Virginia Wing - Forward Constant Motion

Auteur d’un premier essai remarqué il y a deux ans, le plus que convaincant Mesures Of Joy, Virginia Wing, trio (devenu duo) de Birmingham, revient aux affaires en cette rentrée musicale avec l’annonce de la sortie d’un second album, Forward Constant Motion à paraître chez Fire Records le 11 novembre prochain. Succédant à Rhonda,  étonnant EP dévoilé à l’occasion du Record Store Day qui avait poussé un peu plus loin les aspirations expérimentales de ces jeunes musiciens avec cependant le souci constant de ne jamais perdre de vue leur essence mélodique, base indispensable à tout créateur d’orfèvrerie pop, la livraison à venir démontre le souhait du groupe de sortir encore un peu plus des sentiers battus.

Si l’influence de Broadcast est toujours présente, les élans dream pop d'Alice Merida Richards et Sam Pillay, qui pourraient presque par moment leur donner le statut de Fear Of Men à mouvance électronique, sont alimentés par une volonté constante de repousser les limites de la simplicité afin de donner plus de profondeur au propos. Le fantôme de Laurie Anderson vient d’ailleurs bien souvent brouiller les cartes, comme sur cet entrainant ESP Offline, morceau dévoilé en exclusivité sur hartzine.

Voici qui démontre une fois de plus l’éclectisme et le bon goût caractérisant Fire Records, label décidément phare en matière de (re)découvertes.

Audio

Virginia Wing - ESP Offline

Tracklist

Virginia Wing- Forward Constant Motion (11 novembre 2016, Fire Records)
01 Lily of Youth
02 ESP Offline
03 Mecca Cola
04 Grapefruit
05 Miserable World
06 Andalucia
07 Sonia & Claudette
08 Local Loop
09 Be Contained
10 Permaboss
11 Hammer A Nail
12 Move On
13 Baton
14 Future Body


Pardans - Moonlit Bags Of Meat

La no wave est née du dénis des influences, celle de la new wave d’abord dont elle tire son nom, celle du punk ensuite et sa récupération des carcans rock. De la non-musique dans son sens traditionnel, voilà ce que, à la fin des années 70, faisait découvrir la no wave avec ses dissonances, ses expérimentations cacophoniques et bruitistes. Expression de l’intellect vers et pour le corps, parcourant la trame d’une musicalité atonale, la no wave agit comme un réflexe extenseur chez le toubib, guettant la réaction physique provoquée par des combinaisons allant de l’orchestration dissonante à l’improvisation aléatoire, sans chorus pour soutenir.

Apparentés au punk autant qu’à la no wave, les Danois de Pardans ont hérité de cette esthétique protéiforme, cherchant la structure sans jamais la définir, affleurant d’autres styles — jazz, blues, ska, drone — sans jamais les percuter. L’exercice est puissant et physique, en témoigne le clip Moonlit Bags Of Meat en avant-première ci-dessous où guitare, batterie, basse, violon, sax et voix s’entrechoquent entre douleur, extase et projections de sueur dans une frénésie complice et précoce, de celles qui ont contribué à faire la réputation scénique de groupes comme XTC avant leur virage commercial.

Heaven, Treason, Women est le premier album du jeune groupe originaire de Copenhague, ville déjà riche en formations punks, mais on sent derrière la juvénilité du projet une assurance totalement libérée et portée par un désir d’expérimentation. Le premier des huit morceaux ouvre sur une basse épisodique et dramatique prête à lancer son gimmick, rapidement rejointe par une bousculade de breaks aux cymbales explosives et les trémolos d’un violon triste, avant de laisser le sax accompagner de ses plaintes une voix grave et théâtrale qui résonnera jusqu’à la brutale cacophonie unissant tous les instruments pour quelques secondes d’éruption sonore. La tempête s’apaisera deux minutes avant de réveiller le volcan, à nouveau, pour conclure sur une session de punk hardcore.

Le ton est donné d’un album à l’expressivité sublime qui ne cessera de slalomer entre les approches et les ambiances, offrant de belles séquences inattendues comme cette mélancolique harmonie violon/sax à la fin d’Over The Alps, Into Milan ou cette interminable intro progressive et dissonante à Under The Sun, Under Your Dress, comme si Glenn Branca et Stephen O’Malley se battaient pour la même pédale overdrive. Entre urgence et apathie, la voix chante à peine, s’exclame, déclame, traîne ses glissements et sa douleur sifflante de baryton, accroche par son timbre et des lyrics brefs, collés bout à bout comme une prose hachée de points virgules. Expérience à vivre en live, les intéressés pourront prendre l’occasion de parfaire leur opinion le 30 octobre prochain au Klub à Paris.

