You'll Never Get to Heaven interview

À l'occasion de la parution en septembre dernier de la vidéo de Drowning Out (lire), second extrait du premier album de You’ll Never Get To Heaven, il vous était seriné à propos de l'onirique duo canadien œuvrant sur Divorce Records qu'il s'agissait là d'un proche voisin d'alcôve des Suédois de Death And Vanilla (lire). Une bande-son à l'esthétique passéiste confectionnée de quelques rêveries duveteuses et suspensives, aux textures ouatées, confondant tendresse et mélancolie. Inutile de dire qu'avec le temps, cette impression s'est trouvée renforcée par l'écoute hivernale et solitaire d'un LP paru le 12 octobre dernier. Histoire de divulguer à des âmes bien trop sensibles cette fructueuse collaboration entre Chuck Blazevic, électronicien agissant seul sous le patronyme de Dreamsploitation, et Alice Hansen, à la voix délicieusement spectrale, ce dernier est en écoute en intégralité ci-après, le tout serti d'une entrevue et d'une (magistrale) mixtape du groupe. Bonne écoute.

Entretien avec Alice

Comment est né le concept de You'll Never Get To Heaven et d’où vient ce nom pour le moins énigmatique ?
How was born the concept of You'll Never Get To Heaven and can you explain this enigmatic name?

Le concept du groupe est tiré d’un vieux disque de jazz symphonique. Nous étions fascinés par la façon dont ce disque donnait le sentiment d’être suspendu dans le temps. Quand nous avons samplé ledit morceau pour créer notre première chanson, nous avons tenté de préserver cette impression. Le résultat nous à ouvert un monde de sonorités nouvelles, monde que l'on explore depuis. Le groupe tient son nom d'une chanson de Burt Bacharach, un compositeur que nous admirons tous les deux.

The concept for the band started with a piece from an old symphonic jazz record. We were fascinated with how this piece captured the sense of being suspended in time. When we sampled the piece to create our first song we tried to preserve that feeling. The resulting song opened up a sound world for us that we have been exploring since. The project is named after a song by Burt Bacharach -- a composer we both admire.

Comment décririez-vous votre musique et quelles sont vos plus grandes influences ?
How would you describe your music and which are your biggest influences?

Notre musique est brumeuse, rêveuse, texturale, sombre et anachronique. Parmi nos influences les plus importantes, et pour n’en nommer que quelques-unes, se trouvent My Bloody Valentine, Cocteau Twins, Broadcast et The Caretaker

It's hazy, dreamy, textured, anachronistic, somber. Important influences include My Bloody Valentine, Cocteau Twins, Broadcast and The Caretaker, among many others.

Chuck, tu viens d'un univers plus électronique (Dreamsploitation). Est-ce pour toi une façon de décliner tes aspirations plus pop, romantiques ?
Chuck, you come from a electronic universe (Dreamsploitation). Is it for you a way to express your pop and romantic aspirations?

Une grande part de la musique que j'ai produite par le passé est d'un genre plutôt romantique. C'est un changement très rafraîchissant que de travailler, en collaboration, sur un projet orienté pop. D'une certaine façon, ce dernier est la fusion de l'amour que je porte pour l’accessibilité des sonorités pop et de l'ensemble des possibilités texturales offertes par l'électronique abstraite.

Most of the music I've worked on has a romantic quality. It's a refreshing change to work in a pop-oriented context with a collaborator. In a way this project is a consolidation of my love for pop accessibility and the textural possibilities of abstract electronic music.

Alice, que faisais-tu avant ? C'est ta première expérience au chant ?
Alice, whom did you make before? It is your first experience in the singing?

Lorsque nous travaillions sur l’album, j’étais étudiante à l’université. Raison pour laquelle nous avons d'ailleurs déménagé à London, dans l'Ontario. Avant de nous y installer, nous résidions à Halifax, en Nouvelle-Écosse, où je jouais avec d’autres groupes en plus de travailler. Ce n’est pas ma première expérience au chant. Chuck et moi étions dans une autre formation avec laquelle j’ai commencé à chanter.

While we were working on the album I was attending university. That's why we moved to London, Ontario. Before we moved here I was playing with some other bands and working in Halifax, Nova Scotia. This is not my first experience singing. Chuck and I were in another band before this one, which got me started with singing.

Qu’aviez-vous en tête à l'heure de composer votre premier album ?
What was your objective to compose this first album?

Une des choses que nous gardions en tête était de ne pas trop manipuler notre musique, de manière à la laisser, en quelque sorte, à l’état brut. Nous aimons vraiment l’immédiateté et la beauté de chansons créées sous forme démo. Nous avons essayé de ne pas trop perdre de cet effet.

One thing we kept in mind was to not over-process the music and to let it be kind of raw. We both really love the immediacy and beauty of songs in demo form. We tried not to lose too much of that.

Drowning Out est un morceau magnifique. Pouvez-vous me parler des conditions dans lesquelles vous l'avez écrit ?
Drowning Out is a magnificent piece. Can you speak to me conditions in which you wrote it?

Ah, merci ! Nous étions très enthousiasmés par la création de cette chanson. Je ne me souviens pas exactement des conditions entourant sa conception, mais à ce moment, Chuck était inspiré par Krzysztof Komeda, compositeur polonais de musique de films. Pour ma part, j'étais fascinée par les gammes pentatoniques et Claude Debussy.

Ah, merci ! We were both so excited when that song came together. I don't remember the exact conditions, but Chuck was inspired by film composer Krzysztof Komeda for the song and I was really fascinated by pentatonic scales and Claude Debussy at the time.

Votre premier LP est sorti sur Divorce Records. Comment en êtes-vous arrivés là ?
Your first LP went out on Divorce Records. How did you arrive there?

Nous avons rencontré Darcy Spidle à l'occasion d'un concert du pianiste Lubomyr Melnyk que nous organisions en 2009. Nous avons demandé à Darcy de nous aider à promouvoir l’évènement à Halifax. Nous avons gardé contact, et ce, malgré les années. Chuck lui a envoyé quelques-unes de nos premières chansons et, très vite, l'idée de travailler avec nous lui a plu. Nous ne pouvons être plus heureux de la façon dont les choses ont tournées.

We got to know Darcy Spidle through a concert we organized for pianist, Lubomyr Melnyk in 2009. We asked Darcy to help us promote the show in Halifax. After that, we kept in touch over the years. Chuck sent Darcy a couple of our early tracks and he expressed interest in working with us. We couldn't be more pleased with how everything turned out.

L'Ontario est-il propice à l'inspiration ?
Ontario is a good place for the inspiration?

London s'est révélé adéquat pour nous. Cet endroit nous donne assez d’espace pour penser et être productif, aussi bien au niveau musical qu’en de multiples autres aspects.

London has been good for us. It provides us with a lot of space to think and to be productive, musically and otherwise.

Quels sont les groupes dont vous vous sentez proches ?
What are bands you feel close?

Personnellement, je me sens proche de la musique de Colleen. Je crois que Chuck citerait le travail d’Ennio Morricone comme pierre de touche.

I personally feel close to the music of Colleen (from France). I think Chuck would cite the work of Ennio Morricone as a touchstone.

Écoute intégrale

Mixtape

01. General Strike - Next Day
02. Paco Sala - Gifts Of The Bloom
03. Inga Copeland - Notitle
04. "Blue" Gene Tyranny - Timing [excerpt]
05. Vazz - Cast Reflections
06. Naffi - Take Me In Your Car
07. Antena - Noelle A Hawai
08. Coldreams - Morning Rain
09. Zana - Ti Si Neko Staro Lice
10. Die Welttraumforscher - Hinter Sieben Monden

Vidéo


Electric Electric interview

Sad Cities Handclappers fut une immense claque pour quiconque s'en enquit dès 2008 via le label strasbourgeois Herzfeld - plus coutumier de symphonies pop panoramiques que de décharges à haut voltage. Procédant d'une scène oscillant entre noise bourrue et math-rock acéré et marquant l’année suivante l'hexagone de son empreinte radicale et DIY - de Marvin (lire) à Pneu en passant par Sister Iodine ou Gablé -, le duo alsacien Electric Electric, devenu trio dès 2009, allait dans la foulée ouvrir la boîte à gifles et sillonner la France de fond en comble histoire d’asseoir définitivement sa réputation : celle d'un groupe technique et rugueux, provoquant transe et frénésie sur l'autel d'un implacable matraquage rythmique. Octobre 2012, leur second LP - Discipline (lire) - édité par le biais de quatre structures indépendantes (Herzfled, Kythibong, Murailles Music et Africantape), assomme d'abnégation toute critique malveillante, densifiant et diversifiant les creusets d'inspiration que l'on situait auparavant, à l'époque de Sad Cities Handclappers, à mi-chemin entre Shellac, Don Caballero et Lightning Bolt. Entre apparition de vocalises déshumanisées et d'électronique omnisciente, la donne, loin d'être bouleversée, est incroyablement complexifiée, laissant à quai le peu de concurrence anglo-saxonne valable du genre, de Foals à PVT. De la pochette de Sad Cities Handclappers - en forme de clin d'œil appuyé au Loveless de My Bloody Valentine -, à celle verte de Discipline, ne représentant rien d'autre qu'un arbre au fond d'une cour, il y a donc plus qu'un saut temporel, mais bien une véritable remise en perspective d'un son à la fois si caractéristique et si différent d'un album à l'autre. Explications avec Eric Bentz, guitariste du groupe.

Entretien avec Eric Bentz

Votre nouvel album Discipline sort quatre années après son prédécesseur, Sad Cities Handclappers. Outre ce besoin quasi-consubstantiel de vous produire sur scène, la complexité de celui-ci explique-t-elle cette temporalité, disons, dilatée ? Quelles ont été les grandes étapes de sa maturation en terme d'écriture ?

À la sortie du premier album, le duo guitare/batterie devient trio avec l'arrivée de Vincent à l'électronique. À mes yeux, un nouveau groupe était à créer. C'est précisément cela qui a pris beaucoup de temps. En parallèle aux nombreux concerts nous affinions notre nouveau dispositif qui allait nous permettre de travailler les morceaux qui composent aujourd'hui Discipline. Il fallait définir le champ sonore dans lequel nous allions évoluer. J'avais envie d'entendre un groupe intense, qui a baigné dans la noise, qui se nourrisse autant des musiques contemporaines que de minimalisme électronique, de R'n'B dégénéré que de musique de rituel. À l'entrée en studio, quatre morceaux étaient achevés, les autres ont été montés à partir d'idées plus ou moins abouties, à partir de boucles de guitares, de patterns de batterie, de lignes de voix. Deux morceaux sont nés d'improvisations guitares préparées/électroniques. Le studio a été un bon espace de recherche et de doute ; d'excitation aussi.

Plus que Sad Cities Handclappers, Discipline se résume d'une certaine manière à l'aune de son titre. Cette tension entre le rendu live - cette superposition de samples réalisées en direct - et la prétention métronomiques des morceaux explique-t-elle cette Discipline que j'ose imaginer... libératrice ?

Le titre du disque ne fait pas écho à une forme de rigueur qu'on s'inflige pour jouer cette musique. Je n'ai pas vraiment l'impression qu'on soit très discipliné, on fonctionne encore beaucoup à l'arrache ! Le nom d'un disque assoit quelque chose de l'ordre de l'esthétique pour moi. Lorsque James Ferraro appelle son dernier disque Sushi, ça fonctionne. J'aimais la mystérieuse austérité que ce mot discipline allait drainer avec lui, la coloration qu'il allait donner au disque. Pour moi il correspond bien à notre époque : tout est sous le joug de la discipline, qu'elle soit consciente ou non. La véritable question qui y est liée est celle de l'apparition du sujet, de l'émancipation face aux pouvoirs normatifs qui nous façonnent tout au long de notre vie. Notre implication dans ce groupe est une des réponses qu'on a trouvé face à cela.

Au-delà d'un attachement au hardcore US et à la scène noise, les textures sonores de Discipline semblent agréger des influences plus variées, d'une motorick chère à Neu! à des arrangements plus anglo-saxons que l'on retrouve chez Battles ou PVT. Est-ce une façon d'accentuer l'aspect dansant de vos compositions ?

J'ai toujours été un boulimique de musique, la sensation de me retrouver face à des sonorités, des formes et des esthétiques nouvelles est quelque chose de merveilleux pour moi. Ce bain dans lequel je flotte participe à mes propres projections. Concernant cet aspect dansant dans notre musique, j'aime à le considérer comme lié à un état de transe qui se joue aussi sur le plan de l'affect, pas simplement au niveau physique. C'est par son pouvoir d'émotion que la musique peut déclencher cette transe. Les textures sonores que tu évoques participent à la densité du disque, et à un "mood" général qui évoque peut être parfois une certaine mélancolie. Par ailleurs, j'ai l'impression que chaque son correspond à un geste plus ou moins "funky" et on a passé beaucoup de temps à les affiner, certains cherchent le déhanché, d'autres pas.

L'incorporation des voix sur Discipline est assez troublante. Plutôt que d'humaniser une musique presque mathématique, elle évoque une fusion totale entre l'homme et la machine. Est-ce l'effet recherché ?

Le rapport à la voix est complexe dans ce projet. Il n'était pas question de la mettre en avant sur ce disque mais de lui trouver une place étrange, désincarnée. Je ne voulais pas qu'on visualise un chanteur mais qu'il y ait des voix évocatrices, quasi fantomatiques. Elles appuient une direction "pop" dans notre musique car avant tout nous essayons de faire des chansons. Electric Electric est la confrontation de deux mondes, un premier qui se nourrit d'abstractions, de recherches sonores, qui lorgne vers une sorte de modernité et un second marqué par un songwriting plus classique.

Discipline sort via quatre structures différentes, Herzfled, Kythibong, Murailles et Africantape. Qu'évoquent pour vous ces structures et comment en êtes-vous arrivés là ?

Ça nous a paru excitant de tenter cette coproduction folle avec ces quatre structures amies. Nous avions déjà travaillé avec Herzfeld et Kythibong sur le premier album. On croise Julien Murailles et Julien Africantape depuis des années, les choses se sont faites naturellement. J'aime l'idée que diverses personnes s'impliquent dans le groupe, le rapport collectif est toujours stimulant et riche. Ces quatre structures, chacune à leur manière, sont portées par la passion avec une vision ouverte et moderne.

Agenda

Le 19 janvier prochain Elelectric Electric jouera aux côtés de la Terre Tremble !!! à Argenteuil sur la scène de la Cave Dimière (Event FB). Le trio sera également à l'affiche d'une soirée avec Mermonte le 9 février au File7, scène de musiques actuelles à Magny le Hongre (une demie heure de Paris). On vous fait gagner des places par ici.

Audio

Vidéo


Stellar Kinematics Interview & mixtape

Si Stellar Kinematics n'est encore qu'une constellation en gestation - à l'orée de matérialiser sa prométhéenne volonté d'unir diverses expériences musicales à travers de multiples formes de collaborations -, son émergente galaxie aussi bien musicale, graphique que plastique fascine déjà. Support du premier EP de la Parisienne de Playground (à télécharger par ici) et auteur de la compilation Solstice 11:29 (à se procurer par ), le label s'apprête à étoffer ses sorties dès 2013, tout en continuant à égrainer des mixtapes collaboratives : hier Slang Mag, Vacation In Your Hell et The Scrap Mag. Aujourd'hui, Hartzine.

Entretien avec Giovanni

Giovanni, peux-tu présenter Stellar Kinematics en quelques mots ? D'où te sont venus l'idée et le nom du label ?

La création de Stellar Kinematics remonte à 2010, avec l’aide d’une amie qui bookait des artistes allemand à Lille (Musikbox). Nous nous sommes simplement dit : pourquoi pas nous ? On naviguait dans le milieu indépendant et on sentait qu’il y avait de la place pour un collectif/label, libre et plus international que national.

L’idée était de favoriser les rencontres, les collaborations. Tout de suite l’image de la constellation est apparue ! De là est venue la dénomination Stellar Kinematics, que l’on a gardée pour sa signification en anglais : the study of the movement of stars without needing to understand how they acquired their motion. En d’autres termes on ne se pose pas de barrière de style et aucune exigence, on s’intéresse à l’artiste et on privilégie la qualité pour chaque production, musicale comme visuelle.

Quelle est ton approche de "label" et quelle est l'esthétique musicale et visuelle recherchée ?

On peut aussi bien travailler avec un artiste 8-bit qu’avec un artiste coldwave. Tout dépend des envies de chacun, de l’humeur et bien sûr des rencontres. Le label fonctionne plutôt comme un collectif qui exprime sa passion pour les arts indépendants. Nous sommes en constante en évolution.

Au début, nous avions développé une esthétique proche de l’espace, des étoiles, etc. C’était évident et on voulait que cela parle à tous. Aujourd’hui, on a décidé de réinterpréter cette identité en quelque chose de plus marqué et affirmé, grâce au fabuleux travail de Camille Legrand. Nous avons développé une image plus soignée et minimaliste, composée de constellations graphiques et de motifs à base de points et de lignes, où le visuel devient aussi important que la musique.

Cette nouvelle identité symbolise ce que l’on fait chaque jour : mettre en relation divers artistes. D’où le slogan, Constantly Creating Constellations.

Après la compilation Solstice 11:29 et l'EP de Playground... quel est le futur proche du label ?

Un site web bientôt prêt sur lequel vous trouverez quelques surprises, des EP en préparation : du cold, de l’ambient/drone, et un autre un peu plus pop... Et d’autres mixtapes, notamment celle de Cargo, fantastique groupe coldwave.

On ne se pose jamais de deadline. Le fonctionnement du collectif veut que chacun développe ses projets. Ceux du moment sont ceux de Camille avec la série de foulards Heavy Genesis via Amour et Eau Fraîche, en plus d'un projet annexe au label, plus orienté rock et garage : Dérive Ordinaire.

Peux-tu me parler de la série Visual Mixtape que propose le label depuis presqu'un an ?

On a toujours été des gros consommateurs de mixtapes et au vu du temps que l’on se laisse pour produire, on a pensé que c’était une bonne façon de faire patienter tout en partageant des coups de cœur et morceaux exclusifs, le tout en faisant intervenir des amis proches ou éloignés du label. Encore une fois, on met en relation différents acteurs du milieu indépendant, en choisissant soigneusement la personne, le groupe qui réalisera la mixtape puis en l’associant à un webzine que l’on apprécie.

Quant au nom, Visual Mixtape, il s’explique par la présence de morceau de constellations sur chaque cover, d’ailleurs vous pouvez voir que chaque cover est reliée à la précédente et à la suivante, ce qui donne une constellation infinie.

Mixtape : Visual Mixtape IV : Stellar Kinematics x Hartzine

01. Sir William Dawson - Chief Thundercloud
02. Total Control - Pyre Island
03. Dark Day - The Metal Benders
04. Chris & Cosey - Lament
05. Umberto - The Waterbed
06. In Trance 95 - Wild Beauty Ocean [Toujours Pour Jamais Mix]
07. Spastic Joy - Hello Goodbye
08. Black Marble - Static
09. Rites Wild - Rites Wild Theme
10. Holy Balm - Losing Control
11. Dubai - Thieves
12. Martin Eden - Hum
13. Vessel - Aries
14. Spitzer - Sergem
15. Profligate - Conditioning Trench
16. Ela Orleans rmx Nattymari - Light At Dawn


Spitzer interview

En 2008, en pleine ère MySpace, deux frères lyonnais se retrouvaient lancés sur la scène électro grâce à un simple remix pour Kylie Minogue. Présenté comme ça, on n'imagine pas forcément que le tandem produirait quatre ans après l'un des albums électro français les plus fins et inspirés de 2012. Bien dans l'état d'esprit esthète du label InFiné qui l'a publié, The Call est un joli panorama sur ce qui se fait de plus sensible et élégant dans la dance music contemporaine : tracks techno craquelants et veloutés (Breaking The Waves, Sergen), goût pour le mélodique et le progressif probablement inspiré de Border Community, éclectisme de rigueur (on passe des breaks de Too Hard To Breathe au downtempo marécageux de Vor), on ne peut pas en demander plus.

Votre musique s'installe dans un cadre techno, mais on sent par la production et les ambiances évoquées que ce n'est pas vraiment votre univers d'origine. Comment s'est produit le passage à l'électronique ?

Quand notre groupe de rock s'est arrêté, on s'est retrouvé juste tous les deux avec notre batterie et notre guitare.

On voulait continuer à faire de la musique mais sans les contraintes d'un groupe donc on s'est tourné vers les machines, petit à petit.

Cela correspondait à la période durant laquelle on découvrait Boards Of Canada et le catalogue Warp en général. De plus, des artistes rock que l'on adorait tels que les Smashing Pumpkins ou Radiohead ouvraient aussi de nouvelles perspectives, combinant "son rock" et univers électroniques.

On était donc déjà musiciens mais ils nous a fallu apprendre à produire, à créer notre propre "son" et on s'y est attelé. Par la suite, on a découvert le monde du clubbing dont l'énergie nous a très vite séduits.

Pourquoi un album seulement maintenant alors que vous existez depuis quatre ans ?

Justement parce que ces compétences en terme de production sont longues à acquérir (et on considère que ce n'est toujours pas pleinement le cas aujourd'hui...).

L'enjeu est ensuite de trouver ton propre son, ta propre intention et c'est là que le rock est revenu dans notre musique.

De plus, nous ne faisons pas de compromis quant à notre exigence même si cela doit nous prendre du temps pour composer : nous devons être tous les deux satisfaits d'un morceau pour le sortir et c'est parfois très laborieux…

C'est quand même bizarre d'avoir comme premier remix de sa carrière Kylie Minogue. Comment ça s'était passé ? Était-ce un cas de conscience ? A-t-elle aimé le remix ? Voire, tout simplement, aimez-vous Kylie ?

Pour ce remix, nous avons été contactés par son label via MySpace et, même si c'était vraiment inattendu, nous avons accepté la proposition de suite.

Nous étions très peu familiers de la musique de Kylie Minogue (hormis quelques hits incontournables) mais c'était un exercice de style nouveau pour nous. On était pour le moins emballé par le fait de travailler avec sa voix comme base. En revanche, nous sommes dubitatifs quant au fait qu'elle l'ait écouté. On parle d'une autre sphère que la nôtre là...

