Who are you Positive Education?

Non, à Saint-Etienne il n'y a pas que la mine et le Chaudron. N'en déplaisent aux Gones. Il y aussi l'infatigable collectif Positive Education, dressant un pont entre post-punk et techno via des soirées au line-up recherché, et dont la première mouture de son festival ayant eu lieu du 7 au 10 octobre 2015 a été abordée en long, en large et en travers (lire). S'exportant aussi bien à Lyon, Paris et bientôt Rennes et fricotant avec des organisations toutes aussi excitantes que sont La Fête Triste ou Danse Noire d'Aïsha Devi, les énergisant Stéphanois fêtent depuis presque un mois maintenant leur quatrième anniversaire, ayant invité pour ce faire les mythiques Barcelonais d'Esplendor Geométrico et s'apprêtant à recevoir le 18 mars prochain à La Coop Samuel Kerridge et Beau Wanzer (Event FB) - soirée pour laquelle on vous fait gagner des places en fin d'article. L'occasion idoine de leur poser quelques questions en plus de leur soutirer un mix signé Antwn.

Positive Education l'interview

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Positive Education est né il y a quatre ans à Saint-Étienne. Pouvez vous me dire comment le collectif s'est formé et avec quel objectif ?

Au départ nous étions 2 puis, 6 puis, 40. Le collectif s’est formé au fil des rencontres, des liens de cœur et envies communes.

L’objectif était de faire vivre notre ville, notre patrimoine mais aussi d'éveiller, de développer des idées, créer des rencontres en organisant des soirées et des concerts avec les artistes que nous aimons.

Aujourd’hui, celui-ci évolue avec la concrétisation de notre festival dont nous avons lancé la pré-édition en octobre dernier et l’envie de monter un label commence à venir. On ressent désormais la nécessité d’une presse locale gratuite et d’une émission radio.

PE compte dans ses rangs une bonne poignée de DJ / producteurs. Pourquoi ne pas avoir monté sur cette base un label ?

Au moment ou nous avons lancé le projet Positive Education, notre ville n’avait aucune envie de recevoir notre esthétique. Nous y avons cru parce que Saint-Étienne ressemble à tout ce que nous aimons dans notre musique.

Il y a quatre ans, nous aurions monté un label inutile, on n'aurait rien apporté, nous n'étions pas prêts, nous n’avions pas la même oreille et c’est sans doute la première chose à retenir. Nous nous sommes toujours dit que, avant de monter le label à Saint-Étienne, nous devrions tous signer sur un label qu’on affectionne, et se laisser le temps de développer une touche singulière. Nous n'en sommes pas encore là, mais ça viendra avec encore un peu de travail.

Le fait de se démarquer et de se regrouper avec PE, est-ce une façon d’affirmer une conception différente de la musique électronique ? En quoi diffère le message, s'il y en a un, par rapport à d’autres entités ?

Nous ne sommes pas certains de cette question, si elle entend les bénévoles ou les artistes.

Dans les deux cas, c’est que du feeling. Nous avons notre conception, nos goûts, nos envies et avant tout nous sommes potes ou amis.

Nous ne jouons pas tous et pas toujours sous PE DJ’s, nous avons également des envies de carrières indépendantes, nous sommes nombreux à avoir des productions de coté avec de nouveaux projets en cours. Parfois nous jouons à deux, parfois à trois, parfois à dix juste par plaisir.

Se démarquer à travers un groupe n’a jamais été un sujet de préoccupation. Pour ce même plaisir, il nous arrive de jouer gratuitement lorsque les déplacements ont pris tout le budget mais c’est pas un problème, c’est un choix. Chacun fait les choses comme il l'entend.

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On l'a bien vu à l'occasion de votre premier festival l'année dernière : vous faites ostensiblement un pont entre précurseurs et musiques électroniques actuelles ? L'un ne va pas sans l'autre ?

Il est un peu dur de situer Ron Morelli avec LIES records ou encore Container, comme précurseurs à travers cette question. Pourtant ils le sont. Ce qui nous intéresse avant tout c’est le cœur et l’originalité.

Nous avons eu Das Ding et Esplendor Geométrico en concert, Jeff Mills en soirée. Nous pensons aussi que Aïsha Devi, Powell, Traxx, et nombre d'artistes que nous invitons ont quelque chose de puissant en eux. Le format première partie perchée, suivie d'un concert légendaire du genre The The ou Severed Heads, poursuivant sur une soirée avec des DJ ou lives, nous paraitrait le meilleur déroulement émotionnel d'une soirée extraordinaire, donc pas toutes les semaines.

Nous écoutons beaucoup de choses, et c’est toujours très plaisant d’inviter un artiste qu’on affectionne depuis très longtemps, mais c’est pas le plus important.

Quelles sont les figures tutélaires de PE ou si tu préfères, les références les plus partagées au sein du collectif ?

Bourbonese Qualk, IXTAB, CP/BW, Charles Manier, Pan Sonic, Blush Response, Rich Oddie, In The Mouth of the Wolf, SΛRIN, Bruta Non Calculant, Taciturne, QUAL, Noumeno…

Lyon a les Nuits Sonores, Saint-Étienne, Positive Education. "Sainté" a-t-elle une influence sur votre manière de concevoir vos soirées ?

Évidemment, notre ville transpire la musique électronique et le rock’n’roll. Nous avons pour souvenir de voir une salle vide devant Agoria et de voir peu de temps après 10 fois plus de monde devant Willie Burns. Très marrant et intemporel.

Il y a de plus en plus d’artistes qui viennent vivre ici pour les bas prix et travailler leurs projets artistiques avec moins de pression financière. C’est peut être ça l’avenir de notre ville. Un laboratoire créatif. La taille idéale pour réinventer le monde.

Vous avez de visibles affinités avec La Fête Triste et Danse Noire. Qu'est-ce qui vous attire dans ces collectifs ? Quels sont vos autres amis ?

La Fête Triste et Danse Noire sont des amis proches, nous avons un immense respect pour eux, leurs choix, leur lecture, leur radicalité, leur beauté.

Danse Noire c’est différent, deux de nos fondateurs ont participé à la naissance de ce merveilleux projet, c’est une famille encore aujourd’hui. Danse Noire pour nous, c’est un grimoire, un livre sacré de la musique, ils connaissent énormément de choses dans de nombreux genres, ils nous fascinent.

Nous avons beaucoup de respect pour les labels et collectifs qui portent de belle identité, des sentiments sincères. Nous sommes fan et ami avec Antinote, BFDM, CLFT, LIES, Gravats.

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Vous fêtez dès vendredi vos quatre ans avec la réception d'Esplendor Geométrico. Peux-tu nous détailler à ta manière le programme d'anniversaire mettant par ailleurs en orbite Samuel Kerridge et Beau Wanzer ?

