Who are you SDZ records?

Quand on évoque SDZ records dans les colonnes d'Hartzine, le sentiment premier est celui d'une proximité, d'une connivence. D'un esprit, de goûts. Un lien affectif naturel consacré trop évasivement lorsque Nicolas, instigateur du label et de celui exclusivement cassette Crudités, prenait la plume pour nous sous l'alias Max Dembo le temps d'à peine plus d'une dizaine de chroniques, se réconciliant pour un temps à l'activité première de SDZ : le fanzinat 1.0. Une indicible adéquation avec le catalogue du label, dont on a souvent fait échos, qu'il s'agisse des plus ou moins récents Dan Melchior (lire), Old Mate (lire), Armure (lire) ou Space Blue (lire). Avec quinze années au compteur, SDZ est un témoin privilégié de la scène indépendante et expérimentale hexagonale, celle désormais consacrée par les identifiés Villette Sonique et autre Sonic Protest, mais qui se résout la plupart du temps à des salles de petites capacités, humant l'alcool, la transpiration et l'urine. La veille du top départ d'une série de quatre soirées itinérantes célébrant ces quinze plombes, entre Dj-set et concerts au Zak Bar, à l'Olympic, à la Mécanique Ondulatoire et à la galerie Treize, on lui a posé quelques questions et soutiré une mixtape anniversaire à écouter et télécharger plus bas. Fête.

Nicolas SDZ, l'interview

avec_TheRebel

Nicolas w/The Rebel

SDZ Records a quinze ans. Peux-tu nous dire d’où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t’a conduit à créer ce label ?

Je suis de Paris mais le label s'est créé à Québec, rue d'Aiguillon, dans un appart situé au-dessus d'une quincaillerie. C'est un détail anodin mais qui donne un indice sur le côté bricolo et artisanal du label depuis ses débuts. A l'époque je traînais avec Les Vipères, un groupe punk dont le chanteur - Vince Posadzki - habitait dans la même rue. Leurs concerts étaient hyper sauvages et je n'en manquais pas un, ça mettait du piment dans ma vie étudiante. C'était un peu les petits cousins éloignés des Dogs et de Starshooter et ils se sont mis en tête de faire une tournée en France. J'ai sorti un 45 tours pour l'occasion, un split avec un groupe nancéen (dans lequel on retrouvait King Automatic), en co-production avec le label de Stéphane Dufour. Stéphane tenait depuis le milieu des années 90 un site web formidable, le Fourdu WWW, regroupant plein d'infos sur ses groupes et labels favoris. C'était, il me semble, un des premiers sites web musicaux en France. Les Vipères ont fait trois tournées dans l'hexagone et Vince est maintenant installé à Paris, il joue actuellement dans T.I.T.S et Délicieux Enfant. Suite à cette première sortie je ne pensais pas qu'il y en aurait d'autres. Mais SDZ était aussi et surtout, depuis 1997, un fanzine et un site web que je faisais avec mon pote Laurent. Etant en contact avec pas mal de groupes, d'autres disques sont sortis par la suite, petit à petit. Et puis en 2011 j'ai aussi créé un label K7, Crudités.

Si tu devais établir une chronologie de cette histoire, quelles dates retiendrais-tu et pourquoi ?

C'est difficile à dire car il n'y a pas eu tant de sorties - une vingtaine sur SDZ, une dizaine sur Crudités - et puis j'aime aussi tous ces moments, entre les sorties, où le label est un peu en veille. En fait, plus que des dates, ce que je retiens ce sont principalement des rencontres. A part Vince, il me faut citer le Anteenagers Music Club sans qui mon retour d'expatriation - c'est à dire mon sevrage de sirop d'érable et de Labatt 50 - aurait été beaucoup plus difficile. Ils organisaient des soirées au Ménestrel, sorte de vrai-faux bar clandestin dans la cave d'une pizzéria à la Butte aux Cailles et j'y croisais toute la clique de la boutique Born Bad des débuts (No Talents, Splash Four, etc.) et d'autres aux goûts et aux styles iconoclastes. Il y a eu aussi Ben R. Wallers (The Rebel, Country Teasers), un artiste anglais fantastique dont j'admire l'esprit, l'indépendance et l'humour. Comment ne pas aimer quelqu'un qui a sorti un disque intitulé Full Moon Empty Sportsbag ? Et puis bien sûr il y a Cheveu, un groupe définitivement ovni et attachant et des gars très drôles qui ont contribué à relancer la chenille en France et avec qui je suis devenu pote. Je ne peux pas oublier non plus la Grande Triple Alliance Internationale de l'Est avec Plastobéton et tous ces groupes qui jouaient sous un pont de l'A31. Ils ont remis un peu de crasse dans les MP3, c'était salutaire. Je pourrais citer encore beaucoup de monde: des Mantles à Dan & Letha Melchior en passant par plein de labels (Les Disques Steak, Les Disques Flow, Killedbyanaxe, Bruit direct disques, etc.), des disquaires fermés (Sonic Machine, Bimbo Tower) et surtout des passionnés qui traînent dans des concerts d'assos parisiennes comme Les Barrocks, Arrache toi un œil, Le Non Jazz ou feu Get Action! - une asso qui officiait au Gambetta, un bar de la rue de Bagnolet dans le XXième.

