Who are you Positive Education?

Non, à Saint-Etienne il n'y a pas que la mine et le Chaudron. N'en déplaisent aux Gones. Il y aussi l'infatigable collectif Positive Education, dressant un pont entre post-punk et techno via des soirées au line-up recherché, et dont la première mouture de son festival ayant eu lieu du 7 au 10 octobre 2015 a été abordée en long, en large et en travers (lire). S'exportant aussi bien à Lyon, Paris et bientôt Rennes et fricotant avec des organisations toutes aussi excitantes que sont La Fête Triste ou Danse Noire d'Aïsha Devi, les énergisant Stéphanois fêtent depuis presque un mois maintenant leur quatrième anniversaire, ayant invité pour ce faire les mythiques Barcelonais d'Esplendor Geométrico et s'apprêtant à recevoir le 18 mars prochain à La Coop Samuel Kerridge et Beau Wanzer (Event FB) - soirée pour laquelle on vous fait gagner des places en fin d'article. L'occasion idoine de leur poser quelques questions en plus de leur soutirer un mix signé Antwn.

Positive Education l'interview

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Positive Education est né il y a quatre ans à Saint-Étienne. Pouvez vous me dire comment le collectif s'est formé et avec quel objectif ?

Au départ nous étions 2 puis, 6 puis, 40. Le collectif s’est formé au fil des rencontres, des liens de cœur et envies communes.

L’objectif était de faire vivre notre ville, notre patrimoine mais aussi d'éveiller, de développer des idées, créer des rencontres en organisant des soirées et des concerts avec les artistes que nous aimons.

Aujourd’hui, celui-ci évolue avec la concrétisation de notre festival dont nous avons lancé la pré-édition en octobre dernier et l’envie de monter un label commence à venir. On ressent désormais la nécessité d’une presse locale gratuite et d’une émission radio.

PE compte dans ses rangs une bonne poignée de DJ / producteurs. Pourquoi ne pas avoir monté sur cette base un label ?

Au moment ou nous avons lancé le projet Positive Education, notre ville n’avait aucune envie de recevoir notre esthétique. Nous y avons cru parce que Saint-Étienne ressemble à tout ce que nous aimons dans notre musique.

Il y a quatre ans, nous aurions monté un label inutile, on n'aurait rien apporté, nous n'étions pas prêts, nous n’avions pas la même oreille et c’est sans doute la première chose à retenir. Nous nous sommes toujours dit que, avant de monter le label à Saint-Étienne, nous devrions tous signer sur un label qu’on affectionne, et se laisser le temps de développer une touche singulière. Nous n'en sommes pas encore là, mais ça viendra avec encore un peu de travail.

Le fait de se démarquer et de se regrouper avec PE, est-ce une façon d’affirmer une conception différente de la musique électronique ? En quoi diffère le message, s'il y en a un, par rapport à d’autres entités ?

Nous ne sommes pas certains de cette question, si elle entend les bénévoles ou les artistes.

Dans les deux cas, c’est que du feeling. Nous avons notre conception, nos goûts, nos envies et avant tout nous sommes potes ou amis.

Nous ne jouons pas tous et pas toujours sous PE DJ’s, nous avons également des envies de carrières indépendantes, nous sommes nombreux à avoir des productions de coté avec de nouveaux projets en cours. Parfois nous jouons à deux, parfois à trois, parfois à dix juste par plaisir.

Se démarquer à travers un groupe n’a jamais été un sujet de préoccupation. Pour ce même plaisir, il nous arrive de jouer gratuitement lorsque les déplacements ont pris tout le budget mais c’est pas un problème, c’est un choix. Chacun fait les choses comme il l'entend.

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On l'a bien vu à l'occasion de votre premier festival l'année dernière : vous faites ostensiblement un pont entre précurseurs et musiques électroniques actuelles ? L'un ne va pas sans l'autre ?

Il est un peu dur de situer Ron Morelli avec LIES records ou encore Container, comme précurseurs à travers cette question. Pourtant ils le sont. Ce qui nous intéresse avant tout c’est le cœur et l’originalité.

Nous avons eu Das Ding et Esplendor Geométrico en concert, Jeff Mills en soirée. Nous pensons aussi que Aïsha Devi, Powell, Traxx, et nombre d'artistes que nous invitons ont quelque chose de puissant en eux. Le format première partie perchée, suivie d'un concert légendaire du genre The The ou Severed Heads, poursuivant sur une soirée avec des DJ ou lives, nous paraitrait le meilleur déroulement émotionnel d'une soirée extraordinaire, donc pas toutes les semaines.

