Who are you Medical Records?

Medical Logo

Quel est le point commun entre les français de Peine Perdue - que Stellar Kinematics et Hartzine feront jouer le 30 septembre à La Plage de Glazart - , ceux d'Illustration Sonore (lire), les jeunes américains de Roladex (lire) et U/V Light (lire) et les légendes que sont Alexander Robotnick, Severed Heads ou Kline Coma Xero (lire). A priori, un même dévouement pour la pop synthétique, les fragiles lignes mélodiques et les boîtes à rythme désuètes. Mais aussi et surtout un label basé à Seattle, Medical Records, instigué par Troy Wadsworth, bien aidé dans sa tâche par Tyler Jacobsen. Tissant, dans le sillage de labels tels que Minimal Wave, Dark Entries, Mannequin ou le français Desire, un habile équilibre entre rééditions et nouveautés, la structure nord américaine épate avant tout par sa productivité et sa constance en termes de qualité : Synesthesia, la compilation anniversaire fêtant les cinq ans de Medical, est la cinquantième référence de celui-ci. Une prouesse assez incroyable pour un label qui grave dans les sillons vinyliques chacune de ses sorties et qui, évidemment, n'est pas prêt de s'arrêter là. Histoire de poser son cul dans un seau de glace à l'épreuve des nécessaires chaleurs estivales, on a soutiré une mixtape à Troy qui a exclusivement pioché dans son back-catalogue, en plus de lui poser quelques questions auxquelles il nous a répondu avec un certain art de la concision.

Troy Wadsworth l'interview

Tyler & Troy
Comment Medical Records a-t-il débuté en tant que label ? Et pourquoi ce nom ?
Tell me how did Medical Records as label get started? Moreover, why this name?

Depuis l'école primaire, je suis un collectionneur de musique avide, un vrai écureuil. En grandissant, je suis passé par divers styles pour finalement tomber amoureux de la synth music, au sens général. J'ai rapidement compris que ces enregistrements chéris de fin 70/début 80 coûtaient cher. J'adorais ce que faisaient Vinyl On Demand, Anna Logue et Minimal Wave et j'ai eu envie de lancer mon propre label de réédition. Le nom vient d'un bon ami du lycée qui y a pensé quand il envisageait l'idée de créer un label d'enregistrement à la fin des années 90, quand je prévoyais d'entreprendre des études de médecine. Le nom m'est resté et le choix a été facile lorsqu'il a fallu donner un nom au label (actuel).

I have been an avid music collector (hoarder) since I was in grade school. As I grew up and went through several genres, I eventually fell in love with synth music as a whole. I quickly learned that these beloved records from the late 70s/early 80s were getting spendy. I absolutely loved what Vinyl On Demand, Anna Logue, and Minimal Wave were doing, so I aspired to start my own reissue label. The name originated from a good friend of mine from high school who thought of it when we had tossed around the idea of starting a record label in the late 90s since I was planning on going to Medical school. The name always stayed with me so it was an easy choice when the decision was necessary to name the (current) label.

Votre première release était Deutsche Wertarbeit et Alexander Robotnick avec ce LP au nom tellement prémonitoire : “It Is Only The Beginning” (Ce n'est qu'un Début). Tu peux revenir sur l'histoire de ces deux releases ?
Your first release was Deutsche Wertarbeit and Alexander Robotnick with the LP with the premonitory title "It is only the Beginning" (Ce N'Est Q'Un Début). Can you return on the story of these two releases?

L'histoire de Deutsche Wertarbeit est drôle. Je contactais divers artistes pour essayer de mettre sur pied ma première release. J'adorais cet album (comme beaucoup des premières sorties de Sky). J'ai réussi à trouver le fils de Dorothea sur un forum, et il s'est montré assez gentil pour nous mettre en contact. Elle a adoré l'idée, et le projet a été lancé. Pour Robotnick, il est très accessible et facile à contacter par mail. Je n'ai eu qu'à demander sa permission. J'atais choqué que personne ne l'ait réédité avant moi. C'est une icône.

Deutsche Wertarbeit was a funny story. I was contacting several artists trying to nail down my first release. I was in love with this album (and a lot of early Sky releases). I somehow managed to find Dorothea's son on an internet forum, and he was kind enough to put us in touch. She loved the idea, and it happened. For Robotnick, he is very approachable and easy to email. It was as easy as asking his permission. I was quite shocked someone hadn't reissued it before me. It's iconic.

Le label a cinq ans. Quelles sont d'après toi les dates charnières de cette aventure ?
Now, the label is five year old. Could you point to us the key dates of this adventure?

J'avais le sentiment que les quatre premières rééditions seraient critiques pour notre visibilité (Deutsche Wertarbeit, Robotnick, and les deux LP Chrisma). La Der Plan a beaucoup aidé aussi. Parmi les temps forts qui nous ont aidé à nous mettre “sur les rails”, il y a Gina X, Mathematiques Modernes et Drinking Electricity. Bien sûr, notre première release contemporainre, Illustration Sonore, était une évolution essentielle qui nous a permis de partir dans cette direction. La collaboration avec Light In The Attic autour de la réédition de Seefeel était elle aussi phénoménale !

It felt like the first 4 reissues were really critical in allowing us to be seen and heard (Deutsche Wertarbeit, Robotnick, and the 2 Chrisma LPs). The Der Plan helped a lot too. Other highlights that helped put us on "the map" were Gina X, Mathematiques Modernes, and Drinking Electricity. Of course, our first contemporary release, Illustration Sonore, was a key move for us which allowed us to go in that direction. Collaborating with Light In The Attic to reissue Seefeel was phenomenal too!

Vous vous focalisez sur la réédition mais aussi sur les groupes actuels. Quel genre de labels ont inspiré votre approche ?
You are focused on reedit but also on young current groups.What kind of labels inspired you in your approach?

Dark Entries et Minimal Wave (via Ciitrax) ont indiscutablement démontré qu'on peut être un label de réédition et sortir de nouveaux artistes comme le font d'autres labels géniaux comme Captured Tracks, Mannequin, etc.

Well, definitely Dark Entries and Minimal Wave (via Cititrax) proved you can be a reissue label and release new artists as well as other amazing labels as Captured Tracks, Mannequin, etc.

Medical Five Years

D'après toi, quels artistes ont façonné l'histoire récente du label ?
According to you, what artists shaped the recent history of the label?

Nous avons pris un virage intéressant en rééditant Seefeel. Je trouvais intéressant d'essayer de rééditer quelques-unes de mes ruptures de stock préférées en shoegaze des années 90, et d'autres classiques oubliés de la même période. Nous avons donc là aussi pris un “virage” intéressant, de même qu'avec Laika, Rollerskate Skinny. Nous prévoyons Pram à la fin de cette année. The U/V Light est une autre migration dans une direction quelque peu différente qui, je pense, ouvrira les portes à d'autres productions électroniques récentes qui ne collent pas forcément parfaitement à l'étiquette “new wave” ou “disco”, etc.

We took an interesting turn when we reissued Seefeel. I had an interest in trying to reissue some of my favorite out of print 90s shoegaze records and other 90s lost classics, so we took an interesting "turn" with that as well as Laika, Rollerskate Skinny. We have Pram planned the end of this year. Also, The U/V Light is another move in a somewhat different direction which I thinks opens the floodgates for other new electronic acts that don't necessarily fit into a perfect box of "new wave" or "disco", etc.

Quelle est la direction artistique du label ? Y a-t-il une esthétique musicale, un concept que vous essayez de préserver à chaque release ?
What’s the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Je dirais qu'il s'agit d'une esthétique qui évolue sans cesse, même si c'est évident que nous sommes d'immenses fans du pop art et des représentations colorées qui font saigner les yeux !

It's a slightly ever changing aesthetic I would say though it is obvious we are huge fans of pop art and retina-burning color representation!

Quel est le rapport entre Rodalex et le label ?
What's the link betwen Rodalex and the label ?

Excellente question. Tyler Jacobsen, l'un des membres de Rodalex, est aussi directeur artistique, homme de RP et assistant bras droit de Troy. Tyler et Troy sont amis depuis leur adolescence dans le Texas.

Great question. One of the Roladex members, Tyler Jacobsen, is also the art director, PR man, and general right hand assistant to Troy. Tyler and Troy have been friends since they were teenagers growing up in Texas.

Les groupes viennent d'Europe (France !) ou des États-Unis. Comment les sélectionnez-vous ?
The bands come from Europe - France ! - or USA. How do you choose them?

J'en sollicite certains parce que j'aime leurs productions (ou les nouveaux sons de nouveaux artistes). D'autres parce que nous recevons leurs démos.

Some of them I seek out because I love the records (or the new sounds for new artists). Some of them are demos we receive.

Medical Stuff

En 2015, Medical Records c'est huit enregistrements ! En tant que gérant de label, le DIY a-t-il une forte influence sur les travaux ?
In 2015, Medical Records it’s 8 records ! As label owner, does the DIY have a strong influence on your work?

Indiscutablement, mais nous ne sommes pas 100% DIY. Les designs/templates sont conçus par Tyler. Le matériel source est préservé à partir de la meilleure source et le mastering effectué par Matrin Bowes (d'Attrition fame) à Londres. The plant imprime les jaquettes et presse les vinyles, donc nous ne sérigraphions pas nous-mêmes, etc. Si c'était le cas, on ne terminerait jamais rien !!!

It absolutely has a strong influence, but we are not 100% DIY. The designs/templates are done by Tyler. The source material is preserved from the best source and mastered by Martin Bowes in London (of Attrition fame). The plant prints the jackets and presses the records, so we don't screen print ourselves, etc. If that were the case, we would never get anything done!!!

Quels sont les projets à venir de Medical Records ? Parle-nous de vos prochaines releases.
What’s the near future for Medical Records? Tell us about your next releases?

Nous avons deux sorties très excitantes à venir dans le courant de l'année. L'une est le nouveau LP Cloudland Canyon, une production absolument géniale. Les fans de leurs derniers EP et d'U/V Light vont être soufflés. Dans la même veine, on a le nouveau LP de Geneva Jacuzzi. Il a été enregistré par le célèbre producteur Chris Coady et il sera historique chez Medical. Avec aussi de superbes rééditions dont une compile des “tubes” vocoder de Zeus B. Held et les fabuleuses démos du britannique Red Fetish. C'est difficile à suivre !

We have two really exciting new releases coming up later this year. One is the new Cloudland Canyon LP which is an absolutely brilliant record. Fans of their last few EPs and the U/V Light are going to be blown away. Equally earth-shattering is the new LP by Geneva Jacuzzi. It was recorded by famous producer Chris Coady and will be one for the books for Medical. Plenty of great reissues as well such as a comp of Zeus B. Held vocoder "hits" and the fabulous demos by UK's Red Fetish. It's hard to keep up!

Mixtape

01. Kitty - Kinski (MR-048)
02. Roladex - Empty Streets (MR-031)
03. Aloa - Banane Zitrone (MR-029)
04. Severed Heads - 4.W.D (MR-035)
05. Chrisma - Calling (MR-004)
06. Kline Coma Xero - Left Behind (MR-036)
07. Alexander Robotnick - Les Grands Voyages De L’amour (MR-032)
08. Red Fetish - The Last Man (MR-055)
09. Dalek I - Destiny (Dalek I Love You) (MR-010)
10. Psychic Youth - The Future Now (MR-028)
11. ((PRESSURES)) - I’m A Vocoder (MR-030)
12. Body 11 - Hearts (MR-023)
13. Tse-Tse - So Viel Mehr (MR-043)
14. Null And Void - All Of The Old Humans (MR-040)
15. U/V Light - 10/4/90 (MR-046)
16. Mixed Feelings - Because Of You (MR-041)
17. Zeus B. Held - Cowboy On The Beach (MR-054)
18. Peine Perdue - Disparition Fantome (MR-047)
19. Secession - Betrayal (MR-049)
20. Le Cliché - Production Line (MR-042)
21. Laugh Clown Laugh - Feel So Young (MR-025)
22. Illustration Sonore - Our Bodies (MR-027)
23. Rollerskate Skinny - Bring On Stigmata (MR-037)


Who are you SDZ records?

Quand on évoque SDZ records dans les colonnes d'Hartzine, le sentiment premier est celui d'une proximité, d'une connivence. D'un esprit, de goûts. Un lien affectif naturel consacré trop évasivement lorsque Nicolas, instigateur du label et de celui exclusivement cassette Crudités, prenait la plume pour nous sous l'alias Max Dembo le temps d'à peine plus d'une dizaine de chroniques, se réconciliant pour un temps à l'activité première de SDZ : le fanzinat 1.0. Une indicible adéquation avec le catalogue du label, dont on a souvent fait échos, qu'il s'agisse des plus ou moins récents Dan Melchior (lire), Old Mate (lire), Armure (lire) ou Space Blue (lire). Avec quinze années au compteur, SDZ est un témoin privilégié de la scène indépendante et expérimentale hexagonale, celle désormais consacrée par les identifiés Villette Sonique et autre Sonic Protest, mais qui se résout la plupart du temps à des salles de petites capacités, humant l'alcool, la transpiration et l'urine. La veille du top départ d'une série de quatre soirées itinérantes célébrant ces quinze plombes, entre Dj-set et concerts au Zak Bar, à l'Olympic, à la Mécanique Ondulatoire et à la galerie Treize, on lui a posé quelques questions et soutiré une mixtape anniversaire à écouter et télécharger plus bas. Fête.

Nicolas SDZ, l'interview

avec_TheRebel

Nicolas w/The Rebel

SDZ Records a quinze ans. Peux-tu nous dire d’où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t’a conduit à créer ce label ?

Je suis de Paris mais le label s'est créé à Québec, rue d'Aiguillon, dans un appart situé au-dessus d'une quincaillerie. C'est un détail anodin mais qui donne un indice sur le côté bricolo et artisanal du label depuis ses débuts. A l'époque je traînais avec Les Vipères, un groupe punk dont le chanteur - Vince Posadzki - habitait dans la même rue. Leurs concerts étaient hyper sauvages et je n'en manquais pas un, ça mettait du piment dans ma vie étudiante. C'était un peu les petits cousins éloignés des Dogs et de Starshooter et ils se sont mis en tête de faire une tournée en France. J'ai sorti un 45 tours pour l'occasion, un split avec un groupe nancéen (dans lequel on retrouvait King Automatic), en co-production avec le label de Stéphane Dufour. Stéphane tenait depuis le milieu des années 90 un site web formidable, le Fourdu WWW, regroupant plein d'infos sur ses groupes et labels favoris. C'était, il me semble, un des premiers sites web musicaux en France. Les Vipères ont fait trois tournées dans l'hexagone et Vince est maintenant installé à Paris, il joue actuellement dans T.I.T.S et Délicieux Enfant. Suite à cette première sortie je ne pensais pas qu'il y en aurait d'autres. Mais SDZ était aussi et surtout, depuis 1997, un fanzine et un site web que je faisais avec mon pote Laurent. Etant en contact avec pas mal de groupes, d'autres disques sont sortis par la suite, petit à petit. Et puis en 2011 j'ai aussi créé un label K7, Crudités.

Si tu devais établir une chronologie de cette histoire, quelles dates retiendrais-tu et pourquoi ?

C'est difficile à dire car il n'y a pas eu tant de sorties - une vingtaine sur SDZ, une dizaine sur Crudités - et puis j'aime aussi tous ces moments, entre les sorties, où le label est un peu en veille. En fait, plus que des dates, ce que je retiens ce sont principalement des rencontres. A part Vince, il me faut citer le Anteenagers Music Club sans qui mon retour d'expatriation - c'est à dire mon sevrage de sirop d'érable et de Labatt 50 - aurait été beaucoup plus difficile. Ils organisaient des soirées au Ménestrel, sorte de vrai-faux bar clandestin dans la cave d'une pizzéria à la Butte aux Cailles et j'y croisais toute la clique de la boutique Born Bad des débuts (No Talents, Splash Four, etc.) et d'autres aux goûts et aux styles iconoclastes. Il y a eu aussi Ben R. Wallers (The Rebel, Country Teasers), un artiste anglais fantastique dont j'admire l'esprit, l'indépendance et l'humour. Comment ne pas aimer quelqu'un qui a sorti un disque intitulé Full Moon Empty Sportsbag ? Et puis bien sûr il y a Cheveu, un groupe définitivement ovni et attachant et des gars très drôles qui ont contribué à relancer la chenille en France et avec qui je suis devenu pote. Je ne peux pas oublier non plus la Grande Triple Alliance Internationale de l'Est avec Plastobéton et tous ces groupes qui jouaient sous un pont de l'A31. Ils ont remis un peu de crasse dans les MP3, c'était salutaire. Je pourrais citer encore beaucoup de monde: des Mantles à Dan & Letha Melchior en passant par plein de labels (Les Disques Steak, Les Disques Flow, Killedbyanaxe, Bruit direct disques, etc.), des disquaires fermés (Sonic Machine, Bimbo Tower) et surtout des passionnés qui traînent dans des concerts d'assos parisiennes comme Les Barrocks, Arrache toi un œil, Le Non Jazz ou feu Get Action! - une asso qui officiait au Gambetta, un bar de la rue de Bagnolet dans le XXième.

artwork_drosofile

Artwork Drosofile - Mal

Quelle est l’esthétique et la philosophie défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

Je ne sais pas s’il y a une esthétique ou une philosophie particulière. Je recherche des musiques qui ont du caractère, sans guillemets abusifs. Des musiques que je peux écouter à l'infini, comme un visage qu'on peut regarder toute sa vie sans se lasser. Et puis il faut que le courant passe avec les groupes. Même si c'est en silence. Après c'est vrai que les premières sorties étaient plutôt punk ou garage mais ça c'est ouvert au fil des années à d'autres styles (pop, psyché, électro, je ne sais pas les étiquettes qu'il faut mettre) car je n'ai jamais écouté qu'un style en particulier. Au-delà de ça, je revendique simplement un côté artisanal. J'essaye de faire du sur-mesure et de me donner à fond pour chacun des groupes dont je sors un disque ou une cassette. Je ne vis pas de ce label donc je prends le temps d'écouter, de choisir, de traîner, de galérer. Je n'ai pas envie de trouver un distributeur, d'être sur les plateformes numériques, de bosser avec des agences de promotion ou des tourneurs. Tout ça, en grande majorité - il y a des exceptions heureusement - , ce n'est que l'industrie musicale et ça ne me parle pas du tout. Pour ce qui est des labels qui ont pu m'influencer je pourrais citer In The Red, Estrus, Siltbreeze, Mississippi, Goner, Honest Jon's, Hozac, Sweet Rot, S-S records, RIP Society ou Bedroom Suck. Mais mes modèles ce sont avant tout ces labels amis qui m'ont aidé au fil des années: d'abord Lili & Jacko de Royal records & Polly Maggoo Records, Born Bad - qui, même s'il aime bien utiliser l'expression "machine de guerre" a gardé un côté artisanal, le défunt Yakisakana, Pouet!Schallplatten, Bruit Direct disques, Les Disques Steak, Killedbyanaxe, Tanzprocesz et beaucoup d'autres.

Entre Cheveu, Elg ou Dan Melchior pour ne citer que quelques exemples, comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu vas travailler et quelle relation as-tu envie de développer avec eux ? As-tu envie de suivre des artistes sur la durée, ou de piocher en fonction des opportunités ?

Je vais voir beaucoup de concerts, j'ai beaucoup d'amis passionnés de musique et je zone sur la toile au gré de clics hasardeux. Donc j'écoute, j'écoute, j'écoute inlassablement jusqu'à tomber sur quelque chose qui, j'espère, pourra devenir addictif, vital, en résonance avec un intérieur qui me constitue mais que j'ignore encore beaucoup. J'aime particulièrement les premiers enregistrements des groupes, un peu ratés, un peu bancals mais qui débordent d'amour ou de peur, de dégoût ou d'envie. Ceux-là sont rares. Ils sont dans le confort de l'anonymat, parfois derrières des murs de culpabilité ou de doute. Leurs auteurs souhaitent les préserver, ce qui veut dire autant les envoyer à des labels établis en qui ils ont confiance que ne jamais les sortir. En tant que label artisanal à moyens réduits et à activité inconstante, je n'attire pas forcément l'attention de ces artistes. J'ai donc tout un travail de recherche à effectuer et ma curiosité est mon seul guide. Le label n'a pas les moyens de suivre des artistes sur la durée, j'essaye donc d'ouvrir des pistes ou de mettre le pied à l'étrier. Cela ne m’a pas empêché de sortir plusieurs disques des Vipères & Vince Posadzki, les Bellas / Limiñanas ou The Mantles et de solliciter à plusieurs reprises pour des morceaux Anteenagers M.C, Pierre & Bastien ou des membres de Cheveu pour quelques side-projects sortis des oubliettes.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le tien et jusqu’où as-tu envie de le pousser ?

J'aime laisser beaucoup de liberté aux groupes à ce niveau-là. C'est un dialogue mais, très souvent, quand j'aime leur musique, j'aime aussi leurs idées pour l'artwork. De toutes façons, il faut que le disque ou la cassette plaise aux groupes autant qu'à moi, c'est le seul et unique objectif. Parfois j'ai fait appel à des illustrateurs que j'apprécie comme Pierre Tatin de La Secte du Futur - les compilations Tartare de subconscient infini, Marécages Restauration et Réviviscence Ectoplasmique - ou Arturo Medrano - l'album de Space Blue. Et puis dans l'ombre, j'ai l'aide précieuse de mes amis Steak et Manue pour les finitions et autres vérifications. C'est important aussi et je considère qu'ils sont une partie intégrante du label !

Elg_artwork

Artwork Èlg - La Chimie

Quel est le format de prédilection du label et pourquoi ?

Je ne sors quasiment que du vinyle et mon format préféré est le 45 tours qui, malheureusement, semble de moins en moins populaire. La cassette c'est un peu de nostalgie mais aussi beaucoup de fun et ce n’est finalement pas si éloigné de l'esprit quincaillerie sonore des débuts, ça colle bien aux enregistrements maison qui se développent depuis plusieurs années.

Quel est le futur proche de SDZ Records, notamment en termes de sorties ?

Il n'y a rien de réellement fixé pour le moment. Je continue à scanner plein de trucs. Je reçois pas mal de démos. J'essaye de tout écouter. Parmi mes envies, il y a celle de de sortir des disques de rap car j’en écoute depuis longtemps. Et puis l'album de Space Blue est encore chaud, je le recommande pour cet été, c'est un bon trip (lire).

Tu fêtes du 4 au 7 juin les quinze plombes du label. Peux-tu nous présenter cette série d'événement : qu'as tu voulu faire ?

En 2010, j'avais organisé deux soirées pour fêter les dix ans. Je me suis dit que cette fois, pour les 15 ans, j'en voulais deux fois plus tout en gardant l'objectif d'essayer de représenter la diversité du label. Donc il y a quatre soirées, une pour faire l'apéro avec mes amis des Disques Steak en célébrant le rock atmosphérique et les chiens de prairie et trois avec des groupes que j'apprécie particulièrement: ça va du rock fiévreux d'Harlan T. Bobo (originaire de Memphis et proche du label Goner) à l'électro aventureuse de Spectrometers en passant par l'incontournable The Rebel ou encore le premier concert de Spectraal, tout nouveau combo monté par Nafi (A.H Kraken, Plastobéton, Scorpion Violente, Noir Boy George...) et Hess (A.H Kraken, Feeling of Love...). J'aime tous ces groupes à bloc, j'espère qu'il y aura du monde pour enchaîner ces trois soirées ! Au passage je souligne que la dernière est organisée à la Galerie Treize dans le cadre de l’exposition « Full Time Sofa ».

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

J'ai essayé de présenter un large panorama du label, des sorties les plus connues à celles plus confidentielles. C'est un gros morceau, 90 minutes, et y'a pas de mi-temps mais j'espère que ça reste digeste. Il y a quelques raretés, tel Benefits of a fool de Drosofile, et des inédits ou nouveaux venus qui sont coincés dans mon scanner musical. Bonne écoute !

Mixtape

01. The Rebel - Please ban music
02. Braindamage - Borderline
03. Cheveu - Sensual Drug Abuse
04. The Spectrometers - Orgone
05. Petit Personnel - J'aime
06. RER A - Happy Hour
07. Anteenagers M.C - Mike Rep is alright
08. The Dead Clodettes - Life kills me
09. Pierre & Bastien - Démocratie
10. Drosofile - Benefits of a fool
11. Subtle Turnhips - Better for you
12. Old Mate - Know what he wants
13. Les Bellas - A dream that slips
14. Dan Melchior - Dogbite Meltdown #1
15. Darksiders - Dragons in disguise
16. Vince & His Lost Delegation - You passed slowly
17. The Limiñanas - AF3458
18. The Mantles - Undelivered
19. Lahundoj - Umanest
20. Standing - Jay's Eyes
21. Les Choeurs de la mer noire - Exiting spot
22. Theoreme - Vaudou orange
23. The Dictaphone - Hog
24. Plastobéton - Hard to kill
25. Èlg - Der Prediger
26. Space Blue - Venus of
27. Flowerman - I want to live I want to give

Agenda

SDZ FEST
04.06 SDZ Fest Jour 1 - DJ Sets Les Disques Steak Vs. SDZ @ Zak Bar (Event FB)
05.06 SDZ Fest Jour 2 - Harlan T Bobo + Shake Shake Shake Bolino + Délicieux Enfant @ Olympic Café (Event FB)
06.06 SDZ Fest Jour 3 - The Rebel + Èlg + Spectraal + Nathan Roche @ Mécanique Ondulatoire (Event FB)
07.06 SDZ Fest Jour 4 - Spectrometers + Erik Minkkinen + 11ième étage @ Chez Treize (Event FB)


Who are you Prohibited Records?