artwork_drosofile

Artwork Drosofile - Mal

Quelle est l’esthétique et la philosophie défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

Je ne sais pas s’il y a une esthétique ou une philosophie particulière. Je recherche des musiques qui ont du caractère, sans guillemets abusifs. Des musiques que je peux écouter à l'infini, comme un visage qu'on peut regarder toute sa vie sans se lasser. Et puis il faut que le courant passe avec les groupes. Même si c'est en silence. Après c'est vrai que les premières sorties étaient plutôt punk ou garage mais ça c'est ouvert au fil des années à d'autres styles (pop, psyché, électro, je ne sais pas les étiquettes qu'il faut mettre) car je n'ai jamais écouté qu'un style en particulier. Au-delà de ça, je revendique simplement un côté artisanal. J'essaye de faire du sur-mesure et de me donner à fond pour chacun des groupes dont je sors un disque ou une cassette. Je ne vis pas de ce label donc je prends le temps d'écouter, de choisir, de traîner, de galérer. Je n'ai pas envie de trouver un distributeur, d'être sur les plateformes numériques, de bosser avec des agences de promotion ou des tourneurs. Tout ça, en grande majorité - il y a des exceptions heureusement - , ce n'est que l'industrie musicale et ça ne me parle pas du tout. Pour ce qui est des labels qui ont pu m'influencer je pourrais citer In The Red, Estrus, Siltbreeze, Mississippi, Goner, Honest Jon's, Hozac, Sweet Rot, S-S records, RIP Society ou Bedroom Suck. Mais mes modèles ce sont avant tout ces labels amis qui m'ont aidé au fil des années: d'abord Lili & Jacko de Royal records & Polly Maggoo Records, Born Bad - qui, même s'il aime bien utiliser l'expression "machine de guerre" a gardé un côté artisanal, le défunt Yakisakana, Pouet!Schallplatten, Bruit Direct disques, Les Disques Steak, Killedbyanaxe, Tanzprocesz et beaucoup d'autres.

Entre Cheveu, Elg ou Dan Melchior pour ne citer que quelques exemples, comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu vas travailler et quelle relation as-tu envie de développer avec eux ? As-tu envie de suivre des artistes sur la durée, ou de piocher en fonction des opportunités ?

Je vais voir beaucoup de concerts, j'ai beaucoup d'amis passionnés de musique et je zone sur la toile au gré de clics hasardeux. Donc j'écoute, j'écoute, j'écoute inlassablement jusqu'à tomber sur quelque chose qui, j'espère, pourra devenir addictif, vital, en résonance avec un intérieur qui me constitue mais que j'ignore encore beaucoup. J'aime particulièrement les premiers enregistrements des groupes, un peu ratés, un peu bancals mais qui débordent d'amour ou de peur, de dégoût ou d'envie. Ceux-là sont rares. Ils sont dans le confort de l'anonymat, parfois derrières des murs de culpabilité ou de doute. Leurs auteurs souhaitent les préserver, ce qui veut dire autant les envoyer à des labels établis en qui ils ont confiance que ne jamais les sortir. En tant que label artisanal à moyens réduits et à activité inconstante, je n'attire pas forcément l'attention de ces artistes. J'ai donc tout un travail de recherche à effectuer et ma curiosité est mon seul guide. Le label n'a pas les moyens de suivre des artistes sur la durée, j'essaye donc d'ouvrir des pistes ou de mettre le pied à l'étrier. Cela ne m’a pas empêché de sortir plusieurs disques des Vipères & Vince Posadzki, les Bellas / Limiñanas ou The Mantles et de solliciter à plusieurs reprises pour des morceaux Anteenagers M.C, Pierre & Bastien ou des membres de Cheveu pour quelques side-projects sortis des oubliettes.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le tien et jusqu’où as-tu envie de le pousser ?

