Plaid – Scintilli

A la lourde question : « Peut-on encore capitaliser sur le retour de Plaid ? », la réponse est définitivement oui ! Le duo indissociable du label de Sheffield, Warp, fait un come-back retentissant avec un nouvel opus multi-facettes, plus personnel et finalement très éloigné des œuvres de commande que furent Tekkon Kinkreet ou Heaven’s Door. Un retour aux sources marquant également le vingtième anniversaire de Plaid, soit deux décennies passées à révolutionner la musique expérimentale et électronique à moindre échelle, mais créant des vocations chez de nombreux artistes ayant confirmé leur talent depuis lors. Et si nous devions accorder une réussite à Andy Turner et Ed Henley, c’est d’avoir su continuer avec plus ou moins de brio là où de nombreux musiciens se sont essoufflés. Sans changer son fusil d’épaule, le duo britannique évolue dans une continuité cohérente.

Avant d’aller plus loin dans ma chronique, je dois dans un premier temps me pencher sur une problématique circonstancielle liée à la sortie de l’album et quelques défauts majeurs qu’il faudra tout de même souligner pour mieux les éclaircir. Il est impensable de nos jours de ne pas prendre en compte l’ado dégénéré qui écoutera Plaid pour la première fois, le stagiaire-rédacteur du canard du coin plus habitué à se déhancher sur du Discodeine et pour qui les initiales IDM iront rejoindre les LOL, PTDR, et j’en passe… Bref,  huit ans sans nouvelles, ça fait long, et Plaid, malgré son statut culte, n’a jamais bénéficié de la médiatisation d’un Aphex Twin, de Boards of Canada ou même d’Autechre. Des conditions difficiles de sortie pour un nouvel album plombé par un packaging tout à fait dans la lignée de Spokes, mais immonde à souhait. On peut pousser le minimalisme jusqu’à un certain point, mais il y a des limites. La carence dominante restant qu’un album de Plaid ne ressemble à nulle autre chose qu’à un autre album de Plaid…

Photo © Michel Benard

… Ce qui est également sa principale qualité. Il y a un refus chez le duo de quitter cet univers ouaté, cristallin et fantasmagorique clairsemé de claquements insolents. Ce fut d’ailleurs l’une des raisons du départ de Turner et Henley de The Black Dog, et on comprendra mieux avec le temps les raisons de ces dissensions. Et si on déteste cette nouvelle pochette, on en comprend mieux le sens au fil de l’écoute de ce très labyrinthique Scintilli. Missing, déconcertante intro électro-acoustique, souligne le ténébreux Eye Robot et sa rythmique mécanique reptilienne. L’absurdité sautillante de Thank est immédiatement récompensée par la turbine Unbank, assaut techno déstructuré et voilé de murmures orientalisants. Sömnl pue la rugosité de la tôle froissée tandis que 35 Summers nous berce avec une légèreté retrouvée, nous enjôlant d’une mélodie céleste, à la fois apaisante et angélique. S’il est difficile de ne pas penser au Donkey Rhubarb d’Aphex Twin à l’écoute du très percutant African Woods, c’est définitivement Talk to Us qui sort son épingle du jeu, véritable bombe IDM appuyée par une rythmique larvée et un kick à contre-pied jouant sur l’accélération et la décélération. Un track en perpétuel mouvement à mille lieux des exploits folktronica auxquels avait pu nous habituer le combo.

Des tracks bestiaux façon upgrade aux sucreries mélodiques et envoûtantes à la Craft Nine, nous ne garderons que le meilleur de ce Scintilli. Un opus sincère, immédiat et qui affirme son potentiel au fil des écoutes. Un album intemporel, comme le sont Spokes ou Not for Threes et dans lequel on se replongera encore dans vingt ans.

Audio

Vidéo

Tracklist

Plaid – Scintilli (Warp, 2011)

01. Missing
02. Eye Robot
03. Thank
04. Unbank
05. Tender Hooks
06. Craft Nine
07. Sömnl
08. Founded
09. Talk to Us
10. 35 Summers
11. African Woods
12. Upgrade
13. At Last
14. Outside Orange (Bonus Japanese Edition)