6 janvier 2015, 18 heures. Les frères Laureau me font face dans un coin exigu de la Rotonde Stalingrad. L’aîné, Fabrice, véhicule une bonhomie parcheminant son visage, parfois contredite par l'expression sèche et abrupte de ses opinions. Producteur chevronné - de Yann Tiersen aux Dirty Three en passant par Shannon Wright -, l'ancien bassiste de Prohibition et pierre angulaire avec son frère de Prohibited Records et NLF3, s'essaye depuis quelques années avec une réussite certaine, par le biais de son projet F/LOR (lire), à une musique électronique aux profondes exhalations analogiques, tutoyant avec subtilité musique répétitive, ambient et electronica. Son frère, Nicolas, moins discret, à l'allure bohème et à la parole volubile, n'attend qu'une chose, raconter son histoire, leur histoire. Lui qui fut guitariste de Prohibition et féru de musique traditionnelle indienne, allant jusqu'à importer un sitar dans cette même formation au post-punk anguleux, n'a de cesse depuis de creuser les méandres d'un psychédélisme érudit et cosmopolite, entre la poésie folk et introspective de son alias Don Nino et les divagations électro-acoustiques de sa collaboration au sein de We:Mantra avec le producteur mexicain Cubenx et le plasticien Antoine Schmitt. La nuit tombe, les demis sont servis, Nicolas résume. On était venu au concert d'Ela Orleans organisé par Hartzine à l'International. Oh, c'était il n'y a pas si longtemps. C'était en 2011, non ? Depuis, qu'est-ce qu'on a fait ? J'ai sorti mon disque In The Backyard Of Your Mind peu après, puis en 2012, on a fait les ciné-concerts Der Golem : Wie er in die Welt kam avec NLF3 et le guitariste Eric Minkkinen, ensuite Fabrice a édité en 2013 son album Black Flakes, et puis on a confectionné cette année le disque Pink Renaissance de NLF3. Et nous voilà en face de toi. Seconde interview en réalité pour Hartzine, la première ayant eu lieu fin 2010 à l'occasion de l'avant-dernier album de NLF3, Beautiful Is The Way To The World Beyond (lire), entrevue pendant laquelle on avait déjà pas mal brassé autour de Prohibition, le groupe par lequel tout a commencé en 1993 et l'album Turtle‎, Prohibited, label créé en 1995 à l'occasion de la sortie de Cobweb-day, troisième album de Prohibition, et l'environnement si foisonnant de la musique indépendante hexagonale propre aux années quatre-vingt-dix. Nicolas en précisait déjà l'essence, cette envie commune d’une rupture avec l’esthétique pesante du rock alternatif des années 80. C’est ce qui avait constitué les bases d’un nouveau réseau. De nouveaux labels se montaient et ouvraient des magasins de disques tels Black & Noir à Nantes et Angers et Vicious Circle à Bordeaux et Toulouse. Avec une forte envie de casser le schéma franco-français. Beaucoup de groupes aussi se sont mis à être plus noise ou bruts. Bien sûr, le Black Box Studio, tenu de main de maître par Iain Burgess, représentait beaucoup. Ce soir, la tonalité est la même puisqu’il s'agit d'aborder une année de célébration, celle des vingt ans du label, matérialisée à la fois par quelques séries de concerts, deux mixtapes - Rarities et Curiosities, à écouter en intégralité ci-après -, et plusieurs rééditions, dont le monumental 14 Ups And Downsinitialement paru en 1998 et clôturant définitivement la discographie de Prohibition. Un concert événement a d'ailleurs lieu au Petit Bain à l'occasion du Disquaire Day le samedi 18 avril prochain avec NLF3, Heliogabale et la doublette Quentin Rollet, ancien saxophoniste de Prohibition, et Jérôme Lorichon, ex-batteur de Purr (Event FB). On fait gagner des places en fin d'article, sachant qu'une mixtape de NLF3, B.O. Favorites, est à écouter ci-après en exclusivité.

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On rentre dans le dur. Ce qui est amusant, c'est qu'au moment même où l'on s'apprête à fêter ces vingt années de label, on a dénommé notre dernier album avec NLF3 Pink Renaissance, comme si celui-ci annonçait une renaissance de quelque chose. Ce n'était pas voulu. C'est un processus tout à fait inconscient qui tient plus à l'énergie créatrice naturelle et spontanée qui a découlé des retrouvailles du groupe pour enregistrer après deux ans de hiatus consacré à nos projets respectifs. On était à la cambrousse, on regardait le ciel, j'ai choisi une couleur et je l'ai proposée aux autres. C'était un ciel de transition, cette idée de transition s'associait parfaitement à celle de renaissance. Et si cette alchimie en perpétuelle recomposition n'était pas le cœur du projet NLF3 ? C'est instinctif, on ne se force pas, ce n'est pas une posture. Et ça vaut pour l'époque Prohibition. Et cet aspect jamais figé, changeant, je l'explique par le fait que nous sommes des déracinés. Il n'y a pas d'autre explication a notre façon de faire de la musique. S'il n'y avait pas eu ce déracinement, peut être que l'on ne ferait pas de musique. Ou peut être que l'on ne ferait pas cette musique. On est né à Montpellier mais notre enfance, on l'a vécue à l'étranger, et ce, dans trois pays importants à l'époque, l'ex-URSS, l'Allemagne de l'Ouest et les Etats-Unis, soit la géopolitique dans toute sa splendeur. Après, on a eu la chance de voyager en Afrique, dans des coins difficiles comme le Nigeria. Ces voyages nous ont rendu naturel le fait de s'intéresser à plusieurs cultures différentes en même temps. Cette habitude a toujours fait partie de notre vie, ce n'est pas une pièce rapportée, incorporée. Et puis il n'y a pas de revendication. Finalement, on est là mais on pourrait être ailleurs aussi, on vit à Paris, mais on pourrait vivre ailleurs, et faire les mêmes choses et avoir les mêmes attitudes. Et Fabrice de mettre en perspective le label avec l'histoire de deux frères et une sorte de destinée familiale. Comme enfant, on changeait souvent de pays, tous les deux on a créé une relation très forte. Entre frères. On perdait nos copains d'école, et l'on restait ensemble : on a toujours été complices. Du coup, si le label arrive à exister au bout de vingt ans et que l'on fait encore de la musique au bout de vingt-cinq ans ensemble, et ce, malgré nos projets différents, c'est grâce a cette complicité. Un même sang, mais aussi celui de la vigne. On est des petit-fils de vigneron. On a toujours été des gros bosseurs, capables de passer beaucoup de temps sur des trucs qui ne ramènent pas d'argent. Quand on a créé le label, on voulait faire de la musique mais aussi s'occuper de toutes les choses qu'il y avait autour, que ce soit les pochettes, la production... Un coté matériel et artisanal assumé, tel un vigneron indépendant qui colle l'étiquette de ses bouteilles lui même. Et si l'on n'avait pas eu la famille que l'on avait dans le Sud, on n'aurait pas eu cette vision. De plus, le grand-père vigneron, il tapait aussi le violon. Déracinement et filiation, donc. C'est exactement ça, notre approche est un clash entre les deux. Quand on était à l'étranger, le seul point de retour en France c'était cette maison dans le Sud. C'était un véritable paradis pour nous. Et puis est venue l'heure des choix. Fabrice était destiné plutôt a une carrière de géologue et moi de chimiste. Je m'intéressais aux approches de la chimie par la physique. Fabrice coupe. Pour ma part, j'avais fini mes études, soit je faisais une thèse, soit je faisais intermittent du spectacle. Nicolas reprend. Moi non, j'ai claqué la porte le premier en m'arrêtant au niveau de la licence. J'étais celui qui s'occupait de tout le relationnel pour le groupe, puis le label, et comme on passait notre vie en tournée, entre début 95 et printemps 99, le choix s'est opéré de lui-même.

Prohibition USA Tour 1998

Prohibition USA Tour, 1998

Vingt ans, presque une cinquantaine de références, Prohibited possède déjà plusieurs vies. Parfois je me dis que le nom du label a pu être envahissant pour certains artistes. Il est quand même intimement lié au nom du groupe. Evidemment, pour nous deux, c'est un scénario parfait : le label créé par deux frères jouant au sein d'un groupe qui s'appelait Prohibition. Mais Prohibited, c'est plus qu'une histoire de frères, mais c'est aussi une histoire de communauté autour, qui est venue se greffer à ce que l'on était. Sans que le déracinement soit le sujet, il était véhiculé par nos histoires communes. Regarde Heliogabale, ou les deux frères à la base de Patton ou ceux d'Herman Dune. En lien avec cette communauté, il y a un lieu important. On a aménagé un local de répétition commun en 1996, juste après la création du label, et ce lieu reste le même. Presque tous les musiciens de l'époque s'en servent encore. Et de revenir au sens. Dans la signification, Prohibited, c’est le tabou, l’interdit. La prohibition, c’est ce moment dans l’histoire des Etats-Unis où l’interdiction de l’alcool créée une émergence de l’underground jazz incroyable. C’est cette idée qui a toujours compté. Avec Prohibited, on a dès le début eu cette volonté de sortir une musique souterraine. Je pense à un Iceberg et l’idée d’en révéler la partie immergée. Ce que l’on ne voit pas, qui n’est pas accessible, qui n’est pas dans l’air du temps, qui n’est pas vendeur, vendable et qui n’est pas défendu. Voilà la véritable philosophie de l’underground. La structure Prohibited a été créée en 1994, mais elle a été officialisée en 1995 avec le disque Cobweb-day de Prohibition. On avait une association pour le groupe qui préexistait et qui gérait les dates de concert et les tournées. L'idée de créer un label ne se réduisait donc pas uniquement à sortir notre musique, mais plus à la volonté de rassembler une énergie, et formaliser un ensemble que l'on sentait en pleine éclosion avec des groupes comme Purr ou Pregnant. On fonctionnait déjà comme groupe et on pouvait aider derrière d'autres formations à avancer, soit plus jeunes, soit moins structurées. Cette volonté nous était suggérée par des gens que l'on considère encore comme de véritables grands frères, que ce soit ceux de Fugazi, Touch and Go ou The Ex, qui avaient eux aussi leur propre label, Ex Records. Dischord est un exemple magnifique, en plus d'avoir été de véritables anges gardiens. Ils nous ont filé pas mal de coups de main en nous invitant en tournée et en faisant preuve de bienveillance à notre égard. On a participé à un défrichage, un débroussaillage assez énorme. C'est vrai que quand je prends la période Prohibition, je passais ma vie à expliquer pourquoi on chantait en anglais. On n'était pas vraiment affilié à la scène alternative française des années quatre-vingt. En revanche, les Thugs nous ont soutenus dès le départ, notamment via leur label Black & Noir, et toute la belle énergie qu'il y avait autour avec les Angevins de Hint, dans le Sud Drive Blind, à Lyon Bästard ou Voodoo Muzak. Il y avait une connivence, mais pas de réseau, il fallait le créer, et pour ça, on avait des fax et des putain de téléphones. On utilisait le fanzinat, on se battait vraiment pour avoir quatre ou cinq dates qui s'enchaînaient. On a continué le travail qu'avaient réalisé Marsu - fondateur du label Bondage et manager des Béruriers Noirs - ou Éric Débris de Métal Urbain et d'autres, des activistes de la scène alternative punk française. On a eu du succès et on ne se rendait même pas compte. On ne vendait pas non plus énormément de disques, quelques milliers, on se démerdait seuls et on avait une relation épistolaire avec certains fans. Mais qu'on joue en première partie de Fugazi ou de Noir Désir, ou avec nos potes sur des plateaux plus petits, il y avait toujours du monde. Je me souviens de concerts comme celui au Café de la Danse en 1997, le premier estampillé Prohibited. On refusait du monde. Cinq cent dedans, cent-cinquante dehors. Ça nous a fait tenir. 

Prohibited 2

Hier donc, et aujourd’hui. C'est plus individualiste et moins facile. D'une part parce que tout va plus vite et qu'il n'y a jamais eu autant de bonne musique. Et puis, il y a beaucoup de redondances, de la musique de blancs-becs doublée d'un phénomène sur les premiers disques sonnant bien dans l'air du temps. Ça me rappelle le mec d'EMI a qui on avait proposé Herman Düne en licence car on avait besoin de passer un cap, de se délester de la distribution artisanale, lourde a assurer pour des artistes comme nous. Le mec nous répond que c'est de la folk, que ça n'intéressera personne. En 1999, soit peu avant l’avènement de l'anti-folk. Avec Fabrice, on trouvait la musique bonne, les mecs intrigants. Ces histoires de tendance... On débattait peu avant dans notre petit bureau que l'on avait juste à coté de Souffle Continu, prêt de Père-Lachaise, sur l'intérêt de sortir ou non un disque électronique, d'autant qu'on fréquentait des musiciens comme Lionel Fernandez de Sister Iodine qui commençait son projet abstract Discom ou Ludovic Poulet de Port Radium, des projets de la sorte qui vraiment nous fascinaient. Et puis on a rencontré les mecs d'Herman Düne avec une démo qu'on finit par écouter. Et là on se regarde avec Fabrice et on se dit : c'est ça que l'on doit sortir. On s'est mis a un endroit que personne n'attendait. Je ne te dis pas que l'on a inventé la folk mais voilà, fallait le faire.

A la question de savoir s'ils seraient prêts aujourd'hui, dans le contexte actuel, à retenter le coup et monter un label, les deux frangins parlent presque d'une même voix, en même temps. Fabrice embraye le premier. On ne sait pas ce que c'est que d'avoir vingt ans aujourd'hui. On sait ce que c'est d'avoir vingt dans les années quatre-vingt dix. Nicolas tempère. Peut-être oui, faire un label dans dix ans quand je n'aurai plus d'énergie pour faire de la musique, et de ne m'occuper que de ça. L’aîné de la fratrie reprend. La grosse différence avec Clapping (lire) ou Born Bad, deux labels parisiens dont on entend beaucoup parler en ce moment, c'est que ce ne sont pas des artistes qui les ont créés. Ce sont des gens qui sont fans de musique, absolument fans, mais qui ne sont pas artistes. Prohibited, ça colle intiment à notre parcours, c'est indissociable. C'est un parcours que l'on ne pourrait pas forcément refaire à l'heure actuelle, j'ai appris le métier de producteur par ce biais, Nicolas aussi. Il y a des incursions technologiques, un facteur temps, un facteur rencontres avec une acceptation du partage et une excitation inconsciente. Mais il y des mais, et surtout une réalité double qui a profondément transformé l’optique du label. L'autonomie, c'est fantastique, on ne dépend de personne donc la liberté est totale. Mais on est seul face a son compte en banque. Les gens ne s'en rendent pas compte, mais nous on ne se paye qu'en faisant des concerts. Quand on sort un disque, le but c'est de l'amortir sans perdre d'argent et de le diffuser dans les meilleurs conditions possibles sur les supports les plus adaptés. On en gagné de l'argent à l'époque sur les disques mais il y avait une différence en termes de volume de disques écoulés et d'attitude du public. Aujourd'hui celui-ci ne s'intéresse plus qu'à un ou deux morceaux, d'autant qu'il y a le streaming, la gratuité, et une concurrence à tous les niveaux. Est donc arrivé le moment du choix : les artistes avec qui l'on bossait n'avaient plus forcément besoin de nous et chacun on avait nos projets solo. D'autant qu'a un moment, il y a un écart dans la balance entre être la condition d'artiste et la réalité économique. Tu passes ton temps à payer pour le label mais à côté tu ne travailles pas. Comment tu fais pour manger ? Nous la seule chose que l'on sait faire c'est faire de la musique. Donc on fait de la musique. Et accessoirement du graphisme, de l'enregistrement, tout ce dont un label a besoin. Mais après avoir mis tout ce savoir-faire au service d'artistes avec qui l'on travaillait, on a préféré se concentrer sur nos propres projets respectifs. Aujourd'hui il y a de nouveau des labels qui sont instigués par des artistes, tels In Paradisum (lire) ou Antinote (lire).

Prohibition

Prohibition © Tramber, 1996

La seconde vie de Prohibited est ainsi intimement liée aux projets des frères Laureau, jetant sans doute un peu trop pudiquement un voile d'oubli sur ce qu'a pu représenter le label dans les années quatre-vingt-dix. Mais à l'heure de célébrer ce vingtième anniversaire, il n'y a pas l'once d'une quelconque mélancolie quant à l'instant révolu. Cette célébration rappelle à la mémoire de tous de beaux moments, sans nostalgie. C'est vivant. Nos projets n'ont peut être plus le soyeux de nos vingt ans, mais ils restent toujours vivants. Les deux mixtapes, où il n'y a pas d’absents, en sont un beau témoignage. D'ailleurs, vingt ans après, sortir des cassettes, c'est un véritable clin d’œil. A la fois parce que nos premières démo étaient enregistrées sur des cassettes qu'on vendait à la sortie des concerts, mais aussi parce que Prohibited, en tant que label, n'en a jamais sorti. Aussi, faire revenir exceptionnellement Shane Aspegren, moitié de Berg Sans Nipple, pour quelques dates, sachant que l'autre moitié du groupe, Jérôme Lorichon, improvise désormais avec Quentin Rollet, et ce, sans passer par notre intermédiaire, prouve l'alchimie si particulière de ce label. Et son énergie encore intacte, dont la soirée le 4 février dernier aux Instants Chavirés témoigne sans ambiguïté. Notre premier événement, on voulait absolument le faire là-bas, parce que c'est le premier endroit qui a ouvert ses portes en grand dans les années 90 pour organiser des concerts de musique improvisée. C'est venu de Quentin Rollet de Prohibition, de Marcel Perrin, batteur d'Heliogable, et Frank De Quengo du disquaire Bimbo Tower. A Paris et en proche banlieue, il n'y avait rien d'autre mis à part eux. Il y avait les Instants, puis après le Café de la Danse. C'était longtemps avant Mains d'Œuvres et le Point Éphémère. Ce soir là, presque trois heures de concert non-stop avec un entremêlement des projets et des personnalités invitées, dont un Luke Sutherland inénarrable au violon, tissent sur scène, comme dans le public, un fluide pas comme les autres, presque fraternel. Une célébration en forme d'intense communion, reflétant avant tout une certaine façon de prodiguer une musique sans doute moins noise qu'à la grande époque, mais plus aventureuse et inclassable qu'auparavant. Le charme est total et reste tenace.

Et la suite ? Nicolas ne joue pas la carte du mystère et dénombre les motifs de réjouissance. Pour ma part, j'ai fini un album solo, qui devrait sortir en fin d'année 2015. Avec NLF3, on a un disque d'inédits atmosphériques très ambient, des recherches pour des musiques de film, qu'on aimerait sortir au printemps. Plus hypothétique, on a quelques projets de disques, tel celui de Patton qui est quasi prêt. Fabrice ajoute, j'ai énormément de matériel accumulé, des parties de basse faite entre 1997 et 1999, que l'on retrouve d'ailleurs sur l'une des mixtapes, mais aussi des parties plus électroniques. Il faut que je trouve une façon de les sortir. Nicolas enfonce le clou. On va essayer de refaire des ciné-concerts, mais aussi des affiches communes avec les autres groupes du label. On est en train de regarder qui est disponible et à quelles dates. Par exemple, Heliogabale qui s'est remis à répéter. Et qui sera donc avec le 18 avril prochain avec NLF3 et le duo Quentin Rollet et Jérôme Lorichon au Petit Bain.

Dans dix ans ? Oui, on sera là. On ne s'est jamais dit qu'on allait arrêter demain.

Concours

On vous fait gagner trois places pour la soirée Prohibited le 18 avril au Petit Bain. Envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort la veille pour le lendemain.

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Mixtape NLF3 - B.O. Favorites

01. La Femme des sables - Toru Takemitsu - Intro
02. Ghostdog - Wu Tang Clan - Fast Shadow
03. Solaris - Cliff Martinez - Is This Everybody Wants
04. Casanova - Nino Rota - O’ Venezia, Venaga, Venusia
05. Mud - Dirty Three - Alice Wading
06. Debout - NLF3 - Foghorn
07. Le sacre du Printemps - I.Stravinsky par F.Say - Danse Sacrificielle
08. Carnage Visors - The Cure - Carnage Visors
09. Sweetsweetbackbasasssong - Melvin Von Peebles - Come On Feet
10. Profondo Rosso - Goblin - Mad Puppet
11. Starman - John Carpenter - Starman Theme
12. Dead Man - Neil Young - Guitar Solo n°2
13. Halloween - John Carpenter - Halloween Theme
14. Across 110th Street - Bobby Womack - Across 110th Street
15. Diaboliquement Votre - Francois de Roubaix - Machination
16. The Dog - Werner Jepson - The Dog
17. La Femme des Sables - Toru Takemitsu - Outro
18. Orfeu Negro - Antonio Carlos Jobim - Macumba

Mixtape Prohibited

SIDE A

01. NLF3 - Asian Opening (2006)
02. The Berg Sans Nipple - Agrestic Origin (2006)
03. Prohibition - Under Umbrellas (1998)
04. Heliogabale - A Friend (1999)
05. Don Nino & Luke Sutherland - Volcano (2011)
06. Patton - Bowling (w/ Camille Bodson)(1999)
07. Headphone - Koisandjak (F/lor remix) (2008)
08. Herman Dune - HD Rider (alternate version) (2001)
09. Purr - Apple Juice (1996)

SIDE B

01. NLF3 - Like Gremlins in Love (2011)
02. Mendelson - L'Afrique (2004/2005)
03. Wilfried* - Dans Le Jardin (version 2014)
04. Heliogabale - Dance Floor (1997)
05. Don Nino - If Only We Could Talk (2001)
06. Soeza - Argoed (2014)
07. F/lor - Oloyo Danz (Shane Aspegren remix)(2014)
08. Pregnant - Sofa (1996)
09 . The Berg Sans Nipple - Ecstatic Ether (2010)
10. F/lor - Rwrk (2007)
11. Prohibition - The President Is A Liar (1996)

SIDE A + SIDE B

01. NLF3 - Coelvm Terra Aer Aqva (2006)
02. Nicolas Laureau - Sound One (1999)
03. Patton ‐ Harmonicone (2005)
04. The Berg Sans Nipple - Enfant Terrible (2001)
05. Soeza - Grampy’s Books (2002)
06. Nicolas Laureau - Musique Pour Roberto Zucco n°7 (2006)
07. Jérôme Lorichon ‐ Théorème (2012)
08. Toulouse - Export 001 (2002)
09. Quentin Rollet & Jérôme Lorichon - Rencontre Du Second Type (2014)
10. Wilfried* - Le Royaume (2010)
11. Mimo The Maker - O Que Importa (alternate version 2012)
12. Don Nino ‐ Madonna, Sean And Me (Sonic Youth cover, version 2003)
13. Tunal ‐ EOB (1999)
14. Jérôme Lorichon - Thanks Mam (1995)
15. NLF3 - Western Melodica (2007)
16. Dominique Petitgand & F/lor - Le son du Tonneau (2004)
17. A Team Music - Chickadee (2011)
18. Prohibition - Kanguhru (1994)
19. Don Nino - Two Beats Off (Fugazi Cover 2003)
20. F/lor ‐ Suae (1999)
21. We:Mantra - Volcanic Nights (2014)
22. This Side Of Jordan - The Full Mind Is Alone The Clear (1999)


Who are you Electronic Emergencies?

J’ai une foi absolue en eux. Validant cette marque non anodine de confiance assénée par Danny Bosten de Das Ding à l'encontre du label Electronic Emergencies qui a fait de son ultime Why Is My Life So Boring? sa première référence discographique, l'actualité de cette jeune structure instiguée par deux vieux DJ de la vieille, Spacemaker et Leather E, marque de son sceau cette résurgence sans cesse plus prégnante d'une musique électronique jouée par le biais de machines contrôlées manuellement. Das Ding donc, récemment interviewé lors de son passage à Paris (lire), mais aussi Momentform, Deux, Police des Moeurs ou encore SOS et Visiona, proche de Dopplereffekt, sont à la croisée des chemins de ce label de Rotterdam qui cultive un art de faire danser sur des mélodies et des sonorités à la respiration analogique, à l'aune du travail d'autres labels comme Minimal Wave ou Dark Entries avant lui, et ce, sans pour autant se plier à l'unique exercice de la réédition. L'idée étant ici de démontrer qu'à défaut de piocher dans les limbes de l'histoire, le présent peut se suffire à lui-même. Interview et mixtape.

Electronic Emergencies l'interview

EE TEAM
Le label a un an et seulement une sortie. Dites-moi comment Electronic Emergencies a commencé ? Et pourquoi ce nom ?
The label is one year old with only one release. Tell me how did Electronic Emergencies get started? Moreover, why this name?

Notre second disque vient de sortir ! C’est un Maxi 45 tours de 3 titres du projet SOS dont on ne connaît pas l’origine. Le morceau Wallonie est une bombe electro techno sombre et lancinante, et le titre Aqua est encore plus sombre. David Vunk et Spacemaker du label ont eu l’honneur de remixer Wallonie dans un style techno très old-school de Rotterdam. On est très content de cette sortie.

Spacemaker est DJ depuis les années 80, Leather E est aussi passionné de musique électronique depuis le plus jeune âge. Lorsqu’on était adolescents, on rêvait tous les deux de travailler dans une maison de disque, mais la vie a pris une tournure différente. Au cours des années, on a rencontré pas mal de personnes qui faisaient une musique superbe mais avaient du mal à la sortir. Ça nous a beaucoup surpris. Quand on s’est rencontrés, on a sympathisé sur cette passion commune et finit par décider de monter Electronic Emergencies. Avec le nom, on voulait traduire notre passion pour la musique électronique et l’urgence de cette passion. Après avoir décidé de créer le label, les choses se sont très vite enchaînées. Danny Bosten a accepté de nous laisser compiler un album de Das Ding et d’autres artistes ont commencé à nous offrir de nouveaux titres. En peu de temps, notre programme de sortie pour la première année était planifié.