J'aime laisser beaucoup de liberté aux groupes à ce niveau-là. C'est un dialogue mais, très souvent, quand j'aime leur musique, j'aime aussi leurs idées pour l'artwork. De toutes façons, il faut que le disque ou la cassette plaise aux groupes autant qu'à moi, c'est le seul et unique objectif. Parfois j'ai fait appel à des illustrateurs que j'apprécie comme Pierre Tatin de La Secte du Futur - les compilations Tartare de subconscient infini, Marécages Restauration et Réviviscence Ectoplasmique - ou Arturo Medrano - l'album de Space Blue. Et puis dans l'ombre, j'ai l'aide précieuse de mes amis Steak et Manue pour les finitions et autres vérifications. C'est important aussi et je considère qu'ils sont une partie intégrante du label !

Elg_artwork

Artwork Èlg - La Chimie

Quel est le format de prédilection du label et pourquoi ?

Je ne sors quasiment que du vinyle et mon format préféré est le 45 tours qui, malheureusement, semble de moins en moins populaire. La cassette c'est un peu de nostalgie mais aussi beaucoup de fun et ce n’est finalement pas si éloigné de l'esprit quincaillerie sonore des débuts, ça colle bien aux enregistrements maison qui se développent depuis plusieurs années.

Quel est le futur proche de SDZ Records, notamment en termes de sorties ?

Il n'y a rien de réellement fixé pour le moment. Je continue à scanner plein de trucs. Je reçois pas mal de démos. J'essaye de tout écouter. Parmi mes envies, il y a celle de de sortir des disques de rap car j’en écoute depuis longtemps. Et puis l'album de Space Blue est encore chaud, je le recommande pour cet été, c'est un bon trip (lire).

Tu fêtes du 4 au 7 juin les quinze plombes du label. Peux-tu nous présenter cette série d'événement : qu'as tu voulu faire ?

En 2010, j'avais organisé deux soirées pour fêter les dix ans. Je me suis dit que cette fois, pour les 15 ans, j'en voulais deux fois plus tout en gardant l'objectif d'essayer de représenter la diversité du label. Donc il y a quatre soirées, une pour faire l'apéro avec mes amis des Disques Steak en célébrant le rock atmosphérique et les chiens de prairie et trois avec des groupes que j'apprécie particulièrement: ça va du rock fiévreux d'Harlan T. Bobo (originaire de Memphis et proche du label Goner) à l'électro aventureuse de Spectrometers en passant par l'incontournable The Rebel ou encore le premier concert de Spectraal, tout nouveau combo monté par Nafi (A.H Kraken, Plastobéton, Scorpion Violente, Noir Boy George...) et Hess (A.H Kraken, Feeling of Love...). J'aime tous ces groupes à bloc, j'espère qu'il y aura du monde pour enchaîner ces trois soirées ! Au passage je souligne que la dernière est organisée à la Galerie Treize dans le cadre de l’exposition « Full Time Sofa ».

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

J'ai essayé de présenter un large panorama du label, des sorties les plus connues à celles plus confidentielles. C'est un gros morceau, 90 minutes, et y'a pas de mi-temps mais j'espère que ça reste digeste. Il y a quelques raretés, tel Benefits of a fool de Drosofile, et des inédits ou nouveaux venus qui sont coincés dans mon scanner musical. Bonne écoute !

Mixtape

01. The Rebel - Please ban music
02. Braindamage - Borderline
03. Cheveu - Sensual Drug Abuse
04. The Spectrometers - Orgone
05. Petit Personnel - J'aime
06. RER A - Happy Hour
07. Anteenagers M.C - Mike Rep is alright
08. The Dead Clodettes - Life kills me
09. Pierre & Bastien - Démocratie
10. Drosofile - Benefits of a fool
11. Subtle Turnhips - Better for you
12. Old Mate - Know what he wants
13. Les Bellas - A dream that slips
14. Dan Melchior - Dogbite Meltdown #1
15. Darksiders - Dragons in disguise
16. Vince & His Lost Delegation - You passed slowly
17. The Limiñanas - AF3458
18. The Mantles - Undelivered
19. Lahundoj - Umanest
20. Standing - Jay's Eyes
21. Les Choeurs de la mer noire - Exiting spot
22. Theoreme - Vaudou orange
23. The Dictaphone - Hog
24. Plastobéton - Hard to kill
25. Èlg - Der Prediger
26. Space Blue - Venus of
27. Flowerman - I want to live I want to give

