide et stressé par le concert, mais le public à Paris était très calme et totalement envoûté par ta performance, est-ce que tu aimes jouer en live et joues-tu parfois avec d’autres musiciens sur scène?
If I may, you seemed very shy and stressed by the gig, but the audience in Paris was very quiet and totally charmed by your performance, do you like playing live and do you sometime play with other musicians on stage?

Jouer en live, c’est cool - de mémoire récente, le concert de Paris a été l'un des meilleurs pour moi, et le public avait beaucoup à faire avec cela. Certes, je suis très sensible à l'énergie que je reçois des gens qui écoutent - s'ils sont ouverts et engagés, je vais jouer beaucoup mieux, malgré tout je marche toujours sur un fil entre l'adrénaline et l'anxiété. Avec ce que je fais maintenant, surtout quand je joue en solo, il n'y a pas grand chose derrière quoi se cacher. Ainsi, il peut y avoir beaucoup de pression - le sentiment que tu es sous un microscope et que tout est en jeu. Mais c'est ce qui en fait un incroyable plaisir quand tout se connecte ! À New York, j'ai beaucoup joué avec le groupe que tu entends sur le disque et ça apporte une toute autre dimension. Ça change la façon dont je joue, comment je me réfère à la musique, ça met en évidence d'autres aspects de ce que ça peut communiquer, ça lui donne une nouvelle forme et une nouvelle vie et, contrairement à moi, ils ne jouent jamais quoi que ce soit de la même manière deux fois.

Playing live is great - the Paris show was one of the best in recent memory for me, and the audience had a lot to do with that. Admittedly I'm very sensitive to the energy I'm getting from the people listening - if they're open and engaged, I'm going to play much better, and regardless I always walk a thin line between adrenaline and anxiety. With what I'm doing now, especially when I play solo, there's not much to hide behind. So it can be a lot of pressure - a feeling that you're under a microscope and that everything is at stake. But that's what makes it an incredible high when everything connects! In New York I've played a lot with the band you hear on the records, and that brings a whole other dimension to it. It changes how I play, how i relate to the music, highlights other aspects of what it can communicate, gives it a new form and a new life And unlike me, they never play anything the same way twice.

Photos : David Black

Mixtape

Au final, j’ai fait un mix de musique brésilienne parce que c’est ce que j’ai en tête en ce moment et aussi parce que c’était important pendant l’enregistrement de l’album, il y en a que j’ai découvert plus récemment.

I wound up making a mix of all Brazilian music, because that's where my head is at right now. A lot of this was important to me while working on the record, some of it I discovered more recently.

01. MPB mix
02. Milton Nascimento - Idolatrada (excerpt)
03. Elis Regina - Oriente
04. Antônio Carlos Jobim - Bôto (Porpoise)
05. Olívia Byington & A Barca do Sol - Corra O Risco
06. Edu Lobo - Vento Bravo
07. Beto Guedes - Lumiar
08. Lô Borges - Homem Da Rua
09. Nelson Angelo & Joyce - Comunhão
10. João Gilberto - Undiú
11. Milton Nascimento - Pablo

Tracklist

Mike Wexler - Syntropy (Three:four Records, 14 octobre 2016)

01. Ayin
02. The Engram
03. Syntropy
04. Transfer
05. Circa
06. Anonym
07. Zoe
08. Halo
09. Cloud Housing
10. The Commons


Gryphon Rue

Il y a quelque mois, notre Joakim national exilé à NYC nous présentait un nouveau venu dans la famille Tigersushi : Gryphon Rue. Un EP de deux titres, Google Portrait et Beethoven For Relaxation, accompagnés de deux vidéos, nous enfonçait dans l'univers arty et expérimental du jeune producteur américain. Curator actif sur la scène artistique contemporaine new-yorkaise mais aussi auteur-compositeur qui n'en est pas à son premier coup d'essai, Gryphon Rue, sous le pseudonyme de El Tryptophan, et accompagné par une vingtaine de collaborateurs, composait il y a une paire d'années, un premier album folk expérimental du nom de Guilt Vacation. Sorti à l'époque sur le label Wharf Cat Records, figurait déjà sur ce LP une mouture folk de Google Portrait avec la présence notable de Dean Wareham et de chœurs d'enfants plus ou moins dérangeant - donnant un ton expressionniste admirable à l'ensemble. La mise à jour du titre par Joakim offre une version beaucoup plus synthétique et beaucoup plus pop, lui donnant un côté presque sexy sans toutefois lui enlever son côté perturbant et provocateur. Découvrez un peu plus l'univers de Gryphon Rue ci-dessous grâce à notre interview Out Of The Blue et à sa mixtape Parity Mix. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

D'un lieu amical. Je suis né à l'hôpital Saint-Luc de Manhattan et pesais 4,7 kg.

A friendly place. I was born 10 lbs., 6 oz at St. Luke’s hospital in Manhattan.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Je m'introduis telle une petite flamme blanche dans un fluide corporel secret. Je me dirige vers une nouvelle relation intime.

I’m headed like a little white flame into some private secretion. To a new relationship.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que la vibration, c'est mon truc.

Because vibration is my thing.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J'aurais sans nul doute été expert en tours de passe-passe.

No doubt I would end up a sleight-of-hand man.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Hier soir, Emiloo chantait avec son laryngophone et je peaufinais un son sur mon Flanger A/DA de 1979 - j'ai entendu des tranches juteuses de melon occulter les pots sur la boite - c'était un plaisir pour les oreilles mais je l'ai perçu visuellement, telle une enveloppe moirée destinée à des documents fédéraux. Le trajet du signal se faisait sans problème, ce qui était pour le moins étrange vu que la voix d'Emiloo passait à travers une longue chaîne formée d'une succession d'appareils. J'avais des envies de triple dipper.

Last night Emiloo was singing with her throat contact mic and I was tweaking my A/DA 1979 flanger — I heard juicy melon slices eclipse the pots on my box — it was ear candy but I saw it visually, a moiré envelope for federal documents. Everything was working fine in the signal flow, which was pretty strange, because Emiloo’s voice was processed through a long chain of devices. I could triple dipper.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

J'ai été révélé à la suite d'un combat interminable avec des banquiers.

I broke through after a long struggle with bankers.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

J'ai beaucoup de mal à croire que les choses peuvent être abordées de façon littérale. Je trouve la littéralité suspecte car l'abstraction gouverne notre monde. Je m'attire parfois des ennuis avec les suzerains.

I have a hard time believing things can be taken literally. I’m suspicious of literalness, because abstraction reigns supreme. Sometimes I get in trouble with suzerains.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

J'ai vu "deathy death" et "after death" (la période où ont lieu les soldes), mais je n'ai jamais fait l'expérience d'une "artistic death". En France, il y a une death tax (NDLR, des droits de succession). Dieu était une artiste, et certaines de ses créations étaient des tubes, certaines des d-sides, des e-sides - prenez les oreilles qui ne se ferment pas par exemple. Je peux fermer les yeux, pourquoi ne puis-je pas protéger mes oreilles ?

I have seen “deathy death” and “after death” (which is a time when sales are made), but I have never seen artistic death. In France, there is a death tax. God was an artist, some of her creations are “greatest hits”, some are d-sides, e-sides—take for example ears, which don’t close. I can shut my eyes, why can’t I protect my ears?

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J'accorde ma 12 cordes pour qu'elle épelle "b-e-a-u-t-y-d-r-o-n-e-z".

I tune my 12-string to spell “b-e-a-u-t-y-d-r-o-n-e-z”.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Emilie Loulou Weibel-Wray.

Emilie Loulou Weibel-Wray.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Faire de la méditation dans une retraite silencieuse à côté de Laurie Anderson.

Meditating at a silent retreat next to Laurie Anderson.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Prends soin de ton haleine.

Pay attention to your breath.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Une synthèse entre le bêlement d'un petit agneau et des pattes d'oies.

A synthesis of a bleating baby lamb with crows foot eyes.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Enfant, j'aimais le triceratops bleu et ses nageoires. Arthur Russell avait une affiche sur le mur de sa salle de bains avec la légende "dans les rythmes doux des fonds marins d'une barrière de corail, le Chirurgien Bleu montre ses couleurs oniriques".

As a kid I loved the blue triceratops with his fins. Arthur Russell had a poster on his bathroom wall with the caption, “In the gentle undersea rhythms of a coral reef, the Blue Tang displays his dreamy colouration”.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Quand j'étais au pensionnat, je restais allongé sur le lit en écoutant Darkness On The Edge Of Town, Racing In The Street, Candy's Room, et la compassion dont faisait preuve Bruce (NDLR, Springsteen) fut pour moi une révélation - il donnait une impression de sincérité à travers un nuage ironique de jeunesse, et une dose de masculinité, tel un beau-père aux mains calleuses qui vous apprendrait à manier le levier de vitesse dans sa Subaru remplie de gobelets de café écrasés.

When I was away at boarding school I’d lie in bed listening to Darkness On The Edge Of Town, Racing In The Street, Candy’s Room, and Bruce’s compassion was a revelation to me—he provided a sense of sincerity in an ironic cloud of youth, and a dose of masculinity, like a stepfather with callused hands who teaches you how to drive stick in his Subaru filled with crumpled paper coffee cups.

Photo : Arielle Berman
Traduction : S.L.H.

Écoute exclusive

Parity Mix est une drague de la conscience - un plan séquence de choses que j'ai écouté depuis l'élection : Mutant disco / Musique concrète / Raï / Chinese protest rock / Japanese artrock / American primitivism / Folk revivalism / Gospel / Post-punk / Avant-garde poetry / Arrival soundtrack / Dolly Parton remixes / Italian electronica.