Comme on a toujours adoré les disques vinyles, la question de savoir si ce serait le format de sortie principal ne s’est même pas posée. Tenir la pochette d’un disque entre ses mains, sortir le vinyle et le jouer sur une platine sont des sensations particulières. Créer un objet concret était également un motif pour commencer un label orienté vinyle à l’ère d’internet. Pour que notre musique soit disponible en déplacement, on sort aussi les morceaux en format digital. De cette manière, on peut les écouter dans la voiture, dans le train et à vélo. On aime la diversité, peu importe comment (nos premières sorties consistent en un album, deux Maxi 45 tours et un vinyle 7”). Il y a également quelques timides plans pour des sorties sur cassette (pour chaque sortie on décide de ce qui convient le mieux, donc qui c’est ce que l’avenir nous réserve).

Our second release is out right now! It’s a 3-track 12 inch of the project SOS, of unknown origin. The title track Wallonie is a dark and throbbing electro tech bomb and the track Aqua is even darker. David Vunk and our own Spacemaker had the honour to remix Wallonie in old school Rotterdam techno style. We are very happy with this release…

Spacemaker has been DJing since the eighties, Leather E has also had a passion for electronic music since an early age. As adolescents we both dreamt to work at a record company, but life took a different turn. Through the years, we met a lot of people who made wonderful music but had trouble releasing it. We were really surprised about that. When the two of us met, we built upon this common passion and eventually decided to start Electronic Emergencies. In the name we mean to reflect our passion for electronic music, and also the urgency of that passion. After we decided to start the label, things started happening very quickly. Danny Bosten agreed to let us compile an album of Das Ding, and other artists started to offer us new material. Within a short time, our release schedule for our first year was already set.

Since we have always loved vinyl records, there was no question about it being our primary format of release. To hold the cover of a record in your hands, take out the vinyl and play it on a turntable is a special feeling. To create something tangible is also a reason to start a vinyl-oriented label in the era of internet. To have our music available on the go, we also release the tracks digitally. That way, we can listen to them in the car, on the train and on our bikes. We like diversity, however - our first four releases consist of an album, two 12 inches and one 7 inch. There are some tentative plans for a release on cassette as well - for every release it is decided what fits best, so who knows what the future holds…

Pourquoi créer un label en 2014, à l’ère d’internet ?
Why to create a label in 2014, at the time of Internet?

On fait partie de la scène musicale électronique depuis longtemps, en tant qu’organisateurs de soirées, DJ mais aussi en tant que fan de musique électronique. Beaucoup de nos amis font de la musique et on a entendu beaucoup d’histoires sur la difficulté qu’ils avaient à sortir leurs merveilleux morceaux. Ça nous a pas mal surpris, étant donné la quantité de labels qui existent déjà. Afin de leur fournir une plate-forme, on a décidé de créer Electronic Emergencies, avec en principe une sortie vinyle doublée d’une sortie digitale. De cette manière, les DJs et les amoureux de vinyles sont servis et une copie digitale est disponible pour un usage quotidien.

We have been part of the electronic music scene for a long time, partly due to organizing parties and DJ–ing but also as electronic music fans. Many of our friends create music, and we heard a lot of stories about how hard it was for them to release their wonderful tracks. We were quite surprised about that, given the amount of labels that already exist. To provide a platform for them, we decided to start Electronic Emergencies, with in principle a vinyl release accompanied by a digital release. This way, DJ’s and vinyl lovers are served and also a digital copy is available for everyday use anywhere.

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Quel genre de labels vous ont inspiré dans votre approche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

En général, nous ne sommes pas inspirés par des labels particuliers mais plutôt par la musique sur ces labels. Beaucoup de labels s’en tiennent à un seul style, un genre musical, une niche, donc une fois de temps en temps, une sortie particulière va nous inspiré, mais pas le label. Il a quelques DJ qui nous inspirent ceci dit. On est de gros fans de The Hacker par exemple. Depuis toujours, tous les sets qu’on a entendus de lui nous ont impressionnés (sa façon de mélanger les styles comme la techno, la new wave et l’italo et de toujours nous laisser dans un état d’esprit mélancolique). I-F (Interr-Ference) est l’un de nos héros, ses sets sont toujours sombre mais jamais déprimant. Et notre ami David Vunk nous inspire beaucoup, en particulier lorsqu’il joue de l’italo et de la new wave.

In general, we are not inspired by specific labels but by specific music on them. Many labels hold on to one style, one type of music, one niche - so once in a while a certain release inspires us, not a label. There are a couple of DJ’s who inspire us though. The Hacker for instance, we’re big fans of him. Since ages, every set we have heard of him has impressed us - combining different styles such as techno, new wave and italo and always leaving you in a melancholic mood. I-F (Interr-Ference) is one of our heros, his sets are always dark but never down. And our dear friend David Vunk inspires us a lot, especially when he plays a set of italo and wave.

Cassette, vinyle, CD, digital, quels genre de formats preférez-vous et pourquoi ?
Cassette, vinyl, CD, digital what style of formats do you go to favour and why?

On ne se limite pas à un seul format, notre obsession n’est pas le disque vinyle ou la cassette en soi mais c’est la musique électronique non censurée qu’on aime. Personnellement, on aime jouer des vinyles chez nous et en club, mais c’est aussi du au fait qu’on en a accumulés énormément au cours des années et la collection grandit toujours. Quand on était jeunes, on achetait des 7 pouces avec notre argent de poche hebdomadaire, c’est comme ça que ça a commencé...

We don’t limit ourselves to a particular format, our fetish is not the vinyl record or the cassette per se but the uncut electronic music, that is what we love. Personally, we like to play vinyl at home and in the club, but this is also due to the fact that through the years we have gathered a lot of it and the collection is still growing. When we were young, we bought a 7 inch from our weekly allowance, that’s how it began…

Selon vous, quels artistes ont façonné la direction du label ? Comment avez-vous rencontré Danny Bosten ?
According to you, what artists shaped the direction of the label? How did you meet Danny Bosten?

On a rencontré Danny il y a presque deux ans. Il avait donné un set live incroyable à une de nos soirées coldwave Spacemaker, ZWART (qui signifie la couleur noire) au club BAR. On est restés en contact et devenus amis. On était surpris que Das Ding n’est jamais sorti d’autres albums après le superbe disque H.S.T.A. sur Minimal Wave Records dans les années 80. On a écouté beaucoup de ses trucs plus récents et on a été imédiatement impressionnés (on adorait le son). Avec Danny, on a choisi dix titres ce qui a été un processus à la fois très intense et très fluide. Ce fut le premier acte de l’équipe Electronic Emergencies.

We met Danny almost two years ago. He played a stunning live set on one of Spacemaker’s coldwave parties, ZWART (“black”) at the infamous club BAR. We kept in touch and became friends. We were surprised that Das Ding had never released another album after the brilliant eighties album H.S.T.A. on Minimal Wave records. We listened to a lot of the newer stuff he had made and were instantly impressed - we loved the sound. Together with Danny, we chose ten tracks, which was a very intense but at the same time very smooth process. That was the first action of the Electronic Emergencies team.

Y-a-t’il une esthétique musicale, un concept que vous voulez essayez de garder pour chaque prochaine sortie ?
Is there a musical aesthetics, a concept which you will try to keep for every next release?

Notre philosophie est assez simple. On travaille seulement pour et avec des personnes qu’on aime, qui font de la musique qu’on aime. Nous-même, nous ne gagnons pas d’argent avec le label, s’il y a un bénéfice avec la sortie, il revient à l’artiste et une autre partie est investie dans les nouvelles sorties. Notre seul objectif est de sortir une floppée de belle musique électronique, on veut être une plateforme pour les musiciens électros. Nous ne sommes pas liés à un seul style mais on espère qu’après un certain temps, les gens comprendront la connexion entre nos différentes sorties, qui est basée sur l’émotion pure.

Our philosophy is quite simple. We only work for and with people we love, who make electronic music we love. We are not earning money ourselves with the label, if there is a profit from the release part of it goes to the artist and another part is invested in new releases. Our only aim is to release a wave of beautiful electronic music, we want to be a platform for electronic musicians. We are not bound to a certain style, but we hope that after some time people understand the connection between our different releases, which is based on pure emotion.

EE002_SLEEVE - 12inch_FRONT

Quels sont les différents styles musicaux qui vous motivent le plus aujourd’hui ?
What are the different musical styles who motivate you most today?

Comme dit plus haut, nous ne sommes pas vraiment intéressés par les styles. On s’intéresse aux émotions, aux sons et aux gens qui les créent. C’est assez personnel : dans notre cas, chaque sortie va être électronique mais les styles de nos quatre premières sorties sont très différents : cold wave, electro tech, emo tech et new wave...

As said earlier, we are not really interested in style. We are interested in emotion, sound and the people who create that. This is rather personal: in our case every release is going to be electronic but the styles of the first four releases are very different: cold wave, electro tech, emo tech and new wave…

En tant que patron de label, le DIY a-t’il une forte influence sur votre travail ? Considérez-vous Electronique Emergencies comme un label “de chambre” ?
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work? Do you consider Electronic Emergencies like a bedroom label?

On a grandi avec l’attitude punk DIY qui nous a beaucoup appris. Mais notre label est plutôt l’opposé du DIY, c’est plus “do it together” (“faire ensemble”). On appelle ça “l’esprit camping”. Electronique Emergencies est notre lieu de campement, avec beaucoup de personnes dessus qui créent des choses ensemble : Meihard Spoor (graphiste), qui a créé note logo et les pochettes de nos sorties ; Ari Versluis (photographe), qui crée des visuels pour nos vidéos et nos soirées ; Alden Tyrell qui fait tout nos mastering ; David Vunk et Machinegewehr, nos potes DJ ; Jetti Steffers du club BAR ; et Serge Clone qui distribue nos sorties. Nous sommes très flattés de leur soutien.

We grew up with the punky DIY attitude, we learned a lot from it. But our label is rather the opposite of DIY, it is more ‘do it together’. We call it the ’camping site feeling’. Electronic Emergencies is our camping site, with lots of people on it creating things together: Meinhard Spoor (graphic designer), who has designed our logo and the covers of our releases; Ari Versluis (photographer), who creates visuals for our videos and on our parties; Alden Tyrell who does all of our mastering; David Vunk and Machinegewehr, our DJ mates; Jetti Steffers of home club BAR; and Serge Clone, who distributes our releases - we are very honoured that they all support us.

Pouvez-vous nous parler de vos prochaines sorties ?
Can you speak to us your next releases?

On en a intégré quelques unes dans la compilation qu’on a faite pour vous ! Après un excellent début avec l’album de Das Ding, notre dernière sortie SOS a été très bien reçue jusqu’ici (I-F l’a joué dans ses DJ set et on a reçu beaucoup de réactions positives à l’international). On aime la noirceur de ce disque. La première fois qu’on a écouté le titre Wallonie, on a été sidérés et soufflés par sa beauté sombre.

La prochaine sortie d’Electronic Emergencies sera un EP cinq titres de Visonia, qui a auparavant travaillé avec Dopplereffekt. Et après les 12” on sort notre premier 7”. C’est un morceau de parfaite pop new wave par le projet Ceci N’Est Pas de New York. Ceci N’Est Pas comprend Nico Nightingale de Neud Photo et Jorge Socarras de Indoor Life et Catholic, avec Pierre Klein. Le son est entre pop et wave, avec des synthés hystériques et de paroles mélancoliques écrites par Socarras. D’autres sorties sont prévues pour 2015, dont certaines figurent sur la compilation.

We feature a couple of them in the compilation we made for you! After a dream start with the Das Ding album, our recent release SOS has been received very well so far - I-F has played it in his DJ set and also internationally we’ve gotten a lot of positive reactions. We love the darkness of this record. Remembering the first time we heard the track Wallonie, we were stunned and blown away by its dark beauty.

The next Electronic Emergencies release will be a five track EP by Visonia, who earlier worked with Dopplereffekt. And after these 12 inches, we release our first 7 inch. It’s a perfect new wave pop song by the project Ceci N’Est Pas from New York. Ceci N’est Pas consists of Nico Nightingale of Neud Photo and Jorge Socarras of Indoor life and Catholic, together with Pierre Klein. The sound is poppy & wavey, with hysterical synths and beautiful melancholic lyrics by Socarras. More releases are in the making for 2015, some of which are featured on our compilation tape.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Mixtape

Wallonie

Pouvez-vous nous présenter votre mixtape ?
Can you present us your mixtape?

Avec cette compilation, nous montrons d’où nous venons et dans quelle direction Electronic Emergencies nous entraîne. Tous les morceaux ont une énorme puissance, une sensation sombre et une mélodie triste. Le premier morceau est Hey You de Lana Popsimonova, la reine de glace croate de l’électro wave qui est occupée à enregistrer pour Electronic Emergencies. On espère sortir un 12” comprenant ce titre dans l’année. Head Hunter de Front 242, le prototype du morceau EBM qui n’a jamais quitté notre sacoche de DJ est l’un de nos morceaux dance préférés. Tu ne peux pas t’empêcher de hurler sur les paroles, qui consistent en des règles issues d’un cours d’administration des affaires. Dirty d’Hard-Corps est une expérience dance électronique pre-EBM, pre-house, sortie pendant l’âge d’or de la New Wave tout en prédisant le future de la dance music…

Wallonie par le mystérieux projet SOS d’origine inconnue est notre seconde et plus récente sortie (EE002). Spacemaker l’a remixé avec son ami David Vunk de Moustache Records, dans le style classique de la techno de Rotterdam. Visonia, le chilien Nicolas Estany, a composé notre troisième sortie, prévue pour la première semaine d’Avril 2015. The Moon Doesn’t Want To Look At You est le premier morceau de l’EP Nausicaa, un EP de conq titres qui nous touche profondément. Les cinq morceaux reflètent notre état lors de l’écoute de leur mélodie extrêment mélancolique, allié à la force d’un ouragan électronique qui t’emporte de la piste de danse jusque dans ton espace intérieure.

Ianis Lallemand de Momentform est un artiste parisien bourré de talents. Ce morceau est l’un de nos préférés mais sa récente sortie sur LUX Records est aussi superbe ! En ce moment, Momentform travaille sur un 12” pour Electronic Emergencies. Game and Performance par Deux est notre chanson d’amour. Le titre transpire l’amour. On peut s’embrasser dessus ou danser dessus, et Game and Performance est devenu un des favoris du public aux soirées de Spacemaker. Cham-pang de Montréal a seulement sorti un 12”. L’alliance de la voix rauque d’une chanteuse mature et d’un bit synthétique minimaliste va droit au cœur. Toujours de Montréal mais trois décénies plus tard, voici nos amis de Police des Mœurs. On pense que PDM est le meilleur groupe de synth pop actuel. Leur deuxième album va sortir bientôt du Mannequin Records ! Ils auront toujours une place spéciale dans nos cœurs puisque c’est pendant un de leur concert qu’on avait organisé à Rotterdam que notre label a vu le jour et que Danny Bosten a accepté d’être notre première sortie. Les Invalides a le même style de mélodie sombre que Experimental Products et Das Ding, un vrai bijou de wave minimale…

Et que pouvons-nous dire de notre première sortie, l’album de Das Ding Why Is My Life So Boring? EE001. On veut ! On en a besoin ! On adore les sons de synthés artisanaux, des boîtes à rythmes et des séquenceurs. Danny Bosten est une sorcier analogue. Ce morceau a été un de nos préférés depuis le début de processus de sélection, quand il avait encore le titre provisoire CMU02. Machinegewehr de Rotterdam est en train de finir ses morceaux pour son 12” pour Electronic Emergencies en ce moment même. Unforgiven est un titre extraordinaie d’elctrotech avec une tristesse presque insupportable, pour danser avec les larmes aux yeux. Juste avant de faire cette compilation, Steve Strange de Visage est décédé à 55 ans. Steve Strange était un visionaire génial, qui a amener le style ‘new wave synth pop” sur la scène des clubs mainstream et dans la mode. Avec Fade To Grey, il a créé le morceau parfait de synth pop. In The Dark, qui clôt notre compilation, est un morceaux plus récent de dance sombre. Le titre est une collaboration avec le berlinois Punx Soundcheck, un dup de producteurs sous-estimé qu’on adore.

With this compilation, we show where we come from and in which direction Electronic Emergencies takes us. All tracks have huge power, a dark feel and a sad melody. First up is Hey You by Lana Popsimonova, the Croatian electro wave ice queen who is busy recording for Electronic Emergencies. We hope to release a 12’’ featuring this track later this year. Headhunter by Front 242, the proto type EBM track that never left our DJ-bag, is one of our favourite dance tracks. You cannot help screaming along to the lyrics, which consist of rules from a business administration course. Dirty by Hard-Corps is a pre-EBM, pre-house, electronic dance experiment, released in the heyday of the New Wave while predicting the future of dance music…

Wallonie by mysterious project SOS of unknown origin is our second and most recent release (EE002). Spacemaker remixed it with his friend David Vunk of Moustache records, in old school Rotterdam techno style. Visonia, Nicolas Estany from Chile, has created our third release, to be released in the first week of April 2015. The Moon Doesn’t Want To Look At You is the first track of the Nausicaa EP, a five track EP that touches us deeply. The five tracks mirror our state of being through their utterly melodic melancholy, combined with the strength of an electronic hurricane that blows you from the dancefloor into your inner space.

Ianis Lallemand of Momentform is a multi talented artist from Paris. This track is one of our favourites, but his recent release on LUX Records is also superb! At the moment, Momentform is working on a 12’’ for Electronic Emergencies. Game and Performance by Deux is our love song. The track breathes love in all it’s appearances. You can kiss on it or dance to it, and Game and Performance has become a crowd favourite at Spacemaker’s parties. Cham-pang from Montreal has only made one 12’’. The combination of the grooved voice of a mature chanteuse on a minimalistic synthetic beat hits you right in the heart.Also from Montreal, but three decades later, hail our friends from Police Des Moeurs. We think PDM is the greatest contemporary synth pop band, whose second album will be out on Mannequin records soon! They will always have a special place in our hearts as it was during a gig we organized for them in Rotterdam that our label came into existence and Danny Bosten agreed to be our first release.
Les Invalides have the same dark melodic feel as Experimental Products and Das Ding, a real minimal wave gem...

And what can we say about our first release, the Das Ding album Why Is My Life So Boring? EE001. Want Need! We love the sound of self-built synths, drum machines and sequencers. Danny Bosten is an analogue wizard. This track has been one of our favourites since the beginning of the selection proces when it still had the working title CMU02. Machinegewehr from Rotterdam is finishing the tracks for his 12’’ on Electronic Emergencies right now. Unforgiven is an extraordinary electrotech track with a nearly unbearable sadness, dancing with tears in your eyes. Just before creating this compilation, Steve Strange of Visage died aged 55. Steve Strange was a great visionary, bringing the ‘new wave synth pop’ feel to the mainstream club scene and into fashion. With Fade To Grey he made the perfect synth pop track. In The Dark, which concludes our compilation, is a more recent dark dancer. The track is a collaboration with Berlin’s Punx Soundcheck, an underestimated producer duo we love.

01. LANA POPSIMONOVA – HEY YOU (DEMO) unreleased, expected on Electronic Emergencies in 2015.
02. FRONT 242 – HEADHUNTER (V1.0) 1988.
03. HARD-CORPS – DIRTY (12’’ VERSION) 1984.
04. SOS – WALLONIE (DAVID VUNK & SPACEMAKER REMIX) 2015 / EE002.
05. VISONIA – THE MOON DOESN’T WANT TO LOOK AT YOU 2015 / EE003, released April 2015.
06. MOMENTFORM – MOMENTFORM IS FAKE 2011.
07. DEUX – GAME AND PERFORMANCE 1983.
08. CHAM-PANG – NE MOURREZ PAS 1981.
09. POLICES DES MOEURS – TOUT CE QUI TE FAIT MAL TE FAIT DU BIEN 2013
10. LES INVALIDES – LA PREMIERE FOIS 1981.
11. DAS DING – WANT NEED 2014 / EE001.
12. MACHINEGEWEHR – UNFORGIVEN unreleased, expected on Electronic Emergencies in 2015.
13. STEVE STRANGE & PUNX SOUNDCHECK – IN THE DARK (JOR-EL REMIX) 2006.

Compiled by Spacemaker & Leather E for Electronic Emergencies


Who Are You /\\Aught?

unnamed« Il ne vous sera d’aucune aide de penser que vous communiquez avec un véritable individu ». Suis-je en train de parler à une entité abstraite, à CitizenFour ou au gérant du sibyllin tape-label d’électro expérimentale /\\Aught ? Contacté par Twitter, c’est une personne affable mais prudente qui me répond au nom du label, et préfère par avance que l’on s’accorde sur les aspects de son projet qui seront ou non évoqués dans les quelques questions que je leur enverrai. Car il y a bien quelque chose d’impénétrable et d’attrayant dans les petits cadeaux transparents que l’enseigne distille depuis juin 2014 : des cassettes translucides sur lesquelles figurent simplement un nom d’artiste, glissées dans des sachets plastiques comme un spécimen stérilisé de quelque substance chimique. Leur contenu, certes familier, recèle un je-ne-sais-quoi d’extraterrestre par son sens du détail et ses positions stylistiques : électro-gamelan aqueuse, présences ambiantes statiques, esquisses simili-techno, dance music démantibulée, le tout dans un cadre industriel strict, dévitalisé. On pense à Mille Plateaux, à Chain Reaction, ou à une version plus cryptée de Shxcxchcxsh. Selon Discogs, les artistes d’Aught en sont chacun à leur première publication et n’ont pas d’autre incarnation, mais la vision et la maîtrise dont ils font preuve trahissent des producteurs déjà expérimentés. Malgré sa discrétion très étudiée, /\\Aught s’est distingué dans l’abondant et talentueux bouillon des tape-labels, et ce en seulement cinq sorties à l’heure où la plupart des enseignes underground inondent quotidiennement les bacs et les bandcamps de nouveau matériel. À ce titre, c’est un exemple saillant de construction d’identité artistique, et la rançon d’une discipline conceptuelle intransigeante. Pour marquer la sortie de leur sixième cassette signée par un de leurs auteurs invisibles (Xth Réflexion), voici quelques éléments supplémentaires fournis par mail de la part notre mystérieux interlocuteur, résidant probablement quelque part dans l’Interzone.

/\\Aught l'interview

Aught 2

Sur quelle impulsion a été lancé /\\Aught ?
What set the impulse for /\\Aught?

/\\Aught est une tentative de disséminer de la musique à un auditoire par un biais auto-suffisant où toute information, autre que le son lui-même, est minimisée, voire masquée.

Aught is an attempt to disseminate music to its listenership in such a way that is self-contained and that information, other than the sounds themselves, is minimized or obscured.

Qu’est-ce qui motive l’anonymat chez /\\Aught ?
What's the aim of the anonymity in /\\Aught?

En omettant tout détail biographique, nous nous concentrons sur le contexte dans lequel nos travail est reçu tout en préservant simultanément une identité indéterminée.

By omitting biographical detail, we can focus on the context in which our work is received while simultaneously preserving an indeterminate identity.

Êtes-vous basés à Philadelphie aux États-Unis (info glanée sur internet) ?
Are you actually based in Philadelphia in the US?

Nous nous considérons comme une organisation non localisée.

We consider ourselves a nonlocal organization.

Toutes vos sorties semblent suivre une direction esthétique, stylistique, ou du moins un état d’esprit au diapason avec le concept global du label. Comment vos artistes procèdent-ils lorsqu’ils produisent pour vous ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette dernière livraison de Xth Réflexion par exemple ?
Every release seems to follow some kind of aesthetic/style/mood direction, in tune with a global Aught concept, or theme (ie. gamelan for De Leon), how do your artists proceed when they produce for you? what's behind that last Xth's release then?

Le son de toutes nos sorties dérive des circonstances spécifiques de leur production, bien qu’il soit quelque peu homogénéisé par un processus de groupe et par consensus. Xth Réflexion est une exploration de procédés itératifs. Les enregistrements sont constitués de plusieurs reflets de leur matériau source, enregistré et ré-enregistré dans différents espaces publics ou semi-publics.

Each of our releases has derived its sound based on the specific circumstances of its production, though somewhat homogenized by a group process and by consensus. Xth Réflexion is an exploration of iterative processes. The recordings are composited from many reflections, if you will, of the source material as recorded and re-recorded in different public and semi-public spaces.

À une exception près, vos artistes n’ont sorti de la musique que sur /\\Aught. Certains d’entre eux sortent-ils de la musique sous d’autres identités, ou opèrent à travers d’autres médiums ?
All but 1 artist have released music only on your label. Are some of Aught's artists releasing under other monikers, or operating through other mediums?

Oui.

Yes.

Le packaging et la musique qu’il contient font de chaque sortie un véritable cadeau sonore transparent venu de nulle part. Quelle est l’idée derrière cette identité visuelle ?
The packages and the music they content feel like transparent sound gifts coming from nowhere. What's the idea behind that visual identity?

La transparence et la minimisation du design ont pour but de suggérer une non-esthétique proche d’un vinyle en white label. Nous souhaitons éviter tant que possible de relier les sons avec des signifiants visuels.

The transparency and minimization of design are meant to suggest a non-aesthetic analogous to a white label vinyl. We wish to avoid correlating visual signifiers with the sounds as much as possible.

Pensez-vous que les cassettes à édition limitée soient le format le plus propice du moment à la musique électronique abstraite ?
Do you think limited edition tapes are the most conducive format for abstract electronics at the moment?

Les cassettes ont un intérêt, voire une suprématie, pour tous types de musique de niche nécessitant une écoute approfondie, et ce depuis qu’elles ont été très largement adoptées.

Cassettes have had relevance, or even primacy, for many types of niche, deeply-listenable music since their widespread adoption.

Vous arrive-t-il de jouer live sous la bannière /\\Aught, où que vous soyez ?
Do some of you happen to play live under the /\\Aught banner, wherever you are?

Non, aucun d’entre nous n’a joué sous le nom d’/\\Aught ou d’un de ses projets associés.

None of us perform under the Aught name or its associated projects, no.

Des sorties à venir ? Un projet de LP ou de compilation à un moment donné ?
Upcoming releases? Any intention to release an LP or a compilation at some point?