Vous avez d'ailleurs tourné un temps grâce à la réputation faite par ces maxis, sans avoir rien sorti. Comment ça se passe de tourner sans au moins avoir un disque sous le coude ?

C'est évidemment très difficile d'asseoir une légitimité sans release et il est certain que les remixes nous ont bien aidés. À l'époque, nos remixes, celui de Kylie comme celui d'Aufgang, nous permettaient d'exister discrètement sur la scène électro. Ces quelques remixes nous ont permis de tourner, et même au-delà de nos espérances. Rendons aussi justice au travail acharné de notre booker !

En écoutant ce remix, on est d'ailleurs très loin de l'électro cinématographique et des tableaux léchés de The Call. Comment votre personnalité musicale a-t-elle prix forme ?

Le temps passant, nous avons affiné notre style. La période d'expérimentation des machines a été digérée après plusieurs années jusqu'à ce que nous trouvions le bon équilibre entre nos influences rock passées et notre bagage électro plus récemment acquis. Nos sonorités se sont dessinées au fil des années et c'est seulement maintenant que nous pouvons prétendre à une véritable personnalité musicale.

L'intro de Marsch est à la limite de la musique contemporaine à la Murcof, Madigan a un côté western-goth, et le morceau-titre pourrait presque être un remix club d'un thème de John Carpenter. Comment arrivent toutes ces références dans votre son ?

Nous sommes des cinéphiles au sens large du terme (grâce à notre père) et, malgré nous, il est probable que cela ait un impact notre musique. Notre rapport à l'image est certainement présent lorsque nous composons. Sans être un postulat de départ (sauf pour Madigan qui est un hommage assumé au génie de Morricone), notre musique évoque sans doute des univers cinématographiques et on ne s'en cache pas. À l'évidence, le cinéma, en tant que background culturel majeur, conditionne largement notre manière de composer. Le clip de Clunker témoigne, par exemple, de cet amour pour le cinéma.

Comment fait-on entrer la voix d'un chanteur si typiquement post-punk que celui de Frustration sur un track électro (même s'il ne s'agit pas d'un track "typiquement" électro) ?

À vrai dire, nous ne connaissions Fab que via la musique de son groupe Frustration et nous ne l'avions jamais rencontré avant cette collaboration. Nous cherchions une voix post-punk pour ce titre et notre manager nous a judicieusement suggéré Fab. Bien qu'il semblait quelque peu sceptique au début (il faut dire que, de prime abord, on est loin de son univers de prédilection), la collaboration s'est déroulée très naturellement. Nous avions des tonnes de références et on s'est surtout très bien entendu, aussi bien sur le plan artistique qu'humain.

InFiné se tient à une ligne artistique raffinée, feutrée, à laquelle vous collez bien. Est-ce un cocon isolé ou reconnaissez-vous d'autres artistes/labels qui suivent cette même touche subtile en France ?

Il y a certainement un tas de labels que nous ne connaissons pas qui défendent une ligne artistique pertinente. Born Bad (Magnetix, Frustration, Cheveu…) ou Tigersuhi sont de bons exemples de labels sans compromis qui persistent à défendre une esthétique musicale personnelle, sans compromis. Ce n'est pas tant la subtilité que la personnalité qui singularise un label en ces temps moroses pour l'industrie musicale. InFiné s'inscrit très bien dans cette démarche d'exigence et c'est sûrement la raison de son "succès".

Spitzer est aussi le nom d'un rappeur méga-vénère du Michigan, et il était apparemment là avant vous (du moins sur Facebook). Comptez-vous le provoquer en duel (à trois, puisque vous êtes deux) ?

Deux contre un, ça serait un peu de la triche mais il a ses chances, on est sûrement moins vénères…

Vidéos


Interview & chroniques : Mount Eerie

Parfois, un entretien - surtout par mail - laisse un goût amer. Comme une impression d'inachevé, d'occasion manquée. D'inutilité devant la vacuité des propos débités. Parfois aussi, il induit quelque chose qu'il ne révèle pas littéralement, une perception en creux, entre les lignes, de ce que l'on ne voulait pas voir, ou croire. Celui qui suit est de cette teneur. Les réponses, oscillant entre rigoureuse simplicité et subtile concision, esquissent sans redondance les traits d'un caractère trempé d'honnêteté. Le visage de Phil Elverum n'enfonçant que plus le clou d'une indélébile intégrité : sous un large front se dessinent les traits fins de l'Américain, presque austère, si ce n'est ses cheveux courts, grisonnants, anarchiquement coiffés. Ses yeux, arnachés au lointain, figurent les méandres d'un esprit vagabond, insoupçonnable creuset d'émotions brutes.

Responsable des expérimentations de The Microphones puis de l'éblouissante discographie de Mount Eerie - Phil Elverum est un personnage atypique et décalé, à rebours de l'artiste contemporain. Son besoin de solitude, son désir d'exil, cette relation quasi organique entre ses aspirations musicales et cette nature qui l’obsède - de la beauté froide des grands espaces aux violents soubresauts des océans -, tout semble l’inscrire en porte-à-faux d'une génération de compositeurs ne rechignant jamais à se montrer, ou, tout du moins, à communiquer. Ma dizaine de questions envoyée, c'était feindre d'espérer que, même si l'homme possède un compte twitter, il serait volubile sur sa personnalité tout autant que sur sa musique. Un marécage intime et charnel, défloré ici à l'aune de rares confessions. D'évidence, la plus touchante d'entre toutes reste celle évoquant son rapport solitaire au monde. Un rapport nécessitant une cohérence et une discipline absolues avec soi-même : mise à part une parenthèse de cinq années à Olympia du temps de The Microphones, Phil Elverum est né et vit à nouveau Anacortes - au nord de Seattle dans l'état du Washington -, ville dans laquelle il compose, enregistre et distribue lui-même sa musique par le biais de son propre label, P.W. Elverum & Sun. Ascète dédié à sa propre musique, ledit label n'est que l’idoine artéfact permettant à celui-ci d'explorer de nouvelles idées, tant en terme de packaging - No Flashlight (2005) était par exemple enveloppé dans un immense poster -, que de concept créatif. Le diptyque composé de Clear Moon et d'Ocean Roar, respectivement parus en mai et septembre de cette année, en est le témoignage le plus récent, d'autant qu'une version condensée et égrainée fin octobre sur-ajoute une touche expérimentale à l'ensemble (écouter) - chaque album étant mixé en une seule plage de quelque minutes.

Indéniablement, depuis trois ans Phil Elverum sait où il va. Si son regard exhume tout doute à ce sujet, sa discographie accidentée peut néanmoins confondre d'incertitudes. Depuis 2009 et le ténébreux et Wind's Poem - Phil Elverum scarifiant la plupart de ses compositions d'influences black métal, exceptions faites de Wind Speaks et de l’éternelle Between Two Mysteries, empruntant de troubles résonances à la bande originale du film Twin Peaks -, seul le 7" To The Ground (lire), sorti exceptionnellement via la micro-structure Atelier Ciseaux, brise ce silence finalement loin d'être anodin, puisque successivement Clear Moon et Ocean Roar portent à six le nombre de LP sous le patronyme Mount Eerie.

Loin d'éclipser Clear Moon, Ocean Roar en constitue une sorte de double antithétique fonctionnant, comme au théâtre, en perpétuelle association : la lune paisible et mystérieuse annonce le déchaînement des éléments quand, inversement, de la funeste tempête éventrée procède l'harmonieuse clarté. L'un comme l'autre possèdent donc leur dominante, une thématique ne trouvant son sens qu'au regard de l'autre : de la forêt de cordes, de résonances et de vocalises rassérénées de Clear Moon (Though The Trees Pt.2, The Place I Live, Yawning Sky), de la quiétude de ses embardées célestes (House Shape) et instrumentales (Something, Synthetizer), prennent corps les tumultes de saturations carénant Ocean Roar. Et ce, de l'introductive sinusoïde Pale Lights à la convulsive Waves, où la rythmique se consume d'elle-même sur un tonnerre de distorsions. Les deux Instrumental n’obèrent en rien cette violence viscérale et primaire que la reprise de Popol Vuh, Engel Der Luft, ne fait qu'intensifier.

L’ordonnancement des choses aurait cependant été trop simple si un jeu de miroir ne s’immisçait pas entre les deux LP. Ancient Times et I Walked Home Beholding d'Ocean Roar sont baignés d'une luminosité ne dépareillant en rien de celle inondant Clear Moon, tandis qu'Over Dark Water, contenu sur ce dernier, s'agencerait sans anicroche au sein d'Ocean Roar. Entremêlés à l'extrême, les deux disques trouvent leur ineffable synthèse sur la suscitée Pale Lights, où la voix diaphane de Phil Elverum, drapée d'infimes notes de piano, interrompt et interroge la déferlante bruitiste se tramant dès l’orée du morceau. Une synthèse que l'on piaille d'impatience de voir s'édifier sur scène, sous les coups de boutoirs d'un songwriter ayant le DIY dans les veines, dépareillant comme quelques grands avant lui - de Daniel Johnston et Tom Waits aux regrettés Mark Linkous (lire) et Vic Chesnutt (lire) - à cette somme incalculable et innommable d'artistes interchangeables. Qu'il en soit ainsi, le grand disque de 2012 est un double album, aussi rare que précieux.

 Entrevue avec Phil Elverum

Après avoir sorti quatre albums sous le nom de Microphones, comment le concept de Mount Eerie est-il apparu et d'où vient le nom ?
After releasing four albums under the Microphones moniker, how did the whole concept of Mount Eerie come about and how did you come up with the name?

Il y a une montagne près de chez moi qui s'appelle Mount Eerie. Je l'adore. Mais j'aime aussi le mot "eerie" ("eerie" signifie "étrange", ndlt) en raison de son sens ambigu et de son sentiment menaçant. L'idée d'une montagne qui donne cette impression est très semblable au sentiment que j'essaie de créer avec ma musique, alors j'ai décidé d'appeler ma musique de cette manière. Et j'avais l'impression d'être arrivé au bout du projet Microphones. C'était plus un projet de réflexion sociale et d'exploration personnelle. Mount Eerie s'intéresse principalement aux choses non humaines.

There is a mountain near my home called Mount Erie. I love it. But also, I like the word "eerie" because of its ambiguous meaning and menacing feeling. The idea of a mountain that feels this way is very similar to the feeling I try to create with music, so I decided to call my music that. Also, the Microphones project felt complete to me. It was more of a project of social thinking and personal exploration. Mount Eerie is about non-human things mostly.

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as clôturé l'histoire de Microphones en 2003 ?
Can you explain why have you in 2003 close the Michrophones story?

Je crois que je viens d'y répondre à l'instant, mais oui, j'avais l'impression d'en être arrivé au bout.

I guess I kind of just answered that, but yeah, it felt complete.

Comment décrirais-tu Mount Eerie et qui sont tes plus grandes influences pour ce projet ?
How would you describe Mount Eerie, and who are your biggest influences in this project?

J'essaie d'éviter d'avoir à le décrire. C'est juste de la musique. J'essaie de découvrir de nouveaux sons et de nouvelles sensations en permanence donc c'est difficile à résumer. De même avec les influences. Je peux être aussi bien influencé par My Bloody Valentine que par autre chose, et cet autre chose peut être la musique au piano de Gurdjieff comme du black métal C'est toujours différent, et quelque soit l'influence, j'échoue à en faire une copie, par conséquent ça garde une sorte d'originalité bizarre.

I try to avoid having to describe it. It is just music. I try to always discover new sounds and feelings so it is difficult to summarize. Same with the influences. Sometimes I am influenced by My Bloody Valentine or something, and sometimes it's Gurdjieff piano music, or sometimes black metal. It's always different, and no matter what the influence, I fail at making a replica and so it turns out to be its weird self.

Tu cites souvent Steve Reich comme une de tes influences principales. Peux-tu expliquer de quelle manière tu retranscris cette relation à la musique minimaliste au sein de Mount Eerie ?
You often quote Steve Reich as one of your major influences. Can you explain how you retranscribe this relation with minimalist music within Mount Eerie?

C'est vrai, j'aime la musique de Steve Reich. Je ne sais pas si c'est une influence majeure. J'ai vraiment dit ça ? D'ailleurs, n'est-ce pas également étrange qu'on qualifie sa musique de minimaliste ? Je pense qu'elle est très "maximale". À propos de sa musique, j'aime la manière dont elle crée un sentiment que ton esprit est en train de changer, une confusion totale et une extase de façon très directe, semblable à Sun O))) en concert, ou peut-être à l'hypnose.

It's true, I do like Steve Reich's music. I don't know if it's a major influence. Did I say that? Also, isn't it weird that his music is called minimal? I think it is so "maximum". About his music, I like how it creates a feeling that your mind is being altered, total confusion and rapture in a really direct way, similar to Sunn O))) live, or maybe similar to hypnotism.

Tu sembles être très attaché et inspiré par la nature. Les deux facettes de Mount Eerie (claire/obscure) semblent être celles, imprévisibles, de la nature, parfois calme et parfois déchaînée ?
You seem very attached and inspired by the nature. Both sides of Mount Eerie (clear / dark) seem to be the ones unpredictable of the nature, sometimes quiet and sometimes furious?

Je suppose.

I guess so.

Tes premières sorties étaient très lo-fi. Maintenant, tu sembles très soucieux de la production de tes albums. Pourquoi ?
Yours first releases were very lo-fi. Now, you seem very worried by the production of your albums. Why?

Je ne suis pas soucieux. Mais j'ai toujours essayé de la faire sonner de la manière la plus belle possible, selon moi. Je travaille assez dur en studio et je me donne beaucoup de temps. Je ne m'inquiète pas de sonner "professionnel" ou quoi que ce soit. Je m'intéresse à de nouvelles sortes de sons, et parfois une distorsion brute m'apparaît comme belle. Ni hi-fi, ni lo-fi. Simplement des sons.

I am not worried. But also, I have always tried to make it sound as beautiful as possible, to me. I work pretty hard in the studio and I give myself plenty of time. I am not concerned with sounding "professional" or anything. I'm interested in new kinds of beautiful sounds, and sometimes raw distortion sounds beautiful to me. Not hi-fi or lo-fi. Just sounds.

As-tu enregistré Clear Moon et Ocean Roar au même moment ? Quel est le rapport entre ces deux albums ?
Have you recorded Clear Moon and Ocean Roar in the same time? What's the relation between these two records?

Oui. Le rapport se situe essentiellement dans le fait que je les ai enregistrés au même moment. Ils traitent du même sujet, simplement selon deux catégories différentes de morceaux sur ce même sujet.

Yes. The relation is pretty much that I recorded them at the same time. They are about the same subject, but just 2 different categories of songs about that subject.

Tu décris Ocean Roar comme plus sombre. Est-ce le même procédé d'écriture que pour Wind's Poems, où l'on trouve de belles chansons calmes (Wind Speaks, Between Two Mysteries) et d'autres plus tourmentées (The Hidden Stone, The Mouth Of Sly) ?
You describe Ocean Roar as darker. Is it the same process of writing as for Wind's Poems, where we find beautiful quiet songs (Wind Speaks, Between Two Mysteries) and others very tourmented (The Hidden Stone,The Mouth Of Sky) ?

Ocean Roar s'apparente peut-être un peu à Wind's Poem, mais pas exactement. Il y a des chansons plus longues et des choses plus expérimentales qui ne sont même pas des chansons. Et bien sûr, quelques moments plus calmes. C'est important pour moi que mes morceaux n'aient pas tous la même énergie, le même ton. J'aime les variations.

Ocean Roar is maybe a little bit similar to Wind's Poem, but not exactly. There are some longer songs, and some more experimental things that aren't even songs. And of course yes, a few quieter moments. It's important to me to not have every song in the same energy, same tone. I like variation.

Peux-tu expliquer le symbolisme du diptyque entre la lune silencieuse et la mer agitée ? Musicalement, comment se traduit ce symbolisme ?
Can you explain the symbolism of the diptych between the quiet moon and the angry sea? Musically, what's happening, what's the translation of this symbolism?

Je pense que l'idée est simplement celle de deux existences différentes : la clarté ou l'obscurité totale. Elles font toutes deux partie de notre esprit. Ce sont aussi des concepts que je trouve inspirants dans les anciens poèmes bouddhistes que j'apprécie. Les moments abstraits de pure clarté en contraste avec un nuage de brouillard infini. En musique, j'essaie d'incorporer un sentiment avec l'autre, comme le tintement étincelant d'une cloche lointaine, ensevelie sous un tas de couches de basse distordue.

I think the idea is just two different states of being; total clarity and total obscurity. They are both part of our minds. These are also ideas that I find inspiring in the old Buddhist poems that I really like. Abstract moments of pure clarity contrasted with an endless sea of fog. Musically I like to embed one feeling within another, like a clear bell ringing mixed deep beneath many tracks of distorted bass.

Beaucoup de disques de Microphones sont sortis sur le label K Records. Quels étaient tes rapports avec le label et pourquoi as-tu arrêté de travailler avec eux ?
A lots of the Microphones's records were released on K Records. What was the relation with them and why have you stopped working with this label?

K Records m'a ouvert les portes en 1997, je vivais à Olympia et ne quittait pour ainsi dire jamais leurs bureaux/studios. Ils ont tout rendu possible. En 2004, j'ai décidé de retourner à mes fondamentaux et de tenter de sortir mes propres disques de manière à avoir ma propre et totale organisation DIY, et parce que ça me semblait marrant. Nous sommes bien sûr toujours très proches.

K records opened their doors to me in 1997 and I lived in Olympia and basically never left their offices/studios. They made everything possible. In 2004 I decided I wanted to return to basics and attempt to release my own records just so I had my own complete DIY foundation, and because it sounded fun to me. We are still very close friends of course.

Clear Moon et tes autres disques de Mount Eerie sont sortis sur ton propre label. Pourquoi est-ce important pour toi ?
Clear Moon and your other Mount Eerie records were released on your own label. Why it's important for you?

C'est important pour moi de comprendre tout le processus pour faire ce que je fais. C'est mon travail et je veux le faire du mieux possible. J'ai l'occasion de faire ces choses à ma petite échelle et j'aime travailler de cette façon.

It's important for me to understand the whole process of making the thing I make. It's my life's work and I want to do the best possible job. I am able to do these things on my small scale and I enjoy working this way.

Après Ocean Roar, qu'est-ce-qui est prévu ? Repars-tu en tournée ? En Europe ?
After Ocean Roar, what’s next? Are you going back out on tour? In Europe?

Je viens juste de fonder un nouveau groupe live pour Mount Eerie. On vient de faire une tournée US de cinq semaines en septembre et octobre derniers. Rien n'est encore prévu pour l'Europe mais on aimerait. Peut-être en 2013.

I just put a new live Mount Eerie band together. We're going on a tour of the US for 5 weeks in September/October. We don't have plans for a Europe tour but hopefully soon. Maybe in 2013.

Tu vis à Anacortes. À quoi ressemble ta journée type là-bas ?
You’re from Anacortes. What looks like your daily life over there?

Malheureusement je dois énormément travailler sur ordinateur chaque jour. Répondre aux emails, préparer les tournées, gérer les affaires du label, les livraisons, etc. Je passe aussi beaucoup de temps à emballer les disques commandés par correspondance et aller au bureau de poste. Je bois du bon café et lit un livre près de la fenêtre. Je me promène. Je vais parfois nager au lac. Parfois je joue de la musique mais pas tellement. C'est une ville très paisible mais j'en arrive à être toujours super occupé.

Unfortunately I have to do so much work on the computer every day. Answering emails, booking tours, dealing with record label stuff, shipping etc. I also spend a lot of time packing mail-order records and going to the post office. I drink some good coffee and read my book by the window. I walk around. I sometimes go to swim at the lake. Sometimes I play music, but not that much. It's a very quiet town but I'm always super busy somehow.

Ta musique témoigne d'une solitude délibérée. Est-ce un désir personnel réel ?
Your music testifies of a deliberate solitude. In fact, it's a real and personal desire?

J'aime effectivement être seul. J'imagine que c'est pour ça que je vis dans cette petite ville. Mais je suis également marié. Je vis avec quelqu'un. On vit une chouette solitude à deux. C'est important pour moi d'avoir l'opportunité de me plonger dans mes pensées et d'explorer mon esprit, de le laisser divaguer. Le monde semble être déjà rempli de trop de distractions, y compris avec toute cette solitude.

I do like being alone, yes. I guess that's why I live in this small town. But also, I'm married. I live with a person. We have a good 2 person solitude happening. It's important for me to have the opportunity to think my thoughts and explore my mind, let it wander. The world feels full of too many distractions already, even with all this solitude.

Enfin, comment décrirais-tu ta personnalité ?
At last, how would you define your personality?

Je ne peux pas. Désolé.

I can't do that. Sorry

Quelle est ta relation à la photographie ?
What's your relation with photography?

J'aime prendre des photos quand le monde est sous son beau jour. C'est simplement le prolongement de mon activité préférée, marcher seul et laisser mon esprit divaguer.

I love taking pictures when the world looks good. It is just an extension of my favorite activity of walking around alone and letting my mind wander.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Audio

Vidéos

Tracklisting

Mount Eerie - Clear Moon (P.W. Elverum & Sun, 2012)

01. Through The Trees pt. 2
02. the Place Lives
03. the Place I Live
04. (something)
05. Lone Bell
06. House Shape
07. Over Dark Water
08. (something)
09. Clear Moon
10. Yawning Sky
11. (synthesizer)

Mount Eerie - Ocean Roar (P.W. Elverum & Sun, 2012)

01. Pale Lights
02. Ocean Roar
03. Ancient Times
04. Instrumental
05. Waves
06. Engel Der Luft (Popol Vuh)
07. I Walked Home Beholding
08. Instrumental


Trésors l'interview

Après Visionnaires (lire) puis Roman Polanski, dans sa version brute de décoffrage (lire), le duo parisien Trésors s'invite à nouveau dans le feu de l'action avec le bien nommé Missionnaires à paraître le 12 novembre sur Desire Records. Hédonisme quand tu nous tiens, Trésors a, un peu plus tôt dans l'année, jouissivement remixé Unknown de Joie Noire sorti sur ce même . Effeuillant une demi-douzaine d'étreintes pop électroniques, lascives et décomplexées, savamment mixées par Chester Gwazda (Dan Deacon, Future Islands), Missionnaires s'insinue tel un véritable manifeste pour deux musiciens, aux univers d'influences différents mais complémentaires, et ayant troqué guitares, distorsions et batterie contre synthétiseurs, ordinateurs et boîtes à rythmes. Procédant de cette même révolution copernicienne dans l'approche des instruments et l'écriture qu'un groupe tel que Mi Ami (lire), passé d'un post-punk criard à une émanation dancefloor, Trésors accomplit ce qu'il n'avait fait que balbutier (à raison) auparavant, à savoir la formulation d'une identité ancrée non seulement dans la production, mais aussi et surtout dans la composition et l'utilisation des voix. De l'évidence mélodique de la susnommée Roman Polanski aux beats vespéraux de Défendu, Trésors mène désormais sa barque comme bon lui semble en plein cœur de nos obsessions électro-orgasmiques, prêtant tendancieusement le flanc à la relecture syncopée. Pour preuve, cette flopée de remixes - dont notamment celui de Ricardo Tobar - accompagnant Alright Heavy Fuck, leur premier single.