Parity Mix is a consciousness dredge - a shot sequence of things I’ve been listening to since the election: Mutant disco/Musique concrète/Raï/Chinese protest rock/Japanese artrock/American primitivism/Folk revivalism/Gospel/Post-punk/Avant-garde poetry/Arrival soundtrack/Dolly Parton remixes/Italian electronica.

Audio


Disco's Out... Murder's In! - Entretien avec Heath Mattioli et David Spacone

Si comme moi vous vous intéressez au punk, à Satan, aux comportements déviants et aux cultures en marge de manière générale, il y a de fortes chances pour que vous soyez familier avec la maison d'édition américaine Feral House. Un peu avant les fêtes je me baladais sur leur site dans l'idée de m'acheter le livre récemment sorti sur l'étrange cas de Craig Smith / Maitreya Kali, lorsque je suis tombé sur une couverture illustrée par Raymond Pettibon. Le titre de l'ouvrage en question : Disco's Out... Murder's In!, son sous-titre : l'histoire vraie de frank the shank et du gang punk rock le plus meurtrier de Los Angeles.
Ayant grandi dans la scène punk hardcore hexagonale de la fin des années 90, début 2000 (j'ai d'ailleurs écrit un article à ce sujet l'année dernière) et ayant lu à peu près tous les livres valables documentant le mouvement, je pensais naïvement savoir plus ou moins tout ce qu'il y avait à savoir sur la tumultueuse et sinueuse histoire de la culture punk.
Pour moi, de manière générale, le punk et le hardcore en particulier est synonyme de fun évidemment mais aussi d'ouverture d'esprit et de questionnement. Je ne vais pas vous faire la longue liste des sujets politico-sociaux régulièrement discutés dans la scène, mais ils étaient nombreux et parfois passionnants. Et même si l'ambiance mal éclairée des squats attirait parfois des profils de marginaux aux allures louches de Guy Georges, que l'on se souvient des atmosphères sur-protéinées et testostéronées des concerts du Kickback de l'époque, que l'on a assisté à de belles démos de KDS (karate dancing style pour les profanes), que les mosh pits abritaient parfois quelques sadiques et que des chiens désorientés par les décibels évoluaient au milieu du public, la scène était globalement bienveillante et accueillante, pas de sensation de danger imminent, la violence y était plutôt moquée voir totalement rejetée, bien contenue en tout cas. Alors évidemment il est impossible de faire une comparaison entre mon vécu et la scène du L.A. de la fin des années 70, début 80 tant il s'agit d'espaces-temps et de contextes totalement différents et lointains, mais les termes "gangs punk rock" et "meurtrier" m'ont interpellé. Comment ça des gangs, des meurtres ? J'avais du mal à comprendre, c'était en contradiction avec la mythologie à laquelle j'étais habitué. Ceci étant, Reagan venait d'être élu, l'ère Carter était jetée aux chiottes et les jeunes américains cramé par le soleil de la côte ouest vivaient dans l'idée qu'ils allaient faire les frais de la menace imminente d'une apocalypse nucléaire sur fond de guerre froide. En ajoutant à ça des foyers brisés et une montée des violences policières entre autres différents problèmes sociaux-économiques, on peut imaginer comment le punk et l'attitude de défiance qui allait avec était le terrain de jeu idéal pour toutes sortes d'envies nihilistes. De plus, si on a lu les écrits de Henri Rollins, Keith Morris ou d'autres ou encore des livres comme American Hardcore : A Tribal History de Steven Blush, on est au courant de la violence engendrée par des meutes de gamins hors de contrôle, on entend parler de cliques et du danger mais ça reste assez fragmentaire, vague. En d'autres termes, je n'étais pas prêt pour ce que propose ce livre : un récit glaçant d'une scène infestée par la violence aveugle de gangs où la mort guette à chaque tournant, une sorte d'Orange Mécanique sous le soleil de Los Angeles.
Encore sous le choc, et même si je me réveillais un an après la sortie du livre, je devais en savoir plus et c'est pourquoi j'ai contacté les auteurs, Heath Mattioli et David Spacone qui ont eu la gentillesse de prendre le temps de répondre à mes questions, car même si leur ouvrage ressemble au journal intime d'un dangereux psychopathe, il a le mérite de rappeler quelque chose de fondamental, si les musiciens font la musique, c'est bien le public qui créé une scène et invente un mouvement, une culture, pour le meilleur et pour le pire.

Crédits photos par Feral House

Avant de parler de Frank et du reste, parlons un peu de vous, quelle était votre expérience du Punk/HC étant gamins ?
Before talking about Frank and all the rest, let's talk about you guys, what was your Punk/HC experience like as kids ?

Heath Mattioli : Mon expérience était périphérique, en marge. J'écoutais la musique et je lisais les fanzines religieusement mais je me tenais à une distance de sécurité.

Dave Spacone : Je n'allais pas aux concerts avant le début de 1984, lorsque j'ai enfin eu une voiture, et la scène était hyper craignos. Je n'ai donc vu qu'une poignée de concerts mais j'ai eu l'occasion d'assister à de la vraie destruction. Avant ça je collectionnais simplement la musique.

Heath Mattioli: My experience was periphery and sidelines. I listened to the music and read the fanzines religiously, but stayed a safe distance away.

Dave Spacone: I didn’t make shows until early 1984, when I finally got a car and the scene was sketchy as fuck. So I only made a small amount of shows, but saw some honest to goodness mayhem. Before then I just collected the music.

Vous connaissiez Frank à l'époque ?

Did you know Frank at the time ?

H : J'ai brièvement rencontré Frank à une soirée en 1984. Dès que j'ai appris que les LMP allaient être là je suis parti. Lui et son gang avaient déjà une dangereuse réputation.

D : J'étais proche avec ses acolytes moins meurtriers donc je le voyais de temps à autre mais je ne traînais pas avec lui, bien trop dur pour moi.

H: I met Frank briefly at a party in 1984. As soon as I found out LMP was going to be there, I left. He and his gang already had a dangerous rep.

D: I was close with his less deadly associates, so I saw him around, but didn’t hang with him — too heavy duty.

Lorsque je lisais votre livre le premier truc que je me suis dit est que si j'avais été là-bas à l'époque, je me serais probablement tenu éloigné des concerts de punk et que ma vie aurait certainement pris une autre tournure. C'était comme se prendre une gifle mais j'imagine que c'était l'intention ?

When i was reading your book the first thing I said to myself was that had I been over there at that time I probably would have stayed away from punk rock gigs and my life would have turned out quite differently. It felt like a slap in the face but I guess that was also the point right ?

H : C'était clairement un truc à part ici, dans l'ouest sauvage. Les Angelenos interprétaient le punk rock comme tout le reste, de manière agressive.

D : Tu aurais eu de la chance de t'en tirer simplement avec une gifle.

H: It was definitely its own animal out here in the Wild West. Angelenos interpreted punk rock much like they do everything else… aggressive.

D: You would’ve been lucky if you only came out of it with a slap in the face.
Dans la préface de Lexicon Devil : The fast times and short life of Darby Crash and the Germs, Adam Parfrey, après s'être fait agresser par une bande de meufs et de gars à un concert des Germs se souvient : "Ce n'était pas des expériences hors du commun dans le Punk Rock aux alentours de 78-79, un prix que j'étais prêt à payer pour me sentir connecté à une scène dans une époque autrement stérile culturellement". Ce n'est qu'après avoir lu votre livre que j'ai réellement saisi le sens d'une telle phrase et ça m'a vraiment troublé parce que le Punk en tant que phénomène culturel ou genre musical a été très largement documenté et j'ai lu plein de livres sur le sujet, mais aucun ne raconte exactement ce qui se passait à L.A. à l'époque. OK, on sait que c'était dur et violent mais pas mortel à ce point, comme s'il s'agissait d'une sorte de tabou. Vous vouliez exposer le secret inavoué du hardcore ?

In the publisher's notes for
Lexicon Devil : The fast times and short life of Darby Crash and the Germs, Adam Parfrey, after being jumped by a bunch of chicks and dudes at a Germs show recalls : "These were not unkown experiences in punk rock circa '78-'79, a price I was very willing to pay for feeling connected to a scene in an otherwise culturally barren time and place". It's only after reading your book that I fully grasped the meaning of such a sentence and it really bugged me because Punk as a cultural phenomenon and music genre has been very widely documented and I read countless books on the subject but none really tells what exactly was going down in LA at the time. Like ok, we know it was tough and rough but not straight up lethal, like it's some sort of taboo. Did you want to expose Hardcore's dirty secret ?

D : Absolument, si tu voulais participer au mouvement hardcore c'est ce avec quoi il fallait composer. La réalité l'emporte sur la perception sympathique du musicien. Il était temps de remettre les pendules à l'heure sur ce qui inspirait la musique, c'était la vie dans la scène.

H : Nous avons grandi en entendant tellement d'histoires cinglées venant de punks des tranchées qui étaient vraiment là (Ils prétendent tous avoir été là... demande leur). Nous pensions qu'il était important de raconter l'histoire du point de vue des gamins qui achetaient leurs places de concerts, le point de vue dysfonctionnel. Ce n'est pas tant un secret mais la plupart de ceux qui peuvent raconter ces histoires sont morts, derrière les barreaux ou ont pris leur distances.

D: Absolutely, if you wanted to participate in Hardcore, it’s what you had to live with. The truth trumps the happy musician perspective (no pun intended). It was time to set the record straight with what was inspiring the music. That was life in the scene.