Agenda

SDZ FEST
04.06 SDZ Fest Jour 1 - DJ Sets Les Disques Steak Vs. SDZ @ Zak Bar (Event FB)
05.06 SDZ Fest Jour 2 - Harlan T Bobo + Shake Shake Shake Bolino + Délicieux Enfant @ Olympic Café (Event FB)
06.06 SDZ Fest Jour 3 - The Rebel + Èlg + Spectraal + Nathan Roche @ Mécanique Ondulatoire (Event FB)
07.06 SDZ Fest Jour 4 - Spectrometers + Erik Minkkinen + 11ième étage @ Chez Treize (Event FB)


TOP 10 VOTW

Best of 2014 by hzPlutôt que faire les fonds de cuve en cette période creuse, et bananer des vidéos de Noël signées Grimes, on a benoîtement préféré établir un top 10 des vidéos OTW parmi les cinquante-deux de l'année écoulée. Bon visionnage.

Vidéos

01. Profligate – Girl Full of Joy (lire)

http://vimeo.com/108325563

02. The Dead Mantra – Mxeico (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=HyvXmQ7rROI

03. Grégoire Orio et Julien Magot – Lapalissade (lire)

http://vimeo.com/86666842

04. Odawas - Black Iron Awakening / The Empire Never Ended (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=Ka3QENhhufw&feature=youtu.be

05. Night Riders - L'espace et le temps (lire)

http://vimeo.com/97033695

06. Sleepers in Metropolis – Sana (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=Pu8vzUgMoro

07. Momentform – Ornament (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=MsXMaT6mHmo

08. Ricardo Tobar – Hundreds (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=TBX7JnWodWQ

09. Cheveu – Monsieur Perrier (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=OxaZnEV1YJc

10. Daniel Avery – Drone Logic (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=eS0CO-yPmO4



Notice: unserialize(): Error at offset 92 of 1186 bytes in /home/experime/hartzine.com/wp-content/themes/uncode/partials/elements.php on line 700

Cheveu - Monsieur Perrier (PREMIERE)

Cheveu - BumCertains consensus méritent leur peau dure. Celui envoyant B U M, l'ultime album de Cheveu paru en février 2014 sur Born Bad Records, en tête des multitudes de classements de fin d'année n'est en rien usurpé, le trio emmené par Etienne Nicolas, David Lemoîne et Olivier Demeaux ayant, en plus de frapper un grand coup de latte discographique, rythmé l'année par d'innombrables concerts à l'intensité jamais décriée - et dont la liste s'allonge entre juin et août - tout en occupant les rétines impatientes par une déclinaison inédite de leur album en vidéo-clips - dont Johnny Hurry Up en constitue le dernier exemple en date. Exprimant le lien entre leur musique et leur passion pour le grand écran - dont ils nous ont fait part il y a peu (lire), entre références cinématographiques et bandes originales - , c'est au tour de Monsieur Perrier de trouver son écrin visuel sous la direction de Fred Tribolet. Le résultat, une mise en image expérimentale, obsédante et presque flippante, à l'égal du morceau.

Vidéo (PREMIERE)

https://www.youtube.com/watch?v=OxaZnEV1YJc

Tournée

13/06 - Lille, le Grand Sud
14/06 - Le Mans, Excelsior
18/06 - VILLA MEDICIS, Rome (it) -
12/07 - Chauffer dans la Noirceur, Montmartin/Mer
17/07 - DOUR FESTIVAL (Bel)
19/07 - Metz, Parvis Centre Pompidou
27/07 - Festival Rock En Stock, Etaples
02/08 - Binic Festival
08/08 - Festival Vizions, Morlaix
16/08 - ROUTE DU ROCK, Saint Malo
23/08 - ROCK EN SEINE, Paris

Tracklisting

Cheveu - B U M (Born Bad Records, 4 février 2014)

01. Pirate Bay
02. Slap and Shot
03. Polonia
04. Juan in a Million
05. Stadium
06. Albinos
07. Madame Pompidou
08. Monsieur Perrier
09. Blood and Gore
10. Johnny Hurry up


Cheveu l'interview

cheveu_promo_dezoteux-BASSE-DEF

Trois ans que l’on attendait fébrilement, les joues encore rouges, une suite à l’énorme claque que nous avait mis 1000, le détonnant précédent album de Cheveu. Et puis enfin la délivrance avec la sortie de Bum en début du mois. Fidèle à ses habitudes, le trio n’aime pas faire ce qu’on attend de lui, et nous fait une nouvelle fois perdre le peu de repères qui nous restaient. Exit le son sale et lo-fi, bourré de réverb : le titre d’ouverture, Pirate Bay, est une chanson légère, aux guitares claires et à la sonorité presque propre (sacrilège). Malgré tout, cette production plus poussée ne fait pas pour autant abandonner au groupe son côté foutraque, ce sens du chaos si caractéristique, à l’image de la montée chevaleresque de l’incroyable single Polonia ou du tube en puissance Albinos. Cheveu, définitivement un groupe à écouter en boucle.