Saint-Étienne est une ville marquée par le rock, le punk, nous invitons Esplendor Geométrico et Beau Wanzer pour le plaisir des plus radicaux, des plus curieux en mode concert de début de soirée. Finir avec Samuel Kerridge en DJ set, c’est retraverser l'univers musical de l'association et du mois anniversaire. Il y aura du drone, des semblants de post-punk, de l'électro et de la techno.

L’étape au planétarium pour le live de Eomac est une collaboration pour le petit festival du grand espace. C’est un concept que nous allons développer.

On n'aime pas les soirées plates ou totalement décousues. On recherche à travers les racines un line up progressif où on commence tranquillement pour finir fort. Le dernier quart d’heure se passe en fonction du guest le plus important de la soirée généralement, mais pas toujours.

Pour la suite, vous avez quoi au programme ? Une seconde édition de votre festival ?

Une première soirée à Rennes (invités par Leonard Wanderlust) le 1 avril avec Svengalisghost. Le 29 Avril au Fil à Saint-Étienne avec Ontal, Umwelt, Kemaa, PEEV, S.Y.R.O.B. et des locaux de 22h à 5h.

Il serait difficile de ne pas voir naître comme il se doit, ce projet de festival. Nous y travaillons sans relâche. Nous espérons que celui-ci sera le plus intéressant possible, de par sa programmation et les étapes qui seront proposées.

Peux-tu présenter ta mixtape ?

On a dû se partager les podcasts, celui-ci est fait par Antwn (Positive Education - Rennes / Sainté).

Une mix très sombre, pas vraiment facile d'accès je pense mais qui reflète bien ce que j'écoute en ce moment. La technique n'est pas parfaite, mais l’ambiance globale du mix est là !

Mixtape

01. M//R - No Tag No Food
02. Tolouse Low Trax - Rushing Into Water
03. SØS Gunver Ryberg - Skolezit
04. Ron Morelli - In Secret
05. Samuel Kerridge - FLA-4
06. Samuel Kerridge - FLA-6
07. Savage Grounds - Motoric
08. Marie Davidson - The Voyage Out
09. Shapednoise - Until Human Voices Wake Us
10. Pan Daijing - OVERDOSE 猝
11. Noumeno - Phantom! (WSR Re-cycle)
12. ADMX-71 - My Theme Song
13. Not Waving - They Cannot Be Replaced
14. Antigone & Francois X - Pagan Woman

Concours

On fait gagner deux places pour la soirée du 18 mars à La Coop de Saint-Étienne avec Samuel Kerridge, Beau Wanzer et The Pilotwings (Event FB). Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

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UBIQUITÉ 01

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Voilà, il était bien temps, la trêve estivale tire à sa fin, le bronzage s'estompe, la canicule n'est plus qu'un lointain souvenir quand bien même le quotidien nous rince déjà de déprime. Le bon côté des choses, car au fond il y en a toujours un, si mince soit-il, c'est qu'on se remet plein gaz dans le feu de l'actualité musicale et que, par delà les grandes messes laissant interdit - et je ne parle même pas de la reformation de Téléphone, ni de la reprise d'activité de New Order ou, comble du ridicule, de celle de Jean-Michel Jarre - , on ne sait plus vraiment où donner de la tête tant il y a du bon à prendre à quasi tous nos râteliers favoris.

UBIQUITÉ 01

Inoue Shirabe - Down Into The Black Church / Camping In Your Soul (Antinote, Septembre 2015)

Première claque assénée, le second EP du japonnais Inoue Shirabe Down Into The Black Church / Camping In Your Soul sur Antinote fait déjà office d'highlight tant sa house méticuleuse et cosmique fend le cœur.

Marco Bernardi - The Dancing Clowns (Berceuse Heroique, 23 septembre 2015)

L'hyper actif Écossais Marco Bernardi, ensuite, qui embrouille tout son monde sur l'EP The Dancing Clowns / Specter Rmx à paraître via Berceuse Heroique avec une techno stellaire qui s'égraine tel un long voyage ascensionnel.

Bataille Solaire - Enter (Mind Records, Septembre 2015)

Asaël Robitaille de Bataille Solaire, magnifique rejeton avec Femminielli et Jesse Osborne-Lanthier de ce que compte Montréal d'underground-rétro-futuriste-vrillé, ne fera pas redescendre quiconque de son nuage avec un second 7" dénommé Enter en série ultra-limitée - quarante malheureux exemplaires - sur Mind Records : la réminiscente digression synthétique perche tout là-haut le moindre auditeur attentif.

Maoupa Mazzocchetti - 14.07.A (PRR! PRR!, 15 août 2015)

Maoupa Mazzocchetti a lui profité de l'été pour concasser son skeud 14.07.A via la toute jeune structure PRR! PRR! : le ciel s'assombrit brusquement mais pas au point d'esquiver ce qui fait le charme du tapage cher au Bruxellois avec une fluidité sans égale dans le matraquage analogique - on lui donne d'ailleurs rendez-vous en novembre sur Mannequin avec un maxi nettement plus orienté post-punk.

Nebulo - The Safari Suites Vol. 01 (Odd Frequencies, 01 octobre 2015)

Thomas Pujols, moitié de Crypto Tropic, nous rencarde quant à lui, sous son alias Nebulo qui lui va comme un gant, sur le trop rare Odd Frequencies de Clément Meyer : squattant les bacs dès le 1er octobre prochain The Safari Suites Vol. 01 fait montre d'un joli tiercé d'edits vivotant entre noise et ambient, aux pulsations virtuosement déconstruites.

Patricia - Bem Inventory (Opal Tapes, 30 août 2015)

Opal Tapes remet ses bandes magnétiques dans la turbine avec un second EP de Max Ravitz sous le patronyme de Patricia : divulgué le 30 août dernier Bem Inventory s'écoute et se réécoute avec cette affection que l'on a pour les objets sonores ne se dévoilant que progressivement, laissant son pouvoir d'attraction, entre nappes luminescentes et beat sourds et tortueux, agir progressivement.

Cienfuegos – A Los Mártires EP (Unknown Precept, Octobre 2015)

Le New-Yorkais Alex Suárez a choisi, tout comme ses concitoyens Noah Anthony, Nick Klein et Miguel Alvariño très prochainement en tournée avec un stop au Garage MU le 25 septembre (Event FB) - le label basé à Berlin Unknown Precept pour balancer dès octobre sa sauce bien épicée sous le masque de Cienfuegos : A Los Mártires est aussi abrupt qu'un parcours du combattant dans la nuit noire mais, l'espèce humaine étant la plus masochiste qui soit, on aime s'y vautrer avec un plaisir certain.


On y était : Baleapop #6

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Photos & vidéo © David Fracheboud

On y était : Baleapop #6, du 5 au 9 août 2015 à Saint-Jean-de-Luz.