Cette série de cassettes est un projet à durée de vie limitée, il sera bientôt possible d’en déduire le restant de son planning de sorties. /\\Aught va bientôt toucher à sa fin et prendra une autre forme, mais nous préférons ne rien révéler de nos futurs plans.

This series of tapes is finite, one will soon be able to deduce the remainder of our release schedule for the time being. It will soon end and our project will shift, though we’d like to keep our future plans to ourselves for now.

Audio (PREMIERE)


Who are you Repitch?

Une techno dure, sombre, martiale. A priori, rien qui nous enverrait du côté de Berlin. Pourtant, si Repitch est couramment localisé à quelques encablures de la Fernsehturm, c'est du côté de l'Italie, et plus précisément de Naples, qu'il faut piocher pour relater son histoire embringuée par deux jeunes producteurs, Ascion et D.Carbone. Ensemble ils montent une structure susceptible de sortir leurs propres disques techno-noise, proche du Sandwell District de Birmingham, et très vite s'associent dans une optique plus expérimentale à un autre Italien, spécialiste des déflagrations sonores héritées de l'Amérique d'un Dominick Fernow, Shapednoise. Après quatre années et une grosse douzaine de disques plus tard, les trois compères ont définitivement jeté les bases d'une aventure discographique qui prend aujourd'hui de plus en plus d'ampleur, s'élargissant à d'autres artistes tels que le duo mancunien AnD (lire), le Berlinois Sleeparchive (lire) ou plus récemment Stave dont le maxi After The Social est une véritable bombe à neutrons comportant un remix signé Regis. Alors que nous recevons ses trois têtes pensantes samedi 21 mars prochain au Batofar (Event FB), nous leur avons posé quelques questions auxquelles ils ont répondu d'une même voix.

Mix

Repitch l'interview

D.Carbone

D. Carbone

Le label a quatre ans et compte treize disques. Comment Repitch a démarré et pourquoi ce nom ?
The label is four years old with thirteen releases. Tell me how did Repitch get started? Moreover, why this name?

Repitch a démarré parce que nous avions tous besoin de créer un projet qui pouvait représenter nos idées et productions et ce que nous sommes. Le nom s'inspire d'un ancien projet d'Ascion et D Carbone avec le mot "PITCH", ajouter le "RE" était comme lui donner un nouveau départ.

It started because each one of us had the need to create a project that could represent ourselves and our ideas and productions. The name takes inspiration from an old project of Ascion and D Carbone with the word PITCH, adding RE it was like giving it a new start.

Pourquoi créer un label en 2011, au temps d'internet ?
Why to create a label in 2011, at the time of Internet?

Parce qu'internet est le plus puissant moyen de communication et qu'il est facile d'y diffuser sa musique mondialement. Ça nous a clairement aidés, même si ce n'était pas la raison principale.

Because Internet is the most powerful means of communication and you can spread your music worldwide easily. It surely helped us but it was not the main thing.

Quels types de labels vous ont inspirés ?
What kind of labels inspired you in your approach?

Nous avons démarré sans référence spécifique. La façon dont nous avons structuré le label avec les différentes séries, les différents designs et sons crée une fusion "parfaite" entre nos styles.

We started without any specific reference. The way we have structured the label with the various series, design and sounds creates "perfect" fusion between our styles.

Au début, le label était exclusivement dédié à vos propres productions. A présent, quels artistes confèrent une direction à celui-ci ? Comment avez-vous rencontré AnD, Gaja ou Sleeparchive ?
At the beginning, the label was exclusively reserved for your productions. According to you, what artists shaped now the direction of the label? How did you meet AnD, Gaja or Sleeparchive?

Nous avions déjà en tête de sortir des producteurs bien définis qui colleraient avec nous. AnD, par exemple, sont avec nous depuis le début du label et ils continueront à sculpter ce son, tout comme Gaja, Mike Parker et d'autres artistes que nous avons impliqués jusqu'à présent. Nous avons aussi plusieurs sorties en prévision, il y a beaucoup d'idées pour continuer le projet. AnD a été une rencontre internet, Sleeparchive nous a été présenté par DJ Pete, ils travaillent ensemble chez Hardwax dont nous sommes clients. Gaja vit à Berlin et nous partageons le même parcours, nous avons des amis et des idéaux en commun, nous sommes maintenant des amis proches.

We already had in mind to release determinate producers that would fits with us. AnD, for example, are with us since the beginning of the label and they will continue to shape the sound, as well as Gaja, Mike Parker and the other artists that we involved till now. We will also have several releases coming out again, a lot of ideas to continue with the project. AnD was an online-encounter, Sleeparchive has been introduced to us by Dj Pete, they both work at Hardwax where we are customers. Gaja lives in Berlin and we shared common situations and friends, sharing same ideals now we are close friends.

Ascion

Ascion

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

Nous avons des goûts similaires, ou disons plutôt que nous gravitons autour des mêmes fréquences, et ça aide à donner une forme à notre esthétique. Il n'y a pas de concept derrière tout ça, nous sommes intéressés par la techno non standardisée et des artistes avec un style reconnaissable et c'est que l'on continuera à faire.

We have similar tastes or rather gravitate to similar frequencies and this helps to shape our aesthetic. There is not such thing as concept behind, we are interested in non standard techno releases and in artists with a recognizable style and we will keep on doing this.

Shapednoise impulse parallèlement les labels Violet Poison et Cosmo Rhythmatic. Ascion & D. Carbone, 3TH Records. Tous ces labels sont-ils un même ensemble ou sont-ils indépendants les uns des autres ?
Shapednoise runs Violet Poison and now Cosmo Rhythmatic. Ascion & D. Carbone run yet 3TH Records. Are all these labels a part of the same group or are they independent?

Et bien en fait le projet Violetshaped et le label Violetpoison n'existent plus, depuis nous avons créé COSMO qui est la structure soeur de REPITCH et représente plus le son de Shapednoise. 3TH est un projet différent que nous partageons avec le producteur Lucindo, c'est indépendant de REPITCH et l'esthétique est différente. La raison pour laquelle nous faisons ça est de créer notre propre plateforme de labels où nous pouvons facilement exprimer nos styles et de former un groupe et un son solide.

Well, actually the Violetshaped project and Violetpoison label are not existing anymore, sice then we create COSMO which is the sister label of REPITCH and represents more Shapednoise^s sound. 3TH is a different project that we share with the producer Lucindo, it is independent from REPITCH and has a different aesthetic. The reason why we do this is to create our own platform with labels where we can be easily able to express our styles and to make a solid group and sound.

Pouvez-vous expliquer le concept des Features Series ?
Can you explein us the concept of the Features Series?

Les Features Series sont des travaux graphiques et musicaux. Libres en ce qui concerne la musique. Sur la pochette réalisée par Ascion, un portrait imaginaire et surréaliste composé d'un mélange de traits et de détails physiques de l'artiste en question créant ainsi un effet visuel d'altération. Ça va continuer.

Features series is a graphical and musical work. Freedom about the music. On the cover, designed by Ascion, take shape an imaginary and surrealistic face composed by the mix of traits and features of the artists involved on the ep thus creating a visual effect of alteration. It is going to continue.

Shapednoise

Shapednoise

Quel sont les styles de musique qui vous motivent le plus aujourd'hui ?
What are the different musical styles who motivate you most today?

Au-delà de toute considération stylistique, notre façon de vivre en directe confrontation avec la musique influence continuellement notre approche et notre vision. Nous sommes toujours à la recherche de différents sons et intéressés par toutes sortes d'expérimentations qui peuvent s'inscrire dans notre passif. On peut lister l' IDM, l'ambient, le rock ou le Krautrock, la Cosmic music, l'électro, la musique classique, le jazz noise, la drum and bass, la jungle, etc.

Regardless of style, the way we live with a direct confrontation with the music, continuously goes to shape and influence our approach and vision. Each of us is interested and researches different sounds and all kinds of experiments that can fit in our background, we can list IDM, Ambient, Rock and similar as krautrock, Cosmic-music, Electro, Classical, Jaz Noise, Drum and Bass, Jungle and so on.

En tant que gérants de label, le DIY a-t-il une grande influence sur votre travail ? Peut-on encore considérer Repitch comme un bedroom label ? Etes-vous les punk d'aujourd'hui ?
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work? Do you consider Repitch like a bedroom label? Are you the punks of today?

Bien sûr que cela a une influence en tant que label indépendant. Nous avons des studios de musique que nous utilisons également comme bureaux mais on peut considérer que c'est une approche "bedroom". Nous ne savons pas vraiment comment nous définir, ça c'est plus votre boulot !

For sure it does being an independent label, we have music studios that we use as office as well but you can still consider that as a 'bedroom approach'. We don't know how to be labeled, this is more your task!

Peux-tu nous parler de votre actualité et notamment de la sortie de l'EP de Stave ?
Can you speak to us your present likes Stave EP and next releases?

A propos de Stave, on est vraiment emballé par son approche stylistique, un mix unique entre métal noise et techno. Concernant les autres sorties, nous sommes en ce moment en train de bosser sur le prochain, qui sera une collaboration dans le cadre d'une Features Series dont on ne préfère pas trop parler pour le moment. Suivra ensuite un autre maxi.

About Stave we really enjoyed his musically style and approach, a mix between metal noise and techno in a unique way. Regarding the next releases at moment we are working on the next one that will be a special collaboration on Features Series, at moment we prefer don't say to much about it. After this is scheduled one another 10 Inch release.

On vous invite samedi prochain... Vous nous réservez quoi ?
We invite you together on March 21st in Paris. You reserve us what?

De la puissance.

Power.

Audio


Who are you New Noise China?

New Noise
De concert avec Nevin Domer de Genjing Records (lire), le belge Jef Vreys est une des trop rares personnes qui essayent de tisser des liens entre les scènes musicales chinoise et occidentale. Ancien membre du groupe The Maple Room, il est à l'origine de l'agence New Noise, qui accompagne depuis cinq ans les grands noms du post-rock dans leurs tournées chinoises et accompagne les groupes émergents de la scène chinoise. Rencontre avec Jef, à Chengdu, dans l'ouest de la Chine.

Wang Wen & Bravery in Battle seront en concert le 16 mai à l'Espace B (concours).

Texte & interview : Antoine Roset

Entretien avec Jef Vreys

Jef 01Le label New Noise, que tu as créé à Chengdu, a fêté son 5ème anniversaire l'an dernier. Peux-tu nous expliquer comment tout a commencé ?
New Noise, the label you created in Chengdu, celebrated its 5th anniversary last year. Can you explain us how everything started ?

Il y a sept ans, j'étais en Belgique et je m'occupais de la promotion de concerts dans un centre pour la jeunesse local. Je suivais des études de Chinois en Belgique et j'ai obtenu une bourse pour aller étudier un an à Chengdu. En arrivant ici, je me suis mis à rechercher les bonnes scènes et j'ai rapidement compris qu'il y avait peu de groupes qui venaient jouer à Chengdu. Certains de mes amis chinois connaissait le groupe dans lequel je jouais à l'époque (The Maple Room), et m'ont demandé de les faire venir en Chine. De retour en Belgique pour terminer mes études, j'ai commencé à organiser la tournée du Maple Room en Chine. Cela m'a pris six mois, mais la tournée s'est très bien passé et quand je suis retourné à Chengdu grâce à une seconde bourse, j'ai décidé de rester et d'essayer de gagner ma vie avec la musique. Cinq ans plus tard, nous sommes toujours ici et nous continuons à faire la promotion de groupes étrangers.

Seven years ago when I was still in Belgium I was promoting shows in our local youth centre. I studied Chinese studies in Belgium and got a scholarship to go to Chengdu and study for one year. When I arrived in Chengdu I was looking for good shows but soon found out not that many bands played in Chengdu. Some of my Chinese friends knew the band I was in that time (The Maple Room) and asked me if it was possible to get them over to China. When I went back to Belgium to finish university I started working on a tour for the Maple Room in China. I basically worked 6 months to pull that off, but the tour went great and while I was in Chengdu with a second scholarship I decided to stay and try to see whether or not I could make this into a living. Five years later we are still here promoting shows for foreign bands.

Quelles sont les activités principales de New Noise ?
What are your core activities ?

New Noise est présent à toutes les étapes des tournées, depuis la réservation des concerts, la promotion, le design des affiches jusqu'à l'organisation logistique… Cela veut dire que je passe sept mois par an sur la route avec les groupes. Le bon côté des choses, c'est que je peux contrôler le processus dans son entier et être présent sur l'ensemble des évènements. C'est tellement gratifiant de pouvoir organiser des concerts ici !

With New Noise we are involved in almost every step. We book all the shows in China, do the promotion, design the posters, do the tour management for bands,...

This means I almost spent 7 months a year on the road touring with bands. The good thing is that I can oversee the whole process from promoting to actually see the bands that we bring on stage. When we sell out shows here it’s such a rewarding feeling.

En tant qu'observateur et qu'acteur à part entière de la scène musicale indépendante chinoise depuis des années, quel est ton opinion sur son évolution ?
As a observer and an important actor of the Chinese independent music scene for many years, what kind of statement would you do about the evolution of the Chinese scene ?

Les choses ont beaucoup changé depuis que je suis arrivé pour la première fois à Chengdu en 2007. A cette époque il y avait seulement deux festivals pour toute la Chine, Modern Sky et Midi. Ces deux festivals restent les principaux mais il y a désormais des festivals dans toute la Chine. Pour les tournées, il y a également beaucoup de changements, car les infrastructures et les équipements des salles se sont considérablement améliorés ces dernières années. Il y a également des salles de concert qui s'ouvrent dans des plus petites villes et on peut voir de plus en plus de groupes sur scène, probablement car il y a plus d'endroits pour jouer. Avant, Pékin était la seule ville où il se passait quelque chose mais à l'heure actuelle les autres villes et de nouveaux groupes émergent. La scène musicale est devenue probablement un peu plus commerciale, les grandes marques essayant de profiter de l'aubaine pour toucher le jeune public à travers la musique.

A lot has changed since I first came to China in 2007. Around that time there were only two festivals, the Modern Sky Festival and the Midi Festival. Nowadays there are festivals all over China, with Modern Sky and Midi still being the central figures. For touring a lot has changed as well, the infrastructure of the venues improved a lot over the last few years. You can also see venues popping up in the smaller cities as well. We also see more and more bands playing, probably because right now there are more places to play. Before Beijing was the only place where things did happen, but right now all the other cities are stepping up as well and new bands come to life. The music scene probably did get a little bit more commercialized with big brands trying to hop on the music wagon and try to reach out through young people through music.

Comparé à la Chine littorale de l'est, Chengdu, la ville où tu habite, est une ville à la marge du pays. Peux-tu nous parler de la scène locale ? Quels sont les principales difficultés auxquelles sont confrontés les groupes de Chengdu ?
You live and work in Chengdu, which is quite a remote city in China, compared to the more vibrant eastern part of the country. Can you tell us about the local musical scene ? What are the main challenges bands from Chengdu encounter ?

Je pense que Chengdu est actuellement une des meilleures scènes de Chine, avec beaucoup de jeunes groupes émergeants. L'année dernière, j'ai aidé 3 groupes locaux Stolen, Hi Person et The Hormones à enregistrer leurs albums et à organiser leur première tournée en Chine. Ce sont d'excellents groupes, parmi les meilleurs de la nouvelle génération, avec une identité propre.

Pendant des années, la scène musicale tournait autour du Little Bar, un lieu mythique à Chengdu, qui existe depuis 18 ans. Le Little Bar existe toujours, mais cette année et l'année dernière, 3 nouvelles salles vont ouvrir à Chengdu et le Little Bar va déménager pour un espace plus grand. C'est peut-être un peu trop en si peu de temps mais au moins les groupes auront plus d'endroits pour se produire.

Les groupes de Chengdu ont en fait des conditions favorables car la vie est moins chère ici, c'est donc plus facile pour eux de gagner leur vie avec la musique. Le seul problème que rencontrent les groupes de Chengdu est qu'il doivent vraiment se donner la peine de quitter Chengdu de temps à autre pour faire des tournées. C'est la seule manière de se faire un nom et d'exister sur la scène musicale chinoise.

I actually thing right now Chengdu has one of the best scenes in China with a lot of young bands getting started. For the last year I helped 3 young local bands with their recordings and organizing their first China tour. These bands are Stolen, Hi Person and The Hormones. These bands are really great, have their own identity and are among China’s best new bands.

For years and years the Chengdu music scene was based around the Little Bar, a legendary venues in Chengdu that has been around for 18 years. The Little Bar is still there, but this year and last year 3 new venues will open up in Chengdu and the Little Bar will move to a bigger place. Might be just a little bit too much at one time, but at least bands will have more places to play.

Chengdu bands are actually in a good position, because life is cheap, so it’s fairly easy for them to make enough money with playing music. The only problem that Chengdu bands face is that they really should try to get out of Chengdu once in a while and go on the road, That’s probably the only way you can get your name out and actually mean something in China.

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Une de tes activités principales est d'organiser des tournées en Chine pour des groupes étrangers. Nous sommes assez curieux de savoir comment s'y prendre pour inviter des groupes étrangers ici. Est-ce que tu rencontre beaucoup de difficultés ?
An important part of your activities is to tour foreign bands in China. We would be very curious to know how it works to invite bands in this country. Do you encounter many difficulties ?

Auparavant, je travaillais simplement avec des groupes qui entraient en contact avec moi. Maintenant nous sommes un peu plus exigeants avec les groupes que nous faisons tourner, nous voulons travailler avec des groupes qui se sont déjà fait un nom. Les deux dernières années, j'ai également travaillé avec de plus grands groupes comme Mogwai et Tortoise… C'est parfois difficile de travailler avec de grands groupes car leurs tarifs sont assez élevés et les prix des places en Chine restent moins chers qu'ailleurs.

Maintenant, nous essayons de tout faire dans les règles, ce qui nous oblige à demander des autorisations, à obtenir des permis de travail pour les groupes, etc etc. C'est un processus bureaucratique qui représente une dépense en plus, mais c'est parfaitement logique pour nous, si nous voulons continuer à faire ce que nous faisons.

Before I basically worked with bands that would reach out to me. Right now we are much more picky about the bands that we bring, because we do want to work with bands that have already a name out. The last two years we also have been working with much bigger bands like Mogwai, Tortoise,... It’s sometimes difficult to be able to invite bigger bands, because their fees are quite steep and ticket prices are still lower than in other places of China.

Right now we are also try to do things completely legit, that means applying for permission papers, getting bands work permits etc etc. This is basically a bureaucratic thing that costs us some more money, but we would love to keep going in what we do, so this is a logic thing for us.

Pourquoi est-il encore si difficile aux groupes chinois de toucher un public international ?
Why is it still so difficult for Chinese bands to reach an international audience ?

Honnêtement, les groupes chinois restent en général un cran en dessous. Le rock a une longue histoire en Europe et aux Etats-Unis, mais en Chine, c'est encore récent. A la radio et à la télévision, on diffuse surtout de la pop music chinoise, la plupart des jeunes n'écoutent que ce style. Je vois beaucoup de changements futurs avec Internet devenant un acteur majeur; cela devient plus facile pour les jeunes Chinois de connaître la musique occidentale.

Il y a 10 ans, la plupart des groupes continuaient à copier l'Occident, ce qui est vraiment une mauvaise chose, car la copie n'est jamais aussi bonne que l'original. Maintenant, je constate que les groupes cherchent leur propre identité, ce qui va dans le bon sens.

Un autre problème est que c'est très cher de faire des tournées en Europe, il faut donc être bien organisé pour sortir de Chine. De plus en plus de groupes vont désormais en Europe et je trouve que c'est une très bonne chose.

To be honest, the quality of Chinese bands is in general still not that good. Europe and the States have a long history of rock music. In China that is still fairly new. The radio and TV still will play Chinese pop songs, so a lot of young people only will listen to these kind of music. With the internet as a key player I can see lots of things change in the future, it will be more easy for young people to check out music from the West.

10 years ago a lot of bands were still copying bands from the West, which is a really bad thing, because a copy is in most cases not as good as the original. Right now I see bands trying to get their own identity, which is a really good evolution.

Another factor is that touring in Europe is quite expansive to do, so you will need a good plan in order to get outside China. More and more bands go to Europe right now and I only thing that is a really really great thing.

Peux-tu nous présenter tes groupes chinois favoris ?
Can you introduce your favorite Chinese bands ?

Il y a des groupes excellents, qui méritent vraiment d'être découverts : Wang Wen, Glow Curse, Rebuilding the Right of Statues, Duck Fight Goose, Stolen, Nova Heart…

There are still some really great bands, that everybody should be checking out: Wang Wen , Glow Curve, Rebuilding the Right of Statues, Duck Fight Goose, Stolen, Nova Heart, ...

Quel est le programme pour New Noise dans un futur proche ?
What's next for you and New Noise in a near future ?

Il y a pas mal de groupes qui sont programmés pour cette année, et nous allons également inviter des groupes importants en Chine. En 2015, nous allons faire la tournée européenne de Wang Wen, le plus grand groupe de post rock chinois. Ils sont invités dans trois festivals en Europe et nous allons construire la tournée autour de ça. Il seront à Paris à L'Espace B le 16 mai.

Nous allons essayer de nous tourner vers d'autres styles de musique et nous allons commencer à travailler dans toute l'Asie. Ce sera une année éprouvante mais riche de promesses.

We have quite a lot of bands lined up for this year and will also bring some bigger acts to China as well. In May 2015 we will also bring China’s biggest post rock band Wang Wen to Europe. They are invited to play 3 festivals in Europe and we will book a tour around that. They will play Paris in Espace B on May 16.

This year we will also start to focus on different kinds of music and also start to work all over Asia. Really will be a challenging but promising year!

Vidéos

https://www.youtube.com/watch?v=IRhG0hv-v5Q&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=0chgR-SKqCg


Who are you Unknown Pleasures Records?

UP3J’ai rencontré, ou plutôt commencé à correspondre avec Pedro il y a plus de dix ans… A l’époque, je sortais d’école de cinéma et je cherchais une musique choc pour illustrer mon court métrage de fin d’année. C’était une époque où la hardtek faisait encore fureur - les magasins de musique indus pullulaient dans les quartiers de Bastille, mais elle intégrait aussi parfaitement les bacs de la FNAC. Aujourd’hui, cold wave, minimal wave sont devenus des musiques marginales, bien qu’attirant un nombre toujours plus nombreux de fans grâce à un revival contaminant peu à peu techno, ambient, voire même pop musique. Entretien au vitriol ici avec un pilier du genre, patron de Unknown Pleasures Records, et made in France s’il vous plaît….

Pedro Peñas Robles l'Interview

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Pedro, tu es dans la musique depuis pas mal d’années. Pourquoi avoir créé Unknown Pleasures Records aussi tardivement ?

J'ai commencé tout d'abord comme DJ il y a vingt-cinq ans, c'était mon vrai job, puis je suis devenu musicien il y a quinze ans avec HIV+. Je n'avais pas ressenti le besoin de monter ma propre structure auparavant car j'étais signé sur d'autres labels. A l'époque, l'underground power noise ou techno indus était vivace et des gens misaient des thunes sur des productions radicales comme les miennes, les disques sortaient les uns après les autres, que ce soient les miens ou ceux des très nombreux groupes que j'ai soutenus tout au long de ma carrière sur des tas de compilations. J'ai tourné pas mal au début des années 2000 avec la musique que je faisais à l'époque, pourtant très bruitiste, brute et radicale. Le son de HIV+ m'a amené dans des contrées lointaines et m'a permis de voyager sur d'autres continents pour exporter ma zique. Voila pourquoi il ne m'est pas venu à l'idée de monter moi-même un label à cette époque là.

En même temps, créer un label en 2014, c’est un peu comme sortir un nouveau magazine musical, ça ne sert strictement à rien en termes d'impact et de reconnaissance et c’est voué à l’échec financier à très court terme. Mais c’est justement dans un contexte de crise profonde du format physique que j’ai décidé de prendre le risque de me lancer dans cette aventure. Certains événements, comme la sortie de la compilation hommage à Daniel Darc & Taxi Girl que j'ai tenue à bout de bras passionnément, m’ont poussé dans cette logique de prendre les choses en main et de faire ce que plus personne n'avait envie de faire : publier des disques qu'on puisse encore toucher, sentir et chérir.

Comment définirais-tu l’esthétique de ton label ? Y a-t-il une ligne musicale que tu comptes faire perdurer ou es-tu au contraire ouvert à différents styles de musique ?

Notre but avec le label n'est pas de divertir les gens ou de les maintenir dans une nostalgie caricaturale, mais de les plonger dans une uchronie musicale, un monde parallèle empreint d'une certaine mélancolie, d'un romantisme obscur et connoté par des sons synthétiques particuliers. J'ai une fascination certaine pour les sons post-punk, cold minimalistes ou new wave du début des 80's mais je ne conçois cette passion qu'avec l'exigence d'une production ancrée dans son présent. Je déteste les revivals mercantiles, je n'aime pas les caricatures et la dévotion dont certains font preuve pour des tas de groupes de leur jeunesse juste parce que ça leur rappelle leur premier flirt ou leur premier joint. Avec Unknown Pleasures Records, il n'y a pas de retour en arrière, mais ce passé pose des jalons qui me permettent de voir le futur autrement. Les racines post-punk et wave nous apportent une palette de sons, de couleurs émotionnelles et d'expériences que nous voulons pousser plus loin. Les bavardages incessants dans la presse ne nous intéressent pas, seul les objets publiés comptent.

La langue de bois dont souffre également le milieu "underground", c'est fini, nous ne laisserons plus rien au hasard et ça commence à se savoir. J'ai observé de très près pas mal d'artistes reconnus du milieu techno et vu comment, à un moment donné de leur carrière, certains ont pris des chemins plus balisés ou ont vendu leur âme pour des synchros de publicités ou des sponsorings de grandes marques. La musique n'est pas un faire-valoir pour moi, que ça rapporte de la thune ou pas, j'en n'ai rien à battre, ce qui est important c'est ce qu'on fait ressentir aux auditeurs et au public.