Avant-première

Pardans - Moonlit Bags Of Meat

Tracklist

Pardans - Heaven, Treason, Women (17 septembre 2016, Third Coming Records)
1. Let Darkness Descend
2. Moonlit Bags Of Meat
3. Over The Alps, Into Milan
4. Blow Me (Some More Wind In My Sails)
5. Under The Sun, Under Your Dress
6. Eurostar
7. Her, The Money, The Heels
8. Roared With Delight (Digital Bonus Track)


House Of Wolves - Love Is A War

Au détour de deux albums aussi indispensables qu'atypiques dans le paysage musical actuel, Rey Villalobos, officiant sous l'appellation d'House Of Wolves, a su rendre ses lettres de noblesse au Folk empreint d'une extrême délicatesse et reprendre les choses là ou Elliott Smith les avaient si tristement laissées à l'orée de ce millénaire. Si son premier essai, Fold In The Wind, avait posé les bases de ce retour aux sources (lire ici), Daughter Of The Sea (lire ici), l'année dernière, avait dépassé nos plus folles espérances plongeant toute âme prête à se perdre dans ces compositions d'une  bouleversante authenticité et d'une rare pureté dans un état de douce béatitude.

L'annonce d'un nouvel album du Californien dont la sortie est prévue le 16 septembre prochain sur le label français Discolexique doit donc d'ores et déjà être considéré comme un événement majeur de cette année musicale, espérant que cette parution n'aura d'intimiste que la beauté des pépites qu'assurément elle contiendra. Pour vaincre cette attente déjà trop longue, Rey Villalobos nous gratifie d'une nouvelle composition, Love Is A War, hommage à son grand père ayant combattu durant la seconde guerre mondiale, qui apparaitra en bonus track sur l'édition vinyle de ce prochain essai à paraître. Une orchestration un peu plus poussée ne délaissant cependant nullement la fragilité et l'intensité émanant des compositions de ce songwriter hors-pair laisse présager de bien belles découvertes à venir. Pas encore les vacances, déjà vivement la rentrée !

Vidéo

House Of Wolves - Love Is A War
Vidéo par Tyler T. Williams


Jardin - Naked Friends

On s’ennuie parfois des 90’s, cette décennie où on ne sentait alors que le manche du balais que la fin des Trentes Glorieuses nous a mis dans les reins, cette époque où le caractère social de la musique électronique se limitait surtout à prendre son ecsta et mouliner des bras avec ses potes. Mais Jardin n’est pas de cette génération, il est de celle, lucide et engagée, qui mélange le relâché de la danse et la conscience sociale. Parce que ouais, on peut mouliner des bras comme une éolienne et faire passer ça pour un geste écolo. Héritier du chiptune, de la tech house, de la vaporwave enfin, cette mouvance artistique 2.0 nourrie à l’internet des GIF à dauphin et sapée par Roberto Piqueras, Lény Bernay est lui aussi un écolo de la musique, triant consciencieusement les déchets laissés par la génération précédente et recyclant ce qui peut l’être. Et il en reste, à condition de connaître ses classiques en chopped and screwed, de travailler son sampling et ses boucles expérimentales et de savoir balancer quand il faut des kicks de gabber et des snares boulimiques qui avalent les aigus.

Bernay fait danser, et son dancefloor est un remblai de zone industrielle fait des gravats de notre société de consommation à l’implosion imminente. C’est un message fort qui rattrape la quasi absence de paroles par une crudité des titres sur le rapport social/amoureux (Mon Amour n’a pas de Sexe), l’esclavagisme moderne (Ambition SBAM+) ou la décroissance (Highway to Post-Capitalism). Et si dans son approche Jardin appelle à quelque fatalité mélancolique, c’est pour mieux s’en extraire, là par le clubbing, plus tard en brûlant les idoles, ce qu’il entame déjà dans un rapport subversif aux productions de ses aînés ravers. Naked Friends, à écouter en exclu ci-dessous avant la sortie prochaine de l’album Post Capitalist Desires sur Le Turc Mécanique, est un sobre mais efficace échantillon de la « dégénéredanse » de Jardin, instantané résiduel fixé le temps d’un Snapchat flou, en pleine spontanéité sociale aussitôt diluée dans une nouvelle effervescence. Produit assumé et critique d’une société cadencée à 140 BPM et fréquencée à 70 Hz, Lény n’a pas l’esprit du punk à nager contre le courant: né dans le flux, il en appuie le débit pour révéler ses contradictions et excès. Pour s’en rendre compte, le mieux est encore d’aller le voir en live à la release party de Post Capitalist Desires le 19 juin au Zorba (event FB).