Après l'excellente ambiance de l'année dernière on avait hâte de remettre ça du côté de Saint-Jean-de-Luz et comme l'an passé, le parc Duconténia, cadre très agréable en centre-ville, sera le cœur de cette sixième édition du Baleapop. J'arrive le jeudi, à temps pour choper le live de High Wolf. J'avais déjà vu le breton un certain nombre de fois et je crois que je préférais son approche plus ambiante des débuts. Là, l'ensemble est plus attendu, les beats africains et les motifs ethniques synthétiques répétitifs ne prennent pas malgré leur caractère dansant/transe. Le problème vient peut-être du dispositif du gars : une gratte et un sampler. Tous les sons rythmiques et les nappes provenant de la même source (le sampler donc), les éléments ne sont pas ou du moins trop peu spatialisés les uns par rapport aux autres, sans réelle dynamique, ce qui rend l'ensemble finalement assez plat, dommage, d'autant plus que le mec brille pas mal en ce moment avec son autre projet Black Zone Myth Chant.

Si l'une des qualités du festival est de faire de la place aux groupes locaux, une prog en comprenant trop peut risquer de paraître faiblarde et c'est malheureusement le cas ce soir mais bon, restons vacances. On se tape ensuite un groupe brésilien, Fumaça Preta, le genre de musique qu'un gars aviné en train de faire griller du churrasco écouterait en matant des meufs mal roulées danser avec des plumes dans le cul. Big up pour l'utilisation du spandex en revanche.

C'est ensuite au tour d'Odeï, exception qui confirme la règle par rapport à ma tchatche sur les groupes locaux. On a affaire à un vrai live avec de bons musiciens qui savent bien faire le job. Des projections vidéo de motifs géométriques à l'esthétique 90ies décorent la scène, les montées harmoniques sont parfois un poil pompier mais l'ensemble reste bien classe. Le vibraphone introduit une touche intéressante et il y a dans la musique d'Odeï ce mélange marrant difficile à expliquer propre au collectif Moï Moï, entre modernité et tradition made in Euskadi. Paranoid London clôture la soirée avec leur acid bien racée et ils arriveront à chauffer le public en se contentant du minimum syndical, loin du niveau de leur performance au dernier Sonar.

antinote

Le lendemain direction la plage pour le showcase Antinote. Le label parisien a aligné un trident offensif de haute volée cet après-midi avec Zaltan, Geena et D.K. pour un B2B2B avec une belle animation collective. Si les artistes jusqu'à présent sortis sur le label sont tous de qualité, ce trio présente l'avantage d'être hyper cohérent dans les choix musicaux, un bon bloc équipe si tu préfères. Entre French Boogie, House mongole matinée de flamenco et autres chelouseries entre passéisme et modernité décalée, on passe une super journée. Mention spéciale à ce track balancé tel une boule puante dans une salle de classe par le gars Zaltan, d'après les maigres informations en ma possession il s'agirait de Rien d'un certain Jean-Claude (Quentin, balance moi le track steuplé, je galère avec les internets).

Retour au parc pour la soirée et on démarre par une petite balade afin de checker la sélection artistique du festival. Parmi les différentes œuvres proposées nous retiendrons surtout l'installation de Polar Inertia qui reproduit la sensation d'être piégé dans un épais blizzard polaire tout en proposant une expérience immersive et ludique.

Du côté de la petite scène Flavien Berger fait sonner les premières notes de sa pop gracile et plutôt classe. Le tout est distillé avec maîtrise même si l'on sent bien la culture Burgalat du bonhomme, le côté tendancieux en moins. Je ne passe pas un mauvais moment mais c'est quand même assez précieux comme délire et les petits discours pétés entre les morceaux étaient de trop. Le pays basque décidera ensuite de nous gratifier d'un aspect pas si inconnu de son climat mais qui pour le coup tombe super mal : la pluie. La putain de pluie même tellement on va bien se faire saucer. Résultat : on essaye de résister en s'abritant comme on peut pour capter des bribes de Camera et Jessica 93 avant de vite déclarer forfait même si le reste de la prog du soir me branchait pas mal.

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Le samedi se passera également sous la pluie, Baleapluie.

La charmante équipe du festival va essayer de palier au problème en trouvant une solution pour abriter le public mais le taux d'humidité et la grisaille flinguent un peu l'ambiance habituellement si hédoniste de Baleapop. Ceci étant dit, fait assez remarquable pour être noté, la grosse équipe de bénévoles garde le sourire malgré les circonstances et l'accueil reste au top. Finalement c'est eux les vraies stars de cette édition.

On capte le DJ set peu inspiré, pour ne pas dire pauvre, de La Decadanse puis c'est au tour de Lena Willikens d'envoyer un bon set bien deep qui pour le coup passe très bien sous la pluie. La meuf a dû refaire ses EQ ou ses sons sur clefs USB sont de meilleure qualité, je ne sais pas, mais tout de suite ça sonne mieux, deutsche qualität. Sonorités post indus, rythmiques tribales, festivaliers pieds nus dans la boue avec des parapluies de branchages, c'est cool. Superpitcher enchaîne et sans son binôme, la moitié allemande des Pachenga Boys va nous faire chier du coup direction la petite grotte dans laquelle l'équipe de La Fête Triste passe des disques. La sélection est pointue et bien mortelle, je kiffe mais putain la pluie... Baleatriste. Cette année la formule du festival a un peu changé, il faut toujours composer avec la municipalité donc de nouvelles choses ont dû être tentées, comme ce samedi soir sous forme de parcours dans différents lieux/bars de la ville à la place de la soirée club. On découvre le bel intérieur du bar éphémère Chez Renauld et on boit des coups avec les potos mais le merdier tourne vite au parcours du combattant entre espaces bondés et bourrasques de flotte.

baleaboue

La programmation du lendemain est peut-être celle qui me motivait le plus mais des obligations m'emmènent loin de Saint-Jean-de-Luz, je suis vert mais que veux-tu ? Entre temps pourri et planning perso mal branlé c'est parfois la poisse. Mais je me console comme je peux, l'année prochaine Baleapop sera toujours là et le 7 c'est mon chiffre porte-bonheur.

Vidéo


Geena - Pure Ground Research

GEENAOn vous l’apprendra peut-être mais l'un des désormais Poitevins les plus célèbres de Paris (lire), Nicolas Molina, aka Geena pour les intimes d'Antinote et du disquaire La Source, celui dont la fame éclabousse désormais tous les stagiaires de France et de Navarre, dégoise des skeuds à tout va, que ce soit pour le label de Quentin « Zaltan » ou pour celui de Clément Meyer, Odd Frequencies, via son black alias Accem Myomi (lire). Dernier en date, le tout frais Pure Ground Research et son artwork désigné par l'agence Check Morris à se faire serrer par les condés, est à écouter ci-après, une bonne quantité d'opiacés préalablement ingérée. Délayant une house savamment texturée et délicatement cadencée, avec quelques dépressurisations bien senties, Geena fait montre une nouvelle fois ici d'un psychédélisme aérien et syncrétique, incorporant dans ses constructions rythmiques alambiquées des idées venues d'ailleurs - on pense évidemment à cette flûte de pan hantant de bout en bout Tone Loc. God Bless Geena.