H: Growing up, we heard so many nutty stories from the trenches, from punks who were actually there. (Everybody claims they were there… just ask them.) We felt it was important to tell the kids, who bought the tickets, side of things—The dysfunctional side. It wasn’t that it was a secret, but most that could have told you these stories are dead, locked up or just completely removed.

Ça m'a fait ouvrir les yeux sur le fait que beaucoup d'acteurs de la scène, de musiciens, semblent ignorer ces faits ou du moins les romancer quand ils se souviennent du bon vieux temps. Le seul auquel je pense qui a admis sa part de responsabilité dans le problème est Jack Grisham dans son livre An American Demon. Pourquoi une vaste majorité d'artistes semble refuser ou minimiser leur implication dans tout ça ?

It's an eye opener, it made me realize that a lot of the players in bands at the time seem to deliberatly turn the blind eye on these facts or at least romanticize them when they reflect on the good old days. The only one I can think of who aknowledges his involvement in the problem is Jack Grisham in his book An American Demon. Why do a vast majority of artists seem to refuse or minimize their part of responsability in this whole thing ?

H : Je ne peux pas parler pour les musiciens et ils n'étaient pas vraiment impliqués dans ce qui se passait dans les ruelles, les slam pits ou les parkings. Bien sûr, certains devaient savoir qu'ils aidaient à inciter ces esprits vulnérables, mais la plupart des musiciens étaient trop occupés à se défoncer et à baiser des meufs et n'avaient aucune chance de... à moins d'être Jack Grisham ou Mike Ness.

D : A vrai dire la plupart ne voient pas les choses ainsi, sur le fait qu'ils avaient une énorme influence sur toute cette folie. La culpabilité est une émotion délicate à négocier. Je ne sais pas si je pourrais assumer non plus.

H: I can’t speak for musicians and they weren’t really part of what was going on in the alleyways, slam pits and parking lots. Sure, some must have known they were helping to incite these vulnerable minds, but most musicians were too caught up getting loaded, and banging chicks, they would usually have zero chance at… unless you were Jack Grisham or Mike Ness.

D: Truth be told, most don’t see it that way, that they had a major hand in the madness. Guilt is a tricky emotion to negotiate. I don’t know I’d be able to cop to any of it either.

Je n'ai jamais cru au fait que des paroles et une musique violente fabriquaient un public violent, pour moi il s'agit d'exprimer sa frustration d'une manière cathartique, créative et libératrice mais Frank dit que ça l'a bien rendu violent et clairement, ces gamins vivaient les choses différemment, c'était personnel, si bien que j'ai du mal à croire que les groupes ne réalisaient pas qu'ils jetaient de l'huile sur le feu, peut-être même qu'ils s'en nourrissaient ?

I've never believed in the fact that violent lyrics or violent music make violent audiences, I think it's just a cathartic way to express frustration through art in a creative and liberating fashion but then Frank says that it did make him violent and clearly, these kids lived it differently, it was personal so I find it hard to believe that bands genuinely didin't realize they were pouring gasoline on the fire and maybe even feeding off it ?

D : J'ai du mal à y croire également et franchement, il semblerait que pas mal d'entre eux modifient leur histoire de nos jours. C'est peut-être une astuce pour rester dans le coup ou pour vendre leurs livres, après que nous ayons dévoilé le pot aux roses.

H : Encore une fois, je suis sûr que certains musiciens punk devaient savoir et peut-être aimer jouer le rôle d'engreneurs, mais la plupart ne sont pas si intelligents qu'on le pense. Je pense que la plupart des musiciens sont de simples vecteurs. Je ne veux pas apparaître comme quelqu'un qui déteste les musiciens, j'ai beaucoup d'amis musiciens... et pas mal d'entre eux sont plutôt intelligents.

D: I find it hard to believe, and quite frankly, seems that a number of them are changing their story these days. This could be a ploy to stay relevant, or sell their book, after the fact, of us letting the cat out of the bag.

H: Again, I’m sure some punk rock musicians must have known and actually enjoyed playing the pusher part, but most were not as bright as one would think. I feel most musicians are just conduits. I don’t want to come off as some kind of musician hater. I have many musician friends… and a lot of them are fairly intelligent.

A la fois, même si Frank dit que la musique a contribué à le rendre violent, on réalise que ce n'était pas tellement à propos des groupes mais plutôt des gamins, ils menaient la danse, comme le dit Frank "le punk rock était entre nos mains". Les groupes se faisaient cracher dessus ou pire, et ce même si le public les aimaient, achetait leur merch et payait pour leurs places de concerts. Il y a ce moment dans le livre où Tony Cadena des Adolescents se fait jeter dans une poubelle et humilier par un membre des LMP, ils n'en avaient tout simplement rien à foutre donc j'imagine que ça a plus à voir avec un contexte global. Qu'est-ce qui a fait que ces gamins de L.A. étaient comme ça ? Qui étaient-ils ? Qui était Frank ?

But at the same time, even if Frank says that the music helped making him violent, you realize that it wasn't so much about the bands it was more about the kids, they were running the show, like Frank says, "punk rock was in our hands", bands were spat at or worse even if the audience liked them, bought their shit and paid for their concert tickets. There's this episode early in the book where Tony Cadena of The Adolescents gets stuffed in a trash can and humiliated by an LMP member, they just didn't give a shit. So I guess it's got more to do with a conjunction of factors and a global context. What made these L.A. kids the way they were ? Who were they ? Who was Frank ?

H : Ces gamins étaient les filles et les garçons d'à côté, en colère, maltraités et mal aimés. Ils ont trouvé un intérêt commun qui était de te faire goûter à un peu de ce que la vie leur avait donné. Le punk rock était la parfaite Bastille.

D : Le hardcore de L.A. avait un son beaucoup plus agressif associé à une urgence inégalée. Ça a donné naissance au slam pit et ce genre de comportement a naturellement débordé dans la vie de tous les jours, les gamins se sont juste laissés embarquer.

H: These kids were the angry, abused, loveless boys and girls next door. They found a common interest, which was, to give you a little taste of what they were given. Punk rock was the perfect bastille.

D: LA hardcore had a sound that was much more aggressive, along with an unmatched urgency. That spawned the slam pit, behavior there naturally
spilled over the side and into every day life. Kids just got caught up.

Il existe pas mal d'histoires assez folles qui ont été raconté dans des livres par des gens impliqués dans le mouvement hardcore, comme celles de Jon Joseph ou Harley Flanagan à New York par exemple, mais qu'est-ce qui fait que L.A. semblait être une planète à part ?

There are quite a few crazy stories that have been told in books by guys involved in the hardcore movement, like Jon Joseph's or Haley Flanagan's from NYC for exemple, but what is it with L.A. that makes it look like it was a planet of its own ?

D : L.A. est enracinée dans la culture de gang. Cette mentalité de panier de crabes s'est naturellement infiltrée et a infecté le punk rock. Le besoin de se protéger des conservateurs, des sportifs musclés, de la police et de l'autorité en général a également joué un rôle. C'était un gros barril de poudre.

H : La côte est avait clairement sa part de violence liée au hardcore mais pas au niveau de ce qu'il se passait ici. La côte ouest est infestée de gangs depuis les années 20. La guerre du punk rock était tout simplement un autre dérivé.

D: LA is rooted in gang culture. That king of the hill mentality naturally seeped in and infected punk rock. Protection from squares, jocks, police, and authority in general, played a part as well. The whole thing was a powder keg.

H: The East Coast definitely had its share of hardcore violence, but not to the levels of what was happening out here. The West Coast has been gang infested since the 1920s. Punk rock warfare was just another spinoff.

La culture cholo des gangs de L.A. devait être un gros facteur mais du point de vue d'un outsider c'est difficile d'imaginer des cholos et des punks bras dessus, bras dessous, comment c'est arrivé ?

The L.A. cholo gang culture had to be a big factor but from an outsider's point of view it's hard to imagine cholos and punks embracing each other, how did that happen ?

H : Ces jeunes punks ont grandi dans des quartiers historiquement ancrés dans les gangs mexicains/vato. Les cholos étaient curieux de ce qui se passait à Hollywood. Ils voyaient ce qui passait aux infos et entendaient ces rumeurs de comportements antisociaux et violents c'était donc une association naturelle. Ça s'est passé dans tout Los Angeles, des communautés de la plage jusque dans la vallée. Les ennuis marchent main dans la main.

D : Les deux sous-cultures avaient des uniformes et un style qui étaient une démonstration ostentatoire de dureté qui communiquait le danger. Ça a tout de suite établi une sorte de parenté qui a donné lieu à une relation unique, différente de ce qui ce passait ailleurs dans le pays et dans le monde pour le coup. Le style, aussi marrant que ça puisse paraître, a joué un rôle important.

H: These punk rock kids grew up in neighborhoods that had historically, entrenched Mexican/vato gangs. Cholos were curious about what was happening in Hollywood. They saw on the news and heard the rumors of antisocial, violent behavior, so was a natural fit. This happened all over Los Angeles, from the beach communities, to the valley. Trouble walks hand in hand.

D: Both subcultures, came with uniforms and looks that were outward displays of toughness that communicated danger. This established a mutual kinship right away that fostered a unique relationship unlike anywhere else in the country, or world for that matter. Style, funny enough, played a big part.

Suicidal Tendencies étaient un peu des emblêmes de ce mode de vie mais j'ai toujours trouvé qu'ils en faisait un peu trop pour être vraiment convaincants, le délire me semblait un peu mis en scène, même si Mike Muir avait une vraie street cred de Venice Beach avec son frère qui était un membre originel des Dogtown Boyz... mais bon, encore une fois, c'est un point de vue d'outsider. Au final (et même si Cyco Miko se fait droiter par un LMP) c'est mecs là, comme beaucoup d'autres, avaient bien un gang autour d'eux et malgré tout vous avez qualifié LMP de "gang le plus mortel de L.A.". J'imagine que cette attestation n'a pas été faite à la légère et pensez-vous que beaucoup des personnes qui savent ont une autre opinion ?

