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The Advisory Circle l’interview

today23/07/2011 102

Arrière-plan
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Nul besoin d’être un lecteur assidu de Wire, ou de tout comprendre au débat sur l' »hypnagogic pop » (invention journalistique désignant des musiques portées par une certaine nostalgie fétichiste – ou quelque chose dans ce genre), ni de s’y connaître en matière de folklore britannique pour intégrer l’univers codé mais attachant de Jon Brooks. Anciennement connu en tant que King Of Woolworths, projet downtempo un peu rétro qui se revendiquait comme de « l’illustration sonore » (on en retrouvera jusque dans une pub pour Orange), notre homme s’est consacré à des passions bien plus obscures entre temps et a trouvé en Ghost Box, label anglais très conceptuel, une famille réunie autour de ces mêmes obsessions.

Souvent interprétée comme du simple rétro-psychédélisme new age ludique et naïf, la mystique que cherchent à générer Belbury Poly ou The Focus Group (fondateurs de la structure et artistes les plus visibles du lot) puise dans la science-fiction, dans l’esprit des pionniers de l’électronique (BBC Radiophonic Workshop en tête), dans la library music, dans les Public Information Movies (définition dans l’interview) ou dans toutes sortes de traditions à la limite de l’occulte, pour créer une dimension musicale anachronique faite de réminiscences d’un passé fantasmé.

Other Channels, premier LP en 2008 de The Advisory Circle (pseudonyme de Jon Brooks sur Ghost Box), est un petit chef-d’oeuvre méconnu qui représente parfaitement le filon bien personnel que ces geeks illuminés et sensibles se sont creusés. Similaire à Boards Of Canada dans sa construction et dans sa manière de réveiller chez l’auditeur une mémoire collective inconsciente, l’album fait voyager entre Raymond Scott et Nicolas Schöffer, entre une brochure 70’s de vacances bucoliques et une bande-son désuète d’un vieux film imaginaire, tout en glissant une menace sous-jacente au détour d’une annonce contre les dangers des jeux pour enfants sur les étangs glacés. Plus immatériel et moins vissé sur son concept, As The Crow Flies enchante avec le même charme flottant, la même aura cryptée et le même humour insidieux. Pour s’en faire une idée, voici quelques mots du Jon Brooks, ainsi qu’un stream de Now Ends The Beginning, introduction tantrique du nouvel album, comme Air aimerait encore pouvoir en faire.

En bonus, quelques liens vers des sources d’inspirations et les fameux PIF mentionnés, sélectionnés par The Advisory Circle, pour votre plaisir.

No need to be a regular Wire reader, or to get what the « hypnogagic pop » fuss is about (some journos-made-up concept defining music marked by a certain fetishist nostalgia – that kind) or to know anything about British folklore to enter Jon Brooks’ coded but captivating universe. Formerly known as King Of Woolworths, a retro-downtempo project identified as « sound illustration » (one of its tracks even made it to an Orange ad!), our man has dedicated himself to more obscure passions since then and found in conceptual English label Ghost Box a whole family gathered around the same obsessions. 

Often misinterpreted as plain and naive new age retro-psychedelia, the mysticism that label-heads Belbury Poly or The Focus Group tend to generate draws from science fiction, electronic pioneers’ spirit (think BBC Radiophonic Workshop), library music, Public Information Movies from decades ago and some almost occult traditions to create an anachronistic musical dimension made of memories from a fantasied past. 

Other Channels (2008), first LP by The Advisor Circle (Jon Brooks’ incarnation on Ghost Box), is a little-known masterpiece that best sums up the pretty personal line that these sensitive and enlightened geeks have developed on their own. Similar to Boards Of Canada in construction and in the way it evokes an unconscious collective memory in the listener’s mind, the album is trip from Raymond Scott to Nicolas Schöffer, from a 70s brochure for countryside holidays to some quaint soundtrack from an imaginary movie, and doesn’t forget to slip some underlying threat in the mix via some message about the dangers of children playing on frozen ponds. More immaterial and detached from its concept, As The Crow Flies enchants with the same floating charm, cryptic aura and insidious charm. To get the picture, here are some words from Jon Brooks, plus a streaming link to « Now Ends The Beginning », the tantric introduction to the new album, a track Air would love to be able to produce today.

