Alpine Decline, interview & chronique

S’ils furent trop vite cantonnés à essuyer les plâtres de collisions multiples entre Ride et Mercury RevSuede et My Bloody Valentine, les Américains d’Alpine Decline ont, en trois albums, pertinemment inscrit psychédélisme et shoegaze dans leur patrimoine génétique. Depuis leur formation en 2010 en tant que side-project de Mezzanine Owls, Jonathan Zeitlin et Pauline Mu n’ont eu de cesse de distendre les canons pop conventionnels pour injecter dans leur verve créative de pénétrantes effluves de guitares hypnotiques. Le plus souvent recouvertes d’un halo trouble de distorsions, celles-ci confèrent une inestimable once de caractère à leurs morceaux où l’évidence mélodique tutoie sans discontinuer une éminente exigence en terme d’écriture. Efficaces sans être bordéliques, savamment agencées sans être ni froides ni pénibles, les compositions d’Alpine Decline n’ont jamais à se réfugier derrières de pseudos apparats lo-fi pour maquiller une quelconque faiblesse. Un savoir faire culminant dès 2011 avec Disappearance (lire) – album de transition tant géographique, le groupe ayant brusquement déménagé à Pékin, que stylistique – et désormais perpétué, voir dépassé, sous la férule de Yang Haisong avec Night of the Long Knives – à paraître le 4 février prochain sur Laitdback Records.

Ayant définitivement trouvé ses marques dans l’immensité pékinoise, radicalement différente de sa Cité des Anges au ciel céruléen d’alors, le couple épure ses structures en réponses à la brume dégagée par la respiration quasi-inhumaine de la ville, épousant son quotidien sans pour autant l’étouffer. Entraînantes (Drunk on Crystal FireNo Cosmic), intenses et denses (Personal HistorySleeping GasLike, Like, Like) ou délayées sur la durée (l’inaugurale Day 213, le diptyque Levitate/Candle in a Skeleton), les aspirations d’Alpine Decline mutent progressivement vers un indie rock certes plus compassé, mais indéniablement rare et personnel. Rare parce qu’au dessus du lot, personnel car tuant instinctivement les pères pour se plier uniquement à sa propre filiation, chaque album étant conçu telle une suite du précédent. Comme signifié par Jonathan dans l’interview qui suit, l’ambiance de Night of the Long Knives, si elle ne se contextualise pas intuitivement dans les “décombres” de la Chine d’aujourd’hui, et si elle ne doit rien à la référence historique contenu dans son titre, est à mettre en perspective avec une inaltérable tension binaire, due au déracinement, et où tout s’oppose : sentiments, langage et mode de vie. Si l’on essaie d’imaginer ce qui préside à leurs déambulations noctambules, très vite l’on saute des hutongs chinois à un monde interlope, “nous traînons dans les ruelles sombres du monde”, en passant par une conceptualisation inédite et remarquablement énoncée : “Il n’y a pas de séparation entre l’Orient et l’Occident : il y a seulement le monde que nous créons. Il n’y a pas de séparation entre le chinois et l’anglais, seulement le langage que nous parlons. Il n’y a pas de Pékin, il y a la ville sombre où nous nous sommes écrasés ; il n’y a pas de Sierra Nevada, seulement nos montagnes magiques.”

Audio

Interview

Quelques mois après Disappearance, vous sortez maintenant Night of the Long Knives. Est-ce que cet album est pour vous une étape supplémentaire dans l’approche de votre musique ?
A few months after Disappearance, you bring out Night of the Long Knives. Is this record an additional stage in your approach of your sound?