Le disque inaugural du label était un Tribute to Daniel Darc & Taxi Girl, choix plutôt étrange au vu du nom du label, tu ne trouves pas ? On aurait pu plus s’attendre à quelque chose autour de Joy Division, alors pourquoi ce choix ?

Le choix du nom du label est bien évidemment un hommage au premier album de Joy Division, qui est pour moi le monolithe noir de la musique du XXIème siècle. Mais hormis cette référence, j'ai voulu donner du sens au terme « plaisirs inconnus » en m'adressant à un nouveau public que celui que j'avais avec HIV+, un public plus curieux, plus cultivé, plus hédoniste aussi.

Concernant le tribute à Daniel Darc il faut savoir qu'aucun label indépendant français à qui j'avais envoyé les reprises n’a daigné répondre à ma proposition de rendre hommage à l'ex-chanteur de Taxi Girl. J'ai même reçu des mails de ce genre : « Ce tribute à Daniel est vraiment chouette mais je n’ai pas envie de raquer des sous à la Sacem ! », ou alors : « Super tracklist, mais sans des artistes connus de la variété française ça n’intéressera personne ». Qu’est-ce que j’en ai à foutre de la variété française !

Ce qui m’a intéressé avec le tribute à Daniel Darc, c’est de reprendre les chansons d’un type que j’ai toujours aimé et respecté, même quand il errait claudiquant et défoncé dans les rues de Paris. Darc était un vrai musicien de l’underground, un artiste à vif qui, parfois, quand il arrivait à sortir la tête du trou, arrivait à nous remplir l'âme de poussière d’étoile. C'est un mec dont beaucoup de chansons m'ont profondément touché, notamment ses albumsNijinski mais aussi le très pop Crève-Cœur, qui est arrivé dans un moment de ma vie ou j'étais sentimentalement au bord du gouffre. Dans ces moments là, on rentre facilement en empathie avec les grands tourmentés de la vie. Depuis Taxi Girl, il y a toujours eu un peu de Daniel Darc en chacun de nous, enfin je pense qu’il faut avoir plus de quarante ans pour ressentir ce genre de trucs, et avoir vécu les années 80…  du côté obscur.

En tout cas nous l’avons fait, il s'est vendu intégralement, il y a eu quelques soirées sympas autour de l’événement, surtout celle que nous avons organisé au Point Éphémère avec des concerts et des DJ. Bref, les groupes qui sont sur ce disque ont tous été extraordinaires et je les remercie une fois de plus pour avoir contribué à perpétuer un peu de la mémoire de ce chanteur/poète si attachant.

Une petite mise au point qui intéressera les trois ou quatre détracteurs que nous avons pu croiser sur le net : vu la demande de mon distributeur, j’aurais pu en tirer 2000 exemplaires, mais je me suis engagé auprès du représentant des derniers ayants-droits de sa famille de ne pas faire de repressage et de respecter la série limitée à 500 exemplaires.

Et donc pour répondre encore à ta première question, c’est justement pour pouvoir être distribué en FNAC par La Baleine que j’ai été obligé de monter le label Unknown Pleasures Records. J'ai commencé par rédiger un petit manifeste que l'on peut lire ici.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelle relation développes-tu avec eux ?

Je choisis les musiciens en fonction de mes propres goûts et aspirations en dehors du temps et des modes. Étant donné que je n'arrive pas à ressentir quelque chose de durable pour les musiques simplement fonctionnelles, comme la techno au kilomètre que déversent certains labels qui se disent pointus, il faut que les gens qui prétendent venir chez moi expriment ce qu'ils ont vraiment sur le cœur à travers leurs machines ou leur voix.

Les techniciens, les ingénieurs du son, les geeks du synthé ou des plugs-in en tout genre ne m'intéressent pas, même s'ils sont nécessaires à la conception d'une œuvre. En revanche, la petite gonzesse sortie d'une école d'art de Glasgow et qui bricole avec une vieille boite à rythmes des chansons minimalistes et touchantes dans son studio, en chantant comme si elle avait subit les mêmes vicissitudes dans sa vie qu'une Billie Holliday ou qu'une Nico, là, oui, je prends tout de suite ! Elle se nomme d'ailleurs Hausfrau et son premier album est sorti chez nous le 18 septembre, jour du référendum avorté de l 'indépendance de l'Ecosse, d'où elle est originaire.

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Tu as récemment collaboré avec des artistes aussi divers que David Carretta, The Horrorist ou In Aeternam Vale. Qu’est-ce qui te plaît dans leurs univers ?

David Carretta, je le connais depuis super longtemps, mais c'était juste une connaissance. Je l'ai croisé dans des raves, des soirées avec notre vieil ami commun The Hacker ou dans le club Trolleybus ou je bossais à Marseille dans les 90's, mais rien ne prédestinait à ce que nous bossions sur son label un jour.

L'été 2012, j'ai eu l'idée de faire passer mon nouveau groupe pour un duo d'homosexuels berlinois, au départ, et j'ai envoyé nos premiers morceaux d'Adan & Ilse à Space Factory, entre autres, en leur disant que nous étions gay, moi, chanteur DJ d'origine bolivienne, et mon comparse Usher (de Norma Loy), l'amant berlinois épris de vieux synthés, puis Peter, le troisième membre du groupe, est arrivé et il a fallut faire ménage à trois.

David a écouté notre maquette sans a priori, il a adoré tout de suite nos compos minimalistes et fragiles, puis nous a signés dans la foulée pour notre premier maxi, From The Waves. De plus, comme Peter, avait déjà sorti une paire de maxis en digital chez Space Factory, ça nous a permis d'affranchir David en lui révélant notre petit subterfuge, ça l'a bien fait rire et tout s'est très bien passé avec lui. Carretta, c'est un type adorable, rien à voir avec tous ces nouveaux DJ stars de la techno qui ont pris un énorme melon alors qu'ils ont tout pompé à David, à The Hacker, à Millimetric ou à Terence Fixmer !

The Horrorist, ça fait super longtemps aussi qu'on se capte et qu'on parle de faire des trucs ensemble, mais c'est la première fois qu'on achève un truc commun. Son remix du Swallow You All d'Adan & Ilse est vraiment superbe et il a également participé au Tribute To Suicide que je viens de publier sur Unknown Pleasures Records. En revanche, In Aeternam Vale, c'est Usher de Black Egg qui m'a fait connaître récemment en me faisant écouter des remixes très analogiques qu'il venait de faire pour son projet signé sur [aufnahme + wiedergabe]. Ceci dit, tout ça ce sont avant tout des rencontres musicales avant d'être amicales.

Ton son a radicalement changé en quinze ans : il y a une énorme différence entre tes premiers albums sous le pseudo de HIV + et ceux d’Adan & Ilse par exemple. A quoi est due cette évolution selon toi ?

Si t'as cinq minutes, je vais t'expliquer le pourquoi de cette « évolution » qui n'en est pas une pour ceux qui me connaissent depuis longtemps. Nous vivons une époque totalement absurde et amnésique, où chaque nouvelle séquence d’information efface la précédente comme si rien n’avait existé auparavant.

C’est le cas dans la plupart des médias de masse, mais c’est également le cas des médias de niche ou de la presse musicale spécialisée qui fait dans le « jeunisme » à tout prix sans aucun sens du long terme.

Le jeunisme, nouvelle doxa des sphères musicales mainstream comme la pop, le rock, la techno ou le hip-hop, est devenu prépondérant, voire vital, depuis la chute massive des ventes de disques. Au lieu faire sa propre auto-critique – la raison d’un échec total des supports physiques face au piratage phénoménal de cette dernière décennie – l’industrie musicale (et ses ersatz hypocrites que sont les labels et distributeurs indépendants adoubés par une presse papier corrompue) continue année après année à se fourvoyer à tenter de vendre de la merde jetable et remplaçable au lieu de bosser sur des artistes plus originaux et moins malléables à long terme.

Il est d'ailleurs à noter que l'on ne retrouve pas cette obsession du jeunisme dans les arts plastiques par exemple – ces arts majeurs comme disait Serge Gainsbourg – ou au contraire un artiste expérimenté est reconnu à sa juste valeur, respecté et suivi religieusement du fait qu’il a atteint avec les années une maîtrise totale de son médium d’expression. Dans les musiques dites « modernes » en revanche, c’est tout le contraire (exception faite dans le classique ou les musiques savantes), il faut à tout prix trouver un nouveau jeunot à traire, le surexposer médiatiquement et le vendre rapidement avec un consensus hallucinant dans tous les médias très souvent esclaves du système qui n’ont de « culturel » que le nom.

J’ai également fini par constater que les milieux de la musique pop, rock, etc. finissaient par faire l’éloge – une fois de plus à l’unanimité – d’artistes qui étaient mourants ou vraiment en fin de vie après des décennies de galères. C’est le cas de Johnny Cash, dont la plupart des médias européens n’avaient rien à foutre dans les années 80 ou 90 et qui, soudainement, a vu sa notoriété exploser de ce côté-ci de l'Atlantique après avoir sorti ses fameux American Recordings bourrés de reprises de groupes pop, rock ou métal internationalement connus (Depeche Mode, U2, Soundgarden, NIN…). Il est arrivé à peu près la même chose à Lee Hazlewood à la fin de sa vie, et on constate le même consensus autour des derniers albums – il faut l'avouer : inécoutables – du vieux Scott Walker.

Aujourd'hui dans la pop, le rock ou l'électro, il faut être un jeune newcomer aux dents longues ou un vieillard à l’article de la mort pour pouvoir bénéficier d’une visibilité hors du commun dans les médias. Entre les deux, tu crèves tout seul dans ton coin ou tu pointes à Pôle Emploi, ce qui revient d’ailleurs à peu près à la même chose.

C’est juste pathétique, et de ce fait je suis le premier heureux de constater que le marché de la musique pour les masses se soit écroulé aussi fortement. Bien fait pour leur gueule ! A force de prendre les gens pour des vaches à lait et de leur vendre des plagiats, des compilations insipides, des revivals à deux balles et de la musique de supermarché merdique, nous arrivons au constat actuel. Le degré zéro de la musique a été atteint il y a déjà longtemps, mais de nos jours, ils sont passés bien en dessous.

En même temps, je dis ça mais je ne me sens pas du tout concerné par cette bérézina. Je n'ai pas besoin de ce que pourrait me rapporter la musique pour vivre ou pour plaire à un public. Je fais ce que je veux, je suis libre et réellement indépendant. Pendant longtemps j'ai fait de la musique expérimentale, bruyante, difficile d’accès ou mentalement perturbée par opposition à ces musiciens qui vendaient leur âme pour vivre un quart d'heure de gloire dans des pseudos charts bidons ou avoir leur tronche dans un magazine qui finira aux chiottes quelques semaines plus tard. Au final, j'ai dit tout ce que j'avais à dire dans le milieu indus, dark ou goth. A savoir que des millions de disques sont envoyés au pilon chaque année. C’est la seule place que méritent la plupart des artistes de ces scènes allemandes en général.

A la fin des années 90, toute une nouvelle scène électro dark est apparue avec des presets de sons de synthés utilisés dans la trance la plus commerciale ou l’eurodance la plus vomitive, tout cela mixé à des riffs de métal super basiques. Comme sortis du trou du cul du monde, nous avons vu arriver des wagons entier de groupes dits « EBM » (rien à voir avec la vraie EBM européenne des années 80 initiée par DAF ou Front 242) avec des voix de méchants maléfiques ridiculement saturées et des beats, aussi crétins que ceux de la makina, qui ont fini par métamorphoser le mouvement dark initial en un ramassis de crétins finis avec des looks de ploucs satanistes avec moumoutes fluos et New Rock à 200 euros encore plus ridicules qu'un vampire en plastoc dans The Blade.

Quand j'ai composé les premiers albums de HIV+, j'ai voulu justement vomir toute cette merde « hellektro » à la Suicide Commando, Wumpscut, Das Ich, etc. en la détruisant et en la caricaturant à tel point que même des gens comme Hocico m'ont demandé de les remixer en 2004, ce qui prouve que mon ironie n'a pas été comprise. Bon, j'ai quand même volontairement massacré leur morceau, comme je l'ai fait pour Morbid Angel en 2010 quand Season Of Mist m'a demandé de m'occuper de la sélection du double album de remixes de ce fameux groupe death metal.

Il y a trente ans, j'écoutais autant de la new wave que de l'industriel, de la cold wave, de l'EBM, du noise ou de la batcave et en 2014, je continue exactement dans la même veine. Il n'y a donc aucun retournement de veste, je fais toujours la même chose dans un même esprit, même si je creuse d'autres sillons que j'avais longtemps laissés de côté par manque d'assurance ou de maîtrise artistique.

Au niveau vocal, par exemple, la seule différence entre mes disques de HIV+ et ceux d'Adan & Ilse, c'est qu'avant je me cachais derrière des effets et des distorsions plongées dans un magma sonore violent alors qu'aujourd'hui, et grâce à mes deux comparses Usher et Peter qui m'ont fortement poussé dans cette voie, j'ai fini par ne plus avoir envie de cacher les sensations et émotions que ma voix, fragile, incertaine, avec encore un peu de maladresse, me permet d'exprimer tel un instrument désaccordé mais… bien humain. Avec la synth pop que nous faisons aujourd'hui, je veux faire du bien aux gens qui nous suivent, donner au public la possibilité de ressentir des sensations positives à travers notre musique, de se laisser transporter dans l'univers onirique et unique que nous avons réussi à créer avec Adan & Ilse.

Mais il n'y a pas que ça. Quelque part j'ai aussi envie de démontrer que 90% des groupes qui se disent électro pop ou wave font tout simplement de la merde avec des chanteurs chauves qui la plupart du temps sont profs d'anglais, agents immobiliers ou vendeurs de matériel informatique et qui rêvent secrètement de finir au lit avec Dave Gahan ou Martin Gore.

Dans un autre domaine plus pointu, j'avais aussi envie de dénoncer ce consensus stupide autour de types comme Fernow de Prurient/Vatican Shadow, Mondkopf ou Perc alors qu'ils pillent l'héritage techno industriel de leurs aînés des années 90, notamment le son de groupes des labels Ant Zen, Hands ou Galakthorro.

Si vous avez vingt ans et que vous pensez vraiment que Mondkopf a inventé quelque chose avec Hadès jetez une oreille sur A Shocking Hobby de Speedy J. sorti chez Mute à la fin des années 90, vous comprendrez très vite le sens de « techno industrielle ».

Je profite de cette interview pour pousser aussi une petite gueulante sur la situation actuelle des milieux musicaux. Quand tu penses à tout cet argent des contribuables gaspillé dans des subventions à une télévision publique que plus personne de normalement constitué ne regarde, tous ces millions filés complaisamment à des grands journaux qui font semblant d'être indépendants, toutes ces enveloppes bien dotées pour financer des festivals de merde type celui d'Avignon ou d'Aix-en-Provence ou n'importe quel festival du sud qui s'adresse aux plus de soixante-dix ans, tous ces millions engouffrés dans des assos péraves alors que la plus grande partie de la jeunesse se barre dans les pays voisins l'été venu pour profiter d'une vraie offre culturelle adaptée à son époque, ça me révulse.

Comme le dit philosophe qui a écrit cet article du Monde : "Seule est un peu inventive la musique électronique." J'espère d'ailleurs qu'il ne se réfère pas à David Guetta ou aux Daft Punk !

Pourrais-tu nous présenter des projets LAAG ou Fluxus, encore très confidentiels ?

Ce sont justement des projets qui sont ultra confidentiels et qui, vu la conjoncture actuelle, le resteront probablement pour l'éternité... ou pas, car personne n'est à l'abri d'un succès.

LAAG tout d'abord, c'est un musicien breton qui officie dans le plus pur anonymat depuis toujours, à l'exception d'un maxi sorti en vinyle avec Commuter contenant un remix par The Hacker. Je n'ai jamais rencontré Ronan de LAAG en personne mais j'ai toujours adoré sa voix et la façon très particulière qu'il a de faire sonner ses synthés old school. Quand j'écoute ses morceaux, j'ai l'impression d'avoir déniché une vieille tape obscure des années 80 ou un de ces vieux 45 tours rarissime d'un groupe synth pop que j'ai toujours aimés. Pour moi, c'est le Frank Tovey français, sauf que personne ne le sait.

Pour ce qui est de Fluxus, c'est un duo de musique industrielle minimaliste fondé par mon vieux compatriote catalan, Mauri, et moi même, autour de la thématique des maladies mentales. On n'a tenu à faire qu'un seul album, sec et concis, et il n'y aura qu'un seul concert dont nous choisirons le jour et le lieu quand nous serons prêts pour cela. Ça sonne quelque part comme un mélange de Pan Sonic et de Klinik mais sous kétamine.

En septembre est donc sorti sur mon label le premier album d'HAUSFRAU, Night Tides, pour fans du The Cure de l'époque cold wave et des productions « angst pop » du label Galakthorro, dont l'ingénieur du son Friedemann Kootz a fait le mastering. Et puis, la cerise sur le gâteau : nous venons de publier un  tribute aux légendaires Suicide qui risque de faire parler de lui vu les invités prestigieux présents sur la tracklist, des invités comme les mecs de Front242, DAF, Neon Judgement, Absolute Body Control, Die Krupps, David Carretta, The Horrorist, Marc Hurtado avec Alan Vega en personne, puis quelques autres moins connus mais exceptionnellement bons dans leurs genres respectifs. Le disque est distribué par La Baleine ou en vente directe sur le site d'Unknown Pleasures Records.

Quels sont les artistes avec qui tu aimerais absolument travailler ?

Bon, j'ai déjà travaillé avec pas mal de monde dont beaucoup de mes anciens héros de jeunesse. Il en reste encore beaucoup avec qui j'aimerais faire des trucs, mais sinon dans un futur idéal j'aimerais bien sortir un nouvel album de Sisters Of Mercy, un 45 tours d'Haus Arafna, faire une rave avec Necro Deathmort en live, sortir un nouvel album de Position Parallèle ou même de The Hacker s'il décide un jour d'arrêter de faire de la techno et qu'il me réserve pour UPR ce fameux disque influencé par le  Seventeen Seconds de The Cure dont il me parle depuis dix ans...

Mais pour des tas de raisons différentes, il y a de fortes chances pour que tous ces souhaits ne se réalisent jamais.

Peux-tu nous présenter ta mixtape en quelques mots ?

Oui, mets la cassette dans ta chaîne hi-fi, appuie sur le bouton « loudness », monte le potard à 11, assieds-toi sur ton canapé avec ta copine après vous avoir servi une vodka glacée, allume une clope qui fait rire et écoute attentivement ce qui va suivre. Merci pour tes questions.

Mixtape

00. HIV+ & Wired Brian- dark box (intro)
01. Mondkopf - the stars are falling
02. Fluxus - alzheimer (Shorai remix v2 )
03. Salem - better off alone (Alec Empire Atari Teenage Riot remix)
04. Necro Deathmort - the ultimate testament (remix)
05. Gesaffestein - pursuit (Alek Drive remix)
06. Carretta & Workerpoor- the intruders (The Hacker remix)
07. Audio & Tiga - fever (Kink remix)
08. Front 242 - never stop (Dominatrix Remix V1)
09. Adan & ilse - dream up (Alek Drive instrumental rmx)
10. Monolith - near crash
11. Dimeuhduzen- resistance is useless
12. Lado - identify yourself
13. Dimeuhduzen- first nature
14. Gabi Delgado - science fiction liebe


Matthew Samways l'interview

Matthew Samways1

En 2012, lorsque nous avons interviewé Matthew Samways pour la première fois à propos de son label Electric Voice Records qui sortait alors sa première compilation (lire), l'angelot avait à peine dix-neuf ans. De quoi filer des rides à n'importe quel clampin du milieu. Aujourd'hui, le résident de Halifax, en Nouvelle-Écosse canadienne, en tape trois de plus au compteur et parle déjà comme un vétéran ayant avalé d'une traite son adolescence, entre mise sur pied d'un label dénombrant de sérieuses références - Automelodi, Martial Canterel, Xeno & Oaklander, Új Látásmód Fúzió ou ADN' Ckrystall -, projets musicaux personnels et lutte erratique contre une lancinante dépression. La précocité a certes souvent un prix, mais Matthew a de la ressource, en témoignent les parutions alignées en 2014 avec la sortie physique - longtemps repoussée, suite à un souci avec une usine de pressage US - du LP Surlendemains Acides d'Automelodi (lire) et les trois compilations cassettes, instiguées avec l'aide de Sean Mcbride, Sand BeachRailroads In Juxtaposition et l'ultime Cliff Dwellings - avec au tracklisting, entres autres, Silent Servant, Femminielli Noir, Soft Metals et Cosmetics - s'inscrivant toutes trois dans le cadre des dénommées Topographic Symbols Editions. A l'heure de souffler sa cinquième bougie et au moment où Electric Voice Records annonce - sans rien révéler de tangible - des collaborations avec Dirty Beaches et Tropic of Cancer, Matthew a préféré botter en touche tout en nous parlant de ce qui lui tient avant toute chose à cœur, à savoir de son prochain LP à paraître en son nom propre, Litany Against Fear. En prime, il nous a offert une mixtape à écouter et télécharger ci-après.

Matthew Samways l'interview

Matthew Samways2

Cinq ans après les débuts du label, vous préparez une troisième compilation. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ? Est-ce-qu’elle témoignera de l’orientation esthétique actuelle du label ?
Five years after the beginning of the label, you prepare a third compilation. Can you tell us more about it? Does she it testify of the current esthetic orientation of the label?

J’ai décidé de ne pas divulguer d’informations sur la sortie jusqu’à ce qu’elle se concrétise. J’ai été confronté à beaucoup d’obstacles ces deux dernières années, en particulier avec le label, et mes ambitions peuvent sembler polarisées. J’apprécie le procédé d’élaboration de ces compilations et j’ai rencontré des personnes formidables tout au long de ces processus, professionnellement et personnellement. Chaque auditeur, ou devrais-je dire consommateur, a une vue subjective de l’orientation du label. Une certaine valeur esthétique s’est développée en parallèle avec mon art personnel et ma pratique musicale qui se reflète sur le label et est également imposée par les artistes avec lesquels j’ai choisi de travailler. Je ne crois pas vraiment que le label puisse exister dans toute sa pureté et sa sincérité étant donné que nos sorties et nos médiums sont éclipsés par la culture musicale contemporaine et notre démographie. Peut-être aussi que mon isolement et le fait que j’habite dans un endroit retiré contribuent à l’image et à la représentation d’EV.

I am choosing to withhold any information about the release until it has materialized. I have dealt with many obstacles over the last couple years, especially with the label and my ambitions can feel polarized. I do enjoy the process of curating these compilations and have met some magnificent people throughout these processes, professionally and on a personal level. The orientation of the label is subjective to the listener or shall I say consumer. A certain aesthetic value has developed abreast with my own art and musical practice that is reflected in the label and is otherwise enforced by the artists’ in which I have chosen to work with. I do not really believe the label can exist purely and genuinely, as the releases and the mediums we choose are obscured by contemporary music culture and our demographic. Perhaps also the isolation and my remote location contribute to the output and representation of EV.

Comment juges-tu l’expérience d’EVR après coup ?
How do you judge afterward the EVR experience?

Avec le recul, je n’aurai pas commencé le label à un si jeune âge. Ceci étant dit, l’univers a ses propres lois et il y a une raison à l’existence d’Electric Voice dans ma vie. Historiquement, éventuellement sous un autre nom ou sans association avec une niche musicale particulière, le label aurait existé sous une autre forme. J’ai l’impression que mon besoin de créer et de participer de cette façon à ces communautés musicales est intenable. Il est facile de se sentir désabusé face à soi-même et à ses actions, mais le défi qui consiste à surmonter ça peut déclencher l’enthousiasme à travers cette expérience.

In hindsight, I would not have begun the label at such a young age. This said, the universe is working its ways and there is a reason Electric Voice exists in my life. Historically, perhaps under a different moniker or without any association to a particular niche, the label would have materialized in another way. I feel my urge to create and to contribute to these musical communities in such a manor is untenable. It is simple to feel disenchanted with ones being and ones doing but the challenge behind overcoming this can often spark enthusiasm with this experience.

Est-ce-que ce rapport te donne des clefs et des perspectives pour le futur ?
Does this report give you keys and perspectives for future?

Effectivement, je me suis découvert plus exigeant et impatient avec les résultats du label. Je suis actuellement en train de travailler sur une proposition de financement qui nous installerait pour les cinq prochaines années mais je ne suis pas pressé. J’ai aussi l’intention d’être un peu plus sélectif avec les gens avec lesquels je travaille, d’amener et de travailler de façon plus rapprochée avec des amis. C’est simplement plus agréable de cette manière.

Indeed, I have found myself to be rather over extensive and impatient with the labels output. I am currently working on a proposal for funding that would set us up for the next five years and I do not feel rushed to do so. I also intend on being slightly more selective with whom I work with, and bringing it in and working closer to friends. It is simply more enjoyable this way.

Tu t’es rapproché d’artistes comme X&O. Quelles ont été les rencontres fondamentales durant cette période de ta vie ?
You got closer to artists as X&O and Automelodi. What were the fundamental meetings during this period of your life?

Avant tout, je suis devenu très ami avec Sean Mcbride de Xeno & Oaklander, qui est aussi le cerveau derrière Martial Canterel. Musicalement, l’impact que MC a eu sur ma vie de la fin de mon adolescence et aux débuts de ma vie d’adulte est très puissant et est responsable de certains de mes principes. Cette période semblait en effet excitante puisque j’étais dans un état d’esprit clair et stable et que j’étais capable de mettre en valeur ces artistes. C’était aussi une période transitoire dans ma vie personnelle où ma dépression semblait en quelque sorte être en paix. J’ai depuis compris qu’on ne peut empêcher nos propres démons d’exister mais que l’on peut seulement les mettre au repos et ne plus les nourrir.