Audio

Remix

Entretien avec Adrien Kanter et Adrien Durand

Après Visionnaires, Missionnaires. Est-ce donc une symbolique du voyage qui guide votre créativité artistique ? 

Adrien Kanter : En effet, le voyage est une activité que nous partageons fréquemment, Adrien et moi. Que cela soit pour les tournées ou pour du simple tourisme, on se retrouve très souvent à l'étranger ensemble. Et, oui, cela en devient une forme d'inspiration. Après, il faut également voir un peu d'humour dans ce titre.

L'esthétique musicale de vos morceaux semble avoir évolué vers un son plus raffiné, plus proche encore d'une identité musicale propre. Comment expliquez-vous cette mutation ?

Adrien Durand : Disons que comme tu l'as souligné, on a vraiment trouvé notre son et notre identité plus propres ces derniers mois. Au départ, comme on était néophytes et qu'on n'avait jamais fait de production électronique, on avait peut-être quelques complexes. Disons qu'on vient d'une scène plus expérimentale et lo-fi et qu'en retrouvant cette liberté-là et en l'apposant aux morceaux de Trésors, ça donne quelque chose de plus libéré et qui nous ressemble vraiment. Mais on est content d'avoir fait ça doucement à notre rythme, même si au final le groupe est encore assez récent. Je pense que plus ça ira, plus on essaiera d'expérimenter. Là on ramène les guitares et en même temps des trucs plus IDM/ambient ou plus dansants sur les nouvelles compositions. Le fait qu'on ait des influences très éclatées (et qu'on ait des goûts tous les deux très différents) apporte un truc assez personnel mais qui finit toujours par sonner comme un morceau de Trésors (je ne sais pas par quel miracle d'ailleurs). On cite toujours Neil Young comme modèle, parce qu'il a toujours fait sa musique avec le cœur et sans calcul marketing, et qu'il a tenté des trucs casse-gueule en les assumant juste parce que sa conscience artistique lui dictait de faire ça. Je trouve ça très beau.

À ce propos, que retirez-vous de cette semaine à Baltimore en compagnie de Chester Gwazda ?

Adrien Kanter : Ah... Énormément de choses : on y repense souvent. Déjà, au niveau humain, tout au long des dix jours passés là-bas, beaucoup de rencontres. Baltimore est une ville un peu particulière et les activités artistiques "connues" sont, pour schématiser, concentrées sur une rue : tout le monde se connait, fréquente le même bar, les mêmes soirées, salles de concerts... Et Chester connaît tout le monde et nous a emmenés partout ! On a tout de suite été intégrés à cette communauté. Très simplement. Au niveau artistique, je dirais qu'expérimenter avec Chester, le voir en action, sans se fixer de barrières et de manière instinctive, a beaucoup apporté à notre vision de la musique électronique. Tout est plus simple et clair depuis notre retour.

Comme son prédécesseur, Missionnaires est un EP. Pourquoi privilégier ce format ? Est-ce un choix par défaut ou est-ce un idéal pour vous exprimer musicalement ?

Adrien Durand : En fait on le considère comme le premier album de Trésors. Il dure presque quarante minutes. Je ne crois pas que les histoires de format soient encore importantes aujourd'hui. Ce disque est plus un film sonore ou un voyage et il se tenait très bien avec ces 6 morceaux. Rien de pire pour moi qu'un disque avec 4 morceaux de remplissage ou deux featurings pourris… Et c'est surtout la première sortie physique, avec un beau vinyle, qui arrive et ça c'est très précieux pour nous.

Missionnaires sort via Desire Records. Qu'évoque ce label pour vous et comment en êtes-vous arrivés là ? 

Adrien Kanter : La première prise de contact a été faite par le remix de Joie Noire que nous avons fait pour eux (un LP incluant tous les remixes de Joie Noire devrait d'ailleurs sortir d'ici peu). Nous avons beaucoup aimé le faire et Jérôme l'a apprécié de son côté. Nous lui avons ensuite envoyé des démos de Missionnaires et tout s'est enchaîné très naturellement ensuite. Nous nous sentons très proches de leur approche, aussi bien par son esthétique (une ambiance teintée cold wave, entre noise, indé et électro) que par sa philosophie (très ouverte d'esprit, laissant une place totale aux idées du groupe). Honorés et ravis de sortir Missionnaires sur Desire !


Crossover l'interview

On pensait le mouvement witch-haus noyé dans ses propres ténèbres. en sommeil, voir en pré-retraite, Zola Jesus convertie en diva de la pop, ▼▲▼ Vagina Vangi et  autres AAIMON convertis à une forme de techno-psyché nourrie de beats saturés sur fond de disco macabre. Alors quand le label Desire fit débouler Gloom, troisième album du trio Crossover, ex-petits protégés de l'écurie Turbo (Tiga), l'occasion était trop belle pour ne pas questionner ces jeunes producteurs américains sur leur vision horrifique de la musique électronique et de leur ramification avec le mouvement électro-sorcier.

Qui est qui dans Crossover ?
Who's who in Crossover?

Crossover est VEE, DEZ et TLG.

CRSSVR is VEE & DEZ and TLG.

- VEE/ EEV / RATGIRL

DESDEMONA BELLADONA / GRISe // ROSE / SAUGE // CHAT / CORBEAU // LABRADORITE / KYANITE NOIRE // LUNE NUMÉRO 3 // SYNTHÉS ET VOIX

VEE/ EEV / RATGIRL

DESDEMONA BELLADONNA // GREY // ROSE / SAGE // CAT / RAVEN // LABRODITE / BLACK KYANITE // MOON NUMBER 3 // SYNTHS & VOX

DEZ/ ZED / RATBOY

CANRITH NOX // NOIR // SANTAL // LOUP / AIGLE // MOLDAVITE / TECTITE // LUNE NUMÉRO 9
BATTERIE, SYNTHÉS, PAROLES ET VOIX

DEZ/ ZED / RATBOY

CANRITH NOX // BLACK // SANDALWOOD // WOLF / EAGLE // MOLDAVITE / TEKTITE // MOON NUMBER 9 // DRVMZ, SYNTHS, WORDZ & VOX

TLG

GRIS NOIR // GRIS // COQUELICOT // HIBOU // SARDOINE CORNALINE / PIERRE DE LUNE // LUNE NUMÉRO 13 // GUITARE, SYNTHÉS ET PROGRAMMATION

TLG

GREY BLACK // GREY // POPPY // OWL // SARD CARNELIAN / MOONSTONE // MOON NUMBER 13 // GUITAR, SYNTHS, & PROGRAMMING

DÉMONS DU FOLKLORE, ÉGLISE ÉTRANGE, CULTE DE LA LUNE.

FOLKLORE DEVILS, BIZZARE CHVRCH, MOONKVLT.

D'où est venu le nom Crossover ?
Where did the name of Crossover come from?

Un passage vers l'autre côté, vers l'inconnu, le royaume de l'au-delà.

Tirer le rideau, voir ce qu'il y a derrière le voile, frapper à la porte et ouvrir le portail.

Surnaturel, paranormal. Peur, mort, haine, douleur. L'Homme, l'esprit, l'espace, le temps, l'animal. Nature totale. Nous sommes actions et missions. Dissidents et résistants. BANSHEES! (Une Banshee est un être mythologique issu du folklore irlandais, ndlt).

CROSSOVER to the other side, to the unknown, the beyond realm.

Draw the curtain, see what's behind the veil, knock at the door, & open the gate. Svpernatvral, paranormal. Fear, death, hate, pain. Man, mind, space, time, animal. Natvre Total. We r actions n expeditions. Dissidents n resisters. BANSHEES!

Votre son a énormément changé depuis Space Death, prenant un style plus "horrifique", glam et gothique. Pourquoi ?
Your sound has enormously changed since Space Death, shifting to a more ''horrific'', glam and gothic style. Why?

GLOOM a été écrit dans l'extrême nord ouest et est des USSA (c'est fait exprès, ce sont des petits malins, une blague avec USSR = URSS, ndlt) sous des trombes d'eau et des couches de neige. Les ténèbres avaient envahi nos terres, apportant avec elles la division et la tristesse. C'était un temps de trouble et de romance, de mélancolie, et de folie. Au dehors, des forces essayaient d'affaiblir le CROSS donc nous avons combattu pour définir et peaufiner notre son DARKBEAT et affermir notre allégeance et loyauté à la croisade.
Notre musique et notre art sont à l'image de nos vies. Quand nous changeons, le reste suit.

GLOOM waz written and recorded in the vpper north west n east ov the USSA vnder sheets ov rain and beneath blankets ov snow. Trve darkness had fallen over ovr land bringing separation and sadness. It waz a time ov mayhem and romance, melancholy, and madness.  Ovtside forces tried to weaken the CROSS so we battled to define and refine ovr DARKBEAT sovnd and strengthen ovr allegiance and loyalty to the crvsade.
Ovr music n art r reflections ov ovr lives. As we change all else follows.

Comment en êtes-vous arrivés à travailler avec Mater Suspiria Vision ? Pouvez-vous nous dire quelques mots à leur sujet ?
How did you end up working with Mater Suspiria Vision? Could you tell us a few words about them?

Mater Suspiria Vision sont des adeptes de longue date du CROSS. Notre histoire remonte sur plusieurs années. Notre passion pour les expérimentations musicales, l'art transcendantal, le sexe cérémonial et l'hypnose nous a rapprochés.

Mater Suspiria Vision have been long time svpporters ov the CROSS. We go back many years. Ovr passion for musical experimentation, transcendental art, ritval sex, and hypnosis brought us together.

Au cours du temps, votre musique est restée très électronique, mais moins dansante et plus profonde et atmosphérique. Aviez-vous spécifiquement recherché cela ou est-ce arrivé naturellement ?
Along the years, your music is still very much electronic, but less dancie and more profound and atmospheric. Did you specifically mean to come to this or did it just happen naturally?

Nous sommes de simples médiums et hôtes de CROSSOVER. Il existe à travers nous. Il nous dit quoi faire. Nous avons trouvé que c'était un piège que de créer pour les fans et les critiques. Nous pensons qu'il est de la plus grande importance de défier à la fois nous-mêmes et l'auditeur. Notre but est d'anticiper, innover et perturber.

We r mere mediums and hosts to CROSSOVER. It channels thrv us. It tellz us what to do. We have fovnd it to be a trap to create for fanz and critics. We feel it is ov vtmost importance to challenge ourselves as well as the listener. Ovr aim is to forecast, innovate, and confuse.

Par quoi avez-vous été influencés pendant l'enregistrement du quatrième album ?
What have you been influenced by during the recording of the 4th album?

La maladie de l'amour et la perte. La dépression, la solitude. Des vampires, des sorcières et des fantômes.
Les bois et la nuit. Des bougies, des croix, des filles dénudées et des couteaux.
Des miroirs. Le feu. Le mal, le meurtre et la ruine.

Love sickness and loss. Depression, loneliness. Vampires, witches, n ghosts.
The woodz and the night. Candels, crosses, naked girls, and knives.
Mirrors. Fire. Evil, mvrder, and doom.

Comment avez-vous rencontré Jérôme de Desire Records ?
How did you meet up with Jerôme from Desire Records?

C'est lui qui nous a trouvés.

He fovnd us.

Des projets pour les prochains mois ?
Any projects for the upcoming months?

Cet été verra la naissance du GLOOM RMX Album. Tous les morceaux ont été remixés par un casting rêvé d'artistes tels que :
MELLOW GRAVE, //TENSE//, MATER SUSPIRIA VISON, AAIMON, UNISON, CEREMONIAL DAGGER, VALIS, PEACH BLACK, DRUGS FOR DRUNKS, DRUG MACHINE, WAR WLVZ, SILVER STRAIN, DAZED GAZE, STRANGE POWERS, & SCYTHE.

Ce sera un album vinyle à pressage très limité avec une pochette sérigraphiée, une nouvelle immense affiche et une version CD avec des morceaux bonus avec le LP.
Cet automne laissera la place à deux nouveaux morceaux sur un Picture-Disc 45 tours, lui aussi extrêmement culte et limité.
Tout ça mènera au cinquième album de CROSSOVER prévu pour cet hiver.
Il y a encore plein de projets dans la marmite mais on n'en dira pas trop. D&V se préparent des rituels live et seront bientôt par chez vous !
Les dates de la tournée GLOOM seront annoncées. Gardez les yeux tournés vers le ciel. VIVE CROSSOVER !!! PAS DE RÉPIT !

This svmmer will see the light ov the GLOOM RMX Albvm.
All songz have been re-mixed by a moonstruck cast ov artists svch as;
MELLOW GRAVE, //TENSE//, MATER SUSPIRIA VISON, AAIMON, UNISON, CEREMONIAL DAGGER, VALIS, PEACH BLACK, DRUGS FOR DRUNKS, DRUG MACHINE, WAR WLVZ, SILVER STRAIN, DAZED GAZE, STRANGE POWERS, & SCYTHE.
This will be a very limited press vinyl albvm w/ silk screened covers, hvge newz print poster, and a CD version with xtra trax within the LP.

This fall will will give way to two new songz: on a 7” Pictvre Disc, also xtreemly cvlt n limited.All leading vp to the 5th new CROSSOVER albvm set to rise this winter.

There is mvch more stirring in the cauldron bvt we won’t tell too mvch. D&V r preparing for live ritvalz and will be in the neck ov yr woodz soon! GLOOM Tovr dates will be annovnced. Keep yr eyes to the skies.* ALL HAIL CROSSOVER!!! NO REST!

Nous vous remercions pour l'interview* Rejoignez la Mystik Trvker Association (l'Association du Routier Mystique, ndlt), The Witch Liberation Front (le Front de Libération des Sorcières, ndlt) et The Order ov The Black Half Moon (l'Ordre de la Demi-Lune Noire, ndlt). RENVERSEZ TOUT !!!

We thank u for the interview* Join the Mystik Trvcker Association,The Witch Liberation Front, and The Order ov The Black Half Moon. TVRN IT VPSIDE DOWN!!!

Audio

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Prince Innocence interview & Mixtape

Prince Innocence est l'écho féminin, sensuel et synthétique de Little Girls (lire), groupe d'obédience shoegaze par lequel son géniteur, Josh McIntyre, s'est fait remarquer, sautant avec autant de facilité de labels en labels (Paper Bag Records, Captured Tracks, Mexican Summer, Sixteen Tambourines, Hand Drawn Dracula), qu'il n'eut de brio pour rendre ses chansons addictives - de White Night à Delaware (Cults EP), en passant par Last Call (Concepts LP). L’influence de Talvi Faustmann, à la voix délicieusement suave et à l'implication croissante, n'est pas étrangère à cette dissociation des projets qui, au départ, ne sonne pas telle une évidence. Suffit-il d'écouter Night People, titre donnant son nom à leur premier EP, pour s'en rendre compte. Sans doute parce que Josh est trop habitué à travailler seul et que Talvi débute, presqu'à contrecœur, au chant, les choses ne peuvent en retourner autrement. Avec la volonté de l'un de partager ses expériences musicales - Little Girls, désormais quatuor, sort dès 2013 sur Hand Drawn Dracula - et l'assurance vite acquise de l'autre, Prince Innocence se meut en l'espace de quelques mois en duo usant uniquement de claviers et de boîte à rythme, dressant un pont noctambule cold-wave et minimal-disco, soit entre les Lyonnais de Deux - dont l'EP Golden Dreams a récemment été réédité par Minimal Wave (lire) - et la formation orégonaise Glass Candy de l'intarissable Johnny Jewel. N'hésitant pas à transgresser le genre, en confiant par exemple un remix de Girls (écouter) à Deniro Farrar, ou à rendre hommage aux pionners de la synth-wave, avec une reprise ci-après en écoute de l'éthérée Cheree de Suicide, Prince Innocence jette les bases d'un futur majuscule et dont les prémisses seront déflorés dès l'automne avec un EP à paraître sur Pretty Pretty Records, en plus d'une imminente vidéo confiée à Sandy Miranda de Fucked Up. Josh et Talvi livrent, en fin d'entrevue, une mixtape comprenant une version instrumentale de Glow, morceau figurant sur ledit EP.

Audio

Entrevue avec Josh & Talvi

Après avoir sorti quelques singles et un LP sous le nom de Little Girls, comment est apparu le concept de Prince Innocence et d'où vient le nom ?
After releasing some singles and one LP under the Little Girls moniker, how did the whole concept of Prince Innocence come about and how did you come up with the name?

Josh : À l'origine, le concept de Prince Innocence devait être un projet à base de synthés où j'aurais joué de tous les instruments et chanté. Après avoir enregistré quelques démos, je me suis rendu compte que les morceaux ressemblaient trop à ceux de Little Girls. En février 2012 - après des semaines de travail de persuasion - Talvi et moi avons enregistré l'EP Night People. J'avais toujours eu en tête le nom de Prince Innocence sans jamais avoir vraiment su ce que ce serait.

Josh: The concept for Prince Innocence was originally going to be a synth based project where I played all the instruments and sang. After recording a few demos, I realized the tracks sounded too similar to Little Girls. In February 2012 (after weeks of convincing) Talvi and I recorded the Night People EP. The name Prince Innocence was always something I was toying around with but never really knew what it would be.

Comment vous-êtes vous rencontrés ?
How did you meet?

Josh : Talvi et moi nous connaissons depuis le lycée.

Josh : Talvi and I have known each other since high school.

Talvi, avais-tu déjà chanté dans un groupe avant Prince Innocence ou s'agit-il de ta première expérience musicale ?
Talvi, you sang in a group before Prince Innocence or is it your first musical experience?

Je n'avais jamais fait partie d'un groupe avant Prince Innocence mais je chantais tout le temps (en secret) et j'ai joué de la flûte pendant de nombreuses années quand j'étais plus jeune.

I have never been in a band before Prince Innocence but sang all the time (secretly) and played the flute for many years when I was younger.

Comment décririez-vous Prince Innocence et qui sont vos plus grandes influences pour ce projet ?
How would you describe Prince Innocence, and who are your biggest influences in this project?

Josh : Je dirais que Prince Innocence est un groupe de synthé minimal. Nos influences vont de Broadcast à Deux en passant par Molly Nilsson, Suicide, J Dilla. Plus récemment, je me suis mis à écouter beaucoup de dance music, particulièrement de la house et de la techno.

Talvi : Je suis inspirée par des voix froides et simples comme celles de Trish Keenan de Broadcast et d'Ida No de Glass Candy. J'aime beaucoup les mélodies irrégulières de voix que Robert Pollard de Guided by Voices utilise dans ses chansons. Les morceaux de My Bloody Valentine sont beaux et tristes sans être bidons et c'est clairement ce que nous essayons d'approcher.

Josh: I would describe Prince Innocence as minimal synth band. Our influences range from Broadcast, Deux, Molly Nilsson, Suicide, J Dilla. More recently I've been listening to a lot of dance music specifically house and techno.

Talvi: I am inspired by cool unaffected voices like Trish Keenan from Broadcast, and Ida No from Glass Candy. I really like the irregular vocal melodies that Robert Pollard from Guided by Voices’does in his songs. I think that My Bloody Valentine songs are beautiful and sad without being cheesy and that’s definitely something that I think we try to achieve.

Quels genres de sentiments mettez-vous dans vos morceaux ?
What kind of feelings do you put in yours songs?

Talvi : Nos morceaux ont des éléments sombres et graveleux inspirés par la ville et mélangés avec une sorte d'espoir doux-amer. Bien qu'il y ait toujours une composante de résignation dans nos morceaux, une lueur d'optimisme est toujours présente ça et là.

Talvi: I think our songs have elements of darkness and grittiness inspired by the city but mixed with a sort of bittersweet hopefulness. While there is a resigned quality to most of our songs, there will always be a small glint of optimism here and there.

Josh, tes premières sorties avec Little Girls était très lo-fi. Avec Prince Innocence, vous semblez être extrêmement soucieux de la production de vos albums. Pourquoi ?
Yours first releases with Little Girls were very lo-fi. With Prince Innocence, you seem very worried by the production of your albums. Why?

Josh : Je crois que la principale différence avec la production de ces projets est simplement qu'on s'améliore avec le temps. Prince Innocence est toujours enregistré avec le même matériel que j'avais utilisé pour Little Girls. Le son est beaucoup plus propre et plus poli mais encore un peu brouillon par endroit.

Talvi : J'ai aussi insisté pour enregistrer les morceaux encore et encore et je suis devenue obsédée par ma contribution aux morceaux.

Josh: I think the main difference between the production on these projects is just getting better over time. Prince Innocence is still recorded with the same gear I use for Little Girls. It’s a lot cleaner and more polished sounding but still a little rough around the edges.

Talvi: I also insist on recording things over and over and become obsessive about what I contribute to songs.

Prince Innocence, est-ce que c'est une façon d'échanger la guitare pour un synthétiseur ?
Prince Innocence, is it your way of exchanging your guitar for a synthesizer?