Audio

Tracklisting

Geena - Pure Ground Research (Antinote, 11 mai 2015)

A1. Tone Loc
A2. Minus Jam
B1. Box Of Exotica
B2. Green Residen


Panorama musical : Bordeaux (2/2)

Dinosaur sex

On apprend aujourd'hui que le groupe hôtelier Radisson s'installera à Bordeaux en 2017 au niveau des bassins à flot, quartier en pleine restructuration dans le cadre du projet Bordeaux "ville millionnaire". Un million d'habitants à Bordeaux d'ici à peine dix ans, voilà l'ambition de la municipalité. On ne préjugera pas trop en imaginant que l'installation de cet hôtel de luxe très haut de gamme aura sans doute des conséquences sur la vie des bassins, où se trouve notamment l'Iboat, et on espère que la municipalité trouvera un équilibre entre la vie nocturne et la vie touristique entre le Radisson et le futur musée du Vin.

C'est l'occasion de reprendre notre dossier autour des productions et des initiatives bordelaises. Deux interviews : l'une de Dinosaur Sex qui tient d'une rencontre comme le hasard sait nous en réserver, et l'autre de Panoptique, qui vient de sortir un 33 tours chez Antinote.

J'ai entendu pour la première fois parler de Dinosaur Sex sur une affiche. Au détour d'une rue à Bordeaux, j'ai vu Dinosaur Sex, live techno-drone à la Pharmacie de Garde. Et c'était plutôt une très bonne surprise.

Panoptique est un porjet parmi d'autres. Il appartient à toute une constellation qui se compose d'United Assholes, Black Bug, du Bootleg ou encore de Normal Music. Il est basé, comme Haydée, cours de la Marne, entre la gare et les sex shops un peu glauques de Bordeaux, dans le quartier historique du Saint-Ex, le CBGB local.

Aurèle NOURISSON

Panorama musical : Bordeaux (1/2)

Entretien avec Dinosaur Sex

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Salut Dinosaur Sex. Il paraît que ce nom étrange vient d'une sorte de série de livres, tu peux nous en parler ?

J'ai choisi ce nom après avoir lu l'interview d'une étudiante en maths, Christie Sims, qui a décidé d'écrire de la littérature érotique avec une copine pour payer ses études. Un jour, en regardant Jurassic Park (ce que tout le monde devrait faire au moins une fois par an), elle a eu l'idée géniale d'accoupler des femmes avec des dinosaures. Résultat : elle s'est fait un max de fric en torchant des nouvelles de 15 pages qui s'appellent Ravaged by the RaptorTaken by the T Rex ou Ravished by the Triceratops. A mon avis, il y a une part de lecteurs simplement curieux de savoir dans quelle position un tricératops peut prendre une jeune fille sans la réduire en bouillie. Mais ça ne suffit pas à expliquer l'engouement actuel autour des bouquins de ce genre, qui permettent à certains auteurs de se faire 30 000 dollars par mois ! Ce phénomène révèle les fantasmes hyper tordus à base de cyclopes, de plantes mutantes, d'aliens pervers et j'en passe, qui gisent dans l'inconscient de la ménagère de moins de 50 ans. Je trouve ça très bien qu'une telle chose existe et ait du succès, grâce au livre électronique et à l'explosion de l'auto-édition. Le capitalisme n'a pas encore totalement uniformisé les désirs et les fantasmes.

A propos du nom de ton groupe, il paraît aussi que tu fais des listes de noms de groupes potentiels. C'est une passion un peu étrange, non ?

Mais non ! C'est juste que je pense toujours à ce que je ferai dans le futur. Je prends de l'avance en cherchant des noms cool pour mes prochains groupes. Moi, pour avancer, j'ai besoin de donner un nom à mon projet. C'est ce qui le fait émerger du néant, lui donne une identité. J'ai très envie de remonter un groupe de rock un jour. D'ailleurs, je compte bien me remettre à écrire et enregistrer des morceaux prochainement, quand j'aurai terminé ce sur quoi je travaille en ce moment.

J'ai entendu parler pour la première fois de ton projet pour un live à la Pharmacie de Garde - c'est un bar avec une cave. Je dis ça parce que du coup, c'était dans une optique assez différente d'une optique club alors que les impros, ou les sons qu'on peut entendre de toi sonnent plutôt club.

Cette cave est très importante pour moi. C'est là que j'ai fait mes premiers concerts, à l'époque où ça s'appelait encore l'Inca. Je suis un peu sentimental ! Avec Dinosaur Sex, j'ai eu envie de jouer en live très rapidement, en petit comité, pour tester le truc, sans aucune pression, comme à la maison. J'avais d'ailleurs songé à organiser des sessions live dans mon appart, mais finalement l'opportunité s'est présentée à la PDG. C'était à 200 m de chez moi, je connaissais le serveur, je pouvais jouer par terre sur la moquette, allumer autant de bougies que je voulais, et même gérer les entrées. Bon, l'acoustique est pas géniale, mais au moins la sono est correcte. En fait, je pensais jouer quelque chose de moins dansant, de beaucoup plus bizarre, avec de longs drones, j'avais préparé une cassette de field recordings... Je voulais que les gens s'assoient, se taisent et ferment les yeux. Un peu comme à ce concert de Tim Hecker et Baron Oufo organisé par Noir Prod au Garage Moderne, il y a quelques années. C'est une soirée qui m'a beaucoup marqué, et pas seulement parce que j'étais défoncé au point de voir la charpente du bâtiment onduler ! C'est un peu ce genre d'ambiance mystique que je voulais reproduire. Mais je sais pas, j'ai commencé à jouer et très vite un dialogue silencieux s'est mis en place avec le public, je suis parti dans une autre direction, et ça m'a beaucoup plu. Dinosaur Sex est véritablement né ce soir-là.

Dans ta musique, il y a, me semble-t-il, une grande part d'improvisation, ce qui n'est pas très canonique sur la scène électronique. Suel rapport tu entretiens avec les machines que tu utilises ?

L'improvisation, ça a toujours été mon aspect préféré de la pratique musicale. Telle que je la conçois, elle est une forme de méditation, puisqu'il s'agit avant tout de se concentrer sur l'instant présent, de lâcher prise, pour faire jaillir quelque chose. C'est ainsi que naissent les choses les plus belles et les plus bizarres. Je m'intéresse très peu à la composition, à la construction de mes morceaux, avec des breaks, des montées, une intro, une coda etc. C'est un aspect du travail que je trouve très pénible et j'essaie de m'en passer au maximum pour me concentrer sur le flux constant de la création.