Nous écoutons beaucoup de choses, et c’est toujours très plaisant d’inviter un artiste qu’on affectionne depuis très longtemps, mais c’est pas le plus important.

Quelles sont les figures tutélaires de PE ou si tu préfères, les références les plus partagées au sein du collectif ?

Bourbonese Qualk, IXTAB, CP/BW, Charles Manier, Pan Sonic, Blush Response, Rich Oddie, In The Mouth of the Wolf, SΛRIN, Bruta Non Calculant, Taciturne, QUAL, Noumeno…

Lyon a les Nuits Sonores, Saint-Étienne, Positive Education. "Sainté" a-t-elle une influence sur votre manière de concevoir vos soirées ?

Évidemment, notre ville transpire la musique électronique et le rock’n’roll. Nous avons pour souvenir de voir une salle vide devant Agoria et de voir peu de temps après 10 fois plus de monde devant Willie Burns. Très marrant et intemporel.

Il y a de plus en plus d’artistes qui viennent vivre ici pour les bas prix et travailler leurs projets artistiques avec moins de pression financière. C’est peut être ça l’avenir de notre ville. Un laboratoire créatif. La taille idéale pour réinventer le monde.

Vous avez de visibles affinités avec La Fête Triste et Danse Noire. Qu'est-ce qui vous attire dans ces collectifs ? Quels sont vos autres amis ?

La Fête Triste et Danse Noire sont des amis proches, nous avons un immense respect pour eux, leurs choix, leur lecture, leur radicalité, leur beauté.

Danse Noire c’est différent, deux de nos fondateurs ont participé à la naissance de ce merveilleux projet, c’est une famille encore aujourd’hui. Danse Noire pour nous, c’est un grimoire, un livre sacré de la musique, ils connaissent énormément de choses dans de nombreux genres, ils nous fascinent.

Nous avons beaucoup de respect pour les labels et collectifs qui portent de belle identité, des sentiments sincères. Nous sommes fan et ami avec Antinote, BFDM, CLFT, LIES, Gravats.

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Vous fêtez dès vendredi vos quatre ans avec la réception d'Esplendor Geométrico. Peux-tu nous détailler à ta manière le programme d'anniversaire mettant par ailleurs en orbite Samuel Kerridge et Beau Wanzer ?

Saint-Étienne est une ville marquée par le rock, le punk, nous invitons Esplendor Geométrico et Beau Wanzer pour le plaisir des plus radicaux, des plus curieux en mode concert de début de soirée. Finir avec Samuel Kerridge en DJ set, c’est retraverser l'univers musical de l'association et du mois anniversaire. Il y aura du drone, des semblants de post-punk, de l'électro et de la techno.

L’étape au planétarium pour le live de Eomac est une collaboration pour le petit festival du grand espace. C’est un concept que nous allons développer.

On n'aime pas les soirées plates ou totalement décousues. On recherche à travers les racines un line up progressif où on commence tranquillement pour finir fort. Le dernier quart d’heure se passe en fonction du guest le plus important de la soirée généralement, mais pas toujours.

Pour la suite, vous avez quoi au programme ? Une seconde édition de votre festival ?

Une première soirée à Rennes (invités par Leonard Wanderlust) le 1 avril avec Svengalisghost. Le 29 Avril au Fil à Saint-Étienne avec Ontal, Umwelt, Kemaa, PEEV, S.Y.R.O.B. et des locaux de 22h à 5h.

Il serait difficile de ne pas voir naître comme il se doit, ce projet de festival. Nous y travaillons sans relâche. Nous espérons que celui-ci sera le plus intéressant possible, de par sa programmation et les étapes qui seront proposées.

Peux-tu présenter ta mixtape ?

On a dû se partager les podcasts, celui-ci est fait par Antwn (Positive Education - Rennes / Sainté).

Une mix très sombre, pas vraiment facile d'accès je pense mais qui reflète bien ce que j'écoute en ce moment. La technique n'est pas parfaite, mais l’ambiance globale du mix est là !