Alors, quoi de neuf depuis trois ans et la sortie de 1000 ?

Olivier : On a pas mal tourné pendant une année, en faisant plus de 120 concerts en Europe, aux États-Unis et beaucoup en France. Étienne : Au bout d'un an, on avait plus du tout de morceaux en stock, donc est reparti de zéro, avec quand même deux albums derrière. Le rythme intensif de tournée a pas mal influencé l'écriture des morceaux. C'est plus mid-tempo, plus aéré, plus lent qu'avant.

David : Ça respire plus. On rentre de tournée, on se pose dans un studio confortable. Ajouté à l'envie de passer à autre chose.

Olivier : Oui c'est moins du montage et des découpages qu'avant. On est allé en studio pour la première fois et on a enregistré les morceaux en condition live, vraiment du début à la fin. Ce qui est un gros changement par rapport à avant.

David : C'est ce qui donne un côté très tenu, très bloc. Les morceaux sont plus liés alors qu'avant on avait tendance à les sortir en 45 tours avant, de faire bout par bout. Là c'est la grosse livraison.

Le passage en studio était vraiment une grosse nouveauté ?

Étienne : Complètement. On avait eu une expérience qui n'avait pas été hyper concluante. Là on a rencontré des mecs d'un studio qui s'appelle OneTwoPassit à Montreuil avec qui on continue de travailler et ça s'est hyper bien passé.

Olivier : Du coup on a beaucoup échangé avec eux pour préparer le mixage final, qu'on a fait en studio sur une vieille console Neve comme Rage Against The Machine ou Nirvana, tous ces trucs-là. On a dépassé le côté numérique à l'arrache avec un son plus studio, plus classique.

Étienne : C'est marrant parce qu'on bossait avec des mecs qui sont des gros fans de hip-hop et de funk fin 70, début 80, presque minimaliste et ils nous ont vraiment influencés sur le travail des boîtes à rythme.

Olivier : C'était vraiment des gros tarés du kick et de la snare.

Étienne : Ça nous a emmenés sur un truc dix fois plus précis.

David : Et dix fois plus vaste aussi. Il y a des morceaux épiques sur lesquels t'as l'impression d'avoir un horizon hyper large.

Olivier : Avant c'était des projets à 10 pistes et là sur Polonia, il y en avait quelque chose comme 220.

Cheveu

Oui, ça sonne beaucoup plus produit que les albums précédents.

Étienne : Ça aussi c'est grâce au label qui nous a bien soutenus, a lâché le pognon pour produire le disque. Ce qui est une chance.

David : C'est marrant parce qu'on fait notre chemin côte à côte avec le label. On avait lancé notre premier disque en même temps que lui et on grossit ensemble. En plus il est seul JB (fondateur de Born Bad Records, ndlr). Même si là il construit une guitoune dans son jardin où il va probablement mettre ses stagiaires. L'industrie Born Bad est en route ! Le prochain disque sera vraiment industriel, c'est le dernier stade restant ! (rires)

Vous gardez malgré tout toujours ce côté DIY qui vous colle à la peau.

Olivier : Ça tient beaucoup à l'écriture qui est la même depuis le début. C'est pas quelqu'un qui va écrire un morceau de son côté. On écrit toujours tous les trois ensembles. Ce qu'on voulait montrer avec ce disque c'est que l'on pouvait s'affranchir du lo-fi et garder notre identité de par cette agglomération de choses. Même si nous quand on le fait on a l'impression de faire des trucs très simples.

David : Ça fait des disques pour les gourmands ! Il y a un côté construction étrange, il y en a vraiment dans tous les sens. Pour le coup c'est un de nos premiers disques qu'on peut écouter de bout en bout sans avoir une sensation d'avoir quelque chose de trop riche. Je trouve qu’il s'écoute bien dans la voiture. Étienne : Même deux fois à la suite !

Olivier : Faut dire que la prod dégueulasse des albums précédents fatiguait bien les oreilles. Du coup sur Bum, il y a peut être un aspect un peu froid au premier abord. Un peu sec. On a fait le choix de ne pas tomber dans la séduction immédiate que procure la chaleur d'une réverb, pour tourner un peu la page du son garage.

