Who are you Night People Records?

Que ce soit les Peaking Lights (lire), Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches (lire), Ela Orleans (lire), Jennifer Baron de The Garment District (lire), ou William Cody Watson de feu Pink Priest (lire), nombreux sont ceux à participer à ce concert ininterrompu de louanges à l'adresse de Shawn Reed, instigateur et cheville ouvrière du label Night People - à l’œuvre depuis 2005 pour presque deux cents références - et moitié du duo Wet Hair qu'il forme avec Ryan Garbes depuis 2008. La liste est longue, donnant presque le tournis, de formations ayant eu le privilège de voir leurs compositions cornaquer esthétiquement par ce natif de l'Iowa, ancien étudiant des Beaux-Arts spécialisé dans l'estampe et la reprographie. Merchandise, Rene Hell, Uncanny Valley, Femminielli, Terror Bird, Blanche Blanche Blanche, Russian Tsarlag, Yves/Son/Ace, Blessure Grave, The Pheromoans, Dan Melchior, Naked On The Vague, German Army, Featureless Ghost, et plus récemment, Dylan Ettinger, Unhappybirthday ou Roladex... Si citer ceux-ci pêle-mêle exhaustivement ne rime à rien, sinon à niveler leur qualité et talent respectif par la juxtaposition nauséeuse, cela permet de saisir de quoi on parle à la lisière de ce qu'ils évoquent d’authentique : d'un engagement sans faille et permanent, à l'abri des circonvolutions cycliques et éphémères des modes, d'une éthique artistique ne brandissant pas le DIY autrement que comme un parti-pris et une nécessité, d'un modèle autonome et autogéré viable non sans effort économiquement, d'une volonté de révéler au plus grand nombre, sans pour autant se corrompre, des musiciens aussi barrés qu'inspirés, délayant à la marge leurs divagations psyché, kraut, post-punk, voir bruitistes et électroniques. Night People ratisse large, se jouant des étiquettes comme des nationalités - juxtaposant ainsi sur ses bandes magnétiques, patiemment dupliquées maison, expérimentations électro-noise chinoises avec Xiao Hong & Xiao Xiao Hong, garage punk US avec Lantern et pop synthétique dégénérée de Melbourne avec Fatti Frances - le tout selon une esthétique radicale et réfléchie, trouvant son inspiration dans la culture fanzine punk et érigeant chaque sortie - LP ou cassette - telle une œuvre d'art à part entière, accessible et diffusable. Surtout Shawn Reed se nourrit de son expérience de musicien crapahuteur - avalant les kilomètres en bagnole, dormant quelques heures par nuit l'arrache sur des matelas défoncés, le tout pour jouer devant un public clairsemé mais passionné aux quatre coins des États-Unis - pour conférer au label cette dose vitale d'humanité agissant tel un catalyseur d'émotion et de motivations : les rencontres, les échanges, les idées et les partages incessants se retrouvent tous, presque palpables, sans filtre, ronéotés sur les pochettes sérigraphiées de chaque sortie. Comment, à ce titre, ne pas mentionner le split Double Feature d'Ela Orleans et Dirty Beaches (lire) co-réalisé par La Station Radar (lire) et Night People ? Décidément, l'obstination à produire des disques n'est pas encore pour tout le monde au vingt-et-unième siècle qu'une question de blé - contrairement à ce que l'on aimerait nous faire croire (lire) - et peut encore s'affranchir de toutes autres considérations que celles amicales et artistiques. L'histoire que Shawn Reed a patiemment accepté de nous compter - la sienne - s'intime auréolée des oripeaux de l'exemple, par ailleurs agrémentée de la compilation Tape Gun, parue début 2014 et brassant deux années de nouvelles sorties, à télécharger et écouter ci-après, avec entre autres D. Vassalotti - échappé des excellents Merchandise - Idiot Glee ou Beat Detectives. Histoire d'enfoncer le clou, à défaut d'entamer notre intérêt, Shawn offre avec le morceau Endless Procession un long et sinueux extrait du prochain album à paraître cette année de Wet Hair, The Floating World.

Entretien avec Shawn Reed

by Dirty Beaches 2
Shawn, qui es-tu et quelles ont été tes premières expériences musicales ?
Shawn, who are you... and what were yours firsts musical experiences?

J’ai grandi à Muscatine, une petite ville industrielle au bord du Mississippi dans l’Iowa. Les racines de ma famille sont imprégnées par la culture rurale de cet État qui en est l'élément constitutif. Je me suis mis à la musique punk au collège en écoutant une émission de radio nocturne qui diffusait de la musique alternative. Au lycée, à la fin des années 90, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux. La vente par correspondance a joué un grand rôle dans ma quête de musique et de découvertes, c'était un lent processus, avant l'arrivée d'internet. En 99, je me suis retrouvé à l’école d’art de l’Université de Northern Iowa avec pour spécialités la gravure et l'estampe. Ce fut une période formatrice tant à l’école qu’en dehors : c'est à ce moment que j’ai rencontré des personnes clés qui m’ont aidé à consolider et façonner mon lien entre les musiques underground et l’art visuel. J'étais très proche de deux de mes professeurs d'estampes, Aaron Wilson et Tim Dooley. Ils m'ont imposé un haut niveau d'exigence s'agissant de mes productions en arts visuels et m’ont également fait découvrir des styles de musique plus arty en dehors des genres punk, hardcore et indie qui ont eu un grand impact sur mon approche tel John Cage, Can, Sun Ra, Throbbing Gristle ou Royal Trux.

Au même moment, avec tous les punks du campus, on a lancé un espace DIY dans un garage et on s'est mis à inviter des groupes en tournée pour venir jouer à Cedar Falls. Nos propres groupes ont ainsi commencé à partir en tournée et à sortir leurs propres disques. Créer un réseau au sein de la scène musicale DIY est ainsi devenu une partie de plus en plus importante de ma vie. J'ai découvert de nouveaux styles comme le free jazz, le psych-rock, le post-punk ou le krautrock tout en poussant mon art visuel dans des directions similaires, en allant aussi loin que je le pouvais en mêlant sérigraphies, textiles et sculptures. J'ai alors pris connaissance de la scène noise du début des années 2000, notamment Paper Rodeo de Providence, American Tapes du Michigan... J'ai contacté une galerie à New York qui travaillait avec de nombreux artistes que je trouvais intéressants. Malgré leur étonnement que je connaisse Little Cakes, les choses sont parties de là puisque j'ai exposé dans leurs galeries de New York et Tokyo avant qu'elles ne ferment. J'ai apprécié la plupart des personnes avec qui j'ai travaillé dans ce milieu mais globalement je ne m'y suis pas retrouvé. J'expose toujours mais pas avec cet engagement que j'ai pour la musique underground qui offre une autonomie et de réelles opportunités.

My name is Shawn Reed, I grew up in a small industrial Mississippi River town in Iowa called Muscatine. I grew up in the country and my family has deep roots in rural farming culture in Iowa which is the main historical back drop of the state and its economy. I got into punk music in middle school from listening to a late night radio station that played sub culture alternative music. In highschool in the late 90's I started playing in locals bands. Mail order became a big part of my experience trying to find music and check things out it was a slow pre internet process.  In 99 I ended up in Art school at the Univeristy of Northern Iowa for Printmaking. It was a formative time both in and out of school. I met some key people that would help solidify and shape my connection to underground music and visual art. I had two printmaking Professors I was very close to Aaron Wilson and Tim Dooley who set a high standard for what was expected from me concerning the visual art I was making and would go on to make. They also introduced me to some weirder and more arty music outside the punk/hardcore/indie context that had a big impact (John Cage, Can, Sun Ra, TG, Royal Trux etc).

At that same time a group of us local punks in college together at the time started a DIY space in a garage and began inviting bands on tour to come and play our small college town of Cedar Falls IA. It quickly led to our own bands starting to go on tours and to put out our own records and my formative years of networking in the DIY music scene became a bigger and bigger part of my life. I was finding out about more and music and got pretty heavily in to Free Jazz, Psych Rock, Post Punk, Krautrock etc. I was pushing my visual art in similar ways reaching out as far as I could doing instillation work that ranged from silkscreen to textiles and sculptures. Around that time I became aware of deep under ground art and music like the early 2000's Noise scene things like Paper Rodeo zine out of Providence RI, American Tapes out of Michigan etc. I had reached out to a gallery in NYC called Little Cakes since they worked with many artists I found interesting at the time. They in turn thought it was wild someone living in Cedar Falls Iowa knew about them and  things just went from there with me eventually getting invited into the Little Cakes family of artists. I ended up  showing at there their Gallery in NYC and Tokyo before the gallery eventual decided to close doors.  I had really enjoyed the main people I was working with in the gallery scene but overall I didn't relate to the context of it on a larger scale. I still show at galleries but haven't pursued it as much as I have working with underground music. I thought the music scene offered more organic and self directing opportunities and economy.

Night People Tapes

Peux-tu nous dire comment Night People a démarré et quelle était l’idée de départ ?
Tell us how did Night People started and what was the fundamental idea? 

Aux alentours de 2004, j'ai déménagé à Iowa City pour mes études et j'ai lancé Raccoo-oo-oon avec Daren Ho, un vieil ami rencontré dans les concerts à travers l'État. Mes anciens acolytes, Andy Spore et Ryan Garbes, se sont rapidement joints au groupe. On souhaitait jouer une musique libérée des carcans formels, entre écriture et improvisation, en utilisant tous instruments sur lesquels on mettait la main et avec Miles Davis, Can, Neu Suicide ou Sun City Girls comme principales influences. Après avoir fait tourner quelques démos, on a enquillé les dates tout en sortant divers CD-R et cassettes via WoodsistTime-LagRelease the Bats ou Not Not Fun. Jouer avec Raccoo-oo-oon a renforcé nos liens avec la contre-culture de l'époque et nous avons créé Night People Records pour soutenir les groupes avec lesquels nous traînions ainsi que pour mettre en valeur d'un point de vue créatif tout ce que nous faisions en dehors de Raccoo-oo-oon. L'économie du label a ainsi toujours été très liée aux tournées. Faire des concerts le meilleur moyen de promouvoir ses disques et de tisser des relations : la plupart des groupes du label sont des amis rencontrés en chemin. C'est Andy qui a trouvé le nom du label. Il veut dire au sens propre, plonger dans la musique jusqu'au bout de la nuit.

Pour prendre un exemple récent, mes amis de Merchandise sont venus en tournée à Iowa City. Après le concert nous nous sommes retrouvés chez moi à écouter des piles de disques jusqu'au petit matin, à parler de l'importance des sons et de ce que l'on pouvait s'apporter les uns aux autres. Cette nuit a scellé la décision de sortir sur Night People leur album malgré plusieurs autres offres provenant de labels plus importants et lucratifs. Au-delà de la musique, cela a trait avec un certain style de vie embrassant la musique et l'art : c'est le faire parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives au vu de l'amour et du désir que tu portes à ces choses-là.

Quand Raccoo-oo-oon s'est dissous avec les départs de Daren à New York et d'Andy à Los Angeles, j'ai décidé de m'occuper du label à temps plein afin de voir jusqu'où je pouvais mener l'aventure. Terminant mes études, ma vie était à un tournant. Raccoo-oo-oon est une part importante de ma vie et je voulais faire perdurer toutes ces relations établies grâce à cette culture faite de correspondance, d'échanges et de tournées. C'est à ce moment que j'ai embrayé sur Wet Hair, au départ comme un projet solo. Ryan a vite rejoint le projet histoire de donner plus d'intérêt à la démarche. Comme je ne voyais pas de réel futur dans le monde de l'art, pour ce qui est d'exposer et d'être dépendant des conservateurs et collectionneurs, j'ai choisi d'orienter encore plus fortement le label dans une direction visuelle propre. J'ai pensé que si je faisais tous les artworks du label et sérigraphiais tout à la main, cela créerait un modèle esthétique et une base pour un catalogue futur intéressant. L'aspect visuel du label aiderait à susciter une confiance et un intérêt pour celui-ci permettant de faire connaître des musiques obscures et inconnues par-delà le monde. Ma volonté fut de conférer au label une sorte d'aura, provoquant le culte et le désir de collection, tout en gardant un côté personnel afin que ceux qui achètent les disques s'emparent d'un objet incarnant l'amour et la dévotion que je ressens pour la musique et l'art présentés. C'est un moyen de rendre l'art accessible au lieu de vendre celui-ci dans une galerie à un prix exorbitant pour un public limité. C'est aussi un moyen pour combiner cet intérêt que j'ai pour le design et celui pour les rencontres et les organisations d'expositions.

Je voulais me prouver que je pouvais faire fonctionner le label de qualité en restant totalement DIY, et ce sans aucun soutien ou financement autres que ceux générés par le label lui-même. J'espérais aussi pouvoir faire connaître de nouveaux groupes plutôt que d'essayer de plaire à un public et des goûts pré-établis. Ce versant du label a été un succès. Des groupes comme Peaking LightsDirty Beaches ou The Twerps ont tous vu les avantages de ce procédé. Les aspects financiers du label sont difficiles, je me sens plus que jamais étranger au mode de fonctionnement traditionnel de la musique indie, de la presse et des labels. Je ne sais pas combien de temps le label pourra survivre mais je n'ai aucun doute ou regret à son encontre. Je voulais simplement amener un public vers une musique à laquelle je crois. Ça n'a aucun rapport avec l'argent ou la hype, c'est juste une question de maintenir la créativité et ce genre de relations positives et excitantes qui m'ont amené à créer ce label.

Around 2004 I moved to Iowa City for graduate school and ended up starting Raccoo-oo-oon with an old friend who I knew from going to shows around the state Daren Ho. My former allies going back Andy Spore and Ryan Garbes were soon added to the band as well. We wanted to play more free form music that bordered between being rehearsed and being improvisational  We used any instruments we could get a hold of. Early on Miles Davis, Can, Neu, Suicide, Sun City Girls etc where big influences.  After a demo cassette we sent around to friends and labels we started a heavy touring schedule and started releasing music on a variety of labels like Woodsist, Time-Lag, Release the Bats and Not Not Fun. Touring with Raccoo-oo-oon just lead deeper into the subculture of the time and we started Night-People Records as a way to document who we were playing with and hanging out with and also what we were all doing creatively outside Raccoo-oo-oon. The label became economically connected to touring and still is. Touring is a good way to get the merchandise on the road out in the world in an initial way and it helped make connections through trading etc. most of the bands the label has represented were friends met on the road. Andy came up with the name of the label, its basically just a literal thing, staying up late getting deep with music.

A recent example was when my friends Merchandise recently came through Iowa City on tour, after the show we ended up back at my place staying up late into the morning hours playing piles of records talking about music and life getting deep on the sounds and what we had to introduce to each other, that night settled Merchandise working with Night-People on there next record despite many offers for them from much bigger and lucrative labels. Its about the lifestyle of it, its about love of music and art, its doing it for the sake of doing it because you have no other choice because of the love and desire you have for it.

When Raccoo-oo-oon disbanded with Daren moving to NYC and Andy moving to LA I decided to take the label on as a full time project to see how far I could push it. I had just finished up graduate school and everything in my life was going through a big transition, Raccoo-oo-oon was a huge part of my life and I wanted to keep and continue the connections I was making through that lifestyle and culture relating to correspondence, trading, and touring. I had started Wet Hair around that time as a solo project Ryan quickly joined the band so we could keep pushing forward with making music and touring taking on very different approaches to music then Wet Hair in order to keep it interesting and cover more territory and interests. Because I didn't really see the right future in the art world as far as showing in galleries relying on curators and collectors etc.  I choose to aim the label even more into a distinct visual direction. I thought if I did all the design work for the label and silkscreened everything by hand it would create an aesthetic template and foundation for an evolving roster of interesting music. The visual side of the label would help create trust and interest in the label so that I could introduce new and obscure music from all over the world. I wanted the label to have a bit of a collector and cult feel but also wanted it to be hands on so thepeople buying the records were buying something that embodied the love and devotion I feel to the music and art presented. It was a way to put art into hundreds of peoples hands for cheap instead of selling it in a gallery for a lot of money with limited reach to an audience. It also combined my interest in design with my interest in meeting people and curating.

I wanted to prove to myself that I could do the label at a high level totally DIY without any backing or funding other then what the label could generate for itself. I hoped I could introduce new bands and music and shift taste towards them instead of trying to appeal to an audience or things that had already been established. I think that aspect of the label has been a success  bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, The Twerps etc have all seen the benefits of that process. The financial aspects of the label are very difficult, I feel more like an outsider then ever to the more mainstream way indie music, press, labels etc operate. I don't know how long the label will be able to survive but I don't have any doubts or regrets about it, I just wanted to help bring an audience to music that I  believe in, its not about money or hype its just about trying to sustain creativity and the kind of positive exciting connections that got me interested in doing a label in the first place.

Merchandise LP Front

Avec plus de 200 sorties au nom du Night People, comment juges-tu ton travail ?
With more than two hundred releases to your credit, how do you judge your work? 

Night People est un label maison. J’ai vécu dans la même baraque pendant neuf ans à Iowa City et le label faisait plus que partie des murs : la salle de répétition et l'atelier de sérigraphies se trouvaient dans la cave, mon salon me servait de bureau et de chambre d'écoute tandis que le grenier et le placard permettaient d'entreposer le matériel de livraison et la marchandise. Je restais la plupart du temps seul dans cette maison en essayant jour après jour de pousser le label, de continuer de le faire fonctionner et d'en améliorer tous les aspects. Je raconte tout ça au passé parce qu'après cette une longue expérience à Iowa City, où j'ai ressenti un lien profond avec la musique et l'art, j'ai décidé de partir. Suite à une récente tournée avec Wet Hair et Merchandise, certaines choses ont changé dans ma vie et j'ai décidé d'arrêter de vivre dans une petite ville étudiante. J'ai vécu une année à Minneapolis et désormais je réside à Saint Paul dans le Minnesota. Indépendamment de ça, le label continue et je travaille sur de nouvelles sorties.

Il m'est difficile de dire comment je juge mon travail. Il y a des choses que je veux toujours améliorer comme l'efficacité, répondre aux mails plus rapidement, être plus rapide pour tout l'assemblage... C'est dur parce que c'est tellement prenant, je double des centaines de cassettes par mois, imprime des milliers de pochettes de disques et gère un nombre hallucinant de mails ou de courrier, c'est vraiment difficile de tenir le rythme tout en s'en sortant à peine financièrement. La partie financière est la seule qui m'angoisse vraiment, j'adore le travail même quand c'est vraiment fastidieux.

En ce qui concerne mes designs et la musique que je produis, c'est juste l'expérience et la confiance que j'ai dans mes goûts, en plus de mon instinct. C'est vraiment juste une question de confiance en soi et de ressenti de la musique et de l'art. C'est plus une question de sensation qu'une réelle décision.

Its a house label, I had lived in the same house for 9 years in Iowa City and the label was part of the house itself in a way. I had the band rehearsal space and silkscreen studio in the basement. The dinning room was my office and listening room. The attic and closest held shipping material and merchandise. For the most part it was just me sitting in the house in Iowa City day in and day out trying to push the label and keep it going and make it better on all levels all of the time. I say that all in past tense because after a long haul in Iowa City and a deep connection and outward of expression of myself towards music and art there I have decided to leave. Following a recent tour with Wet Hair and Merchandise some things changed in my life and I decided to finally get out of living in a small college town and am now living in Saint Paul after one year in Minneapolis. Regardless the label is still going and I am currently working on new releases.

Its hard to answer how I judge the work. I know there are things I always want to be doing better like efficiency of the operation, getting the mail out quicker, getting faster at all the assembly etc. Its hard because its so hands on, I dub hundreds of tapes a month, print thousands of records sleeves and deal with crazy amounts of emails and physical mail its really hard to keep up with while still barely getting by financially. The financial part is the only thing that really stresses me out, I love the work even it it is very tedious.

As far as judging my designs and the music I am releasing its just experience and trusting my taste and gut instincts. Its really just having confidence and feeling the music and art. Its more of a feeling then a decision really.

Comme musicien et propriétaire de label, le DIY a donc une influence déterminante sur ton travail...
As a musician and a label owner, the DIY have a strong influence on your work...

Je ne revendique rien en faisant les choses avec des méthodes DIY, c'est avant tout par nécessité. Ceci dit je souhaite avoir le contrôle et être impliqué au maximum. Le DIY a donc un aspect pratique et une organisation que j'aime. Si tu disposes de toute une pile de disques ou cassettes Night People, cela rend vraiment bien, comme une œuvre d'art. En ce qui concerne la musique, je tente d'être éclectique tout en créant des liens. D'une manière ou d'une autre, je crois que cela fonctionne. Comparativement à d'autres labels, Night People est un projet artistique : je le vois telle une famille d'iconographie visuelle et de groupes avec lesquels je travaille en constante évolution. Je me sens très proche de courants esthétiques tels ceux de Push Pin Graphic, la Factory d'Andy Warhol, Sun Ra et plus encore des projets punks comme celui uniforme de Crass. Je ne peux me résoudre à compromettre ce travail graphique dans le but de vendre ou de rendre les choses plus faciles. Le DIY reste la toile de fond.

I don't have any real political points I am trying to make by doing things in a DIY way, its mostly out of necessity but its also because I want to have control and be really involved with the label, I like it being hands on and very curated in the way that it is. If you lay out a pile of NP releases all together it looks really nice like one big work of art. I try to have a lot of variety in the music but somehow present links between it all, I think it works for the most part. I think Night-People is a bit more of an art project then a lot of other labels, its like an evolving family of visual iconography and bands that I work with. I very much relate to groups like the Push Pin Graphic aesthetic or Andy Warhol's Factory, the Sun Ra band family, even more punk things like the Crass aesthetic and uniformity  I can't bring myself to compromise aesthetics for sales or to make things easier and so DIY is the backdrop of that I guess.

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

L'unique ligne directrice est que tout les artworks sont sérigraphiés par mes soins. Ryan et Justin de Wet Hair m'aident de temps à autres avec des éléments visuels. On travaille si bien ensemble que l'esthétique est vraiment homogène. Au début, certains des groupes participaient à leur direction artistique mais j'essaie de rester le graphiste principal - si ce n'est le seul. Je peux imaginer un jour abandonner la sérigraphie des albums en faveur de designs plus élaborés mais je n'y suis pas encore. J'étais très fier du design de Spill Into Atmosphere de Wet Hair et j'imagine éventuellement Night People prendre le même chemin mais pour l'instant je veux conserver le côté artisanal et la sérigraphie. Tout est principalement réalisé à la main par le biais de techniques de reprographie.

The only guideline thus far is that everything is silkscreen and all art is done by me. Ryan and Justin from Wet Hair help with visual things at times since we collaborate a lot, we work so well together that its really seamless aesthetically. Early on some of the bands contributed to there own art but I try to keep it where I am the principle designer if not usually doing all the design. I could see at some point not silk screening the records in favor of being able to have more elaborate designs but I'm not quite there yet. I was really proud of the Wet Hair Spill Into Atmosphere design and I could see Night-Peoplegoing that way more potentially but for now I want to keep it hand made and silk screened.  All the design is done mostly by hand with heavy use of a sort of xerox aesthetic.

Quelle est la création dont tu es le plus fier ?
What is the release you are the most proud of?

Imaginary Falcons de Peaking Lights a été une sortie particulière. Ce sont de bons amis, je les ai rencontrés à une période de ma vie où j'étais déprimé. Ce sont des personnes fantastiques, je leur porte en tant que personne et en tant que groupe une estime sans égale. Je croyais en Imaginary Falcons quand bien même personne ne les voyait avoir le succès qu'ils ont maintenant. Je l'ai perçu dès le premier jour et je suis simplement heureux d'avoir pu travailler avec des personnes si formidables et un groupe aussi unique.

http://www.youtube.com/watch?v=olvMFWqbY4Q

Plus récemment, Personality Matrix de Featureless Ghost fait partie de mes fiertés. Ce sont aussi des personnes géniales et le vinyle sonne bien. J'espère que les gens les soutiendront, le groupe est doué sur scène et rend si bien sur disque. C'est un groupe spécial.

http://www.youtube.com/watch?v=YTmG9md0rzc

L'album Total Nite de Merchandise, sorti en avril 2013, est une autre sortie importante. Les membres de ce groupe ont fait preuve de tant d'amour et de confiance en choisissant de travailler avec Night People plutôt qu'avec tous les autres label qui voulaient sortir ce disque. C'est un super album, magnifique pour un enregistrement maison. Il y a quelque chose à la fois d'épique et qui te fait te sentir tout petit. Nous partageons une communauté d'esprit, s'agissant de notre amour pour la vie et de cette ferveur à rester fidèles à nous-mêmes, rester indépendants sans céder aux pressions extérieures merdiques, jouer comme on l'entend et pas l'inverse. Ils comprennent l'essence du label, le fait qu'il instigue une évolution constante tout en conservant ses fondations esthétiques initiales. Wet Hair et Merchandise sont très proches. Avec certains groupes, Night People représente une famille. Si tu parles à aux membres de Peaking Lights, Dirty Beaches ou Merchandise ils ne te diront pas autre chose. Total Nite a poussé l'esthétique visuelle encore plus loin et je suis très fier du résultat final.

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4

Peaking Lights Imaginary Falcons was a special release, they are good friends, I met them at a time in my life when I was often depressed and they really are such fantastic people that I have a lot of love and admiration for them and the band. That was a release I just really believed in and I think a lot of people wouldn't see a band like them becoming as popular as they are now but I saw it from day one so I'm just happy I could have some part in working with such great people and such a great unique band.

Featureless Ghost Personality Matrix recently is a release I can really get behind, they are great people too and the vinyl sounds so good, I hope people get behind that band because they are so good live and it translates so perfectly to vinyl, I just think they are a special band right now.