En ce qui concerne le live, c'était évident dès le départ que je n'allais pas rejouer des morceaux qui existaient déjà. Je prépare à l'avance quelques motifs de base, et je me lance, exactement comme à la maison, à la différence qu'il y a un public auquel je suis connecté et qui influe sur la direction que je prends. C'est un peu stressant au début, de partir à l'aventure, sans filet, mais je trouve ça beaucoup plus satisfaisant que de refaire un truc complètement figé que j'aurais répété des dizaines de fois jusqu'à le connaître par coeur. Je ne veux pas fonctionner comme ça.

Quant à mes machines, c'est bête mais je crois que je les perçois avant tout comme des jouets. Pour moi, faire de la musique, c'est un jeu. C'est pas pour rien qu'on dit "jouer d'un instrument". Je crois que c'est très sain d'aborder la musique de cette manière : il faut que ça soit un plaisir. De fait, j'ai commencé à faire de la musique sur l'ordinateur qui me servait aussi à jouer à Warcraft 2 et Duke Nukem 3d, quand j'avais 12 ou 13 ans. Sur un CD vendu avec le magazine Joystick, j'avais trouvé un émulateur de synthé ARP qui tournait sous MS-DOS. T'imagine pas comme j'étais heureux quand j'ai découvert ça.

Comment se passe la captation ou la composition ?

La composition se fait pour l'essentiel au moment de la captation, les deux étapes sont largement confondues. Je fais tourner des séquences en les affinant petit à petit, comme un potier derrière son tour. J'essaie de me placer dans un état qui s'apparente à la méditation, je fais abstraction du monde qui m'entoure et je me concentre sur l'instant. J'enregistre à peu près tout ce que je fais. J'ai des dizaines d'heures d'improvisation stockées sur mon ordinateur. Puis je passe pas mal de temps à réécouter, à découper des passages intéressants, à chercher comment les améliorer. Il m'arrive aussi d'enregistrer sur cassette, avec un 4-pistes Fostex vraiment très basique. Les deux méthodes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Je suis beaucoup plus efficace en travaillant sur cassette, mais le son est moins bon et je ne peux enregistrer qu'une piste à la fois. Il va falloir que je trouve un appareil plus élaboré un de ces quatre.

Tu joues avec quels instruments ?

Pour Dinosaur Sex, j'utilise surtout deux synthés Korg, le MS-20 et le Poly-800. La plupart du temps, ils sont pilotés par un séquenceur analogique, mais j'aime jouer certaines parties moi-même. Et puis il y a mon sampler Boss, qui me sert surtout de boîte à rythme. J'y ai mis des samples de TR-909, et toute une collection de kicks créés sur mon MS-20. Ces trois machines ont du caractère, et elles se marient très bien. Le MS-20 m'impressionnera toujours, on peut en tirer tellement de choses, c'est fou. Son architecture est parfaite, et comme il est semi modulaire il suffit de brancher quelques câbles pour élargir encore ses possibilités. Le Poly-800 est un synthé un peu cheap, le mien est assez capricieux en plus. Mais il est capable de sortir des nappes magnifiques, riches, organiques, qu'on ne se lasse pas d'écouter. Le sampler, c'est un SP-303 Dr.Sample qui date de 2001. Lui aussi est assez cheap, mais il a un certain charme. C'est sur ce truc que J Dilla a composé Donuts, pendant un séjour à l'hôpital. Et que Panda Bear a fait Person Pitch. Bref, c'est un jouet capable de faire des trucs super. J'aime bien les jouets.

J'ai l'impression qu'au fond, ta musique est à la fois très primaire, avec des basses assez présentes, et s'inscrit en même temps dans l'optique de la musique minimale ou sérielle. Tu peux nous parler de cette esthétique particulière que tu développes ?

C'est une question très difficile, parce que ma musique résulte en grande partie d'une longue chaîne de petits choix inconscients. Disons qu'avant toute considération esthétique, ce qui me guide, c'est la recherche d'une sensation de bien-être liée à un état modifié de conscience. Dinosaur Sex, c'est juste du tam-tam moderne, pour rentrer en transe. Le rythme est fondamental, je veux qu'il soit puissant et hypnotique, quel que soit le tempo. J'utilise aussi beaucoup la technique du bourdon, parce ça m'aide à faire abstraction de mon environnement immédiat et à méditer. Dans le cadre de ce projet, je ne m'interdis pas d'ailleurs de produire de la musique purement drone, sans boîte à rythme derrière. Bref, dans tous les cas, le but, c'est de créer une sorte de courant puissant et irrésistible. Je suis quelqu'un de très cérébral, et la musique m'aide à faire le vide, à débrancher certaines zones de mon cerveau. J'ai besoin de me sentir happé et projeté dans le cosmos. Cette recherche de l'expérience mystique par la musique, c'est quelque chose de très primitif, voire préhistorique. Ma musique est primitive, je le revendique. C'est le point commun avec la musique minimale, que je vois comme une sorte de primitivisme, après des siècles et des siècles de raffinement et de complexification de la musique occidentale. Ce qui ne l'empêche pas d'être très sophistiquée, à sa manière, tout comme pouvaient l'être les travaux de Picasso durant sa période africaine ! Bon, après, pour en revenir à ma musique, je pense qu'au niveau du style, je suis resté attaché à certains de mes premiers émois musicaux, plus ou moins avouables : 2 Unlimited, Emmanuel Top, les deux premiers Prodigy, Nine Inch Nails période The Downward Spiral (et la musique du jeu Quake !), Aphex Twin, les maxis de Ed Rush et Optical, Jeff Mills, les compilations Biomechanik de Manu le Malin... Voilà qui dessine une esthétique, je crois.

Ce qui m'intéresse aussi beaucoup dans ce que j'ai pu entendre ou voir, c'est que tu sembles développer ta musique dans une durée très travaillée : il y a une lenteur de la répétition, des variations, des choses qui s'accélèrent, enfin, un vrai travail sur la temporalité même. Comment tu génères et tu penses ça ?

Je pars du principe que lorsqu'une boucle est bien faite, elle se suffit à elle-même, on peut la répéter encore et encore sans que son intérêt ne s'effrite. Au contraire, elle se déploie dans l'esprit de l'auditeur et gagne en impact. Jeff Mills dit la même chose. Il en a parlé dans une conférence. Il relatait une conversation qu'il avait eue avec Robert Hood en 1994 avant la sortie de Minimal Nation sur Axis. Ils avaient alors compris qu'une bonne séquence qui tourne en boucle relaxe les auditeurs et finit par les rendre dingos. Ce matin, j'ai vu un reportage sur les Hives, le groupe de rock, et le chanteur dit exactement la même chose : les gens s'attendent à ce que tu joues un riff pendant dix secondes, et que tu passes à autre chose. Mais si tu le fais durer pendant une minute, voire plus, ils deviennent fous. Cette répétition a un effet paradoxal, puisque même lorsque le tempo est assez enlevé, elle donne une impression d'immobilisme, comme si le temps s'arrêtait sur ces quelques secondes qui se répètent encore et encore. On n'est plus dans le linéaire, on est dans le circulaire, ce que je trouve très satisfaisant d'un point de vue philosophique. Après, sur cette base répétitive, je peux placer par petites touches des événements ponctuels, des modulations, parfois une sorte de progression... Et là, c'est vraiment tout à l'instinct. Avec une place non négligeable laissée au hasard et à l'accident, qui ne sont pas moins valables, en musique, qu'un choix purement arbitraire. Tout ça donne une musique assez statique, mais je l'aime comme ça <3