Josh : Pendant l'enregistrement du dernier EP de Little Girls, Cults, j'ai commencé à vraiment expérimenter avec les synthétiseurs mais en gardant toujours beaucoup de guitares sur le disque. Quand j'écrivais pour Prince Innocence, j'ai vraiment voulu sortir de ma zone de confort et essayer de m'en tenir à l'idée d'utiliser uniquement des synthés. Je suis très à l'aise pour écrire des chansons à la guitare mais c'était un peu un défi de me limiter à utiliser principalement des synthétiseurs.

Josh: While recording the last Little Girls EP Cults I started really experimenting with synthesizers but still maintained a lot of guitar on the record. When writing for Prince Innocence I really wanted to get out of my comfort zone and try to stay within the realm of strictly using synths. I’m very comfortable writing songs on guitar but it was a bit more of a challenge to limit myself to mainly using synthesizers.

Les disques de Little Girls sont sortis sur les labels Paper Bag Records, Sixteen Tambourines & Hand Drawn Dracula. Quel sera celui de Prince Innocence ?
The Littles Girls records were released on Paper Bag Records, Sixteen Tambourines & Hand Drawn Dracula. What will be the one for Prince Innocence?

Josh : On va sortir un nouvel EP à l'automne sur Pretty Pretty Records.

Josh: We will be releasing a new EP in the fall on Pretty Pretty Records.

Comment avez-vous rencontré James Mejia et quels sont vos sentiments sur son travail ?
How did you meet James Mejia and what's your feeling with his work?

Josh : J'ai rencontré James il y a quelques années et nous sommes restés amis depuis. Le nouvel LP de Little Girls sortira sur Hand Drawn Dracula.

Josh: I met James a few years ago and we've been friends ever since. The new Little Girls LP will be coming out on Hand Drawn Dracula.

De quels groupes actuels vous sentez-vous proches ?
Which actual bands do you feel close to?

Josh : Il y a beaucoup de super groupes originaires de Toronto à l'heure actuelle. Ell V Gore, Tezeta, Mausoleum, Cellphone, Kontravoid.

Josh: There are a lot of great bands coming out of Toronto right now. Ell V Gore, Tezeta, Mausoleum, Cellphone, Kontravoid.

Josh, tu viens de Toronto et Talvi, tu vis à Montréal. Donc... quelle est la meilleure scène musicale : Toronto ou Montréal ?
Josh you're come from Toronto and Talvi you're living in Montreal. So... What's the best music scene : Toronto or Montreal?

Josh : Les deux scènes sont géniales. J'ai vécu à Toronto toute ma vie et il est évident que j'ai plus de liens avec cette scène mais ceci étant dit, j'aime vraiment beaucoup de musique qui vient de Montréal. L'année dernière j'ai partagé mon temps entre Montréal et Toronto et j'ai eu l'occasion de rencontrer tellement de personnes géniales à Montréal.

Talvi : La scène musicale de Montréal que je connais est principalement composées d'anglophones vivant à Mile End. Leur musique est plus expérimentale et utilise souvent des synthés et des sampleurs. Il y a plus de liberté et de pression pour être original à Montréal. Le coût de la vie y est aussi beaucoup moins élevé ce qui contribue à attirer des gens dans une communauté créative. La musique à Montréal est très orientée pour les soirées étant donné qu'il y a beaucoup de jeunes qui vivent ici avec cette soif de danser toute la nuit.

Josh: I think both scenes are great. I've lived in Toronto my whole life and obviously have more ties to the scene here but that being said I really love a lot of the music coming out of Montreal. Last year I divided my time between Montreal and Toronto and got to meet so many great people in Montreal.

Talvi: The Montreal music scene that I know consists of mostly anglophone kids who live in Mile End. Their music seems to be more experimental and often uses synths and samplers. There’s more freedom and pressure to be unique in Montreal. Also the cost of living is a lot cheaper so that always helps attract people to a creative community. Music in Montreal is also very party-oriented because there are so many young people who live there who want to go out and dance all night.

Qu'est-ce qui vous attend et préparez-vous une tournée avec Prince Innocence ?
What's next for you & are you going on tour with Prince Innocence?

Josh : Notre EP sort à l'automne sur Pretty Pretty Records, suivi par un 7". Un clip sort bientôt et on prévoit de jouer le plus possible. Il y aura aussi un nouvel LP de Little Girls en 2013.
Josh: Our EP on Pretty Pretty Records is coming in the fall, followed by a 7''. We have a new music video coming out soon and plan to play as much as possible. Also a new Little Girls LP in 2013.

Enfin, pourriez-vous nous présenter votre mixtape ?
And last, can you introduce us your mixtape?

Josh : Pour ce mix, on voulait capturait une certaine atmosphère. C'est définitivement de la musique à écouter la nuit.
Josh : For this mix we wanted to capture a certain mood. This is definitely music to be listened to at night.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Prince Innocence Hartzine Mixtape

(TC/DL)
01. Symmetry - The Nightshift
02. Tropic Of Cancer - The One Left
03. Jan Hammer - Crocketts Theme
04. Ariel Pink - Symphony Of The Nymph
05. Nicolas Jaar - Space Is Only Noise If You Can See
06. Aluna George - You Know You Like It
07. Prince Innocence - Glow (Instrumental)
08. Suicide - Diamonds, Fur Coat, Champagne
09. Oppenheimer Analysis - Scorpions
10. Symmetry - Magic Gardens
11. Mark E - Black Moon
12. Mike Simonetti - The Stroms (Instrumental)


Plapla Pinky interview

Plapla Pinky est une sorte d'OVNI au sein de la musique électro-expérimentale française, se situant entre noise, musique concrète et symphonie pour synthétiseurs. Radicalement dépouillée, débarrassée d'apparats séduisants, l'électronique du duo parisien - composé de Maxime Denuc et Raphaël Hénard - figure l'éloge panégyrique de claviers perclus de basses tutoyant l'abysse. Récemment invités pour ouvrir le cycle des Siestes Électroniques dans les jardins du Quai Branly à Paris (lire), qui demandait du 1er au 29 juillet dernier à dix artistes ou groupes - autour des thèmes de la diversité culturelle, du nomadisme et de la lenteur - de piocher dans le fond audio inépuisable du musée, afin d'aboutir à une création originale présentée live, Plapla Pinky a ensorcelé de par sa virtuosité dans l'art du collage de documents sonores puisant en plein coeur du Moyen-Orient : l'Irak et l'Afghanistan.

S'il n'en fallait pas plus pour faire référence à une discussion de deux éminents membres de Can - en l'occurrence Holger Czukay et Irmin Schmidt (Modulations, Ed Allia p.49) - une entrevue introduisant le mix en écoute ci-après s'imposait. Chose faite, à raison.

"Czukay (Can) : Ce qu'il y a d'intéressant dans la pratique du collage, c'est le fait de faire s'assembler deux mondes en apparences inconciliables. Prenez par exemple un instrument venu de quelque part au Moyen-Orient. Il aura été conçu pour un système tonal complètement différent du nôtre et qui ne sera même pas compatible avec notre système harmonique. Maintenant réunissez ces deux éléments, cet instrument et ce système harmonique, et vous avez une bonne chance d'obtenir un résultat convaincant. C'est remarquable. Si l'on s'en tient aux règles, ça ne devrait rien donner, et pourtant...

Schmidt (Can) : Ou alors, ça ne donne rien, mais c'est surprenant. Intéressant..."

Entrevue avec Raphaël Hénard

Votre musique semble s'attacher plus aux textures qu'aux rythmiques ; comment définiriez vous votre approche et que tentez-vous de retranscrire à travers celle-ci ?

Notre émotion lorsque nous fabriquons des sons est essentiellement régie par la question du timbre et de la matière, et particulièrement par ce qu'on pourrait appeler la "surface" du son. Les tracks de Plapla Pinky ne contiennent que très peu de couches, très peu d'éléments, si bien que chaque élément doit pour nous exprimer quelque chose qu'on estime juste et essentiel. Ceci témoigne aussi d'un refus de l'ornementation et de l'arrangement, le montage de petits sons "décor" qui paraissent jolis et qui rendent la musique agréable, bien produite ou esthétique. Nous préférons l'aspect primitif, l'épure pour la clarté du discours.

Plapla Pinky, il y une explication à ce patronyme, ou est-ce le hasard des circonstances ?

Les raisons ne sont que stupides. On aime malgré tout l'idée que le nom, plutôt doux et rond, soit une fausse piste totale par rapport à notre musique.

Pouvez-vous expliquer vos liens avec le Japon, outre Sonore, le label via lequel vous avez sorti votre premier EP. Votre musique y est-elle mieux accueillie ou est-ce vous qui vous sentez plus proche de cette culture ?

Notre lien avec le Japon se traduit, outre notre admiration pour certains bruitistes (Ikeda Rioji, Merzbow...) par une tournée dans une dizaine de villes japonaises en 2011.
C'était très excitant de jouer notre musique là-bas où globalement le rapport au "bruit" est très différent d'ici. L'exemple le plus frappant à été à Omuta , une ville totalement désindustrialisée du sud : durant les passages les plus "noise" de notre live, le public, assez jeune (des ados du coin qui s'ennuient), devenait fou et hyper enthousiaste. Des passages durant lesquels nous avons déjà été sifflés en France, par la même génération.

Votre discographie compte un EP sur Sonore justement. Le futur proche de Plapla Pinky passe par une suite à celui-ci ?

Le futur de Plapla Pinky se fera à travers l'élaboration d'une pièce musicale dont le rapport au temps sera inspiré par certaines oeuvres de musique classique et contemporaine ; une écriture par mouvements. Nous aimerions créer une vraie dramaturgie dans nos lives, qui tentent d'interroger et de briser l'aspect fonctionnel de la musique club, qui peut devenir très facilement une musique démagogique. C'est peut-être pour cette raison que nos lives peuvent être déroutant parfois pour le public, on leur rappelle souvent que ça n'est pas eux qui décident s'ils vont danser ou pas. Cette prochaine recherche long format donnera lieu à notre premier album qui sortira vraisemblablement chez Sonore.

Comment avez-vous été contactés par les Siestes Électroniques et quel intérêt la nature du projet proposé a suscité pour vous ?

Nous venons de la même ville, et Samuel et Les Siestes nous suivent et nous défendent depuis un certain temps. Par nature on est curieux et on aime apprendre, le côté un peu risqué de l'affaire nous a excités.

Pouvez-vous narrer la façon dont vous vous êtes emparé de celui-ci et ce que vous avez mis en son sein ? N'est-ce pas un peu flippant de se retrouver devant une telle source documentaire, radicalement différente de son domaine de prédilection ?

Le projet fut en effet un peu vertigineux au départ car, d'une part le musée et Samuel nous laissaient totalement maîtres de notre création, et d'autre part le fond sonore à disposition englobait la quasi totalité des musiques du monde. Nous avons rapidement décidé de chercher dans la musique du Moyen-Orient et particulièrement celle de l'Irak et de l'Afghanistan dont nous aimions à la fois la simplicité, les rythmiques cassées et l'émotion harmonique à fleur de peau.

Nous avons aussi rapidement décidé d'utiliser uniquement des enregistrements ethnologiques où la question essentielle est celle du point de vue et non de la qualité de la prise de son et d'éviter ainsi au maximum tous les enregistrements "world music", c'est-à-dire le traitement occidentalisé, en studio, qui nous a toujours paru infâme.

Nous voulions également éviter l'idée de remix ou d'arrangements électroniques de ces oeuvres, afin de conserver leur sens et leur histoire. Nous avons donc décidé de créer une dramaturgie de l'écoute parsemée seulement de traitements d'espace et de volumes et d'insérer des prises "field recording" que Maxime avait enregistré au Caire (chants religieux, ambiances de rue, travaux, etc.). Le set se clôture par une prise de son de vent dans lequel émerge une procession libanaise, seul morceau d'inspiration chrétienne de l'ensemble.

Quel sentiment vous habitait durant le concert ? Vous avez ressenti l'adhésion du public ?

Nous étions immergés dans notre travail, il est difficile de sentir le public dans un tel contexte. Mais il régnait un calme et apparemment une certaine attention.

Cette expérience aura-t-elle des conséquences sur vos productions ultérieures ?

Absolument, une conséquence très concrète : ce set nous a donné l'envie de sortir à l'automne notre première mixtape (K7 et digital) qui s'articulera uniquement autour de la musique baroque française : des pièces pour orgue, clavecin et viole de gambe composés pour la cour ou pour l'église (des compositeurs comme Couperin, Rameau, Royer, Corrette, Marais, mais aussi des oeuvres et des compositeurs très rares). Nous cherchons un certain parallèle entre cette musique et le principe de "l'anthem" dance. La mixtape utilisera différents procédés d'enregistrements et de mixage : vinyles, bandes magnétiques, autoradio…

On vous revoit quand sur scène ?

Le 8 septembre à Berlin pour L'ICAS Suite Festival, le 27 à Paris au Petit Bain et le 29 à Toulouse au Bikini.

Mix @ Les Siestes Electroniques

Bonus


Violence FM interview

Fidèles oreilles des sous-labels cachés derrière le générique Skylax(à commencer par les Wax Classics), Hartzine n'a pas manqué de noter la création d'une nouvelle franchise à l'identité programmatique : Stay Underground It Pays. Première surprise, la release inaugurale du label est signée Violence FM. Peu de choses transparaissent quant aux parcours, affinités et projets du producteur parisien. À peine savons-nous qu'il produit depuis 1994 une musique duale, dure dans ses structures et plutôt deep dans ses tonalités, écrite sur tout un tas de supports et sortie sur des labels n'ayant rien à voir entre eux (de Mathematics à Premier Sang). Une sorte de secret bien gardé.

C'est un peu une surprise de te retrouver signé sur une sous-division de Skylax. Au final, dis-moi si je me trompe, mais rien que le nom de la division en question semble bien correspondre à ta musique ?

Le label en question, Stay Underground It Pays, m’a offert l’opportunité de sortir trois compositions inédites, annonçant un album dans la continuité de l'EP To Live And Die. Le sublabel est émergent et a été pensé pour proposer une alternative au label Skylax, aux releases prolifiques. Le nom sonne bien, mais c’est avant tout une rencontre avec Joseph de Skylax qui m’a contacté il y a deux ans déjà.

Tu t'étais fait connaître par une sortie sur Mathematics ; le tracklisting de la compilation reste un peu énigmatique pour moi. Y était indiqué IBM presents Violence FM. Je n'ai jamais trop compris le sens de cette formulation ; peux-tu nous éclairer là-dessus ?

En ce qui concerne le tracklisting effectivement les morceaux et les artistes sont très différents. J’aurais voulu faire un EP quatre titres mais cela n’a pas pris. Quant à IBM, c’est un projet électro-indus de Chicago réunissant Steve Poindexter, boss du label Muzique et Jamal Moss Hieroglyphic Being.

Deux ans après tu sortais un EP sur Premier Sang dans une veine plus deep. Ce label ne touche pas forcément les réseaux de distribution traditionnels de musique électronique. Cela t'a permis de toucher un public différent ? Les mecs de la noise ont eu un avis sur ta musique ?

Normal, je n'ai pas que la culture club. Quant à qui écoute ce disque, qui le passe, je n'en sais que peu de choses. C'est fait pour surgir d'on-ne-sait-où. Hendrick Hegray, qui chapeaute Premier Sang, le distribue lui-même, mais il y a aussi Rough Track à Londres, Juno, les shops à Paris, d’autres en Europe. To Live And Die reste un projet ambitieux. Quant aux mecs de la noise comme tu dis, Hendrick avait craqué sur des démos électro-house. Pour cet EP qu’il voulait sortir tel quel, je l’ai emmerdé jusqu’à la fin pour obtenir un résultat encore plus juste, je voulais qu'il tende vers une certaine perfection. J’ai pu faire des live dans des lieux remplis à chaque fois, et ça vibrait autant derrière le son que dans la salle.

À propos de ta musique, j'ai lu que tu parlais de new wave tribale. Ça veut dire quoi ? Gros synthé d'un coté et patterns de 909 de l'autre ?

La new wave pour moi c’est quelque chose de fin, c’est un esprit mélancolique et exalté.
Direction tribale : musique de groupes, de bandes, de clans qui se mêlent au gré des projets où le format court est éclaté, puisant dans l’esprit de transe et d'aventure ; épurées, les mélopées sont répétitives, pleines d’infinies variations au clavier joué comme un groupe de percussions. Quelque soit l’instrument, une batterie, des congas, des tablas, tambourins, clochettes, gamelan, un clavier, une guitare, les mélodies où les attaques dessinent un rythme tonal. Une approche chaude, aventureuse, des patterns rythmiques présents, une énergie qui envoûte, une musique massage, dure et douce à la fois.

À l'instar de producteurs comme Simoncino, ta musique semble trouver son équilibre entre un côté deep hyper exalté et un autre plus raw où la rythmique impose sa stature. Au final il n'y a pas plus de primeur accordée aux synthés qu'à la basse ou au drumkit. Comment travailles-tu à la synergie des instruments que tu utilises ? Tu fais tout par toi-même, de la production au mixage ?

Ce qui constitue l’équilibre d’un morceau tient à peu de choses. Mes prises de son ondulent les unes par rapport aux autres de manière organique. Elles s'emmêlent et s’enchevêtrent. Il s’agit d’un dialogue entre les timbres et les phrases utilisés et pour cela il faut bien entendu être à la source de chaque prise de son, de leur agencement, de leur mixage, tout en gardant l’idée ou en se rapprochant du sentiment à évoquer. Et tout cela sans perdre l’énergie première. Il est nécessaire de tester son son en refaisant les mixages en permanence.

J'ai l'impression qu'il y a un retour en grâce de la deep house et de son versant garage. Les index de sites comme Sound Shelter ne cessent de croître, les rééditions ne cessent d’affluer. Tu jettes un oeil sur la production de tes contemporains ?

Je suis ravi de ces rééditions, surtout pour les acteurs qui à cette époque avaient peu de visibilité et une vraie pertinence avant-gardiste. La musique jetable aura trouvé un public sur le court terme.

Tu produis depuis un petit moment. Ce débat de théoricien autour du rétro (le recyclage d'esthétiques passées et de leurs gimmicks musicaux) qui se généraliserait dans la production culturelle contemporaine touche particulièrement la musique électronique. Te sens-tu concerné par ces questionnements ? Est-ce que l'entrée purement technologique (l'opposition traitement analogique/numérique) de ce débat est la bonne ? N'y a-t-il pas une entrée plus difficile à cerner mais qui concernerait le poids de tous les intermédiaires et médiateurs (institutions, professionnels de la musique, industrie du disque, médias spécialisés...) dans ce mouvement vers le passé ?

Tu parles de retour vers le passé et de futur, la musique va puiser dans l'imaginaire, dans le cosmos, souvent sur terre, tu laisses transparaître une empreinte, un sentiment, une ombre. La vie : hier , au présent, demain. La musique d’hier qui ne trouvait pas son public le trouve aujourd’hui (ou ce sera demain), et le spectre est vaste, il y en a pour tout le monde. De ce côté on crève pas la dalle. Il y a plus d'histoires au passé forcément. En prendre conscience aujourd’hui, les "digérer", c'est une manière d'œuvrer pour demain. Le débat pour moi en musique c'est plutôt l'espace, un truc qui te fait oublier les murs de ton studio, qui les pousse, qui les habille ; pareil pour une salle, un club, un lieu d'expo, architectures sauvages, désert urbain, caravane de l'espace. Le temps est étiré.

L´héritage culturel. On a toujours utilisé des thèmes, des airs que les musiciens s’échangent entre eux : c’est culturel, traditionnel, c'est un moyen d'apprendre et d'avancer. Les artistes disposent d'un terreau à mixer et à interpréter. Tu peux vouloir coller à un genre, mais si tu n’es pas impliqué à la source, si t’as pas vécu ce que cette musique véhicule ou que tu ne l’as pas comprise, si tu n’es pas dans le cosmos musical, il y a de fortes chances pour que cela sonne fake ou raté. Je hais l’opportunisme.

Après peu importent les outils utilisés, l’instrument humain qui les orchestre est un filtre, une éponge, absorbant et assimilant, le processus peut être long, le tamisage obtenu après une longue pratique propose ainsi un angle singulier, un espace de liberté, une esthétique personnelle, une épure.

Ton disque qui va sortir peut être le seul, ou le dernier, il faut tout donner, c’est un voyage où l’improvisation est soutenue par des bases plus ou moins stables. Tu peux aussi être équilibriste voir funambule, c’est pas mal aussi.

Je me moque de savoir si une musique à deux mille ans (qui possède les bandes ?) ou a été enregistrée hier à 22h30 et selon quel process. J’écoute de tout, j’aime quand c’est habité. Je cherche et je choisis des disques qui me semblent avoir un angle ou une approche originale, qui me font danser, pleurer, qui rendent heureux, qui m’accompagnent dans les instants de vie, que je pense ou non partager.

Mouvement vers le passé ? : "le grand inventaire"

Une ironie inouïe marque le fait que les mecs de Détroit essayaient de produire le son du futur avec du matos analogique alors que les producteurs de 2012 tentent de reproduire le son du passé avec du matos numérique. As-tu écouté des trucs ces derniers temps qui t'ont fait penser au futur de la musique ?

Pour finir je cite volontiers Igor Bogdanov, un extrait de l'émission Temps X :

"Nous vivons tous dans le temps réel. Lorsque j’ai rendez-vous avec quelqu’un quelque part, je dois disposer du lieu et de l’horaire. Je dois me rendre dans un endroit selon trois coordonnées de l’espace. C’est le premier trio qui fonde l’espace-temps."

À partir de là on ne peut pas accélérer son voyage dans l’espace-temps puisque nous nous déplaçons tous à la même vitesse de soixante minutes à l’heure du passé vers l’avenir en passant par le présent. Cette contrainte existe pour chacun d’entre nous qui sommes plongés dans le temps réel. Or il reste un autre temps qui a été préfiguré par Poincarré au XIXème siècle qui fut un des premiers à s’approcher de ce qu’il appelle le temps imaginaire. Alors qu’est-ce que c’est ? Et bien le temps imaginaire ne passe plus. Il faut imaginer, justement, que vous êtes plongé dans un univers qui n’a plus de passé plus de futur qui serait plongé dans un perpétuel présent. Ça c’est le temps imaginaire ».