As a bonus, some links towards some of The Advisory Circle’s inspirational sources and some PIFs selected by himself, for your pleasure. 

http://www.youtube.com/watch?v=Y-yGTrd4Z7I (public information)

http://www.youtube.com/watch?v=0s0xBEqc7c4 (retromercial)

http://www.youtube.com/watch?v=Y9NzaHQKWwA (british gas)

http://www.youtube.com/watch?v=DON-CogKcfk (popol vuh)

http://www.youtube.com/watch?v=BVdA9t-AOfU (cuckoo song)

http://www.youtube.com/watch?v=1RjMuB8Qkd8 (tom dissevelt)

Puisque Other Channels a été décrit par vous-même comme « Tout se passe bien, mais il y a quelque chose d’étrange derrière tout ça« , comment pourrait tout décrire As The Crow Flies ?

If Other Channels could be described as « Everything’s fine, but there is something not quite right about it« , what about As The Crow Flies?

As The Crow Flies serait « nous vous suivons/nous occupons de vous tout au long des saisons de l’année. Nous prenons les décisions afin que vous n’ayez pas à le faire« . Faites-en ce que vous voulez.

As The Crow flies is « Looking After You throughout the wheel of the year. We make the decisions, so you don’t have to« . Make of that what you will.

L’utilisation des samples vocaux extraits de films institutionnels a été mis en sourdine sur cet album, ce qui en fait un disque moins référencé, plus axé sur les mélodies. vous n’en aviez plus besoin ?

You seem to have played down the vocal samples-thing on that one, making the album a less referenced one, more based on melodies, is it that you didn’t need them this time to convey the impressions you wanted to?

Les samples vocaux étaient plus pertinents dans le cadre de Other Channels, c’était un album basé sur la télévision. En terme de paysage, Other Channels était beaucoup plus « sur le terrain »/ »sur terre », et les samples renforçaient cette impression, ils peuvent « ancrer » un album très efficacement. Sur ATCF, la musique est plus « aérienne », flottante, il est ainsi plus ambitieux, moins insulaire.

The vocal samples were more relevant to Other Channels, as it was a TV-based album. In terms of landscape, Other Channels was based very much ‘on the ground’ and I think vocal samples tend to reinforce that, they can ‘ground’ an album quite effectively. With As The Crow Flies, the music is very much based ‘in the air’ and flying; as such, it is quite a lot more ambitious, much less insular.

Certains morceaux comme Further Starry Wisdom ou Beyond The Wychelm semblent indiquer une inspiration plus pastorale, est-ce le cas ?

Hearing tracks like Further Starry Wisdom, Beyond The Wychelm, we can feel the album has a more, so to say, pastoral inspiration, is that right?

C’est intéressant d’avoir relevé ça. Ces morceaux ont effectivement un ressenti plus pastoral, ce qui était parfois le cas dans sur les précédents albums. Le pastoral, le bucolique, sont des thèmes essentiels dans The Advisory Circle.

It’s good that you picked up on that. Those tracks have a pastoral feel, but so do some from Other Channels (Hocusing For Beginners as an example) and of course, Osprey from Mind How You Go. The pastoral, bucolic element is a central theme in The Advisory Circle.

Y a-t-il une forme de narration derrière chaque album que vous produisez ?

Is there some kind of narration behind every album you make?

Pour TAC, c’est toujours le cas. Les concepts, la narration, jouent un grand rôle dans le monde de Ghost Box. Ils émulsionnent les différents éléments du projet.

If I’m composing an Advisory Circle album, then yes. Concepts and narrative are a big part of the Ghost Box world. They emulsify all the separate strands of the project.

Quelle est cette dimension que TAC aspire à évoquer ou à créer ? Un monde parallèle, comme dans un conte, constitué de mythologie britannique et de mémoires floues d’un folklore électronique du passé ?