C'est peut-être aussi quelque chose de très introspectif, ta musique, la répétition aidant à rentrer, ou en tout cas à dévier d'une temporalité quotidienne. Ça en fait quelque chose de très politique, d'ailleurs, ça joue sur les états conscient et inconscient… Une production dans le quotidien qui joue sur des sentiments comme la frustration - parfois on a envie que la basse arrive, et elle ne se fait que sourde ou inexistante…

Je conçois ma musique, en tout cas avec Dinosaur Sex, comme un outil, qui vise à faciliter, voire provoquer une altération, ou plutôt une augmentation de la conscience, une introspection qui aboutit à la dissolution de l'ego. Dans le cadre d'une écoute collective, ça implique la communion dans la danse et l'oubli de soi. C'est le pouvoir de la musique répétitive, a fortiori de la techno, qui peut vraiment agir comme une drogue. J'ai connu des moments très intenses comme ça en club, sans prendre aucune drogue ou presque, et je souhaite à tout le monde de vivre ça aussi souvent que possible. Je suis d'accord pour dire que cela revêt un caractère politique. On vit dans un monde caractérisé par l'isolement, l'aveuglement idéologique et la fuite en avant. Tout ce qui vise à extraire les gens de cette condition-là, ne serait-ce qu'un instant, est politique. La véritable introspection n'est pas un repli sur soi. Elle aboutit au contraire sur un sentiment d'appartenance au cosmos, et sur l'empathie avec tous les êtres qui en font partie. Je ne sais pas si tu as déjà vu ce regard heureux et bienveillant, venant d'un parfait étranger qui danse à côté de toi, en club. Comment ne pas croire que le projet de rendre les gens dans cet état n'est pas politique ?

Ce paradoxe de la frustration, c'est peut-être aussi mine de rien une partie de l'essence des musiques électroniques - ça fabrique une tension très particulière, ça agit vraiment sur le corps et la joie, enfin, la joie d'une sorte de libération. Ta musique produit aussi peut-être une certaine forme d'énergie pour le coup-là, une énergie qui vient de l'introspection et qui se matérialise dans le corps.

Je pense que de manière générale, l'esprit et le corps sont indissociables. La musique de club agit comme un courant puissant qui emporte aussi bien l'un que l'autre. Les sentiments de joie et de plénitude proviennent du fait que l'esprit et le corps vibrent en phase, portés par le flux, dans un relâchement total. C'est dingue ce qu'une simple vibration de l'air peut avoir comme effet sur les gens. C'est presque magique.

Audio (PREMIERE)

Dinosaur Sex - s/t (Ol' Dirty Dancin, 2015)
01. País Do Futuro
02. Triptamine
03. Dancing About Architecture
04. La Vie Est Un Souffle

Entretien avec Panoptique

panoptique

Salut Panoptique. Est-ce que, dans un premier temps, tu pourrais te présenter succinctement ?

Panoptique, cours de la Marne, 33800.

Tu participes à un nombre assez faramineux de projets sur Bordeaux, du label au DJ-set, en passant par des productions... Comment tu qualifierais cette boulimie apparente ?

Music is our passion : c'était un morceau d'un bon de commande Thomann collé sur notre porte. Un jour, une dame a sonné pour nous proposer de faire de la musique de relaxation avec des bols tibétains.

Et du coup, vous avez décidé de monter un label ésotérique ?

On a failli lui proposer nos services mais elle semblait sur la paille. Le label est à l'origine un pont entre Schnell Records et Normal Music, la musique débile et la musique sérieuse. Une sorte de défouloir. Mais comme on est très consciencieux, la première tape n'est toujours pas sortie à l'heure actuelle.

J'ai le sentiment qu'il y a un mode de vie aussi derrière tes engagements au sein des différents projets que tu mènes, que ce soit Simple Music, Normal Music ou ton investissement dans le bootleg. Peut-être plus qu'un mode de vie, une ambition aussi.

"De La Marne Ambition" est le foyer des nouveaux entrepreneurs aux dents longues. La musique n'est qu'un moyen parmi d'autres.

Un moyen pour arriver à la domination du monde ?

Oui, sur le monde entier, un peu comme France 24 !

Tu as aussi une sortie chez Antinote qui arrive à la fin du mois. C'est un label parisien, qui a beaucoup de représentants dans l'ouest de la France. Comment s'est faite cette sortie ?

J'ai rencontré Quentin à plusieurs reprises, et comme on s'entendait plutôt très bien, il m'a proposé de lui envoyer des morceaux, et nous voilà.

Dans tes productions, il y a aussi quelque chose d'un format qui sort un peu de l'esthétique club/techno en 4/4. Parfois très peu de basse, et on sent une assez grande place laissée à l'improvisation. Ou en tout cas on a cette impression à l'écoute, comme si tes titres pouvaient s'étaler quasiment infiniment.

La plupart de mes morceaux sont enregistrés en une seule piste, d'une traite. Certains extraits durent quarante-cinq minutes, donc un edit est parfois nécessaire. C'est une méthode assez instinctive mais pas définitive, chaque session est différente.

Tu utilises quel dispositif pour tes productions, d'ailleurs ?

Boîtes à rythmes et synthétiseurs, séquencés au MPC ou alors juste reliés en midi, pas mal de pédales et des tables de mix différentes selon l'envie... Je n'arrive plus à regarder un écran d'ordinateur sans penser au travail. On achète beaucoup de matos à plusieurs avec UA, donc la maison commence à ressembler à un studio d'enregistrement. On devient des salopards de capitalistes des machines.

J'ai l'impression que derrière la constellation "De La Marne Ambition" dont on a déjà parlé avec Haydée et dont tu fais partie, il y aussi l'idée d'interroger les sonorités techno et les formats type de cette scène. Peut-être une volonté de dé-genrer la techno même ?

On écoute tous de tout, mais vraiment, et les machines peuvent servir à faire tellement plus que de la techno... sans sortir de chez soi ! Je trouve ça bizarre de se couper de l'histoire des musiques (électroniques ou pas) au point d'ignorer, pratiquement, la pop. Le fait d'avoir tous plusieurs projets amène régulièrement de nouveaux angles de vue et d'attaque.

Pour finir, tu peux nous parler de vos influences ?