Merci à Julien, Antoine, Gilles, Olivia, Hendrick, Sylvain, Nat, Audrey, Anna, Olivier, Joseph, mes parents, mes frères, les disquaires, label, la bande de Boulogne Sud et tous ceux et celles que je n’ai pas cités car la liste est sans fin.


Fairmont interview & Mixtape

Jake Fairley fait figure d'exception au sein de la Border Community, initiée par l'éminent psyché-DJ James Holden. Non qu'il dépareille auditivement dans la nébuleuse électronique du label - ses compositions oscillant entre onirisme synthétique et minimale introspective - mais le Canadien, insatiable, ne s'est jamais véritablement cantonné à la house techno, empruntant multiples chemins de traverse. S'escrimant dès la fin des années quatre-vingt-dix sur ses machines en tant que DJ-producteur-globe-trotter, avec notamment une escale à Berlin où il fréquente les écuries Kompakt et Sender, il n'hésite pas à collaborer dès 2002 avec un ami de Toronto, Ian Worang au sein de The Uncut, devenu au fil des ans - et le départ de Jake - un quatuor indie-rock responsable de deux albums sur Paper Bags Records Those Who Were Hung Hang Here, 2004 & Modern Currencies, 2006). En suivant il s'entiche de James Sayce avec qui il fomente dès 2008 le duo Bishop Morocco, mariant americana et new-wave depuis deux albums, dont l'ultime et éponyme (2010) sur l'iconoclaste maison de disques Hands Drawn Dracula. Débutant sous son propre nom, c'est via le patronyme Fairmont que Jake Fairley rejoint la Border Community, distillant par cette entremise plusieurs EP, dont le subtil Velora (2011), mais aussi et surtout son seul et unique LP sur la structure, Coloured in Memory, véritable pierre angulaire de sa discographie. Impliqué de bout en bout dans son art, l'homme a récemment réuni Ian Worang et James Sayce dans la suite du projet Bishop Morocco - dont Old Boys, EP sorti en mars dernier, en est le premier succédané (écouter) - tout en s'attelant activement à l'écriture d'un nouvel album de Fairmont.

Rencontre et mixtape exclusive avec un homme occupé et passionné, qui investira le 28 juin prochain - aux côtés d'une Border Community au presque complet -, le Cabaret Sauvage, et ce dans le cadre du festival Rendez-Vous. Des places pour la soirée sont à glaner en suivant ce lien.

Audio

Entretien avec Jake Fairley

Après avoir sorti des disques sous les noms de Jack Fairley ou The Uncuts, comment en es-tu arrivé à Fairmont et comment as-tu choisi le nom ?
After releasing things as Jack Fairley and The Uncuts, how did the whole concept of Fairmont come about and how did you come up with the name?

Vers fin 2004 j'étais prêt à prendre une autre direction musicale. Je m'étais davantage concentré autour d'une sonorité plutôt dure et rock et j'avais envie d'adoucir tout ça. Ce que James faisait avec Border Community me stimulait beaucoup et j'ai pensé que cela conviendrait bien à la direction que je prenais. J'ai été chanceux qu'il accepte et nous nous entendons très bien depuis. Le nom vient juste d'un jeu de mots sur mon nom de famille, comme quand les fugitifs prennent d'autres alias. Comme quand on entend aux infos : "La police recherche Jake Fairley, aussi connu sous les noms de Jon Fairchild et Jack Fairmont".

By the end of 2004 I was really ready for a change musically. I had been very concentrated on harder and rockier sounds and was in the mood to mellow-out a bit. I was very excited by what james was doing with Border Community and I thought it would be a good fit for the direction I was taking. Lucky for me he agreed and so we've had a great relationship ever since. The name was just a play on my last name, like how people running from the law always do with their alises. Like how you hear on the news: "Police are now looking for Jake Fairley, aka Jon Fairchild, aka Jack Fairmont".

Comment décrirais-tu la musique de Fairmont et quelles sont tes influences les plus prégnantes ?
How would you describe Fairmont, and who are your biggest influences?

Je pense que ma musique sonne différemment avec le temps. En ce moment je m'éloigne de la techno douce et mélodieuse que je produisais il y a quelques années. Je suis à nouveau bien plus motivé par des sons crasseux, plus sombres. J'aime bien mêler ça à de la techno chelou et à des productions rythmiques des années 80. Mes influences changent tout le temps, avec des choses qui restent comme Aphex Twin ou les Ramones. On peut toujours reconnaître certains artistes dans ma musique. Le reste ça va et ça vient. L'année dernière j'étais très excité par DYE et des nouveaux trucs de Gavin Russom.

I think my sound changes over time. At the moment I am moving away from the smooth, melodic techno that I was doing a few years ago. I'm much more excited by dirty and darker sounds again. I'm into mixing that with creepy disco and eighties drum production. My influences change all the time. Some things are constant like Aphex Twin or The Ramones. You can always find bits from certain people in my music. Other stuff comes and goes. The last year I have been most excited by DYE and Gavin Russom's new stuff.

Tu joues aussi pour le groupe post-punk/cold-wave Bishop Morocco. Ton approche de l'écriture est-elle différente que lorsque tu te consacres à Fairmont ?
You also play in the post-punk/cold-wave band Bishop Morocco. Is your songwriting process different when writing tracks as Fairmont?

C'est vraiment différent d'écrire des morceaux pour le groupe. D'un côté c'est plus facile car c'est un effort commun. Quand tu es tout seul tu peux te prendre la tête avec des chansons pendant plusieurs jours avant de te rendre compte qu'elles ne fonctionnent pas. Dans un groupe tu peux demander aux autres leur avis et ils te le donneront tout de suite. On s'entraide énormément. Donc même si j'écris plus ou moins une chanson, les autres y ajoutent des éléments et donnent leurs opinions. C'est bien, ça change de ma façon habituelle de travailler.

Writing songs for the band is really different. It's easier in a way because it's a group effort. When you are on your own you can fuss with songs for days and days before you realize they aren't working. In a band you can ask the other guys and they will tell you right away. We also help each other a lot. So even if I more or less write a song, the other guys add elements and give feedback. It's a nice change from the way I normally work.

Avais-tu des visées particulières pour ton EP Velora (2011) ?
Did you have any specific goals for the Velora EP (2011)?

Velora a mis du temps à aboutir. Les morceaux datent de différentes années, les directions étaient donc plutôt conflictuelles, mais je pense que le tout fonctionne bien. J'avais probablement des objectifs différents pour chaque morceau, mais au final on peut entendre comme une sorte de parcours de là ou j'étais il y a quelques années jusqu'à ce que je fais aujourd'hui.

The Velora EP came together over a long time. There are some conflicting directions because the songs are from different years, but I think it works as a whole package. My goals were probably different on each track, but as a whole you can hear a kind of journey from where I was a few years ago to where I am headed at the moment.

Velora, tout comme les autres sorties de Fairmont, ont été édités via la Border Community. Tu peux nous en dire quelques mots ? Que représente-t-elle pour toi ?
Velora and your other Fairmonts records were released on Border Community. Could you say a few words about this label? What does Border Community mean to you?

La musique électronique est tellement liée aux clubs et aux soirées qu'elle n'attire pas toujours les propriétaires des labels les plus artistiques ou les plus intéressants. BC est spécial dans le sens où ils s'impliquent sans hésitation et n'ont pas peur de supporter leurs artistes quelles que soient les conséquences. Il est important pour moi de travailler avec un label qui encourage ses artistes à innover sans retenue. Je n'ai pas beaucoup d'autres exemples de labels qui fonctionnent de cette façon actuellement.

Because electronic music is so connected with clubbing and partying, it doesn't always attract the most interesting or artistic label owners. BC is very special in that it makes bold statements and stands behind them regardless or the consequences. Working with a label that encourages their artists to experiment and rebel is very important for me. I can only think of a few labels that operate like that at the moment.

Et maintenant... Quel est ton futur proche ? Après Coloured in Memory (2007), tu sors bientôt un nouvel LP ?
And now… what’s next ? After Coloured in Memory (2007), is another LP about to be released anytime soon?

Il y a effectivement un nouvel album de Fairmont qui sort bientôt. Je donnerai plus de détails dès que possible.

There is indeed a new Fairmont album coming very soon. I'll be announcing the details as soon as I can.

Tu viens de Toronto. À quoi ressemble actuellement la scène musicale dans cette ville ?
You’re from Toronto. What’s the music scene like there nowadays?

Toronto est une ville géniale pour la musique. Il y a plein de très bons groupes et de labels de la scène indie, et la scène electro est également en effervescence. Des mecs comme Sid Le Rock et Jeremy Caufield ont commencé en même temps que moi et nous sommes devenus bons amis avec le temps. On a aussi la nouvelle génération, avec par exemple My Favourite Robot avec qui je vais d'ailleurs commencer à sortir des trucs très prochainement.

Toronto is a great city for music. There's a lot of great bands and labels from the indie scene and there's so much happening in electronic music as well. Guys like Sid Le Rock and Jeremy Caulfield came up at the same time as me and have become dear friends in the process. There's also a new generation with the My Favorite Robot guys for example, who I am actually going to start releasing with very soon.

Tu n'as pas arrêté de te produire aux quatre coins du globe. Quelle est ta relation avec la scène ?
You haven't stopped touring around the world, how is your connection to the stage?

Mon approche de la scène a changé au fil du temps. À certains moments de ma carrière j'ai apprécié être sur scène pour la fête et à d'autres pour nourrir mon égo. Mais désormais je recherche le challenge. J'y apporte beaucoup plus de matériel ces derniers temps et j'essaye d'être aussi ambitieux que possible avec mon set.

My connection to the stage has changed over time. There were times when I enjoyed it for the partying and there were times when I enjoyed it for the ego boost, but right now I enjoy it for the challenge. I'm bringing a lot more equipment these days and trying to be as ambitious as I can with my show.

Pour conclure, que doit-on te souhaiter pour 2012 ?
Finally, what should we wish you for 2012?

Que le nouvel album sorte et que je sois en tournée pour une durée indéfinie, j'imagine. J'ai un peu ralenti le rythme des sorties et des concerts mais les prochaines années vont être chargées. C'est ce que je préfère.

The new album will drop and I will be on the road indefinitely I guess. I slowed down for a bit with my releases and gigs, but the next couple of years are going to be busy. That's the way I like it.

Traduction : Matthieu Ortalda

Mixtape

01. Fairmont - Crowbar

J'ai composé ce morceau il y a quelques mois, très rapidement en une après-midi. J'ai tout fait avec un DX100 que j'ai acheté ce jour-là. J'ai appris à m'en servir avec cette chanson.

This is a track I did a few months ago very quickly one afternoon. It's all done on a DX100. I had bought it that day and got to know it through this song.

02. My Favorite Robot - Barricade

Des amis de Toronto. Des mecs très sympas qui font de la très bonne musique en ce moment.

These guys are friends of mine from Toronto. Very nice people making great music at the moment.

03. Undo - Motas De Polvo

Mon pote Undo de Barcelone. L'album est génial.

My man Undo from Barcelona. The whole album is great.

04. Daniel Avery - Movement (Andrew Weatherall Remix)

Dernière sortie de l'excellent label Throne Of Blood.

The latest on the very cool Throne Of Blood label.

05. Ricardo Tobar - Esoteric

Un de mes meilleurs amis. Ricardo est un musicien unique et une personne très spéciale.

One of my best friends. Ricardo's a very special person and musician.


Com Truise interview & Mixtape

En novembre dernier, Seth Haley aka Com Truise donnait un concert hypnotique au Point Éphémère. Alors qu'il rejouera le 9 juin prochain au Nouveau Casino, petit entretien avec cet allumé du synthé. 

Après avoir évolué sous les noms de Sarin Sunday, SYSTM ou Airliner, comment est né le concept de Com Truise et pourquoi ce nom ?
After having played under the names of Sarin Sunday, SYSTM, Airliner, how did the whole concept of Com Truise come about and how did you come up with the name?

Ça s'est fait sur un coup de tête, tout simplement. J'étais vraiment "anti" années 80 pendant très longtemps. Un ami proche essayait alors de me faire découvrir cette période, mais je suis assez difficile et je préférais explorer tout ça moi-même. C'est presque comme si je m'étais réveillé un matin pour me plonger à fond dans toute une période musicale que j'avais négligée jusqu'alors. C'était devenu presque comme une drogue, il était devenu impératif que je creuse vraiment profond et parvienne à trouver le maximum de choses. Com Truise était juste une idée marrante, une sorte d'échappatoire pour parvenir à faire de la musique sans se prendre au sérieux et sans grandes ambitions derrière. En fait, le véritable déclic s'est fait peu après que je me sois rendu compte que je pouvais intéresser Ghostly International. Le nom en lui-même représente l'esquisse d'un plan pour mon projet : j'ai commencé tout ça sans me prendre au sérieux, et aujourd'hui, je sors ma propre musique. J'ai beaucoup de chance.

It basically came on a whim - I was very anti 80s for a long time. A good friend of mine would push '80s music my way, but I'm quite picky and would rather discover for myself. It almost feels like I woke up one morning and dove into a period of music I neglected, and became my drug, to dig deep and find everything I could. The Com Truise project was just a fun idea, a bit of a reach of freedom to make music that I found fun and not have too deep a meaning. Turns out the meaning came after the world showed me it was good enough idea to spark the interest of Ghostly International. The name is a sign of my plan for the project, it started as a playful thing and here I am today - with physical music out in the world. I'm very lucky.

Comment décrirais-tu ta musique et qui sont tes plus grandes influences ?
How would you describe Com Truise's music, and who are your biggest influences?

Je me plais à l'appeler "mid-fi synth-wave, slow-motion funk". C'est juste un genre de musique électronique à base de beaucoup de synthés. Je m'inspire de pas mal de choses. Pas tellement du présent, même si ça serait mentir de dire que mes morceaux sont complètement imperméables au présent. En termes d'influences, je dirai que Boards of Canada est vraiment mon inspiration ultime, j'y reviens toujours, et ça ne sonne jamais redondant. Faire de la musique qui sonne intemporelle pour quelque personne qui soit, c'est vraiment l'une des plus belles réussites.

I like to call it "mid-fi synth-wave, slow-motion funk". It's more or less just synth heavy electronic music. I pull from so many influences. Less of the present, although I would be lying by saying the present doesn't find it's way into my tracks in some form. As for influences, I'd say Boards of Canada is my ultimate influence, the music I can always go to, it always sounds new to my ears. To make music that is timeless to a person is one of the greatest achievements.

Avais-tu des objectifs précis pour Cyanide Sisters EP (2010) ? Comment s'est passé la collaboration avec AMDISCS ?
Did you have specific goals for Cyanide Sisters EP (2010) ? How did you get around to working with AMDISCS?

Je suis tombé sur le blog de AMDISCS, All Everyone United. J'avais assez de morceaux de prêts pour constituer un EP, alors je les ai contactés par email et je leur ai envoyé le EP, ils ont adoré. J'étais vraiment ravi. Toute la musique que j'avais faite avant Ghostly était sortie sur des labels internet DIY, et j'aime assez cet univers. Il y a vraiment une quantité insondable de musique à découvrir, et faire partie de ce monde m'inspire beaucoup en soi. Cyanide Sistersest sorti et a cartonné, et étant donné que je n'en attendais rien, je n'arrive toujours pas à croire où j'en suis arrivé aujourd'hui.

I stumbled upon the AMDISCS blog, All Everyone United. I had enough music ready for an EP so I exchanged some emails with them and sent over the EP, they loved it. I was pretty stocked. All the music I have released up until Ghostly was on DIY net labels, and I love that world. There really is an unfathomable amount of music to discover, and being apart of that unfathomable world is inspiring on it's own. They released the Cyanide Sisters EPand it blew up, seeing as I had no expectations for the music, I'm still pretty bloawn away by where I am today.

Fairlight et Galactic Melt sont sortis sur le label Ghostly International. Peux-tu nous dire quelques mots à ce sujet ? Que représente pour toi ce label ?
Fairlight and Galactic Melt records were released on Ghostly International. Could you say a few words about it? What does Ghostly International represent for you?

Je me suis beaucoup amusé sur Fairlight, un side project inspiré par un synthétiseur sampleur, le Fairlight CMI. Galactic Melt est le nom de mon premier LP, et il m'a vraiment fallu du temps pour l'écrire. Les morceaux sur Galactic Melt ont été composés à des moments différents. Je travaillais toujours à temps plein à ce moment-là, alors je n'avais pas beaucoup de temps et pas mal de remixes à faire pour d'autres gens. Alors quand j'ai pu enfin me dire que j'avais terminé, ce fut vraiment génial. Ghostly International est pour moi la fondation, la pierre angulaire de la musique électronique américaine. C'est une famille et je suis honoré d'en faire partie.

Fairlight was a fun project, inspired by the Fairlight CMI digital sampling synthesizer. Galactic Melt is my first LP, it feels like it took a while to write it. The tracks on Galactic Melt were written at various time. I was still working full time while writing, so I spread a bit thin, and at that point remixes were floating in. Calling it completely done was an amazing feeling. For me Ghostly International is a fundation, a rock for American electronic music. It's a family and I am honored to ba a part of that family.

Comment as-tu travaillé avec le label de Samuel Valenti IV ?
How did you work on Samuel Valenti IV's label?

Je suis entré en contact avec Moodgadget Records, peu après la sortie de mon EP, en espérant sortir quelque chose avec eux. Jakub Alexander, qui dirige Moodgadget, est également en charge de découvrir de nouveaux artistes pour Ghostly. Il m'a contacté un vendredi soir et m'a demandé si je pouvais venir à Manhattan le lendemain pour rencontrer Sam et Jeff Owens, le dirigeant du label. J'ai pris le train en route pour Manhattan dès le lendemain et j'ai passé la journée à discuter avec eux de mes objectifs, de mes plans, de tout. Et quelques mois plus tard, le contrat était signé et je travaillais sur Galactic Melt.

I was in contact with Moodgadget Records shortly after the EP was released, in the hopes I would release something with them. Jakub Alexander, qui dirige Moodgadget, also does A&R for Ghostly. He contacted me on a Friday night and asked if I could come into Manhattan the next day to meet with Sam and Jeff Owens, the label manager. I took the train into Manhattan and spent the day chatting with them, my goals, plans, everything. Than a few months ago later the agreement was signed and I was working on Galactic Melt.

Et maintenant, quels sont tes projets à venir ? Après Galactic Melt (2011), vas-tu bientôt sortir un nouvel album ?
How does the near future look like? After Galactic Melt (2011), is another LP coming out any time soon?

Cyanide Sisters va faire l'objet d'une re-sortie en physique au mois de juillet, et peu après une compilation qui contiendra de nouveaux morceaux, et d'autres un peu moins récents. J'ai à peu près huit remixes qui vont sortir, dont un morceau chez Adult Swim et j'en suis super content ! Je bosse aussi sur un EP, des collaborations et tout doucement, je commence à rassembler du matériel pour mon deuxième LP. J'ai pas mal tourné et je n'ai pas le temps de vraiment définir mon plan. On verra bien.

Cyanide Sisters is being physically released in July, shortly after a compilation of tracks will be released, some new, some old. I've got like eight remixes coming out soon and a track will be released by Adult Swim, really stocked about that ! I'm working on an EP, collaborations and slowly assembilng materials for my sophomore LP. I've been touring quite a bit and have not yet felt the time to really construct the idea I want. Time will tell.

Peux-tu nous en dire plus sur Komputer Cast ?
Can you tell us more about Komputer Cast?

En gros, il s'agit de mes playlists personnelles. Il y a tellement de musique géniale que personne - quelques élus mis à part - n'a jamais entendu. The Komputer Castsme permet juste de partager et de continuer à fouiller parmi toutes les nouveautés.

More or less they are my personal playlists. There is a much amazing music that but a few people have heard. The Komputer Casts are just my way of sharing and keeping me constantly digging for the new music.

Tu sembles attacher une grande importance à l'esthétique visuelle de ta musique, comment travailles-tu dessus ?
You seem to attach great importance to visuals and aesthetics, how to you approach that aspect of your work?

Comme je dis souvent, "Qui sait mieux que moi ce à quoi resemble ma musique ?". Je suis quelqu'un de très visuel. J'aime aussi garder le contrôle là-dessus. je conçois souvent des choses pour des chansons qui nont pas encore été écrites, et parfois c'est tout le contraire. Les deux méthodes ont du bon, ça me permet de rester concentré.

I like to say, "Who knows what the sound of my music looks like better than me". I have a very visual mind. It's a bit of a control thing as well. Sometimes I will design things for songs that I have not even written yet and sometimes the opposite. I like doing both, it keeps me focused.

Tu n'as pas cessé de jouer live à travers le monde, comment se passe la connection avec la scène ?
You haven't stopped touring around the world, how do you feel about playing on stage?

Je suis DJ à la base, alors le live représente un certain challenge. J'aime ça, mais je suis en apprentissage constant pour tenter de m'améliorer. En tant que producteur, je suis parfois seul sur scène, mis à part deux claviers MIDI et un ou deux synthés et ça n'est pas souvent facile. Dans le cadre d'un concert, on s'attend plutôt à voir un groupe de gens jouer ensemble sur scène. J'ai de la chance d'avoir un batteur (Rory O'Connor aka Nitemoves - ndlr), il apporte une dimension importante au live. Ça me fait bizarre de jouer sans lui, après l'avoir eu à mes côtés pendant un bout de temps. Mais, jouer solo a aussi ses bons côtés : je peux jouer des morceaux sans les avoir répétés au préalable. La scène reste un terrain inexploré pour moi.

I come from a DJ background, performing live is challenging. I enjoy it, but I'm still learning how to do it and do it well. Being a producer, sometimes it's only you on the stage, only have some MIDI Controllers and a synth on two on stage can difficult. In th context on live music, people want to see a bunch of people on stage playing together. I'm lucky to have a live drummer (Rory O'Connor aka Nitemoves - ed), he brings so much to the live show. It's strange to perform without him, having done so for a while now. But it's also nice to perform alone, I can play new tracks that we haven't practiced. The stage is still strange terrain to me.

Pour conclure, que peut-on te souhaiter pour 2012 ?
To conclude, what should we wish you in 2012?

De voyager sans encombre, la santé et beaucoup de café !

Safe travels, good health, and plenty of coffe !