Suicidal Tendencies were posterboys for that lifestyle but I always thought they were a bit too much to be for real, the thing felt staged in a way even though Mike Muir had some solid Venice street cred his brother being a Dogtown original and all, but again, that's from an outsider's point of view. But it turns out (even though Cyco Miko got punched in the mouth by some LMP soldier) that these guys did have a gang around them like many, many others and still, you labelled LMP "L.A.'s deadliest punk rock gang". I'm sure this statement wasn't made lightly and do you think many people in the know would disagree ?

H : Laisse moi te poser cette question : quel gangster va dire que son gang était le deuxième meilleur ? les vrais gangsters ne respectent que les vrais gangsters, mentalité de panier de crabes de base. Suicidal avaient quelques tarés, LADS avaient les leurs, Circle One et LMP avaient insolemment máslocos.

D : Les gens qui savent peuvent ne pas être d'accord. Chacun a le droit d'avoir sa propre opinion en revanche, on ne choisit pas ses faits. Quand leurs livres sortiront, maintenant que nous avons ouvert les vannes, on pourra disséquer tout ça un peu plus.

H: Let me ask you this… what gangster is gonna claim his gang was second best? Real gangsters only respect real gangsters—basic crab mentality. Suicidal had some maniacs, LADS had theirs, Circle One and LMP defiantly had más locos.

D: People in the know can always disagree. Everyone is entitled to their own opinion, but not their own facts. When all their books come out, after we opened the floodgates, then we can dissect this even further.


Soit dit en passant, Suicidal a sorti une chanson en 1990, pas mal de temps après les événements racontés dans le livre donc, intitulée Disco's Out... Murder's In!, vous pensez que c'est un clin d'oeil au graffiti sur le mur du Motel Hell ?

On a side note, Suicidal released a song in 1990, quite some time after the events depicted in the book, called
Disco's Out... Murder's In! do you think it was their way to pay homage to the graffiti on the wall at Motel Hell ?

H : Je ne sais pas où ils ont trouvé le titre, mais il se trouve que beaucoup de gens se souviennent de l'avoir vu écrit sur le mur du Motel Hell des années avant la chanson. Personellement j'aime Suicidal Tendencies, le groupe. Ils étaient rapides et durs et méritent tout le respect qui leur est dû.

D : Peu importe la genèse du titre, c'est secondaire, ce morceau défonce !

H: I have no idea where they came up with the song title. However, more than a few, remember seeing it written at Motel Hell, years before the song. Personally, I dig Suicidal Tendencies, the band. They were fast and hard as ever and deserve all the respect they’ve earned.

D: Whatever the genesis of the song title was, comes secondary—that song rips!

Des liens entre une scène musicale et un underground criminel ont toujours éxisté, et ça a également été bien documenté, que ce soit le Jazz avec les mafias juives et italiennes, les Hell's Angels et le Rock 'n Roll ou ce qu'il s'est passé plus tard avec le Gangsta Rap (d'ailleurs je ne m'attendais pas à une apparition d'Easy E dans le bouquin). Mais au final, malgré les différences, il y avait toujours un truc basique au centre : l'argent. Rien de la sorte avec ces gangs de punks, il s'agissait de tout niquer, les autres équipes, des dealers, des maquereaux, les flics, des homosexuels, les gens qui allaient aux concerts, n'importe qui, le carnage sans raison tangible, le vrai visage de l'horreur. Comme le dit Frank était-ce juste si "amusant de haïr" ?

Links between a music scene and a criminal underbelly have always existed and that's been well documented aswell, whether it be Jazz with the Italian or Jewish Mob, the Hell's Angels and Rock 'n Roll or what happened with Gangsta Rap (I actually wasn't expecting Easy E's appearence in the book) but at the end of the day, despite all the different specifics they all had something basic in common : money. No such thing with these Punk Rock gangs though, it was just about fucking up anybody in their way, other crews, dealers, pimps, cops, homosexuals, concert goers, anybody, mayhem with no tangible reason, the true face of horror. As Frank puts it, was it really just that "fun to hate" ?

D : Je crois sans aucun doute que cette musique est de la haine alimentée d'amusement. Ça implique le chaos qui accompagnait les concerts. Toute cette haine affichée aux concerts reflète à peine tout l'amusement. Il faut aussi considérer, à une micro échelle, la dure réalite à laquelle Frank et d'autres membres du gang étaient confrontés chez eux au quotidien. Ces conditions de vie génèrent une haine de soi qui finie par être projetée vers l'extérieur. Avoir une bande son qui allait avec a certainement rendu le fait d'haïr amusant. Leur haine est venue accompagnée de cette exhubérance particulière qui était illustrée dans le meilleur du hardcore sud californien.

H : C'était de l'amusement pour Frank et beaucoup de membres du gang et c'est devenu très addictif. Santino, le fondateur et la tête pensante derrière LMP, voulait répendre la peur à travers L.A. et la scène punk comme personne d'autre. C'était un leader très déstructeur et retors, presque machiavélique. Santino était à bonne école avec son père "Le Parrain".

D: I believe, without question, that the music is undoubtedly fun filled hate. This includes the mayhem of the shows that came with it. All the hate on display at gigs merely mirrored that fun. Also, consider on a micro level, Frank and others in the gang’s abusive home lives. These conditions generate a self-hate that’s eventually turned outwards. Having a soundtrack for it certainly made it fun to hate. Their hate came with a very particular exuberance that was exemplified in the best of So-Cal hardcore.

H: It was amusement for Frank and many of his fellow gang members and became very addictive. Santino, the founder and driving force behind LMP, wanted to spread fear across LA and the punk scene like no other. He was a very destructive and cunning leader, almost Machiavellian. Santino’s father, Santino’s father, “The Godfather”, taught him well.

Les gamins comme Frank (et c'est fou quand on considère à quel point ils étaient jeunes) ont formé ces gangs pour se protéger des hippies et des connards de sportifs qui leur menaient la vie dure dans la rue, puis ils sont devenus les monstres à leur tour. Ils étaient également fiers de faire partie de ce changement qu'était le Punk/HC mais lorsque ça a évolué ils se sont sentis exclus. C'est presque triste quand Frank trouve que les nouvelles formes de musique ou de modes sont devenues "un tas de merde déroutant", quelque chose dans quoi il avait enfin trouvé sa place lui était soundain retiré, cruelle ironie non ?

Kids like Frank (and it's crazy how young they were) formed these gangs to protect themselves from the older hippie and jock types who were bullying them on the streets and then they later became the monsters. They were also proud of being a part of this change that was Punk/HC but when it evolved they felt left out. It's actually almost sad when Frank says that the music and new trends have become "a pile of confusing shit", something he finally fit into was suddenly taken from him, cruel irony don't you think ?

H : La vie à L.A., la sous-culture, la musique évoluait à un rythme fascinant pendant les années 80. Je pense qu'aucune autre décénnie tient la comparaison. Une semaine t'étais à la pointe, la semaine suivante t'étais ringard. Etant donné que Frank et LMP étaient de la banlieue ils ne pouvaient pas tenir le rythme de l'appétit féroce de la scène d'Hollywood.

D : LMP était au sommet de la chaîne alimentaire, les leaders de la meute, et c'était très confortable. Pourquoi évoluer ? Pas si cruel si tu regardes ça comme ça.

H: LA life, subculture, music moved at a fascinating pace during the 1980s. I believe no other decade compared. One week you were hip, the next, you were out of step. Being Frank and LMP were from the suburbs, they couldn’t keep up with the Hollywood scene’s ferocious appetite.

D: LMP were top of the heap, leaders of the pack and very confortable. Why move forward? Not so cruel if you look at it that way.

Et puis Frank admet sa participation dans la déstruction de la scène. Vous pensez que la musique a en partie changé à cause de l'atmosphère pourrie crée par ces gangs ? Je veux dire, je pense que le Punk/HC était fait pour évoluer rapidement mais est-ce que ça a contribué à accélérer le changement ?

And then Frank aknowledges his part in ruining the scene. Do you think the music changed partly because of the messed up atmosphere these gangs were responsible for ? I mean, I think Punk/HC was meant to evolve rapidly but did they accelerate the shift ?

H : Les vrais artistes évoluent constamment, ils s'interrogent et interrogent les autres. Je pense que le temps du Punk/HC était révolu vers 84/85. Ça a implosé naturellement. Les gens en ont eu marre, sans parler des propriétaires de salles. Quelque chose d'aussi puissant ne pouvait pas durer.

D : Absolument, cette atmosphère crée par les gamins aux concerts était clairement devenue un poids trop lourd à porter. La musqiue et les musiciens devaient partir dans d'autres directions afin que la créativité puisse prospérer. L'art DIY et l'agressivité juvénile ne pouvaient pas continuer ensemble éternellement.

H: True artists are constantly moving, challenging themselves and others. I think hardcore punk rock’s time was over come 84/85. It naturally imploded. People had had it, not to mention the venue owners. Something that powerful could never last.

D: Absolutely, that atmosphere at shows, created by the kids, was definitely a burden that was too much to bear. The music, and musicians, had to go in a different directions in order for their creativity to thrive. DIY art and youth aggression couldn’t go on together forever.

Étant un lointain produit de cette évolution du Punk/HC devrais-je le remercier finalement ?

Being a distant product of that evolution of Hardcore should I sort of thank him for that after all ?

D : Remercie le fait que ta route n'ai pas croisé la sienne ou celle de son équipe.