David : C'est une habitude, consciente ou pas, de prendre le contre-pied. Il y a des modes de mix comme il y a des modes de style. Sans vouloir se la péter, c'est un disque hors mode.

Olivier : Ça tient beaucoup au boulot qu'on a fait avec les mecs du studio. On a fait un compromis entre ce qu'on aime dans les trucs sales et leur précision et leur rigueur de fasciste, de nazi de technicien. (rires)

Étienne : On s'est fait avoir ! (rires)

Olivier : Du coup il y a un aspect moins bourrin qui ennuie certains qui nous aimaient avant.

David : C'est clair que le saut d'un album à l'autre est assez chaud. J'espère qu'on va pas se rater en termes de réception parce qu'il y a plein de gens qui ne suivent pas. En même temps, on en chope d'autres au passage.

Étienne : En live ça reste toujours aussi intense en tout cas. Mais on n’est pas des bourrins !

David : On est des mecs hyper raffinés ! (rires)

Olivier : On a mis des violons, des chœurs. Bientôt on fera du jazz symphonique au Japon. On aime bien faire tous les trucs du groupe de rock comme dans Spinal Tap.

La perte du son lo-fi, ça vient exclusivement du passage en studio ou c'est vraiment un choix délibéré ?

David : On en est un peu sorti.

Étienne : Le truc lo-fi c'est aussi souvent une question de moyens. Mais il y avait aussi une esthétique qu'on revendiquait auparavant.

David : Ça nous faisait marrer de ne plus être là-dedans et de voir si on arrivait à tenir l'identité du groupe au-delà du son.

Olivier : En fait il y avait aussi un truc dans notre production lo-fi qui marchait bien entre notre ancienne boîte à rythme et la guitare. Avec juste quelques pistes et beaucoup d’aigus dégueulasses, tout se mélangeait super bien avec juste un peu de compression sur le tout. Là on s'est retrouvé avec plein d'étages. Et en sortant de studio, la première fois qu'on a eu les démos, on s'est dit : « Ah c'est froid, il se passe rien ». On était un peu tétanisé. Et il a fallu taffer encore six mois pour reconstruire, pour que ce soit vivant et pêchu. On a peur du vide en général. En concert c'est la même chose, on a tous tendance à vouloir jouer en même temps et remplir le plus possible. Et là sur le disque, pour une fois il a fallu réfléchir pour équilibrer les morceaux et le chant.

1521446_723242481019202_1867518704_n

Justement en parlant du chant, il y a beaucoup moins d'effets dessus. C'est un désir de le mettre plus en avant, plus de confiance dans la voix ?

David : Je pense qu'une des conséquences heureuses du travail technique c'est que t'entends tout bien, le chant y compris. Il y a également le fait que ça chante en français, donc on y prête un peu plus attention. C'est plus net et du coup le sens des paroles saute un peu plus à la gueule, c'est cool. On voulait vraiment faire du 100% français et au final on n'y arrive pas tout fait mais presque. On rompt un peu notre affiliation avec les Ricains dans une espèce d'underground garage qu'on partageait avec eux. Là on est plus dans un truc très européen voire français. Pour le coup, ça s'affranchit bien du reste, c'est plus dur de nous situer.

Sinon,  j'ai vu que vous aviez réalisé une BO pour un film.

Étienne : Ça nous est tombé dessus pendant qu'on faisait le disque. C'est le réalisateur des Apaches, Thierry de Peretti, qui aimait un de nos titres, C'est ça l'amour, qui était sorti sur un 45 tours en face B de Like a Dear in the Headlights, en 2009. Au début il voulait le mettre dans le film et finalement non. Ça a commencé comme ça.

David : On a beaucoup bossé pour ce truc. Au début on pensait qu'il allait faire un film fleuve dans lequel on allait avoir des heures de musique.

Étienne : On avait fait un thème qu'on avait décliné à la James Bond. (rires) Au final on a un truc super ramassé de neuf minutes de musique.

David : Mais on a pu aller à Cannes pendant le festival, jouer dans un club échangiste !

Olivier : Et c'était hyper intéressant comme boulot. On a suivi le film avec le réalisateur du début jusqu'à la fin. On a assisté à l'apparition des bruitages, comme les claquements de portes. C'est hallucinant les dessous du truc. À un moment il y a des images d’une forêt corse et limite le mec il te met des cris de singes par dessus.