Mixtape

Peux-tu nous préparer une mini-mixtape et nous parler de tes choix ?
Could you put together a quick mixtape and tell us about your choices?

01. Prince and the Revolution - I would die 4 U

L'un de mes morceaux favoris, la batterie est parfaite. C'est un morceau parfait.

This is one of my all time favorite songs, The drums are perfect. It's a perfect song.

02. Sleep Over - Casual Diamond

Je ne pourrais pas vous dire combien de fois j'ai écouté ce morceau, l'album Forever a été la bande son de ma tournée. C'est très relaxant.

I can't tell how many times I've listened to this song, the while Forever album has been my tour music. It's very relaxing.

03. Boards of Canada - Tears from the Compound Eye

Ma chanson spécial "ferme tes yeux et retrouve la douceur de chez toi". Je ne pourrais jamais dire à quel point ce morceau est magnifique. Ça me fait me souvenir de toute ma vie en 4 minutes et 3 secondes. Un de plus grands morceaux jamais écrits, à mon avis.

This is my "close my eyes and I feel safe at home" song. I can't stress the beauty of this song. It almost makes me remember my entire life in 4 minutes and 3 seconds. One of the greatest songs ever written in my opinion.

04. Datassette - Don't

John (Datasette) est un ami et je le harcèle en permanence pour qu'il me file ses nouveaux morceaux. Quand je les tiens enfin, je les estime beaucoup. Un des grands producteurs de ce monde.

John (Datasette) is a friend of mine and I'm always pestering him for new jams. So when I get them I hold them in high regard. One of the best producers on this earth.

05. Colin Newman - Alone

J'adore cette chanson, avec une batterie un peu décalée. C'est un morceau assez intense.

I absolutely love this song, the of kilter drums almost lagging. It's a pretty deep track.

06. Clark - The Pining Pt2

J'ai écouté Iraldelphic, le nouveal album de Clark, bien avant qu'il ne soit sorti. J'ai mis un peu de temps à apprécier The Pining Pt2, mais maintenant dès que le chant commence, j'entre comme dans une transe.

I've been listening to Clars' new album Iradelphic since wel before it was officially released. The Pining Pt 2 took some time to grow on me but as soon as the female vocals come sliding in I feel like I'm in trance.

Vidéo


William Cody Watson interview & Mixtape

Au regard de leur polysémie, certains mots siéent à merveille au sujet qu'ils embrassent sémantiquement. Celui de "prolifique" épouse sentencieusement les contours vastes et extensifs de l'œuvre solaire de William Cody Watson, artiste touche à tout, plus connu sous les divers patronymes, voués à l’extinction, de Pink Priest, Malibu Wands ou Gremlynz. Prolifique - c'est à dire fertile et fécond à la fois - l'homme est susceptible de conjuguer, d'un même mouvement vers l'absolu et le néant, discographie démesurée, difficilement quantifiable, et sommation névrotique à la réflexion, à l'introspection. Jouant sur les textures sonores, au détriment d'harmonies réduites à leur portion congrue, et s'adonnant sans rémission à la contiguïté des sons - ces fameux "accords continus", pierre angulaire d'une drone music initiée par La Monte Young en 1958 - William Cody Watson donne corps à ses émotions, à son sentimentalisme exacerbé et exaspéré, entre plages méditatives, silences inquiets et fracas bruitistes. Odyssée désespérée et enivrante, sa musique brûle telle une invitation au voyage nihiliste, sans but certain et sans intention d'ailleurs, où ne compte que le mouvement, celui vain mais éternellement beau.

Nombreux sont et seront les réfractaires, insensibles à cette surdité mélodique, mais fidèles sont les adeptes d'une telle expérience extatique au bruit, s'éprouvant comme il se doit, dans les marécages insomniaques et opiacés de nuits tentaculaires. L'ouïe sensiblement arnachée à ses déflagrations cosmiques, les rétines ne sont pas en reste puisque de nombreuses vidéos, réalisées par des amis inspirés, doublent les éditions vinyles par des versions DVD. En témoigne le LP Swallow Your Dreams, récemment paru via La Station Radar, et magistralement porté à l'image par Geoffrey Sexton. Décliné par une mixtape à écouter et télécharger ci-après, cet LP, faisant suite à Honeysuckle premier long format du projet, est l'ultime sortie de William Cody Watson sous la patronymie Pink Priest. Une parenthèse se ferme donc mais la vision s'élargie au-delà d'un océan de promesses : celui qui griffonna un temps pour Impose Magazine et qui apporte aide et soutien inconditionnels à Jon Hency de Bathetic Records, s'évertue d'ores et déjà à diligenter en son propre nom ses pérégrinations contemplatives sur l'asphalte (Night Music for Driving I & II) et l'idiome cinématographique (le futur LP Bill Murray), et ce, tout en s'initiant à l'écriture au sein du Satan’s Crystal Art Collective. Cela, sans mentionner Scissoring, son projet avec Dan Svizeny de Cough Cool (lire). Prolifique on vous dit.

Audio

Entretien avec William Cody Watson

J'ai lu sur ton bandcamp, que tu regrettais ne pas dormir vint-quatre heures sur vingt-quatre. Comment décrirais-tu ta personnalité et est-ce que celle-ci est indéfectible de ton approche musicale ?
I read on your bandcamp that you wish you could sleep 24/24. How would you describe your personality? Would you say it is relevant to the way you approach music in general?

Ouais, j’ai dit ça…C’est vrai. J’aime beaucoup dormir. On y est en paix. J’aime vivre dans mes rêves. Quant à ma personnalité… C’est assez difficile. Je ne sais pas trop, vraiment. Je suis quelqu’un d’un peu perdu. J’approche la trentaine et je suis toujours en quête d’une voie ; une voie vers quoi ? Je n’en sais trop rien. C’est vraiment la motivation derrière tous mes projets ‘’artistiques’’, qu’il s’agisse de musique, d’écriture, n’importe quoi vraiment. Je n’aime pas du tout parler de moi en tant qu’artiste, mais dans l’absolu, je me laisse guider par ma personnalité, mes moments d’excentricité, mes peurs et mes désirs.

Yeah, I said that... It's true. I love sleep. It's a time for peace. I love to live inside my dreams. My personality... Tricky. I don't know, honestly. I'm a mixed up guy. I'm in my late twenties and still trying to carve a path; a path to what? I'm not sure. That's the reason I make any kind of "art," be it music, writing, anything really. I hate referring to myself as an artist in any sense, but absolutely, it's driven by my personality, my quirks, my fears, and my desires.

Comment est né le projet Pink Priest ? En quoi est-il différent de tes deux autres projets épisodiques Gremlynz et Malibu Wands ?
How did you start Pink Priest? How is it different from the 2 other side-projects Gremlynz and Malibu Wands?

J’ai commencé Pink Priest entre 2007 et 2008. A la base, je voulais entreprendre quelque chose inspiré par mon environnement, avec de puissants amplificateurs de son qui émettraient une musique belle, chatoyante et ambiante ; de la drone mélancolique. Puissante, tout en demeurant bien ciblée et magnifique. Pas mal de choses ont changé depuis le début du projet, et j’ai fini par jouer en solo ma propre musique en cours d’année, jusqu’à fin 2008, pour expérimenter un peu. C’était au tout début de Pink Priest.

Gremlynz est né du fait que je commençais à en avoir marre du nom de Pink Priest et du tournant que la musique avait commencé à prendre. J’ai fini par m’inspirer de gens comme Spencer Clark et James Ferraro, qui parvenaient à monter tous ces projets sous des noms différents avec une aisance folle. Je voulais que Gremlynz soit de la minimale absolue. Le projet avait débuté pour exprimer un certain nihilisme (la majeure partie de mon travail prend racine dans une forme de nihilisme naïf), mais de manière amplifiée. A la base, je voulais que Gremlynz remplace peu à peu Pink Priest qui allait ainsi disparaître peu à peu dans l’ombre. Et puis, il s’est passé des choses qui ont rendu tout ça impossible. Alors, Gremlynz demeure un side-project, mais pour tout dire, certains morceaux sortis sous ce nom restent parmi les préférés de tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici.

Je vais à Malibu Wands quand j’en ai marre de tout.

Pink Priest started sometime between 2007 and 2008. Originally, I wanted a project that would be focused on the living setting, loud amplifiers emitting beautiful, shimmering, ambient music; drone music, dirge music. Heavy, but focused, and beautiful. Things changed from the original plan, and by the middle to late end of 2008, I was making my own music, solo, as an experiment. That stuff became the early Pink Priest work.

Gremlynz was... initially it was started just because I was annoyed by the name Pink Priest and some of the directions the music of Pink Priest had taken. I looked at how easy it was for people like Spencer Clark and James Ferraro to just create all these names and projects, so I took a cue from that. Gremlynz was going to be absolute minimalism. It started as a project to express some sense of nihilism (most of my work is rooted in some naive sense of nihilism), but amplified. The original idea was to allow Gremlynz to slowly take over and let Pink Priest fade into obscurity. Some things popped up, and it was really impossible to let that happen. So Gremlynz remained a side project, but honestly, some of the Gremlynz material is my favorite of my musical output.

Malibu Wands is where I go when I give up.

Ta mixtape est là pour nous en donner un fidèle aperçu, mais quelles sont tes influences musicales profondes ? Quel a été pour toi l'artiste ou le courant musical qui t'a donné la volonté de te consacrer à la musique ?
Your mixtape already gives us a good idea of some of your musical influences, but could you tell us more about your most important influences? What has been the most important artist or musical genre for you? What inspired you to start making music?

Merde… La liste est longue. J’y pensais justement l’autre jour, comme quoi certains artistes ont vraiment été des influences essentielles… Je dois dire tout d’abord que My Bloody Valentine a vraiment été majeur... L’ensemble de leur musique. C’était vraiment une grande source d’inspiration. Red House Painters également, je les ai découverts quand j’avais genre, seize ans, et je n’ai jamais été le même depuis. La façon dont Mark Kozolek aborde tout ce qui est son, le minimalisme, la structure, et les paroles, tout ça m’a vraiment inspiré. D’autres aussi, évidemment…The Cure a toujours été très important pour moi, et continue de l’être aujourd’hui, avec des albums comme Pornography et Faith. Pas mal de noise music aussi : Prurient, Wolf Eyes, Kites, Work/Death. J’ai énormément de respect envers eux, et j’ai toujours voulu au moins m’essayer à ce genre de musique. Et puis d’autres aussi, je ne sais pas trop, des trucs comme Slowdive, Fennesz, Steve Reich, William Basinski - très, très grande influence -, Angelo Badalamenti, Harold Budd, Brian Eno, etc…Pas mal de trucs new age aussi. La liste n’en finit pas. Je suis influencé par de très nombreux genres et artistes.

Well, shit... There's so much music that's inspired me over the years. i was thinking about this the other day actually, like, what artists were absolutely necessary in inspiring me to make music... I'd have to say first and foremost, My Bloody Valentine was always a key... Their entire package of sound. It was very inspiring. Red House Painters, I discovered them when I was, like, 16 and have never been the same. The way Mark Kozolek approaches sound, minimalism, structure, and words. That's always been a huge inspiration. Other artists, necessary... The Cure was important early on and even today, albums like Pornography and Faith. A lot of noise musicians inspired me... Prurient, Wolf Eyes, Kites, Work/Death; these were artists I respected and very much had a vibe I wanted to at least touch upon. Others, I don't know, stuff like Slowdive, Fennesz, Steve Reich, William Basinski -- huge, huge influence, Angelo Badalamenti, Harold Budd, Brian Eno, etc etc etc, tons of new age artists. There's just so much. My musical influences are vast.

Album après album, la musique de Pink Priest semble être une profonde introspection culminant dans une sorte de plénitude psychédélique sur Swallow Your Dreams. Ta musique est-elle un moyen de te libérer ou au contraire de t'isoler dans ton monde ?
One after another, all of the Pink Priests albums seem to reflect a deep introspection, with a sort of psychedelic bliss climax on Swallow Your Dreams. What does music represent to you: a way to free yourself or a way to cut yourself off the world?

C’est une façon de me libérer et de me couper du monde. Il s’agit d’une dualité assez dure. Ma musique est très bipolaire et j’aime plutôt ça. Je ne veux pas que ma musique soit trop facile. Honeysuckle est un morceau assez difficile. On m’a déjà dit, « Ton album est trop bizarre, mec », « c’est vraiment trop dur à l’écoute ». Je ne m’en excuse pas. Je ne fais pas de la musique pour qu’on puisse juste la passer et se masturber mentalement dès les premiers instants. C’est voulu. Honeysuckle est né d’une phase troublée et de désespoir absolu. Je voulais que cet album en soit le reflet, mais pas juste de façon à simplement en dire : « Oh…Il devait vraiment être malheureux ». Au contraire, je voulais qu’on se sente vraiment désespéré à l’écoute. C’est cruel, mais beau d’une certaine façon. Beurk… Je dois vraiment avoir l’air d’un trou du cul ultra prétentieux.

Je savais que Swallow Your Dreams serait le dernier album de Pink Priest. Il y aura peut-être des compilations rétrospectives un jour, mais Swallow Your Dreams est la dernière sortie inédite. Je ne vais plus jamais rien produire sous ce nom. En fait, je voulais travailler de manière complètement opposée à celle qui a prévalu lors de mon premier LP Honeysuckle. Je ne voulais pas faire de redite. Swallow Your Dreams est construit autour de thèmes comme la fin, la destruction, la restructuration, l’espoir et le déclin. J’ai exploité ces idées avec de la musique longue, flottante. Il y a avait du désespoir et l’idée de déclin dans Honeysuckle également, mais d’une autre façon, à travers la tristesse, la désolation, la colère et la douleur. Swallow Your Dreams révèle cette même tristesse, mais avec de l’espoir et plus de clarté. Ça reste assez sombre, mais de façon tout à fait différente.

On a dit que ma musique était comme un mur que je bâtissais entre mes auditeurs et moi…C’est assez vrai, mais c’est aux auditeurs de faire l’effort de passer au-delà de ce mur ou non. Ils peuvent y creuser une fenêtre petit à petit, pour voir ce qui s’y passe, ou choisir de défoncer ce putain de mur pour venir me rejoindre dans le coin bizarre où je réside.

It's definitely a way to free myself and a way to cut myself off. I think it's a harsh duality. The music is very bipolar. I like that. I don't want to let people in too easily. Honeysuckle is a heavy listen. I've been told that. "Dude, your record is weird." "Dude, it's too hard to listen to." I don't apologize for that. I don't make music that you can just drop the needle on and immediately mentally masturbate. It's intentionally a hard listen. Honeysuckle was coming from a place of absolute desperation and turmoil. I wanted the album to reflect that, not in just a way where you say "oh... he must've been so hurt." but rather in a way where you feel absolutely fucking dismal too. It's cruel, but it's beautiful. Yuck, I must sound like such a pretentious asshole.

With Swallow Your Dreams, knowing it was going to be the last Pink Priest release; and in the future there will probably retrospective releases, but Swallow Your Dreams is the last Pink Priest release of new material. I'm not doing anything else under that name again. Anyway, I wanted to do the absolute opposite of my first full-length LP release, Honeysuckle. I didn't want to retread any waters. Plus, the album had a theme of finality, destruction, restructure, hope, and decay. So I expanded on that idea with long, floating music. Whereas Honeysuckle displayed despair and decay in another way, through sadness and sorrow and anger and pain; Swallow Your Dreams displayed sadness with hopefulness and brightness, and yes, it was dark, but in a completely different way.

People have said I build a wall between myself and the listener with my music... That's very true, but it's up to the listener to decide how they get over that wall. They can chip away at it and peek through, or they can knock the motherfucker down and come join me in the the weird room I reside in.

Au-delà de sa dimension onirique, ta musique à un fort potentiel cinématographique. Pink Cream mise en image par Geoffrey Sexton met en évidence celui-ci. Est-ce pour toi un prolongement naturel et voulu ou est-ce seulement le résultat de circonstances et de hasards ?
Beyond its dreamlike aspect, your music has a very strong cinematographic potential. Pink Cream's vid directed by Geoffrey Sexton is a good example. Did you mean all of this, or did it all happen sort of by chance?

L’aspect cinématographique de ma musique est tout à fait intentionnel. Je n’irais jamais jusqu’à dire que je suis cinéphile ou peu importe quel autre terme, mais j’adore le cinéma. Je pense qu’au départ, c’était quelque chose d’inconscient. J’ai toujours prêté une attention toute particulière à la musique de film, et ça m’a beaucoup influencé, que ce soit le travail d'Angelo Badalamenti avec David Lynch, Alexandre Desplat, John Carpenter, Cliff Martinez, et beaucoup d’autres ; des personnes qui ont créé des bandes originales de films incroyables, et aussi juste des films avec de la très bonne musique.

Je rêve notamment de créer une bande originale de film, de produire quelque chose de vraiment perturbant ou au contraire de vraiment très beau. J’aimerais vraiment travailler sur des films, m’occuper de la BO, compiler de la musique, etc…

The cinematic aesthetic of my music is absolutely intentional. I would never say I'm a cinephile or whatever the term is, but I love movies. I think initially, it was something subconscious. I've always paid attention to music in films, and that's been an influence. Angelo Badalamenti's work with David Lynch, Alexandre Desplat, John Carpenter, Cliff Martinez, so many more; people who have done amazing scores, but also just films with great soundtracks.

A dream of mine would be to score a movie, do something very unsettling, or something very beautiful for film. I'd love to work on movies, make soundtracks, compile music, etc.

Dans les remerciements que tu prodigues à la fin des deux volumes de Night Music for Driving, on y trouve... Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling, Carey Mulligan, Gaspar Noe et Fletch. Tu a aussi dédié un de tes disques à Harmony Korine. Qu'est-ce qu'un bon film pour toi... et en quoi l'univers filmique influence-t-il ta musique ?
In the thanks list at the end of the 2 volumes of Night Music for Driving, we can read the names of Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling, Carey Mulligan, Gaspar Noe et Fletch. You've also dedicated one of your albums to Harmony Korine. What's a good movie according to you? And how is your music influenced by films?

Ah, je crois que je viens juste de l’expliquer un peu en quelque sorte. Toutes ces personnes m’ont beaucoup inspiré. Pas seulement la musique du film en question. Mais surtout l’action, le contrôle et le style utilisés et certains réalisateurs. Refn réalise des films incroyables, avec beaucoup de style et de classe, et il y a toujours un élément de chaos un peu cool dans son œuvre. Ça m’inspire beaucoup. Les films de Korine sont très viscéraux, pas faciles à regarder, et pourtant, je m’y retrouve personnellement. Si on prend un film comme Gummo et qu’on le met avec un disque comme Honeysuckle, je pense que l’on peut retrouver quelque chose de similaire entre les deux dans l’esprit, même si ça reste très basique.

J’aime juste les films qui me font ressentir des choses. J’attends d’un film qu’il me fasse sortir de la salle en me disant : « Putain ! Ce film m’a complètement changé ! ». Pour moi, c’est ça un bon film. Refn me fait cet effet, tout comme Noé, Terrence Malick, Michael Haneke, David Lynch et des documentaires comme The Mark of Caïn, Hell House et The Devil’s Playground. Des films qui te font voyager, qui te mettent en face de choses qui rendent mal à l’aise. C’est ce que je veux faire avec ma musique, alors je suis tout naturellement attiré par ce genre de films.

Il ne s’agit pas seulement de violence, de cran ou de dures réalités, mais aussi d’amour. J’ai vaguement fait l’apologie du film Drive, pas parce que Gosling y défonce la tête d’un mec – même si cette scène est tout bonnement géniale – mais pour tout ce qui précède. Il y a de la beauté, de l’amour et de la passion, et une sorte de dimension féérique. C’est aussi source d’inspiration. J’aime la romance. Mélange tout ça à quelques scènes bien crues, peut-être même un peu de violence, enfin…Tu me comprends.

Ha, I guess I sort of just explained that. Yeah, all those people inspired me. It's not just about the music of a film. It's about the action and control and style of films and certain directors. Refn makes amazing films with style and class and there's an element of cool and chaos in his work. That inspires me. Korine made movies that were visceral, hard to watch, and yet I connected with them on personal levels. You can put a film like Gummo against a record like Honeysuckle and I think you can understand there's something, at least on a very basic level, similar in spirit and soul of the two projects.

I just enjoy films that make me feel something. I want to watch a movie and get up and leave and be like "holy shit, I'm different now." That's a good film to me. Refn does that, Noé does that, Terrence Malick does that, Michael Haneke does that, David Lynch does that, there's documentaries out there, like The Mark of Caïn or Hell House or The Devil's Playground. Films like that take you places, that put images in front of you that force you to step outside of your comfort zone. I want to do that with music, so obviously films inspire me.

It's not just about violence or grit or harsh nature, it's about love too. I made a vague ode to the film Drive, not because Gosling crushes a guy's head -- though that scene was pretty fabulous -- but because of the lead up to that. There's beauty and love and passion and a fairy tale reality to that. That is just as inspiring. I love romance; couple that with some shocking imagery, maybe violence maybe not, but... Yeah. You get my point.

Ces deux disques apparaissent sous ton propre nom William Cody Watson ? Est-ce une façon d'en finir avec Pink Priest ?
Those last two records have been released under your real name William Cody Watson. Is this a way to signify the end of Pink Priest?

Tout à fait.

Absolutely.

Tu es la moitié agissante de Bathetic Records. Qu'est-ce qui te pousse à colaborer avec d'autres structures comme Night People ou Digitalis Ltd ?
You're the executive half of Bathletic Records. What makes you want to collaborate with other companies such as Night People and Digitalis Ltd?

J’aime pas trop dire que je suis la ‘’moitié active’’ de Bathetic Records. Alors, oui, c’est une compagnie, mais je ne veux pas être aussi formel avec des choses comme ça. Jon Hency est le cerveau absolu derrière Bathetic. Il est génial à ce qu’il fait. Il travaille énormément, y met beaucoup de temps, passe beaucoup de coups de téléphone et il fait en sorte que ça avance. C’est lui qui, au bout du compte, met tout en place et c’est grâce à lui que Bathetic existe. Je l’apprécie énormément.