The Merchandise record that came out in April 2013 was another big one, the members of that band showed the label so much love and trust picking Night-People to work with over so many other labels that wanted to release this record. Its also a great record, really stunning as a home recorded document, there is something both epic and humbling about the sound presented. Its really just about the connection we both have to the love of life itself and how both the band and myself have such devotion to sticking to your spirit and doing what you want and trying to not give into shitty outside forces making them come play on your terms not the other way around. They get the idea of the label and what it is, how its about constant change but somehow maintaining the core foundation of the identity/aesthetic and how it is presented. Wet Hair and Merchandise are close, Night-People in ways is like a family with some of the bands, I think if you talk to bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, Merchandise etc. they would say the same thing about it. The Merchandise record pushed the visual of aesthetic further as well and I am very proud of the overall product of that record.

Peux-tu nous expliquer l’histoire commune que tu as avec Peaking Lights ?
Could you explain to us your common history with the band Peaking Lights?

Aaron et Indra ont déménagé de San Francisco à Madison qui est à environ quatre heures d'Iowa City. Ils ont joué un concert à Iowa City que j'avais organisé et nous sommes immédiatement devenus très bons amis. Ce sont des personnes géniales et on a beaucoup en commun, en termes de goûts musicaux et de vision du monde. Notre amitié s'est bâtie à partir de ça. Wet Hair est parti en tournée avec eux, Night People a sorti plusieurs de leurs disques. Nous sommes toujours en contact et je fais en sorte de les voir dès que j'en ai l'opportunité. Ils me manquent vraiment depuis qu'ils sont partis à Los Angeles. Je pourrais disserter pendant des heures sur eux et leur groupe.

Aaron and Indra moved from San Francisco to Madison WI which is about 4 hours from Iowa City. They played a show in Iowa City that I put on and we just became really good friends immediately. Its just one of those things, they are greatpeople and we have a lot in common with the music we like and how we feel about the world so the friendship just grew from there. Wet Hair has toured with them, NP has put over several releases by them, we still talk often and any chance I get to see or hang out with them I make extra effort towards. I've really missed them since they moved to LA. I could talk endless about how great of people they are and how good their band is.

Peux-tu nous en dire plus sur le mystérieux Lazy Magnet ?
Can you tell us more about the mysterious Lazy Magnet?

Lazy Magnet c'est Jeremy Harris. Harris est un vieil ami de tournée, on se croise deux fois par an. Il a habité Providence pendant longtemps. Ça fait plus de dix ans qu'il fait Lazy Magnet, un projet en constante évolution. Son autre groupe, Meager Sunlight est vraiment pas mal aussi. Harris est une des personnes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est un vétéran de la route et il a une capacité folle à s'extraire de tous les problèmes. C'est très inspirant de voir quelqu'un se persévérer ainsi année après année et dont les créations deviennent de plus en plus abouties.

Lazy Magnet is Jeremy Harris. Harris is an old tour friend, we seem to run into each other a couple times a year. He lived in Providence a long time. He has been doing Lazy Magnet for over 10 years and its constantly changing and evolving. Meager Sunlight his other current band is really great too. Harris is one of the most interesting people I have ever met, he's a true road warrior and just keeps pushing through any problems that come up in life etc. It just inspiring to see a person stick to it year after year and get better and better at what they are creating.

wet hair - spill into the atmosphere

Après le magnifique Spill Into Atmosphere, quelle sera la suite pour Wet Hair ?
After the gorgeous Spill Into Atmosphere, what will happen next for Wet Hair?

Pour le moment nous nous reposons un peu tout en travaillant à notre nouvel LP qui s'appellera The Floating World et qui sortira courant 2014. On rentre juste d'une tournée avec Merchandise. Je pense que ces morceaux sont nos meilleurs à ce jour, ils ont une structure plus complexe que tout ce que nous avons fait auparavant avec plusieurs couches de mélodies et de grooves entrelacés. Je ne sais pas si cela plaira mais nous aimons vraiment ce sur quoi nous bossons. Ce sera notre sortie la plus originale, allant plus loin dans des aspects musicaux compliqués à décrire.

We are chilling out right now, working slowly on new material and recording it as we go. We just did a tour with Merchandise. I think these new songs are our best yet, they are more structurally complex then anything we have done, there are many layers of melodies and grooves going in and out of each other in these new songs in a way I find interesting. I don't know if any one else will get it but we really love the new stuff we are working on and I think its our most original sounding material to date, I think it goes further into aspects of our sound that are hard to describe.

Quel est le futur proche pour Night People ?
What’s in the near future for Night People?

Je vais continuer à promouvoir le LP Totale Nite de Merchandise, je travaille sur la réédition d'un LP Deep Freeze Mice en plus d'un nouveau LP de The Garment District. En plus de beaucoup d'autres cassettes.

I'm going to keep pushing the Merchandise Totale Nite LP, I am working on Deep Freeze Mice reissue LP in the works, an LP by the Garment District and plenty more cassettes to follow that.

Mixtape

V.A. - Tape Gun Compilations (Night People / Download)

01. Roladex - Cathode Rays
02. Dice Parks - Eurobot
03. Unhappybirthday - Himutsu
04. Beat Detectives - Your Love
05. Fingers Pty Ltd - Local Park
06. Fatti Frances - Slow
07. Boy Friend - Labyrinth
08. Some Ember - Wave of Fear, Wave of Joy
09. Regional Curse - Traditional Ascension
10. Dead Channel - Subterranean City
11. Cellophan Spill - Season 3
12. Dylan Ettinger - Juice
13. Tender Meat - Sweet & Sour Diesel
14. D.Vassalotti - Swallow My Pride
15. The Savage Young Taterbug - Disc Jockey Inside Corona Bottle (featuring Spacey Tracey)
16. Sleepy Filter - The Name
17. The Ukiah Drag - Silver Mint
18. Idiot Glee - Position A


Who are you Mecanica Records?

On connaissait les labels américains scrutant les limbes de la musique cold européenne pour en ressortir ses trésors oubliés, à la fois dépoussiérés et remastérisés, tels Minimal Wave (lire) et Dark Entries (lire), avec Mecanica Records on s'éprend désormais d'un label mexicain faisant vivre la synth-wave contemporaine du vieux continent. Jeune maison de disques fondée il y a moins d'un an par César Moscoso, et comptant parmi ses rangs le duo germano-anglais Lebanon Hanover, celui grec de Selofan, l'italienne Tying Tiffany, en plus des berlinois de 77tm et des polonais d'Alles, auteur respectivement en avril des huitième et neuvième référence de la structure avec le 12" Spam et le LP cassette PostMecanica, extension d'un magasin de disques du même nom entre Mexico et Los Angeles, vient de frapper un grand coup le 3 février dernier avec la parution d'un album de remixes de Lenses  (lire) - l'ultime LP de Soft Metals paru en juillet 2013 sur Captured Tracks - comptant Silent Servant, Bryan Zentz, Jesse Ruins, Marbeya Sound, Tying Tiffany, Bestial Mouths, L-Sedition et Sumergido au tracklisting. A deux mois d'un concert des Lebannon Hanover à l'Espace B (Event FB), rencontre avec César Moscoso et mixtape exclusive.

Entretien avec César Moscoso

Cesar2Comment le label Mecanica a-t-il démarré ? Par ailleurs, pourquoi ce nom ?
Tell me how did Mecanica as label get started? Moreover, why this name?

L'idée de Mecanica est venue spontanément après avoir parlé avec Lebanon Hanover de represser leurs deux premiers albums en Amérique. Le nom vient du magasin de disque dont je m'occupais à Mexico pendant presque 12 ans, Mecanica Records. Je voulais les réunir et faire marcher les deux ensemble.

Mecanica started as a spontaneous idea after talking with Lebanon Hanover about repressing their first two albums in America. The name is related to my record store I‘ve been running in Mexico City for almost 12 years, Mecanica Records. I just wanted to bring this together and to feature one with the other.

Le label a un an. Pourrais-tu nous indiquer les dates clefs de cette aventure ?
The label is one year old. Could you point to us the key dates of this adventure?

Oui. Notre premier anniversaire aura lieu en juin. La date la plus importante est sans aucun doute celle où j'ai reçu le test pressing de la première sortie et plus tard, quand j'ai eu toutes ces énormes boîtes remplies des disques de l'usine de pressage.

Yes. The first anniversary will be in June. Definitely the biggest date was when I received the test pressing for the first release and later when i got all these heavy boxes packed with own records from the pressing plant.

Quels genres de labels t'ont inspiré dans ton approche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

Clairement les même labels qui ont façonné mes goût musicaux par le passé comme WaxTrax! Records et 4AD, mais j'ai également été directement inspiré par des labels récents ou d'amis comme Fabrika Records (Grèce) et Aufnahme + Wiedergabe (Allemagne).

For sure those labels that shaped my music taste in the past like WaxTrax! Records and 4AD, but I got  direct inspirations from some new and friend‘s labels like Fabrika Records (Greece) and Aufnahme + Wiedergabe (Germany).

D'après toi, quels artistes ont sculpté l'histoire récente du label ?
According to you, what artists shaped the recent history of the label?

Tous les artistes ont un rôle important dans le label. Chacun d'entre eux m'a aidé à démarré et faire fonctionner les choses. Lebanon Hanover et Selofan m'ont encourager à faire du rêve la réalité, Tying Tiffany à continuer de rêver et maintenant Soft Metals à l'emmener à un niveau supérieur. J'espère rencontrer d'autres superbes artistes/amis dans le futur.

All artists has an important role on the label. Each one helped me to start and keep things moving. Lebanon Hanover and Selofan supported me to make the dream come true, Tying Tiffany to keep on dreaming and now Soft Metals to take it to a higher level. I hope i will meet some more similar great artists / friends in the future.

Lebanon Hanover

Quelle est la ligne artistique du label ? Y a-t-il une esthétique musicale, un concept que tu essaies de garder à chaque sortie ?
What’s the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Il n'y a pas de ligne directrice. Je me fie à mes propres goûts et mes préférences en musique.

There is no guideline. I just follow my own tastes and personal preferences in music. 

Les groupes viennent d'Europe ou des US. Comment les choisis-tu ?
The bands come from Europe or USA. How do you choose them? 

De partout : USA, Italie, Allemagne, Grèce, Pologne, etc. C'est intéressant de travailler avec des groupes qui viennent de lieux divers, ont des styles musicaux et des points de vues différents. Il y a toujours une amitié qui se crée avec les groupes. C'est mieux de travailler avec des amis plutôt que de ne penser qu'au business.

From everywhere: USA, Italy, Germany, Greece, Poland, etc. It's interesting to work with bands from different places, musical styles and points of view. There is always a friendship with the bands. It's better to work with friends than just do it for business.

Pourrais-tu nous présenter ces groupes, comme Lebanon Hanover ou Selofan ?
Could you present to us these bands, like Lebanon Hanover or Selofan? 

Les deux groupes sont les premiers du label et font partie de la famille Fabrika Records. Lebanon Hanover est le projet de Larissa Iceglass et William Mybelline. Ils viennent d'Europe et leur musique est à la fois très froide et pleine de chaleur. Ils ont pris le meilleur de groupes tels que X-Mal Deutschland, Grauzone et Malaria tout en y ajoutant leur touche personnelle.

Selofan vient de Grèce. Un homme et une femme qui créent ensemble des sons de minimal, bizarres et froids. Des morceaux de synthés analogiques avec des paroles barrées. Leur premier album, Verboten est déjà sold-out en Europe et nous sortons maintenant une version CD avec 7 titres bonus.

Je veux aussi mentionner Tying Tiffany, un artiste extraordinaire de Bologne en Italie. J'ai sortie son EP One l'année dernière et son nouvel album Drop a dix morceaux du meilleur de l'électro-pop, vous devriez l'écoutez.

Both bands were the first ones on the label and are part of the Fabrika Records family. Lebanon Hanover is the project of Larissa Iceglass and William Maybelline. They are from Europe and their music is very cold but also full of warmth at the same time. They catched the best of bands like X-Mal Deutschland, Grauzone and Malaria and added their very own caracteristics.

Selofan comes from Greece. A man and a woman creating weird, minimal and cold sounds together. Analog synth tracks with insane lyrics. Their debut album, "Verboten", is already sold-out in Europe and now we are releasing a CD version with 7 bonus tracks.

I also want to underline Tying Tiffany, an amazing artist from Bologna, Italy. I released her EP ‘One‘ last year and her new album "Drop" has 10 songs of electronic-pop‘s finest, you should check her out!

Dis-nous en plus de ta prochaine sortie de Soft Meltals, Lenses Remixes...
Tell us about your next Soft Metals release, Lenses Remixes... 

C'est clairement notre plus grosse sortie parce que je suis impliqué depuis le début, depuis les demandes de remixes aux artistes jusqu'aux derniers détails de la pochette et de la distribution. Chaque remix est un vrai chef d'oeuvre : Silent Servant, Bryan Zentz, Jesse Ruins, Marbeya Sound, Tying Tiffany, Bestial Mouths, L-Sedition et Sumergido. Je suis très fier de sortir ce disque et de collaborer avec eux dessus.

This is for sure our biggest release because I was involved since the very beginning asking artists for remixes until the lastest details on the artwork and distribution. Each remix is a true masterpiece: Silent Servant, Bryan Zentz, Jesse Ruins, Marbeya Sound, Tying Tiffany, Bestial Mouths, L-Sedition and Sumergido. I'm very proud to release this record and to collaborate with them for it.

Soft Metals

En 2013, Mecanica a sorti 5 disques. En tant que patron de label, est-ce-que le DIY a une forte influence sur ton travail ?
In 2013, Mecanica it's 5 records. As label owner, does the DIY have a strong influence on your work?

Le DIY est obligatoire. Le label n'est constitué que de moi-même qui travaille main dans la main avec les groupes. Tu dois tout apprendre du mastering au graphisme en passant par la promotion et la distribution. J'espère travailler encore plus selon le mode DIY dans le futur, en particulier en ce qui concerne la direction artistique et les jaquettes.

DIY is mandatory. It's just me on the label working hand in hand with the bands. You need to learn everything from mastering and graphic design to promotion and distribution. I hope to work even more DIY in the future, especially around artwork and sleeves.

En quoi consiste le futur proche de Mecanica ? Peux-tu nous présenter une des prochaines sorties ou un projet secret ?
What’s the near future for Mecanica? Can you present any of the new releases or secret project?

Tu trouveras quelques morceaux de nouveaux groupes du label sur la mixtape que j'ai eu le plaisir de faire pour ton webzine.

You will find some songs of new bands on the label as part of the mixtape i had the pleasure to do for your webzine.

Peux-tu nous présenter la mixtape que tu as faite pour nous ?
Can you present the mixtape you made for us?

J'ai séparé la mixtape en 3 parties. Le "Passé" avec les premiers groupes du label (Lebanon Hanover, Tying Tiffany, Selofan), le "Présent" avec les sorties actuelles (Soft Metals, Selofan) et le "Futur" avec des groupes et des projets que nous sortirons tôt ou tard.

I split the mixtape in 3 parts. "Past" with the first bands on the label (Lebanon Hanover, Tying Tiffany, Selofan), "Present" with current releases (Soft Metals, Selofan) and "Future" with some bands and projects we are going to release sooner or later.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Mixtape


Who are you Genjing Records?

Genjing RecordsMan Without A Name évoque dès les premières secondes le shoegaze et les guitares fuzzy de Jesus And Mary Chain. Pourtant, Dear Eloise, compositeurs de ce tube frais et racé, ne sont pas d’Écosse mais de Pékin. Cette découverte était donc l’occasion parfaite pour s’intéresser de plus près à cette scène chinoise aussi discrète que passionnante.

Le rendez-vous est pris avec Nevin, créateur du label des premières sorties de Dear Eloise, Genjing Records, pour en apprendre un peu plus sur sa structure mais aussi sur la scène underground chinoise, playlist à l’appui. Ce jeune Américain vit en Asie depuis 1999 et à Pékin depuis 2005. Après avoir joué dans deux formations chinoises, il devient programmateur du D-22, une salle de Wu Dao Kou et lance quelques années plus tard Genjing Records, dont les sorties commencent à faire de plus en plus de bruit. Rencontre avec ce fervent acteur d’une scène musicale en pleine éclosion.

Entretien avec Nevin Domer

Nevin Domer2Peux-tu revenir en quelques mots sur la création du label et tes motivations ?

J’ai créé le label en 2010. À la base, c’était l’occasion de sortir les 7’’ de mon propre groupe, Fanzui Xiangfa, puis j’ai réalisé que je pouvais le faire pour d’autres artistes chinois. Ma motivation première était d’aider les groupes chinois à tourner à l’étranger. Le public européen et américain n’achète plus vraiment de CD ; tout groupe doit sortir un vinyle s’il veut vendre sa musique et laisser une marque.

Genjing Records est un label très DIY dans sa relation avec les artistes : nous n’avons pas de roster à proprement parler. Nous signons des deals en « one shot » où les artistes gardent tous leurs droits. Je vois plus Genjing comme un curateur de la musique chinoise que comme un label à proprement parler.

On entend très peu parler de la scène underground chinoise ; peux-tu nous en dire un peu plus sur elle ?

La scène underground chinoise est vraiment excitante et en bonne santé ; il y a de plus en plus de groupes, de salles et de promoteurs mais seulement une poignée de labels. Musicalement, le niveau est vraiment bon mais les artistes comptent énormément sur les labels et les managers pour gérer leurs « business ». L’un des objectifs de Genjing est d’essayer de changer cette idée et de soutenir l’idée que les groupes peuvent gérer leurs carrières seuls, sans se reposer uniquement sur les partenaires habituels.

Penses-tu que le nombre de labels va augmenter ?

Il y a de plus en plus de groupes dans tous les coins du pays et je pense que de plus en plus de labels vont émerger. Mais j’espère que la scène va aussi développer sa propre définition du DIY, et que des groupes vont émerger en toute indépendance.

Seuls les groupes « marketés » s’en sortent en Chine et pour que les groupes puissent évoluer à long terme, il est impératif qu’une économie plus DIY et underground se développe.

Les jeunes groupes doivent créer leurs propres structures qui leurs permettront de se développer selon leurs propres termes et ne pas rentrer dans la logique économique de beaucoup d’infrastructures chinoises. Celles-ci ont coûté la carrière de plus d’un groupe.

Tous les labels ne sont pas mauvais mais la Chine est à un tournant où cette indépendance doit être développée. Je ne sais pas vraiment à quoi cela va ressembler mais c’est passionnant d’observer cette construction.

Quelle est la réaction des médias chinois face à cette scène underground ?

Les radios et la télévision sont toujours contrôlés par l’État et encore loin de diffuser tout ce qui touche à la culture émergente. Il y a toujours des lois interdisant la diffusion de la musique rock sur les ondes. Mais certains programmateurs essayent de contourner celle-ci, jouant sur le flou de la définition du genre rock. Ce qui est appelé rock en Chine correspond uniquement à ce que les autorités n’aiment pas et interdisent. Je conseille d’ailleurs de lire une interview de Jonathan Alpart sur Slinkrat qui donne plus de détails (lire).
Certaines stations, même gérés par l’État, deviennent cependant de plus en plus commerciales. Elles diffusent tout ce qui marche ; on peut donc imaginer que si la scène indie continue son ascension, elle pourrait rapidement se voir diffusée sur les ondes.

Dear Eloise

Penses-tu que l’émergence de cette scène underground est due au développement économique du pays ?

J’attribuerais ça à plusieurs facteurs et la croissance économique est certainement l’une d’entre elles. La youth culture a explosé à Beijing après les Jeux Olympiques ; de plus en plus de personnes jeunes ont commencé à gagner un salaire suffisant et à avoir assez de temps libre pour s’adonner à de nouvelles passions. Les jeunes Chinois sont également incroyablement exposés à la culture étrangère via Internet et ont de plus en plus l’occasion de voyager. Toutes ces découvertes alimentent la scène underground et l’aident à se propager extrêmement rapidement.

Combien de vinyles presses-tu pour chaque sortie ? 

Hélas, les derniers presseurs chinois ont fermé au début des années 80 ; je fais donc presser mes vinyles à l’étranger, soit aux États-Unis, soit en Europe. Je fais des pressages de 500 exemplaires et les points de vente varient selon chaque sortie. Certains groupes comme Fanzui Xiangfa, Gum Bleed et Demerit vendent la plupart de leurs vinyles quand ils tournent à l’étranger. D’autres groupes organisent des « release party » et incluent le 7’’ avec le ticket d’entrée. Ils écoulent alors 200 exemplaires très facilement. Ensuite, ça dépend vraiment. Certains disques retiennent l’attention de disquaires particuliers - comme aQuarius à San Francisco - et s’écoulent donc plutôt à l’étranger, alors que d’autres se vendent bien mieux en Chine. Le vinyle est plutôt récent pour la scène rock locale, mais gagne en popularité extrêmement rapidement.

Comment arrives-tu à promouvoir les artistes Genjing et tes sorties en dehors des frontières chinoises ?

J’essaye de travailler avec des groupes qui cherchent à gagner un public à l’international. Je ne suis manager d’aucun groupe et compte principalement sur l’artiste pour faire la promotion de sa sortie.

Je m’occupe du pressing et de la distribution comme un service, mais je ne prends aucun droit sur la musique et ne leur impose pas du tout un deal d’exclusivité. En signant des groupes actifs, nous sommes plutôt partenaires.

Nous sommes capables de vendre les disques produits et ils peuvent tirer avantage des opportunités que je crée pour eux. D’ailleurs, beaucoup des groupes avec qui je travaille sont signés sur de plus gros labels, comme Maybe Mars, qui s’occupent de la promotion à l’international et aident financièrement les groupes à tourner à l’étranger.

J’ai entendu qu’un des membres du Brian Jonestown Massacre vous aidait beaucoup, notamment avec la volonté d’attirer les regards étrangers vers les groupes chinois.

Oui, Ricky Maymi, le bassiste du Brian Jonestown Massacre, est un partenaire du label. Il m’aide pour la distribution aux États-Unis et est un fervent défenseur de la scène chinoise.

Comment s’est faite la rencontre avec Ricky ?

Wang Xinjiu de Birdstriking a vu Spiritualized jouer dans un festival près de Pékin et, en super fan du groupe, est allé les voir à la fin de leur concert. C’est un type incroyable et il est tout de suite devenu ami avec les membres du groupe. Wang Xinjiu leur a donné une tonne de disques de la scène locale, dont certains sont arrivés aux oreilles de Ricky. Il n’a pas seulement pris le temps de les écouter mais a aussi pris contact avec quasiment chaque membre de la scène ! Ricky nous a énormément aidés et encouragés depuis et est devenu l’ami de beaucoup de musiciens chinois, mais aussi leur guide et consultant.

Manny Nieto a enregistré avec beaucoup de groupes chinois. La collaboration de producteurs étrangers avec des groupes chinois est-t-elle une pratique régulière ?

Oui, c’est de plus en plus fréquent pour les plus gros groupes de travailler avec des producteurs étrangers. Le label Maybe Mars a notamment fait travailler quelques producteurs étrangers sur leurs groupes ; Martin Atkins [Pigface / PiL], Wharton Tiers [Sonic Youth / Dinosaur Jr. / Swans], Brian Hardgroove [Public Enemy], Andy Gill [Gang of Four] et bien d’autres. P.K.14 sont également partis à Chicago enregistrer avec Steve Albini et les Carsick Cars viennent juste d’enregistrer à New York avec Sonic Boom de Spaceman 3.

Le cas de Manny Nieto est un peu spécial puisqu’il a décidé de venir en Chine et d’enregistrer quelques groupes par ses propres moyens. Il est vraiment venu à la rencontre de la scène et n’est pas venu en Chine sur l’invitation d’un label. Il a collaboré avec un grand nombre de musiciens de la scène underground comme jamais aucun producteur ne l’avait jamais fait auparavant.

Nevin Domer1

Quels groupes de cette scène nous conseilles-tu d’écouter ?

La liste est longue et surtout très variée. P.K.14 est sans nul doute le meilleur groupe live de Chine et les parrains de toute la scène post-punk. Ils viennent de sortir un nouvel album chez Maybe Mars qui s’appelle 1984.

Demerit, aussi signé chez Maybe Mars, est un mélange de street punk et d’un métal très 80's. Ils tournent souvent aux États-Unis ou en Europe. Je sors également un 7’’ pour Li Daiguo qui mixe instruments chinois traditionnels avec du violoncelle et du beat-box ; le résultat est super cool !

Parmi les groupes les plus jeunes, je recommande After Argument, le side-project du leader de P.K. 14 Yang Haisong, dans la digne lignée de ce que Fugazi aurait pu faire après The Argument. Ils viennent tous juste de sortir un premier LP, Furs Of Time, sur leur propre label Share The Obstacles.

Xin Ma You Jiang, mené par la bassiste de Ourself Beside Me, est un autre très bon groupe. Ils n’ont pas encore enregistré de morceaux en studio mais leurs lives sont incroyables.

MeToo également ! Après avoir commencé à jouer en 2009, ils ont disparu à Xinjiang pour peaufiner leur projet et viennent juste de faire leur retour sur les scènes pékinoises. Leur son très dark rappelle vraiment Bauhaus. The Diders sont aussi un groupe réputés pour leurs sets explosifs et sont les parfaits ambassadeurs de la scène punk de Pékin.

La liste est vraiment longue.

Qu’espères-tu pour le futur de Genjing Records ?

Je voudrais que le label continue de grossir et promouvoir avec un spectre de plus en plus grand l’art chinois ; de très belles choses sont faites ici, en musique mais aussi en graphisme par exemple. J’aimerais aussi donner un contexte historique à la musique pour que les gens appréhendent mieux ce qui se passe ici et puissent créer des connexions entre les scènes créatives chinoises et étrangères.

Article et propos recueillis par Clément Touchard

Mixtape

Dear Eloise - Man Without A Name

P.K.14 - You And Me

Carsick Cars - Invisible Love

Hedgehog - You guys rock D22, I was there man 

Skip Skip Ben Ben - La' Lasta

After Argument - Yang Went To Shanghai

Chui Wan - White Night

Glow Curve - Floating Mountain

Mr. Graceless - My Channel

Snapline - Sustaining

Soviet Pop - Sound of Silent Radio

Birdstriking - No More Rock & Roll

WHITE+ - Silver


Who are you Atelier Ciseaux?