Étienne : D'ailleurs ce qu'on ne savait pas, c'est que les mecs qui s'occupent du son des films tiennent vraiment à avoir leur partie création sonore. Et toi si tu fous de la musique, ça les fait chier. C'est un peu la guéguerre ! « Ouais c'est pas mal ton morceau, mais je préfère mes bruits de singe. » (rires)

Et vous avez créé la musique devant les images du film que vous regardiez en même temps ? 

David : On n’a pas fait l'exercice en direct à la Ascenseur pour l'Échafaud, même si ça aurait été marrant.

Étienne : En fait il y a eu plein de montages différents. Au début le film durait deux heures et il a fait un montage radical de 1h20. Du coup toutes les parties propices à une musique un peu aérienne, paysagée ont dégagé. Enfoiré ! (rires)

Olivier : Mais ce qui est cool, c'est qu'il y a un morceau en entier, qui est sur Bum d'ailleurs. C'était une première version de Madame Pompidou qui marche pas mal et se retrouve dans une scène importante du film.

On retrouve d'ailleurs beaucoup de références cinématographiques dans vos chansons.

David : Dans les textes, ça arrive souvent qu'on pique, sans prévenir d'ailleurs, des bouts de dialogues ou de machins comme ça. On avait pris Happiness de Todd Solondz avant, là y'a Buffet froid dans Polonia, une traduction un peu libre d'un monologue de Gummo d'Harmony Korine sur Albinos et plein d'autres références un peu moins évidentes à retrouver. On te laisse chercher ! (rires)

Olivier : Il y a aussi autre chose, ça va faire un peu prétentieux mais on n'a pas beaucoup écouté de musique quand on a fait le disque.

Étienne : On était en autarcie musicale.

Olivier : Au final, on a plus maté de films qu'écouté des disques, ça nous a sûrement influencés inconsciemment.

David : Justement par rapport au chant, vu que c'est piqué à des dialogues, ça arrive que je reprenne les intonations qui sont dans les films et ça fait un truc qui n'est pas une référence de chant. Ce n'est pas vraiment du théâtre non plus, ça résonne bizarrement avec la musique et ça donne une ambiance un peu chelou qui est marrante.

Et faire une BO c'était une envie de longue date ?

Étienne : Carrément ! On a vraiment envie de remettre ça.

David (se rapprochant du micro) : Réal, si tu nous écoutes... ahem !

Étienne : On veut faire une grosse prod quoi ! (rires)

David : Un truc avec pas mal de moyens.

Pourquoi pas Star Wars 7 ?

David : Cheveu dans l'hyper espace !

Olivier : On va avoir un clip SF à fond d'ailleurs, pour Polonia, qu'on a tourné dans une soucoupe volante, véritable bien sûr. Il va y avoir plein d'animations 3D, ça va être chouette ! Ça devrait sortir en avril. On a plein de clips en préparation. On va avoir un dessin animé pour Pirate Bay, avec des images tropicales un peu naïves, influencées par Topor ou Moebius.

David : On a de quoi tenir jusqu'à l'été là, avec presque un clip par morceau On s'est fait aidé par Olga, une pote à nous qui a une petite boîte de prod de films d'artiste qui s'appelle Red Shoes. Elle nous a produits de manière beaucoup moins DIY que ce qu'on avait l'habitude de faire. On a déjà fait cinq clips mais il y en a un qui a sauté parce qu'après l'avoir tourné avec de gros moyens, on s'est dit que ce n'était pas à la hauteur de ce qu’on voulait. On en est rendu à un haut niveau complètement inédit pour nous !  C'est ce qui est principalement cool sur cet album c'est qu'on a été super bien entouré. À la fois par la prod de Born Bad, par les ingés sons, par Olga qui nous fait des clips...

Olivier : C’est bon, on n’est pas aux Victoires de la musique hein ! (rires)

Audio

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=PSvVM6XAP6o


Cheveu - Polonia

Cheveu - BumOn a bien failli ne plus avoir un poil sur le caillou à attendre, indéfiniment, Bum, le nouvel album de Cheveu, faisant suite au détonnant 1000 (lire) paru en 2011. Polonia, premier extrait dévoilé aujourd'hui d'un album qui sortira le 4 février prochain sur Born Bad Records, fait office de placebo de choix à notre impatience pinailleuse, tissant sur la longueur une bande-son bien pétée, à la fois baroque et biscornue, pour noctambules et cinéphiles - David Lemoine reprenant ici quelques lignes du Buffet Froid de Bertrand Blier. Un morceau que l'on aurait bien vu figurer dans une BO de Kusturica et qu'il n'est pas inutile de se fader plusieurs fois de suite, en boucle. Histoire de se rendre compte du travail d’orfèvre s'agissant de la production, fignolée à Tel Aviv en compagnie de Maya Dunietz aux arrangements et de Xavier Klaine à l'orgue - moitié du duo Winter Family, et de se dire qu'après l'excellente compilation Mobilisation Générale Protest and Spirit Jazz from France, le label ayant pignon sur rue, à Bastille, se pose là, dans les starting-blocks, pour 2014.

