Escape-Ism - The Lost Record

Dix mois de gestation à peine et revoilà le dandy gentiment destroy Ian Svenonius, armé jusqu’au bout du cheveu hirsute de son nouvel album ni perdu ni à perdre : The Lost Record. Chez Merge encore une fois, et le pinceau encore une fois trempé dans un rock’n’roll fiévreux et halluciné. Oh, comme ça promet.

Introduction To Escape-ism (lire) n’avait donc pas fini de faire la révolution. Ian Svenonius, à apprécier ici sous son patronyme Escape-ism, est de tous les fronts. Il ne lâche rien, le bougre, remettant le couvert, y allant franchement de plus belle, avec une nouvelle équipée sauvage de douze titres, tous plus percutants les uns que les autres. N’y vois rien de personnel (Nothing Personal) mais tu sais dès le début du disque que tu vas prendre une sacrée branlée.

Conviant l'idée d'une mythologie un peu galvaudée qu’est le fantasme de la gloire perdue, et ici du disque perdu, Ian Svenonius ajoute le soupçon de drama qui fait de sa musique un jeu si spécial, le fard d’une ambiance prenante. Les claviers déguisent les textes corrosifs, hantés sur (I’m Gonna) Bite the Hand That Feeds. Le spleen et la colère tâchent à l’encre indélébile son écriture, cependant vite recouverts d’un vernis instrumental mordant.

Clavier, guitare, boîte à rythmes, l’environnement est minimal. Et les couinements sont à faire se tordre de jalousie n’importe quel fan des Cramps et des Gories. Le groove et les lignes tout en sensualité de The Feeling’s Mutual également. L’album est dans la parfaite continuité de son dernier coup de guitare comme en atteste Rome Wasn’t Burnt In A Day, retravail du même nom. Il est véhément et tendu. Quand la pochette, bien que dénuée de tout élément extraterrestre zarbi, cligne de l’œil dans la direction du génial Daniel Johnston.

Arrivé à You Darken My Night et l’escalade affolante le constat est plutôt clair : okay, Escape-ism tape encore dans le mille. Avec une classe folle. Que ce soit sur les sonorités cheap à la DEVO de Bodysnatcher ou l’électricité glam de What Sign (Was Frankenstein?), Ian Svenonius s’empare pleinement de son art et donne à vénérer.

Audio

Tracklist

Escape-Ism - The Lost Record (Merge Records, 07 septembre 2018)

01. The Lost Record
02. Nothing Personal
03. I'm A Lover (at Close Range)
04. (I'm Gonna) Bite the Hand That Feeds
05. Bodysnatcher
06. The Feeling's Mutual
07. I Don't Know Where Those Words Have Been
08. Exorcist Stairs
09. You Darken My Night
10. Alphabet's Gotta Be Changed
11. Rome Wasn't Burnt In A Day
12. What Sign (Was Frankenstein)


Escape-Ism - Introduction To Escape-Ism

Escape-Ism, inconnu au bataillon ? Cherche plutôt à Ian Svenonius, une entrée synonyme de Chain & The Gang, de David Candy, des Make-Up, de Nation Of Ulysses, de Weird War, de XYZ, et tu comprendras alors pourquoi parler de premier album fait doucement rigoler. Le grand dadais de D.C. est du coin. Il connaît même plutôt bien la chanson, auteur d’un paquet de brûlots bien engagés comme il faut, du genre à briser les chaînes pour se libérer du gang.

Une fois de plus, il n’y a qu’à lire le nouveau patronyme qu’il s’est dégoté et le nom du disque pour comprendre qu’Ian Svenonius n’est pas près de lâcher le morceau ; Introduction To Escape-Ism sera libertaire ou ne sera pas. C’est donc délesté de tout superflu, avec pour seuls alliés boîte à rythmes, cassette et guitare, qu’il s’est mis en tête de composer son nouveau pamphlet. Un truc qui a de la gueule, plein d’une énergie vintage envoyée le souffle court, et qui te requinque volontiers. Ce pourrait être la traduction musicale d’un Alan Vega plus jeune qui aurait foutu des beignes à Prince. Comme ça, juste pour le plaisir. Avant que ses potes des Black Lips (Zumi et Cole Alexander), gavés aux Gories, maravent à leur tour avec les titres The Stars Get In The Way et Lonely At The Top comme si c’était Lora Logic qui la ramène sous l’œil averti de Kim Fowley. Ou des frères Asheton sur Rome Wasn’t Burnt In A Day, hein ?