En cinq ans d'existence, le label français Atelier Ciseaux s'est appliqué à se construire sans trop l'intellectualiser une légitimité forte qui fait de lui l'une des structures amateurs les plus en vue par chez nous ces dernières années. Surtout reconnu pour ses perles pop, AC capitalise aujourd'hui sur un catalogue plus varié qu'il n'y paraît, s'appliquant à ne répéter qu'un seul schéma : celui de ne jamais être totalement là où on l'attend, et de le faire bien. Plus singulier, le label jouit aujourd'hui d'une cote de sympathie réelle, que l'on doit beaucoup à la qualité du travail réalisé, aux noms qui s'y sont succédés mais aussi à la personnalité de son discret frontman. Très DIY sans jamais tomber dans l'arty à outrance, la démarche d'Atelier Ciseaux est l'occasion d'embrasser un peu plus largement la vision défendue sans véhémence par le label : il y a encore une place pour ceux qui veulent promouvoir la musique autrement, tout en sortant de la micro-niche de puristes du genre. Déjà interviewé par Hartzine à ses débuts il y a quatre ans (lire ici), Rémi Laffitte fait le point sur le chemin parcouru et sur l'identité d'Atelier Ciseaux aujourd'hui. Tout à son image, avec justesse et humilité.

Entretien avec Rémi Laffitte

Comment tu as fêté les 5 ans d'AC, récemment ? Il a réellement existé ce gâteau avec écrit "Atelier Ciseaux" dessus ?

Haha ! Je ne maîtrise pas suffisamment Photoshop pour être jugé coupable d'une telle escroquerie. Il était bien réel, il a été préparé avec un peu — beaucoup — d'aide, de patience (comme une interminable partie de Docteur Maboul !) et d'après une vieille recette de ma mère. C'est un gâteau chocolat/ banane avec un soupçon (un bon paquet en réalité !) de paillettes comestibles pour le lettrage. Il a été englouti en quelques heures. Si tu veux, je peux te faire suivre la recette... succès garanti dans tes soirées d'anniversaire.

Tu travailles seul sur AC en ce moment ? Comment tu t'organises pour tout gérer — les pressages, la promo, écouter les démos, faire les envois, planifier le travail des semaines à venir... ?

Nous avons commencé le label à deux, avec Marine, et cette folle envie de sortir le disque de François Virot en vinyle. C'était courant 2008. J'ai ensuite continué seul pendant quelques mois avant que Philippe ne rejoigne le label. Même si je m'occupe de pas mal de tâches, c'est un projet commun où les décisions sont prises à deux. Philippe est parti vivre à Montréal peu de temps après mon retour de poutine-ville. C'est sûr que la distance ne rend pas toujours les choses faciles mais jusqu'ici on s'en sort pas trop mal, je crois.

Nous ne sommes pas très branchés tableurs ou rétro-plannings. Tout est quasiment dans nos têtes, à force d'avoir le nez constamment dedans, tu n'as plus vraiment besoin de coller des post-it partout. J'ai la chance, depuis quelques mois, d'avoir beaucoup plus de temps à consacrer à AC et d'avoir une aide précieuse pour l'envoi des paquets. Parfois c'est du sport mais cela te maintient en éveil.

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Il y a une facette que je trouve fascinante chez AC : c'est cette capacité à aller chercher des instants pop un peu étranges, mais vraiment super addictifs, et qui sont liés les uns les autres, finalement : Francis Lung, Street Gnar,  TOPS, Dominant Legs, François Virot... Ça donne l'impression que tu ne sors que les disques que tu es capable d'écouter en boucle, c'est toujours le cas ? Personnellement, j'en suis à 120 écoutes d'A Selfish Man et je continue encore.

120 écoutes, vraiment ? Wow ! J'ai un côté obsessionnel et cette manie d'écouter un titre en boucle quasi infinie. C'était déjà le cas, enfant, quand je passais et repassais sur mon tourne-disque ces tubes de variété française que tu peux parfois entendre sur Radio Nostalgie aujourd'hui. Ado, il m’arrivait d’enregistrer un morceau en boucle sur une K7. Face A et face B. J’ai — définitivement — un côté monomaniaque, ‘disque rayé’. C'est donc peut-être normal que tu ressentes ça avec certaines de nos sorties. En tout cas, j'espère que tu n'es pas le seul à les écouter autant !

Tu collabores essentiellement avec des groupes anglo-saxons. C'est simplement parce que tu cherches en priorité dans tes relations en Angleterre, au Canada, aux États-Unis, ou tu y trouves quelque chose de différent, que tu ne trouves pas en France ?

AC est partisan de l'ouverture des frontières et de la libre circulation des productions discographiques. Plus sérieusement, nos choix ne se font jamais en fonction d'une quelconque zone géographique prédéfinie. Peu importe où vit le groupe, on sort ce qui nous plaît, c'est le seul critère. C'est vrai, en effet, que nous avons principalement travaillé avec des groupes nord-américains ou anglo-saxons mais, crois-moi, une partie de notre futur sera écrit sur de nouveaux murs.

J'imagine qu'avoir un blaze en 'céfran' peut prêter à confusion mais nous n'avons jamais eu l'intention de créer un label français destiné à sortir uniquement des groupes français ou qui s'adresserait au seul public français. À nos débuts, à l'étranger, les médias faisaient souvent allusion à nos origines 'sans-culottes' mais aujourd'hui cela arrive de moins en moins. Tant mieux !

Tu t'es déjà demandé pourquoi les musiciens acceptaient de collaborer avec AC ? Qu'est-ce qu'ils viennent y chercher, selon toi ?

Ça m'est arrivé au début mais pas si souvent. J'ai seulement posé la question à Phil Elverum/Mt Eerie. Je crois que j'aime garder une certaine part de mystère par rapport à ça. Je pense que notre motivation, notre envie de bien faire sont de bons atouts. Ce qu'ils viennent précisément chercher... c'est peut-être exotique pour certains de sortir un disque avec un label français. Ils s'imaginent gambader dans les prairies drômoises ou déguster des croisantes.

Certains projets, comme la série de splits, ont permis de réaliser des choses plus 'anecdotiques', si je peux formuler cela comme ça, de sortir des disques entre copains comme ça a été le cas pour Jeans Wilder/Best Coast et Melted Toys/Dominant Legs.

Selon moi, le plus dur pour un label c'est de parvenir à dépasser les sorties de disques pour construire une identité un peu plus profonde, mettre sa 'patte' sur les sorties. Tu penses y être parvenu, en quelque sorte ?

Avec 200 mètres de recul et en toute honnêteté, je crois qu'il y a un petit quelque chose de spécial chez AC. Quand tu mènes un projet comme celui-ci, il y a un aspect très personnel. Je ne suis pas du tout en train de te dire que je suis quelqu'un de spécial, mais forcément cet investissement personnel est différent pour chacun et il te guide vers une certaine identité. Nous n'y mettons pas tous les mêmes intentions, les mêmes intonations.

Mais on ne va pas se voiler la face, nous n'avons absolument rien inventé et nous ne le ferons pas, ce n'est pas le but, et qui peut encore le prétendre aujourd'hui ? Nous avons souvent eu des demandes de conseils de la part de personnes qui souhaitaient monter un label. J'imagine qu'AC a dû leur inspirer quelque chose. Quoi ? Je ne saurais pas te le dire par contre.

Mettre sa 'patte' va beaucoup plus loin que le simple facteur 'musique enregistrée'. La qualité du papier, soigner ses newsletters, être réactif lors d'un problème avec une commande, etc. Toutes ces petites choses qui ne sont pas de la simple coquetterie. Comme le chantait si bien France Gall : "C'est peut être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup...".

Si pour moi il y a une réelle cohérence entre nos sorties, je sais qu'il peut être difficile de passer des synthétiseurs sombres de Police Des Moeurs aux tubes popesques de Francis Lung, pour ne citer que des disques récents. On se permet des 'écarts' totalement contrôlés en refusant de suivre un sillon parfaitement gravé. Et malgré cela, nous avons des shops, des médias, des personnes qui nous suivent à chaque fois. J'imagine que c'est un signe de confiance, surtout après cinq ans d'existence.

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Depuis quelques temps, vous vous adonnez moins aux singles 7" que par le passé. C'est une volonté de vous tourner vers du plus long format en priorité ou juste une coïncidence ?

Nous nous basons uniquement sur l'alignement des planètes. Quand Jupiter se retrouve dans l'axe de Saturne, ses anneaux ressemblent étrangement à un vinyle 12". C'est un signe auquel nous accordons une grande importance et qui marque une période d'abstinence pour le 45T, haha !

Non, non, le choix de format est vraiment le fruit du hasard, des projets rencontrés. Le 7" est mon format préféré. C'est sans doute un héritage que je dois à ma discographie punk mais avec le 7", il y a cette possibilité, vu la durée, de sortir facilement des splits, comme nous l'avons fait à de multiples reprises, et de permettre la découverte, l'écoute de deux chouettes groupes en un coup et pour un prix raisonnable. En 2013, nous avons sorti trois EP et un LP, nous célébrons cette nouvelle année avec la sortie du 45T de Francis Lung. Nous avons le projet, l'envie d'en sortir au moins un autre dans les prochains mois même s'il faut reconnaître que ce n'est pas le format le plus facile à vendre ces derniers temps.

Comment tu évalues le suivi des médias en général sur tes sorties et le travail d'AC ? C'est un point que tu travailles particulièrement ou juste le minimum, quand tu peux ?

À ma connaissance, ils sont généralement très positifs et encourageants. Je ne lis pas tout non plus ou je le fais en diagonale. On a eu la chance de répondre à pas mal d'interviews pour de chouettes médias. La promotion est une étape primordiale et obligatoire surtout quand tu penses à la quantité de disques qui sort. Ce n'est pas ce que je préfère dans l'activité du label mais on se doit de faire au mieux pour chaque disque, chaque groupe. C'est un engagement tacite.

Nous faisons toujours une newsletter en français et une autre en anglais pour chaque sortie et nous essayons de contacter le maximum de médias susceptibles d'être intéressés, qu'ils soient petits ou plus gros. C'est un travail long et tu peux facilement partir dans tous les sens si tu n'es pas un minimum organisé.

Ce qui me gêne parfois chez certains (une minorité, je précise !), peu importe qu'ils soient pros ou non, c'est leur facilité à omettre de citer les crédits, d'ajouter un lien, etc. Mon but n'est pas d'avoir le nom du label partout, ce n'est pas non plus un immense besoin de reconnaissance, mais on oublie parfois que derrière tout ça, il y a des groupes, des labels, comme nous, qui consacrent du temps, de l'énergie et de l'argent pour rendre ces petites choses possibles. Je crois que derrière chaque lien Soundcloud il y a un humain, non ?

Les sorties AC sont relativement bien suivies par les auditeurs, si je me fie à ce que je vois ici et là, et au fait qu'elles sont rapidement sold out (seuls les trois derniers vinyles en date sont encore dispos). Ça ne te donne pas envie d'essayer de ne plus te limiter à 300 ou 350 exemplaires mais 500 ou 600 exemplaires pour les prochains, et à tenter de faire progresser l'exposition du label ?  Ou tu estimes que tu as atteint un objectif commercial qui te suffit et qu'aller au-delà serait trop compliqué ?

J'ai l'impression que tu n'as pas bien relu tes fiches, héhé ! Nous avons déjà pressé plusieurs disques (François Virot et Jeans Wilder) à 500 exemplaires. Nous le referons sans aucun doute. Avant tout, et surtout, il faut réussir à cerner ce qui est réaliste et raisonnable au niveau des quantités. Notre budget est assez limité et il est important pour nous, vital même, de rentabiliser rapidement une sortie. Chaque disque vendu permet de financer le suivant.

Même si c'est plus avantageux de produire en plus grande quantité, nous préférons qu'un disque soit rapidement sold out plutôt qu'il prenne la poussière chez nous ou se retrouve abandonné dans un bac de disquaire. Presser plus c'est une chose mais il faut arriver à le promouvoir et à le distribuer correctement. Pour certains formats, comme le 7", ce n'est pas toujours évident. Surtout qu'aujourd'hui la durée de vie d'un titre, d'un album, est assez limitée.

Certaines de nos sorties ont été tirées à très peu d'exemplaires comme cela a été le cas pour la cassette de CVLTS, limitée à 30 copies. Nous avons acheté 30 vieilles cartes postales/icônes religieuses et chaque cassette a été peinte à la main. Notre but n'est pas de créer une euphorie sur Discogs ou d'engendrer une frustration éphémère mais avec une sortie comme celle-ci, il faut également prendre en compte la réalité 'physique'. Je ne nous voyais pas peindre 500 cassettes.

Stocker, envoyer 300 ou 500 disques ce n'est pas non plus la même chose. Cela prend beaucoup plus de temps et d'énergie. Et tout ça sans réel distributeur. Chaque projet est différent et il faut agir en conséquence.

Dans le même ordre d'idée, tu vends toujours davantage à l'étranger qu'en France ? Je me souviens d'une époque pas si lointaine où tu affirmais que la France était un peu distante vis-à-vis des sorties d'AC. Ça a changé, notamment grace à l'exposition accrue de certains musiciens présents sur le catalogue du label ?

Si je devais conter nos débuts à de jeunes enfants, je crois que l'histoire commencerait comme ceci : "Il était une fois un label gaulois nommé Atelier Ciseaux. La première fois qu'il reçut une commande d'un village voisin, il fut si troublé qu'il eut l'impression d'envoyer un disque dans un pays totalement inconnu, peuplé d'étranges forêts". J'exagère un peu, beaucoup, etc. On oublie le blockbuster-pop corn à succès mais c'est vrai qu'on recevait (exception faite pour le disque de François Virot), très peu de commandes de France.

Forcément tu te poses quelques questions : "Ok, on sort le disque d'un Américain, donc c'est normal que l'on vende plus aux USA, non ?". Mais analysant tout ça d'un peu plus près, tu te rends comptes que tu vends aussi plus en Espagne, en Allemagne, etc. qu'en France. Aujourd'hui c'est bien moins le cas. Il est parfois même plus difficile, à cause de la valeur de l'euro et de l'augmentation incessante et scandaleuse des frais postaux, de vendre le disque d'un Américain aux USA. Ces derniers temps, nous avons reçu des commandes d'Israël, d'Indonésie, du Chili ou encore du Pérou. Ça c'est vraiment cool !

L'exposition de certains groupes a, sans aucun doute, permis au label d'avoir plus de visibilité mais, comme je te le disais, nous sortons des disques parfois assez différents les uns des autres, ils ne s'adressent apparemment pas toujours aux mêmes auditeurs, médias ou shops. Ce qui fait que rien n'est gagné d'avance.

Tu as vu récemment que les ventes de LP vinyles aux États-Unis ont explosé en 2013 ? 32% de hausse par rapport à 2012 et 250% de hausse entre 2002 et 2012 ! 6 millions d'albums vinyles vendus en 2013, il y en avait tout juste 4 millions en 2011. Même si la valeur absolue reste ridicule (environ 2% des ventes totales d'albums aux États-Unis l'année dernière), est-ce que cette évolution t'inspire quelque chose ? Tu y vois juste un effet de mode ou un mouvement un peu plus profond que ça ?

Je suis assez peu captivé par les chiffres, les courbes et les statistiques. On ne peut pas nier qu'il y ait eu, il y a quelques années, un effet de mode. Est-ce que c'est encore le cas aujourd'hui ? Je n'en sais rien. Le vinyle a regagné du terrain, ça c'est incontestable. Les grosses machines, les marchands de disques-tapis en proposent de plus en plus. Je suis peut-être naïf, inconscient, idiot ou trop barricadé derrière mon mur de vinyles mais pour moi, il y aura toujours des gens passionnés par l'objet. Que ce soit un vinyle, un CD ou une cassette.

L'année dernière, j'ai répondu à une interview, pour un média généraliste, sur le retour de la cassette. Hype ou pas hype, si les labels/groupes prennent plaisir à en sortir et les gens à en acheter c'est le principal. Après, il y a un sale business de l'objet limité chez certains plus gros.

Je n'ai jamais eu le sentiment, l'envie, d'appartenir à une scène, à un mouvement quelconque de résistance qui prône la suprématie du vinyle. Notre ambition, si on peut l'appeler comme ça, c'est de défendre une certaine façon de sortir des disques (et bien sûr l'objet) mais je ne suis ni pro-vinyle ni pro-cassette, ce sont simplement des formats que j'aime. Faire du 'silloné' s'est imposé à moi comme quelque chose de naturel. Si un jour on souhaite sortir un CD, on le fera.

Depuis quelques années, à cause de mes nombreux déménagements, j'achète beaucoup moins de disques. Je n'ai pas l'âme d'un collectionneur et stocker des disques que je ne peux pas écouter immédiatement ne m'intéresse pas. Tout cela pour dire que ma participation à l'évolution des ventes est assez maigre...

Avec le recul de cinq ans, je me dis maintenant qu' AC est un label ambitieux sans prétention, où le travail semble fragile et précis, mais avec un côté émotionnel trés prononcé. Est-ce que c'est une l'image que tu souhaitais renvoyer quand tu as commencé ce projet ?

Merci beaucoup, je prends cela comme un véritable compliment. Je crois que je n'ai pas cherché à intellectualiser quoi que ce soit. C'était une démarche instinctive, naturelle et qui me représentait à l'époque. C'est toujours le cas aujourd'hui. Le label est en quelque sorte un miroir de ce que nous sommes, de ce que nous aimons. Et pas uniquement au niveau musical.

Avec le recul, je trouve que ta définition a du sens. L'ambition c'est celle de bien faire, la précision, ce souci des détails et le côté émo, sans la mèche, correspond à l'investissement personnel que l'on y met. Enfin, il me semble...

Il y a quatre ans, lors de ta première interview sur Hartzine, tu disais que tu ne te projetais pas plus loin que dans un an pour les projets d'AC. Comment c'est aujourd'hui ? Tu commences à te dire que le label pourrait être envisagé sur du moyen terme ? Comment le label s'inscrit aujourd'hui dans ta vie ?

2010-2014 même — prose — combat. Ce que j'avais répondu à Thibault à l'époque est toujours valable aujourd'hui : "Nous n'avons pas de fantasmes de carrière, pas de pyramides à bâtir sur un ramassis de bonnes intentions. Nous avons pas mal de projets/envies mais à moyen terme". Bien sûr, nous avons envie de développer au maximum le label et de continuer tant que cela fera boom boom dans nos cœurs. Le jour où cela ne sera plus le cas, on arrêtera, discrètement, comme nous avons commencé, en espérant avoir laissé de chouettes souvenirs à certains.

À l'exception de quelques sorties qui ont pris du retard, nous n'avons jamais planifié à plus de 8-10 mois. Je dois reconnaître que nous aimons conserver une certaine spontanéité. Décider d'une sortie pas prévue en deux jours et trois courriels est super excitant. Et puis, avec notre budget on ne préfère pas s'engager sur cinquante projets à la fois et frustrer tout le monde si nous n'arrivons pas à les assumer.

La place du label dans ma vie ? Ça c'est une question de divan ! Très (trop ?) importante. Sans vouloir faire couler une larmichette sur ton beau visage, j'ai 'sacrifié' pas mal de choses pour AC mais je ne regrette rien, non, rien de rien. Je l'ai choisi et je ne m'en plains pas, c'est une belle aventure. Depuis mes 15 ans, j'ai cette idée de monter mon propre label. À un moment, j'ai pris un peu de recul car tout cela devenait beaucoup trop fusionnel. Quand quelque chose ne fonctionne pas c'est difficile de ne pas le prendre à coeur ou personnellement. Et puis, contrairement à un job 9-17h avec pause sandwich, tu es le seul à te fixer des limites, des contraintes, te dire : "Ok stop ! J'ai fait le maximum". Ce qui n'est pas toujours évident.

Aujourd'hui je me soigne en essayant de trouver un certain équilibre.

Et du coup, comme je suis vicieux, j'ai envie de te reposer la même question qu'il y a quatre ans : peux-tu nous dire comment tu imagines Atelier Ciseaux dans dix ans ?

Demain c'est loin ! Je n'ai toujours pas pris rendez-vous avec Madame Irma et son vinyle de cristal. Sincèrement, je pense que dans dix ans, AC aura déjà été brûlé et enterré au pied d'un vieil arbre dans un coin paisible. Je ne suis pas en train de rédiger discrètement sa nécrologie ou d'annoncer la fin du label mais dans dix ans, le label en aura 15. C'est une longu-u-u-u-e histoire et je préfère la vivre au jour le jour. C'est une liberté qui n'a pas de prix.

Je dois t'avouer que parfois, tard le soir, quand la TV est hantée par des fantômes, il m'arrive de me dire : "Ok j'arrête". Cela ne dure jamais très longtemps, quelques jours, une semaine tout au plus. Tu fusionnes tellement avec ton projet et cela te demande, l'air de rien, beaucoup de temps, d'investissement et de motivation. Cela se produit dans des moments de fatigue, de doute, mais j'imagine que c'est normal, Doc ?

J'ai eu d'autres projets avant AC et j'espère en mener d'autres après mais je préfère ne pas penser au vide que je ressentirai le jour ou tout s'arrêtera. Quoi qu'il arrive, cela restera LE projet de ma vie.

Si AC existe toujours dans dix ans, j'espère qu'on ne remarquera pas trop ses rides et ses cheveux blancs. Que sa motivation principale sera toujours l'envie, "l'envie d'avoir envie". Qu'il continuera selon ses aspirations premières et peut-être (et surtout) qu'il sera entouré par un super team de passionnés. Si vous voulez déjà postuler c'est par ici que cela se passe : atelierciseaux@gmail.com. C'est tout ce que je lui souhaite !

Tu peux nous annoncer quelques projets à venir pour 2014 ?

Arrêter de fumer ou réduire considérablement, aller voter même si... Enfin, j'imagine que ce n'est pas le genre de scoops que tu attends. Nous avons pris l'habitude de ne plus annoncer nos sorties trop à l'avance. C'est sans doute de la superstition ou l'envie d'annoncer ça au petit matin, comme une surprise.

Tout ce que je peux te dire c'est qu'il y aura des revenants et des voyages où l'on ne cause pas anglais.

Le meilleur moyen pour se tenir au courant, si vous le souhaitez, est de nous suivre sur les réseaux sociaux ou, encore mieux, de vous abonner à notre newsletter.

Pour finir, la question qui fâche : à quand une version française du site web d'AC, qui est indiquée pour "bientôt" depuis toujours ?

Haha ! Je vois que cela te chagrine encore ! Cette version ne verra jamais le jour. Je t'explique : à l'origine nous voulions un site avec deux entrées, l'une en français et la seconde en anglais. Puis, comme tu l'as souligné plus tôt, à ce moment-là nous vendions plus de disques à l'étranger qu'ici. Donc, petit à petit, nous nous sommes tristement désintéressés de cette partie jusqu'à l'abandon total. Le fait d'avoir laissé le "bientôt" en ligne est un clin d'œil à cette période. Mais ce n'est pas pour autant que nous avons oublié notre vocabulaire. Dans la section anglophone, nous avons l'habitude de mixer les deux langues et cela va rester définitivement comme ça avec la venue du nouveau site sur lequel nous travaillons actuellement.

Je suis attaché, comme notre nom le prouve, à notre langue et je trouve cela chouette d'avoir les deux côte à côte. Cela permet aux étrangers qui se baladent sur notre site de ne pas oublier la beauté du verbiage français.

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Who are you Arbutus Records?

Arbutus by Marilis CardinalLorsqu'un saut calendaire d'une année sur l'autre se profile, il est désormais coutume de dresser des listes exhaustives classant les groupes et morceaux ayant fait l'année, en plus de labels sans cesse plus nombreux à assumer les risques de la production vinylique, et ce, malgré ou grâce à la musique en ligne et au téléchargement. D'ailleurs, on ne déroge pas à la règle (lire). Mais au-delà du coup d'éclat, à quoi se jauge un bon label ? A son identité, ses sorties, son activité mais aussi et surtout à son modèle de développement : un bon label est un label qui dure, qui s'inscrit dans le temps et qui par ses choix imprime une esthétique à la fois multiple et référentielle. Le label créé une unité visuelle et stylistique, permettant à l'auditeur déjà acquis de s'y fier presque aveuglément, tout en conservant une diversité musicale intrinsèque. Dans la musique indépendante contemporaine, si l'on veut s'extraire de la ghettoïsation engendrée par les modes de production lo-fi - digital et cassette - il n'y a pas trente-six solutions. Il y a quelques années déjà, au cours d'un long entretien (lire), Julien Rohel, instigateur de Clapping Music, nous livrait de but en blanc l'une des recettes les plus réalistes : aujourd'hui notre modèle économique est quasi le même que celui d’il y a dix ans : tout juste suffisant pour vivoter et se débrouiller. Dans dix ans ? Le même mais avec plus de moyens et avec un ou deux groupes ayant bien explosé, permettant de financer le reste… Pas un truc de masse mais de bons disques qui marchent et qui permettent à la structure de grossir pour se développer et produire dans de meilleures conditions. Je reste persuadé qu’avec les groupes qu’on a, il y a la potentialité de sortir du cercle un peu trop étriqué du réseau indépendant français… Si l'on reste convaincu de l'acuité d'un tel constat, inutile de préciser que les exemples qui viennent à l'esprit pour l'illustrer ne sont pas légions en France quand d'autres, Outre-Atlantique, se posent là, tout auréolés d'une flopée de disques ayant fait date en 2013. Ce qui n'est pas rien à l'heure où tout se perd et se confond dans un fil d'actualité continu, noyant littéralement l'auditeur de nouveautés et rééditions après l'avoir sevré de si longues années. Parmi ceux-ci, les labels Arbutus Records et Mexican Summer (lire), chacun ayant soufflé en 2013 sa cinquième bougie, méritent un éclairage tout particulier, cristallisant l'attention, par de-là leurs spécificités respectives, autour d'un triptyque de valeurs cousu d'amitié, d'intégrité et d'éthique.