Une release party de BUM est d'ores et déjà annoncé à la Maroquinerie le 6 févier prochain.

Audio


Cheveu – 1000

A l'affirmation  Punk is not dead, l'album éponyme du trio parisien Cheveu ne pouvait que convaincre par son ambiance foutraque et son caractère rentre-dedans. Un petit bijou de rock'n'roll hirsute, barré et schlinguant la binouze éventée. Un projet fou sonnant comme la rencontre entre Mike Patton et les Garçons Bouchers, ne pouvant qu'impressionner. Une expérience du troisième type qui donnera le la à une chorale d'artistes franchouillards prêts à en découdre, même si l'on trouve parfois à boire et à manger (et Dieu sait que chez Born Bad, on donne plutôt dans la boisson). C'est donc après une attente de presque quatre ans que nos Parigots remettent le couvert pour une suite sobrement intitulée 1000... Oui mais mille quoi ? Cacahuètes ? Carottes ? Bananes ? A vrai dire, on s'en tamponne, puisque la véritable question est : peut-on réitérer un album mille fois ou réitérer mille albums une fois ? Merde c'est pas ça...

cheveu

Je ne voudrais pas décevoir les fans hardcore du groupe capillaire, mais ce second opus s'entame de façon très lisse sur un Quattro Stagioni qui empeste presque la pop... Attendez, ne partez pas... Fort d'un stage à Tel Aviv chez les commandos du son, Cheveu se fend la raie d'arrangements symphoniques du plus bel effet. Cela reste néanmoins perturbant pour un groupe dont l'image reposait sur un mélange d'hystérie et d'accords déglingués, je vous l'accorde. Mais les choses se dégradent pour notre plaisir le plus sadique sur un Charlie Sheen très grungy dans l'âme. Retour aux affaires ? Sir, yes sir ! Si le répertoire de 1000 ressemble à un puzzle éparpillé, il n'en reflète pas moins les cerveaux schizophrènes de ses auteurs une fois reconstitué. Véritable melting-pot musical (extrême) kickant les clichés comme on pisse sur une fourmilière. Le phrasé hip-hop sur Sensual Drug Abuse, il fallait oser ; le tort aurait été finalement de ne pas essayer. En résulte un track glacial et spasmolytique qui n'est pas sans évoquer un certain El-P. Rien que ça. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Nos freaks violentent Vanilla Ice avec paillardise le temps d'un Ice Ice Baby aussi mélodique qu'un générique de jeu GameBoy. Le trio fait table rase sur le passé à grand coup de napalm et instaure sa dictature à renfort de brûlots furieux et frénétiques (The Return Game, La fin au début). Ces ex-bordel-ais ne cherchent aucunement à brouiller les pistes mais poussent à l'extrême leur humour noir quitte à transgresser le garage et le pousser dans le caveau. Un petit côté Suicide peut-être...  Cheveu s'est démerdé pour créer un nouvel OVNI (cette galette s'utilise aussi comme frisbee) référence suintant la sueur, la bonne démerde et les poils de couilles à l'instar du véridique Impossible Is not French, illustration parfaite de l'expression « envoyer du bois ».

Donc si l'immédiateté fait défaut à ce nouvel effort, celui-ci se rattrape sans peine dans sa diversité et sa densité. La production mieux gaulée rehausse les partitions électroniques et polit légèrement le son de nos loufdingos sans en perdre l'aspect brut de décoffrage. Reste que Cheveu est un groupe de scène et que chaque concert est un pur moment de délire. On est donc impatient d'entendre ces nouvelles compositions en live et en glaviots. En attendant, achetez cet album... Parce qu'il le vaut bien.

Audio

Cheveu - Sensual Drug Abuse by HARTZINE

Vidéo

Tracklist

Cheveu - 1000 (Born Bad, 2011)

1. Quattro Stagioni
2. Charlie Sheen
3. No Birds
4. Impossible Is Not French
5. Sensual Drug Abuse
6. Ice Ice Baby
7. Push Push In the Bush Bush
8. Like A Deer In the Headlights
9. The Return Game
10. La Fin au début
11. My First Song
12. Bonne Nuit Chéri