J’ai vraiment beaucoup de chance de pouvoir bosser à Bathetic à ce niveau. Heureusement, je suis ami avec Jon depuis près de cinq ans (si ce n’est pas plus), et nous formons une bande. On est comme des frères. On a traversé des moments difficiles ensemble et on a fini par trouver un bon équilibre pour travailler de manière efficace et je ne suis pas peu fier de ce que Bathetic est devenu. Nous avons fait des choses qu’on n’aurait pas crues possibles il y a quelque temps. On vient juste de sortir une K7 de spoken word par Eric Paul (Arab on Radar)… On se dit juste : « Wouah, j’y crois pas ! ». C’est sûrement pas grand-chose pour d’autres, mais pour Jon et moi qui avons fraternisé grâce à notre respect mutuel pour Arab on Radar, c’est vraiment énorme. C’est comme si nos rêves étaient devenus réalité, et j’en suis vraiment content. Et depuis que Omar bosse avec nous depuis… Je ne sais plus combien de temps... C’est comme s’il avait toujours été là. C’est un artiste et musicien génial qui nous a beaucoup aidé à affirmer notre style. Ce fut une bonne leçon d’humilité.

Très tôt, j’ai voulu travailler avec beaucoup de gens…Je voulais sortir autant de musique que possible. J’ai ainsi rencontré beaucoup de gens géniaux, reconnaissants et vraiment sympathiques, en dispersant mon travail depuis le début. Je ne pourrai jamais assez remercier Shawn de Night People par exemple, et Brad de Digitalis, pour avoir cru en ma musique dès le début. J’ai d’autres projets en cours avec d’autres personnes de labels différents, mais en ce moment, je pense surtout à Bathetic pour sortir ma propre musique.

I don't like even saying I'm the "executive half" of Bathetic Records. Yes, it's a business, but I don't want to be so formal about things like that. Jon Hency is the absolute, end all be all, mastermind of Bathetic. He's amazing at what he does. He is a genuine worker, he puts in the time, he makes the calls, he finances, and he gets things done. He's the dude, that at the end of the day, puts it together, makes it happen. I love that dude.

I'm absolutely 100% fortunate to be involved in Bathetic at the level I am. Luckily, I have been friends with Jon for close to 5 years now (if not longer) and we've developed a pack. We're brothers. We've been through the ringer together, and we've established a way to work together effectively and efficiently and I could not be more proud of what Bathetic has become. We're doing things I never thought possible. We just released a spoken word cassette by Eric Paul... it's like "WOW, is this real?" That may not seem like such a big deal to anyone, but Jon and I bonded over a mutual respect of Arab On Radar, so to us. That was a huge accomplishment. It's a fantasy come to life, and I'm so excited. And now, with Omar having been on board for, shit I don't even know, it just seems like he's always been there. Now, Omar is in with us, and he's amazing... He's an amazing artist, as well as musician, and he's helped us develop our style. It's very humbling.

Early on, I wanted to work with everyone... I wanted to release as much music as possible to anyone that would release it. I met a lot of amazing, accomplished, grateful, and just infinitely nice people through spreading my work around early on. I couldn't be more thankful for people like Shawn from Night People and Brad from Digitalis for giving my music a chance early on. My collaborations with other labels, continues with certain projects, but at this point, my heart is pretty much with Bathetic, in regards to my own personal releases.

Pourquoi avoir sorti Honeysuckle et Swallow Your Dreams sur La Station Radar ? Quel est le fin mot de cette rencontre ?
Why was Honeysuckle and Swallow Your Dreams released on La Station Radar? What did you get from this collaboration in the end?

J’ai contacté La Station Radar au tout début. J’avais beaucoup de respect pour leur travail. J’avais écouté le Jen Paul & Jeans Wilder split 12", et j’avais adoré. Ils m’ont proposé de commencer avec une petite sortie en CD-R, de Western Futures, officiellement le premier Pink Priest. Par la suite, ils m’ont donné l’opportunité de sortir un LP sur vinyle et j’étais ravi. Tu sais, après avoir débuté avec Pink Priest en solo, je rêvais juste de sortir un vinyle. Après ça, je pensais laisser tomber, ayant atteint mon but.

J’étais sur Honeysuckle pendant un an ou presque et je l’ai envoyé au label. Quelques mois plus tard, ça y était. Un vinyle rouge contenu dans une pochette avec un collage génial de James Hines. C’était parfait. La Station Radar venait de réaliser mon rêve. Je ne pouvais pas les remercier assez.

Après la sortie de Honeysuckle, et des chiffres de ventes relativement bons, ils m’ont proposé d’en faire un autre. A ce moment-là, je pensais déjà en finir avec Pink Priest. Alors, j’ai décidé que Swallow Your Dreams, mon dernier LP sous le nom de Pink Priest, devrait se faire avec eux. Ça coulait de source : la boucle était bouclée.
La Station Radar… Fleur et Jérôme sont des gens géniaux. Vraiment. Ils m’ont aidé à réaliser un rêve que je pensais impossible. Je leur serai toujours reconnaissant.

La Station Radar was a label I reached out to early on. I respected what they were doing. I had heard the Jen Paul & Jeans Wilder split 12", and loved it... I just respected them. I reached out to them, they offered to start with a small cd-r release, which was Western Futures, the first official Pink Priest release. After that, they just offered me a chance to release an LP, a full-length vinyl release. I was absolutely delighted at the prospect of that. You see, starting Pink Priest as a solo project, my dream was just to release one vinyl record. After that I could've called it quits, with my dream achieved.

I worked on Honeysuckle for maybe a year or less, and sent it in... However many months later, there it was. Red vinyl wrapped up in an amazing James Hines collage jacket. It was perfect. La Station Radar made my dream a reality. I couldn't be more grateful.

After Honeysuckle was released and had sold relatively well, they offered me a chance to do another LP. At this point, I was already thinking about ending the Pink Priest name and project. I decided that my last LP with Pink Priest, Swallow Your Dreams, had to be with them. It only made sense. Beginning/End. Circle completed.

La Station Radar... Fleur and Jerome; both amazing people. Absolutely. They helped me reach a dream I didn't think was possible. I'm forever grateful to them.

Tu as longtemps collaboré avec l'excellent Impose Magazine. Quel regard portes-tu sur ton expérience et plus largement sur le monde musical que tu connais ?
You've worked with the brilliant Impose Magazine for a very long time. What are your thoughts concerning your career so far and the music industry you know in general?

Oh, j’en sais trop rien. Je n’ai pas de plan de carrière. Cela fait maintenant plus de dix ans que je fais de la musique, d’une forme ou d’une autre. Et ça fait juste quatre / cinq ans que je commence à être reconnu. J’en suis content, mais je ne considère pas vraiment avoir eu une carrière en tant que telle. Je crois que depuis tout ce temps, j’ai dû gagner dans les 400 dollars grâce à ma musique en solo. Je ne prête aucun intérêt à ce genre de conneries. Tout ce que je veux, c’est que les gens ressentent des choses quand ils écoutent ma musique, que cela soit positif ou négatif. C’est tout ce qui m’importe.

L’industrie musicale ? Peu importe. Bonne chance à tous ceux qui s’y frottent. Ecoute du Black Flag, le Get in The Van de Henry Rollin, parle à des gens sympas. J’emmerde la hype, j’essaie de rester loin de tout ça. Je n’écoute pas de groupes à Wayfarer fluo, ou quoique ce soit du genre.

En ce qui concerne Impose, ce sont vraiment des types sympas. Ils ont toujours veillé sur moi. Je n’ai rien écrit pour eux depuis longtemps, mais c’est juste que mon cerveau est un peu pourri en ce moment, mais ces gens sont supers. Encouragez-les.

Oh man I don't know. I don't have a career. I've been doing music, in some form or another for the past, well, over ten years. Just in the past 4-5 years have I gained any real notoriety. I'm appreciative of it, but I don't consider myself having a career. I think in this whole time, I've maybe pocketed 400 bucks through my solo music. I don't care about shit like that. I love when anyone listens to my music and feels something from it, negative or positive. That's all I care about.

Music industry? Whatever. Good luck to everyone trying. Listen to Black Flag, listen to Henry Rollin's Get In The Van, talk to people who are cool. Fuck hype, etc. I stay away from a lot of it. I don't listen to bands that wear, like, neon green sunglasses and shit.

Regarding Impose, good dudes over there Always been angels to me. I haven't written for them in a while, because my brain just kinda shit the bed, but those guys are great. Support Impose.

Quels sont tes projets futurs ?
Any other plans/future projects?

J’ai toujours pas mal de choses en cours : mon premier LP par exemple, à paraître sous mon propre nom, William Cody Watson, chez Bathetic dans deux ou trois mois. L’album s’appelle Bill Murray. Ouais, parfaitement, c’est son nom. Une ode à l’homme qui m’a beaucoup inspiré. Alors, oui, c’est une autre référence de film, le fruit d’un amour intense. Je pense vraiment que c’est ce que j’ai jamais fait de mieux. Je me lance un peu des fleurs…Mais, bon, oui, il sort bientôt.

Avec Dan de Cough Cool, nous avons sorti une nouvelle cassette No Dreams/No Regrets, sur le label Skrot Up. C’est un truc de malade, comme un brouillard dans le désert, un trip de taré long de 60 minutes. Un truc vraiment profond. Je vous le conseille vraiment… Et il y encore pas mal de morceaux en cours avec Scissoring. Il y aura sûrement un album rétrospectif de Pink Priest, avec en bonus quelques morceaux inédits et quelques classiques tirés de cassettes à tirage limité.

A part ça, j’ai décidé de faire une pause dans mes projets solo jusqu’à la fin de l’année pour me consacrer à l’écriture. J’ai déjà plusieurs projets en route. Je viens de publier mon premier zine, Mating Season For Goons, chez Calico Grounds (). J’en suis très content. Je prépare un autre zine avec Grarett Crowe, un ami de très longue date. C’est un écrivain talentueux qui vient de Chattanooga dans le Tennessee. Nous avons juste démarré notre petit collectif d’écrivains et autres : Satan’s Crystal Art Collective. Si tout va bien, on va pouvoir se mettre à bosser sur de petites choses sympas dans les mois qui viennent.

Oh for sure. I still have tons of things in the works. I have my first full-length vinyl LP, under my own name William Cody Watson, coming out on Bathetic in the next couple months. The record's called Bill Murray, and yeah, that's really what it's called. It's an ode to a man who really inspired me. So there's another film reference. Yeah, it was an intense labor of love. I personally feel like it's the best thing I've ever done. Toot my own horn for a sec. So, yeah, that's coming out...

Me and Dan from Cough Cool have a new Scissoring tape out called No Dreams/No Regrets. It just came out on Skrot Up. It's a psyched out ass-gazer, desert haze, weirdo trip out for 60 minutes. It's a deep vibe. People should definitely check it out... And there's more Scissoring stuff in the works. There's probably going to be a Pink Priest retrospective type release with some unreleased material and some of my favorite "classics" stripped from certain limited cassette release. That'll hopefully come out at the end of the year, through Intercoastal Records and Holy Mountain.

Other than that, I've decided to step back from my solo work for the rest of the year to focus on my writing. I've got several writing projects in the works. I just released my first official zine, Mating Season For Goons, on Calico Grounds. I'm excited about that. I've got another zine project in the works, it's a split zine between me and a friend of mine from wayyyy back, Garrett Crowe. He's an amazing writer out of Chattanooga, Tennessee. We just started our own little collective of writers and such, Satan's Crystals Art Collective. Hopefully, we'll have our fingers in a lot of nice things here in the near future.

Que doit-on te souhaiter pour 2012 ?
What can we wish you for 2012?

Ah, je crois que je viens d’en parler. En 2012, Bill Murray sortira sur Bathetic, il y aura plus de zine, des projets avec Scissoring et puis, à part ça ? Qui sait. Bill Murray est vraiment le truc crucial de l’année 2012 pour moi. Je m’endors le soir en y pensant. A part ça… Ecrire, énormément. Allez-donc acheter mon zine.

Ha, I think I just summed it up. 2012 will have the Bill Murray LP on Bathetic, lot of writing, more zines, more Scissoring stuff, man, other than that? Who knows. Bill Murray is absolutely my pinnacle of 2012. I go to sleep at night thinking about that record. Other than that... Writing, just lots of writing. Go buy my zine.

Traduction : Simone Apocalypse

Swallow Your Dreams Mixtape


(DL/TC)

01. This Mortal Coil - Another Day
02. Harold Budd - Juno
03. Kyle Bobby Dunn - An Extension
04. Steve Roach - A Darker Light
05. William Basinksi - D|P 2.1
06. Fennesz - 015
07. Nine Inch Nails - The Day The World Went Away (Quiet)
08. Bell Orcheste - Water-Light-Sifts (Tim Hecker Remix)
09. Terry Riley - Poppy Nogood & The Phantom Band
10. Dead Can Dance - Dawn Of The Iconoclast
11. Nick Cave & The Bad Seeds - (I'll Love You) Till The End Of The World
12. Peter Broderick - Part 3
13. Flying Saucer Attack - September 25th 1997, No. 4
14. Harold Budd + Ruben Garcia + Daniel Lentz - The Messenger
15. Brian Eno - Three Variations On The Canon In D Major: French Catalogues
16. Skeeter Davis - The End Of The World

Vidéo


Tonstartssbandht l'interview

Encore un groupe signé sur Arbutus Records et encore un groupe qui détonne et fascine. Qui détonne ? Parce que rien ne ressemble, de près ou de loin, à la musique assénée par les frères White. Qui fascine ? Parce que jamais expérimentation et improvisation n'ont fait si bon ménage avec l'écriture pop. Bien sûr, il y aura toujours un connard pour radiner Animal Collective sur les braises de la discussion, mais honnêtement, à part le traitement en échos et en cascade des voix, Tonstartssbandht est aussi radical dans sa démarche que n'est imprononçable son patronyme. Hallucinations psyché, mantras éraillés et triturations stroboscopiques, les frangins empruntent au punk cette manie consubstantielle de briser les conventions stylistiques pour ébaucher facétieusement les leurs. Loin, très loin du sérieux accaparant les franges d'une scène expérimentale s'émoussant le petit en communauté restreinte, Andy et Edwin s'évertuent à donner corps à leur idéalisme musical, foutraque et perturbé, sans jamais abandonner cet humour et ce second degré leur collant aux basques. L'expérience se vit alors généreusement, à fond la caisse, dopé à l'énergie et à l'affect, dans le brouhaha apocalyptique d'une cyclotomie déroutante, entre divagations psychédéliques, agressions rythmiques et drones vrombissants. À l'occasion de leur tournée française, les presque siamois - à l'origine d'une pléthore de projets parallèles, dont Eola, Sugar Boys et High Rise 2 - se sont prêtés avec entrain au jeu des questions-réponses. D'évidence, les promesses esquissées - "Merci d’être venus nous voir et nous écouter, je fais ce truc pour m’ouvrir à vous, j’espère que vous pourrez vous lâcher et à votre tour et vous ouvrir à nous pour que toute cette énergie cérébrale s’envole et nous reviennent en flèche, histoire d'alimenter de nouvelles sensations et de nouvelles idées !" - ne tomberont pas dans l'oreille de sourds.

Pour participer au concours MU X w/ Tonstartssbandht & DZ Deathrays, le 18 mai à l'Espace B, cliquez ici.

Audio

Entrevue avec Andy et Edwin

Andy et Edwin, qui êtes-vous ?
Andy and Edwin, who are you? 

Edwin : Nous sommes deux frères divins d’Orlando en Floride. Nous faisons de la musique quelque soit l’endroit où nous vivons. Brooklyn pour moi et Montréal pour Andy. Nous sommes deux chiens universels, bouffons cosmiques, propriétaires de sang, de béton et oiseaux infantiles. Rois réticents de deo gracias y michelangelos de amor y dem UnbekanntenVive le sabre de la connaissance. Mis amigos siempre se ríen. Et maintenant ? Parole aux allumés.

Edwin: We are sibling gods from Orlando, Florida making music wherever we live, which is Brooklyn for me, Montreal for Andy. We are universal dogs and cosmic fools, concrete blood owners and infantile birds. Reluctant kings de deo gracias y michelangelos de amor y dem Unbekannten. Vive le sabre de la connaissance. Mis amigos siempre se ríen. Et maintenant? Let the goofs speak

Pouvez-vous présenter Tonstartssbandht en quelques mots ?
Can you describe Tonstartssbandht in a few words?

E : Libre, Éphémère, Aucune Attente, un Projet Artistique, une Facette d’une Relation, une Tranche de Temps Immangeable.

E: Free, Ephemeral, No Expectations, An Art Project, A Facet of a Relationship, a Slice of Inedible Time

Pouvez-vous expliquer le choix du nom du groupe, Tonstartssbandht ?
How did you guys come up with the name Tonstartssbandht?

E : J’ai fait un collage de mots pris dans un journal.
E: I made a collage of words from a newspaper

Comment définiriez-vous votre musique et pouvez-vous citer vos principales influences ?
How would you describe your music, and what/who are your biggest influences?

E : Parfois c’est genre boogie psychédélique, d’autres fois c’est plus pop vocale « expérimentale ». On est profondément influencé par tout ce qui est canon occidental ou par des diamants orientaux qui passent à travers les mailles du filet. Tous les maîtres de la mélodie, du rythme et de l’harmonie nous inspirent, tout autant que les mecs qui font du ''noise'', les vrais prophètes.

E: At times it's like a psychedelic boogie, at times it's "experimental" vocal pop. We're profoundly influenced by the whole of the Western canon, and all the gems that slip past the filters over from the East. Any and all masters of melody, rhythm and harmony inspire us, as well as the folks making "noise", the true seers.

Si vous deviez vous exiler sur une île déserte, quels disques emporteriez-vous ?
If you were stranded on a desert island what records would you want to have with you?

E :  Dans l’idéal, tous les disques que je n’ai jamais écoutés, la vie semblerait plus inédite. Mais de ma collection… Peut-être Tony Conrad et Faust – Outside The Dream Syndicate, ça serait marrant. Le jouer en 45 tours pour l’exercice matinal puis en 33 tours le soir pour se détendre, réfléchir et dormir. Honnêtement, un seul disque pour l’éternité me semble plus relever de la torture que du bonheur.

E: Ideally all the records I've never heard before, so life would feel fresh. But from my own collection ... perhaps it would be fun to bring Tony Conrad and FaustOutside the Dream Syndicate, and play it at 45 rpm for morning's exercise, and back at 33 rpm at night to unwind, think and then sleep. Honestly, any one record for eternity sounds to me more like torture than bliss.

Quelles places occupent expérimentation et improvisation dans votre musique ?
Talk about experimenting and the improvising in your music.

E : Pour créer, il faut improviser. C’est tellement stimulant. Quelque chose peut en ressortir à l’enregistrement, ou pas. J’écris de la musique que j’aimerais entendre et que réellement, j’écoute. On illustre une culture et un style de musique qu’on ne cherche pas à représenter et que d’ailleurs, on ne pourrait probablement pas atteindre. C’est nous qui vous montrons comment nous nous sentons, ce pourquoi on vit, ce qui en découle lorsqu’un « truc » se passe entre nous. Le résultat révèle quelque chose qu’on ne contrôle pas mais qu’on essaye de modeler d’une certaine façon avant de le laisser filer. Les PES du cerveau, un clash d’egos, des émanations de pathos humaniste, essayer d’être honnête en pensée comme dans l’action, la peur et l’amour, une euphorie sublime... Coincé à l’intérieur ça ne fonctionne pas, ça doit partir et revenir, partir et revenir en ramenant à chaque fois plus d’informations sur les sensations humaines avec lesquels ça a grouillé.

Pendant les lives, on n’a pas de structure fixe, c'est-à-dire qu’on survole nos chansons dans une forme de medley. On improvise sur la base de thèmes établis et on s’appuie sur notre propre énergie spirituelle brute pour dicter le rythme et donner au set son ressenti. Nos humeurs, notre bien-être physique ou émotionnel et l’atmosphère peuvent soit stimuler la chose et la porter vers une apogée délirante, soit révéler notre propre médiocrité, nos défauts, ou parfois même, faire tomber le tout à plat. Mais si tu regardes les statistiques, je suis certain que tu verras que dans la plupart des cas, ça fonctionne plutôt pas mal.

E: You must improvise to create. It's so exciting. Perhaps that comes through in recordings, at times perhaps not. I write music that I'd like to listen to, and that I do listen to. We're manifesting a culture and a music that we don't wish to seek out, nor that we could ever find. It's us showing you how we feel and what we live for, and what comes out when we connect. The product reveals something that we can't control, but that we try and shape a certain way before we let it go. Brain ESP, the clashing egos, the humanistic pathos emanating, trying to be honest in actions and thought, love and fear, sublime euphoria -- it's no good stuck inside, it must leave and come back, leave and come back, each time bringing back more information from the human feelings it's swarmed amongst.

In a live performance we use loose structure - in that we prefer to touch upon our songs in the form of medleys. We improvise upon established themes, and we rely on our own raw spiritual energy to conduct the pace and feeling of the set. Mood, physical and emotional well-being and atmosphere can either encourage this template toward an ecstatic climax following cathartic release, or it can reveal our own mediocrity, shortcomings and perhaps even fall flat. If you analyzed it mathematically though I'm confident you'd find that in most cases these things go "really well".

Aviez-vous des attentes particulières avec Sinkhole Storm and Standwich ?
Did you have specific expectations from Sinkhole Storm and Standwich?

E : Je pense que l’intention c’était de : 1) Mettre pour une fois la voix humaine de côté. Elle est pour nous généralement très dynamique, nous l’utilisons beaucoup et elle se trouve souvent au premier plan de notre musique ; 2) Laisser tomber le studio : fuir les merveilles de l’overdub pour un temps et essayer de trouver de la richesse dans cette période éphémère, où toutes les choses que tu entends sont aussi nouvelles que la seconde qui suit. La face A de la cassette est complètement live, nous deux sur la bande, et la face B contient un minimum de guitares superposées. C’est le premier enregistrement que nous sortons qui essaie de montrer au monde comment nous fonctionnons dans un contexte live, loin des possibilités sans fin de la création studio ; 3) Passer de la transe à l’euphorie. Pas de paroles, des changements rapides ou des morceaux très courts pour interrompre votre connexion mentale avec la musique. Les faces de 18 minutes, c’est un truc génial.