H : Les français s'y connaissent en couteau non ? Forge de Laguiole.

D: Thank him and his gang for not crossing your path.

H: The French speak knife, right? Forge De Laguiole.

Blague à part, bien que captivant le merdier est vraimant flippant, quand on pense que c'est déjà bien assez horrible ça devient pire. On parle d'ados et certains ont des tableaux de chasse plus fournis que ceux de certains tueurs en série connus, c'est ultra flingué. En écrivant ce livre vous saviez que vous alliez exhumer des affaires irrésolues, ça a été compliqué d'obtenir les feux verts des gens impliqués qui sont toujours dans le coin ?

Jokes aside, although captivating the whole thing is truly horrific, when you think it's already bad enough it gets worse. We're talking about kids and some of them have higher body counts than well known serial killers, how fucked up is that ? When writing this book you knew you were going to bring up some unsolved murder cases, how hard was it to have all the okays from the people involved who are still around ?

H : Frank a eu tous les feux verts avant que nous commencions notre long processus d'interview. Mais nous avons quand même changé certains noms et quelques détails de crimes, comme indiqué dans la préface du bouquin, pour protéger les coupables.

D : Évidemment nous avons également consulté notre conseiller légal. On devait faire ça bien, sans répercussions de la part des forces de l'ordre, ce qui aurait certainement entrainé des réactions violentes de la rue.

H: Frank got the “okays” before we started our lengthy interview process. But, we still changed some names and details of the crimes, like we stated in the opening of the book… to protect the guilty.

D: Of course we went to our own legal counsel as well. We had to get it right, without any law enforcement repercussions, which would have surely manifested into blowback from the streets.

Les LMP sont-ils toujours un gang actif ? Et si oui, sont-ils proches de leurs racines punk rock ?

Is LMP still an active gang ? And if yes how close are they to their Punk Rock roots ?

H : Oui, LMP est et a toujours été actif. Je crois que pendant les années 90/2000 ils sont surtout restés dans le quartier, à foutre le bordel, à botter des culs. Mais il y a eu une résurgence dans la scène punk rock et apparemment les jeunes LMP l'ont adopté et représentent.

D : LMP, de part leur longue histoire en Californie du sud ont aussi une solide présence dans le système pénitenciaire californien. Nous ne savons pas quelles y sont leur affiliations ou leur poids, nous nous sommes surtout intéressés au passé.

H: Yes, LMP is and always has been active. I think during the 90's and 2000's, they just stayed mostly in the neighborhood, causing trouble... kicking ass. But, there has been a resurgence in the punk rock scene and the LMP youth apparently represent and embrace it.

D: LMP, due to their long history in So-Cal, also have a legitimate presence in the California Penal System. Who they're affiliated with and the weight they carry there is unknown to us. We focused primarily on the old punk days.

Un autre truc marquant avec ce livre c'est son ton cru, impénitant, délivré à la première personne, similaire à celui d'une chanson de hardcore avec les paroles qui te sont jetées à la figure. Ça a été difficile de ramener Frank à cette époque, à cet état d'esprit ? J'imagine qu'il a changé depuis ?

Another striking thing about this book is the raw, unapologetic, first person delivery similar to the one of a hardcore song with lyrics thrown at your face. How hard was it to take Frank back to that era, to this state of mind ? I imagine he's a changed man now ?

H : C'était vraiment la partie délicate du projet. Frank répétait sans cesse comment il aurait géré ces situations autrement aujourd'hui. Comment il réagissait sans réfléchir. Le ramener à comment il se sentait à l'époque était ce que nous recherchions. C'est ce qui rend cette histoire si intense. Entendre beaucoup des histoires racontées dans le livre lorsque nous étions gamins mais en voulant capter les émotions plus que les explications et les détails. Réanimer cette bombe à retardement était le coeur du truc. Certains jours il retournait à cet endroit, d'autres jours il voulait simplement papoter.

D : C'est précisément pourquoi ça a pris si longtemps, six ans d'un processus laborieux pour être éxact. Puis assembler toutes ces notes en une narration qui procure une expérience viscérale au lecteur était un autre travail. Par moment c'était un poids pour chacun d'entre nous, mais nous sommes heureux que le rendu ai fonctionné pour nos lecteurs.

H: That was the daunting part of this project. Frank constantly spoke of how he would have handled those situations differently now. How he just reacted without any thought at all. Getting him to go back to how he felt in the moment was what we were after. That’s what made this story so compelling. Hearing many of the stories, depicted in the book, when we were kids, and not just wanting the explanations and the details, but the emotion. Bringing that ticking time bomb back was the juice. Some days he would go there, some he just wanted to small talk.

D: This is precisely why it took so long, six years of that painstaking process in fact. Then, putting all those notes into a narrative that gives the reader a visceral experience was another task. It was a burden for all of us at times, but we’re pleased that the outcome has paid off for our readers.

J'ai lu quelque part que vous étiez en train de travailler sur une adaptation filmique, comment ça se passe ?

I read somewhere that you had a film adaptation in the works, how is that coming along ?

H : Oui, nous travaillons avec des producteurs et une grosse agence qui nous aide à boucler le projet. On espère commencer le tournage en 2017.

D : Nous avons écrit plusieurs jets de scénarios et nous sommes finalement tombés sur une version qui satisfait tout le monde. Heath et moi sommes les seuls auteurs.

H: Yes, we are working with producers and a very strong agency, which is helping to package the project. We are hoping to shoot in 2017.

D: We have written several screenplay drafts and finally have landed on a draft that everyone feels positive about. Heath and I are the sole writers.

Le film va suivre Frank ou abordez-vous l'histoire sous un autre angle ?

Is the movie going to follow Frank or are you tackling the story from a different angle ?


H : Dans le scénario que nous avons écrit Frank est le protagoniste. On se concentre essentiellement sur son foyer dysfonctionnel et ses exploits dans la rue et la scène entre 1979-83/84. C'est forcément une version moins étayée que le livre. Après le film, on espère enchaîner avec une série TV qui ressemblera plus au livre.

D : Etant donné que le livre a sa propre communauté de fans, il était important que les deux projets demeurent proches de la source.

H: In the screenplay (which we also wrote) Frank is the protagonist. Our main focus, on his dysfunctional home life and his exploits in the scene and on the streets from 1979-83/84. It's obviously a much slimmer version of the book. We hope to follow the film with a TV show which will be much more like the book.

D: Since the book has its own cult following, it's important that both projects stay close to the source material.


Avez-vous le sentiment de boucler la boucle, de ramener La Mirada à Hollywood mais ce coup-ci sur le grand écran ?

Do you feel you're going full circle, bringing La Mirada back to Hollywood but this time on the silver screen ?

D : Oui, c'est assez ironique mais tu tapes dans le mille. Ça se passe rarement à l'inverse.

H : C'est une façon intéressante de voir la chose. La vie de Frank était faite pour le grand écran. Il y a tous les éléments nécessaires : amour, trahison, sang, sexe et punk rock, que faut-il de plus ?

D: Yes, it's quite ironic, but you hit the nail on the head. Rarely does it happen in reverse.

H: That's an interesting way to look at it. Frank's life was meant for the silver screen. It's got everything: love, betrayal, blood, sex and punck rock... what else do you need?

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Mixtape

1. X - Los Angels
2. T.S.O.L. - Superficial Love
3. Black Flag - No Values
4. The Adolescents - L.A. Girl
5. Circle Jerks - Wild In The Streets
6. The Germs - We Must Bleed
7. Fear - Gimme Some Action
8. Wasted Youth - Reagan's In
9. 45 Grave - Black Cross
10. The Dickies - I'm A Chollo
11. Red Cross - Clorox Girls
12. Mad Parade- Real Horror Show
13. The Bags- Survive
14. The Middle Class - Out Of Vogue
15. Christian Death - Cavity-First Communion
16. Suicidal Tendencies - Discos Out... Murders In!


Elliott Vincent Jones

Si vous nous lisez souvent, vous savez qu’on suit particulièrement la scène musicale de Toronto. On avait entre autres pu avoir un aperçu du bouillonnement de cette ville via le regard de James Mejia, boss du label Hand Drawn Dracula et activiste qui défend bon nombre d’artistes incroyables depuis bientôt une dizaine d’années. Cette fois-ci, on revient vers la ville d’Ontario pour parler de Elliott Vincent Jones et de son projet musique du même nom. Né des cendres du groupe post-punk Ell V Gore, Elliott a lâché les guitares et se tourne désormais vers des compos plus synthétiques, raffinées, légères et ténébreuses à la fois. Signé sur Bad Actors Inc., label dirigé par Ben Cook de Fucked Up, Elliott Vincent Jones a sorti il y a quelques mois un premier excellent EP, Arto Arto. Six titres d'une pop troublante qui lorgne vers les eighties, six titres d'une pop bien suave comme on l'aime et qui devient encore plus gracieuse lorsque Talvi Faustmann de Prince Innocence pose sa voix sur le refrain cotonneux de The Faces On The Floor. Elliott Vincent Jones répond à notre petite interview et comme il est super sympa, il nous fait cadeau d'un titre exclusif. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Du Canada, où il fait froid et où c'est bien trop sûr.

Canada. It’s cold and too safe.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Des endroits exotiques, des endroits colorés.

Exotic places. Colourful places.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que j'ai dit à trop de chefs cuisiniers d'aller se faire foutre.

Because I told too many chefs to fuck off.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Essayer de devenir le nouveau Marco Pierre White.

Trying to become the next Marco Pierre White.

Une épiphanie personelle ?
An epiphany of yours?

Voir James Brown en concert à Toronto quand j'avais 14 ans.