Audio premiere

Jardin - Naked Friends (Live)

Tracklist

Jardin - Post Capitalist Desires (20 juin 2016, Le Turc Mécanique)
01. Mon amour n'a pas de sexe
02. Blackfish
03. Naked Friends (live)
04. Nuage Noir
05. Ambition SBAM+ (ft. Tiphaine Larrosa)
06. Highway To Post-Capitalist (ft. Loïc Lachaize)
07. Ghost Dance
08. Childhood Desires (Live)
09. I Believe In Chaos


Brian Case - DCIN (PREMIERE)

S'il a l'habitude d'envoyer des bordées de décibels avec son groupe Disappears à l'impeccable discographie sur Kranky, Brian Case livrera le 27 juin prochain via les labels Hands in the Dark et Negative Days un premier album solitaire dans la lignée ambient de son duo avec Justin Walter, Bambi Kino Duo - auteur de la récente cassette See Heat sur International Anthem Recording Company. Intitulé Tense Nature, l'album déploie une lumineuse circularité, étant échafaudé sur le concept de boucles sonores nourries de guitare et de batterie que notre homme a échantillonné, plongeant l'auditeur averti dans un entre-lacs de fausse quiétude, où les soupçons fantasmagoriques d'un univers dystopique s'amoncellent à mesure que les morceaux s’imprègnent d'abstraction, d'expérimentation et d'une certaine dose d'improvisation. Le vespéral morceau DCNI, à écouter ci après en exclusivité, en témoigne fidèlement.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Brian Case - Tense Nature (Hands in the Dark, 27 juin 2016)

01. Active Enemy
02. Brother John
03. DCIN
04. Drum Gun II
05. Drum Gun
06. IKEE
07. Japanese Version
08. Pattern 1
09. Sisix
10. Zero Key
11. Tense Nature
12. 7D


H.U.M. - Cat-man-Do (PREMIERE)

Après une première cassette l'année passée sur Bumtapes, We Are One, la triade pan-européenne H.U.M. composée des musiciens (H)eloïse Zamzam, Olmo (U)iutna et (M)ark Wagner - d'où le sigle pouvant s'étendre aussi à leurs ambitions musicales de fomenter un univers parallèle Hypnotic Ultrasonic Magick - , sortira le 17 juin prochain son premier album très justement intitulé Trinity Way sur l'excellent Rocket Recordings (lire) et bien décidé à explorer les tréfonds de "l'Inconnu" pour y déceler le "(Re)-nouveau". Sorte de chemin de la perception dévoyé, n'empruntant pas les raccourcis binaires qu'impose le quotidien pour se satisfaire des sinuosités exploratoires qu'offrent la méditation et la transe, l'ensemble s'inscrit dans le prolongement des expériences de chacun - Heloïse et Olmo ont fondé le micro-label Zamzamrec quand Mark Wagner a collaboré à de nombreux projets dont GNOD et Ahrkh Wagner - mais avec ce quelque chose en plus qui se cristallise sur l'expression d'une volonté commune d'expansion de la conscience, par le biais d'un prisme embrassant des vertus de l'improvisation: méandres psychédéliques, répétitions mantriques et syncrétisme noise. L'écoute, aussi immersive que psycho-active, en appelle biens d'autres et c'est avec un plaisir non feint que l'on présente ci-après la mise en images du morceau Cat-man-Do révélant bruyamment la fixité mystique d'un regard félin - nonobstant le jeu de mots.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

H.U.M. - Trinity Way (Rocket Recordings, 17 juin 2016)