What is that dimension The Advisory Circle is trying to evoke, or create? A fairy parallel world made of British mythologies and blurry memories from early electronic folklore? 

Ghost Box est son propre monde parallèle, et sa tentaculaire carte est lentement dévoilée au fil des disques. Nous constituons de nouveaux lieux, de nouveaux personnages en évoluant, ainsi en révélant ce qui est déjà là ou révèle aussi de nouvelles « pousses ». Il y a de la mythologie, du folklore, de la contradiction, et de l’humour. Certaines personnes se focalisent sur le thème de la nostalgie (et il y en a en partie, effectivement), mais GB se consacre tout autant à des futurs qui ne se sont pas matérialisés. Ou pas encore !

Ghost Box is its own parallel world and the sprawling, extensive map is being slowly revealed with every release. Also, we build in new places and new characters as we go, so there is a lot of new growth as well as revealing what is already there. There is mythology, folklore, contradiction and humour. Some people tend to focus on the nostalgic theme (and there is an element of that) but Ghost Box is just as much about the futures that have not materialised. Yet.

Où la musique est-elle produite ?

Where do you produce your music?

Partout où je peux installer un ordinateur et un enregistreur. J’apprécie arranger mes morceaux dans des endroits qui inspirent, ou travailler dans des contextes insolites. Une grande partie d’Other Channels a été conçue dans un gîte en Normandie par exemple. Je fais beaucoup de field recording également, ce qui rajoute une dimension spatiale à mon travail.

Anywhere I can set up a tape machine or a computer. I like arranging my songs in inspirational places and I like working in unusual circumstances. Part of Other Channels was arranged in a gite in Normandie, for example. I also make a lot of field recordings, so there’s quite often a spatial element in my work.

Comment avez-vous découvert la library music, les BBC Radiophonic Workshops et tout cet univers, que vous évoque-t-il ?

How did you first get into library music, BBC Radiophonic Workshops and all that, and what does it evoke to you?

Ça a commencé quand j’étais très jeune. La library music était utilisée dans des programmes télé au Royaume-Uni, ainsi que dans des pubs à la radio ou au cinéma. J’étais déjà exposé à toutes ces choses-là et ça m’a attiré pour certaines raisons. J’aime les sons, les arrangements et le fait que cette musique était censée passer inaperçue, elle était essentiellement fonctionnelle, mais pour moi, ça la rendait d’autant plus inévitable. J’y retrouve des réminiscences de ma jeunesse évidemment. Certains de ces morceaux sont toujours utilisés aujourd’hui parcequ’ils sont devenus des classiques indémodables. Son caractère intemporel me fascine.

I was first fascinated with library music when I was very young. Library music was used on television programmes in the UK, also on radio adverts and cinema adverts. I was exposed to all of this at a young age and for some reason, I was just drawn to it. I loved the sounds, the arrangements and the fact that we were not really supposed to notice this music; it was essentially functional, but to me, that makes it even more noticeable. Some of it is evocative of my childhood, but also some of these pieces are still currently used today, just because they are classic pieces that don’t go out of style. The enduring nature of library music fascinates me.

Cela peut sembler exotique au public non-britannique, mais y avait-il vraiment une époque où ces messages à caractères informatifs étaient régulièrement diffusés à la télé ? Avaient-ils un effet quelconque sur les gens, ou étaient-ils tournés en dérision comme ce serait le cas aujourd’hui ?

It seems a bit exotic to most non-British audience, but was there really a time when public information messages were regularly broadcast on tv?  Did they have an effect on people at the time, or were there derided as it would happen today?

Ils étaient régulièrement diffusés à la télé tout au long des années 60, 70 et 80. A l’époque, les pages de pubs en après-midi étaient relativement peu chères, donc ils étaient plein de Public Information Movies à la place des publicités habituelles. Certains d’entre eux étaient vraiment frappants, donc au moins quelques uns ont impressionner le public. Le fait que certains d’entre nous s’en souviennent en est la preuve.