Seeing James Brown live when I was 14 in Toronto.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

À 15 ans... j'étais invité à improviser sur scène avec le Sun Ra Arkestra sous la direction de Marshall Allen à Montréal. Mon groupe noise arty de l'époque jouait dans le même festival, plus haut dans la rue.

15 years old.. I was invited to improvise on stage with the Sun Ra Arkesta under the direction of Marshall Allen in Montreal. My arty noise band at the time was playing the same festival up the street.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je ne laisse rien me déprimer, sauf un mauvais repas.

I don’t let anything get me down. Unless a bad meal.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr. J'attends le repos avec impatience.

Of course. I long for the unwind.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Du kombucha ou de la tisane, un repas léger, des étirements, Michael Jackson, lire les avis Yelp des restaurants de la ville dans laquelle je joue.

Kombucha or Herbal Tea. Light Meal. Stretch. Michael Jackson. Reading Yelp restaurant reviews of whatever city i’m performing in.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Hiroshi Yoshimura. Je suis obsédé par ses compositions depuis un moment et même s'il n'est plus parmi nous, j'aime encore fantasmer à l'idée que ça serait ma collaboration de rêve numéro un. Il m'a ouvert des portes dont je n'imaginais pas l'existence.

Hiroshi Yoshimura. I’ve been obsessed with this compositions for a while now and though he is not alive anymore I still like to fantasize about that being my number one dream collab. He's opened doors for me that I never knew could even open.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Faire un concert et cuisiner un repas pour le public.

Performing a show and cooking a meal for the entire audience.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

L'alcool est une perte de temps, tes parents t'aiment et la musique ne doit pas forcément être si sombre.

Alcohol is a waste of time, your parents love you and music doesn’t have to be so dark.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Détendu. Petit appartement, beaucoup de lumière, le même thé, de plus petits repas, un gros chien, beaucoup d'eau, beaucoup de marche, pas besoin de trop parler.

Relaxed. Low key apartment. Lots of light. Same Tea. Smaller Meals. A big dog. Lots of water. Lots of walking. No need for talking much.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

De la même manière qu'évolue ma peau. Elle vieillit et sèche parfois et de nouveaux motifs et de nouvelles formes apparaissent mais il faut vivre avec et rester frais et essayer d'hydrater ce bébé tous les jours.

The same way my skin evolves. Gets old and sometimes dry and new patterns and shapes take form but you gotta live with it and stay fresh and try to moisten that baby up every day.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Cuisiner des plats libanais. Beyrouth est l'un de mes endroits préférés au monde et j'en suis tombé amoureux. J'ai envie d'en apprendre plus sur leur cuisine et de m'approprier ce lieu le plus possible.

Cooking lebanese dishes. Beirut is one of my favorite places in the world and I fell in love with the place and I strive to learn more about their food and make it at home as much as I can.

Traduction : Alex

Écoute exclusive

C'est une chanson très personnelle et je suis content qu'elle existe. Je ne pensais pas qu'elle avait sa place sur mon nouvel album et je ne pense pas qu'elle soit représentative de la direction musicale que je prends MAIS je savais que je voulais la mettre en ligne à un moment donné pour que les gens puissent l'écouter. C'est la première chanson d'amour que j'ai écrite qui traite de choses personnelles. C'est à propos de choses que j'ai réalisées plus tard sur les relations et ce sentiment de ne pas savoir ce que l'on manque avant que ça ne soit parti. Mon ami Ben Cook m'a aidé sur toutes les harmonies et les chœurs. Elle a un bon groove swing et je trouve que la fin sonne comme les Backstreet Boys donc je suis content.

This is a super personal song to me and I’m glad it's just out there. I didn’t think it would fit on my upcoming full length and I don't think it's a good representation of which direction I'm headed in musically BUT I knew I wanted to drop it online at some point for people to hear. It’s my first love song I’ve written, that's actually about personal things in my life. It’s about things that I’ve later realized about relationships and that feeling of not knowing how much you've missed something until it's gone. My friend Ben Cook helped out on all the harmonies and backing vocals. It's got a nice swing groove to it and I think the ending sounds like the Backstreet Boys so I’m pretty happy about it.

Audio

Tracklist

Elliott Vincent Jones - Arto Arto (Bad Actors Inc., 10 juin 2016)

01. Acapulco
02. The Faces On The Floor feat. Talvi Faustmann
03. Dawawine

À noter que le jeune Canadien sera de passage à Paris pour un premier concert le 27 février prochain, à l'Espace B, aux côtés d'un autre groupe qu'on aime aussi beaucoup : Tonstartssbandht. Plus d'infos sur l'event FB.


Danny Oxenberg l’interview : de Supreme Dicks à Late Superimpositions

C'est à l'occasion de leur concert du 28 octobre à l’espace en cours que j'ai pu m'entretenir avec Danny et Bear. Danny Oxenberg est la voix maîtresse du groupe obscure et mythique Supreme Dicks. Bear Galvin est son pote, son alter ego. Ils viennent ensemble de sortir un sublime album sur le toujours excellent label helvète Three:four records. Late Superimpositions est un Grand disque, un effort fragile au groove hanté et d’une rare sincérité lo-fi ,les morceaux du duo y sont souvent dépouillés,apaisés, plus sereins bien que mélancoliques, loin des tumultes d’antan de Supreme Dicks.

Supreme Dicks fait parti de ces legendes brumeuses de la musique indé au même titre que Jandek. De leurs débuts étudiants au Hampshire College en 84 jusqu’en 1996, le mystère reste entier, quant au nombre de membres qui ont participé au projet, leur parcours et le mythe, le mystère est moindre quant aux collaborateurs et  admirateurs : Lou Barlow , Beck , Ariel Pink , Bonnie Prince Billy …La discographie est en revanche assez concise : trois albums entre 93 et 96 , trois EP et une compilation en 2011 chez jagjaguwar. Une reformation express en 2012 avec quelques dates aux Etats-Unis ( trois à South by Southwest ) et une à Paris en 2013 aux voûtes (voir)

Avant-garde, Expérimentale ou certains diront Post-Rock ,bref la musique est labyrinthique , l’arpège mou, la ductilité sonore et l’Art de sa déconstruction sont à rendre déprimé Derrida. Les titres sont tout aussi occultes : L’adoration de l’agneau mystique , cows of lights, Porridge For The Calydonian Boar…

Toutefois la communication avec Danny et Bear est très agréable et limpide, on parle d’à peu près tout malgré leur nervosité palpable. Du fromage de bourg-en Bresse où ils se rendent le lendemain, d’Isabelle Adjani en Adèle Hugo tourné en Nouvelle-Écosse pour Truffaut. Conversation en bonne compagnie puisqu’ Eric Chenaux (mon guitariste préféré au passage) est là mais aussi un des membres du collectifs de Sublime Frequencies

Le concert commence par une reprise de Simon and Garfunkel  qu’ils révèleront n’avoir jamais vraiment joué ensemble. A l’image de cette reprise le concert est assez bancale et pas toujours très bien accordé mais il s’agit probablement d’un des concerts les plus humbles et touchants auxquels j’ai pu assisté et, pour une première en duo et en public  c’est une superbe performance .

Entretien avec Danny Oxenberg

Pourquoi est-ce que cet album ne sort que maintenant ? Ce sont des nouveaux morceaux sur lesquels vous bossiez ensemble récemment ?

Why this album is released just now ? is it old songs or new material that you’ve been working on together recently ?

Pour moi, je dirais qu’il s’agit de nouveaux morceaux mais certaines personnes diront quand même que c’en est des vieux, si ce que je dis a du sens. Ouais, concernant le “pourquoi maintenant” y a pas de raisons spéciales si ce n’est l’encouragement de Maxime Guitton ( producteur du disque et homme impliqué dans la majorité des événements de grande classe de la vie culturelle parisienne )et Gaetan Seguin de Three:Four Records; et comme je disais , ce sont de nouveaux morceaux , tout du moins plus nouveaux que d’autres qui pourraient sortir à un moment ou un autre,  mais peut-être que pour nous nouveaux signifie des dix dernières années.

For me, i think it is mainly new material,  compared to way older material,  but for many this would still seem like old material to them,  if that makes any sense.   Yeah,  no special reason as to why now, except for the encouragement of Maxime Guitton and Gaetan Seguin at Three:Four Records..   And as i was saying, it is newer material,  at least newer material compared to even older stuff that could be released at some point, but for us perhaps newer material includes the last 10 years...

La reprise de Neil Young I believe in you  est sublime et sonne si naturelle qu’on croirait que c’est un de vos morceaux classiques, qui en a eu l’idée et pourquoi celle-ci plus qu’une autre ?

The Neil Young cover is incredibly beautiful and sounds so natural like it was a classic song of yours, who had the idea of it and why this one more than an other ?

J’avais l’idée de cette chanson, mais Bear est celui qui l’a faite sonnée comme elle sonne. Ma voiture me lâchait , et le pote d’un pote m’a vendu sa vieille Volvo 5  pour 1000 $ , avec un vieux lecteur dedans et plein de cassettes qu’il n’écoutait plus parmi lesquelles les “Decades” album de Neil Young et je me suis souvenu avoir écouté “After The Gold Rush” au lycée et d’avoir particulièrement aimé ce morceau qui raisonnait un peu avec ce par quoi je passais à l’époque.

Concernant la sonorité de notre version, oui merci , Bear a fait du super boulot en produisant , arrangeant et en jouant les instrumentalisations sur ce morceau et les accords Que ajoute un côté qualité hanté. En ce qui concerne ma voix je chante à travers un ampli avec un vibrato, ce qui nous faisait un peu marrer avec Bear sur le moment et si tu fais vraiment attention tu peux l’entendre sur le morceau.