Moreover, I became very close friends with Sean Mcbride of Xeno & Oaklander, who is also the intelligence behind Martial Canterel. Musically, the impact that MC has had on my life throughout my late teens and early adult life is rather potent and accountable for certain formalities. This time did indeed seem exciting as I was in a clear and stable place mentally and was able to provide an avenue for said artists’. It was also a very transitional period in my personal life where my debilitating depression seemed at some sort of peace. I’ve since come to learn that ones own demons cannot refrain from existing, yet can only be put to rest and left unfed.

EVR

Tu as annoncé de futures collaborations avec Dirty Beaches et Tropic Of Cancer. Que peut-on attendre d’EVR dans les prochains mois ?
You announce future collaborations with Dirty Beaches and Tropic Of Cancer. For what do we have to expect from EVR in the next months?

Comme mentionné précédemment, actuellement il apparaît inconfortable et imprudent d’annoncer des sorties avant leur concrétisation. De mon expérience, un enregistrement peut prendre forme en plusieurs mois ou même une année. Il m’apparaît impossible de percevoir où nous en sommes, les choses sont en effet très volatiles. J’attends le jour où nous serons satisfaits de nous et où je n’aurai plus à jeûner ou à me placer dans cet état mental anxieux nécessaire au maintien de la “hype”. Jusqu’à que je sois à l'aise avec ça, je souhaite rester évasif tant qu’il reste des points indécis.

As aforementioned, at this point it seems impractical and imprudent to slate releases until the final materialization. In my experience, a record can come together in the matter of a few months or the matter of a year. It seems unpredictable for me to foresee where we will stand as all is volatile. I hope for a day where we are self sustaining and I do not have to starve or put myself in this fragile, stress ridden mental state in order to maintain “hype”. Until I am comfortable with this thing, I hope to keep as much elusive until there are no variables.

Est-ce que le synthé minimal est le plus court chemin à travers la scène techno industrielle ?
Is the minimal-synth the shortest way towards the techno industrial scene?

Je suis sceptique au sujet de la scène techno industrielle mais cela semble faire sens que des artistes utilisent ces termes pour définir la musique.

I am unsure of the techno industrial scene but it seems to make sense that artists’ are using these sister terms in classing music.

Quels sont tes projets musicaux personnel ? EVR les influence-t-ils ?
Individually, what are your musical projects? Did EVR influence them?

Actuellement, je me focalise sur moi-même et je suis juste en train de finaliser mon premier disque sous mon vrai nom, Matthew Samways. Il ne peut se rattacher véritablement à aucun genre et je pense que cette influence vient en partie d’EVR. Le LP contient six compositions personnelles avec des additions et des collaborations avec Camella Lobo de Tropic Of Cancer pour les voix, Dave Ewenson au saxophone et Solomon Vromans au violoncelle et à la flûte. J’ai tout enregistré moi-même et mixé avec mon talentueux pote Ben Brennan. Quelques uns des enregistrements sont sur le feu depuis plus de deux ans et demi et un certain nombre de pistes ont été enregistrées sur le site historique d’Halifax où le centre Khyber pour les Arts fut hébergé pendant des années. J’ai pu enregistrer des sons de pièces caverneuses ainsi que des échos naturels dans les immenses salles de bal où j’ai passé nombre de nuits solitaires. Le LP a pour titre Litany Against Fear et signifie quelque chose de très important pour moi. Je suis impatient de partager les informations sur la sortie quand le moment sera venu. Il représente une période très sombre et solitaire de ma vie.

Currently I am focusing inward, and have just begun the final stages of completing my first record under my birth given name, Matthew Samways. It is very much non-genre specific and I think that influence partly comes from EV. The LP features 6 compositions of my own, with additions and collaborations with Camella Lobo of Tropic of Cancer on vocals, Dave Ewenson on Saxophone and Solomon Vromans on Cello and Flute. Everything was recorded by me and is being mixed by my talented friend Ben Brennan and I. Some of the recordings span from the last 2.5 years and a number of the tracks were recorded in the historical Halifax property, where the Khyber Center for Arts was housed for many years. I was able to capture some cavernous room sounds and natural reverberations in these massive ballrooms, where I spent countless nights by myself. The LP is titled Litany Against Fear and has come to mean a great deal to me, I look forward to sharing the release details when the time is appropriate. It represents a very dark and solidary time in my life.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Mixtape

01. Mickey Hart, Henry Wolff & Nancy Hennings - Field of Souls
02. Charlie Haden - Wayfaring Stranger
03. Broken Tables - Image of You
04. Staccato Du Mal - Life Do Us Part
05. Silent Servant - Still Life
06. World of Skin - 1000 Years
07. Dirty Beaches - Xinhai Tunnel
08. Die Gesunden - Sometimes
09. Martial Canterel - Parapraxis
10. Fioritura - Lacrima Profundis
11. Marie Davidson - L'Espoir est mon sentiment le plus noir

Tracklisting

V.A. - Cliff Dwellings. (Electric Voice Records, 17 juin 2014)

01. Martial Canterel - Sad Romance
02. Silent Servant - Still Life
03. Femminielli Noir - Nein Danke
04. Nacht Leiche - Untitled
05. Automelodi - Lendemain acide no2
06. Soft Metals - Hyperloop
07. Cosmetics - Cry Baby
08. Echo West - John is the Last


Who are you Opal Tapes?

Opal TapesSi vous n’étiez pas à la première soirée Opal Tapes aux Instants Chavirés en février dernier, c’est bien triste pour vous. La salle était comble et les murs gonflaient d’onirisme et d’avant-gardisme au fil des lives (lire). Le destin vous donne cependant deux nouvelles chances de voir les artistes si inspirés de l’écurie anglaise dérouler leurs mystiques personnelles : une le 23 octobre prochain, cette fois-ci à la Pêche et toujours à Montreuil (Event FB), puis le 25, dans l’antre impie de l’Embobineuse à Marseille (Event FB). Cette fois-ci, en plus du patron Basic House qui assure les inter-sets et du réputé Wanda Group pour les affaires plus abstraites, Opal nous ramène parmi ses noms les plus club, dans la mesure où Opal peut être club : le groove flou de Patricia, celui plus trituré de la nouvelle recrue Holovr et la dance mentale de Karen Gwyer dont la renommée enfle cette année. Pour accompagner cette bienheureuse tournée, une interview volontiers absconse de Stephen Bishop, aka Basic House.

On offre des places pour chacune des soirées par ici.

Stephen Bishop l'interview

basic-house

À quoi ressemble Teesside (toute petite ville côtière dans le nord-est anglais d’où le label a été lancé) ? Opal Tapes est-il relayé par là-bas ?
What's Teesside like and does Opal Tapes have any echo around there or are you really isolated?

C’est un endroit agréable, géographiquement varié et peuplé de gens très bien. Mais j’ai récemment bougé à Newcastle.

Teesside's a fine place. Diverse geographically and full of good people. I moved away from there recently and live in Newcastle now. 

Bien que la plupart des artistes ne viennent pas du coin, la music d’Opal Tapes sonne moins urbaine que d’autres labels électroniques, est-ce un reflet de cet isolement ?
Even though most of the artists you release aren't from there, do you think your location reflects in your music, in the sense that your music has a less urban feel than many other London labels for instance?  

Je ne sais pas trop ce que veut dire « sonner urbain », mais j’ai parlé de ce genre de chose avec Axel de 1991 et il m’a clairement dit qu’avoir grandi près de l’eau jouait un gros rôle dans ce qu’il était. Peut-être que cette esthétique « rurale » que tu détectes dans le label vient du fait que nos disques soient très spacieux.

I don't know what an "urban feel" is really. I spoke with Axel 1991 about something similar and he spoke distinctly of growing up around water to be a big part of him. Perhaps the "rural" aesthetic you detect in the label is to do with many releases being spacious.

Quand et pourquoi le label a-il été lancé ?
When was the label launched and what was the goal behind it?

Les premiers disques datent d’il y a 2 ans. Je voulais juste sortir toute cette musique que j’écoutais à ce moment-là et qui m’évoquait cette atmosphère que je recherche quelque soit le style. Avec Opal et les artistes avec lesquels je travaille, il y a probablement certaines similarités esthétiques mais aucun disque ne suggère un lieu ou un endroit pour moi. C’est une sorte de rencontre dimension/sentiment. Notre but était peut-être de construire un aspirateur.

The first releases came out 2 years ago. I wanted to do put out some of the music I was hearing at the time which evoked this atmosphere that I always look for in music whatever the style. With Opal and the artists I can work with there is perhaps some aesthetic similarities but no one release really suggests place or time to me. Kind of a dimension x feeling listening back to it all. Maybe the goal is to build a vacuum cleaner. 

Étais-tu impliqué dans la musique ou dans un autre label avant?
Did you run one before or were you involved with music in any other way?

Aucun label avant celui-là mais j’ai fait quelques K7 et CD-R avec des potes pour nos groupes. À part ça j’ai chanté dans quelques groupes, ou plutôt j'ai fait du bruit.

I've never done a label before but I would make tapes and CD-R's with friends for our bands. Only previous involvement was singing in bands or making a complete racket one way or another.

Des labels cultes ?
Any labels that influenced you?

Des centaines : Borft. G.R.O.S.S. Banned Productions. American Tapes. Chocolate Monk. Bunker. Kye. Ground Fault. Slaughter Productions. Cut. Sedimental... Et ainsi de suite...

Hundreds... Borft. G.R.O.S.S. Banned Productions. American Tapes. Chocolate Monk. Bunker. Kye. Ground Fault. Slaughter Productions. Cut. Sedimental... on and on and on...

Comment rentres-tu en contact avec les artistes ? Certains étaient déjà des amis ?
How do you get in touch with artists? Were some of them friends beforehand? 

Je contacte les gens par email ou c’est eux qui me contactent. Je n’ai personnellement rencontré que la moitié des gens dont j’ai sorti la musique et je n’en connaissais aucun avant le label.

I contact people through email or I am contacted by them. I've so far personally met about half the people I have released music of, I never knew any of them before the label. 

Quel serait le point commun entre tous les disques que tu sors ?
What do you think is the common point between all the records you release?

Le point commun c’est que ma tête qui doit aimer ce qu’elle écoute. J’aime dans la musique qu’elle possède une sorte d’aplomb et de douleur.

The only real common point here is my head which has to enjoy what it's hearing. I like music to have a bit of swagger and hurt to it.  

Du fait des difficultés de maintenir quelque structure musicale qu’il soit, comment un label comme Opal Tapes grandit ?
Given the difficulties to sustain any musical structure, how does a label like yours grow nowadays ?

La plupart des micro-genres sur lesquels certains labels essayent de se baser sont suivis par de petites communautés et il est dur de tenir un rythme élevé de sorties car, tout simplement, tu as besoin de vendre des trucs pour en faire plus. Produire et vendre des exemplaires physiques avec du packaging est forcément plus laborieux que de recevoir des commandes de téléchargement, mais une chose en amène une autre et je pense qu’une combinaison des deux et offrir quelque chose qui est relativement fait maison reste attrayant pour le public de nos jours. Il y a un grand nombre de gens qui se contente d’écouter de la musique sans avoir le besoin que ça soit davantage que de la musique. On pourrait penser que tout est plus marginal que jamais mais les marges créent un langage commun et nous permettent de communiquer avec plus de précision. Plus de gens qu’avant abordent la musique d’une perspective non-musicale, mais ce n’est pas une approche facile, mais plutôt holistique. Les détails soniques sont bien plus apparents dans le langue des auditeurs aujourd’hui que par le passé.

Most of the micro-genre which some labels attempt to base themselves solely within have tiny communities still and so it can be hard to maintain a forward flow to releases because commonly you need to sell things to make more. Creating physical copies and packaging and selling them is obviously more laborious than receiving digital orders for downloads but one hand holds the other and I think a combination of the two and to offer the buyer something which has been relatively home made is attractive to folk now. I think there's large groups of people today who just listen to music and sound without the need for it to be any more than that. We may think that things are more marginal than ever but all those margins do is create a common language and allows us to communicate more accurately. Realistically many more people today approach music from a non-musical perspective than in the past. Still this is not a facile approach by any means. I feel it's more a holistic one and that is as listeners. Sonic detail is much more apparent in the language of listeners today than I feel it was previously.

Audio


Who are you Beläten?

On le dit et on ne le répétera jamais assez : loin d'avoir englouti la matérialité fondamentale de la musique contemporaine, internet créé de nouveaux circuits permettant à celle-ci de proliférer à la fois pour des artistes à l'audience étriquée et des tirages extrêmement limités. L'objet se vend malgré le téléchargement, bien que celui-ci migre vers des formats que l'industrie croyait révolus : les labels vinyles ou cassettes n'ont jamais été aussi nombreux. Un monde libre d'intermédiaires donc, mais inévitablement ultra-saturé : difficile de s'y retrouver dans cette nasse virtuelle aussi extensible, permettant à tous, à l'aide de trois bouts de ficelles, de se proclamer artistes ou labels. La massification, conjuguée à la culture de l'instant, a pour facteur X le nivellement par le bas : l'originalité ploie chaque jour un peu plus sous une merde toujours plus consistante et informe. La liberté est une contrainte, en sciences politiques comme en musique. Beläten, label suédois initié et intégralement porté par le ténébreux musicien Thomas Martin Ekelund - dont la barbe ensanglantée peuple le groupe indus Trepaneringsritualen et le duo synth-wave Soma Sema -, compte plus de trente références sur bandes magnétiques où le Hollandais Ekman (lire) - que l'on invite le 26 septembre prochain au Petit Bain (Event FB) - côtoie German Army (lire), Distel ou plus récemment L'Avenir. Chacune de ces tapes s'inscrit dans une esthétique musicale oscillant entre black métal, électronique industrielle, minimalisme synthétique, néo-folk et post-punk, et se décline selon une unité graphique faite de photographies ou reprographies en noir et blanc. Depuis 2012 et la sortie de l'EP de Trepaneringsritualen, les tirages excèdent rarement la centaine d'exemplaires. Une poussière donc sur les autoroutes digitales précédemment décrites mais une véritable mine aux parois aussi inconfortables qu'insaisissables pour qui daignera en explorer les tréfonds. Visite souterraine donc par le biais d'une entrevue quasi mystique avec le massif Thomas Martin Ekelund, responsable ci-après d'un sampler du label en plus d'une mixtape susceptible de refroidir n'importe quel soleil plombant, mélangeant les codes sous une bannière à l'oxymore provocante : Post-Avantgarde Pop.

Audio

Entrevue avec Thomas Martin Ekelund

trepaneringsritualen-ekelund
Dis-moi comment Beläten a commencé ? Par ailleurs, pourquoi ce nom ?
Tell me how did Beläten get started? Moreover, why this name?

Beläten existe depuis février 2012. J’ai créé de nombreux micro-labels par le passé et après une pause de trois ans, l’envie m’a repris. Beläten est un ancien mot suédois signifiant “effigies”. Les cassettes (et les disques) ne sont que les représentations imparfaites de l’étincelle divine de créativité.

Beläten has been up and running since February of 2012. I’ve done many micro-labels in the past, and after a three-year break I had the urge again. The word beläten is an archaic swedish word meaning effigies. Cassettes (and records) are the imperfect representation of the true divine spark of creativity.

Tu es un musicien. Peux-tu nous expliquer le lien entre ton label et ta musique ?
You're a musician. Can you explain to us the link between your label and your music?

Ils s’influencent l’un l’autre, je suppose. Quelqu’un qui aime Trepaneringsritualen devrait jeter un coup d’œil à Beläten et vice versa. Ils font partie du même élan créatif.

They both ride on the coattails of each other, I suppose. Someone who likes Trepaneringsritualen might check out Beläten, and vise versa. They are ultimately part of the same creative drive though.

Le label a deux ans. Peux-tu nous indiquer les dates importantes de cette aventure ?
The label is two years old. Can you indicate us the big dates of this adventure?

La date de création du 10 février, que j’ai d’ailleurs ratée cette année, et chaque date de sortie, elles ont toutes la même importance.

Aside from the founding date of February 10th, which I coincidentally missed this year, and any release day, they are all of equal importance.

Quel genre de labels t’ont inspiré dans ton approche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

J’ai toujours été attiré par les labels qui sont plus qu’une simple devanture/vitrine pour la vision des autres. Ce que les artistes apportent est clairement très important mais il devrait aussi y avoir quelque chose d’inhérent au label. C’est la raison pour laquelle j’aspire à la grandeur de Crass, Galakthorrö, Factory, Broken Flag, pour n’en citer que quelques uns. Une sélection minutieuse, des packaging homogènes, et un concept de base sont les clefs pour y arriver.

I’ve always been attracted to labels that are more than simply an outlet for other people’s vision. Obviously what the artists bring to the table is of great importance, but there should be something of the label in there as well. That’s why I’m aspiring to the greatness of Crass, Galakthorrö, Factory, Broken Flag, to name but a few. Careful curation, unified packaging, and a conceptual foundation are they keys to achieve this.

Blitzkrieg Baby - Kid's World

Le label brasse un grand nombre de styles musicaux différents (new wave, électro, minimale, noire, ambient, synth-pop). Quels sont ceux qui te motivent le plus aujourd’hui ?
The label brewed a great deal of different musical styles – new-wave, electro, minimal, noise, ambient, synth-pop… What are the ones who motivate you most today?

Tous les artistes Beläten partagent une certaine noirceur ineffable mais elle se manifeste de manière très différente. Ça ne m’intéresse pas de devenir un label de minimal wave, ou de drone, ou industriel. Ce qui m’intéresse c’est ce qu’il y a entre tout ça, et je veux m’assurer que personne ne puisse deviner la prochaine étape. La confusion est primordiale.

Ces derniers temps j’écoute beaucoup de métal occulte et d’indie pop, mais ça peut changer. Je suis trop agité pour rester dans un genre, ce qui devrait être évident étant donné la musique que je publie.

All Beläten artist share a certain ineffable darkness, but it manifests in many different ways. I have no interest in becoming a minimal wave label, or a drone label, or an industral label. I am interested in the spaces in-between, and I want to make absolutely sure that no-one ever feels comfortable guessing the next move. Confusion is essential.

Lately I’ve been listening a lot to occult metal and indiepop, but these things move in cycles. I am too restless to stay in one genre, which should be evident from the music I publish.

Pourquoi ne choisis-tu que le format cassette ?
Why are you only choosing the cassette format?

C’est un format économique et pratique pour commencer, mais l’avantage majeur, à mon avis, c’est son aspect éphémère. Ce format se dégrade et chaque copie aura ses propres défauts, faisant de chacune quelque chose d’unique. Je tiens absolument à utiliser d’autres formats dans le futur.

It’s a cheap and easy format to get started with, but the main benefit, as I see it, is its transient quality. It’s a format that degrades, and each copy will have it’s own flaws making each instance unique. I fully intend to branch out onto other formats too in the future.

Ekman - Kalla Rytmer Att Dansa Till I Ensamhet

En tant que gérant de label, le DIY a-t-il une forte influence sur ton travail ?
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work?

Étant donné le genre de musique que je préfère, il n’y a vraiment pas d’autres options. Bien sûr, tu peux toujours attendre que quelqu’un d’autre exauce tes rêves, mais ça ne mène généralement qu’à être déçu.

With the type of music I prefer there really aren’t any other options. Sure, you can always wait for someone else to fullfil your wishes, but  that usually leads to nothing but disappointment.

Quel est le futur proche de Beläten ? Peux-tu nous dévoiler une des prochaines sorties?
What’s the near future of Beläten? Can you present any of the new releases?

On vient de sortir trois cassettes par All Your Sister, Michael Idehall et Ashburn County. Il y aura une édition très limitée d'une cassette de Den Arkaiska Rösten pour la fin de l'été, ce après quoi je me concentrerai sur le superbe premier album de Veil of Light qui devrait être disponible aux alentours de fin aot/septembre.

We just released three cassettes by All Your Sisters, Michael Idehall, Ashburn County. There will be a very limited edition of a cassette by Den Arkaiska Rösten late summer, after which I will put all focus on the wonderful debut LP by Veil of Light that will be available in Late august/september or there about.

Pour finir, peux-tu nous présenter ta mixtape ?
To finish, can you introduce your mixtape?

Temple of Beläten est une petite heure de groove dance occulte, de boucles de cassettes dance hall, de musique de marche funèbre pour la swine generation et tout ce qu'il y a d'(in)imaginable entre tout ça, sélectionné parmi les 31 premières sorties de Beläten. Post-Avantgarde Pop !

Temple of Beläten is a little over an hour’s worth of occult dance grooves, jerking tape loop dance hall, marching music for the swine generation and anything (un)imaginable in-between, culled from the 31 installments of Beläten thus far. Post-Avantgarde Pop!

Mixtape Temple Of Beläten

01. Temple of Beläten (Intro)
02. Blitzkrieg Baby - Children In Uniform MMXXIII
03. Marrow Mandler - Bound Forward
04. Michael Idehall - Spiderwoman
05. Michael Idehall - Snake Messiah (Distel Remix)
06. Distel - White Soldier
07. Xiu - Dark Day
08. Kord - Running Through The Night
09. Grand Mal X - Tricks of a Trade
10. Imiafan - The Park
11. Ashburn County - Ghost Stories
12. Ekman - Synthesis
13. Three Winters - Atrocities (Th.Tot. Remix)
14. L’Avenir - Fall Out
15. Cryme - The Drop
16. All Your Sisters - Whites
17. Dmitry Distant - System Control
18. Sebastian Melmoth - Prosopagnosia (Exaggerated Mix)
19. Veil of Light - Gebo
20. German Army - Stone Walls


Who are you Mind Records?

Véritable oiseau de nuit et encyclopédie vivante du diggin, difficile de ne pas croiser Abraham, crâne rasé et visage barré d'un sourire avenant, soit calé les deux coudes sur un comptoir luisant d'alcool, soit affairé le casque vissé à une oreille, les mains brassant un bac à disques bien garni. Capable de disséquer les entrailles de l'électronique japonaise (lire), comme d'envoyer des sets techno inspirés de Détroit (Technolita, le 2 août à Glazart, Event FB), l'homme, aussi volubile que spontané, a du coffre et de la réserve. Mais réduire la voilure de ses activités à ces virées noctambules consisterait à faire l'impasse sur son inaltérable implication au sein de labels qu'il co-gère, qu'il créé de ses propres mains ou lance au hasard de fructueuses rencontres. De feu Plastic Spoon Records, exclusivement consacré à des sorties 7″ vinyles et responsable d'une dizaine d'édits entre 2009 et 2012, dont The Fresh & Onlys ou The Box (lire), à la toute récente micro-structure Malditos Records - responsable d'une luxueuse édition LP du Bones de Blackmail (lire) et de l'EP Nuit de Noce d'Essaie Pas (lire) co-édité avec Teenage Menopause -, celui qui se plaît à user du patronyme Inferno Toledano vient de creuser deux nouvelles brèches discographiques avec Mitzvah Records, un label dédié aux rééditions de disques oubliés, injustement fossoyés à l'orée des années quatre-vingt - en témoignent les reissues du trio nancéien OTO et de la formation danoise TEE VEE POP -, et Mind Records, projet plus électronique à l'identité ultra-réfléchie qu'il co-pilote avec la Japonaise Chihiro Kataoka. Travail graphique hyper abouti, ce dernier label aligne depuis avril d'indispensables sorties au pressage unique et au tirage ultra-limité. Afin de donner du grain à moudre à ses pairs digger, mais aussi et surtout histoire de conférer toute l'aura nécessaire au disques du duo Femminielli Noir (lire), d'Umberto ou plus récemment de Bataille Solaire. Dressant un pont transatlantique, déviant très largement vers les expérimentations canadiennes donc, Mind Records a en ligne de mire, comme actualité brûlante, une collaboration avec l'Hobo Cult de Francesco De Gallo autour de deux cassettes de Jesse Osborne-Lanthier (Noir), Athenaeum of Unedited, Superannuated, Incomplete, Unreleased, Intimate Works, 2011-2013 déjà parue et Otherwise Insignificant Psyche Debris à voir le jour le 31 juillet prochain (). Pour le reste, c'est Abraham qui nous en parle, lui qui a également chiadé une mixtape, contenant quelques exclusivités Mind anonymisées, à écouter et télécharger ci-après.

Entretien avec Abraham Toledano

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Abraham Toledano & Asaël Robitaille

Mind Records est un jeune label. Peux-tu nous dire d'où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t'a conduit à créer ce label, notamment après la fin de Plastic Spoon Records ?

À la fin de Plastic Spoons je ne me sentais plus du tout intéressé par la scène garage punk rock. Je me suis tourné vers la musique électronique à ce moment-là, même si j'en écoutais déjà avant, avec pour idée de créer de véritables objets, un peu comme je l'avais fait avec les éditions limitées des 45 tours de PS mais en plus poussé.

Quelle est l'esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

L'esthétique du label s'inspire clairement de la période avant-gardiste et psychédélique japonaise de le fin des 60's jusqu'aux années 80. Après, pour ce qui est du concept des doubles pochettes - l'une sur papier cartonné avec les motifs sérigraphiés à l'encre phosphorescente invisible et l'autre avec le visage en impression noir papier calque - ça vient de moi. Ç'a été vraiment compliqué à réaliser, plus d'une année de test intensifs avec des petites crises nerfs mais le résultat est là, aussi grâce à l'aide précieuse de mon ami Sébastien Thrian, et j'en suis vraiment content.

Question modèles de maisons discographiques, j'aime beaucoup les labels électro à la mode, à savoir L.I.E.S, TTT, ANTINOTE, MODAL ANALYSIS...

Tu as aussi un label de réédition, Mitzvah Records, qui a récemment déterré un maxi d'Oto. Mind Records peut se concevoir comme un outil d'exploration d'un passé musical qui semble te passionner ? Quel lien fais-tu entre les deux ?

