On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 3

La Route Du Rock 2015

On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 3

Les organismes se fatiguent peu à peu, mais c'est avec abnégation et le soleil en pleine poire qu'on revient le samedi au Fort Saint-Père, qui plus est tôt, pour ne pas rater l'ouverture de la soirée assurée par ce gredin d'Only Real: une entrée en matière idéale, tant la musique du londonien semble parfaite pour adoucir les gueules de bois les plus sévères mais aussi réveiller les palais les plus assoiffés: même s'il s'en défend, Niall Galvin s'inscrit dans une tradition slacker du haut du panier qui fait toujours plaisir, et tape juste avec sa pop bancale et son chant half spoken. On pense à Demarco, Malkmus et The Streets à l'heure de l'apéro, et c'est plutôt bon signe. Puis c'est au tour du duo Kiasmos d'ambiancer le fort, sur le créneau horaire apéricube par excellence: le duo l'a bien compris et balance sans cérémonie son IDM bien smooth, à consommer avec une paille. Ça s'écoute de loin, ça n'agresse pas l'esgourde, c'est anecdotique. Par la suite, les filles de Hinds, elles, auront à cœur de convaincre le public qu'elles ne sont pas seulement là pour promener leurs quatre jolis minois sur scène. C'est plutôt réussi, tant la garage pop juvénile des espagnoles se révèle être un agréable coup de fouet musical, plein d'envie et de plaisir. Burger Records a sans doute eu le nez fin sur ce coup.

Il était temps par la suite de passer aux choses sérieuses avec The Soft Moon, gros morceau de la soirée. Devant un public étonnamment sage, Luis Vasquez balancera lui aussi sans précaution aucune sa sauce coldwave, entamant pied au plancher un set presque parfait. Au travers du récent Deeper, Vasquez a dépassé les frontières qu'il s'était lui-même fixé précédemment, laissant une plus grande place à son chant et allant gratter du côté de l'indus, du lofi, de la pop. Le résultat n'en est que plus riche, et le romantisme synthétique et lugubre de Vasquez impressionne par sa puissance et son pouvoir évocateur.  Avec la volonté affichée de ne pas faire de prisonniers, le combo nous sera  apparu hier soir définitivement implacable, au travers d'un concert rare. L'autre moment rare, on l'aura vécu juste après grâce à Spectres, qui aura brillamment réussi  à reprendre le flambeau tendu par The Soft Moon: là aussi ça joue vite, ça joue -très- fort, et c'est sacrément abrasif. Guitares saturées, fûts éventrés, la bande de Bristol aura séché tout le monde sur place avec ses cabrioles soniques surfant sur la frontière séparant shoegaze et noise. Impec. On en dira pas forcément autant de Foals, qui en remplaçant au pied levé le chapon de Reykjavik s'est visiblement senti investi d'une mission sacrée. Il va sans dire, donc, que le groupe d'Oxford donne tout ce qu'il a pour faire le show, pour créer l'évènement. La conséquence directe en sera un manque de sobriété, de spontanéité, qui donnera un léger parfum de toc au set des anglais. Non pas que tout cela soit foncièrement mauvais: Foals a de belles cartouches à décocher, et ne s'en prive pas, pour le plaisir de la foule. Mais en trainant bien trop en longueur, les anglais auront fait tout de même apparaitre progressivement quelques effluves d'ennui bien inutiles et évitables. Tout de même satisfaits de la qualité globale de la soirée, on se sera même décidés à rester pour Daniel Avery, le pape de la Fabric, dont on sera restés malheureusement imperméables à la sauce: le gars a du chemin à faire avant de pouvoir faire une once d'ombre à Andrew Weatherall. Dont acte. A demain pour un programme sacrément chargé, et des paupières de plus en plus lourdes, façon 16/9.


TOP 10 VOTW

Best of 2014 by hzPlutôt que faire les fonds de cuve en cette période creuse, et bananer des vidéos de Noël signées Grimes, on a benoîtement préféré établir un top 10 des vidéos OTW parmi les cinquante-deux de l'année écoulée. Bon visionnage.