I did have the idea for the song, but Bear is the one who made it sound the way it sounds.  My car was breaking down,  and a friend of a friend sold me their old volvo 5 speed station wagon for 1,000 dollars,  which had a cassette tape player in it,   and he left behind all of these  old cassette tapes, most i didn't listen to but one of them was the  "Decades" album, by Neil Young,  and i remembered listening to the "After The Gold Rush"  album in high school,   and always really liking that song,  Also at the time the song kind of related to some stuff that i was going through...

As far as the sound of our version,  yes, thanks, Bear did a great job arranging and producing and playing the instrumentation on that song, and the Que chord added a bit of a haunting quality.  As far as my vocal,  i sang through an amp with vibrato, which had me and Bear laughing a little bit at the time, which if you listen carefully, you can hear on the track...

Cet album est plus “joyeux” que tous les autres trucs enregistrés avec Supreme Dicks, il y a quelque chose de plus léger, c,était voulu ?

This is album is way happier than all the other stuff you did with Supreme Dicks, there is something lighter,was it something that you wanted ?

Je pense qu’avec Supreme Dicks , c’était plus la psyche des membres impliqués dans le groupe qui créait ce que certains appellent “une synergie négative” , mais pour nous , on essayait toujours de créer une énergie Orgone positive , pour combattre toutes les radiations d’Orgone néfastes autour de nous et du reste, ça parait particulièrement véridique ces temps-ci, mais meme en agissant de la sorte il ya toujours un côté obscure à affronter.

Concernant cet album, je ne dirais pas que c’est un disque joyeux vu que la majorité des morceaux parlent de ruptures, mais il y a quelques moments joyeux comme le Ping Pong Song, c’est un morceau plus gai…et la musique est probablement plus légère que certaines de Supreme Dicks.

I think with the Supreme Dicks,  it was just the psyches of the people involved that perhaps created what some have referred to as  "negative synergy",  but to us,  we were always supposedly just trying to create positive Orgone energy,  to combat all of the DOR (deadly Orgone Radiation)  around us and around everything, especially seems true these days,   but even in doing that there is always a darker side that must be confronted. 

As far as this new album, i wouldn't really call it a happy album, as most of the songs are about broken relationships, but there are a few happy moments,  the Ping Pong song,   that’s a happier song... and the music is perhaps lighter in mood than some of the Supreme Dicks music...

Pourrais-tu nous parler du titre de l’album et de sa pochette faite par Hippolyte Hentgen qui reflète assez bien l’ambiance et le mystère du disque

Could you tell us a little about the title of the record and it’s cover made by Hippolyte Hentgen that matches perfectly the mood and mystery of the recording.

Ah oui, j’aime vraiment leur artwork, et en fait , une fois qu’ils étaient d’accord pour faire le visuel c’était vraiment un honneur, c’est un des trucs qui m’a vraiment inspiré …… et je dois vraiment remercier Maxime, et biensur Gaelle et Lina pour ça.

Oh yeah,  i really love all of their artwork,  and actually, once they agreed to do the artwork that was such an honor,  that is one of things that really inspired me for  this album finally coming out when it did, and I really have Maxime, and of course Gaelle and Lina to thank for that...

Concernant "The ping pong song or (Happiness is a warm pong) » , est-ce que c’est vous qu’on entend jouer du ping-pong dans le fond ? Je crois que c’est le seul morceau métaphysique sur le ping-pong que je connaisse , d’où vient cette inspiration pingpongesque ?

Concerning "The ping pong song or (Happiness is a warm pong) » is it the two of you playing ping pong on the back ? I think it’s the only metaphysical ping pong song I know, where does the pingpong inspiration came from ?

Métaphysque, wow merci. C’est en effet moi et bear qui jouons dans le fond, sur une petite table de ping-pong qu’a Bear chez lui. C’est principalement le titre le plus enjoué et probablement le seul titre vraiment joyeux de l’album et c’est plus ou moins un morceau qui parle de ce qu’on faisait beaucoup à l’époque ; ce qui est toujours une de mes activités préférées, quand je ne souffre pas du dos; jouer au ping-pong, dans ce cas sur une table en extérieur près du Urthe caffe un endroit où je vais presque tous les jours pour boire du café. Donc c’est plus ou moins une histoire vraie sur les activités banales quotidiennes qui peut-être deviennent transcendantes. Peut-être y a t-il un aspect métaphysique à ça. Si il y avait une autre inspiration que celle de la joie de jouer du ping-pong je dirais que ce serait à l’image de mes morceaux preferés des années soixante-dix des Beach Boys qui ont pour sujet la banalité de la vie comme par exemple “Busy doing nothing” sur l”album “Friends”.

Metaphysical,  wow thanks. It actually is me and Bear playing ping pong on the track,  on this tiny ping pong set that Bear had at his house... Basically this one is one of the happier songs, maybe the only really happy song on the album, and its pretty much a song about what we were doing a lot at that time,  which is still one of my favorite activities, when my back is not hurting,  playing ping pong,  in this case at an outdoor ping pong table near the Urth caffe, a place i would go to to have coffee almost every day.   So it is pretty much a true story about mundane daily activities, perhaps becoming transcendent. Maybe there is a metaphysical aspect to that.   If there was an inspiration,  other than the joy of ping pong,  i would say it's kind of in the genre of some of my favorite Beach Boys songs from the seventies about mundane things in life, perhaps like one of my favorites from the"Friends" album "Busy Doing Nothing"...

Il y a sur “I thought I had dreamed of you » à 0:30 secs un son magnifique comme une flute , une scie musicale ou un théremine , qu’est-ce que c’est exactement ?

There is on "I thought I had dreamed of you » at 0:30 a beautiful sound like a flute , a singing saw or a theremin, what is it exactly ?

Merci, je pense que tu fais référence à une flute à coulisse.Il y a aussi un peu plus tard une flûte à bec sur ce morceau.

Thanks,  i think you are referring to the slide whistle.  There is also a recorder a little bit later on that track.

Il se peut que je sur interprète mais sur You can take a bird but you can't make it sing il y a ces quelques lignes qui pourraient parfaitement résumer l’honnêteté et la musique en générale de Supreme Dicks : « it’s such a atypical story, trading guts for glory »

I might overinterpret but on "You can take a bird but you can't make it sing » there are these lines that could stand perfectly for the honesty of Supreme Dicks and your music in general : « it’s such a atypical story, trading guts for glory »

Ouais je te remercie à nouveau, c’est une bonne observation. Je dirais que c’est une interprétation de l’expression : “ a vaincre sans péril, on triomphe sans gloire” mais c’est sensé signifier le contraire de ça, si ça a du sens. Et j’ai toujours pensé que cette chanson était un peu une métaphore de l’histoire des Supreme Dicks meme si ce n’était pas écrit intentionnelement. Je l’ai principalement écrite parce que j’ai rêvé d’une fille que je connaissais, qui assistait à son propre enterrement. Et j’ai eu une relation assez compliqué avec elle qui n’a abouti à rien. En fait ça semblait même moins que rien…un peu comme les Supreme Dicks ! Mais de manière générale je dirais que c’est une chanson sur le fait de désirer quelque chose qui n’arrivera jamais et de l’implication de la mort. C’était un peu comme les Supreme Dicks et d’une certaine façon la vie en générale.

Thanks again,  yeah, good observation.  I would say that it is a take off on the saying "no guts, no glory", but its meant to mean kind of the opposite of that, if that makes any sense.  And i've always thought of that song as a bit of a metaphor for the story of the Supreme Dicks, though it wasn't intentionally written that way.  I wrote the song mainly because i did have a dream about this girl i knew sort of coming from her own funeral.  And i kind of had a complicated relationship with her that pretty much led to nothing.  In fact it almost felt like less than nothing...  Kind of like the Supreme Dicks!  But in general i would say the song is about longing for things that never really happen,  and then death is involved as well.   Maybe that's kind of like the Supreme Dicks,  or just life in general in many ways. 

Vous vous retrouvez de temps en temps avec les Supreme Dicks pour des boeufs ? Doit on s’attendre bientôt à une reunion ?

Do you sometimes guys from Supreme Dicks catch up and play together ? should we expect a reunion soon ?

J’aimerais beaucoup à un moment enregistrer un dernier album des Supreme Dicks, si on parvenait à réunir certains membres, mais je ne crois pas que ça arrivera. Certains, la majorité, sont sur la côte Ouest et d’autres Est. Ou alors au moins sortir plus de nos “lost recordings”, ce qu’on pourrait aisément faire vu qu’on s’entend sur tout. Et à ce moment on pourrait faire une réunion même si ce serait dur de réunir tous les membres et de savoir même d’ailleurs qui ils sont vraiment.

I would really like to at some point record one last Supreme Dicks album, if we could get some of the people together,  but i don't know if it will happen.  Some of us are generally on the west coast,  and some on the East coast.   Or at least put out some more of our "Lost" recordings,  which we could easily do, assuming we can agree on anything.  And maybe we can do another reunion at that point, though it would be hard to get all of the members together, or for that matter to even figure out who they are.

Supreme Dicks est un groupe culte pour beaucoup de personnes mais aussi inconnu pour une grande partie , dirais-tu que c’est dû à son aspect trop expérimental et free ou ce serait une volonté de votre part de ne faire parti d’aucunes scènes  ?

Supreme Dicks is a cult band for many people but also unknown to a wider audience, would you say that it is because it’s too experimental and free or just because you never wanted to be caught in a « scene » ?