Mitzvah est un tout autre projet. Un label uniquement dédié à la réédition de disques rares. Ceci dit, je n'exclus pas de faire des rééditions sur Mind mais nous sommes deux dans ce projet donc j'ai un peu moins de liberté pour faire ce que je veux.

Bernardino Femminielli et Jesse Osborne-Lanthier sont de bons amis à toi. Pourtant c'est Umberto qui a ouvert le feu avec un 7". Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu vas travailler et quelle relation as-tu envie de développer avec eux ? As-tu envie de suivre des artistes sur la durée, ou de piocher en fonction des opportunités ?

Je suis plus du style à piocher en fonction des opportunités. Je ne sors que les morceaux pour lesquels j'ai un véritable coup de coeur. Ceci dit j'espère réellement sortir d'autres disques de tous les artistes du label si cela se présente.

Mind Records, un label japonais ?

J'ai rencontré Chihiro à Paris en 2011 au concert d'Umberto que j'organisais à la Mécanique Ondulatoire. On a pas mal parlé et on est devenu très proches à tel point d'avoir ce projet en commun histoire de ne pas se perdre de vue. Elle est aujourd'hui à Osaka et tout fonctionne à distance. On est vraiment complémentaires, je n'envisage pas vraiment Mind sans elle.

Créer un label, c'est avoir un rapport particulier à l'objet, le disque et l'artwork. Quel est le tien et jusqu'où as-tu envie de le pousser ?

Je suis un passionné de beaux objets, que ce soit des disques, livres de photos, fanzines, cassettes… Lorsque j'ai créé les pochettes de la sérié Mind Moyō Metric je ne me suis à aucun cas inspiré de disques qui existaient déjà mais plutôt de ce que je voyais dans les bouquins d'art et de photo japonais. Il fallait que tout soit parfait, je ne supporte pas de faire les choses à moitié. Du coup, il y a eu de très nombreux ratés aussi bien pour les pochettes que pour les disques, mais maintenant que c'est en place c'est parti pour durer.

Et pour répondre à ta seconde question je pense sortir de nombreuses autres pochettes et surtout travailler d'autres matières comme le cuir, le latex ou encore le métal. Il n'y a pas vraiment de limite.

Quel est le futur proche de Mind Records, notamment en termes de sorties, de formats ?

La dernière sortie de Mind est le 45 tours de Bataille Solaire. Il sera suivi du tubesque O'Sodoma de Femminielli ainsi qu'un 12" de Night Musik, le project électro de Shub Roy de Dirty Beaches. Y'a encore d'autres choses sur le feu mais chaque chose en son temps.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape et notamment les avants-premières qu'elle contient ?

Pour tout te dire, je l'ai totalement improvisée parce que je n'arrivais pas à choisir une ligne directrice. Il y a pas mal de disques post-punk-électro-jap comme ANIMA, BGM ou encore C.MEMI, mélangés avec des morceaux plus électroniques allemands de la période Zick Zack pour finir par un coté très techno Détroit Chicago house, en gros c'est un peu le bordel… Quant aux exclus Mind, il y aura des infos dessus dans très peu de temps, promis.

Mixtape

01. Mind Exclusive - Out this summer
02. Craig Leon - Donkeys Bearing Cups
03. Lena Platonos - Η Κυψέλη
04. Quick Culture - Quick Culture 1
05. C.U.B.S - We Don't Need No Carpet Beggars
06. Vitor Hublot - Histoire De P'Tite Annick
07. Max Goldt / Felix Kubin / Mark Bommbastik - Fog frog.
08. Andy Giorbino - Banane, Zitrone
09. Bmg - Repeat
10. C.Memi - Dream's Dream
11. D.U.R. - Bericht Aus Der Beamtenkultur
12. Anina - Logical Nation
13. Onyx - Call of the wild
14. Mind Exclusive - Out on September
15. Gatekeeper - Giza
16. Beau Wanzer - Outside Auto
17. Shawn Shegog - Love Traxs (Love Dub)
18. Sound of Mind - Programming
19. Ken Lewis - Cosmic Car

Artworks

FEMMINIELLI NOIR

UMBERTO

BATAILLE SOLAIRE

JOL2


Who are you Vinyl-On-Demand?

Vinyl-on-demandVinyl-On-Demand, ou VOD pour les intimes, a tout des petits labels indé parmi lesquels on aime farfouiller pour dénicher la perle rare. Mais c’est sans compter le travail impressionnant de Frank Maier, digger devant l’éternel, pour débusquer des petits bijoux discographiques parfois oubliés et souvent introuvables et auxquels VOD offre une seconde vie. Un travail de restauration phénoménal au service d’oeuvres cultes qui apparaitront rapidement comme le Saint-Graal pour tout aficionado de musique industrielle ou expérimentale.

Interview avec Frank Maier

VINYL ON DEMAND
Quelles furent tes premières expériences musicales ?
What were your initial musical experiences?


Je n’ai jamais été un musicien ou cru que je pourrais en être un bon. J’ai joué de l’orgue pendant un an mais ça ne m’a jamais plu - lire les partitions, etc. En 1979/80, un de mes amis un peu plus âgé m’a fait écouter Lucifer d'Alan Parsons Project. En 1981, ma tante m’a acheté un disque de Jean­-Michel Jarre et je crois que ça a fait de moi un auditeur actif et un consommateur d’électronique et d’électronica.

I was never a musician or felt I could be a good one. I played organ for a year and never enjoyed it reading notes etc. In 1979/80 a slightly older friend on mine played Alan Parsons Lucifer to me. In 1981 my aunt bought me a Jean Michel Jarre Record and I guess this totally hit me for electronics and electronica as an active listener and consumer.

Comment as-tu eu l’idée de créer VOD ?
How did you get the idea to create VOD?

L’idée du concept de VOD était une évolution issue de la frustration d’être coincé dans une sorte de vide musical à collectionner et acheter de la musique créative. Traîner dans les magasins de disques était devenu quelque peu ennuyant, rien n’étais très inspirant mais paradoxalement, les sorties de la culture cassette que je collectionnais depuis des années et que j’écoutais une fois de temps en temps semblaient ouvrir un nouvel univers d’exploration de sons “nouveaux” qui bénéficiaient de toute cette créativité individuelle qui me manquait dans la musique contemporaine.

En 2003, j’ai quitté mon boulot de manager et décidé que je voulais lancer un label et sortir toute cette merveilleuse musique issue de la culture cassette qui datait de la fin des années 70 au milieu des années 80 et qui n’était pas correctement couverte et rendue accessible à un public plus large qui aurait pu ressentir la même excitation et la même joie en écoutant cette musique.

The idea to the concept of VOD was an evolution out of the frustration to be stuck in some musical vacuum in collecting and buying creative music. Shopping at record­stores became somewhat boring to me, nothing was very inspiring but in contradiction, the cassette­culture releases I was collecting over the years and was listening to every once in a while seemed to open up a new universe form e in exploring „new“ sounds that has all this individual creativity I was lacking from contemporary music.

In 2003 I quit my regular manager­jobs and decided that I wanted to start a label and release all this wonderful cassette­culture music from the late 70’s to mid 80’s which wasn’t properly covered and made available to a broader audience of people that could maybe feel the same excitement and enjoyment when listening to the music,

Comment décrirais-­tu l’esthétique musicale de VOD ? Est-­elle une réflexion de ce que tu écoutes ?
How would you describe the musical esthetics of VOD? Is it the reflection of what you listen for?

Oui absolument, puisqu’écouter des vinyles est une sorte de religion pour moi et même un rituel quand j’écoute le disque. Le design et la qualité d’une sortie ont une grande importante, incomparable avec n’importe quelle production de CD.

Selon moi et mes croyances, un CD est d’abord considéré comme un objet qu’on a l’habitude de passer et d’écouter de manière passive, dans une voiture, chez soi en faisant le ménage ou tout autre type d’activité. Il ne peut pas vraiment transmettre la valeur ajoutée et les rituels/habitudes ainsi que les émotions qui peuvent être atteints avec un vinyle.

Un vinyle nécessite que tu t’assoies, que tu te détendes, que tu prennes un verre de vin et que tu prêtes toute ton attention à la Musique que le diamant t’apporte via tes enceintes.

Yes, absolutely, as listening to analogue Vinyls is some kind of religion to me and even a ritual when listening to the record. Design and quality of a release has a great importance, uncomparable to any CD­Production.

In my opinion and believe a cd is primarily considered as something to be used to play and just passively listen, in a car, at home while cleaning the house or some other more indirect and passive enjoyment. It can’t really transport the value­add’s and rituals/habits and emotions that can be achieved with a solid Vinyl.

A Vinyl wants you to sit down, relax, drink some wine and fully pay attention to the Music that the needle transports to you via your speakers.

Pourquoi travailles-­tu essentiellement sur des rééditions ? La musique actuelle ne t’intéresse-­t’elle pas ?
Why do you essentially work on reeditions? Doesn’t current music interest you?

C’est devenu ma mission et ma philosophie de couvrir la culture cassette et de la rendre accessible à un public plus large. C’est mon UPV (Unique Principe de Vente). Les gens qui s’inscrivent savent à quoi s’attendre même s’ils ne connaissent pas l’artiste. J’aime que les abonnés me contactent et me disent : “Wow, je n’avais jamais entendu parler d’eux, ils m’avaient complètement échappé dans le temps”.

J’essaie d’écrire une histoire correcte du potentiel créatif du début des années 80 et pas simplement de ressortir des vinyles produits à cette époque quand quelques personnes ont eu la chance de signer un contrat avec un quelconque label, ou avaient assez d’argent pour produire leur propre disque onéreux et trouvaient par chance un distributeur capable de le promouvoir.

La bonne vision d’ensemble n’est pas de prendre marché du début/milieu des années 80 et de penser que ça s’arrêtait là. La créativité musicale de cette époque était comme un iceberg. Un petit pourcentage était capable d’avoir du succès (plus ou moins), mais la plupart de la créativité restait sous la surface, cachée pendant de nombreuses années, presque perdue à jamais puisque beaucoup d’artistes ne croyaient plus en leur musique, avaient arrêté d’en produire et ne pouvaient plus retrouver leurs cassettes/enregistrements. J’essaie de retransmettre l’histoire correctement et d’agir comme une plateforme.

En ce qui concerne la musique contemporaine : il se trouve que je l’apprécie aussi, c’est pour cette raison que j’ai aussi les deux autres labels VinylOverDose et Pripuzzi­ Records. Toutefois, promouvoir la musique contemporaine nécessite un effort important pour convaincre la machinerie du marketing, un important réseau de contacts dans la presse, d’être ouvert d’esprit envers les plateformes comme Soundcloud, Facebook, YouTube, Bandcamp, MySpace... afin de faire connaître aux gens et aux distributeurs quelque chose de nouveau et les convaincre de dépenser leur argent dans un nouveau vinyle.

Quelques labels qui ont réussi sont capables de vendre d’importantes quantités de disques (1000/­2000) de nouveaux groupes mais c’est difficile et je n’ai tout simplement pas le temps quand je me concentre sur la culture de cassettes et que je sors 50­73 disques par an que je dois produire.

It has become my mission and philosophy to covert he cassette­culture and bring it to a broader audience. It is my USP (unique Selling Position). People subscribing know what to expect even not knowing the artist. I like subscribers contacting me and telling me „wow, I didn’t know about them, they totally slipped through my radar back then“

I am trying to write a proper history of the creative potential in the early 80’s ad not just reissue Vinyls that had been produced back then when some people had the luck to get a contract with some record­label or had enough money to produce their own expensive record and luckily found a distro able to promote.

It’s simply not the big picture when taking the market of the early/mid 80’s and think this was it. The creativity in music back then was like an iceberg. Just a few percent were able to present themselve (more or less) successfully, but most of the creativity kept underneath the surface, hidden for many many years, almost lost forever as many of those artists lost faith in their music, stopped producing, can’t even find their tapes/recordings anymore. I try to write proper history and act like a plattform

For contemporary music: I do indeed also like contemporary music, thats why I have also the 2 sublabels VinylOverDose and Pripuzzi­Records. However promoting contemporary music needs a high effort in promoting, convincing, a marketing­machinery, a great network of press­contacts, an active open mind for platforms like Soundcloud, Facebook, Youtube (channels), Bandcamp, Myspace..... in order to make people and distributors/shops aware of something new that shall be convince people to spend money on a new Vinyl.

You have several successful labels that are able to sell a large amount (1000­2000) records on new bands but it’s hard and I simply don’t have the time to do so when you focus on the cassette­culture and release 50­73 records per year which you need to produce and take care of this value­chain.

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Tes sorties sont très accomplies. On trouve souvent sur le même disque l’original, le live, les faces ­B, les remixes, etc. Comment as-­tu accès à toutes ces données ?
Your releases are very complete. We often find on the same record, original, live, face­B, remix, etc. How do you get access to such rich database?

Le processus se fait en relation intense avec les artistes. Une fois que l’artiste a compris ma mission et ma philosophie, ils deviennent enthousiastes et se mettent à chercher dans leurs cartons de cassettes qu’ils ont entreposées quelque part. Je leur dis de tout envoyer et je les numérise puis on commence le processus, qui reste ouvert en termes de design et de sélection audio jusqu’à ce que ce soit un produit fini avec les morceaux choisis pour la sortie.

It’s a process with a very intense relationship to the artists. Once the artist understands my mission and philosophy they get excited and start going through their old boxes of tapes which they stored somewhere. I tell them to sent all and digitalize them and then we start the process and the process is an open­end, in design and audio­selection until it’s a finished product with tracks chosen for the release.

In the beginning of this process is just the contact and my awareness that the artist has done something important or great/creative in music for me. Everything else develops from there. And yes, I am a completist, I want to see the big picture and give an overview of the artists work rather than just providing the audience out there with some kind of „best­off“. I want the audience to experience the development of the artists creativity over a period of time on a release.

Comment choisis-­tu les artistes ou les albums avec lesquels tu veux travailler ?
How do you choose the artists or albums that you want to work with?

Il y a plusieurs manières de procéder. Au début, j’utilisais ma banque de données de 2000 cassettes issue de cette culture cassette et je les écoutais afin de voir s’il y avait un groupe que j’admirais vraiment pour son travail. Au fil du temps, tu écoutes aussi les recommandations des abonnés et des gens qui te disent d’écouter tel artiste de cette culture, ou Soundcloud, etc., ou ils t’envoient un CD gravé, ou c’est l’artiste qui te contacte ou te propose une sortie en plus d’écouter son travail y compris non distribué et qui n’avait pas été déterré depuis trois décennies voire plus.

Mais ça devient clairement de plus en plus difficile aujourd’hui car il y a beaucoup de labels (à temps partiel) qui font (ou tentent de faire) la même chose et qui sortent le travail d’un artiste que tu aurais aimé sortir sur un marché déjà saturé et de moins en moins capable de gérer le flux de sorties dans le domaine de la réédition/de la culture cassette du début des années 80.

There are a few ways. In the beginning I was using my database of 2000 Tapes from the Cassette­culture and listened to them to see if there is a band I really admire for their work. As time goes by you also listen to recommendations from subscribers and people telling you to check out this Cassette.culture­artist or soundcloud etc.. or they sent you burnt CD’s to listen or the artist approaches you and offers you a release and to listen to his work including previously unreleased work that are unearthed for 3 decades or more.

But it’s definitely getting more difficult these days as you now have many (part­time) labels that (try to) do the same and with it, deliver an artists­work you would have liked to release to an already saturated market that is nowadays hardly able to cope with the flood of releases in the re­issue / early 80’s cassette­culture market.

Avec plus de 1000 disques à ton actif et avec le recul, comment vois-­tu ton label aujourd’hui ? As-tu des regrets ? Y a-t-il des choses que tu voudrais changer ?
With more than a thousand records to your credit and in retrospect, how do you now see your label? Do you have regrets? Things you would like to change?

Tout ce que j’ai, c’est cette réalité à laquelle je suis confronté, fondée sur les décisions que j’ai prises ces 12 dernières années et que je pourrais seulement regretter si j’avais su les conséquences des actions et façons de faire des autres labels.

Donc je ne peux pas avoir de regrets. Je peux simplement me confronter à la réalité et trouver certaines choses très tristes.

Je trouve dommage que le marché se soit tellement saturé en si peu de temps et je suis triste qu’il y ait un changement démographique auquel nous devons faire face puisque les personnes intéressées par les vinyles du début des années 80 sont confrontés à d’autres problèmes dans la vie et doivent dépenser leur argent dans l’achat d’une nouvelle machine à laver, dans les affaires familiales, doivent économiser pour une nouvelle voiture/maison, un bébé, etc. Et l’intérêt pour la musique se dissipe peu à peu à cause de tous les problèmes auquels chacun doit faire face dans la vie, notamment celui de ne plus trouver le temps d’écouter un disque/vinyle.

Je trouve ça triste que l’ambiance entre les concurrents (en particulier dans le domaine de la direction artistique) soit devenue très cruelle et mauvaise et que ce marché manque de respect et de reconnaissance. La parole ne veut rien dire aujourd’hui quand on peut tirer un bénéfice. Ce business est devenu encore plus malhonnête et tu es confronté à plein de mensonges et personne ne veut être tenu pour responsable dans toute la chaîne de production d’une sortie.

Cette récente évolution (un environnement difficile couplé avec un marché saturé), je ne peux la regretter puisque je ne peux rien y faire mais ça me rend très triste, et quand tu utilises un modèle académique pour définir la marge de profit dans certains domaines (le modèle des cinq forces de Porter), tu réalises que c’est presque impossible de vivre d’un label quand tu as besoin dans les faits de vendre 400 copies ne serait­-ce que pour rentrer dans les frais, ce qui n’est pas toujours évident.

I only have this reality I am facing based on what I have decided the past 12 years and I can only regret if I had known the outcome for other label actions/ways to be taken.

So I can’t regret. I can only look at the reality and find certain things very sad.

I find it sad that the market has become so saturated in such a speed and I am sad that there is a demographic change that we need to face with the ones interested in early 80’s Vinyl have to cope with other issues in live and spent their money on new washing­machines, family­business, save money for a new car/house, baby etc.... and that the interest if slowly vanishing because of all the problems everyone has to deal with in life including no time to enjoy a nice hour to listen to a record/vinyl.

I find it sad that the climate between the competitors (especially in the A&R­Field) has become very cruel and mean and that the business lacks respect and appreciation, a word means nothing today when others can benefit/profit a few USD/Euros. The business itself has become a lot more dishonest and you are confronted with many lies and no one wants to be responsible in the whole value­chain of a production to a release.

This development in recent years (tough environment in combination with a saturated market) I can’t regret as I can’t change it but it’s making me very sad and when you would now use academic model is to define a profit­margin in a certain area (Porters 5­forces model) you would realize that it is almost impossible to make a living with a label when you actually need to sell 400 copies to reach a break­even in cost and sometimes need to struggle in selling this quantity.

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Peux-­tu nous parler de tes prochaines sorties du VOD ?
Can tell us about your future releases on VOD?

Mon programme de 2015 est fixé et je ne prévoirai rien au-delà étant donné que je dois suivre attentivement le marché sur le moment. C’est devenu beaucoup plus difficile de vendre les artistes confidentiels et les gens préfèrent se concentrer sur les noms plus connus quand ils collectionnent les vinyles à cause des problèmes d’argent et de place, ou de leur partenaire qui leur demande d’arrêter d’en acheter.

I have the schedule for 2015 fixed and will not plan beyond 2015 as I carefully need to follow the market at the moment.It has become a lot harder to sell the less known and people like to concentrate on the bigger names when collecting Vinyls because of cash and space­issues or partners telling them to stop buying more Vinyls.

Peux-tu nous dire la sortie dont tu es le plus fier ?
Can you tell us the release you are the most proud of?

Je suis fier de ce que j’ai accompli avec le label et fier que le niveau de qualité ait augmenté régulièrement au cours des années. Je suis fier de presque toutes les sorties depuis ces 12 dernières années.
 Je suis fier et heureux quand les gens et les artistes sont heureux et quand la production d’une sortie se fait sans incident majeur à toute les étapes de la chaînes de production.

I am proud of what I have achieved with the label and proud that the level of quality has been steadily increased over the years. I am proud of almost every release the past 12 years.
I am proud and happy when people and artists are happy and when a release was smoothly produced without big problems in complete value­chain of production.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux et Juliette Indjic

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Who are you Bookmakers Records?

Plus d'un an que ça dure et toujours la même flemme éberluée : l'idée de dérusher l'interview faite des mecs de Bookmaker Records plongerait quiconque dans le désarroi le plus total à l'heure de chiader quelques lignes introductives. Tout a commencé par quelques disques achetés de mains à mains à la Mécanique Ondulatoire - dont Good Morning, Africa de Michael James Tapscott et Andrew Kenover - et quelques mois plus tard, me voilà dans un appartement du 11e, l'iPhone calé entre une bouteille de whisky et un pack de bières, le bout de papier avec mes questions raturées jonchant le sol, vite oublié. Trois heures trente digressives. Dur, trop dur. La sortie le 2 juin prochain de l'album d'Odawas, Reflections of a Pink Laser, constitue l'occasion idoine de rattraper la chose et d'enfin mettre en lumière cette micro-structure parisienne, bricolant à six mains d'indélébiles missives postées de l'espace, entre futur insondable et passé mystérieux, de Mars ou Saturne. Saturn justement, dernier disque d’Henryspenncer (lire), projet solitaire de Valentin Féron, instigateur du triumvirat Bookmaker, embarquant ses deux meilleurs acolytes, Thomas James et Clément Kir, sur les rives de musiques à la fois introspectives et atmosphériques, s'écoulant paisiblement dans les méandres drone, ambiant ou psychédéliques. À rebours de l'agitation discographique qu'impulse la webculture épileptique, Bookmaker se concentre sur des fragments d'éternité, à la fois modestement humains et indubitablement sacrés, étoilant de ses huit sorties depuis 2011 le ciel d'intimes méditations et respirations cosmiques - avec ce soin pour une iconographie géométrique plus que suggestive. Présents le 7 juin prochain au Village Label de la Villette Sonique (Event FB), le trio, trop heureux de faire coïncider la chose avec le nouveau LP d'Odawas (lire) en a profité pour confectionner une mixtape à son image, à écouter et télécharger ci-après.

Vidéo (PREMIERE)

https://www.youtube.com/watch?v=Ka3QENhhufw&feature=youtu.be

Interview

BANDE FLOUThomas, Clément et Valentin, on a déjà évoqué ensemble votre label, mais au final dérusher une telle interview demande un siècle et une bonne dose de patience compte-tenu des digressions que l'alcool induit. Mais reprenons le fil : d'où est née l'idée de Bookmakers Records, quelle en a été la trame et pourquoi s'enticher de musiques psychédéliques, folk et ambient quand on est à blinde de métal ?

Thomas : Valentin a eu l'idée de créer le label alors que j'étais persuadé qu'il voulait qu'on transforme son projet solitaire Henryspenncer en un groupe. J'ai dit oui tout de suite car c'était au départ pour soutenir sa musique et très vite nous avons souhaité contacter nos amis musiciens de MySpace pour leur proposer de nous envoyer leurs projets. Je me souviens que pour Among The Bones ou Seabuckthorn, c'est aussi Valentin qui les avait découverts. C'est pour toutes ces raisons qu'on a décidé de l'ériger en chef. Ce qu'il faut dire tout de même, c'est que depuis ce temps, nous avons parfaitement su créer une entité cohérente, on se connaît très bien et ce qui fait qu'on aime ce label c'est justement parce qu'aucun de nous ne prends l'ascendant. Ainsi, nous sommes tout les trois une quatrième personne. Je suis au fond de moi comme tu le dis si bien, à blinde de métal, mais ce n'est pas le cap de Bookmaker. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne changera pas de cap un jour.

Valentin : L'énergie originelle du label, c'est aussi un gros "et pourquoi pas nous ?". Créer un label était un peu un rêve pour chacun de nous, et de voir qu'on se mettait à acheter des skeuds édités à très faibles quantités, que des toutes petites structures du monde entier arrivaient à atteindre miraculeusement nos oreilles, nous a donné confiance. Pour ce qui est du style, on était à l'époque en pleine découverte de la vague néo-psyché américaine avec des groupes comme Titan, Grails, Comets On Fire ou Odawas, et on avait envie de défendre et de découvrir de jeunes artistes qui évoluent de près ou de loin dans cet univers.

Clément : J'ai subi une école de commerce pour être producteur de cinéma ou de musique. Mais j'ai pas réussi. Alors quand avec Valentin on a parlé de créer un label pour sortir son album, j'ai crié genre "youpi". Mais je ne suis pas du tout à blinde de métal. J'aime la musique qui véhicule des sentiments purs, alors dès que je peux la crier aux oreilles du monde, d'une manière ou d'une autre, je le fais.

Thomas: Clément, le métal véhicule des sentiments purs.

Clément : Bah, bien sûr Thomas.

Après un premier disque d'Henryspenncer, deux Anglais sont venus traîner leurs guêtres psych-folk dans votre jeune discographie, Among The Bones en split avec Henryspenncer et Seabuckthorn avec In Nightfall, aujourd'hui épuisés. Comment s'est faite la rencontre et en quoi cela a-t-il changé l'optique du label ?

Valentin : On avait découvert ces groupes en fouillant internet à coup de motivation et de pelles. On est tombé amoureux de leur musique. On les a contactés, ils ont dit oui. Depuis on est tous potes et fiers de les défendre.

Thomas : C'est très étrange, car toutes nos rencontres ont été mémorables, Andy (Seabuckthorn) et Misha (Among The Bones) sont plus que des potes, ce sont de vrais amis. Misha a enregistré l'album de Valentin, Julien (Appalache) s'est fiancé pendant la préparation de l'unique concert de Bookmaker et Andy réside désormais à Paris avec une amie à nous… Car nous sommes aussi une agence matrimoniale. Plus sérieusement, et nous le vérifions dans notre rapport avec les artistes, même dans nos relations virtuelles, il nous est très difficile de dialoguer et de collaborer avec quelqu'un qui ne serait ni curieux ni aimable.