Il est convenu de penser que la discographie d’un artiste suit une trajectoire d’évolution, ou une courbe parabolique en cas de succès, mais nous préférons considérer nos albums comme une série de fictions, à la manière d’un feuilleton. Comme nous nous trouvons dans un processus de création continue, je pense qu’il faut considérer les différences soniques sur Night of the Long Knives comme le résultat de conditions de travail radicalement différentes depuis que nous habitons dans l’est de Pékin et que nous collaborons avec Yang Haisong – à comparer avec Visualizations & Disappearance, produits par M. Geddes Gengras. L’intervalle entre nos deux derniers albums est en réalité le plus long de notre carrière, en raison de certains ajustements et ré-alignements rendus nécessaires par notre nouvel environnement. Mais dès le moment où un album est terminé, nous commençons à travailler au prochain.

Vous pouvez prendre n’importe lequel de nos albums sur votre étagère, enclencher le tourne-dique, mettre des écouteurs sur vos oreilles et retrouver le monde familier d’Alpine Decline… Mais il y a toujours des différences dans l’écriture et l’atmosphère qui correspondent à l’histoire et aux thèmes de l’album. Night of the Long Knives se déroule dans le monde enivrant et éphémère où nous avons atterri en venant en Chine, et à ce titre se situe dans la lignée de Disappearance. Nous avons pris la décision raisonnée de faire le lien entre l’atterrissage forcé de la fin de Disappearance, le morceau Frontier Religion, et Day 213, la première chanson de Night of the Long Knives, où l’on émerge des décombres.

It’s habit to think of an artist’s discography as following some evolutionary line (or a parabola of achievement), but we think about our albums more like serialized genre fiction – more episodic. Because our process is more or less unceasing, I think it’s fair to say that the sonic differences on Night of the Long Knives are the product of the radically different working conditions in East Beijing and collaborating with Yang Haisong (rather than Visualizations & Disappearance producer M. Geddes Gengras). The space between the last two albums is actually the longest we’ve had between records, owing to some adjustment and realignment in our new environment, but the moment we finish an album we more or less begin working on the next one.

Hopefully you can pull any of our records off the shelf, drop the needle, slap on some headphones (or shove tiny rubber-tipped plastic nubs in your ears) and find yourself in the familiar world of Alpine Decline, but there are always differences in the songwriting and atmosphere that are suited to the story and themes of the album.  Night of the Long Knives is set in the heady, ephemeral world we landed in after moving to China, and in that sense its story continues from Disappearance. There was a conscious decision to bridge the estranged landing that occurred at the end of Disappearance (in Frontier Religion) with the emergence from the crash-site rubble on Day 213 – the opening track on Night of the Long Knives.

L’inspiration provient souvent de l’environnement. Qu’est-ce que Night of the Long Knives doit à Pékin ?
The inspiration often arises from the environment. What owes Night of the Long Knives to Pekin?

Il serait erroné de dire cet album se déroule à Pékin en tant que Pékin, République populaire de Chine (39° 55’ N, 116 ° 25’ E), mais l’environnement dans lequel nous vivons est intimement lié à l’environnement de l’album. Ou plutôt, je ne cesse d’imprimer le monde de l’album sur mon environnement. Pékin est une ville gigantesque, à l’intérieur de laquelle les gens vivent des vies très différentes. Nous vivons dans une zone étrange de la ville, bien loin du centre politique et créatif. C’est un endroit où les étrangers sont rares et privé du confort occidental, et où il est absurdement facile d’imaginer qu’en poussant un peu plus loin de notre voisinage, sur la ligne de métro Batong, on glisse vers un vision contre-utopienne de décombres qui est en réalité plus conforme à ce qu’on trouve partout ailleurs dans cette Chine en développement. Inutile de vous dire que les amis que nous avons rencontrés en faisant de la musique ici ne nous rendent pas souvent visite.

It would be a mistake to say that Night of the Long Knives takes place in Beijing (as in, Beijing, People’s Republic of China, 39, 55 N, 116, 25 E), but the environment we live in is deeply interwoven with the environment of the album. Or rather, I am perpetually imprinting the world of the album onto my surroundings.  Beijing is a massive city, and within its boundaries people live quite different lives, so I should probably clarify that we live in a strange part of town, far flung from the creative or political center.  It is largely devoid of foreigners and Western conveniences, and it is absurdly easy to feel that as you push out towards our neighborhood on the Batong Line, you are slipping into the crumbling, dystopian vision that is actually more commonly found elsewhere in developing China.  Needless to say, the friends we’ve made playing music here do not visit us at our home. 