Entrevue avec Sebastian Cowan

Sebastian Cowan by Emily Kai Bock

2012 aura été l'année de Claire Boucher qui, avec son troisième album Visions sous le patronyme de Grimes, réussit le tour de force de conjuguer succès critique et engouement populaire. Propulsée par une alliance entre son label de toujours Arbutus Records et l'anglais 4AD Records, la Canadienne fit d'Oblivion un véritable hymne d'une jeunesse n'arrivant pas à se décider entre gimmick pop et sonorités électroniques. Pile le creuset de la structure fomentée en 2008 par Sebastian Cowan qui, à la force du poignet, convertit ce qui au départ n'était qu'une histoire d'amis se côtoyant aux alentours de La Brique, squat d’artistes à Montréal, aujourd'hui fermé, en véritable label à l'exigence avérée et à l'aura dépassant allègrement les frontières. De Sean Nicholas Savage publiant en 2008 successivement les trois premières références d'Arbutus, deux CD-R et un LP, de Grimes donc, égrainant en 2010 son inaugural Geidi Primes, en passant par Blue Hawaii, Tops, Braids, Doldrums, Tonstartssbandht, et plus récemment Majical Cloudz, chaque sortie est étudiée, ne laissant que peu au hasard - Sebastian, rejoint par Marilis Cardinal, trouvant pour chacune d'entres elles le format adéquat, le réseau idoine, se saignant presque pour les faire tourner aux États-Unis et en Europe, dans des salles de moins en moins confidentielles. Si tu lances un label avec des potes, tu n'as jamais l'impression de bosser - une bien belle maxime qu'il coucha sur papier pour Impose (lire) et qui explique un tel dévouement s'exprimant même pour les projets plus confidentiels de ses amis regroupés au sein d'une division digitale et libre de téléchargement du label, dénommé Movie Star, avec, entres autres, Kool Music et Solar Year en plus des side-projects de David Carriere de Tops, Paula, d'Alex Cowan de Blue Hawaii, Agor, et d'Edwin Mathis White de Tonstartssbandht, Eola. Histoire de commencer l'année 2014 sous les meilleurs auspices, le label québécois dropera Bermuda Waterfall le 13 mai prochain de son éminence Sean Nicholas Savage, véritable coqueluche du Hog Hog Festival.

Quelles ont été tes premières expériences musicales ?

Je ne peux parler qu'en mon nom, j'ai grandi à Vancouver où j'allais aux concerts punk tout public dans les centres communautaires. Je jouais dans des groupes et j'aidais à organiser des concerts. À 17 ans j'ai déménagé à Londres et je suis tombé à fond dans la dance et le son Warp du début des années 90. Puis je suis arrivé à Montréal en 2007. J'ai rencontré Marilis. Au départ, j'avais besoin de quelqu'un pour faire la com', elle était fan des groupes et s'en chargeait déjà plus ou moins. C'était logique de commencer à bosser ensemble.

Dis-moi comment Arbutus est né.

Quand j'ai emménagé à Montréal, c'était pour monter un espace de concert DIY dans un entrepôt. Il y a eu de nombreux changements mais le plus durable et le plus significatif pour moi impliquait une règle selon laquelle un de mes amis devait jouer à chaque concert. Le nombre de mes amis a vite augmenté et ça a effectivement permis à une certaine scène d'émerger et de grandir. J'ai commencé Arbutus afin d'enregistrer et de partager la musique au-delà de ces murs.

Arbutus est plus qu'un simple label. Pourquoi ?

L'éthique à son origine, celle des valeurs punk et DIY, imprègne encore tout ce qu'on fait. Derrière, il y a une communauté très soudée. On habite tous dans le même coin et notre bureau sert à la fois de local de répétition et de studio d'enregistrement. Tout ce qu'on fait, on le fait ensemble.

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Peux-tu expliquer le nom du label ?

C'est un arbre de la côte ouest. J'ai passé la majorité de mon enfance sur cette petite île du golfe qui en était recouverte. J'ai toujours aimé la façon dont l'écorce s'écaillait en été comme un parchemin afin de laisser apparaître le bois blanc, avec des colonies de fourmis faisant des allers-retours. Il prend toujours racine dans les endroits les plus surprenants, en haut des falaises surplombant l'océan.

Peux-tu nous expliquer pourquoi La Brique est un lieu important pour Arbutus ?

La Brique est le centre de tous nos efforts créatifs. C'est dans le même bâtiment où était Lab Synthèse - le lieu où tout a commencé - et c'est à cinq minutes à pied, au-delà d'une barrière et d'une voie ferrée, de là où nous habitons tous. Notre bureau s'y trouve et je fais souvent des journées de douze heures. Donc j'y passe beaucoup de temps et j'y vois les choses s'y produire. C'est au quatrième étage et il y a une très belle vue sur la voie ferrée.

Y a-t'il une esthétique, un concept auquel vous essayez de vous tenir à chaque sortie ?

En plus de tout ce dont j'ai déjà parlé, je pense qu'il y a quelques caractéristiques communes à tous les artistes d'Arbutus. C'est vrai que les styles sont tous un peu différents mais à l'origine, nous somme tous très semblables. On vient du même univers, on fait tous quelque chose de similaire. Il y a quelques principes que je considère comme essentiels à l'existence et que j'essaie d'encourager dans la mesure du possible chez les artistes et leur musique. Un exemple serait l'humour. C'est si important de garder le sens de l'humour face aux aléas de la vie et c'est très certainement une qualité que l'on retrouve au travers de nos productions.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?

Je regarde parmi mes amis les plus proches. Aussi mince/limité que cela puisse paraître, si une personne fait de la musique vraiment magnifique, je me retrouve attiré par elle - et on devient très proches en peu de temps.

Quels sont les rapports entre les groupes et le label ?

Très liés. Je travaille très dur et j'accorde énormément d'importance à ce que je fais, ce serait impossible si je n'aimais pas chaque individu avec lequel je travaille. C'est la base de tout. Les artistes sont impliqués dans chaque décision prise par le label, et à divers degrés, je suis presque toujours impliqué dans la musique.

Claire Boucher fait plus qu'une apparition sur le label. Comment expliques-tu le succès de Grimes ?

Claire travaille beaucoup. Elle a tout sacrifié pour que ce succès se produise. Non pas que les autres groupes n'en aient ni la volonté ni la possibilité, mais son succès est le résultat d'un immense travail. Claire est une personne intelligente et a une idée très précise de ce qu'elle veut faire. Ceci, conjugué avec une compréhension profonde de la culture et une conduite/attitude exceptionnelle a vraiment aidé son succès.

Eola et Doldrums font partie des sorties de 2013. Peux-tu nous renseigner sur eux ?

Doldrums c'est Airick Woodhead. Il est de Toronto mais vit ici maintenant. J'ai fait deux tournées internationales avec lui et Grimes, ce qui nous pas mal rapprochés. Sa musique est une parfaite représentation de sa personnalité. On pourrait dire la même chose d'Eola, qui est Edwin White de Tonstartssbandht. Eola est plus un projet axé sur des boucles de voix et un des disques les plus joués dans notre bureau.

Quelle est la sortie dont tu es le plus fier ?

Je ne peux pas choisir.

Qu'est-ce qui s'annonce pour Arbutus ?

On est en train de faire la transition afin de devenir un label viable. Un label qui puisse subvenir aux modes de vie de ses artistes et sortir de la musique à échelle mondiale. C'est une période excitante.

Audio

TOP 5 LP Arbutus 2013

01. Blue Hawaii - Untogether
02. Braids - Flourish//Perish (lire)
03. Sean Nicholas Savage - Other Life
04. Eola - Deo Gracias
05. Doldrums - Lesser Evil

Vidéos

http://vimeo.com/37084272

http://vimeo.com/31626231

http://vimeo.com/84574181

http://www.youtube.com/watch?v=WU2M10f0dzE

http://www.youtube.com/watch?v=_Xk-s4fCCwc


Who are you Mexican Summer?

Lorsqu'un saut calendaire d'une année sur l'autre se profile, il est désormais coutume de dresser des listes exhaustives classant les groupes et morceaux ayant fait l'année, en plus de labels sans cesse plus nombreux à assumer les risques de la production vinylique et ce, malgré ou grâce à la musique en ligne et au téléchargement. D'ailleurs, on ne déroge pas à la règle (lire). Mais au-delà du coup d'éclat, à quoi se jauge un bon label ? À son identité, ses sorties, son activité mais aussi et surtout à son modèle de développement : un bon label est un label qui dure, qui s'inscrit dans le temps et qui par ses choix imprime une esthétique à la fois multiple et référentielle. Le label créé une unité visuelle et stylistique, permettant à l'auditeur déjà acquis de s'y fier presque aveuglément, tout en conservant une diversité musicale intrinsèque. Dans la musique indépendante contemporaine, si l'on veut s'extraire de la ghettoïsation engendrée par les modes de production lo-fi - digital et cassette - il n'y a pas trente-six solutions. Il y a quelques années déjà, au cours d'un long entretien (lire), Julien Rohel, instigateur de Clapping Music, nous livrait de but en blanc l'une des recettes les plus réalistes : aujourd'hui notre modèle économique est quasi le même que celui d’il y a dix ans : tout juste suffisant pour vivoter et se débrouiller. Dans dix ans ? Le même mais avec plus de moyens et avec un ou deux groupes ayant bien explosé, permettant de financer le reste… Pas un truc de masse mais de bons disques qui marchent et qui permettent à la structure de grossir pour se développer et produire dans de meilleures conditions. Je reste persuadé qu’avec les groupes qu’on a, il y a la potentialité de sortir du cercle un peu trop étriqué du réseau indépendant français… Si l'on reste convaincu de l'acuité d'un tel constat, inutile de préciser que les exemples qui viennent à l'esprit pour l'illustrer ne sont pas légions en France quand d'autres, outre-Atlantique, se posent là, tout auréolés d'une flopée de disques ayant fait date en 2013. Ce qui n'est pas rien à l'heure où tout se perd et se confond dans un fil d'actualité continu, noyant littéralement l'auditeur de nouveautés et rééditions après l'avoir sevré de si longues années. Parmi ceux-ci, les labels Arbutus Records (lire) et Mexican Summer, chacun ayant soufflé en 2013 leur cinquième bougie, méritent un éclairage tout particulier, cristallisant l'attention, par-delà leurs spécificités respectives, autour d'un triptyque de valeurs cousu d'amitié, d'intégrité et d'éthique.

Entrevue avec Andrés Santo Domingo

Mexican Summer by Shan BrackbillSi Mexican Summer s'est révélé au monde par le biais du LP Crazy For You de Best Coast (lire), sorti en septembre 2010, le label fondé en 2008 par le triumvirat déjà à l’œuvre au sein de Kemado Records - Andrés Santo Domingo, Keith Abrahamsson et Tom Clapp - n'a pas attendu ce cap de relative exposition pour enchaîner les productions de choix, le plus souvent à l'orée de leur popularité : de Kurt Vile à Washed Out en passant par Haunted Graffiti, Real Estate, Jacuzzi Boys ou encore l'aujourd'hui encensée Marissa Nadler, dont une chanson à conféré le nom au label et qui vient de faire paraître le 4 février dernier via Sacred Bones (lire), July - structure avec qui ils partagent leurs locaux à New-York. Le plus souvent assimilé à un laboratoire huppé, sorte d'intermédiaire entre la profusion de label cassettes - tel Not Not Fun, NNA tapes ou Night People - et le monde des majors, à la fois courroie de transmission et entonnoir donc, Mexican Summer tend à asseoir son savoir-faire - à l'étendre même sur le terrain expérimental et électronique par la création de  avec Daniel Lopatin d'Oneohtrix Point Never et regroupant Pete Swanson, Autre Ne Veut, Huerco S ou Co La sous une même enseigne - tout en gardant ses artistes sur la durée avec, en plus des multiples sorties à tirage limité annuelles, quelques productions à plus gros tirages en collaboration avec d'autres labels : il en va des ultimes Peaking Lights (lire) et Connan Mockasin. Entre la fin d'année 2013, et celle 2014 qui se profile, un bon panachage de toutes ces aspirations se dessine, avec les albums de No Joy, Happy Jawbone Family Band, Mood Rings et Quilt, en plus de ceux à prévoir de Weyes Blood, Travis Bretzer, The Fresh & Onlys et Peaking Lights.

Andrés, avec Tom Clapp, tu as fondé de Kemado Records en 2002. Pourquoi avoir instigué ensemble Mexican Summer en 2008 ?

On a commencé Mexican Summer en 2008 comme une division de Kemado Records. Cela faisait presque cinq ans qu’on faisait Kemado d’une façon très traditionnelle, avec un nombre restreint d’artistes par an. Avec tous les bouleversements qu'a connu le music business durant ces années, on s’est rendu compte de la rupture et on a voulu spontanément éditer beaucoup plus d’artistes. L’idée était de ne sortir que du vinyle et du digital. Mexican Summer était la structure qui nous motivait le plus alors on a dédié tous nos efforts à ce nouveau label.

En 2011, vous avez mis sur pied Software Recording avec Daniel Lopatin. Pourquoi ?

On a créé le label  après avoir rencontré Daniel Lopatin dans notre bureau. On voulait travailler avec lui sur ses projets Oneohtrix Point Never et Ford and Lopatin. Pendant la réunion il nous a exposé tous les autres projets auxquels il était associé : on a décidé de créer un label avec lui.

Vous semblez très proche d'autres labels... 

On est très proche de Captured Tracks, mais aussi de Sacred Bones. Mike Sniper de Captured a eu son bureau chez nous pendant plusieurs années alors que Caleb de Sacred Bones continue de diriger son label depuis chez nous. À Greenpoint, on se considère plus comme une famille que comme des concurrents - d’ailleurs on collabore très souvent.

Quels sont les labels qui t'ont influencé dans ta démarche ? 

Même si on essaye de ne pas se comparer à d’autres labels, beaucoup nous ont inspirés : Factory, SST, Vertigo, Motown, Atlantic, Crammed, 4AD, Sub Pop, Bomp! Stiff, Rough Trade, Touch and Go, Warp.

Mexican Summer 2

Comment définirais-tu l'identité du label ? 

On n’a pas vraiment de ligne esthétique : on publie ce qu’on aime tout simplement. Plus que notre son, c'est notre public qui fait notre identité. On écoute toute sorte de musiques différentes et les auditeurs qui achètent nos disques aussi. C'est l’ensemble des artistes qui définit Mexican Summer, ce n'est pas untel ou untel qui caractérise le label.

Qu'est-ce qui te pousse à collaborer avec un groupe ?

Pour commencer il faut qu’on adore la musique du groupe avec qui on décide de bosser, en plus de la performance scénique. Mais le plus important est qu'il s'agisse de personnes avec qui l’on puisse s'entendre pour travailler.

De quel disque es-tu le plus fier ?

C’est comme choisir un fils préféré. Impossible !

Comment vois-tu le futur proche de Mexican Summer ?

On n’est pas un énorme label, mais nous sommes plus que deux mecs avec un ordinateur. On est ambitieux, on veut se développer tranquillement, avec intégrité. On a été très excité de publier le nouvel album de Connan Mockasin au États-Unis. En début 2014, on attaque avec le nouvel album de Quilt et des Fresh and Only’s sur Mexican Summer et le nouvel album de Napolian et Thug Entrancer sur Software.

Et alors... comment s'est passé votre anniversaire ?

Pour nos cinq ans on a fait une belle fête avec Home Blitz, Bobb Trimble’s Flying Spiders, Mike Wexler, Fresh and Only’s, Tamaryn, Ariel Pink, Soldiers of Fortune, Weyes Blood, Quilt, Linda Perhacs, Happy Jawbone Family Band, Lilacs and Champagne, Co la, Lansing Dreiden, Connan Mockasin, No Joy et Spirtualized. On était tous hyper excité de voir Lansing-Dreiden jouer pour la première fois avec son fondateur principal - Jorge Elbrecht. Cela fait presque dix ans qu’on travaille avec lui et le set a été incroyable. Ariel Pink a chanté le dernier morceau avec le groupe : juste incroyable.

Audio

TOP 5 LP Mexican Summer 2013

01. Part Time - PDA
02. No Joy - Wait To Pleasure ‎(lire)
03. The Happy Jawbone Family Band - s/t (lire)
04. Mood Rings - VPI Harmony (lire)
05. Spectral Park - s/t (lire)

TOP 3 EP Mexican Summer 2013

01. Lace Curtain - Falling/Running
02. Ariel Pink And Jorge Elbrecht - Hang On To Life (lire)
03. Peaking Lights - More High

TOP 3 LP Mexican Summer 2014

01. Weyes Blood
02. Peaking Lights
03. The Fresh & Onlys

Vidéos

http://www.youtube.com/watch?v=HINIs3Sp5Lk

http://www.youtube.com/watch?v=7WYDMj_sCFg

http://www.youtube.com/watch?v=a-SamkV33Nk

http://www.youtube.com/watch?v=918wtp_jLyo

http://www.youtube.com/watch?v=NT9GZmHLj8I


Who are you Enfant Terrible ?

Il aura fallu qu'une jeune femme officiant sur East Village Radio à New York décide de monter un label de rééditions en 2005 pour que la minimal wave soit remise au goût du jour, s'imposant telle une lame de fond qui, conjuguée aux réminiscences post-punk anglo-saxonnes, calquèrent la fin des années 2000 sur le modèle des eigthies et ce parfum de crise larvée. Pas un jour, en effet, sans qu'une nouvelle formation ne se réclame de l'électronique minimale, cold wave ou synth-pop pour séduire sans trop s'employer. Et si bien sûr il ne s'agit pas de chier dans les bottes de Veronica Vasicka - préalablement interviewée (lire) et que l'on recevra le 11 avril prochain au Petit Bain (Event FB) -, il convient en revanche de mettre en lumière l'inlassable passion de quelques exégètes du genre n'ayant pas attendu cette effervescence, mâtinée de grégarité, pour mener à bien un considérable travail de réédition, réhabilitant sous format vinyle un nombre incalculable de raretés à la patine inoxydable, en plus d'une logique de sorties contemporaines remarquablement cohérentes avec ces dernières. Et Martijn van Gessel se pose là, en infatigable crate-digger, doublé d'un sens inné pour débusquer des formations actuelles ayant autre chose que le plagiat comme modèle d'apprentissage esthétique. Ayant fondé en 2004 à Utrecht le label Enfant Terrible, en parallèle de ses activités professionnelles, l'homme emprunte dans sa démarche des chemins escarpés, à contre-courant du tout numérique et de la disponibilité immédiate. Espérant susciter la curiosité de l'auditeur, Martijn opte pour des tirages ultra-limités, jamais repressés, une distribution dans des réseaux spécialisés et pour les vertus documentaires des disques réédités. Point de facilité, il ne suffit pas de sonner synth pour éveiller son intérêt, le disque doit comporter une valeur culturelle. Même chose pour les formations d'aujourd'hui : celles-ci doivent assumer une certaine filiation tout en gravant dans le sillon leur propre langage inspiré du monde actuel - et non une image fantasmée d'une décennie inconnue. C'est d'ailleurs par le biais de l'une d'entre elles, Profligate (lire) emmenée par Noah Anthony, que je me suis épris de cette discographie s'intimant à mes yeux telle une Atlantide baignant mes nuits d'insomnies : une nuée de projets à l'identité aussi floue qu'est obsédante leur musique s'est emparée de mes oreilles, qu'il s'agisse des Français de La Mort de l'Hippocampe, d'Ekman, de Tobias Bernstrup, des Suédois d'Agent Side Grinder ou encore des Hollandais de Milligram Retreat pour ne citer qu'eux. D'autant que Martijn brouille les pistes, instiguant autant de sous-labels que de creusets stylistiques qu'il se plaît à poursuivre avec Gooiland Elektro, Hex Grammofoonplaten - ayant notamment sorti en 2009 un split de Scorpion Violente et The Dreams - et plus récemment Vrystaete, transformant peu à peu selon ses dires Enfant Terrible plus en plateforme documentaire qu'en simple label. Une plateforme ayant ce mois-ci dix ans et qui pour l'occasion inocule - en plus d'un nouvel album des Norvégiens d'Europ Europ - une énième et mirifique compilation I Am Enfant Terrible - Martijn est coutumier du genre avec plus de onze références brassant sous des dénominations didactiques telles Electronic Renaissance (2006), Kamp Holland (2010) ou Les Années Folles (2012) des époques et des genres différents - dont un titre du duo turc Kim Ki O est à écouter ci-après en exclusivité. Histoire d'enfoncer le clou, après l'entretien qui suit avec Martijn, ce dernier offre une mixtape librement téléchargeable retraçant d'une manière plus oblique et dansante l'histoire du label. Dix ans et pas prêt de s'assagir.

Audio

V/A – I Am Enfant Terrible (Enfant Terrible, 11 février 2014)

A1. The New Age - The Blood
A2. Kim Ki O - Sorular Değişti
A3. Family Jewels - Liste Préférentielle
A4. Solitude FX - Promises We Made
A5. Europ Europ - Pointer
B1. Sololust - A Fire Inside
B2. Kord - The Nightshift
B3. Former Descent - Counting Down The Waves
B4. Neugeborene Nachtmusik - The Undaunted Traveller

Europ Europ - Repeating Mistakes (Enfant Terrible, 11 février 2014)

A1. Le Rouge X
A2. 22_22
A3. Pre Lies
A4. Oman Disco
A5. Up To Bat
B1. Hearing Aid
B2. Long Play
B3. Not The Best Lie I've Had
B4. Ladies
B5. Repeating Mistakes In Life

Interview avec Martijn van Gessel

Martijn van Gessel
Peux-tu nous dire comment Enfant Terrible a vu le jour ? Et pourquoi ce nom ? 
Tell me how did Enfant Terrible get started? Moreover, why this name?

J'ai commencé après avoir été chroniqueur musical pour différents webzines et magazines et après avoir été DJ et organisateur de concerts et de soirées. Grâce à ça j'ai pris connaissance de beaucoup de projets qui n'étaient pas sortis ou alors pas correctement. J'ai donc créé une plateforme pour sortir la musique que j'aime. Pour ce qui est du nom, c'est une expression un peu démodée, du moins ici en Hollande. J'aime la référence culturelle et j'ai bien peur que cette expression corresponde à ma personnalité car des gens me l'ont fait remarquer à différentes occasions.

I started after being involved in writing about music for various webzines and paper magazines and dj’ing and organizing parties and concerts. Due to this I came across a lot of music that was not being released or not properly released… so I created a platform to release music I liked a lot and wanted to have released myself. The name… well it is an expression that has become a bit out of fashion maybe… at least here in Holland. I like the cultural reference and the expression fits me as person I am afraid… as other people have told me on different occasions…

Peux-tu nous expliquer la relation entre Enfant Terrible et Gooiland Elektro ?
Can you explain us the link between Enfant Terrible and Gooiland Elektro?

Enfant Terrible est devenu une véritable plateforme avec différents labels ainsi que d'autres activités. La musique que je sors sur les labels est toujours connectée à la tradition dans laquelle j'évolue, la tradition new wave et post-punk, parfois en terme de sons et parfois seulement sur l'attitude, l'esthétique ou les méthodes de travail. Les choses plus expérimentales ou pop ont donc leur place. Gooiland Elektro est fortement lié à l'EBM et au new beat, deux sous-genres new wave. Gooiland Elektro s'amuse aussi avec d'autres genres comme la techno primitive ou le néo-italo disco, mais l'atmosphère et l'esprit des disques sont toujours dans la veine sombre et néo-romantique de la new wave.

Enfant Terrible has become a real platform with different labels and other activities being part of it. When it comes to the music I release on the labels it is all connected by the tradition I work in… that is the new wave and post-punk tradition… sometimes in sounds and sometimes only in attitude or way of working… so also more experimental and poppy stuff has a place among this. Gooiland Elektro has a strong link to EBM and new beat.. both are new wave genres… Gooiland Elektro also plays around with some other styles and genres like early techno and some neo italo disco but the mood and spirit of the records are always in line with the darker and neo-romantic side of new wave I guess…

Le label a dix ans. Tu peux nous indiquer les grandes dates de cette aventure ? 
The label is ten years old. Can you indicate us the big dates of this adventure?

Pour moi l'important est toujours le moment présent. C'est génial d'être là depuis dix ans et d'avoir sorti autant de disques avec tant de supers musiciens, mais bon, on ne vit que le présent donc le moment en soi est ce qu'il y a de plus important. J'essaye d'apprécier le moment et de me concentrer sur le futur avec des nouveaux plans et de nouvelles idées, construire en me basant sur le travail accompli avant.

The big date is always now to me… it is great to be here for ten years and having released already so much records with many great musicians… and there are highlights and some lesser nice moments… but well… you only live now… so the moment itself is the most important of all. I try to enjoy the moment and focus on the future with new plans and ideas… always. Building on work done before…

Quels types de labels t'ont influencés dans ton approche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

Pour ce qui est de l'attitude, j'aime beaucoup Invasion Planet, structure réellement indépendante qui a créé son propre univers. Pour ce qui est de la musique, ce n'est pas aussi clair, mais lorsque j'ai démarré mon label j'écoutais beaucoup Kernkrach (c'est toujours le cas d'ailleurs), Was Soll Das Schallplaten, Suction et Kommando 6, en même temps que Invasion Planet. J'ai donc plus ou moins commencé comme un label électro-wave, mais Enfant Terrible a beaucoup évolué au fil des ans, avec cependant un lien fort à la new wave, le post-punk et l'électro.

When it comes to attitude I liked Invasion Planete a lot. Truly independent and a the label created an universe of its own. When it comes to music it is not that fixed…but when I started my label I listened a lot to Kernkrach (I still do), Was Soll Das Schallplatten, Suction and Kommando 6… next to Invasion Planete. So I started more or less as an elektro-wave label… but Enfant Terrible has evolved a lot through the years… but still with a strong link to new wave, post-punk and elektro.

Gooiland Elektro

Quels artistes ont marqué l'histoire du label ?
According to you, what artists shaped the history of the label?