Clément : J'aime beaucoup cette dialectique.

Premier LP de Bookmakers, Good Morning, Africa de Michael James Tapscott et Andrew Kenover est-il le moment cardinal, réellement fondateur du label ? D'abord pour le format, en vinyle. Ensuite pour le disque, un chef-d'oeuvre du genre.

Valentin : Avant de sortir cet album on s'était dit "contactons des GROS groupes, on s'en fout, proposons chacun des groupes et proposons-leur de sortir un live, un album de B-sides, un side-project, etc.". Au final, on a contacté des groupes comme Naam, Six Organs of Admittance, Grails, Zombi et… Odawas. Tapscott (le leader d'Odawas) est le seul à avoir répondu avec enthousiasme. Et nous en sommes heureux.

Thomas : Selon moi, ce n'est pas un moment cardinal. Ayant toujours défendu nos sorties avec le même enthousiasme, j'ai une profonde adoration pour chacun d'eux. Michael étant plus âgé, plus fou et plus loin que les autres, je dois avouer qu'il me paraît, tout comme le disque que nous nous apprêtons à sortir, un peu plus exotique.

Clément : Je suis d'accord avec Thomas. Tout de même, je dois préciser que si on avait un mécène ou un ticket gagnant on ne sortirait que des vinyles. Ça a été une sacrée belle fierté de sortir notre premier LP.

Pouvez-vous expliquer comment s'est faite la rencontre avec lui et en quoi cela vous enchante-t-il de travailler sur ses projets ? Avec ce disque, quelle est son emprise sur vous ?

Clément : Personne n'a d'emprise sur nous. Nous sommes très heureux de travailler avec lui parce que c'est un poète comme tous les artistes que nous produisons. C'est ce qui nous intéresse.

Thomas : Oui, et puis nous avons rencontré Michael à Paris l'année dernière. Depuis, j'ai la sensation que notre échange est plus naturel, nous avons compris que Michael était quelqu'un de spécial, qu'il vivait dans le cosmos en Californie quelque part entre la maison de Philip K. Dick et celle de Robbie Basho. À chaque fois que nous discutons avec lui, j'imagine le décor, la vie qu'il mène. Aussi, je le charie sur son caractère d'éternel taciturne et plus le temps passe, plus je comprends qui ils sont, lui et Isaac Edwards. C'est très étrange d'avoir ce type de relation avec des gens dont on ignore tout du quotidien. Nous nous faisons une idée simplement par leur musique et leurs mails. C'est une relation virtuelle de privilège, mais j'avoue que j'ai hâte de me rendre sur place et de l'observer dans la réalité à Oakland.

Valentin : Michael James Tapscott est fou. Il parle en rébus, marche de travers et dort à la verticale.

Good Morning, Africa

Vous avez co-édité ensuite le disque d'Appalache, Sourire, avec BLWBCK - finalement, le premier Parisien hors du label à s'immiscer dans l'aventure Bookmaker. Quelle est la portée de son disque selon vous ?

Thomas : La rencontre avec Appalache est hors du commun. Valentin était tombé sur une chronique russe de son album le comparant à un musicien parisien du nom d'Appalache. Lorsque nous sommes arrivés sur sa page internet inconnue, nous avons tout de suite connecté son univers au nôtre. Nous l'avons contacté, nous sommes tombés amoureux de lui et nous avons produit son disque Sourire. Julien évolue de jour en jour, c'est visible et frappant. Je suis persuadé qu'on ne pourra plus compter sans lui dans le futur.

Valentin : Et nous sommes tous les trois devenus témoins de son mariage. C'est beau la musique.

Clément : Moi je l'aime.

Question qui découle de la précédente : le dernier disque d'Henryspenncer, comme celui d'Appalache, est une co-production avec le label Trips und Träume. Les collaborations, c'est élégant mais cela sert à quoi : avoir plus d'impact, réduire les coûts, développer des synergies ?

Clément : Avoir plus d'impact, réduire les coûts, développer des synergies.

Thomas et Valentin : Rires.

Collaborer ok, mais collaborer avec qui ? Mis à part BLWBCK et Trips und Träume, quels sont vos amis, modèles, anti-modèles en termes de labels ?

Thomas : Bookmaker a débuté à peu près au même instant que Hands in The Dark, un label de grande qualité auquel on ne peut se comparer en termes de distribution et de rayonnement car nous sommes plus discrets à cause de nos occupations respectives. Nous avons souvent évoqué avec Morgan Cuinet l'idée de s'associer pour une sortie. De tout ce qu'ils ont pu soutenir, ce sont des artistes comme Sacred Harp, Stag Hare et Johnny Hawaii dont je me sens le plus proche. Aussi, j'ai longtemps vénéré Not Not Fun et Southern Lord. Aujourd'hui j'aime Music Fear Satan, son univers et ses choix sont très curieux, on dirait qu'il sait donner une idée précise de notre époque à travers ses choix. Jessica 93 ou Le Réveil des Tropiques en sont les preuves géniales. Bookmaker est beaucoup plus nostalgique, un peu en orbite dans une station spatiale avec des arbres dedans comme dans Silent Running. En fait Bookmaker Records c'est un peu à Bruce Dern dans ce film que ça ressemble : il est loin, seul et entouré de robots à diodes bizarres qui jouent aux cartes et d'un morceau de forêt en danger.

Revenons au Saturn d'Henryspenncer. En quoi est-ce un disque spécial pour le label... et pour l'artiste ?

Valentin : J’ai mis presque deux ans à concevoir cet album, j’y ai mis beaucoup d’énergie et d’amour. Et puis, soyons honnête, c’est un disque né d’une rupture qui m’a laissé sur le carreau, il y a du coup beaucoup d’émotions dedans. Et c’est aussi la première fois que je me suis retrouvé en studio (pendant deux semaines chez Misha d’Among The Bones à Londres) pour enregistrer, ça c’était vraiment une expérience incroyable…

Thomas : Saturn est un disque colossal qu'on a vu avec Clément arriver de très loin. Progressivement il se rapprochait et quand il a heurté la terre, tout était détruit en moins de deux.

Clément : Si j'avais été un bon musicien, j'aurais rêvé d'écrire cet album.

À la vue des pochettes de Good Morning, Africa et Saturn, on peut se demander comment vous concevez vos artworks. Sont-ils aussi importants que les disques ?

Clément : Les artworks sont quasiment tous réalisés par Thomas et Valentin, moi je donne mon avis et des idées mais c'est passionnant de les voir travailler.

Valentin : L’artwork d’un album est très important pour nous. C’est la matérialisation d’un paysage imaginaire, qui sert de contexte à l’histoire que raconte l’album.

Thomas : J'aime les objets et Valentin aime les disques, alors tous les deux on s'associe et ça dure des mois. Il nous faut beaucoup de patience et de tentatives. Comme Valentin le dit, c'est absolument indispensable de proposer un artwork qui soit cohérent avec les histoires que racontent l'album. Je travaille dans une entreprise culturelle où souvent et malheureusement on ne se soucie plus du contenu lorsqu'il s'agit de communiquer. C'est toujours pour attirer un large public que les affiches sont pensées et non pour donner une idée simple de ce qui va se passer. Alors par principe on tient vraiment à être sincères.

odawas last front

On en arrive au futur proche, qui brûle : l'abum d'Odawas, la formation de Michael James Tapscott avec Isaac Edwards, qui sortira en juin prochain. Dites-moi tout, sans langue de bois : que nous réserve le duo déjà auteur de deux disques sur Jagjaguwar entre 2007 et 2009 ?

Valentin : C’est un album inspiré par l’univers de Philip K. Dick, donc axé science-fiction et délire métaphysico-cosmique. C’est un peu la rencontre improbable entre Neil Young et Tangerine Dream et c’est aussi le premier disque d’Odawas en cinq ans. Le groupe avait arrêté d’exister et on n’a cessé de les pousser à se reformer, car il est évident que Tapscott et Edwards sont faits pour jouer ensemble. On est vraiment heureux que le groupe existe à nouveau, et fiers de sortir cet album comeback.

Quelles sont vos attentes à son encontre : une place au soleil ? 

Thomas : Une place dans une navette spatiale pour un voyage parrainé par la Nasa.

Clément : Comme pour toutes nos sortie,s nous souhaitons faire un peu plus connaître de la musique qui vient des tripes. Cet album nous fait vibrer tous les trois, c'est cette résonance que nous voulons propager à qui veut. Et si 250 types posent leur saphir sur ce vinyle avec hâte, et si 1000 types le rentrent dans leur bibliothèque mp3 pour pouvoir tomber dessus au hasard du random, et si 5 types l'écoutent en pleurant et 2 en dansant, alors ce sera une merveilleuse fierté.

Valentin : Odawas est un groupe bien trop méconnu vu sa qualité, sa longévité et son originalité. On espère pouvoir l’aider à atteindre les bonnes oreilles.

Et après ce LP, esquissez-vous la suite en termes de sorties ? Voire de concerts ?

Thomas : Il y aura un concert de Seabuckthorn au Showcase du Village Label de la Villette Sonique le 8 juin prochain. Il faut vraiment voir Andy en live, il a le cœur pur et joue avec une très grande élégance. Puis nous sortirons une cassette d'un américain mystique du nom de Sunfighter, qui était à l'origine une des toutes premières sorties prévues. Pour la suite on discute sérieusement de l'idée de sortir des disques fabriqués par des filles, des Américaines sensibles, solitaires et talentueuses. Il n'y a aucune raison que ce label soit exclusivement masculin. Sur la mixtape, on peut déjà entendre un titre de Tia Fletcher, une artiste fascinante qu'on va soutenir avec joie. Peut-être dans l'hiver, ce serait tout à fait indiqué.

Valentin : On aimerait organiser plus de concerts mais c’est un boulot à part entière, qui demande beaucoup de temps. En ce qui concerne Henryspenncer, ça fait longtemps que j’aimerais jouer en live mais ma musique ne marcherait pas en mode solo avec des loops, etc. J’ai besoin de monter un groupe pour jouer mes compos sur scènes, car elles sont souvent complexes et pleines de couches. Et un coup de fouet est venu accélérer ce processus… Un ami d’origine tunisienne m’a proposé de faire un concert en plein milieu du désert à une heure de Tunis, à côté d’un village berbère. Je ne pouvais pas refuser ça. Du coup je vais enfin me bouger le cul pour faire exister Henryspenncer en live. Le concert aura lieu en octobre, Seabuckthorn sera aussi de la partie, ainsi qu’un groupe de psyché tunisien. J’ai hâte.

Clément : Nous sommes chacun très pris par nos obligations professionnelles et personnelles ce qui fait que nous sommes parfois discrets. Mais nous préférons la qualité à la quantité et si nous sortons un album nous devons avoir l'énergie et le temps nécessaires pour le défendre. Par ailleurs, nous sommes ouverts aux mécènes et aux tickets gagnants !

Mixtape

01. ODAWAS - The Ice 0'00''
02. CHELSEA WOLFE - Feral Love 3"50"
03. GRAILS - Chariots 7'07''
04. STEVE MOORE - Worldbuilding 11'47''
05. ENSEMBLE PEARL - Painting on a Corpse 18'29''
06. SEAN LEON - Elephant Graveyard 25'18''
07. RIEN - Autobahn Love 31'05''
08. JAMES CALVIN WILSEY - Discos Nuevos 37'50''
09. SUN ARAW - Midnight Locker 42'02"
10. ROBBIE BASHO - Blue Crystal Fire 49'18''
11. BLACK TIA - Northern Star 54'04''
12. SWANS - Helpless Child 60'50''


Who are you Weyrd Son Records?

_ever Alive_artwork_frontRencontré lors d'un concert d'Animal Bodies et Bestial Mouths qu'Hartzine organisait à l'Espace B en novembre 2012 - les premiers cités reviennent d'ailleurs à Paris flanqués de Black Bugs (Event FB) -, Michaël Thiel, venu exprès de Bruxelles pour l'occasion, n'en était alors qu'aux balbutiements de l'aventure Weyrd Son - aucune sortie n'ayant encore noirci les lignes de son discogs. L'année 2013 changera radicalement la donne : une compilation rassemblant dix-sept groupes d'ici et là et réunis autour d'un projet tribute et d'une esthétique sombre et minimale - parmi lesquels Scorpion Violente, Deathday, Led Er Est, Newclear Waves ou Mushy -, sortira en début d'année, très vite suivie par deux EP : un split réunissant l'Italienne Valentina Mushy et la Londonienne Monika Krol de Meddicine en août, puis un 45T d'une seule face de feu Linea Aspera, conjuguant synthétiseurs et noise d'un seul tenant. 2014 ne devrait pas démériter, Michaël, collectionneur et amateur de beaux objets vinyliques, ayant son plan d'attaque : un premier LP égrainé en avril et dénommé Perte d'Identité de Marie Davidson - moitié d'Essaie Pas et révélant ici une formidable écriture dans les eaux troubles de la mélancolie et de l'étrange (lire) - bientôt rejoint sur le calendrier d'un triumvirat de sorties dont le maxi Vide de Koban, formation post-punk de Vancouver, prévu pour juillet et dont l'obsédant morceau 401a est à découvrir ci-après. Profitant ce cet entretien pour faire d'une pierre deux coups, on lui a soutiré une mixtape - à écouter et télécharger ci-après - dédiée au catcheur Ultimate Warrior. Michaël Thiel est un passionné, presque héréditairement, œuvrant avec le discernement nécessaire afin d'accorder souci du détail, sélectivité, honnêteté et une certaine forme d'humour. Ce qui n'est pas rien au royaume de l'ombre.

Audio (PREMIERE)

Entretien avec Michaël Thiel

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Michaël, Weyrd Son est un jeune label. Peux-tu nous dire d'où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t'a conduit à créer ce label ?

J'ai eu l'idée de créer ce projet un matin d'avril 2012, alors que se précisait l'envie de travailler sur un album hommage à mon père et à sa musique au travers de son projet cold/dark wave du début des années 80, Snowy Red. Ce matin-là, tout un tas de choses, d'envies quant à ce projet se faisaient plus précises et me faisaient fantasmer. Les groupes et artistes que je voulais inviter surtout. J'ai d'abord tenté de m'imaginer quel label aurait pu convenir pour la sortie de ce tribute. Je sentais que ça allait être compliqué de faire se rencontrer le patrimoine pur eighties et des groupes aussi variés que Bestial Mouths, Mushy, Mirror Mirror, Bright Future et autres au sein d'un label. Deux ans auparavant j'avais travaillé avec Onderstroom Records sur un coffret avec la discographie presque complète de Snowy Red. Mon premier réflexe eût été de me tourner à nouveau vers eux pour leur proposer le projet d'album hommage, mais je savais aussi que leur identité et esthétique était de creuser dans la tradition des sonorités années 80 et clairement, les groupes auxquels je pensais sonnaient un peu trop "actuels" pour eux. Et c'est comme ça que très naturellement je me suis dit que je ne serais jamais si bien servi que par moi-même et que je ne rencontrerais jamais aucun conflit avec qui que ce soit voulant m'imposer ou me refuser l'une ou l'autre chose. Surtout au vu du projet, de ce qu'il représentait pour moi, son aspect personnel et sentimental.

Quelle est l'esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en terme de maison discographique ?

Musicalement parlant, je suis à la recherche d'une esthétique et d'une démarche purement honnêtes, quelles qu'elles soient. Il faut que ce soit à la fois très fort dans les énergies, mais aussi très sensible. Ce qui, pour une personne peu habituée aux sonorités froides assistées par des machines, pourrait sembler paradoxal quand on évoque la musique électronique. Mais je pense jusqu'ici remplir cette mission, surtout en évoquant des noms tels que Mushy ou encore Marie Davidson, qui ont toutes deux une identité musicale très riche et hyper sensible, de par leurs textes et leur jeux sur les sensations qu'elles cherchent à procurer à l'auditeur.

Je reste dans une musique électronique qui peut sembler froide, mais si on s'y penche un peu, on se rend très vite compte que derrière toutes ces machines, l'apport est principalement humain, presque miraculeusement, dirais-je.

Pour ce qui est de mes "modèles" en terme de labels, je citerais sans hésitation des maisons comme Chondritic SoundIdeologic Organ (sous-label de MEGO), Sacred BonesSige ou encore Pan-Act. Tous ces labels font partie de ceux qui parviennent vraiment à donner une direction dans leurs sélections, bien que très souvent le style diffère vraiment d'une sortie à l'autre, parfois même de manière très radicale.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelle relation développes-tu avec eux ?

Je ne fonctionne qu'au coup de foudre. Qu'importe que le groupe, l'artiste soit connu ou non, soit une promesse de bonnes ventes ou non. Si je suis obsédé par un morceau, comme ça a été le cas dernièrement avec la musique de Marie Davidson, qui n'avait alors sorti sous son nom qu'une cassette, il y a fort à parier que je propose à son auteur de travailler sur un projet commun. Et c'est sur cette base que la relation se crée et se développe avec l'artiste ; sur un plan passionnel pour la musique. Assez souvent, la relation évolue au-delà de l'amour pour la musique et se mue en véritable amitié.

La première sortie de Weyrd Son est donc cette compilation, A Tribute To Snowy Red, réunissant Animal Bodies, Deathday, Led Er Est ou encore Mushy. Est-ce une façon de fédérer autour d'un objet une scène underground internationale ? As-tu d'autres projets du genre ?

Ce rapport à la scène underground n'a rien d'intentionnel, si ce n'est que c'est plus par là que je vais chercher et trouver des émotions fortes. C'est là que je découvre les choses qui me semblent les plus franches, honnêtes et directes, sans chercher à tout prix à plaire ou à faire partie d'une scène. Une nouvelle compilation est quelque chose qui me fait assez fantasmer, oui, car il y a  y a tant de groupes et de morceaux qui gagneraient à être transmis et écoutés. Mais très franchement, c'est un boulot colossal que de coordonner ce genre de chose, que j'ai d'ailleurs sous-estimé, qui plus est pour une première sortie. C'est une tonne d'imprévus et de contraintes (de temps surtout) qui rendent dingues quand il y a une dizaine (dix-sept dans ce cas-ci) de groupes à gérer. Donc c'est pas pour tout de suite, mais qui sait, peut-être pour les deux ans du label, voire au-delà, si les choses évoluent dans le bon sens.

Créer un label c'est avoir un rapport particulier à l'objet, le disque. Quel est le tien et jusqu'où as-tu envie de le pousser ?

C'est certain que le rapport à l'objet est manifeste. Je fais d'ailleurs moi-même partie de la famille des fétichistes du disque, voire des collectionneurs. J'aime les beaux objets en général, les posséder, et plus encore maintenant les créer. Avec Weyrd Son Records, j'ai envie de m'adresser à une clientèle qui a le souci du détail. J'aime les labels qui soignent leurs sorties, qui ne font pas QUE sortir un disque, n'hésitant pas à mettre le paquet pour faire d'un disque un objet qui se désire, qui soit agréable à la manipulation et qui se regarde autant qu'il ne s'écoute. C'est dans cette optique-là que je me dirige.

Quant à savoir jusqu'où j'ai envie de pousser cela, je sens justement que la limite s'éloigne de plus en plus au fur et à mesure des sorties. Je cherche à apporter à chaque sortie un petit quelque chose de nouveau et de différent par rapport à la précédente, afin que chaque objet ait son identité propre et sa part d'exclusivité.

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Peux-tu nous parler de tes deux dernières sorties, Linea Aspera et Marie Davidson ? Comment s'est faite la rencontre - d'autant que Linea Aspera se fait rare - et qu'est-ce qui te séduit dans leur musique ?

J'ai découvert Linea Aspera vraiment sur le tard, lors de leur ultime concert avant leur séparation. C'était lors du festival Grauzone, à Amsterdam, début décembre 2012. J'ai été très fortement impressionné par l'alliance entre la voix d'Alison Lewis, son écriture très personnelle, et les compositions carrées et sombres (mais pourtant assez pop) de Ryan Ambridge. Alison a pour moi l'une des plus belles voix que l'on puisse trouver dans le domaine de la synth music. J'ai donc été pris dans le tourbillon, à écouter leur album ainsi que d'autres morceaux exclusifs en écoute sur leur page bandcamp, également autoproduits par le groupe lui-même sous forme de cassettes très sobrement intitulées Linea Aspera I et Linea Aspera II. C'est cette dernière qui a retenu mon attention et que je me suis mis en tête d'éditer en lui donnant ses lettres de noblesse sous la forme vinyle. Au final, ça donne un trois titres (face A uniquement, face B vierge) sur un vinyle transparent avec un insert imprimé sur papier calque et artwork imprimé sur PVC. Toutes ces transparences évoquent quelque chose d'un peu fantômatique, le groupe n'existant plus à l'époque de la sortie du disque... Du point de vue du continu musical, on est dans un vrai concentré de ce que Linea Aspera sait, ou plutôt savait faire. Un titre très énervé, se noyant dans l'expérimental, un autre plus EBM et un peu menaçant. Le dernier titre étant lui instrumental, plus coloré.

Quant à Marie Davidson, je l'ai découverte en m'intéressant à tout ce qui s'approche de la scène électronique texane. Il y règne une très forte concentration de très bonnes choses en terme de sonorités synthétiques. Marie a donc sorti un premier EP sur le label Holodeck, originaire d'Austin. J'ai été immédiatement obsédé par le côté humain et intime de sa musique, sa poésie à la fois sobre et puissante, et l'humilité et la subtilité de ses sons et de ses mélodies. Très naturellement, j'ai pris contact avec Marie et lui ai proposé de travailler sur un projet, lui laissant la plus grande liberté. Nous nous sommes instantanément mis d'accord sur une collaboration, tout ça sans que j'aie même eu l'occasion d'entendre le moindre morceau ou connaître la direction du futur Perte d'identité. Tout ce que je savais, c'est que je sentais que je pouvais lui faire confiance, et lui donner carte blanche.

Aujourd'hui, quand je regarde ce qu'il en est advenu, je me dis que c'est clairement pour sortir ce genre de disque que la création d'un label trouve sa justification.

Quel est le futur proche de Weyrd Son ?

Au niveau du programme des sorties, les prochains mois vont être chargés, et ce jusqu'à la rentrée. À commencer par un 45T de Luminance, projet solo coldwave/new wave/synth pop/goth basé à Bruxelles. Sur ce deux-titres apparaît en guest Nathalie Bruno, membre du récemment défunt Phosphor. Ce disque sortira fin mai/début juin, en deux versions ; la première tirée à deux cents exemplaires sur vinyle noir, la seconde en vinyle blanc à cinquante exemplaires. Ce dernier aura une seconde pochette qui viendra par-dessus la première. Cette seconde pochette sera une épreuve négative de la première, et sera imprimée sur un film plastique transparent. Les deux superposés donneront un artwork tout noir, qui se révèlera une fois ôtée la première couche.

Pour juillet, ce sera le tour d'un EP du groupe Koban de Vancouver. Il s'agit d'un six-titres aux allures post-punk composé de boîtes à rythme, basse, guitare et de deux voix alternant l'anglais et le français. Ce EP s'intitulera Vide et annoncera la première tournée européenne du duo, qui débutera le 3 juillet prochain.

En août résonnera à nouveau l'espoir de la sortie de ce fameux coffret 3xEP de White Horse, intitulé The Revenant Gospels annoncé il y a presque un an maintenant. S'il a été maintes fois retardés, c'est parce que Ben Chisolm, le seul membre de White Horse joue un très grand rôle dans le groupe de Chelsea Wolfe. Ce groupe lui prend énormément de temps, entre les enregistrements et les tournées à répétition... La bonne nouvelle, c'est que ce projet a eu le temps de mûrir et je peux d'ores et déjà promettre que le produit final sera über classe!

Et enfin, dernier projet en chantier, une nouvelle édition de Bleak Tissue - dont on peut entendre un extrait dans la présente mixtape - premier LP de Bleak Seven, vraisemblablement pour le mois de septembre. Celui-ci va être très spécial car nous avons décidé de nous allier avec Teenage Menopause Records pour la réalisation de ce skeud ultra noisy. Weyrd Son Rec considère Teenage Menopause un peu comme son grand cousin et cela faisait un moment que nous projetions de coproduire quelque chose...

Parallèlement à ça, j'ai mes activités de DJ et commence tout doucement à faire de l'organisation d'événements, principalement à Bruxelles, avec pour partenaire Elzo Durt, le sérigraphiste fou, DJ punk/techno tout aussi maboul et seconde moitié de Teenage Menopause, pour parler une nouvelle fois d'eux.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?

Ca faisait un moment que je bossais sur ce truc, avec pour point de départ un monologue d'Ultimate Warrior, catcheur star du début des années 90, et ennemi juré de Hulk Hogan. C'est une de mes ex-copines qui m'a un jour montré un match de catch avec cette montagne de muscles à la crinière peroxydée et se cachant derrière le célèbre maquillage tribal, et bien que n'ayant jamais trouvé le moindre intérêt à ce "sport/show" j'ai néanmoins été séduit par le personnage barré de Ultimate Warrior, surtout pour ses monologues hallucinés où il invite ses adversaires à en découdre sur le ring.

Pour cette mixtape un peu conceptuelle, je voulais tour à tour des trucs poisseux, sombres, qui puent la pisse aux hormones, protéines et dope (Thomas Bangalter - Rectum, Future Blondes - Feather 17, Bleak Seven - Movements), de la testostérone (Dälek - Speak Volumes, Spooky - Spartan), et de la biatch (Amanda Blank - Gimme What You Got). Le tout agrémenté de moments-clés qui ont fait la légende d'Ultimate Warrior ; ses monologues décalés - dont son plus connu où il défie Hulk Hogan - comme marque de fabrique, les commentaires de son premier match contre Gibbs et en fin de mixtape, le dernier round de la Wrestle Mania VI, ravissant le titre de champion du monde à Hulk Hogan...

Quand j'ai appris sa mort la semaine dernière, d'une crise cardiaque, j'y ai mis les bouchées doubles afin de lui rendre hommage à ma manière.

Mixtape

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