Cachette A Branlette l’interview

Texto reçu mercredi soir : « Salut c’est Florian de Cachette A Branlette. Les paysans ont coupé les fils qui relient ma ferme au monde extérieur. » Embêtant, surtout pour lui, mais pas de quoi compromettre l’interview qui suit et la mixtape aussi barrée que géniale qui va avec. On rembobine dans la précipitation, Cachette A Branlette est le projet analo-tropicalo-disco de Florian Steiner – également maître à bord d’Unas. Seconde sortie du label Rennais Poussière d’Époque, son premier LP éponyme, constitué sur la base d’une cassette autoproduite en 2014, est sorti le 13 octobre dernier. En concert demain à La Jarry à Vincennes dans le cadre du Festival Serendip (lire) on en a profité pour lui poser quelques questions.

Cachette à Branlette l’interview

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Formellement, tu as tellement d’alias et de projets parallèles qu’il est difficile de cerner les directions données à ta musique. C’est voulu ? La dispersion pour toi est-elle vecteur de créativité ?

Ce n’est pas vraiment un choix mais plutôt mon caractère dispersé à vouloir tout faire, du coup ça me permet de différencier un peu les différentes directions et de mettre des pancartes sur tous les sentiers du labyrinthe. Je ne pense pas à l’aspect partage/promotionnel lors de la composition, c’est plutôt une pratique nécessaire, égoïste, qui donne de la satisfaction. Il est bon de se perdre.

Du noise au grindcore, en passant par l’indus et l’expé, comment en es-tu venu à Cachette à Branlette ?

Cela doit être lié à l’évolution de la musique que j’écoute, j’ai tendance à vouloir reproduire les choses qui m’interpellent, les refabriquer, les réinventer, tout mélanger, les énergies et les émotions. Cachette à Branlette à la base c’était mon fourre-tout de compositions sans limites d’ambiance. Le nom est né lors de mon inscription à un blog nommé « dimanche minuit » où il fallait balancer un nouveau morceau par semaine avant le moment M imposé par le titre du blog. Je l’ai réutilisé par la suite sur un autre blog musical « Le Marathon de la Semaine » et pour titrer des morceaux ou autre galettes en format web sorties sur Los Emes del Oso ou mon bandcamp.

Les propositions de concerts sont arrivés après la sortie d’une cassette auto-produite « Disco & Tropical Wave », où je m’amusais à produire une sorte de musique électronique dérivée de ce que je m’imagine être la disco et le soukous. Cela a un peu défini le type de son que je produis maintenant en live et je ne m’empêcherai pas de le faire évoluer vers tout autre chose dans le futur.

C’est aussi l’occasion de faire une pause avec Unas, je ne trouve plus rien de bon à reproduire la performance et j’aimerais le faire muter dans quelque chose de différent mais toujours basé sur l’énergie et la transe.

Depuis une petite dizaine d’années, on semble redécouvrir les vertus des synthés analogiques et pratiquer le pastiche facile des années quatre-vingt. Qu’est ce qui te motive dans ce projet 100% analo-disco ?

C’est tellement bon de tourner des gros boutons sur des machines qui font des beaux bruits. Et puis comme j’ai tendance à me disperser, il est bon pour moi de mettre l’informatique de côté en création musicale. J’ai perdu beaucoup de données et dans le gros stock qu’il me reste, la plupart sont illisibles car je ne suis plus dans la même config logicielle qu’à l’époque. Entre dispersion, pertes, manque de limites et de durée de vie, la frustration et les possibilités infinies m’ont poussé sur le chemin du tout en dure.

Le nom du projet semble mettre une certaine distance par l’humour. Appliques-tu cette même distanciation vis-à-vis de ta musique et du public ?

Je ne suis pas certain de bien cerner la question, en tout cas ça à l’air d’en faire rire certains, c’est pas très vendeur mais peu importe, et puis ça peut lancer des discutions sur les pratiques introverties, la masturbation et autres sujets charnels auxquels je participe volontiers.