They were regularly broadcast on TV throughout the 1960s, ’70s and ’80s. At the time, afternoon advertising slots were relatively inexpensive, so you would see quite a lot of PIFs, instead of regular advertisements. Some of them were quite hard-hitting so at least some of them made an impression on the public. The fact that lots of us remember them even now, is testament to that.

Il semble y avoir une dimension humoristique dans TAC, est-ce bien le cas ?

I find there’s a certain humorous dimension to what you do, that makes your universe even more mysterious, is it a thing you intentionally included?

En musique, comme dans la vie, il se doit d’y avoir de l’humour. Il n’a rien d’affecté, ou de particulièrement intentionnel, mais je suis très content qu’il soit là.

In music, as in life, there should always be humour. It’s not contrived, or particularly intentional, but I’m glad it is there.

Alors qu’il est souvent interprété comme du rétro-futurisme ou comme une sorte de nostalgie ésotérique, quel est le concept et le dénominateur commun derrière toutes les sorties Ghost Box ?

Often interpreted as retrofuturism or esoteric nostalgia, what is the oeverall concept and common factor behind all the Ghost Box’s releases?

Pour être honnête, il y aurait trop de choses à énumérer, des centaines de points de référence qui attendent l’auditeur qui veut en savoir plus ! Ce qu’il faut relever par dessus tout, c’est que l’ensemble est plus grand que la somme de ses parties. C’est ce qui rend Ghost Box spécial et unique.

To be honest, there are too many things to list; hundreds of little reference points awaiting the keen listener! The important thing to point out here is that the whole is greater than the sum of it’s parts. That’s what makes Ghost Box special and unique.

Vous reconnaissez-vous dans le débat sur la « hauntology » ou l' »hypnagogic pop » ?

Do you recognize yourself into the « hauntology« / »hypnagogic pop » debate at all?

Personnellement non. Je n’ai aucun problème avec l’étiquetage, le débat, c’est une part de la pop culture et il en sera toujours ainsi. Mais ça ne rentre pas en jeu dans l’intention artistique originale du projet. Ainsi ces étiquettes ne sont pas pertinentes à mes yeux.

Personally, no I don’t. I don’t have a problem with the labelling / debate, as it is part of pop culture generally and it will always happen, but as they are not part of the original artistic intention of my project, the labels are, in themselves, irrelevant to me personally.

La comparaison avec Boards of Canada est souvent relevée et partiellement valide, mais il semble y avoir une certaine connection entre TAC et des artistes français comme Etienne Jaumet ou Air (dans une certaine mesure, ndlr) qui partagent le même amour pour les bandes sons de films 70’s bucoliques,  une certaine approche sensuelle de la musique (Now Ends The Beginning en est la preuve) et une tendresse pour les pionniers électroniques, est-ce bien le cas ?

The Boards Of Canada comparison is often mentioned and is partially valid, but I also find a certain connection to some french artists like Air or Etienne Jaumet who all share a certain love for 70s bucolic movie soundtrack, a certain sensual approach of music (Now Ends The Beginning is full of that) and a tenderness for french electronic pioneers, do you acknowledge that?

Je cherche toujours à rendre ma musique sensuelle, donc c’est un élément très apparent. J’ai été fasciné pendant longtemps par la musique française : Jack Arel, Jean-Claude Petit, Gainsbourg, France Gall (sérieux ?), Alain Goraguer, Roger Roger, Bernard Fevre (Black Devil Disco Club, ndlr), Jean-Claude Vannier, Sauveur Mallia, pour ne citer qu’eux. J’ai beaucoup appris en écoutant ces artistes. Les français sont des maîtres en termes de composition et d’arrangement, et Air est en effet merveilleux.

I always want my music to be sensual, so yes, that element is very apparent. For many years, I have loved and been fascinated by french music. Jack Arel, Jean-Claude Petit, Serge Gainsbourg, France Gall, Alain Goraguer, Roger Roger, Bernard Fevre, Jean-Claude Vannier, Sauveur Mallia, to name a few figures. I have learned a lot from listening to these people. The french are masters of composition and arrangement. Air are wonderful.

Audio

Écrit par: Thomas Corlin

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