Le nom de ce quatrième album fait référence à une période sombre de l’Allemagne nazie. Quel sens cela a-t-il pour votre musique ?
The name of this fourth album is a reference to a dark period of Nazi Germany. What’s the sense of it in your music?

Je suis content que tu poses la question – jusqu’à présent on ne nous l’a pas vraiment posée ! Même si je pense que c’est le meilleur titre pour cet album, ce disque ne fait absolument pas directement référence aux Nazis ou à l’évènement historique réel – connu sous le nom du « Putsch Röhm/Opération colibri » du 30 juin au 2 juillet 1934. Dans mon enfance, on m’avait consciemment élevé dans la peur de la Nuit de Cristal, et c’est par hasard, au détour d’une allusion débile dans un roman contemporain, que j’ai entendu parler de la Nuit des Longs Couteaux. En tant qu’auteurs, il n’est peut-être pas approprié de dévoiler les thèmes et les concepts de l’album, mais ceux qui voudront scruter de manière critique ses paroles et son atmosphère pourront faire le lien entre son contenu et l’étrangeté sociale et psychologique de la Nuit des Long Couteaux.

Et puisque c’est probablement loin d’être une réponse satisfaisante… Je dois évoquer un autre aspect du titre que j’apprécie : le caractère accidentellement esthétique de ce nom. Comme nous cherchons à faire de nos albums une histoire sous forme de feuilleton, j’ai cherché un titre qui pourrait servir à un roman de gare vaguement orientalisant. Les « Longs Couteaux » m’ont fait penser au nom d’un gang chinois des rues, et il me suffit de fermer les yeux pour imaginer la couverture d’un comic en noir et blanc. J’ai un drôle de frisson quand ce genre de confiserie esthétique colle avec la partie sale/pénible du travail de création du disque.

Quite pleased that you asked – somehow this has not been asked before!  While I could not think of a more perfect title for the album, the record is not directly about Nazis or the real historical event (as in “Röhm-Putsch/Operation Hummingbird” 06/30/34-07/02/34) at all.  Actually growing up there was a more conscious effort to terrify me with stories of the Night of Broken Glass, and I came to learn about the Night of the Long Knives incidentally through a kind of silly allusion in piece of modern fiction. It’s perhaps not appropriate for us as the authors to massage-out the themes and concepts of the record, but listeners with an interest in taking a critical gander at our lyrics and vibes might be able to connect the social and psychological weirdness of the Night of the Long Knives with the content of our album, Night of the Long Knives.

Since that’s probably a totally unsatisfying answer, maybe I oughta talk about another aspect of the title which I love: the incidental aesthetics of the actual phrase.  In fitting with the idea of our records as serialized fiction, I was looking for a title that might read like the title of a crude western Orientalist pulp novel.  I could imagine “The Long Knives” as some cartoonish vision of a Chinese street gang, and I can almost close my eyes and imagine the noir-comic cover art.  I get a kind of fuzzy/tingly feeling when that kind of absurd aesthetic candy jibes with the real dirt-under-the-fingernails work of the record.

Vous venez de Los Angeles, vous vivez à Pékin et vous produisez vos albums sur un label français. Ok. Pouvez-vous nous expliquer un peu votre mode de vie transcontinental ?
You come from Los Angeles, you live in Beijing  and you put out records on a French label. Ok. Can you explain to us this transcontinental and exciting way of life?