Nos influences sont quelque part entre le Bruxelles des années 80, le Chicago des 90's et le Tarnac des 00's j'imagine. Dans ce qui se passe aujourd'hui en France, on écoute pas mal les groupes de la Triple Alliance, et à Bordeaux, je dirais qu'on se sent plus proche musicalement de Harshlove, Jeanne D4rk ou Strasbourg que de la scène techno. Concrètement, ça change tout le temps et le fait de vivre ensemble fait peut-être naître un son, mais on n'en est qu'aux balbutiements.

Audio

Panoptique - EP (Antinote, 2014)

01. Boiler Room
02. Interlude, Pt. 1
03. Interlude, Pt. 2


Geena l'interview

geena-590Il y a de cela quelques mois, Hartzine partait à la rencontre de Quentin "Zaltan", grand manitou de l'église Antinote et boucanier increvable de la double platine. Si déjà à l'époque on ne tarissait pas d'éloges à l'égard du label, et bien ce n'est pas aujourd'hui encore qu'on ira leur tirer dans les pattes. Des envolées synthétiques géniales de  Nico Motte aux lives à tomber par terre de Syracuse, l'écurie de Quentin glisse sur les chemins de la gloire avec l'aisance d'un pingouin sur la banquise. Aujourd'hui, c'est avec Geena que nous avons rendez-vous. A l'occasion de la sortie de son troisième maxi, On The Top Of The Deep Hearted Fern, le 20 octobre, le fer de lance house du label nous confie quelques mots où il est question de label, de SMAC, de critique musicale et bien entendu de ses projets personnels.

Geena sera en concert ce vendredi 17 octobre avec Tsantza au 114 (Event FB).

Geena l'interview

java irwin

Photos © Irwin Barbé

Est-ce que tu peux te présenter rapidement, nous parler un peu de la genèse de Geena et plus généralement de ce qui t'a amené à la musique ?

Je suis parisien, pas encore trente ans, et je fais de la musique depuis deux, trois ans. La genèse de Geena, c'est un soft installé sur un ordinateur qui me faisait de l'œil et de longues soirées d'hiver à essayer de croiser de la new beat et certains gimmicks de Legowelt. J'étais vraiment dans ce délire là au début. J'ai réécouté les tracks, un peu honteusement, récemment.

Aujourd'hui, tu travailles toujours sur logiciel ou tu t'es frotté aux machines ? Tu travailles plutôt seul chez toi ou en studio ? Je me souviens d'avoir vu passer plusieurs vidéos sur lesquelles on te voyait bosser en collab'.

Je fais un peu de mpc de manière ludique et récréative. C'est un outil dont j'apprends à me servir grâce à Isa et Antoine de Syracuse qui sont experts de ce type de machine. Bon après, j'ai une formation de guitariste à la base donc pendant très longtemps, la porte d'entrée de la musique, pour moi, c'était d'abord l'instrument. J'ai des jams enregistrés à droite et à gauche dans le délire expo70/post-drone mais ça ne doit pas être très beau à réentendre. Le studio, c'est pas encore d'actualité. Ma préoccupation actuelle, c'est de protéger mes oreilles, car je fais trop de choses au casque et ça commence à être problématique pour mon audition. Donc concrètement, c'est repenser un espace chez moi qui me permette d'allier écoute et production.

Tu as signé tes premières sorties chez Antinote, un label assez jeune mais qui a su s'imposer rapidement comme l'une des références de la musique électronique parisienne. Est-ce que tu peux nous parler de ta rencontre avec Quentin ? Qu'est-ce qui t'a poussé à signer chez Antinote ? 

La rencontre avec Quentin s'est faite au moment de la sortie du premier maxi d'Albinos. J'avais reçu le promo et j'avais vraiment accroché, peut-être plus que sur le Iueke et le Syracuse d'ailleurs. J'ai donc répondu au mail et lui ai demandé de m'envoyer le pack promo dans sa version finale. A ce moment là, je venais de sortir un morceau sur une compil' du label WT Records et j'avais finalisé une série de morceaux dans la lignée. Je les lui ai envoyés, on s'est rencontrés. C'était assez important de signer sur un label parisien, avec quelqu'un que tu peux checker à n'importe quel moment, qui devient un de tes amis et qui te fait rencontrer beaucoup d'autres personnes hyper intéressantes.

Donc pour toi la fonction d'un label aujourd'hui, c'est plus de fournir un cadre réactif où priment le conseil et les relations de proximité que de permettre à un artiste d'intégrer des réseaux de distribution puissants et de signer des synchro juteuses ? Est-ce que tu penses que c'est une tendance générale ou que ça reste l'apanage des producteurs de circuits plus confidentiels ?

Pour moi un label c'est d'abord de la DA : un choix d'artistes pertinents, des tracklistings cohérents, de belles pochettes, etc. Mais je n'en tire pas une généralité. Ma principale source de revenus est ailleurs, dans un emploi de tous les jours. Je n'attends pas de relevé SACEM ou ce genre de trucs. L'économie de labels comme Antinote ne permet pas d'attendre de royalties versées par le label ou ce genre de deal. Sans tout dévoiler, je crois que Quentin a récupéré son investissement de départ dans le label il y a peu de temps... Ça te donne une idée du chemin à parcourir pour s'y retrouver. Il faut discerner plusieurs choses : bien sûr qu'en tant qu'artiste, tu attends que ton disque soit dispo partout, mais c'est aussi le cas de ton label. La distrib', c'est l'enjeu principal du truc, je pense. La synchro... pfff, ça ne me travaille pas du tout. Le plus difficile pour un artiste en développement est de se faire connaître des promoteurs et de tourner régulièrement, ça c'est un travail de fond et ça n'est pas basé que sur de l'artistique à mon avis.

GEENAonthetop

Les productions signées Geena sont très marquées deep house, Chicago house, contrairement aux sortie de Syracuse, Albinos ou encore Iueke. Qu'est-ce que ça signifie pour toi d'être présent sur un label aussi hétérogène ?

Hétérogénéité, je ne sais pas... En termes de production, tu as surement raison. Un disque de Iueke ne sonnera jamais comme un Syracuse, qui ne sonnera jamais comme un DK, qui ne sonnera jamais comme un Geena, et ainsi de suite... Après quand je vois tous ces artistes jouer DJ en soirée, je trouve que c'est souvent hyper cohérent. C'est difficile à expliquer mais il y a un ADN commun, c'est sûr.

La dimension introspective est très présente dans tes morceaux. Est-ce que le fait d'avoir grandi à Poitiers, dans une ville où les lieux d'exposition sont difficiles d'accès, a eu une influence sur ton travail ? 