Mixtape

01. M//R - No Tag No Food
02. Tolouse Low Trax - Rushing Into Water
03. SØS Gunver Ryberg - Skolezit
04. Ron Morelli - In Secret
05. Samuel Kerridge - FLA-4
06. Samuel Kerridge - FLA-6
07. Savage Grounds - Motoric
08. Marie Davidson - The Voyage Out
09. Shapednoise - Until Human Voices Wake Us
10. Pan Daijing - OVERDOSE 猝
11. Noumeno - Phantom! (WSR Re-cycle)
12. ADMX-71 - My Theme Song
13. Not Waving - They Cannot Be Replaced
14. Antigone & Francois X - Pagan Woman

Concours

On fait gagner deux places pour la soirée du 18 mars à La Coop de Saint-Étienne avec Samuel Kerridge, Beau Wanzer et The Pilotwings (Event FB). Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

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On y était : Positive Education à Saint-Etienne

Positive Education, St Étienne, du 7 au 10 octobre

Déjà 3 ans que les larcins de Positive Education commettent des actes de tapage nocturne plus notables les uns que les autres. Si ils ont réussi à faire déplacer dans leur fief stéphanois de grands manitous de la techno à l’image de Jeff Mills et de Paula Temple, c’est lorsqu’ils reçoivent des musiciens s’affairant à triturer la noise et l’expérimental que leurs cœurs battent à l’unisson. Poussé par l’envie de prouver que St Étienne en a sous le coude, le collectif Positive Education créé l’édition immaculée de son festival techno aux larges penchants new wave et post punk et y lie une programmation difficilement égalable tant elle dégouline de saveurs analogiques, valorisant artistes Stéphanois et grands gourous internationaux.

C’est un torrent impétueux qui s’abat sur la ville de St Étienne le weekend du 7 au 10 octobre, remplaçant les cris des supporters de l’AS St Étienne par des flots techno et post punk vivifiants. La ville nous capture et nous pousse dans ses recoins les mieux gardés entres souterrains bétonnés, bars intimistes et lieux empreints d’histoire.

La sauterie commence pour nous le jeudi soir. Les yeux aussi brillants que la brume n’est insistante, l’on se rend à la Tanière ce soir là, habités par le secret espoir de s’enquiller quelques litrons de jus de houblon avec Helena Hauff. On se retrouve happés d’entrée de jeu, admirant l’aplomb des deux malfaiteurs en place ; Judaah, digger émérite du collectif Brother From Different Mother et DJ 7, activiste de l’underground lyonnais chez Groovedge, qui nous font comprendre dès la première décharge techno qu’on ne s’est pas trompés de festival. Notre état d’euphorie laissera place à quelques crises d’épilepsie face à l’univers visuel ultra psyché du groupe local Maha. Occulté dans un coin de la pièce, le synthé s’éveille pour délivrer un son à la fois déchirant et triomphant, limé et déconstruit par les cris du chanteur qui nous balade entre chaos et sentiment d’accomplissement. Habités par ces sentiments confus et un peu ramollis, nous avons pu compter sur l’arrivée d’Helena Hauff pour nous remettre dans le droit chemin. Si la discrète et pourtant très charismatique hambourgeoise était attendue comme le messie ce soir là, on en comprend vite les raisons : techno subtilement tapageuse, références new wave en règle et poussées rock anarchiques font de son set un des meilleurs que l’on ait entendu. La flèche allemande se promène de Tribantura à Pierre Normal aux titres de l'excellent opus Discreet Desires avec une facilité déconcertante. Sur un malheureux mais inévitable arrêt de ce prodigieux spectacle en plein milieu du rappel, nous voyons la fin de notre première soirée se dessiner.

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All photos © Malo Lacroix

Dès le lendemain, le potentiel enfoui de la ville en terme de lieux alternatifs apparaît très clairement. Fièrement dressée dans les rues sombres de St Étienne, la Coopérative est un de ces lieux qui nous font sentir privilégiés dès le pas de la porte franchi. Anciens entrepôts Emmaüs servant désormais de studios d’enregistrement, les souterrains en enfilade de la Coop invitent à la débauche post punk et techno. Underground au sens littéral, le choix de ces couloirs bétonnés prend tout son sens lorsque la techno industrielle d’Hélione et de Rough Copy en b2b nous traine jusqu’à elle. Celui qu’on a hâte de voir, c’est Das Ding, pionnier de Rotterdam, aussi détendu que sa musique n’est exaltante qui a élu domicile dans la salle post punk. Das Ding c’est avant tout l’histoire singulière de Danny Bosten, ce bidouilleur qui va pondre dans les années 80 le chef d’œuvre Highly Sophisticated Technological Achievement avec les moyens de l’époque, en écouler une dizaine de cassettes et le voir se retrouver après 30 ans d’anonymat sur le pointu label Minimal Wave. Le Rotterdamois nous livre un set techno minimal parfaitement équilibré où les beats mythiques de la TR-808 fusionnent avec des nappes analogiques jamais vieillissantes. Son set est une ode à la machine sous toutes ses formes et aux possibilités infinies qui ont découlé de l’invention de l’analogique.