Je suis parfaitement incapable de l’expliquer. Évoluer entre notre existence chaotique dans une ville monstrueuse et sombre comme Pékin et le bleu frais et étincelant de Los Angeles et des montagnes californiennes dépasse à 100 % ma capacité d’expression. Je suis incapable d’exprimer quelle influence cela a sur nos vies et notre pensée. Si j’ouvre la bouche pour l’expliquer, rien n’en sort – une mouche en profite se faufiler. Faire de la musique avec Alpine Decline nous permet d’ouvrir des mondes cachés partout où nous allons dans le monde. Tant que nous sommes prêts à explorer ces coins passablement sombres et louches et que nous refusons de penser au futur lointain, nous arrivons à rencontrer et à devenir amis avec les personnes les plus passionnées et les plus créatives de la planète. Ayant grandi en Ohio, je n’aurais jamais imaginé que ma vie prendrait cette direction. Nous traînons dans les ruelles sombres du monde.

C’est une expérience extrêmement intéressante et quelque peu déroutante d’avoir produit nos albums en Europe pendant cette période étrange. Les gentlemen industrieux qui travaillent chez Laitbac ont sorti Disappearance au moment où nous essayions de construire une vie au milieu des décombres de Beijing et de comprendre comment maintenir un lien avec les États-Unis, en tant que groupe et en tant qu’individus. Dans cette atmosphère mentale frénétique, narcoleptique et à la polarité inversée, nous nous écroulions à la fin de chaque longue et confuse journée. Dans le même temps, nous imaginions que lorsque nous dormions, nos avatars se réveillaient à Paris et vivaient la vie normale et amusante d’un groupe. Le matin au réveil, nous creusions un tunnel à travers la Grande Muraille numérique et nous lisions des bribes d’informations en français qui parlaient de nous et de notre album. Complètement surréaliste. Nous avions du mal à comprendre comment nous pouvions marcher dans les rues et respirer l’air empoisonné, et pourtant nous réveiller tous les matins et lire « Jonathan et Pauline » parler de la sortie de Disappearance sur Laitdbac – comme si nous nous réveillions effectivement toutes les nuits à Paris pour y mener nos petites affaires.

I’m totally incapable of explaining this. This slipping back and forth between our chaotic lives in a monstrous shadow city in China and the warm, sparkly fresh blue of Los Angeles and the mountains of California is absolutely 100% beyond my ability to verbalize.  I literally can’t describe what it has done to our lives and our minds.  I open my mouth to explain, but nothing comes out (a fly goes in).  Playing music, Alpine Decline, has been a key that seems to unlock hidden worlds everywhere we go in the world, and as long as we remain willing to go into some seemingly dark and shady corners and utterly refuse to think about the distant future, we’re able to meet and befriend some of the most passionate and creative people on the planet.  I never imagined, growing up in rural Ohio, that my life might end up this way.  We are wandering down the back streets of the world.

Most interesting and mildly disorienting is the experience of having our records released in Europe during this strange time.  The fine hard-working gentlemen at Laitdbac released Disappearance at a moment when we were both trying to assemble a life in the rubble in Beijing while also trying to understand how our relationship with the US as a band and as human beings would be maintained / mangled.  In this frenzied, narcoleptic, reverse-polarity state of mind we would collapse exhausted at the end of each long, strange, confusing day, and it seemed like while we were sleeping some analogues of ourselves would awake in Paris and conduct the seemingly normal, fun business of being in a band.  We’d wake up in the morning and tunnel through the Great Firewall and read scraps of Internet news about ourselves and our album in French.  Totally surreal.  We could barely understand how to walk down the street or breathe the noxious air, and yet every morning we would read “Jonathan and Pauline” talking about the Laitdbac release of Disappearance as if we really woke up every night in Paris and went about our way.

Jonathan contre Pauline, Alpine contre Decline, shoegaze contre psychedélisme. Est-ce qu’à vos yeux le monde est irrémédiablement séparé en deux ?
Jonathan vs Pauline, Alpine vs Decline, shoegaze vs psychedelism. Is the world irreparably divided in two for you?