E: I think the intent was 1) to allow ourselves to let go of the human voice for once. For us, it is a huge asset. We have them and we use them, they are often at the forefront our our music. 2) to let go of the studio, to eschew the wonder of the overdub for a time and to find richness in that ephemeral moment, where all things heard are as new as the next second. The A-side of that cassette is completely live, recorded to tape, just the two of us, and side B has very minimal guitar overdubs. It is our first released recording that tries to show the world how we interact in a live setting, away from the endless possibilities offered by studio creation. 3) it's meant for trance inducing bliss. no words, fast changes or quick song breaks to severe your mental connection to the music. 18 minute sides are a wonderful thing.

Now I Am Become est un superbe album. Pouvez-vous me raconter dans quelles conditions vous l'avez composé ? Tous les morceaux ont une histoire particulière pour vous où naissent-ils spontanément ?
Now I Am Become is a magnificent LP. Can you tell me in what conditions you composed it? All the songs have a particular story for you or were they spontaneously born?

Andy : Now I Am Become est composé d’enregistrements de chansons soignées qui ont pris des années de modification, d’enregistrement et de mixage, ainsi que des impros qui ont donné quelque chose en très peu de jours. Le son le plus ancien sur la version finale de l’album date de 1967, c’est la voix d’Otis Redding qui chante Dock of The Bay, on l’utilise comme contre-mélodie sur l’un des morceaux. Le son le plus vieux qu’on ait enregistré pour cet album date d’octobre 2007 et le dernier d’automne 2010. Certains des morceaux de base (guitares, batterie pour la plupart, ainsi que de l’orgue de temps en temps) proviennent de bœufs enregistrés dans notre salle de répèt' quand on vivait tous les deux à Montréal. D’autres viennent de sessions d’enregistrement plus « sérieuses » avec Sebastian Cowan à La Brique, toujours à Montréal. Et puis on a enregistré nous-mêmes la plupart des superpositions et du chant dans nos appartements au fil des années. Deux chansons en particulier (Big Day Today et plus spécialement Holiness Aside) contiennent du chant enregistré dans un très grand loft en ciment désaffecté pas loin du studio de Sébastian. L’acoustique naturelle de l’espace lui donnait une bonne grosse réverbe.

Rétrospectivement, je trouve que Now I Am Become c’était vraiment pas un album marrant. C’est l’association de beaucoup de mes plus intenses sessions de travail inspiré et productif à des épisodes pas faciles : suicides d’amis, le cancer, moments de dépression, détester et mépriser les gens en général. Mais je suis fier de la musique qui en est sortie et je ne pense pas que les émotions associées à ces jams puissent se ressentir directement à l’écoute ; on y trouve de l’espoir donc, dans le fait que les morceaux peuvent être écoutés et interprétés sans qu’on n’y sente trop l’influence d’une main qui te guide et te dicte tes émotions. J’adore la tournure qu’a pris ce disque et j’aurai toujours du respect et de la fierté pour le travail et les efforts que nous avons fournis avec mon partenaire de composition (mon frère) et nos amis de chez Arbutus, le label qui a sorti le disque.

Andy: Now I Am Become features recordings of some meticulous songs that took years of tweaking, recording, and mixing, and also some jams that came together in a total of just a few days. The oldest sound on the finished record is from 1967, it's otis redding's voice singing Dock Of The Bay used as a counter melody on one of the tunes. The oldest sound that we recorded ourselves for the album is from October 2007 and the last sound to be recorded was in the fall of 2010. some of the base-tracks (mostly guitar and drums, with some organ also) are from jam session tapes recorded at our practice space when we both lived in Montreal, some are from some focused recording sessions with sebastian cowan at La Brique in montreal, and most of of the overdubs and vocals were self-recorded in our apartments and homes across the span of those years. 2 songs in particular (Big Day Today and especially Holiness Aside) feature vocals recorded in a large vacant cement loft next door to Sebastian's studio, using the natural acoustics of the space for long thick reverb.

In retrospect I find Now I Am Become to be a huge bummer of a record. I associate alot of my most intense stretches of inspired and productive work on this record with some heavy episodes: friends' suicides, bouts of depression, getting cancer, and being spiteful and hateful of people in general. But I am proud of the music that came out of it, and I dont think that the emotions I associate with these jams necessarily translate literally or directly to the listener; so its hopeful in that people can hear the tunes and interpret them without too much of a guiding hand conducting how they should feel after hearing them. I absolutely love how the record turned out, and I know i will always look back on the making and releasing of it with respect and pride for the job and efforts put forth by my songwriting partner (my brother) and our friends at Arbutus who put it out.

Now I Am Become et Sinkhole Storm and Standwich sont sortis sur Arbutus Records. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre histoire avec ce label ?
Now I Am Become & Sinkhole Storm and Standwich were released on Arbutus Records. Can you say a few words about your history with this label?

E : Avant qu’Arbutus ne soit un label, c’était deux frères canadiens qui géraient une salle de concert dans un loft à Montréal. Ils avaient de l’importance au sein de la communauté ainsi que pour notre musique. Ils nous ont aidés à mûrir en tant que musiciens en organisant des concerts et des événements dans lesquels nous pouvions jouer. L’endroit a fini par fermer mais ils ont continué à travailler avec les artistes qu’ils avaient rencontrés là-bas. Alors que nous avions toujours sorti notre musique nous-mêmes sur notre label Does Are, nous avons réalisé que si nous voulions finir par travailler avec d’autres labels et distribuer notre musique autrement que par nos propres moyens, nous ne pourrions le faire qu’avec des amis et des gens dignes de confiance. C’est ce qu’Arbutus a été pour nous. Ils nous fournissent la liberté dont nous avons besoin pour sentir que nous ne sommes pas en train de créer un produit purement commercial, mais une œuvre d’art dont nous pouvons être fiers et qui supporte nos idéaux. C’est pour tout cela que nous leur en sommes très reconnaissants.

E: Before Arbutus was a label it was two Canadian brothers running a loft venue in Montreal. They were important for the community and for our music as well as they would host shows and events that allowed us to mature as musicians. After the venue was shut down they wanted to continue their work with the artists they'd befriended in that space. While we have always self-released our music on our label Does Are, we realized if we wanted to finally work with other labels and means of distributing our music beyond our means, that it could only be with friends and people we trusted. Arbutus has been that for us. They allow us the amount of freedom we need to feel like we aren't creating a product for someone else to sell, but an idealized piece of art that we can stand behind and be proud of forever. They are good to us and for that we are very thankful.

J'aime beaucoup Eola. Avez-vous d'autres side-projects ?
I like Eola a lot. Do you guys have any other side-projects?

E :  Eola c’est mon projet solo, c’est mortel, faut que t’écoutes. Andy a sorti trois trucs en solo depuis 2011 sous le nom d’Andy Boay. Il s’agit de diverses et superbes créations à la Andy qu’il faut aussi absolument écouter. On joue également tous les deux dans un groupe nommé High Rise 2 avec Jess Hicks de Montréal, on y fait des reprises, de High Rise et de Mainliner pour la plupart. Andy et Jesse jouent tous les deux dans Sugar Boys avec Riley Fleck (Hammond Ri, TOPS) à Montréal. On peut dire de ces deux projets qu’ils sonnent genre ''heavy-speed-psych''.

E : Eola is my solo project, it's sick you must hear it. Andy has 3 solo releases from 2011 under his name Andy Boay, which are diverse creations of Andy-beauty which you must also hear.  Together we are currently in a band called High Rise 2, with Montreal's Jess Hicks where we cover songs mostly by High Rise, and Mainliner. Andy and Jesse both play in Sugar Boys with Riley Fleck (Hammond Ri, TOPS) in Montreal. Both of these side projects could be described as heavy-speed-psych. 

Qui sont vos amis ? Comment trouvez-vous la scène musicale au Canada ?
Who are your friends? What is the music scene like in Canada?

A :  Nos amis sont les artistes qui nous inspirent à travers leur façon de faire de la musique, ceux qui en ont une approche intéressante, décomplexée, sans prétention, libre, positive, ouverte et séduisante. Des créateurs qui apprennent d’eux-mêmes et des autres et qui partagent volontiers leur stimulation créatrice avec ceux qui les entourent. La scène musicale au Canada est similaire à celle des États-Unis : certains la représentent plus que d’autres, mais elle existe bel et bien et continue d’être un chapitre actif et stimulant pour ce que nous faisons moi et mon frère, notre engagement.

A: Our friends are the artists who inspire us with their interesting, unapologetic, unpretentious, free, positive, open, and engaging approach to making music, the musicians who aren't stimulated by bullshit or excited by hype. Creators who teach themselves and ask to be taught, who share the excitement of creation willingly with everyone around them. The Music scene in Canada is similar to that of the states, in that it has people who embody this and some people who don't, but its quite alive and has been (and continues to be) an active and exciting chapter in me and my brother's engagement.

Vous venez bientôt jouer en Europe et à Paris. Quelle importance a la scène pour vous ? 
Soon you will be playing in Europe and in Paris. How important being on stage is for you?

E :  Je pense qu’on compte sur la scène pour se lâcher, faire un peu de provoc', se faire mal, se faire peur et au final, pour finir par se sentir hyper bien à chaque fois. C’est genre : « Merci d’être venus nous voir et nous écouter, je fais ce truc pour m’ouvrir à vous, j’espère que vous pourrez vous lâcher à votre tour et vous ouvrir à nous pour que toute cette énergie cérébrale s’envole et nous revienne en flèche, histoire d'alimenter de nouvelles sensations et de nouvelles idées. »  Les concerts c’est important, c’est l’arène de l’artiste. C’est la pierre à aiguiser de nos talents musicaux et en fin de compte, c’est une excellente façon d’occuper vos soirées.

E: I think we rely on that stage to let loose, reveal some bravado, get hurt, get scared and ultimately, every time, feel amazing. It is "Thank you for listening, thank you for watching, this is me doing something for you to reveal myself to you, to open myself to you, and in turn hopefully you'll let go and open yourself up to us, and we'll all let those brain spirits out to fly around and swoop up new feelings and ideas and then return". The live setting is an important arena for an artist. It's a sharpening stone for our musical talents and ultimately, a great way to spend your evenings.

Traduction : Matthieu Ortalda

Tournée

18 mai - PARIS @ L'ESPACE B
19 mai - NANTES @ STACKHANOV
22 mai - MARSEILLE @ L'ENTHROPY
24 mai - DIJON @ DEEP INSIDE
25 mai - LYON @ SECRET SHOW


Xiu Xiu l'interview

Il est toujours là, sur scène, transpirant à grosses gouttes, à susurrer dans une agonie théâtrale ses bonnes vieilles petites formules telles que « incinère-moi avant de jouir sur mes lèvres », ou à hurler soudainement comme si on lui arrachait une jambe en lui disant que son père était en fait sa mère. Voilà dix ans que Jamie Stewart défend Xiu Xiu, une des meilleures formations indie à fournir quasi-annuellement un brillant album de musique pour gens à problèmes. Dix ans de mal-être toxique, de tragédie d’être vivant, de pop songs accidentées, de plaies rouvertes. Huitième du nom, le bien nommé Always (lire la chronique) creuse encore le même sillon pavé d’orties. On y trouve un morceau sur Gul Muddin, adolescent afghan tué pour le fun par des soldats américains ; un autre sur la tentative de suicide d’un membre viré l’année dernière, écrit par le-dit membre ; une déclaration pro-avortement sur fond de chaos industriel ; un tube limite disco-rock sur la douleur de vivre ; beaucoup de surréalisme gore, de violence romantique, de choses personnelles – comme d’habitude. En découvrant la chose, on se demande d’abord « pourquoi encore ? » puis on se dit vite « parce que toujours ». L’icône alternative américaine Stewart, qui n’est pas avare en mots en a échangés quelques uns avec nous avant sa date parisienne le mois dernier.

Here he is again, on stage, sweating heavily, whispering in affected agony his good old lines such as « cremate me before you cum on my lips », or screaming suddenly as if his leg had been chopped off and someone told him his father actually was his mother. For ten years now, Jamie Stewarts defends Xiu Xiu, one of the best indie combos that supplies almost annually one brilliant album of music for people with problems. Ten years of toxic self-loathing, existential tragedy, bruised art-pop songs and re-opened wounds. The eigth of its kind, the aptly titled Always still digs the same nettles-paved ditch. Here you can find a song about Gul Muddin, an afghan teen killed for sports by American soldiers ; another one about the suicide attempt of a band member fired last year, written by said band member ; a pro-abortion declaration with a chaotic industrial background ; a simili-disco-rock hit single about the pain of being alive ; a lot of gore surrealism, romantic violence and personal things – as usual. When you first get to hear it, you can’t help thinking « why again ? » and then realize « 'cause that’s forever ». American alternative icon Stewart, who’s not sparingwith words, shares a few ones with us before his Parisian date last month.

Xiu Xiu n’a jamais eu de changement radical d’état d’esprit, la violence et la tragédie ne cessent de se développer. Est-ce que la haine de soi se nourrit d’elle-même ?
There’s been no radical change of mood in your art within ten years, it still develops the same violence and tragedy. Does self-hatred feed itself?

La haine de soi ne fait sûrement rien pour s'aider elle-même ! Quand on a commencé ce groupe, l'idée était d'écrire sur ce qui se passait dans nos vies, dans nos familles, ainsi que sur la politique. Toutes ces choses-là sont constamment restées du côté obscur, ainsi le groupe ne fait que refléter ces expériences. Néanmoins, chaque morceau n'est pas le plus sombre que l'on n'aie jamais écrit, il y a une certaine graduation (rires) ! On peut en trouver quelques uns qui ne traitent pas de sujets si durs que ça, ça arrive occasionnellement.

Self-hatred surely doesn’t help itself! When we started the band we decided that we would always write about what was going on in our lives, about politics, and our families, that has been consistently on the bleak side, so the band is only reflecting the experience of the band members and the politics. Not every single song is the darkest song we ever wrote. There’s a certain graduation (laugh). There are a couple of them that aren’t about dark subjets at all, they sneak in occasionally.

Dear God I Hate Myself était conçu comme un album très pop et immédiat. Quel était la ligne directrice de Always ?
Dear God I Hate Myself was meant to be a straightforward pop album. What was the approach with Always?

Tout a été un peu moins contrôlé que sur le précédent album. Avec celui-ci nous avons été très attentifs à écrire 12 pop songs aussi bien que nous le pouvions, en quelque sorte, écrire des "pop songs". Il y avait encore moins de direction esthétique que sur nos précédents albums. Normalement j'ai toujours une idée du ton général du disque, mais ce n'était pas le cas avec Always.

It was a little bit less considered than when we did DGIHM. With that one we were very much attentive to write twelve pop songs, as well as we can, you know, write "pop songs". Less than with any other record, we didn't have any aesthetic certainty with that record. With most other records, I think I had an idea what the tone was gonna be like, and it was not the case with Always at all.

La brutalité et l’intensité de Xiu Xiu sont-elles cathartiques ?
Are the brutality and intensity of Xiu Xiu cathartic?

Ce n'est pas cathartique, ça n'évacue pas tous ces sentiments, mais ça leur donne une sorte de signification autre que celle de se sentir tout simplement mal. Ça permet de les mettre dans un endroit, au lieu de les transformer en un comportement destructif. J'ai toujours été incroyablement dépendant de la musique pour organiser ma vie émotionnelle. Ça évite juste de rendre les choses ingérables.

It's not cathartic, it doesn't make these feelings go away, but it certainly gives them some meaning outside of just feeling horrible. It gives a place to put them instead of just putting them into destructive behavior. I've been incredibly dependent on making music to organize my emotional life. It just keeps things from getting too out-of-hand.

Les arrangements de Xiu Xiu sont éternellement saturés et chaotiques, comme si vous essayiez de fourrer un maximum d’éléments dans tous les morceaux. Comment est-ce que tout ça s’articule ?
Your arrangements are eternally busy and saturated, as if you were trying to shove the maximum amount of elements in every track. How do you articulate all that?

C'est très vrai (rires). Sur le prochain disque, on compte travailler avec un producteur, et il nous a conseillé d'essayer de faire exactement le contraire de ça et de voir ce que nous pouvions produire en nous limitant au moins d'éléments possibles. C'est clairement un défi. Nous avons toujours reposé sur des couches et des couches de son, de chaos, et je suis curieux du résultat. Je pense qu'au point où nous en sommes il est important d'essayer quelque chose de différent. Mais tous les disques que j'écoute ont toujours été très saturés. Nous sommes très influences par le Gamelan, où 6 ou 7 choses peuvent se passer en même temps.

All that is pretty accurate (laughs). We're going to work with a producer on the next record and he said that we should try to do the opposite of that and see what it would be like to have the least amount of things going on as possible. That's a kind of a challenge indeed. We've always relied on layers and layers of sound, and chaos, so I'm curious about the results. I think at this point it's important to try something different. I think all the records that I've liked in my life have always been that way. We've always been influence by gamelan music, with 6 or 7 things happening at the same time.

La précédente tournée était un pensum apparemment (cf. un de ses articles dans le Huffington Post). Celle-ci, elle donne quoi ?
The previous tour was a torture apparently (check one of his Huffington Post articles). What about this one?

Cela ne fait que quelques jours qu'on a commencé celle-ci, donc tout va bien. Rien ne nous est arrivés pour le moment, rien de comparable à ce que je décrivais dans le Huffington Post. C'est même plutôt plat (rires) ! Le groupe avec lequel j'ai bossé ces quelques dernières années ne jouait tout simplement pas bien, et je ne m'entendais pas bien du tout avec eux, c'était juste lourd.

This one's only a couple of days in. Nothing happened to us during that tour, compared to what I described in the Huffington Post. This one's only boring (laughs). The band I had been working with in the past couple of years, we knew that she only able to do it for a couple of years and that she had to be back to school, so I had to find some other people, and I just didn't get along and I think they played really poorly so it was a drag.

Dans ta présentation sur le Huffington Post, tu dis être en train de gâcher ta vie et que Xiu Xiu est juste un moyen d’immortaliser tout ça. Qu’est-ce qu’aurait été une vie pas gâchée ?
In the Huffington Post description of yourself, you wrote that  you were wasting your life and Xiu Xiu was a way to document it. What would have been a life not wasted?

Je pense juste que je voulais faire le malin dans ma description… Une vie qui n'aurait pas été gâchée ? Une vie au service direct des autres, travailler dans le social par exemple. Ou probablement une vie avec quelqu'un qui soit plus apte à avoir des sentiments (rires). Le but du groupe est de faire ça bien sûr, ou en tout cas on essaye d'approcher les choses comme ça.

I think I've just been cheeky in my description… A life not wasted? All life in direct service to other people is not wasted. Working in services for instance. Probably a life with somebody who is more capable of feelings (laughs). the point of the band is to do that of course, we attempt to approach it that way.

Gul Middin, Factory Girl, I Luv Abortion expriment tous une dissidence politique plus forte que jamais chez Xiu Xiu. Ça fait comment d’être quelqu’un comme Jamie Stewart aux USA en 2012 ?
Gul Muddin, Factory Girl or I Luv Abortion express a stronger-than-ever political concern in Xiu Xiu. How does it feel to be someone like Jamie Stewart in the USA in 2012?

Les temps sont durs pour qui que soit aux USA actuellement, du fait de la situation politique actuelle. Tout semble encore plus grave et malsain qu'à l'époque de Bush, ce que je ne pensais pas possible. Tout est là pour nous diviser. La droite semble être dirigée par des gens encore plus débiles qu'avant, ce que je ne pensais pas humainement possible non plus. Les gros candidats républicains sont encore plus terrifiants que Bush, et plus extrêmes. C'est carrément flippant parfois. Si Obama est réélu ça se fera sur une toute petite marge. Il n'a rien d'extraordinaire de toute façon, je ne l'aime pas plus que ça, mais au moins il ne me terrifie pas. Tout le monde semble être devenu totalement dingue dans sa manière de considérer les services sociaux, la protection de la santé, les droits civils. J'ai du mal à croire à quel point la droite est devenue vicieuse. J'ai demandé à ma mère comment elle percevait ça, puisqu'évidemment elle est plus âgée que moi comme n'importe qui pourrait s'en douter, et même elle m'a dit que c'était la période la période la plus violente qu'elle ait vécu. La droite a tendance à être très puissante étant donné qu'elle a été au pouvoir pendant un bon moment avant Obama, et depuis qu'il a été élu, le fait qu'ils devraient prendre en compte l'humanité ne serait-ce qu'une seconde était plus qu'ils ne pouvaient tolérer. La réaction est donc très brutale.

It's a difficult time to be just anyone in the US at the moment due to the political situation. It seems even more fucked than it did during the Bush era, which I didn't think was possible. It's incredibly divisive. The right wing seems to be run by even stupider people than it was, which I also didn't think was humanly possible. The big right wing candidates are actually even more terrifying than Bush, and more extreme. It's very worrying sometimes. If Obama gets elected, that would be with a very slim margin, well he's not great, I don't like him particularly, but he doesn't terrify me. People seem to be fucking out of their minds, in the way they're considering social services, health care, civil rights. I can really not believe in how vicious the right wing has become. I asked my mom about this, about how she perceives this, as she's obviously quite a bit older than me as anyone would expect, and she said that was the roughest she's ever witnessed. The right wing tends to be incredibly powerful as they've been in power for quite a while before him, and since Obama got elected, the fact they would have to consider humanity for a second was more than they could bear, so the reaction to that is that they became much more brutal.

Qui s’est fait tatouer pour la pochette du dernier album ?
Who got tattooed for the sleeve?

C'est mon frère qui s'est fait tatouer pour la pochette. Il avait déjà fait le design de plusieurs de nos pochettes différentes et un jour il a débarqué en nous disant : "J'ai une idée incroyable, on doit faire ça". Nous sommes très proches, c'était donc très touchant. Il a beaucoup de tatouages donc ce n'est pas non plus comme si c'était le seul tatouage qu'il avait, mais j'ai été très ému par son dévouement !

My brother got tattooed for the sleeve. He has designed several of our last records sleeves, and he came up some day saying "I have an amazing idea, we have to do it". My brother and I are quite close so it's very touching. He has a lot of tattoos so it's not like it's the only tattoo he has, but I was very moved by his dedication!