Je ne pense pas en ces termes car je travaille essentiellement avec de nouveaux artistes inconnus. Après, bien sûr, mes sorties avec la musique du label cassette hollandais des années 80 Trumpett ont attiré des gens vers mon label, mais au départ ces disques ne se vendaient pas si vite que ça, il faut bien se souvenir que c'était avant toute la hype Minimal Wave. Je me suis toujours focalisé sur les nouveaux talents, ma première compilation Electronic Renaissance avec des artistes contemporains s'est avérée être avec le temps un classique culte (ce ne sont pas mes mots). Donc que ce soit avec d'obscurs groupes des années 80 ou de nouveaux talents explorant les champs électro-wave, j'ai, avec quelques autres labels, posé le ton et contribué à son expansion. C'est la stratégie et un goût pour la qualité et non pas certains artistes qui ont fait le nom et le statut de mon label. Je ne veux pas paraître arrogant mais c'est comme ça.

I do not think in this way… as I work mostly with new and unknown artists… but of course my releases with music from the 80’s Dutch tape label Trumpett has attracted people to my label… but in the beginning these records did not sell that fast at all… please remember this was all before the “minimal wave hype” … Next to that I have always also focused on new talent… my first compilation with contemporary artists “Electronic Renaissance” has in time proven to be a cult classic (not my words)… So both when it comes to obscure 80’s as new talents working in the fields of elektro-wave and such I have together some other labels set the tone and contributed to its growth… Strategy and a taste for quality stuff  and not certain artists shaped my label name and status… this is not meant as being arrogant… it is how it is…

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes d'approfondir à chaque sortie ? 
What’s the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Au final le seul impératif est qu'il faut que j'aime personnellement. J'écoute beaucoup de musiques différentes et mes labels se focalisent sur différentes choses. Pour ce qui est de l'artwork il y a un concept mais nous utilisons des variations. Pour les séries plus anciennes je me suis éloigné d'un concept rigide mais avec Gooiland Elektro je garde le même pour chaque sortie. J'aime avoir un peu de liberté et pour certaines sorties, j'ai d'ailleurs expérimenté avec le design et les matériaux. Ça a débouché sur quelques nouvelles idées que je pouvais utiliser pour de nouvelles séries ou de nouveaux labels, comme la cassette audio en tant qu'objet d'art ou le nouveau label Vrystaete par exemple, qui n'aura que des artworks faits mains ou au moins des éléments faits mains.

In the end the only guideline is that I need to like it myself. I listen to a lot of different music and for my labels the focus differs for each specific label. When it comes to artwork there is a concept but variations are used. For the older series I have moved away from a rigid concept but for Gooiland Elektro I stay to one concept for all releases. I like to have some freedom and for some releases and I have experimented with designs and materials. This has resulted to in some new ideas which I could use for new series or labels… like the tape art objects and the new label Vrystaete for example…which will only have handmade covers or covers with handmade elements at least… 

Entre les débuts et maintenant le label a brassé pas mal de genres différents - new-wave, électro, minimal, noise, ambient, synth-pop. Quel est celui qui te motive le plus aujourd'hui ?
Between the debuts and today, the label brewed a great deal of different musical styles - new-wave, electro, minimal, noise, ambient, synth-pop... What are the ones who motivate you most today?

Comme je le disais, j'écoute beaucoup de musique et mes goûts sont très variés, mais pour un label il faut avoir un certain objectif, même si l'identité du label est éclectique. C'est la raison pour laquelle je crée de nouvelles séries et des sous-labels. Si j'ai envie de faire quelque chose avec un son qui ne correspond pas aux séries et sous-labels existants mais qui reste une extension logique pour Enfant Terrible, je crée une nouvelle série ou un sous-label. Cela me donne la liberté d'étendre le spectre sonore encore plus et ainsi pouvoir le faire évoluer. Gooiland Elektro était déjà en quelque sorte présent depuis 2009 avec la sortie du disque 1984 de Tobias Bernstrup. Après les compilations Svenks Bonnasynth avec Kord, Monster Apparat et Adolf Filter en 2011 je voulais avoir de la place pour faire des choses plus dansantes et mon amour pour l'ambiance et l’énergie du new beat ou de l'EBM s'est ajoutée à ça donc j'ai créé Gooiland Elektro.

Enfant Terrible est un voyage perpétuel, je ne sais pas où et quand il s'achève, mais ce que je sais, pour sûr, c'est qu'Enfant Terrible évoluera encore et que le spectre des sons s'élargira d'autant plus.

As said I listen to a lot of music and my taste is really extended… but for a label you need to have a certain focus… even if you take a broad spectrum of sounds as your signature… so the reason I create new series and sublabels is exactly this… if I like to do something with a certain sound which does not fit within the existing series but is a logical extension for Enfant Terrible I create a new series or sublabel. This give me the freedom to broaden the sound spectrum even more and in that way makes it possible to evolve… Gooiland Elektro was already present in some ways since 2009 with the release of the Tobias Bernstrup 1984 record. After the Svenks Bonnasynth compilation with Kord, Monster Apparat and Adolf Filter in 2011 I wanted to have some space to do more with dancetunes… and my long love for the mood and energy of new beat and EBM added to this… so I created Gooiland Elektro… as an example. Enfant Terrible is an ongoing journey… I do not know where it ends and when… but I know for sure Enfant Terrible will evolve some more and I will broaden the sound spectrum even more…

Ekman

Depuis plus de dix ans, de plus en plus de producteurs (de Sandwell District à LIES, Profligate et Ekman inclus) explorent les versants les plus rudes, austères et conceptuels de la techno et visent les dancefloors les plus pointus. Pourrait-on y voir l’esprit avant-gardiste de la scène indus/expérimentale de l’ère post-punk appliqué à la techno contemporaine ?
For more than a decade now, some producers (from Sandwell District to L.I.E.S artists, Profligate and Ekman included) are exploring the starker, harsher, even more conceptual side of techno, targeting the bleakest possible dancefloor. Couldn’t we see here the same challenging spirit of the experimental/industrial scene of the late 70s/early 80s (Throbbing Gristle & co) applied to modern techno?

Non pas vraiment, pas du tout en fait pour être honnête. Même si j'aime et fais la promotion de la musique faite aujourd'hui, je ne vois pas cette époque comme étant la plus créative ou originale qui soit. Par exemple, j'écoute beaucoup le LP Volstrekung de Oake et il est vraiment super, mais est-ce réellement original ? Je ne pense pas, écoute simplement SPK, Lustmord et Delerium et tu sauras qui sont les vrais précurseurs. Pharmakon est un autre exemple. Son album Abandon est incroyable mais au final c'est juste un mélange de Diamanda Galas et Maria Zerfall.

Le truc, c'est que la plupart des gens n'ont aucune réelle connaissance musicale et pas suffisamment de bagage culturel donc ils ne savent pas qui ont été les artistes précurseurs et originaux. Comparé aux précurseurs, il n'y a rien de plus que le fait que ça soit bien fait ou très plaisant. Je sais que c'est une attitude négative mais l'originalité n'est pas le trait le plus fort de notre époque. Par honnêteté, tout le monde devrait l'admettre.

No not really... or not at all to be honest… even though I like and promote the music made today I do not see this age as the most creative or original age… for example I recently listened a lot to the Oake Volstreckung 12”… it is really great… but is it truly original? I do not think so… just listen to SPK, Lustmord and Delerium and you know who are the originals… another example Pharmakon… her album Abandon is amazing… but in the end just like a mix of Diamanda Galas and Maria Zerfall…

The thing is that most people have no real knowledge of music and no real cultural background so they do not know the artists who were groundbreaking and truly original… so what you get is that people misinterpret contemporary music as groundbreaking and original… but compared to the originals it is nothing more as just  very well done or really nice… I know this is a negative attitude but originality is not the strongest aspect of our age… everybody should acknowledge this if they were honest…

Comme gérant de label, est-ce que le DIY a une influence sur ton travail ? En 2013, Enfant Terrible c'est 13 disques. Considères-tu toujours ton label comme un label artisanal ? 
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work? In 2013, Enfant Terrible it's 13 records. Do you still consider Enfant Terrible like a bedroom label?

Je n'aime pas les termes DIY ou underground, le seul dans lequel je me retrouve est celui d'indépendant et même si celui-ci est évidemment exploité pour le marketing de gros et petits labels depuis des années. Être indépendant c'est une façon de travailler et de penser, et pour moi, elle n'est applicable que si ça concerne tous les aspects d'un label. Je suis qui je suis et je fais ce que je fais sans être connecté au moindre mouvement ou à une quelconque scène. Et je ne me suis jamais considéré comme un bedroom label, Enfant Terrible est mon hobby, mais un hobby très professionnel sur lequel je travaille après une journée de travail normale.

I do not like terms like DIY and underground… the only one I can live with is independent… and even that one is of course abused for marketing by big and small labels since years… It is a way of working and thinking to be truly independent… and for me it is only applicable if it concerns all aspects of a label… I am what I am and I do what I do… without being connected to any movement or scene. Also I have never considered myself a bedroom label… Enfant Terrible is my hobby… but a very professional hobby… which I work on next to a normal day job.

Enfant Terrible logo 2

Quel est le futur proche d'Enfant Terrible ?
What’s the near future for Enfant Terrible? 

Je vais continuer à sortir des trucs plus expérimentaux comme je l'ai déjà fait avec La Mort de l'Hippocampe, Europ Europ et Distel par exemple. Mais je vais aussi sortir des choses plus orientées synthé. À côté de ça il y a des sorties prévues sur Gooiland Elektro histoire de m'occuper et j'ai créé Vrystaete qui se consacrera à la musique plus ou moins en rapport avec le psychédélisme, le folklore et les sonorités lo-fi.

I will continue releasing some more experimental stuff like I already did with La Mort De L’Hippocampe, Europ Europ and Distel for example. But… I will also release again some more synth orientated stuff. Next to that I have planned some more Gooiland Elektro releases to keep myself and other people moving and I have created a new label which will start this year. This label is called Vrystaete and will focus on music more or less related to psychedelic, folklore and lo-fi sounds…

Pour les dix ans du label, tu as édité la compilation I AM, à paraître aujourd'hui. Peux-tu la présenter ?
For the tenth anniversary of the label, you edit a compilation, I AM, to appear today. Can you present it?

Toute les compilations que j'ai sorties ont été très bien reçues. Electronic Renaissance a été qualifiée de culte car elle réunissait et donnait forme pour la première fois à la nouvelle scène électro-wave. D'autres compilations ont été saluées pour poser un vraie narration basée sur la musique. Je prends toujours beaucoup de temps pour créer une compilation, ça démarre par un concept et la musique vient petit à petit, c'est un peu comme faire un peinture.

Pour fêter les dix ans d'Enfant Terrible je voulais faire une compilation qui, sans regarder en arrière, rende hommage à la musique avec laquelle j'ai débuté. J'ai donc dû me focaliser sur le présent et le futur mais il fallait sentir les racines de mon label. Ça a donc réduit ma sélection et le nombre d'artistes auxquels j'ai demandé de participer. Des gens manquent, par exemple Distel et Tobias Bernstrup pour nommer deux artistes avec qui j'aime travailler. Mais pour faire un album cohérent j'ai du les retirer de la compilation.

All the compilations I have put out have been received very well… Electronic Renaissance has been called a cult classic as it collected and gave shape for the first time to the neo elektro-wave scene. Other compilations have been acclaimed for laying down a true narrative based on the music… I always take a lot of time to create a compilation… it starts with an concept and the music comes bit by bit… so it comes together like a painting in a way.

For the ten years ET celebration I wanted to create a compilation which would not look back but still pay tribute to the music I started with… so it had to focus on the present and the future but you need to feel the roots of my label… this narrowed down my selection of styles and thus also the artists I asked to be involved. Some people are missing… for example Distel and Tobias Bernstrup to name just two artists I like to work with… but for sake of creating a nice coherent record I had to leave out their music…

I AM

Mixtape

Cette mixtape est un assemblage de chansons passées et présentes d'Enfant Terrible... plus du présent d'ailleurs mais avec quelques classiques du catalogue. Je pense qu'elles représentent bien le label mis à part le versant plus expérimental de celui-ci. Je voulais faire un mix que les gens puissent écouter en voiture ou au boulot... du coup c'est plus pop, dance et uptempo. Je n'ai pas ajouté de morceaux encore inédits car, comme d'habitude, je fais mes sets uniquement sur vinyle. Cette mixtape est autant destinée à ceux qui connaissent Enfant Terrible que pour les autres qui tomberaient pour la première fois dessus. Il n'est jamais trop tard pour régler ça !

This mixtape is a collection of songs from the past and present of Enfant Terrible… mostly of the present but with some “classics” from my back catalogue. I think it represents well my label output except for the more experimental part… but I wanted to make a mixtape people could also listen to in the car and at work… so it is more pop, dance and uptempo minded… I did not add any new unreleased stuff as I always make all my sets with vinyl records only… Also I think this mixtape is quite enjoyable and nice for people who know my label as well as people who did not know anything about my work to date… it is never too late to tune in!

01. Agent Side Grinder - There Is A Sound That Always Goes Out
02. Wermut - Media In Vita In Morte Sumus
03. Bakeliet - Don't Let Them Know
04. Milligram Retreat - Allégement
05. Kania Tieffer - Farfouille
06. Sixteens - Chapel Of The Chimes
07. Kim Ki O - Herkes Evine
08. Sololust - The Spark
09. Popsimonova - Staviti Crveni Ruz
10. Schwefelgelb - Auf Der Anderen Seite Vom Fenster
11. Flying Bodies - Transformer
12. Tobias Bernstrup - The World Falls Apart
13. Saralunden - Suggestive Boy
14. Black Ice - Sooner Or Later

Traduction : Alexandre P.


Who are you Antinote?

A peine deux ans d'existence, sept sorties impeccables et déjà en lice pour la couronne. C'est ainsi que peut être résumée la brève histoire d'Antinote. Une histoire qui dès sa genèse a pris des allures de légende.

Tout commence en 1991, dans les faux jours d'un studio d'enregistrement reggae de Brixton. A l'heure où les autres quittent le navire pour aller rejoindre leur quotidien, Gwen Jamois (IUEKE), alors ingénieur du son, met à profit le matériel disponible pour expérimenter ses propres projets. D'un crépuscule à l'autre, il compose la bande originale de ses nuits et l'enregistre sur des cassettes qu'il joue en boucle jusqu'à s'endormir et provoquer, déclare-t-il à Aaron Coultate, les rêves les plus déments. De ces nuits blanches aux saveurs d'expérimentions psychédéliques naîtront les Tapes. Une série de tracks techno industrielle torturée qui, vingt ans plus tard, offriront l'opportunité à son ami et cadet Quentin (Zaltan) Vandewalle d'inaugurer son label : Antinote Recording.

Ce premier geste, témoignage immaculé d'une époque qui faisait la part belle aux raves, est loin de passer inaperçu dans les sphères d'autorité. Il n'y a qu'à lire la review de William Rauscher sur RA ou d'observer l'intérêt porté au label par The Drone dès sa naissance pour comprendre l'importance du travail effectué depuis 2012 par Antinote. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le reste de l'aventure s'est maintenu à la hauteur du coup d'essai. Avec seulement cinq maxis ne partageant rien d'autre que l'exigence de qualité qui leur a donné jour, Antinote n'a cessé de confirmer son statut de poids lourd. Elu label du mois par Resident Advisor, cette petite entreprise associative qui avait pour but de se consacrer à l'"archéologie de la techno", selon l'expression de ses fondateurs, est devenue en l'espace de deux ans l'un des fers de lance de l'avant-garde électronique française. Des vibrations fantasmées du voyage d'Albinos chez les pygmées, aux déambulations oniriques de Syracuse, en passant par la deep house raffinée de Geena, chaque sortie d'Antinote constitue à elle seule un petit événement auditif qui s'installe durablement dans les playlists et se bonifie avec le temps. Dernière preuve en date, l'ennivrante Tape 4 de IUEKE. Une invitation au voyage où s'ébat une nappe aux allures de sirène bercée par des rythmes africanisants. Autant vous dire que l'annonce d'une huitième sortie ne nous a pas laissés de marbre. Et cette fois, c'est Nicolas Motte (Check Morris), le graphiste du label, qui s'y colle. Sortie de Rheologia prévue pour début 2014.

Cela faisait un moment qu'Hartzine souhaitait rencontrer cet étrange archéologue de l'intemporel. C'est désormais chose faite.

Entretien avec Quentin (Zaltan) Vandewalle

http://www.youtube.com/watch?v=DvG1A17WtX0&feature=youtu.be

Interview : Alexis Beaulieu
Montage : Harold Rive Decaillot
Un grand merci à la Source qui a bien voulu nous héberger le temps de cette interview.

Audio

Antinote records


Who are you In Paradisum ?

In Paradisum Mixtape(Dis)continuité discographique du label Fool HouseIn Paradisum, conjointement chapeauté par Paul Régimbeau - plus connu sous le patronyme de Mondkopf - et Guillaume Heuguet, se pose, avec AntinoteDement3d (lire) et Get the Curse, en fer de lance hexagonal d'un nouveau souffle techno à la fois plus intellectualisé et moins festif, plus dur mais non moins référencé. En somme, l'antidote à la lèpre Ed Banger. Esthétiques musicale et graphique cohérentes - tendant de pair vers des ténèbres insondables -, rythme de sorties de plus en plus soutenu, In Paradisum n'est déjà plus un jeune label, quand bien même son back catalogue dénombre autant d'artistes qu'une main compte de doigts : Mondkopf donc, mais aussi Low Jack - présenté il y a peu ici même (lire) - ,  Somaticae - évoqué à l'occasion de son LP Catharsis (lire) - , Qoso et Insiden. Un peu plus même si l'on s'enquiert de Ricardo Tobar migrant depuis lors sous les cieux de Desire Records afin de faire paraître son ultime album Treillis. L'idée ici est de développer un son propre à chaque producteur, de le faire maturer sur la durée, pas de faire nombre avec une kyrielle de maxis émanant de toute part. Oscillant entre house, techno-noise, ambient et musiques industrielle et drone, les cousins français d'Hospital ProductionsBlackest Ever Black ou Long Island Electrical Systems se confient ici par la voix de Guillaume Heuguet à une poignée de jours d'une soirée In Paradisum XIII (Event FB) réunissant samedi prochain au Garage MU Somaticae, Low Jack et Ren Schofield aka Container - et dont on vous fait gagner quelques places en fin d'article. En prime une mixtape, taillée dans l'acier et le béton, à écouter et télécharger ci-après.

Mixtape

01. Charlemagne Palestine - Beauty Chord + Voice (Alga Marghen)
02. Ben Frost - Sleeping Beauty (benfrost.bandcamp.com)
03. Witxes - The Weavers (Denovali)
04. Swans - Weakling (Neutral)
05. Pharmakon - Pitted (Sacred Bones)
06. Katie Gately - Last Day (Public Information)
07. Hopen - Paloma Black Ordax (Everest Records)
08. Ike Yard - Dancing + Slaving (Acute Records)
09. Elg - Notringo Indigo (SDZ Records)
10. Violetshaped - CX310 (JK Flesh reshape) (Violet Poison)
11. MKFN - When they set their eyes to cast me (Mesheland)
12. These Hidden Hands - Severed (Hidden Hundred)
13. Vapauteen - You'll get used to it (L.I.E.S)
14. Eurythmics - Jennifer (RCA)

Entretien avec Guillaume Heuguet

face InsidenD’où vous est venue l’idée et la volonté de créer In Paradisum ? Quelles sont les dates ou événements importants dans votre démarche de création du label ?

On avait Ease Your Pain sous la main… Et puis on a eu envie de revendiquer les trucs que par défaut on écoutait un peu qu’entre nous. Au final, ça nous a permis d’entrer en relation avec pas mal de gens qu’on aurait bien aimé connaitre plus tôt.

Très prosaïquement, le label a-t-il bénéficié de la notoriété préalable de Mondkopf pour exister ? 

Ce sont les ventes de nos projets précédents qui nous ont permis de financer les premières sorties. Mais honnêtement, chaque disque reste un défi.

Au-delà du nom - que l'on peut concevoir comme une antithèse gothique de l'esthétique musicale du label - comment définiriez-vous cette dernière ? 

On aime bien les choses un peu sauvages… Je ne sais pas, j’espère que d’autres la définiront pour nous.

Mondkopf, Low Jack... le label semble a priori résolument orienté techno. Un a priori vite contrecarré par la présence de Saåad ou Insiden. In Paradisum est-il conçu comme espace de confrontation et d'expérimentation comme en témoigne la bien nommée Last Love réunissant Mondkopf et Saåad sur la compilation The Black Ideal ?

Oui sans doute, on est prêt à voir où la musique nous mène.

Dans le même ordre d'idée, Somaticae, Ricardo Tobar et Qoso viennent d'univers sensiblement différents. Qu'est-ce qui les fédère à vos yeux et comment choisissez-vous les artistes avec qui vous souhaitez travailler ?

Ce sont un peu tous des enfants sauvages, avec un style un peu trop personnel pour correspondre d’emblée à une scène établie… Par exemple, même si Ricardo a un passé avec Border Community, au moment de son maxi il n’avait plus de “maison” évidente, sa musique avait évolué. Parfois In Paradisum c’est un peu l’orphelinat.

Quel lien faites-vous entre l'esthétique musicale du label et l'aspect graphique, résolument influencé par l'indus et le métal ? 

Le lettrage est dessiné à la main avant d’être envoyé à l’impression pour chaque disque de la série sans pochette, je crois que ça représente bien l'ambiguïté de nos disques qui gardent une dimension assez “incarnée”. Notre graphiste Jules Estèves vient du fanzinat et de l’illustration. Pour nous, plus qu’une esthétique métal, c’est de la confusion organisée, un espace pour se projeter.

Quelles sont les voies de développement du label ? Après la collaboration avec BLWBCK, allez-vous collaborer avec d’autres labels ? Allez-vous exploiter d’autres formats ?

On est agnostiques sur le format, on choisit en fonction de la musique. Mais le format LP ou disque, pour graver 35-40 minutes de musique, correspond bien aux projets en cours. Les voies de développement du label pour l’instant, c’est surtout l’évolution de la musique de Philippe, Charlie, Amédée et Paul, même si on reçoit aussi des propositions de plus en plus pertinentes.

Somaticae

 À ce titre, vous cherchez à organiser des concerts et non plus uniquement des soirées. Est-ce la marque d'un changement de direction du label ?

On a un peu plus d’opportunités pour faire des concerts aujourd’hui, même si on va peut être en faire dix ou zéro dans les prochains mois, là aussi c’est à l’instinct. On a toujours voulu faire des concerts - on avait fait Ben Frost et Roly Porter en format assis à la Gaîté Lyrique. Dans notre tête, le label ça a toujours été les deux situations d’écoute aussi. On a effectivement plusieurs projets qui sont assez loin des formats DJ, mais on n’a aucune intention de “se libérer du dancefloor”.

En parlant de soirées, In Paradisum en a organisé de multiples à Paris, alignant artistes du label aux côtés d'autres tels Andy Stott, Perc ou Oneohtrix Point Never. Est-ce une façon de prolonger l'idée du label ou d'inscrire celui-ci dans un contexte plus large, international ? 

À la base, on voulait surtout voir ces artistes jouer. C’est vrai que le soutien de gens en dehors de ceux qu’on fréquente à Paris est important. En commençant, on ne pensait pas qu’on aurait un vrai échange avec des gens comme Perc ou Ron Morelli. Mais c’est surtout grâce aux disques, les soirées ont peu d’écho en dehors de la France - enfin, à part sur les tourneurs spécialisés, dont c’est le boulot de savoir qu’on existe…

Qui sont les amis d'In Paradisum ? Pensez vous que le label s'inscrit dans une scène particulière ?

Ici, Quentin d’Antinote est un mec qu’on aime beaucoup, je le connais depuis ado en fait.

La rencontre avec Julien de Dement3d et son ouverture d’esprit nous a fait nous sentir moins seuls quand on a commencé le label… Il y a Jules qui fait Unknown Precept avec une passion rare, on va faire un peu de radio ensemble… Les gens de Get the Curse sont vraiment des mecs bien, j’aime beaucoup leur émission Odd Frequencies. BLWBCK avec qui on a donc sorti une cassette. D’ailleurs Greg de Saaad jouera avec Mondkopf sur scène…

On s’entend bien avec Michael d’Ancient Methods (lire), Perc, Pete Swanson, Ron Morelli, Paul d’Emptyset, Untold… Sur l’aspect strictement musical, ce que mixe Forbidden Planet, le label Berceuse Héroïque, et évidement plein d’autres qu’on admire de loin, notamment dans le métal et l’indus comme Handmade Birds, Hospital Productions, Blackest Ever Black…

Tout cela fait peut-être une scène mais pas centrée sur un genre particulier, ce qui nous va bien.

Quel est le futur proche du label, notamment en termes de sorties ?

On vient d’avoir les versions finales de l’album d’Insiden, groupe qui inclut Somaticae. C’est de l’ambient sombre mais c’est loin d’être réservé aux amateurs du genre. Il y un projet assez spécial de Mondkopf qui est prêt, un nouveau maxi de Qoso qu’il est en train de finir, et les autres sont sur la suite aussi.