Jonathan contre Pauline, Alpine contre Decline” – j’adore cette question ! Elle est en réalité assez pertinente, avec notre monde divisé entre la Chine et l’Amérique, avec la dualité marquée de la vie en République Populaire de Chine, nos existences sont devenues extrêmement binaires. Tout est diamétralement opposé. Notre langage est marqué par la bifurcation. Mon corps est pratiquement déchiré par la force centrifuge.

D’une manière étrange et inattendue, notre antidote à cela est Alpine Decline. Pour la plupart des musiciens, écrire est quelque chose qu’on fait en s’asseyant – vous savez, avec une guitare, un logiciel ou un bloc-notes – ou en faisant un bœuf avec d’autres musiciens. Puis vous mettez cela de côté et vous redevenez une personne cool dans un groupe – ou de manière plus réaliste, vous vous emmerdez dans un boulot alimentaire. Si vous voulez écrire un roman, il est préférable de définir une sorte de rituel où à la fin vous posez le crayon, ou éteignez votre portable, faites craquer vos articulations et laisser le travail derrière vous en rejoignant vos occupations habituelles. C’est une astuce pour l’endurance qu’il est nécessaire de maintenir pendant tout le marathon.

Quand nous nous sommes lancés dans Alpine Decline, pour satisfaire l’envie vaniteuse d’infuser un peu plus de profondeur et de sens dans notre musique, nous avons décidé que le travail avec le stylo et les instruments serait plutôt le produit dérivé ou le précipité chimique d’une immersion dans les concepts et les idées qui formeraient chacun des albums. Nous discutions et réfléchissions à tout dans un langage non-musical – en termes d’idées, de narration, etc. – et nous nous efforcions de percevoir le monde « réel » de notre vie quotidienne à travers ce prisme. Tout et tout le temps.

Cela réclame une forme de concentration qui frise l’ennui, car il s’agit de ne jamais laisser les pensées divaguer, d’accepter l’ennui, de refuser de faire l’expérience ou d’absorber quoi que ce soit d’extérieur sans le passer au crible du processus créatif en cours. Et magiquement, en commençant le travail d’écriture et de recherche musicale, « L’Album » se traduisait par une musique plus profonde et plus significative. Nous ne voulons pas faire de la musique ironique ou cool – nous essayons de rester un groupe de rock – mais nous sommes persuadés que ce processus mène à un partage de cette expérience totale et enveloppante. Au début, nous devions nous forcer pour garder cette gymnastique permanente, puis c’est devenu habituel au moment de Visualizations et de Disappearance, et les choses ont pris de l’épaisseur et ont en quelque sorte mis à mal notre capacité à rester à L.A., ce qui a précipité notre départ pour la Chine. Quand nous terminions un album il nous semblait nécessaire de nous concentrer immédiatement sur la construction du monde du prochain, en commençant par quelques traits de pinceaux pour finir par avoir une vision complète de ce monde intérieur en coagulation. C’est devenu naturel, instinctif. Quand je travaille, c’est-à-dire en permanence, je suis incapable de faire l’expérience des phénomènes à l’extérieur de ce monde. C’est comme enfiler une paire de lunettes vertes tous les matins : arrive un moment où vous ne vous rendez plus compte que le monde est « teinté de vert ». C’est même irritant et inconfortable de percevoir le monde sans cette déformation.

Au final, cette méthode s’est révélée être le meilleur antidote à notre situation binaire et tronquée. Il n’y a pas de séparation entre l’Orient et l’Occident : il y a seulement le monde que nous créons. Il n’y a pas de séparation entre le chinois et l’anglais, seulement le langage que nous parlons. Il n’y a pas de Pékin, il y a la ville sombre où nous nous sommes écrasés ; il n’y a pas de Sierra Nevada, seulement nos montagnes magiques. Jusqu’à un certain point, vous pouvez passer nos albums et glisser dans ce monde, et avec un peu de chance, quand vous l’explorer à nos côtés, notre réalité, nos expériences humaines et toutes nos angoisses, bonheurs, peurs paranoïaques, notre cynisme, notre amour et nos colères deviendront aussi réels que votre propre existence. C’est peut-être de la fiction, mais c’est probablement la meilleure méthode que nous avons trouvé pour briser les murs de notre perception personnelle et pour la partager d’une manière humaniste et sincère.