Question intéressante . J’ai toujours pensé que c’était parce qu’on ne vendait pas beaucoup d’albums. Mais pour répondre plus sérieusement, je dirais que dans un sens Supreme Dicks était un groupe culte bien avant de sortir des disques. Je dirais que c’est dû au fait que le groupe était constitué d’une bande de marginaux non conformistes qui se sont retrouvés ensemble par amitié et qui au final non jamais vraiment été musiciens. La plupart d’entre nous étaient ensemble en classe de philosophie et d’autres en classe de Cinéma.

Puis on a développé cette philosophie de célibataire Reichien végétarien qui est quelque peu expliqué dans Boxset booklet et on jouait et installait nos amplis un peu n’importe où sur le campus, pas une date de programmé, à cette époque on faisait juste de la noise avec nos guitares et amplis et sans aucuns effets. Souvent on accordait meme pas nos guitares où elles n’avaient que deux cordes, un truc du genre. Et c’était bien avant que l’un de nous découvre qu’il y avait un truc qui s’appelait la musique“noise”, meme si j’imagine que la scène No Wave de NY nous a influencé, mais on faisait vraiment quelque chose de nouveau avec le peu qu’on connaissait, et avec juste genre quatre ou cinq guitares et des percussions et parfois des gens qui frappaient des chaises ou des tables un truc du genre, on arrivait a sortir un son, des rythmiques complètement barrés. Et souvent on avait l’impression d’atteindre une sorte d’état de méditation transcendante et démente , proche de la trans ou de la méditation tibétaine. Mais peu de temps après l’extase ou avant, les officiers de sécurité du collège venaient nous couper le son, et alors il y avait normalement une énorme baston avec la sécurité, surtout avec l'un des membres de notre groupe qui méprisait particulièrement la sécurité, ils nous menaçaient de nous virer. Donc, d'habitude on avait environ une demi-heure de musique avant que la sécurité n'arrive, et bien sûr cela nous a jamais calmé,  alors une fois on a capté comment brancher nos amplis sur le toit du bâtiment du Cinéma, (Comme les Beatles dans le film "Let It Be"), de sorte que lorsque la sécurité venait pour nous couper , ils allaient à l'endroit habituel où on jouait à l'extérieur sous les panneaux solaires, mais ils ne pouvaient pas nous trouver ! Nous étions un peu bruyant bien sûr, donc ils pouvaient facilement nous entendre et étaient désespérés à l’idée de monter nous virer, mais en vain. Nous avons donc pu jouer un peu plus longtemps. Mais nous n'allions pas toujours à l'extérieur pour jouer, et souvent nous jouions dans notre "Mod" (module ou appartement) 51. Nous y jouions souvent pendant cinq heures d’affilés, avec des membres qui tournaient. Nous avons même une fois fait un jam de 72 heures autour de Thanksgiving. Je ne suis pas sûr que nous avons joué toutes les 72 heures, mais c’était tout comme. Nous avons également joué pour ce programme télévisé sur le campus, qui s’appelait «Voice of the Top Two», pour lequel nous avons joué un «Merde-a-thon pour l'Afrique du Sud», pour protester contre l'apartheid à cette époque et «Sperm- A-thon pour le Nicaragua "censé aider les Sandinistes avec leur révolution. Peut-être un an plus tard, à la même émission de télévision, Andy Hermann, notre joueur de Sitar qui était encore à l'école secondaire, s’est suicidé en direct dans le programme en buvant du cool-aid au raisin imprégné de cyanure, et nous avions aucune idée de ce qu'il allait faire, et même si nous étions des plus traumatisés par la situation, je pense qu'à bien des égards nous avons été les plus blâmés aussi, au moins par l’Université, qui n'a pas aimé ce que ça a fait à leur réputation. Toutes ces choses se sont produites probablement 5 ans avant que notre premier album, "The Unexamined Life", soit sorti ...

Interesting question.   I always thought it was because we didn't sell many records.

But to answer more seriously,  I would say in a sense the Supreme Dicks were sort of a cult band  way before we even put out any records.  I think this may be because the group was really just a bunch of perhaps non conformist misfits who sort of came together just as friends and in many ways we never really started as musicians at all.  Mainly Some of us were in philosophy classes together,  and some in film making classes.  And then we developed  this Celibate Reichian Vegetarian philosophy, which is somewhat explained in Boxset booklet, and we would play music around the campus just setting up our amps wherever, not at a scheduled show or anything,  and at that time,  we would just play like noise music with our guitars and amps,  but no effects or anything.  Often we would never tune the guitars, or they would just have like two strings on them or something.  And this was really before any of us really knew there was such a thing as "noise" music,  though i suppose the no wave scene in New York had its share of it,  but as far as we knew  we were just doing something totally new,  and with like four or five guitars and some percussion,  just often people hitting chairs or tables or something, we would come up with these totally alien rhythmic sounds, that often didn't even sound like guitars.  And often it would seem like we would achieve some sort of perhaps transcendent demented meditative state,  maybe trance like, or like Tibetan meditation.   But then soon after achieving that or maybe many times before,  the Security officers from the college would come to shut us down,  and then there would usually be like a whole fight with security, especially with one of the members of our group who particularly despised Security, and then they would so to speak pull the plug on us.     So usually we would get in about a half hour of music playing before Security arrived,  and of course this was never enough for us,  so one time we figured out how to plug in our amps, on the roof of the Film building,  (kind of like the Beatles in the movie "Let It Be"),  so that when Security came around to shut us down, they went to the usual spot where they would usually find us playing outdoors, under the Solar Panels,  but they couldn't find us!  We were somewhat loud of course, so they could easily hear us and were desperate to shut us down, but to no avail.    So we got to play a little bit longer that time.    But we wouldn't always go outside to play,  and often we would just play in our "Mod" (module or apartment) 51.  There we would often play for like five hours at a time, perhaps with revolving members.  We even once had a sort of legendary 72 hour jam around the Thanksgiving holiday.  I'm not quite sure we played all 72 hours,  but it sure seemed like it.     We also played on this campus wide TV show back then called "Voice of the Top Two", on which we played  a "Shit-a-thon for South Africa", to protest against apartheid at that time,  and also a "Sperm-a-thon for Nicaragua" supposedly to help the Sandinistas with their revolution.  Then maybe a year  later on that same TV show, our Sitar player,  Andy Hermann, who was still in High School at the time, tragically took his own life live on the show by drinking Cyanide impregnated grape flavored cool-aid,  which we had no idea he was going to do, and even though we were the most traumatized by the situation, i think in many ways we were the most blamed for it as well, at least by the College, who didn't like what it did to their reputation.   All of these things happened probably 5 years before our first album, "The Unexamined Life", even came out...

Ne penses-tu pas qu’en 2016 vous devriez changer le nom de votre groupe en Supreme Cunts pour être moins sexiste ?

Do you think in 2016 you should change your band’s name to Supreme Cunts to be less chauvinist ?

Oui peut-être, meme si je pense que Supreme Pussies nous irait mieux.

Yes, perhaps, though i think Supreme Pussies might be more appropriate for us...

Maxime m’a dit que bear travaillait sur une these et je me demandais qu’en était le sujet ?

Maxime told me that Bear was working on a thesis and I was wondering what was its subject about ?

Il obtiendra son Doctorat aux Pays-Bas fin Octobre, juste avant la tournée. Un truc assez pointu. Le titre c’est : “ Perception de l’amplitude de la modulation avec un ou plusieurs circuits chez l’auditeur doté d’un implant cochléaire.” La couverture est plutôt cool ( sa femme Lisa a fait le visuel ). Les implants cochléaires peuvent restaurer l’audition chez des personnes complètement sourdes, une sorte de miracle moderne. Ça fait vingt ans qu’il fait des recherches sur les implants cochléaires. De nombreux membres des Supremes Dicks ont participé à ses recherches, a écouté des simulations d’implants cochléaires. Curieusement on a tous une très bonne ouïe. Steve Shavel a même publié un poème basé sur l’étrangeté des mots qu’il entendait pendant ses recherches qui se trouve dans son livre : "How Small Brides Survive in Extreme Cold" chez Wave press...

He will receive his PhD in the Netherlands in late October, just before the tour. Pretty technical stuff. The title is: " Perception of amplitude modulation with single and multiple channels in cochlear implant listeners." The cover is pretty cool (his wife Lisa did the art work). Cochlear implants can restore hearing to people who are completely deaf, a sort of modern miracle. He's been doing cochlear implant research for about 20 years. Many of the Supreme Dicks actually participated in his research studies, listening to cochlear implant simulations. Strangely, it turned out that we all had very good hearing. Steve Shavel even published a poem based on his transcriptions of the strange words he heard during the research study, which is in his book of poetry called "How Small Brides Survive in Extreme Cold" on Wave press...

Mixtape

Supreme Dicks / Danny Oxenberg & Bear Galvin - Mixtape by Full moon Fuck

1. Arise! Life Giving Seagull Supreme Dicks ‎– Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
2. Cuchulain (Blackbirds Loom) Supreme Dicks - The Emotional Plague 1996
3. Blue Elephant Supreme Dicks - Breathing And Not Breathing 2011
4. The Forest Song (Or Especially When The October Wind With Frosty Fingers, Punishes My Hair) Supreme Dicks - Breathing And Not Breathing 2011
5. The Ping Pong Song Or ( Happiness is a warm pong ) Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016
6. Châteaux Banana! Parts XIII-XVI Supreme Dicks Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
7. Azure Dome Supreme Dicks The Unexamined Life 1993
8. California ( some may call ) Home Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016
9. Synaesthesia Supreme Dicks - The Emotional Plague 1996
10. Viva La Speedy Orgone Supreme Dicks Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
11. I Believe In You Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016