Chroniques

Somaticae - Pointless (article paru le 1er juillet 2013)

Si l'on a déjà présenté la verve techno-noise du Grenoblois Somaticae à l'occasion de son premier LP Catharsis (lire) - paru via In Paradisum - , inutile de dire qu'on attendait avec une certaine impatience, pétrie d'un masochisme compulsif, sa traduction à l'écran - tant l’introspection maladive du jeune homme, hybridant électronique, ambiant et métal d'un même élan vers l'abîme, recèle d'une imagerie à la noirceur inhérente. Fractales obscures et anthracites d'images à peine identifiables, mais épousant libidineusement l'ambiance claustrophobe de Pointless, la réalisation d'Hugo Saugier ne déçoit pas, bien au contraire, accompagnant cette ode aux enfers au degré d'abstraction requis : celui où l’œil, pétrifié de souffrance et de folie, ne distingue plus autre chose que les formes se mouvant dans les ténèbres devenues monde. Flippant.

http://www.youtube.com/watch?v=_t_CQ7Scwgc

Low Jack - Flashes (article paru le 23 septembre 2013)

Peut-être que je sortirai un truc de gaber hollandais ou de ghetto house à 135bpm plus tard dans l’année, va savoir. C'est en ces mots que le producteur parisien Philippe Hallais, oeuvrant sous le patronyme de Low Jack, évoquait son futur proche discographique lors d'une interview (lire) faisant suite à sa récente collaboration avec Qoso sur In Paradisum (Like It Soft). Evidemment, on se persuadait de la boutade bien senti tant on devinait que ses textures grimées entre lenteur et fracas étourdissant, allaient continuer à s'obscurcir et s'inscrire par les deux bouts en pleine maturation techno-noise, conjuguant sur Flashes - son EP paru le 30 septembre -, sonorités industrielles et rythmiques métal. Ledit maxi est défloré par la mise en images signée Loup Sarion, Théo Mérigeau et Clément Thuriot du morceau introductif du même titre, à découvrir ci-après, superposant non sans réussite parfums d'apocalypse et instinct animal.

http://www.youtube.com/watch?v=U3y4u6ThMKs

Concours

IPXIII

On vous fait gagner deux places pour la soirée du samedi 30 novembre avec Somaticae, Low Jack et Container. Pour tenter le coup, rien de plus simple : envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort le 29 novembre et prévenus par mail le lendemain matin.

[contact-form-7 id="21274" title="Concours post"]

Audio


Who are you DEMENT3D?

DEMENTEDLes rencontres fortuites et pas si hasardeuses accouchent parfois de belles idées. Croisé l'année passée à l'occasion d'un concert d'In Aeternam Vale (lire), Julien - agissant sous le patronyme d'Heartbeat et co-fondateur avec François X du label Dement3d - me fit rapidement part de son désir d'organiser un événement spécial, réunissant toutes les entités que compte le label, marquant de fait la nouvelle étape que s'apprête à franchir celui-ci. Instigateur des renommées soirées du même nom au Social Club ou au Djoon - ayant vu défiler entre autres Scuba, Joy Orbison, Surgeon, Regis ou Sandwell District -, la paire voulait se démarquer de celles-ci, proposant ce vendredi 27 septembre au Petit Bain un plateau à part entière Dement3d (Event FB), oscillant entre ambient en première partie de soirée avec Heartbeat et Ligovskoï et techno par la suite avec Polar Inertia, Dscrd et un DJ-set à quatre mains de François X et Heartbeat. Afin d'assurer la mise en bouche, présentation du label en compagnie de Julien avec en prime un mix exclusif - à paraître sous format cassette - associant Dscrd à Heartbeat. Fascinant esthétiquement et rare musicalement, à l'image d'un label dont on n'a pas fini de parler.

Interview

DMTD

Julien, tu es à la fois co-créateur du label et partie prenante en tant que Heartbeat. Peux-tu nous expliquer comment vous êtes passés de l'organisation de soirées - les fameuses Dement3d au Social Club ou au Djoon - à la mise sur pied d'un label ?

À la base, on n'était pas parti pour organiser des soirées. Francois X et moi avons toujours été des DJ, depuis très jeunes, et on s’est mis à la prod un peu plus tard, au début des années 2000. On avait un public, des amis qui nous suivaient, mais le problème à l'époque, c'est que très peu de clubs et d'organisateurs comprenaient ce qu'on faisait. "Trop deep" "trop techno" "trop pointu" "trop intello"... Pour faire exister notre musique à Paris, il a fallu que je prenne le rôle d'organisateur quelque temps, mais l'objectif a toujours été de monter un label, sans trop se presser - pour que la qualité soit au rendez-vous. Les soirées nous ont donné le petit coup de pouce dont on a eu besoin au début, lorsqu’on était à peine une dizaine à Paris à défendre le type de musique qu’on fait aujourd’hui , mais maintenant c'est bien loin tout ça !

Le fait de se démarquer et de se regrouper avec Dement3d, est-ce une façon d'affirmer une conception différente de la techno ? En d'autres termes, en quoi diffère le message du label par rapport à d'autres entités ? Est-il plus expérimental ?

Il ne s’agit pas d’être plus ou moins expérimental, plus ou moins Detroit techno, ou de clamer des influences à droite à gauche de Throbbing Gristle à Mika Vainio, ou encore de prendre des postures face aux autres labels amis ou concurrents. Dans un avenir proche, le label va clairement montrer encore davantage d’ouverture d’esprit en accueillant de nouveaux artistes, de nouveaux projets, de nouveaux styles - certains plus, d'autres moins expérimentaux - le tout en faisant grimper le niveau d’exigence. Il arrive souvent que des labels finissent par lentement se dégonfler au bout de deux ans d’existence, au contraire, pour nous, c’est le moment d’appuyer sur l’accélérateur !

dscrd

Quelles sont les figures tutélaires du label ou si tu préfères, les références les plus partagées au sein du collectif ? 

Il n’y en a probablement pas. Chacun a sa propre culture musicale au sein du label et certaines “références” peuvent être des idoles pour certains, alors que d’autres y restent un peu plus indifférents. L’identité du label se construit collectivement sans avoir à emprunter quoi que ce soit à Jeff Mills, Basic Channel, Brian Eno, ou autres plus grands communs dénominateurs de notre scène.

Dement3d est certes un jeune label mais avec déjà six sorties à son actif et une identité artistique et visuelle très forte. Comment expliques-tu cette cohérence ?

Contrairement à beaucoup d’autres, on a su attendre avant de monter notre projet de label. Après plus de dix ans de deejaying et de collection de vinyles, on finit par comprendre ce qu’on attend d’un label, en tant que public. Il ne reste plus qu’à s’appliquer à soi-même ce que l’on veut voir chez les autres.

http://vimeo.com/58785446

Pour le moment, Dement3d sort exclusivement des maxis. En terme de sorties, quelle est la volonté de Dement3d et quel est le futur proche du label ? 

Beaucoup de choses, de nouveaux projets, probablement même des albums. Dans un futur proche, un nouvel EP explosif de dscrd , un EP très techno par Francois X, un disque superbe d’ambient/noise par Ligovskoï accompagné de ses remixes par Abdulla Rashim, In Aeternam Vale, Antigone & Francois X, Voiski & Heartbeat. Le prochain épisode de Polar Inertia ne devrait pas trop tarder non plus...

Les artistes du labels sont très demandés - pour des résidences (Concrete, etc.) mais aussi pour leur approche conceptuelle de la techno (Les Siestes Électroniques). Est-ce un bon point de départ pour créer quelque chose collectivement - à la manière de Sandwell District - ou est-ce au contraire une force centrifuge ralentissant la marche du label ? 

Pas de problèmes de ce côté-là : quand on est passionné, on ne demande qu’à partager sa musique sur scène ! Aucune comparaison avec Sandwell District où trois artistes collaboraient en studio, échangeaient des samples et des synthés : nous sommes bien plus nombreux, il y a forcément plus de diversité ! Et on a pas attendu les booking pour faire des collaborations les uns avec les autres. Dement3d est un projet profondément collectif.

http://vimeo.com/54521452

Dans un récent documentaire réalisé par Resident Advisor, tu démontes la scène parisienne française que tu juges trop fermée. On parle beaucoup du renouveau de la nuit parisienne et plus largement d'un bouleversement du paysage techno français. Un mirage pour toi ?

Je ne démonte pas du tout la scène parisienne, au contraire ! Le montage du documentaire est assez court, du coup on comprend peut-être mal certains messages. Je dis que la scène parisienne a traversé une mauvaise passe il y a dix ans, et qu’elle commence à revenir en force depuis maintenant quelques mois. Côté clubs/soirées c'est flagrant. Côté musique, il y a une petite poignée d'artistes ultra talentueux qui prennent une belle dimension. Affaire à suivre !

Qu'est-ce qui t'a le plus motivé à l'idée de mettre sur pied cette première label-night ? 

On attendait depuis quelques mois que quelqu’un nous invite à prendre le contrôle du début à la fin. On en a rêvé… Hartzine l’a fait !

Audio

Chroniques

Polar Inertia - Remixed EP (DEMENT3D Records, 10 juin 2013)

La logorrhée journalistique se contente le plus souvent de chiffres, de dates ou de minces références bien senties pour conférer à un quelconque plan marketing les oripeaux d'une chronique désintéressée. Le monde dans lequel on vit est loin d'être parfait, mais c'est ainsi qu'il tourne, à l'envers, selon des logiques consuméristes à peine voilées, et ce, sans omission - ou presque. Difficile pourtant d'appliquer la sacro-sainte formule du genre au collectif techno Polar Inertia qui, après deux EP parus en 2012 sur le jeune label parisien Dement3dThe Indirect Light et The Last Vehicle, laisse œuvrer ses pairs - par le biais de remixes signés Abdulla RashimSilent Servant et Francois X - afin de planter le décorum post-apocalyptique de son électronique sombre, à la fois agressive et glaciale, et pourtant foutrement narrative et introspective. Les adjectifs se bousculent, cognent les tempes et égratignent l'imagination de leur fatuité, tant celle-ci se trouve happée, confisquée par une musique urbaine, omnisciente et pénétrante, dont le philtre addictif s'immisce à la frontière de l'imaginaire et du corporel. L'anonymat n'est pas ici une stratégie, il se vit comme un prolongement logique de l'écoute. Immergé dans les eaux troubles d'une hybridation drone-techno - à mi-chemin entre les productions des labels Blackest Ever Black et Sandwell District -, et n'hésitant ni à user de spoken word contextualisant, ni d'abuser de prouesses visuelles aussi abstraites qu'évocatrices, Polar Inertia reste de ces mystères que l'on préfère garder entier, obnubilé que l'on est par l'ampleur d'un son intensément gris, métallique, jouxtant à l'implacable mécanique rythmique de brumeuses respirations atmosphériques. La cinquième référence d'un catalogue Dement3d que l'on souhaite long comme trois bras.

Hiss : 1292 - Aetherius Society EP (DEMENT3D Records, 1er juillet 2013)

dsc07174-copy-800x600Peu de temps après avoir distillé trois remixes de Polar Inertia signés Abdulla Rashim, Silent Servant et Francois X sur un EP aux entournures claustrophobes, le label parisien Dement3d ne tarit pas la source de ses hybridations techno sombres et minimales, éditant une sixième référence tout aussi anonyme et obnubilante que les précédentes. Aetherius Society EP de Hiss : 1292, en écoute ci-après, est le résultat d'une entente entre deux producteurs - l'un suisse et l'autre de banlieue parisienne - séjournant plusieurs jours durant dans un studio à Genève flanqué non loin d'un chantier en pleine ébullition. Si les pulsations noires et rotatives chères à Sandwell District imprègnent jusqu'au sang le cœur de cette collaboration, cette proximité avec le tumulte urbain habite ces trois morceaux, notamment le déjà révélé Commonly Written Using the Symbols 0, l'entichant de sonorités industrielles à la fois classiques et futuristes, imparables et pénétrantes.


Who are you Night School Records?

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Quel peut être le point commun entre l'adulée Molly Nilsson, la renommée Julia Holter, la fantasque Nikki Nevver de Terror Bird, la théâtrale Canadienne Sally Dige et l'élégante Mara Barenbaum de Group Rhoda ? Voire même avec la stratosphérique Suzy Soundz et sa visionnaire incarnation devenue culte The Space Lady ? A priori, leur féminité militante, leur voix pénétrante au timbre inclassable et donc mémorable, leur caractère insaisissable, leur éparpillement géographique - l'une étant suédoise et établie à Berlin, d'autres de San Francisco et deux d'entre elles tartinant leurs toasts de sirop d'érable - , ou encore le fait d'avoir toutes été, à un moment ou un autre, mises en scène dans nos colonnes ou à l'occasion de l'une de nos soirées. Ainsi, l'interviewée Molly Nilsson (lire) foula l'estrade de l'Espace B en avril 2012 (voir) à l'occasion du premier Fake Series du nom, tout comme Sally Dige (lire) en décembre 2012 et Group Rhoda en mai dernier. En trois ans, Nikki Nevver a quant à elle traîné ses guêtres à l'International - pour notre tout premier concert en compagnie d'Ela Orleans -, l'Espace B et la Mécanique Ondulatoire. Seules les intouchables Julia Holter et Suzy Soundz nous fuient, mais pas tant que ça (lire). Mais non, parmi toutes ces propositions, rien n'y fait, tel n'est pas là leur véritable dénominateur commun. Celui-ci se prénomme Michael Kasparis, instigateur depuis 2011 - et un 7" de Golden Grrrls - du label Night School Records. Le Londonien, un temps collaborateur de l'impeccable blog new-yorkais International Tapes et musicien de son état au sein de Please et de son projet solitaire Apostille, apparaît d'ailleurs en creux d'une autre histoire discographique puisqu'il travailla à Glasgow aux côtés de Fleur et Jérôme, maturant à ce moment précis l'idée directrice de La Station Radar (lire). Le monde est certes petit, mais le milieu de la musique indépendante est lui minuscule et... interconnecté, Michael m'écrivant en début d'année pour m'entretenir d'un LP co-réalisé avec l'Américain Slumberland de Golden Grrrls. De ce même goût pour les caresses vespérales et les nappes synthétiques obnubilantes a germé l'idée de cette interview, mais aussi et surtout de la mixtape, à écouter et télécharger en fin de papier, mettant en relief les aspérités d'un label se jouant, malgré les apparences, d'une esthétique musicale trop orientée : s'il convient de son attachement aux perspectives que recèlent ces divas du DIY, écoutant avant tout son cœur dicter ses choix de sorties, le trentenaire fait montre d'un éclectisme tutoyant l'expérimentalisme noise - avec les Écossais de Divorce, ennemis jurés de tout ORL patenté - électronique - avec les Lisboètes hallucinés de Yong Yong - et rock - avec l'exubérant Benedict Roger Wallers caché derrière le patronyme de The Rebels. Un sacré bouillon de culture underground qu'incarne notamment l'orgiaque cassette-compilation Appeal (2011), jetant un pont entre la micro-structure et une myriade d'autres jalonnant le Royaume-Uni, mais pas que, avec The Pheromoans, Haxan Cloak, Girls Names,  Mushy,  Meddicine ou Dignan Porch. On pense alors à Clan Destine Records, Night People, Mannequin, Captured Tracks... soulignant un peu plus tout l'attrait d'un label déjà auteur de trois LP en 2013, et pas des moindres avec le précité et éponyme Golden Grrrls, l'inestimable All This Time de Terror Bird (lire) et l'ultime The Travels de l'ange Molly (lire). Et ce, sans compter la surprenante sortie d'un 7" de Suzy Soundz, Major Tom/Radar Love - dont la face B est à écouter en exclusivité ci-après - précédant de quelques mois un Greatest Hits réactivant de fait le message de paix et d'harmonie sur terre de la Space Lady. Reprenant seize des meilleurs morceaux de celle qui arpentait, munie de son clavier et d'un casque ailé, les rues de Boston à la fin des années soixante-dix, puis celles de San Francisco dans les années quatre-vingt, et qui aujourd'hui écrit son autobiographie, la compilation rassemble des enregistrements de 1990 remastérisés par Brian Pyle d'Ensemble Economique. Une bonne connaissance de plus.

Audio (PREMIERE)

Audio

Entretien avec Michael Kasparis

Apostille

Raconte-moi comment l'aventure Night School Records a commencé ?
Tell me how did Night School get started? 

Je m'occupe seul du label avec l'aide de quelques amis talentueux. Tout a démarré pendant une période difficile de ma vie durant laquelle je vivais chez un ami et je me sentais déprimé. J'ai pris toutes les décisions importantes relatives au label le jour de Noël 2010, après être resté éveillé jusqu'à quatre heures du matin la veille à regarder Until the Light Takes Us. C'était plus excitant que de se poser les questions existentielles habituelles du style mais qu'est ce que je fous ? Et puis j'ai rencontré pas mal de personnes du milieu qui entubaient et baisaient les artistes, ou qui dirigeaient leur labels n'importe comment, sans aucun sens éthique. Ça a compté, je me suis dis que je pourrais le faire de manière transparente et honnête, en fonctionnant à l'enthousiasme pur.

Le label a commencé par deux sorties : Beaches de Golden Grrrls et Outside de Terror Bird. Les premiers sont des amis et je ne comprenais pas pourquoi personne n'avait encore sorti un disque d'eux, ils étaient si bons - et le sont toujours. Je suis complètement fan de Terror Bird. Je suis tombé amoureux de la voix de Nikki donc je lui ai simplement demandé si je pouvais sortir quelque chose. J'ai vendu un tiers de ma collection de disques pour financer ces sorties puis j'ai dû me débrouiller pour les fabriquer. Tout a été fait dans la difficulté et l'erreur. Au lieu de faire des étiquettes pour Beaches, j'ai découpé des formes que j'ai ensuite peintes à la main. Je me suis aussi coupé le doigt avec le massicot pour les quatre premières sorties dont il existe des éditions très limitées... avec mon sang. Pour le nom... j'allais à beaucoup de cours du soir à l'époque, pour apprendre des trucs, et je suis tombé sur un mauvais film d'horreur du même nom donc j'ai pensé que ça représentait bien mon état d'esprit à ce moment-là.

The label is just me, with some help from talented friends. It started at a difficult time for me, when I was living at a friend's house and feeling bleak; I made all the relevant decisions on Christmas Day 2010, after staying up till 4 am the previous night watching Until the Light Takes Us. I suppose it was something exciting to think about instead of all the usual "what the fuck am I doing?" sort of life questions. Also, I had come into contact with a lot of people who were screwing over artists, or were running labels badly and with no sense of ethics and I just thought I could do it in a transparent way powered by pure enthusiasm.

It started with two releases: Beaches by Golden Grrrls and Outside by Terror Bird. The former were friends of mine and I didn't understand why no one had released a record by them, they were/are so good. Terror Bird was utter fandom. I fell in love with Nikki's voice so I just asked her if I could put something out. I sold a third of my record collection to fund these records, and then had to figure out how to make them. Everything was done with trial and error. Instead of doing labels for "Beaches" I cut out shapes and hand painted the labels. I also sliced my finger up on a guillotine for the first 4 releases so there are very limited editions with my blood on some of them. The name - I was doing a lot of 'night classes' at the time, learning things, and I came across a bad slasher flick with the same name so I thought it represented how I was feeling at the time.

Quelle est la direction artistique du label ? Y a-t-il une esthétique musicale, un concept que tu essaies de garder à chaque sortie ? Il y a une évolution depuis les débuts, non ?
What's the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release? There is an evolution compared with the origin, no isn't it?

J'aime l'imaginer comme une sorte de tribune libre où je peux exprimer différentes idées et voir ce qui se passe. Je n'ai pas de recommandations, ni de directives, ni d'indications méthodiques ou une idée définie de ce qui est ou de ce qui doit être. Financièrement, c'est contre-productif, les labels ayant une idée très précise de ce qu'ils sont, une identité fixe, arrivant plus facilement à créer une communauté de fans. Mais selon moi c'est du marketing et c'est moralisateur, ce que j'essaie d'éviter. Ça engendre l'inertie, la médiocrité. J'aime surprendre les gens.

L'unique ligne directive est que, pour chaque sortie, je dois avoir un instinct viscéral à son sujet, sur son existence. Je suis bien conscient que certaines personnes qui n'aiment qu'un seul type de musique n'apprécieront qu'un ou deux groupes sur le label, et c'est bien, je suis heureux de pénétrer par petites touches dans leur monde. Mais ce que je trouve le plus intéressant c'est quand quelqu'un achète un disque de Golden Grrrls et un autre de Yong Yong en même temps. Je jouais à Brighton l'autre jour et quelques personnes sont venues me dire qu'elles adoraient le label - elles achetaient des disques de Group Rhoda et portaient des T-shirt de Divorce - et ce genre de choses signifie beaucoup. Ça montre que certaines personnes ont des idées similaires et que personne n'est seul.

Et oui, il y a une évolution. Mais si tu écoutes la cassette Appeal (LSSN003 d'avril 2011) tu auras un aperçu assez large du catalogue ! Il y a des trucs comme Haxan CloakBill KouligasMaria MinervaHeatsick dessus à côté de Golden Grrrls, Hard Skin, The Lowest Form. Je pense qu'aujourd'hui, les gens ont des goûts plus larges - en tout cas en ce qui me concerne - et je ne vois pas pourquoi un label ne devrait pas simplement suivre son cœur.

I like to think of it as a sort of open forum where I can gently nudge different ideas into the open air and see what happens. I don't have methodical guidelines or a set idea of what it is or should be. This is counterproductive financially as labels that have a very set idea of what they are, a fixed identity, tend to do better at building a 'fanbase.' But to me this is branding and is a little didactic, which I try to avoid. It engenders stasis, mediocrity. I like surprising people.

The only guideline for each release is that I have to have a gut instinct about it, about seeing it in the world. I'm well aware that some people who like certain musics will only like one or two things on the label and that's great, I'm happy to penetrate their world a little. But what I find most interesting is when people buy a Golden Grrrls record and a Yong Yong release together, for example. I was playing a show in Brighton recently and some people came up to me and said they loved the label - they were buying Group Rhoda records and had a Divorce T-shirt on - and that sort of thing means a lot. It shows that some people have similar ideas and that one is not alone.

And yes, there is an evolution. But if you listen to the Appeal tape I did - LSSN003 from April 2011 - you'll get a pretty broad preview of the scope! It had stuff like Haxan Cloak, Bill Kouligas, Maria Minerva, Heatsick on there next to Golden Grrrls, Hard Skin, The Lowest Form. I think these days people have wider tastes - I certainly do - and I don't see why a label shouldn't just follow its heart.

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Quels genre de labels t'inspirent dans ta démarche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

Mmmh... un mélange entre les entreprises de mes amis et mes labels préférés à travers l'histoire. ESP – pour la liberté totale qui permet aux artistes de faire tout ce qu'ils veulent. En plus, ils ont l'air cool. El Saturn – un des premiers labels DIY ! Sun Ra est un modèle de quelqu'un d'à la fois clairement business man (si si, il l'était !) mais qui avait aussi l'air de venir complètement d'un autre monde (ou pour dire simplement « et complètement à l'ouest »). La Vida Es Un Mus – Mon ami Paco le dirige et il m'a été d'une grande aide au début. Il a une approche très pratique des choses et ça se voit dans ses disques. Il ne fait aussi jamais de compromis. Hospital Productions – le label de Dominick Fernow est un très bon exemple d'un label dirigé par un artiste qui s'occupe autant de ses propres travaux que de ceux des autres. Dischord – pour toutes les raisons que tu peux imaginer. Je n'aime plus tant de trucs sur le label mais comme modèle, c'est assez imbattable. Elektra – si tu regardes l'éventail des sorties d'Elektra de ses débuts à son incorporation à WEA en 1969, c'est assez dingue. Elektra a sorti AMM (un groupe anglais d'impro avant-garde de 1967), Bread, en passant par Funhouse. Et c'était par amour de la musique. Enfin je l'espère. Peut-être pas. Ils n'ont pas du gagner beaucoup d'argent avec AMM en tout cas.

Mmm... a mixture of friends' endeavours and my favourite labels through-out history: ESP - for the sheer freedom, allowing the artist to do whatever they want. They also look great. El Saturn - one of the original DIY labels! Sun Ra is a big inspiration for basically being a business man (come on, he was!) but also being other worldly. La Vida Es Un Mus - my good friend Paco runs this and he was a big help early on. He has a real hands-on approach to everything and it shows in his records. He also never compromises. Hospital Productions - Dominick Fernow's label is a great example of an artist-run label that equally deals with his own material and that of others. Dischord - For all the reasons you can imagine. I don't like that much on the label any more but as a model it's pretty unbeatable. Elektra - If you look at the range Elektra put out from it's inception to it's incorporation into WEA in 1969 it's pretty wild. Elektra put out AMM (1967 British improv avant garde group) through to Bread via Funhouse. And it was because they loved the music. I hope. Maybe not. They probably didn't make a lot of money out of AMM at least.

En tant que patron de label, est-ce que le DIY a une forte influence sur ton travail ? Est-ce que tu considères encore Night School comme un label artisanal ?
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work? Do you still consider Night School like a bedroom label?

Oui, carrément. Bien que je ne sache pas exactement ce que ça signifie, DIY. C'est souvent utilisé par certaines personnes comme moyen de se sentir supérieur. Il y a des labels qui s'occupent d'absolument tout mais, pour ma part, j'aime toujours pousser le raisonnement jusqu'à l'absurde. Par exemple, un label peut être DIY mais il paye quand même quelqu'un pour presser un vinyle. Tu vois ce que je veux dire ? Où est-ce-que ça s'arrête ? Je suis DIY dans le sens où personne ne me dit ce que je dois faire. Je me fais aider pour distribuer les disques et parfois j'engage des gens pour la promotion, tout dépend de la sortie. Parfois je fais les sérigraphies des jaquettes, parfois des amis le font et il m'arrive d'avoir un budget qui me permet de les payer. Night School Records est un label artisanal puisque je n'ai pas de bureau, j'ai un boulot alimentaire, et il ne me rapporte pas vraiment d'argent. Ma chambre est si petite que si j'avais 200 LP invendus, il faudrait que je dorme dehors.

Yes definitely. Though I don't actually know what that means, DIY, I think it's often used as a means for people to feel superior over other people. There are labels where people do absolutely everything but I always like to reduce things to their absurd end. So for example, such and such might be a DIY label but you're still paying someone to press a vinyl record. You know what I mean? Where does it stop? I'm DIY in that no one tells me what to do. I have help distributing the records and sometimes I hire people to get the word out, depending on the release. Sometimes I sit and screen print sleeves, sometimes I have friends who do that and I might have a budget to give them some money. Night School Records is a bedroom label in that I don't have an office, I have a day job, and I don't really make any money out of it. My bedroom is so small that if I had 200 LPs leftover from a pressing I would have to sleep outside.

Quelle est la sortie dont tu es le plus fier ?
What’s the release of which you are most proud?