Haha, l'influence de la province... Honnêtement, je n'y ai jamais réfléchi. Tu sais, Albinos est aussi de Poitiers, et c'est formellement très différent de ce que je peux faire. Au contraire, ne pas avoir recherché d'exposition particulière à Poitiers est sûrement quelque chose qui joue pour moi désormais. Sans snobisme aucun, je vois que ceux qui s'affichent aujourd'hui dans les lieux d'exposition de Poitiers - mais c'est sûrement le cas dans d'autres villes - sont les mêmes qu'il y a dix ans. Perso, je ne suis pas sûr de courir après ce genre de choses dans dix ans. Quant à la dimension introspective, c'est surtout un attrait pour la mélodie. Je suis incapable de faire des tools rythmiques sans y ajouter quelque chose sur quoi tu peux siffloter.

D'après toi, cet immobilisme dans la programmation des musiques électroniques (qui n'est pas une vérité pour toutes les villes, cf. Bordeaux, Lyon, etc.), ça vient de quoi ? Peur de ne pas attirer les publics ? Poids des tourneurs et des packages ficelés ?

Le filtre en province, c'est quoi ? C'est souvent une SMAC, un truc généraliste qui défend parfois des esthétiques particulières mais qui doit faire des soirées qui marchent en même temps. C'est compliqué, je pense, pour un programmateur, de prendre des risques sur des soirées club en province, donc ils ont tendance à aller vers les mêmes tourneurs. En même temps, c'est tellement abusé de payer 5000 balles pour Surkin en 2014, no offense hein. Bref, je sais pas. C'est une question complexe. Les plateaux "pointus", c'est parfois tellement naze aussi. Ça tient à peu de choses. Je pense qu'une partie du public n'est pas complètement dupe, ça invite les gens à bouger aussi parfois.

Comment est-ce que tu te places dans le fameux "bouillonnement parisien" ? Est-ce que tu as vraiment ressenti une différence avec les années ?

Le bouillonnement, je le vis d'assez loin. Je sors pas plus en club aujourd'hui qu'il y a cinq ans. Ce que je vois à mon petit niveau, c'est que les conditions d'émergence de cette musique sont un peu plus favorables en ce moment. Je parle de personnes. Pour moi, c'est hyper important de voir des mecs comme Quentin d'Antinote ou Clément d'Odd Frequencies être impliqués respectivement dans un studio de mastering/production et dans la prog d'un club et de plusieurs festivals. Ce sont ces repères là qui contribuent à modeler quelque chose. Après, me demande pas si ça durera deux ou dix ans.

Tu fais référence à la tendance à la concentration des activités de plus en plus forte dans l'industrie musicale. Des producteurs qui deviennent managers, des managers qui deviennent tourneurs, des labels qui organisent des soirées, etc. Certains artistes ont peur d'être pris au piège par ce nouveau type de contrat, mais tu mets l'accent sur la coordination et la cohérence. C'est plutôt une bonne ou une mauvaise chose à tes yeux ?

Ça me semble vertueux dans les deux cas précédemment cités. Ce n'est pas complètement objectif, étant donné que ce sont des gens que j'apprécie. Je pense que tu trouveras toujours des gens pour te dire que Zaltan ou Clément Meyer sont des cons finis, hahaha. Toujours à propos de ces deux exemples, je pense que dans un cas comme dans l'autre, si Clément ou Quentin manient plusieurs casquettes, c'est que tout simplement parce que personne ne le fera pour eux. C'est un mélange d'opportunités professionnelles et de "do it yourself", avec toute la mesure que j'accorde à cette expression.

Quelles sont tes principales influences ?

Je pourrais te lister une suite de musiciens qui comptent beaucoup pour moi (Basil Thomas, Frank Cornelius, Chris Carter, Loren Mazzacane Connors notamment) mais je suis pas sur qu'ils aient toujours une influence déterminante sur ma musique.

Accem Myomi2

Qu'est-ce que tu peux nous dire d'Accem Myomi ? Pourquoi t'es-tu senti obligé de forger une nouvelle identité ? 

Geena est lié à Antinote ; ce n'est pas quelque chose d'écrit ou de contractualisé mais c'est tout comme. Accem Myomi, c'est un projet pour tenter de produire des disques très différents d'une sortie à l'autre. Ça a commencé avec quelque chose de très brut. Peut-être que ça évoluera vers des formes nouvelles très rapidement. Mais à vrai dire, ça n'est que le premier de mes side projects. Je travaille sur des choses plus tournées vers le live et l'improvisation avec un ami. J'ai également une série de morceaux house hyper old school produits avec mon frère qui me tiennent très à coeur. Ce sont des trucs à retravailler mais je ne désespère pas de les sortir un jour ou l'autre.

Tu as écris quelques années pour des webzines. Est-ce que c'est important pour un producteur de s'engager dans une démarche de critique et de prendre part au débat ?

Rassure-toi, les producteurs sont souvent plus engagés que les critiques eux-mêmes. Ça reste du off mais c'est là que la critique est souvent la plus dure.

Je reformule ma question : est-ce que c'est important à tes yeux de t'engager publiquement en tant que critique ? Est-ce que la rédaction devrait rester le privilège des spécialistes, des acteurs directs de l'industrie ?

Il y a eu une époque où des journalistes (radios) devenaient DJ. Je pense à Smagghe notamment. C'était il n'y a pas très longtemps et ça ne semblait pas poser de problème. Réfléchir à ce problème dans le sens inverse... Je ne sais pas. Certains mecs font les deux de nos jours et sont hyper crédibles - je pense à Gerd, et à Sherburne dans une moindre mesure. En France, je vois pas d'équivalent. Bon, à vrai dire, je ne pense pas qu'on ait réellement de bons critiques dance music. Beaucoup de mecs me semblent largués, même. Je me rappelle d'une tribune de Thévenin sur Minorités en réponse à un mec qui parlait de la mort de la nuit parisienne, c'était à pleurer, surtout quand tu connais l’érudition réelle du mec. Dans l'absolu, je préfère un DJ qui se lance dans la critique de disque que dans la tribune politique. C'est souvent hyper embarrassant.

Audio


Syracuse - Latomia

S'il n'a jamais été affirmé qu'Antinote n'était qu'un label dédié à la house music, la sortie dès 2012 du 12" de Syracuse Giant Mirrors a toujours signifié que Quentin (Zaltan) Vandewalle - interviewé il y a peu (lire) - avait les mirettes un peu plus large, consacrant les délicieuses divagations oniriques d'Antoine Kogut et Isabelle Maitre pour ce qu'elles sont : de formidables machines à liquéfier le temps, à la fois poétique dans leur forme et éclectique dans leur registre. La sortie le 12 mai dernier du 7" Lovventura / Latomia, concomitante et consubstantielle à celle de la luminescente vidéo signée Irwin Barbé de Latomia, n'en n'est que l'affirmation la plus subtile, les deux morceaux marivaudant avec une concision presque frustrante - deux minutes trente évanescentes - dans une psyché-pop éthérée et mélancolique, en total contraste avec les prestations live du groupe flirtant avec une acid-house plus physique.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=V1H3Kpy4w-o

Tracklisting

Syracuse - Lovventura / Latomia (Antinote, 12 mai 2014)

01. Lovventura
02. Latomia