Tu viens de Brest. Cela a t il une influence quelconque sur ta musique ? Est-ce un endroit idéal en terme de scène et de collectifs ou tu fonctionnes plus par le biais d’internet et de connexions faites lors de tes concerts ?

J’habite dans le Finistère depuis quelques temps mais il me reste à y découvrir beaucoup de choses. Je suis né et j’ai grandi dans le Jura Suisse avant de passer quelques années en Alsace. J’ai l’impression qu’il y a pas mal de potentiel autour de Brest même s’il n’y a pas autant de concerts de musique tordue que dans les coins les plus réputés pour ce genre d’activité. Pour la connexion, oui, ça vient plutôt quand tu fais la bringue, les concerts ou via les copains, la famille de la musique déviante.

Tu peux nous parler de Poussière D’Époque, label sur lequel tu sors le premier LP de Cachette à Branlette ? Niveau label, avec quelles autres structures tu aimes enticher ?

Je ne connaissais pas le label avant d’avoir une proposition de disque mais je connaissais un peu les loulous via leur magasin de disques à Rennes, Blindspot.

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S’agissant du LP justement, tu peux nous raconter son histoire ? Le choix a été difficile entre les différents morceaux ? Et peut être le signifiant de cette magnifique pochette ?

C’est en fait une transposition sur vinyle de la cassette « Disco & Tropcial Wave » auto-produite en 2014. Après un dépôt chez Blindspot la proposition est apparue et il a fallu bien entendu faire quelque choix pour tailler dans les 1h30 de la pièce originale. Pour la pochette, c’est une carte blanche à Macula Nigra et je crois bien qu’il est tombé très juste !

Tu joues assez régulièrement sur scène via nombre de tes alias, que ce soit pour le Sonic Protest ou très bientôt au festival Serendip. Quel approche as-tu de la scène et du contenu de tes live ?

C’est la confrontation directe entre le coeur du sanctuaire et le reste du monde, c’est bon pour l’évolution et pour sentir le goût et voir la couleur du jus qui sort du fruit quand tu l’as bien pressé. C’est une sorte de libération d’un truc contenu quelque part.

Justement, tu peux nous dire quelques mots sur le Serendip auquel tu participes cette année ?

Le grand mystère! La programmation me plait bien avec quelques projets inconnus et je me serais bien fais tout le festoche si l’emploi du temps me le permettait. J’ai hâte de découvrir tout ça sur place, les gens et les concerts.

En quelques mots, tu peux présenter ta mixtape ?

Je pensais faire un historique musical de ce qui m’emmène ici mais je me suis très rapidement perdu dans la bibliothèque sonore, la dispersion encore…

Audio

Mixtape

01. RANDOM SWISS FOLK 03
02. DIAMANDA GALAS – FAUST EROS TOD A3
03. PROSTETHIC CUNT – VOMIT-STUFFED RECTUM
04. INTESTINAL DISGORGE – INTESTINAL COLLAPSE AND MELTING
05. GORGOROTH – BLODOFFER
06. WHITEHOUSE – RAPEMASTER
07. LAIBACH – NOVA AKROPOLA
08. AMEN BREAK
09. SERGE VORONOFF BANDE – QUATORZE
10. CLUB MORAL – NAZIS OF THE NIGHT
11. DAVID KRISTIAN – LA DERNIERE VOIX
12. KAA ANTILOPE – RISE UP HELICTOPTER
14. CROMAGNON – RITUAL FEST OF THE LIBIDO
15. THE MAKERS OF THE DEAD TRAVEL FAST – TWISTING TOXIC FORMS
16. UNKNOWN 05
17. GOBLIN – LAVIA DELLA DROGA
18. ENREGISTREMENT RADIO EN SUISSE
19. MEIKO KAJI – ZENKYOKU SHU – YADOKARI