C’est ensuite HxB, fondateur du label Hexibeats, qui va faire faiblir les murs des garages de la Coop à coups de techno tantôt chaloupés, tantôt brutaux. De l’autre côté du couloir, Container prouve aux mélomanes surexcités toute la subtilité que peut avoir la techno à travers la noise ou l’expérimental et son don de provoquer des émotions aussi différentes que délectables. C’est le même type de leçon que fait passer le stéphanois à l’énergie débordante Woodwireavec un set où techno et UK garage s’acoquinent avec brio. L’avant-dernière soirée du festival se finit dans une hystérie générale que ne va pas avoir de mal à capter PEEV, catalysant toute l’énergie du lieu et des festivaliers béats à l’aide de sonorités électro supra efficaces, s’apparentant à de la jungle ou de la drum au fur et à mesure de l’avancement du set. C’est sur cette tornade que le vendredi soir s’achève, ne nous donnant qu’une envie à nous tous : continuer la soirée en se laissant guider par les très accueillants Stéphanois.

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Le lendemain, persuadés d’avoir déjà mis les pieds dans le lieu le plus atypique de la ville, nous nous dirigeons vers le Musée de la Mine. Trois pas et toutes nos certitudes s’écroulent. Un mastodonte de fer géant se dresse face à nous et nous invite à nous engouffrer derrière lui. On se retrouve alors dans un lieu à la limite du réel où le temps s’est arrêté. Après les minutes passées à s’émerveiller devant les vieilles machines d’extraction et la salle des compresseurs que l’on devine derrière les carreaux, il est temps pour nous de nous aventurer dans l’antre de cet impressionnant bâtiment. C’est alors que le moindre son devient immédiatement organique, que chaque crissement est enveloppé par l’ambiance du lieu. La salle des pendus dans laquelle a lieu la dernière soirée de Positive Education a le don de faire se décupler les émotions.

Vêtements de mineurs d’époque dessinant des silhouettes pendues au dessus de nos têtes, rideaux de chaînes flottant dans l’air, lignée de douches laissées là comme si les travailleurs étaient encore présents. On se croit dans une chapelle abandonnée, un lieu où l’on sent une présence, où les sons déstructurés n’auraient pu trouver meilleur refuge. Niveau programmation, la déception de ne pas compter à l’appel de cette soirée Powell et Ekman comme il était prévu s’efface lorsque l’on apprend que Cut Hands et Jan Melnick les remplaceront au pied levé.

Moyö, du label franco-japonais Mind Records, maison de l’excellent Bataille Solaire, a l’honneur d’être le premier à faire revivre les murs de la salle des pendus, il fait se côtoyer basses ténébreuses et voix robotiques au milieu d’une deep techno qui colle au lieu. C’est Broken English Club armé de sa techno grinçante industrielle qui nous propulsera définitivement dans un monde parallèle. On peut alors entendre les machines en ferraille autour de nous se frotter lascivement les unes contre les autres alors que la fumée provenant du sol nous entoure peu à peu. Les sons perçants et tranchants sont relevés par des scintillements analogiques provoquant chez le public un sentiment de flottement ô combien apprécié. Flottement ébranlé de temps à autre pour se délecter des sons de la flûte enchantée de Broken English Club, braillant entre deux percussions. La lourde tâche de passer après le prodige londonien est attribuée au berlinois NGLY, signé chez L.I.E.S, qui nous charme dès la première note avec ses loops infinies et son électro hypnotique ultra cadencée. Au tour de Cut Hands de nous désarmer. Les lumières provenant de la scène s’entrechoquent contre les énormes murs de béton de la salle tandis que les rythmes très soutenus de la noise résonnent englobant sonorités africaines, d’Amérique du Sud ou encore l’improbable samba sur des airs de trance. Alors qu’on commence presque à imaginer les silhouettes suspendues des mineurs en train de se déhancher, Jan Melnick, preux équipier de la Fête Triste apparaît pour débuter le set qui clôturera ce tourbillon sonore du mois d’octobre, rejoint par son compère Moyö. C’est ainsi, dans un vent de techno brute, de house et d’amour fraternel que le festival touche à sa fin, nous faisant nous rendre compte de l’expérience complètement singulière que nous venons de vivre. Quelques jours syndicaux seront nécessaires pour arriver à se détacher de ce monde utopiste. Dans lequel on replongera la tête la première l’année prochaine.