Chaque sortie est unique et je suis fier de chacune d'entre elles pour différentes raisons. Je suis fier du LP de Golden Grrrls parce que beaucoup de personnes ont pu l'entendre. Et Group Rhoda a été le premier LP que j'ai sorti. En ce moment, ma plus grande fierté est All this Time de Terror Bird, forcément. C'est un disque où, intimement, je me suis impliqué à toutes les étapes. D'ailleurs, toutes les chansons me font littéralement craquer.

Each release is different and I'm proud of them for different reasons. I'm proud of the Golden Grrrls LP in that a lot of people got to hear it. Group Rhoda was the first long player I did so I'm proud of that. At the moment I'm most proud of All this Time by Terror Bird, naturally. It's the record I've been most intimately involved with at every stage and every song on it almost makes me burst.

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Quels sont les artistes de Night School qui représentent le mieux l'approche artistique du label ?
What are the artists on Night School who represent most the artistic approach of the label?

Wow, je ne sais pas. Peut-être Apostille - c'est-à-dire ma propre musique - parce que c'est presque aussi ouvert musicalement que le catalogue du label. Peut-être est ce une réponse trop évidente... ?

Wow I don't know. Maybe Apostille (as in, my music) because it's almost as open in musical strains as the labels' roster. Maybe that's too obvious an answer...

Julia Holter, Golden Grrrls, Terror Bird, Group Rhoda... le label recèle une constellation de jeunes chanteuses délayant une pop expérimentale et synthétique. Es-tu obsédé par ce type de voix ?
Julia Holter, Golden Grrrls, Terror Bird, Group Rhoda... The label reflected a constellation of young women singing only an experimental and synthetic pop. Are you obsessed by this king of voice?

Haha, c'est une bonne question que je me suis d'ailleurs déjà posée. Je dois d'abord préciser un truc : je ne suis pas à la recherche de jeunes femmes qui chantent par dessus des synthés. En revanche, j'aime les voix féminines. Je les trouve plus puissantes que la plupart des voix masculines. Moins prudentes peut-être. Je ne sais pas. C'est difficile de parler de cet aspect, étant un homme : c'est condescendant - voire même sexiste - de ma part de rechercher ce genre de choses - et peut-être même louche et pervers. Pour ma défense j'ai aussi sorti The Rebel - dont Man V Cock est probablement la meilleure parodie de la misogynie existante -, Divorce avec pas un seul synthé et Yong Yong. Ceci étant dit, il y aura cette année beaucoup plus de sorties du genre de celles que tu as mentionnées.

Et puis, je suis plus intéressé par la perspective que par les voix. J'aime des points de vue différents de ceux dont te gavent les médias. Quelqu'un comme The Rebel a une vision du monde différente de celle de la plupart des gens et je trouve ça très intéressant. C'est la même chose avec Nikki de Terror Bird. La dernière chose par laquelle j'ai envie est de juger la musique d'un groupe est le sexe du musicien.

Haha that's a good question and one I've thought about. I have to say that I don't go looking for young women singing over synths, but I do love the female voice. I find it more powerful than most male voices. Less guarded maybe. I don't know. It's hard to talk about this aspect as a male; I think it would be patronizing and maybe even sexist for me to just go for that sort of thing - and also maybe creepy. In my defense I've also released The Rebel - "Man V Cock" is probably the best send-up of misogyny you can think of - Divorce (not a synth in sight) and Yong Yong. Having said this, this summer will see a lot more of the sort of stuff you mentioned from Night School...

Maybe it's not the voices so much as the perspective that I am interested in. I like different perspectives from what you are force fed by consensus media opinion. Someone like The Rebel sees the world in a different way to a lot of people and I find that very appealing. The same goes with Nikki from Terror Bird. The last thing I want to do is judge music on the gender of the musician.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelles sont tes relations avec eux ?
How do you choose the artists with whom you work and what are your relations with them?

J'aime penser que j'ai de bonnes relations avec chacun d'entre eux. Tant que tout le monde est honnête et fait les choses pour de bonnes raisons il n'y aura jamais de problème. Je choisis les artistes uniquement en fonction de leur musique et j'espère que ce sont des gens bien après coup. Il doit y avoir des musiciens qui sont des personnes affreuses mais heureusement, je n'ai pas encore sorti leurs albums. Ce n'est pas pour dire que je n'aime pas la musique de gens horribles, c'est certainement le cas, mais je n'ai pas eu de problème de communication avec les artistes. Ça fait partie du jeu, et maintenant, je considère la plupart, si ce n'est tous, comme des amis - s'ils ne l'étaient pas déjà avant.

Je ne pourrais jamais sortir un disque en lequel je ne crois pas et dont je ne pense pas que le monde a besoin de l'entendre.

I'd like to think I have good relations with all of them. I feel like as long as everyone is honest and does things for the "right reasons" there will never be a problem. I choose artists purely based on their music and hope that they are good people afterwards. There must be some musicians that are horrible people but thankfully I haven't released any of their records yet. That's not to say that I don't like horrible people's music, I probably do, but I haven't had a problem communicating with artists. It's part of the fun anyway, and most if not all of them I would now consider friends if I didn't before.

I would never put a record out that I didn't believe in and that I didn't think needed to be in the world.

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Peux-tu nous présenter les derniers LP de Terror Bird, Divorce et Golden Grrrls ? Quelles sont leurs histoires ?
Can you present us your ultimate three LP of Terror Bird, Divorce and Golden Grrrls? What's the story of this releases?

Haha OK, par ordre de sortie alors !

Divorce : Je suis ami avec Andy et Vic depuis l'adolescence. Leur musique a toujours été bien mais je crois qu'avec Divorce ils ont vraiment réussi ce qu'ils cherchaient à faire. La première fois que je les ai vus, ça m'a vraiment déconcerté, ça ressemblait aux débuts des Swans mais dénué de l'excès de masculinité (même si j'aime les Swans à leurs débuts, que ce soit clair). Ils ont évolué dans ce type de groupes qu'il est très difficile de décrire précisément. Ce n'est pas du simple noise rock. C'est vraiment unique.

Ils ont travaillé de manière obsessionnelle sur le disque pendant des mois puis on a décidé de faire des pochettes sérigraphiées. Le groupe les a faites lui-même soit 1000 pochettes en trois couleurs ! Quand j'évoquais le sujet avec eux pendant cette période j'avais l'impression qu'ils avaient des envies de meurtre. Mais ils s'en sont sortis et ce disque se définit par l'amour absolu qu'ils ont pour ce qu'ils font. Ils peuvent sembler un peu tendus en tant que personnes mais au fond ils sont portés par l'enthousiasme, la sueur et le sang. Littéralement. Ce disque te donne l'impression de passer ton cerveau à l'eau de Javel et je suis très reconnaissant qu'il existe. Je suis vraiment excité à l'idée de retravailler avec Divorce !

Golden Grrrls : Je crois que le groupe et moi-même sommes assez fiers de ce disque. Nous apprenons au fil du temps et ce disque m'a presque fait pleurer à quelques occasions. C'est POP et j'étais très fier que mes amis aient réussi leur coup. Chaque morceau est parfait à mes yeux.

Ils ont enregistré dans une usine de colle, ont utilisé des réservoirs de colle comme réverb, et beaucoup de personnes y ont participé à différents niveaux. Nos amies Laetitia de Manchester et Roxanne de Londres ont fait l'artwork.... Laetitia fait partie de Comfortable on a Tightrope avec notre pote Perry, tandis que Roxanne joue dans Veronica Falls et a un don pour le graphisme et ce genre de trucs. Des amis à Glasgow qui dirigent la structure Good Press nous ont aidé avec les dépenses, Mike l'a sorti sur Slumberland à San Francisco et un label japonais, Tugboat, a signé un contrat de licence pour sa sortie là-bas. Du chemin a été parcouru depuis la chambre de Ruari - un des membres de Golden Grrrls. Ça me rend si heureux de voir ce disque rendre d'autres personnes heureuses.

Terror Bird : Bon, comme je l'ai déjà dit, ce disque signifie beaucoup pour moi, pour différentes raisons. Chaque sortie dans laquelle je suis impliqué tient une place particulière dans mon cœur, j'investis beaucoup dans chacune, et All this Time, c'est un disque dont je parle à Nikki depuis des années, depuis le début de Night School. J'ai toujours voulu faire un album de Terror Bird mais je voulais le faire une fois que je serais devenu un peu plus à l'aise avec le processus et que j'aurais pu lui rendre justice.

En gros, pendant des mois, je me levais le matin et je trouvais ces chansons brutes que Nikki avait écrites dans ma boîte mail et ça me stupéfiait à chaque fois. Chaque nouvelle chanson devenait ma préférée. Le truc drôle c'est que parfois elles arrivaient par paquet de 3 ou plus et je me disais Mais comment PEUT-elle faire ça ? Elle est souvent blasée à propos de ça aussi. Donc quand après deux mois, je les ai rassemblées dans leur état brut, je sentais que ça allait être un super album de pop. La voix de Nikki est l'une de mes préférées de tous les temps et je crois que les morceaux de ce LP racontent une histoire, ils se répondent entre eux. Ils sont un peu tristes, quelques-uns sont drôles de la même manière que les Smiths étaient drôles, mais ce sont tous de superbes morceaux qui, je l'espère, touchent les gens autant qu'ils m'ont touché.

J'ai vraiment l'impression que Terror Bird devrait être écouté par le plus de gens possible. Je ne comprends pas vraiment ce que signifie le fait d'être mainstream ou même si c'est important mais ces chansons devraient être écoutées par tout le monde. Elles sont universelles et elles ont un sens. Elles - comme Terror Bird - ne sont pas un exercice à la mode et vide de sens dans l'assimilation de la pop culture. Ce sont les chansons d'un être humain qu'elle a écrites sur sa vie et son cœur. Que peut-il y avoir de mieux ?

Haha OK, in order of release!

Divorce: I've been friends with Andy and Vic since I was a teenager. They've always done good music, but I think it's Divorce that really nailed what they were trying to do. The first time I saw them it really floored me: like early Swans stripped of the over-bearing masculinity (but I like early Swans, don't get me wrong.) They've evolved into the sort of band that is really difficult to describe accurately. It's not 'normal' noise rock or whatever. It's just really unique.

The record they worked on obsessively for months and then we decided to screenprint the covers. The band did this themselves - 1000 sleeves in three colours! When I was talking to them about it during the time I felt like they wanted to kill me and themselves. They got through it and it is a record defined by the sheer love of what they do. They may sometimes be a little tense as people but at heart they are driven by enthusiasm, sweat and blood. Literally. That record is like washing out your mind with bleach and I am very thankful it exists as it does. I'm really excited to be working on future Divorce stuff!

Golden Grrrls: I think the band and I both are pretty proud of the record. We're both learning as we go and this record almost brought a tear to my eye a few times. It's POP and I was really proud of my friends for pulling it off. Each song on it is perfect in my eyes.

They recorded it in a glue factory, used glue tanks as reverb units, and loads of people contributed to it in different ways. Our friends Laetitia in Manchester and Roxanne in London did the artwork… Laetitia does Comfortable on a Tightrope with our friend Perry, while Roxanne plays in Veronica Falls and also has a great eye for graphics and such. We had friends in Glasgow who run Good Press help out with the lay out, Mike in San Francisco put it out on Slumberland, a Japanese label called Tugboat licensed it for release there. It's gone a long way from Ruari's (Golden Grrrls' guy) bedroom. It makes me so happy to see this record make other people happy.

Terror Bird: Well, as I said before, this record means a lot to me for various reasons. Each release I'm involved has a unique place in my heart, I invest a lot in each one, and for All this Time it was a record I talked to Nikki about for years, since the beginning of Night School. I always wanted to do a Terror Bird album but I wanted to do it when I was a little more comfortable in the process and could do it justice.

Basically for months I would wake up in the morning and in my inbox would be these rough songs that Nikki had written and I would be floored every time. Each one would be my new favourite. The funny thing is sometimes it would come in batches of 3 or something and I'd just be like "how can she DO this!?" She's often quite blase about it too. So when after a couple of months I pieced them together in their rough state, I felt like this was going to be a really amazing pop record. Nikki's voice is one my favourites of all time and I think the songs on this LP tell a story, they speak to each other. They're a little sad, some of them are funny in the way the Smiths were funny, but they're all great songs that I hope touch people in the same way they touched me.

I really feel that Terror Bird should be heard by as many people as possible. I don't know what "the mainstream" is or whether it should be paid attention to but these songs should be heard by everyone. They're universal and they actually mean something. They - and Terror Bird itself - is not some empty trendy exercise in pop culture assimilation. These are the songs of a human being writing about her life and her heart. What can be better than that?

À quoi ressemblera le futur proche de Night Schools Records ? Peux-tu présenter une des prochaines sorties, ou un projet secret ?
What’s the near future for Night Schools Records? Can you present any of the new releases or secret project?

Toujours plus ! Il y a pas mal de projets cette année. Certains vont vraiment surprendre les gens, d'autres les réjouiront et d'autres encore les perturberont probablement. On ne peut pas faire mieux.

More and more! There's a lot lined up this year. Some of it is really going to surprise people, some of it is going to make people happy and others is going to probably confuse people. Exactly the best way.

In a Circle Mixtape

loops
Plutôt que de présenter un mix de trucs que j'écoute et de trucs « cool » du passé j'ai préféré rester « dans la famille ». Dedans, il y a des artistes avec qui j'espère travailler, une inspiration secrète, des amis, quelques passages issus de précédents disques de Night Schools et un ou deux indices pour le futur. Je vous laisse décider qui est quoi.

Rather than present a mixture of things I'm into and "cool" stuff from the past I thought I'd keep it "in the family." There's a few artists on there that I'm hoping to work with, a secret inspiration, some friends' music, some cuts from previous Night Schools records I've released and one or two hints at the future. I'll let you decide which is which.

01. Divorce - Cunts in a Circle (from DIVORCE, Night School 2012)
02. Osmiroid - Casanova Technique (self released Cassette 2013)
03. The Rebel - Man v Cock (from TITRACK LUXURY OR BUMS ON A ROCK, Night School 2012)
04. Terror Bird - The Wrong Way (from ALL THIS TIME, Night School 2013)
05. Yong Yong - Tocha (Lord Prince Infinito Edit) (from LOVE - forthcoming LP release Night School 2013)
06. The Space Lady - Synthesize Me (Self Released, 1990)
07. Golden Grrrls - Think Of The Ways (from GOLDEN GRRRLS, Night School 2013)
08. Paco Sala - 06 (from THE FOG Cassette, Digitalis 2013)
09. Apostille - Dirt (demo) (from forthcoming release on GOATY 2013)
10. Occult Hand - Jessica Part 1
11. The Only Child - Pain Brought Forth (Demonstrations pt. 3)
12. Group Rhoda - Concrete Jungle (demo) (from TIME SAFARI, forthcoming on Night School)
13. Sally Dige - Doppelganger (from self titled 7" 2012 on Fabrika)

Mixtape's artwork by Alex Humphreys
Traduction Marie-Eva Marcouyeux

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=shUKSNAx74A

https://www.youtube.com/watch?v=7yz55xPma_Y

https://www.youtube.com/watch?v=W6tJqY2owp8


Who are you Howlin' Banana Records ?

Le 9 mai prochain, Los Dos Hermanos - duo garage de Bordeaux - sort sur Howlin' Banana Records son premier LP, Bourbon, Blood & Seafoods. L'occasion toute trouvée pour Tom, instigateur dudit label parisien, d'organiser le même jour à La Mécanique Ondulatoire une release party en bonne et due forme (Event FB) - et pour laquelle Hartzine offre des places (lire) - en plus de présenter en quelques questions/réponses - avalées d'une traite comme des godets - sa micro-structure, soufflant sa première bougie, et n'ayant eu auparavant que des 7" à son actif (Travel Check, The 60 Second Swingers et The Cavemen Five). Soit un maillon de plus qui compte dans la scène garage-punk francilienne - avec Born Bad, Inch Allah Records et Eighteen Records (lire) - entre disques bien branlés et concerts à la pelle.

Entrevue avec Tom

D’où te sont venues l’idée et la volonté de créer Howlin' Banana ? Tu fais tout tout seul ?

Ça faisait un bail que je voulais monter un label, j'ai eu l'occasion de bosser quelques mois pour Dirty Water Records à Londres, et j'y ai appris pas mal de choses sur le fonctionnement d'un label, du coup j'ai monté Howlin' Banana à mon retour en France. Je fais ça tout seul, surtout pour avoir un contrôle total de sur ce que je fais. C'est pas toujours simple, comme ça fait une grosse charge de boulot mais au moins je n'ai pas à faire de compromis ou me taper des délibérations sur tel ou tel truc.

Quelle est la signification d’un tel nom ?

J'ai galéré pendant un moment pour trouver un nom, du coup au bout d'un moment j'ai décidé de chiper le nom d'un label allemand, Screaming Apple. J'aime bien les bananes, je leur ai demandé et ça les a fait marrer, et voilà pour le nom. D'ailleurs c'est le même graphiste qui m'a fait le logo, Darren Merinuk. Je leur ai tout chouré.

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Entre punk, garage et DIY, comment définirais-tu plus précisément l’esthétique musicale et graphique du label ?

Musicalement, le label reflète ce que j'aime, du garage surtout, du punk, et pas mal de genres qui gravitent autour, surf, psyché, etc. J'essaie de mixer des influences très sixties avec des choses plus modernes, comme je me sens aussi proche de l'un que de l'autre. Mais bon je n'ai pas vraiment de ligne directrice définitive, si demain je me mets à aimer le zouk ou la disco, j'en sortirai des albums.
Pour le côté DIY je fais tout tout seul donc on est en plein dedans j'imagine. Sinon sur le plan graphique, j'ai commencé par faire les flyers moi-même, sans connaissance de Photoshop, donc ça a été franchement laborieux. Aujourd'hui j'ai quelqu'un qui me file un coup de main pour ça, et pour les pochettes je demande à des potes, en fonction des projets.

C'est quoi être DIY pour toi aujourd'hui ?

La même chose qu'avant je suppose, se démerder pour faire les choses soi-même, faire fonctionner son réseau pour rester indépendant des grosses structures. Comme je suis indépendant, je fais ce que je veux et comme il me plaît, et puis si ça ne marche pas tant pis. Mais bon je préférerais que ça marche.

Comment choisis-tu les artistes que tu souhaites sortir ?

J'en sais trop rien, au coup de cœur j'imagine, et je préfère bosser avec des groupes avec qui j'ai un bon feeling perso, c'est plus sympa. Sinon j'ai pas vraiment de business plan.

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Que représente pour Howlin' Banana la sortie du LP de Los Dos Hermanos ?

C'est un premier LP déjà donc je veux mettre le paquet. C'est plus simple que de bosser sur des 7" qui n'intéressent pas grand monde à part le public hardcore. Ensuite, je crois vraiment dans le groupe et j'adore Billy et Carole, donc je veux faire le max pour que ça marche pour eux. Et devenir riche au passage.

Et si tu devais nous présenter le groupe, tu dirais quoi...

Ça devrait rappeler à certains des groupes US actuels, Oh Sees, Segall et cie, avec l’écho dans le chant, etc. mais c'est plus que ça, ils ont de vrais bons morceaux, et un truc à eux, des éléments de surf qui ajoutent une touche de soleil, de sud-ouest tu vois.
Howlin' Banana, c'est donc quatre sorties pour le moment, dont trois 7"... mais ce n'est pas qu'un label, non ? Parle-nous de Bananas Magazine ?

C'est un zine basé à New York, branché garage-punk essentiellement, et distribué via des shops et mailorders. J'écris dedans et je le distribue en France mais je n'ai pas participé à sa création, c'est indépendant du label, mais bon le nom et ma participation ajoutent pas mal à la confusion.

Le fait d’être basé à Paris et-il un avantage quand on veut faire vivre ce type de structure ? Quel est ton réseau ?

J'imagine oui, c'est plus facile de ramener du monde aux concerts déjà donc ça m'apporte un peu plus d'exposition, comme je fais jouer un paquet de groupes. Mais bon, d'ici à en vivre, il y a une grosse marge. Pour mon réseau, je sais pas trop, ce sont des groupes, des zines, d'autres labels, des salles, etc. Tous les gens que je suis amené à rencontrer dans le cadre du label et des soirées.
Niveau concerts... Howlin' Banana est intimement lié à la Mécanique Ondulatoire, non ?

Oui, c'est une salle que j'adore, autant pour le lieu que l'équipe. Le programmateur m'y a accueilli à bras ouverts dès le début. Et je pense que c'est mieux de faire tous mes concerts au même endroit, plus simple de s'y retrouver pour le public, et puis je m'y sens comme à la maison.

Quel est le futur proche d'Howlin' Banana ?

La même chose, des concerts cool, et des sorties. Je vais me concentrer un peu sur les LP, c'est plus rentable et plus intéressant de bosser dessus. Cela dit j'ai un 7" des Norvins dans les tuyaux, un groupe garage-punk parisien, qui devrait sortir bientôt. Je vais un peu accélérer le rythme des sorties à partir de septembre, j'ai un paquet de projets en tête mais c'est un peu tôt pour en parler !

Pour finir, tu peux présenter ta mixtape ?

Bon déjà j'y ai mis des extraits des sorties du label, promo oblige. J'y ai rajouté des groupes qui vont jouer dans les soirées Howlin' Banana à la Mécanique Ondulatoire, Mujeres, un groupe espagnol très Black Lips qui jouera à la release party de Los Dos Hermanos, Wildmen, un super duo italien que je fais jouer le 14 mai et Kaviar Special, un groupe rennais qui devrait jouer le 2 juin. J'y ai aussi glissé un morceau de Dusty Mush, un groupe de Melun (et ouais) avec qui je vais sûrement bosser dans un futur proche, voilà !

Vidéos


Who are you Visage Musique ?

Appréhender Visage Musique, c'est être subjugué par la beauté et la cohérence d'une compilation, leur première. Tenter de s'immiscer dans le monde de Visage Musique, d'en démasquer les contours, c'est contacter Dino Secondino. Et questionner Dino, c'est attendre les réponses d'un collectif de groupes - Gold ZebraBrusque TwinsTony CopsPolice des Moeurs et Violence -, unis et soudés autour de leur existence comme label. Pas d'entremetteur donc, mais un relatif et excitant anonymat pour ce label montréalais initié en août 2010 via un premier EP de Gold Zebra, et dont la discographie s'est récemment étoffée par le biais d'un split 7" de Police des Moeurs et Frank (Just Frank) (lire) et d'un maxi de Violence - dernier groupe ayant rejoint la micro-structure -, défloré cette semaine à peine (lire). Mais questionner Dino, c'est aussi penser plus que consciemment au truculent Bernardino Femminielli (lire ici et ), qui partage, outre la feuille d'érable et la consonance transalpine des noms d'emprunt, un irrépressible attrait pour une musique européenne, mélange d'italo-disco et de synth-pop, le tout sur fond d’atmosphères rétro-futuristes. Bernardino m'expliquait ce choix, que l'on fera leur, signifiant un amour certain "pour la sensualité des ambiances des discothèques et des pulsions de la musique disco". Pourquoi ? "C’est une musique qui possède une base assez simple pour la complexifier à sa guise". Visage Musique est ainsi assimilable à ces curieux anachronismes avant-gardistes revisitant une esthétique minimaliste eighties - musicalement grimée aux sons de synthétiseurs d'époque et graphiquement froide et épurée - tout en conservant une tonalité résolument moderne, voir post-mortem, Police des Moeurs se définissant tel "un moment transitoire vers un monde post-technologique et post-écologique". Contrebalançant adroitement la rigidité d'une image déshumanisée propre à l'ère digitale par une certaine dose d'humour et d'auto-dérirision - leur blog en atteste - et par la récurrente volonté de se produire sur scène, chaque groupe délaye à sa manière une palette de sentiments qui en font sa spécificité au sein du label : il en va de la magie noire et sensuelle des deux Brusque Twins, de la mélancolie d'alcôve propre à Gold Zebra - en concert le 7 juin prochain à Paris -, de la vindicte acide de Police des Moeurs - s'invitant cette année le temps d'un EP sur Atelier Ciseaux -, de l'érotisme feutré du duo Violence ou encore de l'hédonisme ludique d'un Tony Cops auteur d'une mixtape à (re)découvrir ci-après et dont le tracklisting révèle deux inédits du futur LP de Gold Zebra.

Audio

01. Gold Zebra - Love, French, Better
02. Gold Zebra - Dark Musique
03. Brusque Twins - Speaking in Colors
04. Brusque Twins - What Else Is There to Say
05. Tony Cops - Eventide
06. Tony Cops - Umberto
07. Police des Moeurs - La Politique de la division
08. Police des Moeurs - Incertitude et démission
09. Police des Moeurs - Monde Fallacieux
10. Violence - Façades

Entrevue avec Dino Secondino

D’où est venue l’idée et la volonté de créer Visage Musique ? Quels sont vos modèles et influences ?

C'est en voyant l'engouement pour notre musique à l'étranger ainsi que le manque d'intérêt du public et des médias montréalais que nous avons eu l'idée de créer VM. En nous regroupant, nous voyions l'avantage de s'associer entre groupes locaux, autant pour la facilité de bâtir une confiance entre tous, mais aussi la possibilité de faire la promotion de la musique sous cet angle, organiser des spectacles...

Nous ne suivons pas de modèle pré-établi, car y en a-t-il un encore aujourd'hui ? Pour ce qui est des labels qui nous ont influencés, il y a d'abord Factory pour l'esthétique et le travail graphique. Certains labels français comme Kitsuné et Tigersushi nous avaient impressionnés par leur approche "boutique" et une sélection raffinée. Nous aimons beaucoup les labels qui s'efforcent de faire de bon repress de disque maintenant cultes comme Minimal Wave et .

Peux-tu nous expliquer la signification d’un tel nom, Visage Musique ? Est-ce lié à cette obsession de donner corps à l'immatériel, le digital ?

Effectivement, (le) Visage est la somme de notre identité commune, l'interface avec laquelle nous présentons notre musique. L'idée de travailler face à face, sous une identité commune, semblait être bien exprimée de cette façon. Nous voulions un nom en français pour illustrer notre identité montréalaise francophone, même si paradoxalement le nom a été suggéré par un de nos membres anglophone (Derek de Brusque Twins) !