Vidéos

01. Profligate – Girl Full of Joy (lire)

http://vimeo.com/108325563

02. The Dead Mantra – Mxeico (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=HyvXmQ7rROI

03. Grégoire Orio et Julien Magot – Lapalissade (lire)

http://vimeo.com/86666842

04. Odawas - Black Iron Awakening / The Empire Never Ended (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=Ka3QENhhufw&feature=youtu.be

05. Night Riders - L'espace et le temps (lire)

http://vimeo.com/97033695

06. Sleepers in Metropolis – Sana (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=Pu8vzUgMoro

07. Momentform – Ornament (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=MsXMaT6mHmo

08. Ricardo Tobar – Hundreds (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=TBX7JnWodWQ

09. Cheveu – Monsieur Perrier (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=OxaZnEV1YJc

10. Daniel Avery – Drone Logic (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=eS0CO-yPmO4


On y était : James Holden, Andrew Weatherall & Daniel Avery à la Villette Sonique

James Holden 2

Photos © Helene Peruzzaro

On y était : James Holden, Andrew Weatherall & Daniel Avery, le 6 juin à la Villette Sonique - Par Alex P.

Au sein de sa programmation de haute volée, la Villette Sonique n'a évidemment pas manqué d'inviter celui qui a largement contribué à développer une vision nouvelle de la techno et de la musique électronique en général. Traçant une route à part depuis ses débuts, James Holden se réinvente sans cesse en brisant les frontières stylistiques. Avec The Inheritors et le live qui va avec, il assume un rôle qui va au-delà de celui de DJ de génie, il devient chef d'orchestre.

Accompagné par la mascotte hexagonale Étienne Jaumet, qui régale avec ses envolées de sax, et Tom Page, le batteur de RocketNumberNine qui accompagne également Neneh Cherry pour son come back scénique, on sent que le mec s'est rarement fait autant plaisir (James Holden tout sourire c'est un peu un événement en soi) et le moins que l'on puisse dire c'est que ces vibrations positives sont communicatives.

James Holden 1

On avait déjà vu l'équipe à l'œuvre en décembre dernier à la Machine du Moulin Rouge (prestation filmée par le collectif Sourdoreille) et franchement des concerts comme celui-là tous les six mois ça passe tranquille, tous les deux mois ça serait cool aussi en fait. Ils auront tout de même pris le soin de modifier un peu la setlist (un morceau) pour ne pas reproduire tout à fait le même concert. Autre différence notable, le son, et la salle en elle-même qui permet plus de proximité avec les musiciens pour une expérience transversale totale entre acoustique et électronique. Le fait d'être au premier rang au milieu des groupies mongoles de 20 piges étudiantes à Censier (quand je vous dis que le gars est précurseur, il arrive même à drainer le public des BB Brunes, un tueur) a peut-être aussi joué sur mon ressenti, le fait d'entendre la batterie de très près par exemple, a produit ce sentiment galvanisant que tu retrouves dans un studio de répète - un studio de répète haut de gamme hein, pas la cave flinguée de ta grand-mère ou la garage fatigué des darons, soyons clairs. On pourrait parler du contenu artistique plus longuement mais un collègue s'en est déjà chargébien comme il faut.

Daniel Avery

Sur le papier, la suite de la soirée était plus qu'alléchante avec Ana Helder et bien sûr le DJ God himself, Andrew Weatherall en B2B avec Daniel Avery. Malheureusement, les nouvelles limitations sonores auxquelles est soumis le Cabaret Sauvage laisseront un sentiment de frustration passé minuit, car même si les sets sont du meilleur goût, difficile de cabrer comme il se doit lorsque le son fait plic-ploc. Mais bon, au final c'est pas grave, le live de James Holden aura fait tellement de bien que tout ce que tu retiens c'est que c'était encore une putain de bonne soirée à la Villette Sonique.

Photos


Daniel Avery - Drone Logic

Daniel Avery – Drone LogicAvec Drone Logic, paru en octobre 2013 sur Phantasy Sound, Daniel Avery transformait à l'anglaise un essai acid-house venu de loin dans la préparation et quelques maxis bien sentis dont Need Electric et Water Jump en 2012. Raflant sur le fil en 2013 la tête des charts et autres bilans annuels, le freluquet vient de faire paraître ce 25 mars 2014 un maxi digital de remixes de Drone Logic signés Audion - aka Matthew Dear -, Factory Floor et Matt Walsh. Pas dégueulasse. Jamais avare, Daniel Avery vient de divulguer une première vidéo extraite dudit album réalisée par Joshua Lipworth et usant du morceau-titre Drone Logic pour figurer à l'image le caractère à la fois réflexif et claustrophobe de sa musique, où une jeune femme se trouve prise au piège de l'éternel recommencement, s'apprêtant à sortir tel Sisyphe remontant son rocher, pour finalement réussir et se trouver confrontée à elle-même - visage froid, dénué d'expression. Une métaphore oppressante de la tragédie contemporaine du dancefloor, où l'individu ne se confronte plus qu'à lui-même, dans laquelle le jeune producteur fait une laconique et glaçante apparition.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=eS0CO-yPmO4

Audio