Mais pour répondre de manière plus concise : “Jonathan contre Pauline” = Pauline l’emporte.

It’s actually quite acute; with our world fractured into China and America, with the intense duality of life within the PRC itself, our lives have become insanely binary.  Everything is diametrically opposed.  Language is bifurcated.  My body is practically spinning apart from centrifugal force!

In a strange, unexpected twist, Alpine Decline is actually the antidote.  For most musicians, writing is something you sit down and “do” — you know, with a guitar or software or pad of paper — or you get together with some other people in a room and jam out.  Then you leave it behind and go about being a cool person in a band (or, more realistically, a bored person in a day job).  If you want to write a novel, you’d better learn to develop some ritual that inevitably draws to a close by putting down the pen (snapping shut the laptop), cracking your knuckles, and leaving the work behind while you go about your day.  It’s an endurance thing necessary to keep it up through the marathon.

When we started Alpine Decline, in a kind of vainglorious attempt to infuse a little bit more meaning and depth into our music, we decided actually picking up the pen, picking up the instruments, could be more like the byproduct or the chemical run-off of a totally fixed, immersive dive into the concepts and ideas that would form each album.  We would talk and think about everything in non-musical language — in terms of ideas, narrative, etc. — and we would try to perceive everything in the “real” world, in our daily lives, through this lens.  Everything and all the time.  It’s requires a weird kind of concentration that almost verges on tedium, Never letting your thoughts drift, pushing through and actually embracing the boredom, refusing to experience or absorb anything external without filtering it through our growing creation, “The Album”, would somehow, magically, directly translate into deeper, more meaningful music when we did the actual messy work of writing and kicking out the jamz.  It’s not about making ironic or cool music, or some weird “concept” music — we’re still just trying to be a rock band — but we believed the process would somehow magically lead to a sharing of our experience that was absolutely total and enveloping.  At first we had to force ourselves to do it, to keep it up all the time.  Then it got more habitual (around Visualizations and Disappearance) and things got thicker and kind of chewed up our experience and ability to keep going in LA, precipitating our move to China. The moment one album was finished it became necessary to immediately begin focusing and building up the world of the next album, starting with pencil lines and ending up with seeing absolutely everything through that congealing internal world.  It’s become natural, without effort, instinctual.  As I’m working, which is always, I’m maybe actually unable to experience things outside of that world.  It’s like slipping on green-tinted glasses every morning. At some point you don’t perceive the world as “tinted green”. It is actually irritating and uncomfortable to see the world without the greenish tint.

This has ended up proving to be the best salve for our current fractious, binary situation. There is no separation between East and West: there is only the world we are creating.  There is no separation between Chinese and English, there is only our language.  It is not Beijing, but our crash-site shadow city – it is not California’s Sierra Nevada but our mythic mountains. If it works, to degree it works, you can put on our albums and drop into that world, and hopefully when you are walking through it at our side our very real, human experiences, all our fear and bliss and paranoia and cynicism and love and anger and warmth and terror will be as real to you as your own experience. It might be fiction, but to me it’s maybe the closest we’ll get to breaking out of our individual walls of perception and sharing in a true and humanist way.

But to answer more concisely: “Jonathan vs. Pauline” = Pauline wins.

Traduction : Antoine Roset
Crédit : Liu Lu ( 刘璐)

Tracklisting

Alpine Decline – Night of the Long Knives (Laitdbac Records, 2013)

01. Day 213
02. Personal History
03. Drunk on Crystal Fire
04. Alligator
05. Industrial/Domestic
06. Sleeping Gas
07. Terror of High Ceilings
08. Like, Like, Like
09. Oh No!
10. No Cosmic
11. Levitate
12. Candle in a Skeleton