Le fait d’être basé à Montréal n’est-il pas un avantage conséquent quand on veut faire vivre ce type de structure ?

Oui dans la mesure où Montréal est reconnu pour sa créativité et son rayonnement à l'international. En revanche les scènes sont nombreuses mais petites, donc il y a d'une part un travail rassembleur à faire, et d'une autre la nécessité de s'exporter.

Les groupes du label semblent proches aussi bien esthétiquement qu'humainement. Visage est-il tourné vers ce qui se fait ailleurs, comme le laisse penser la collection de split entamée avec Gold Zebra et Police des Moeurs ? Y-aura-t-il un jour des artistes étrangers ? 

C'est une question que nous nous posons toujours. Serait-ce dévier de nos intentions initiales ou plutôt manquer l'opportunité d'offrir cette modeste plateforme à d'autre, puisqu'elle existe ? La série de splits 7” donne un début de réponse à cette question tout en reflétant les liens que nous avons tissés avec des groupes étrangers.

Comment définis-tu l’esthétique musicale et graphique du label ?

L'esthétique graphique minimale vient du désir de mettre la musique à l'avant-plan. Tous les groupes ont leur propre style et influences, mais l'utilisation des synthétiseurs, le contexte sonore rétro et la mélancolie définissent l'homogénéité entre les groupes, le son VM.
Visage compte aujourd'hui neuf sorties physiques. Votre mode de production est essentiellement DIY.  Pouvez-vous décrire votre fonctionnement ? 

Le design graphique, l'assemblage et le shipping des releases se font de manière collective. Nous avons trouvé notre vitesse de croisière avec la sortie des derniers 7". Le cycle de fabrication des disques vinyles est de plusieurs semaines, ce qui nécessite un ajustement si on a l'habitude de faire des sorties mp3 ou CD.

Gold Zebra, Brusque Twins, Police des Moeurs, Tony Cops... Peux-tu nous présenter les artistes du label ?

Gold Zebra : amoureux et pourvoyeurs de disco noir bouleversante et déchirante. Parfois en français, parfois en anglais, ils célèbrent le passé, entourés d’instruments analogiques, de mélodies et de mélancolies.

Brusque Twins : perdus quelque part dans la captivité d'un vol chamanique, les Brusque Twins refont occasionnellement surface, offrant des morceaux d'eux-mêmes, nous donnant ainsi un bref aperçu de l'émotion fervente de leur esprit venant d'un monde lointain.

Police des Moeurs : groupe de musique pop synthétique fondé à Montréal qui propose une musique froide, mélodique et nostalgique pour les coeurs brisés et les âmes noires. Police des Moeurs est la trame sonore de la nuit nucléaire, un moment transitoire vers un monde post-technologique et post-écologique.

Tony Cops : un projet solo sous un pseudonyme, célébrant le côté leftfield des productions discos électroniques du début des années 80.

Quels sont les projets immédiats et futurs du label ? 

2013 sera l'année des LP ! D'abord avec le premier long jeu de Gold Zebra en mai, suivi du premier LP des Brusque Twins dû pour la fin de l'année. Gold Zebra et Police des Moeurs planifient présentement des tournées européennes pour l'été. La série de splits 7" se poursuivra avec VM09 et VM10. La compilation Volume II est aussi prévue pour la fin de l'année.

La première compilation Visage Musique donne un seul indice en la personne de Femminielli. Quels sont les amis de Visage Musique ?

Nous avons partagé la scène avec plusieurs groupes d'ici et de l'extérieur comme Automelodi (lire), Chevalier Avant GardeDigitsFrank (Just Frank)Dream AffairMartial Canterel (lire) et Kontravoid. De plus nous avons développé de bonnes relations avec des groupes comme The Golden FilterSoft MetalsNeud Photo et aussi avec l'excellent blog de Toronto Silent Shout, ainsi que le label français Chez Kito Kat.


Who are you Skylax Records ?

Neuf ans que Skylax existe et c'est toujours avec la même surprise qu'on redécouvre le back catalogue du label au détour d'une playlist et/ou d'une cabine DJ. On vous évitera la description formelle du défricheur pour parler de Joseph, la tête pensante du label. Néanmoins beaucoup aimeraient griffonner sur leur Discogs des collaborations fréquentes avec la scène house US canal historique (Trax Records) et développement d'artistes en marges des charts beatports (Dj Sprinkles, Simoncino). Revue chronologique du label avec son créateur.

(Conseil de lecture adressé aux novices : n'hésitez pas à opérer des allers-retours avec ce lien Discogs référençant le catalogue du label, ndlr.)

Interview

Tu créés le label en 2004. Comment tu présentes le projet à tes premières signatures ?

J’ai créé le label en 2004 effectivement, cela s’est fait dans la foulée car trois mois avant j’étais encore boss & a/r à Parisonic/Square Roots. Cela s’est fait très rapidement, les contacts étaient déjà bons avec les artistes et je n’ai eu aucun mal car certains des projets sur lesquels je travaillais - notamment la ré-issue du jungle wonz Bird In A Guilded Cage (Danny Krivit mix) - étaient déjà bien avancés, c’est devenu la première référence de ce qui allait devenir Skylax.

C'était trop compliqué de rééditer les tracks originaux ? D'ailleurs, concrètement, comment on s'y prend quand on veut rééditer un truc sorti sur Trax ?

Le track original est ressorti avec tu penses bien ! Il était tout simplement accompagné de remixes, histoire de rafraîchir un peu l’histoire. Dans ce cas-là, l’edit de Danny était tout simplement magique et à mon avis indispensable. Je connaissais bien le détenteur des droits de Trax Records puisque sur Square Roots (sous-label de Parisonic), j’avais déjà ressorti pas mal de Chicago Tracks entre 2002 et 2003 (Stevie Poindexter, Lidell Townsell, Franckie Knuckles, Ralphi Rosario, Mickey Oliver, etc.). D’ailleurs je joue encore beaucoup de ces tracks qui avaient bénéficié de super remixes, notamment celui de D’julz pour Computer Madness.

Dès 2005, le label suit un rythme régulier de sorties (3 à 4 par an). En termes de ventes, ça accroche plutôt en Europe ?

Complètement. J’ai toujours mis un point d’honneur à sortir le plus de disques possibles, ceux que je considère comme importants, donc 3/4 par an, ça commence à être mon rythme de croisière. Pour les ventes, sincèrement, ça accroche surtout aux États-Unis et au Japon - à cette époque je pressais tous mes disques aux US donc forcément...

Ok. Tu enchaînes à la fin des années 2000 avec deux artistes sur lesquels je voudrais qu'on s'arrête. Maximilian Skiba d'un côté et DJ Sprinkles de l'autre. Les deux produisent une musique précieuse, distinguée, hyper travaillée, notamment du point de vue des arrangements. J'ai l'impression qu'avec ces sorties tu atteins un espèce de climax dans l'exploration des sonorités post-disco du label. C'est aussi ton sentiment ?

Tout à fait, mais évidemment tout ceci n’est pas délibéré, c’est juste qu’à un moment tu te retrouves avec des tracks et tu te dis : "Tiens, ceux-là sont bons, j’y reviens souvent, ça doit être un signe". Sans compter que oui, pour moi, ces mecs sont de super producteurs, avec un univers très fort chacun. DJ Sprinkles c’est encore plus complexe à mon avis, ce n’est pas seulement de la musique, c’est de la philosophie, de l’art abstrait, de la photographie, une science du mix et de l’élégance, bref c’est une musique militante pour moi dans le sens le plus noble du terme, c’est en fait l’artiste ultime.

Tu travailles pas mal avec Simoncino par la suite. Comment se fait la rencontre ? Vous avez forcément dû parler de Jungle Wonz, Simoncino en étant un peu l'enfant illégitime, non ?

Elle s’est faite tout simplement via le net : il me dit qu’il est fan de Skylax et veut absolument sortir sa musique sur le label, j’écoute et bon là c’est comme une évidence, ça me plaît donc on y va. C’est vrai que j’ai toujours adoré les sons « anciens ». Le mec travaille en analogique alors forcément ça me touche, d’autant plus qu’il a été un des premiers sur cette vague du « retour à l’authentique ». Sa musique restera.

On n'a pas encore parlé d'Hardrock Striker, ton alias de producteur. Comment tu concilies le rôle de DA avec ton activité de producteur quand il s'agit de sortir tes morceaux sur ton propre label ? Un staff te seconde dans ces moments-là ?

Non c’est juste par à-coup, je suis très instinctif. Si c’est le moment et que je le sens, je fonce, je sors le track. Après le dilemme prod et artiste, ça n’en est pas un, faux problème, tout le monde l’est un peu aujourd’hui, on le voit avec le nombre de labels incalculables qui sortent les prod du boss et d’autres potes. Bien qu’il est vrai que j’ai toujours eu un plus de mal à me « vendre » et à promouvoir mon travail, même si je pense que j’ai été capable jusqu'à présent de toucher à des univers très variés, voir différents styles avec une certaine « maîtrise » dirons-nous.

Dis-nous deux mots sur les sous-divisions de Skylax, Wax Classics, STAY UNDERGROUND IT PAYS & COSMIC CLUB. Ce sont purement des labels programatiques avec d’un coté des rééditions de classiques et de l'autre des trucs plus confidentiels ?

Non, en fait comme tu peux t’en douter, je reçois tellement de bonnes démos de très bon artistes que j’ai été contraint de créer tous ces sous-labels afin de les sortir. Pour Skylax en même temps, c’est genre pas possible. Après il y a une identité pour chaque label, Skylax est très house classic, Wax Classic plus deep house, SUIT plus new-wave et Cosmic Club leftfield.

Via les réseaux sociaux, j'ai vu que tu partageais pas mal de flyers, affiches de clubs 80's ou 90's parisiens entre autres, symboles de la "nuit d'avant". Le supposé âge d'or de la nuit parisienne commençait par là : des visuels forts qui transcendaient l'iconographie de la night life ?

Oui mais heureusement il y a eu le Pulp.

Question tarte à la crème : si tu devais ne garder que trois clubs parisiens toutes époques confondues, lesquels auraient ta faveur ?

LE PULP.

 

SKYLAX RECORDS
http://skylaxrecords.com/labels/skylax-records.html

WAX CLASSIC
http://skylaxrecords.com/labels/wax-classic.html

COSMIC CLUB
http://skylaxrecords.com/labels/cosmic-club.html

STAY UNDERGROUND IT PAYS
http://skylaxrecords.com/labels/stay-underground-it-pays.html

 

Audio


Who Are You Les Disques du 7ème Ciel ?

Qu’il s’agisse des concerts acoustiques qu’il a organisés sur sa terrasse - Les Concerts 7ème ciel, ou de son label Les Disques du 7ème Ciel, Damien fait confiance à son instinct et se révèle être profondément sincère lorsqu’il nous parle des artistes qu’il aime et pour lesquels il s’investit. Cette interview, qui vient en préambule d’une release party qui aura lieu au Petit Bain jeudi 24 janvier - pour laquelle on vous fait gagner des places ici -, nous démontre que la passion et l’utopie sont aujourd’hui les meilleures armes des mélomanes passionnés qui un jour décident de sauter le pas.

Pourquoi avoir choisi 7ème ciel comme nom de label ?

Je ne me souviens plus exactement pourquoi j’ai choisi ce nom-là. En tout cas, c’était très spontané, pas du tout réfléchi. Sûrement  un jeu de mots sur le fait d’habiter au 7ème étage de mon immeuble, d’y organiser des concerts sur la terrasse de l’appartement, avec le ciel à perte de vue ; l’idée d’emmener les gens qui venaient aux concerts dans des contrées moins redoutables, plus orgasmiques. Sur le coup, la touche un peu salace m’a sûrement fait rigoler deux minutes. Surtout que de la terrasse, on voit le Sacré-Cœur.

Ce dont je me souviens pour sûr, c’est d’avoir voulu un nom de label super long, un truc pas percutant du tout et qui irait à contre-courant des lois du marketing. Avec le recul, je trouve ce nom un peu débile. En plus, à l’instar du jeune gothique qui marche dans la rue en regardant ses godasses, habillé de son trench coat plus-noir-que-noir-tu-meurs et de son pétard à la Robert Smith sur le crâne, autant dire qu’avoir choisi un tel nom n’est pas la meilleure façon de faire profil bas. Cela dit, je ne suis pas à une contradiction près.

On a organisé ces concerts pendant quatre ans. Chaque été, on ouvrait notre maison à des inconnus, des gens qui gagnaient leur place grâce à un concours organisé par notre partenaire, popnews.com. Ç'a été une aventure géniale. Tout était gratos. On ne vendait rien. On partageait alcool et victuailles. Les groupes jouaient gratuitement. Ils se rémunéraient sur la vente de disques à la fin de la soirée. Vente qui, soit dit en passant, leur rapportait souvent plus que le cachet qu’ils auraient empoché s’ils avaient joué dans une petite salle de concert parisienne typique.

La plupart des soirées se finissaient fort tard, avec la sono à fond dans le salon. Après les concerts, on faisait boîte de nuit ; moitié indé, moitié gros hits dégoulinants des années 80. On s’est bien marré.

La tournure qu’a prise cette mode des « concerts en appartement » à Paris m’agace. Ce qui a commencé comme un moment de partage unique a dégénéré ces dernières années en histoires de fric et de promo pure. Il y a des boîtes d’évènementiel qui se sont spécialisées dans ce type de concert et qui demandent jusqu’à 60€ pour assister à ces « concerts ultra privés » avec, parfois, champagne à volonté. Au 7ème Ciel, c’était plutôt Kro, 1664 et erm… gnôle.

M’enfin, c’est la loi du genre : faites preuve d’un tant soit peu d’altruisme ; faites remarquer que « Hey, vous voyez bien qu’il faut cesser d’avoir peur de l’autre ! J’ouvre ma porte à des gens que je ne connais pas et on ne m’a jamais piqué un seul CD » et vous pouvez être sûr que cette jolie idée sera récupérée par des gougnafiers.

Remarque, j’ai vu le truc venir. Il y a quelques années, toutes les majors du disque (je dis bien toutes) et certaines indé, m’ont contacté pour faire jouer leurs poulains au 7ème Ciel. La mode des concerts en appart', c’était un truc qui rentrait à présent dans leur plan marketing. Lancement d’un nouvel artiste ou d’un nouvel album ? Faisons cela en organisant un concert en appart' ! C’est tellement tendance ! Si en plus, y’a une terrasse avec vue sur le Sacré-Cœur, ça va arracher ! Autant te dire que je leur ai tous dit d’aller se faire voir.

Quelles sont les raisons qui t'ont amenées à créer un label après cette expérience ? 

Ça s’est fait naturellement. Une histoire de circonstances. La manière dont on organisait ces concerts, le côté très humain de l’expérience, ont débouché sur de belles amitiés avec certains des groupes.
La première saison, j’ai invité And Also the Trees, un groupe qui a fait les beaux jours du post-punk anglais dans les années 80. En trente ans de carrière, ils n’avaient jamais joué dans de telles conditions : en acoustique et sans amplification. Moi, dans ma grande naïveté, je trouvais ça intéressant de les faire jouer dans un tel format. Bref, depuis l’arrivée d’un contrebassiste dans le groupe, ils se sont sûrement dit que c’était le moment d’essayer quelque chose de nouveau. Lorsqu’ils m’ont dit qu’ils étaient intéressés, j’étais soufflé.

Suite à ce concert, ils ont sorti un magnifique album acoustique, When The Rains Come, qu’ils ont tourné à deux reprises en Europe. Un peu avant sa sortie, je leur ai demandé s’ils avaient des titres en boîte qu’ils n’avaient pas mis sur l’album. Certaines des meilleures chansons d’And Also the Trees sont sur des faces B de singles. Je n’étais donc pas très inquiet au sujet de la qualité des morceaux en question. J’ai été emballé par ce qu’ils m’ont envoyé. C’est ainsi que Les Disques du 7ème Ciel sont nés.

Peux-tu nous présenter les artistes que l'on trouve aujourd'hui dans ton catalogue ? 

Un de mes objectifs est de ne pas enfermer Les Disques du 7ème Ciel dans un genre particulier. Autant dire que je ne me facilite pas la tâche. À peine ai-je construit un petit réseau pour une sortie que je dois en construire un autre car le public potentiel pour cette dernière est (parfois très) différent de la première.

On trouve donc And Also the Trees (post-punk/gothique à l’origine, moins bruyant mais toujours aussi vénéneux et poétique), Lolito, un jeune groupe lillois aux brûlots pop-rock de trois minutes (en gros, chaque chanson est un single en puissance), de la chanson française avec Maud Lübeck (je ne suis pas très chanson française à part Ferré ou Barbara mais, justement, Maud  a quelque chose de très spécial qui la relie à ces grands-là).

Fin janvier, je sors le nouvel album d’Alexandre Varlet, un jeune homme dont les influences remontent au post-punk et au dark folk anglo-saxon et qui enregistre depuis quelques années avec une guitare en bois.

Personne, dans le paysage de la chanson française, ne ressemble à Alexandre. Il est le seul, avec cette voix si particulière et ses textes travaillé au fer rouge, à proposer un folk mutant et poétique en français, sombre et lumineux à la fois. À vrai dire, ça m’énerve de voir un homme pareil s’ébrouer dans une indifférence quasi générale. Tout ça parce qu’il ne rentre dans aucune case. Je suis sûr que l’Histoire me donnera raison.

Je sors également, fin janvier, un double album vinyle de Theo Hakola, This Land Is Not Your Land. Theo était une de mes sources d’inspiration lorsque j’étais adolescent, à l’époque de Passion Fodder, son second groupe. L’humanisme et la rébellion qui exhalent de ses paroles m’ont marqué et continuent de m’émouvoir.

Ce nouvel album est ce qu’il a sorti de plus intense et de plus beau depuis longtemps ; à la croisée des chemins entre Nick Cave (avec qui il a d’ailleurs beaucoup tourné) et le blues électrique. Et puis, n’oublions pas que sans Hakola, il n’y aurait peut-être jamais eu Noir Désir. En effet, c’est lui qui a poussé Barclay à les signer à la fin des années 80 et qui a produit leur premier disque.

Quelles sont selon toi les qualités que doit avoir un passionné pour ouvrir son propre label ?

La folie, peut-être ? Je pense qu’être sincère dans sa démarche est essentiel. Si tu veux durer dans le temps et continuer à être satisfait de ton travail, la sincérité est primordiale. Il faut rester humble et à l’écoute ; ne pas forcément tenir compte de conseils soi-disant avisés et demeurer obstiné.

Une fois que tu sais où tu veux aller avec ton projet, peut-être faut-il éviter de virevolter dans tous les sens et de brasser de l’air pour rien. Même si c’est parfois fort tentant. Cela dit, il y a des personnes qui font ça à merveille - brasser de l’air - et qui s’en sortent, selon leurs critères de réussite, à merveille.

Sinon, savoir compter est important. À défaut de gagner de l’argent, autant éviter d’en perdre.

Tu mets un point d'honneur à soigner l'esthétique de tes sorties : qu’elles soient en vinyles ou en CD, l'auditeur acquiert de beaux objets en édition limitée. Sui s'occupe des choix artistiques ?

L’identité visuelle du label est importante. Je tiens à ce qu’elle soit forte. Lorsque je suis tombé dans la marmite, à la fin des années 80, mes références étaient 4AD et Factory. Ceci explique cela. Voilà pourquoi je travaille avec le même graphiste pour quasiment toutes les sorties. C’est quelque chose dont je parle aux groupes en amont. S’ils ne sont pas d’accord sur ce point, alors, à moins qu’ils ne me proposent quelque chose que je juge être dans l’esprit 7ème Ciel, je ne travaille pas avec eux. C’est aussi simple que cela.

Damian O’Hara, le graphiste avec lequel je travaille, est un ami de longue date. Il sait où j’essaye d’aller. Damian a fait St Martin’s à Londres. Le mec touche sa bille. Ma chance, c’est que dans ses propositions, il y a toujours quelque chose qui m’emballe. Après, l’idée d’origine et les détails, on les bosse le plus souvent ensemble.

Bien qu’il soit difficile d’être pointilleux lorsqu’on travaille avec très peu d’argent, je crains que ma petite bicoque ne fasse long feu si je baisse la garde. Alors, oui - je mets un point d’honneur à soigner la bête. Sans être chiant (m’enfin, ça, y’a sûrement que moi qui le pense), je suis exigeant.

Pour moi, sortir un disque ne se résume pas à recevoir les bandes, l’artwork fait par quelqu’un que je ne rencontrerai jamais, à presser le disque en question et à le mettre en vente. Le 7ème Ciel est avant tout une histoire de rencontres.

On peut acheter toutes les sorties sur ton site et dans quelques points de vente à Paris (Balades Sonores, Fargo, GroundZero, Fnac des Halles…). Quels efforts as-tu mis en oeuvre pour réussir ce compromis de qualité de fabrication et de prix ?

L’idée, c’est en effet de fabriquer de beaux objets et de les vendre à des prix raisonnables.

Lorsque tu décides de sortir des disques au packaging qui sort de l’ordinaire, il y a un gros travail de sourcing à faire. Il s’agit de trouver des petits fournisseurs qui vont comprendre ton discours. Le souci, c’est que les gens qui font de belles choses sont, bien évidemment, souvent très chers. Il s’agit donc de trouver le meilleur compromis pour que les disques du 7ème Ciel ne se retrouvent pas en rayon ou sur notre site à des prix prohibitifs.

Maintenant, il y a toujours des esprits chagrins qui trouvent que 18€ pour un beau gatefold ou 22€ pour un 10’’ EP gatefold avec CD inclus, le tout en carton recyclé très épais et petit tirage, c’est trop cher. Penser ainsi, c’est méconnaître les coûts de nos productions et ce qui se passe dans l’arrière-boutique.

Pourrais-tu m'expliquer dans quelle économie tu as créé ton label, et quelles sont tes objectifs pour pouvoir continuer à proposer d'autres sorties ?

Pour le meilleur et pour le pire, ma culture professionnelle est très anglo-saxonne, très DIY. Je n’ai jamais demandé une aide financière pour un projet musical à quelque organisme que ce soit. J’ai donc commencé le label avec mes propres deniers. Maintenant, les choses sont très simples : si un disque ne marche pas, je n’ai pas les moyens de sortir le suivant. J’ai donc matière à être précautionneux et exigeant sur toute la ligne.

J’ai juste envie de continuer, lentement mais sûrement, à faire les choses sérieusement sans me prendre au sérieux. Le petit monde de la musique indé est bourré de gens qui la font à l’envers. Ces gens-là me fatiguent.

Quelles sont tes différentes activités autour du label et combien de temps te prennent elles ?

Si tu as besoin de tes huit heures de sommeil pour tenir debout, inutile de te lancer dans une telle aventure. En plus de ton boulot, celui qui paye ton loyer, le label et l’organisation de concerts te demanderont une attention de tous les instants et une importante somme de travail et d’énergie. Ça, c’est si tu t’investis à tous les niveaux comme moi. Après, tout le monde n’est pas aussi frappadingue que je le suis.

Tu as refondu récemment le site du 7ème Ciel pour l'adapter au label. Avec qui as-tu travaillé sur l'identité visuelle ?

Je travaille avec Steve Wheeler, un des musiciens du groupe australien Heligoland. Steve est un ami. Je savais qu’en bossant avec lui, on aurait quelque chose de minimal qui siérait bien à l’identité visuelle des pochettes développées par Damien O’Hara et à l’idée générale que je me fais du 7ème Ciel.

Quelles sont tes prochaines idées pour le label ?

J’aimerais bien faire une petite série de split albums. L’idée, ce serait de mettre en face A un groupe qui soit un peu connu, et un petit nouveau en face B, histoire de faire connaitre ce dernier au plus grand nombre.

Et puis, plutôt que de faire bosser le graphiste sur la musique, j’aimerais bien, un jour, demander au musicien de bosser sur le travail du graphiste.

On est impatient de voir réunis sur scène les artistes du 7ème Ciel au Petit Bain le 24 janvier. Nous réserves-tu quelques surprises ?

Des ballons et des confettis ! En veux-tu, en voilà.

Enfin, peux-tu nous présenter brièvement la mixtape que tu nous as concoctée ?

Dans l’ordre, mes grandes émotions musicales ont été le Requiem de Mozart et celui de Fauré (chantés par des chœurs d’enfants, car chanter la mort sied à leurs voix), Dead Can Dance, The Auteurs, la pop espagnole d’Elefant, Godspeed You! Black Emperor et Arvo Pärt.

En fait, ma plus forte émotion est lorsqu’enfant, j’ai chanté La Messe Solennelle de Vierne à la cathédrale de Chartres avec mes petits camarades de la chorale et le grand orgue qui vrombissait à tout rompre. Dans le genre, on peut difficilement faire plus rock ‘n’ roll. À côté de ça, je t’assure qu’assister à un concert de Sunn O))), c’est de la gnognotte. J’imagine que toutes ces références se retrouvent, quelque part, sur la mixtape.

Mixtape

01. Theo Hakola – The Only Church (This Land Is Not Your Land, 2012)
02. Baader Meinhof – There’s Gonna Be an Accident (Baader Meinhof, 1996)
03. Iris & Arm – Le Lièvre (Les Courants Forts, 2010)
04. Single – Pío Pío (Pío Pío, 2006)
05. Les Savy Fav – Hold On to Your Genre (Inches, 2004)
06. Bed – The Lucky Hand (The Newton Plum, 2001)
07. Birch Book – Jacob Fleet (VA Last Summer, 2012)
08. Alexandre Varlet – Umovedown (Alexandre Varlet, 2013)
09. And Also the Trees – Scarlet Arch (A Room Lives in Lucy EP, 1984)
10. Current 93 – Whilst the Night Rejoices Profound and Still (Soft Black Stars, 1998)
11. Maud Lübeck – C’est pas rien (La Fabrique, 2012)
12. Jérôme Minière – L’indifférence (Le Vrai le Faux, 2010)
13. Lolito – Echo Echo (Lolito, 2012)

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