Pour parfaire le reluisant tableau, I Don’t Remember You explose le compteur émotionnel, ballade chantée ou mouchée en réalité augmentée, sublime et moche d’un amour-propre un peu piétiné. Iron Curtain est un lieu de perdition qui donne envie de tout abandonner sur place pour se jeter à corps perdu dans cette diatribe sensuelle, soulignée de lignes de guitare enivrantes. Il y a aussi They Took The Waves qui balance des hanches avec une classe folle, et le reste… C’est dire si Merge, adepte des recettes dépouillées à l’insolence punk depuis le bon flair de Sneaks, a eu raison de poser ses pattes sur ce damn good Introduction To Escape-Ism qui hurle à pleins poumons son pouvoir de rébellion. Putain, on voudrait mille satires électriques comme celle-ci.

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Tracklist

Escape-Ism - Introduction To Escape-Ism (Merge, 10 novembre 2017)

01. Walking In The Dark
02. Lonely At The Top
03. Rome Wasn’t Burnt In A Day
04. Iron Curtain
05. Almost No One (Can Have Me Love)
06. They Took The Waves
07. The Stars Get In The Way
08. I Don’t Remember You
09. Crime Wave Rock


Mike Krol - Turkey

Mike Krol a sans doute compris quelque chose de la vie que d’autres ne font que survoler ou cherchent encore. Espiègle comme un graphiste et blasé comme un punk, il a choisi de foutre sa vie en l’air en passant de l’un à l’autre et de sortir en septembre un troisième album, Turkey, aussi foutraque que ses punchlines. Dans son premier LP I Hate Jazz en 2011, à la texture lo-fi complétée par une voix aussi nasillarde que sa guitare, des lyrics balancés comme une mauvaise récitation de CE2 et bourrés de préoccupations aussi superficielles que son approche de la composition, le kid nous vendait avec fraîcheur le quotidien futile d’un Milwaukee lycéen et désabusé. Deux albums et un déménagement plus tard, le désormais Angeleno n’a pas changé sa recette d’un ingrédient, débitant des morceaux de rock potache dépassant rarement la minute et demie dans un enthousiasme acharné et communicatif à ne rien prendre au sérieux, jusqu’à la neuvième et ultime piste, une courte mélodie pianotée à la conclusion volontairement bâclée.

L’adulescent cherche la facilité séduisante d’une approche brute et impudique, dévergondée comme une teenager californienne s’ébrouant ivre et topless dans les vagues nocturnes d’une série B avant de se faire bouffer le cul par un squale — ou un surfeur. Le fuzz crépite de sentiments contradictoires et capricieux, c’est la crise à retard d’un ado soupe-au-lait, indocile, qui refuse de rentrer chez lui dans Suburban Wasteland: “And when I’m in the streets late at night / I start to think too much about my life”. Inférieur à 20 minutes, Turkey ne se sirote pas mais se boit cul-sec comme une Budweiser ouverte avec les dents pour épater les filles: c’est un album du show-off, de la démonstration, dans lequel Krol ne se cache pas derrière la saturation et la réverb mais les revendique comme une posture, une charte mélodique dans sa copy strategy musicale. Frais et accessible, ce nouvel album, à paraître à la rentrée chez Merge Records et dont on peut déjà écouter un extrait ci-dessous, ne révolutionnera pas l’histoire du garage rock mais réjouira les nostalgiques de Jay Reatard, dont on se rappellera qu’il a claqué comme il a vécu: en refusant de quitter l’adolescence.

Audio

Tracklist

Mike Krol - Turkey (Merge Records, 4 septembre 2015)

1. Suburban Wasteland
2. Neighborhood Watch
3. Left Out (ATTN: SoCal Garage Rockers)
4. Save The Date
5. This Is The News
6. La La La
7. Cactuses
8. Less Than Together
9. Piano Shit