1. L.O.V.E
2. L'Ame Agit
3. Cat-Man-Do
4. Welcome To The Sea
5. A Maze In Grace
6. Under Neith
7. Eternally Yours


Appalache - End Of The Road (PREMIERE)

Bien entouré de ses proches - avec sa femme pour les chœurs, Romain Barbot, instigateur du label Blwbck et moitié de Saåad, pour l'artwork, Grégory Hoepffner d'Almeeva au mastering et The Ninous lorsqu'il s'agit de jouer sur scène - , le multi-instrumentiste Julien Magot remet en scelle son one-man-band Appalache avec un nouvel LP à paraître le 6 mai prochain, intitulé Tiny Love Billionaire, et ce, via Blèch Records - jeune label créé à cet effet. Après Sourire en 2012 co-réalisé par Bookmaker Records et BLWBCK (lire), puis Achievement March en 2013 sur le seul BLWBCK (lire), le Parisien revient en solitaire aux affaires, lui qui préside à la batterie du désormais ensemble Henryspenncer (lire), histoire d'assumer, avec une verve shinny pop aussi libérée que sa pilosité, un incontestable talent pour faire mûrir dans nos cerveaux harassés les germes des beaux jours et des voyages aux confins d'une Amérique fantasmée. Véritable ode rassérénée au bonheur de l'itinérance, Tiny Love Billionaire se dévoile par un premier extrait à découvrir ci-après, End Of The Road, gageure estivale au refrain entêtant et à la mélodie irradiée d'un soleil plus qu'accommodant. De quoi faire converger une sacré cohorte d'hédonistes à la release party de l'album prévue le 6 mai au Bus Palladium (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Appalache - Tiny Love Billionaire (Blèch Records, 6 mai 2016)

01. Be My Bed
02. Sail
03. Cairo
04. End Of The Road
05. Rich
06. No Way Out
07. Paul Hogan
08. Holly All Down
09. Swim In Clouds


Doomsquad - Pyramids on Mars

Deux ans après leur luxuriant premier album Kalaboogie (lire), le trio Canadien Doomsquad reprend ostensiblement les affaires là où il les avaient quitté, dans le prisme d'une nébuleuse ethno-électronique chapardant à tous les râteliers pour exhumer ses propres incantations mélodiques. Allie Blumas, Jaclyn Blumas et Trevor Blumas ne peuvent être plus clair sur Total Time, à paraître via Bella Union et Hand Drawn Dracula le 29 avril prochain, dans le refus de toute classification trop aisée, préférant, auréolés de quelques certitudes, laisser libre court à leur inspiration, leur affect et inévitablement à leur cosmologie, enfantant par là même avec ce disque une créature polymorphe et euphorisante que n'auraient aucunement renié les maîtres Rainbow Arabia et Gang Gang Dance - aujourd'hui dépassés dans cette science du syncrétisme. Après avoir révélé Solar Ass en février, dédié à un âne, les Doomsquad ont récemment laissé filtrer une mise en images bien pétée de Pyramids on Mars, signée Ghostprom & Trevor Blumas, dont on ne préjugera pas la signification mystico-chamanique.

Concours

Le 20 prochain, Doomsquad sera en concert à Paris au Klub en bonne compagnie de Mlada Fronta, Faar et Hante (Event FB). On fait gagner deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert.

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Vidéo

Tracklisting

Doomsquad - Total Time (Bella Union / Hand Drawn Dracula, 29 avril 2016)

01. Who Owns Noon in Sandusky?
02. Pyramids on Mars
03. Collective Insanity
04. It's the Nail that Counts, Not the Rope
05. Solar Ass
06. Farmer's Almanac
07. The Very Large Array
08. Eat the Love
09. Russian Gaze


Accident Du Travail – Queen's Funeral

Le drone titille cette frange de la perception où l’oreille, sollicitée simultanément par plusieurs notes allongées, s’engourdit et définit un niveau de perception qui n’est plus celui du silence interrompu par le bruit, mais celui du bruit continu, hypnotique, préparatoire. C’est une sortie en douceur de la zone de confort habituelle qui nuance les autres sons, et sur laquelle Olivier Demeaux (tiers de Cheveu et moitié d’Heimat) et Julie Normal s’appuient pour façonner l’environnement de leur Très Précieux Sang, à paraître le 22 avril prochain en vinyle sous l’incarnation Accident du Travail et sur le label londonien The Trilogy Tapes.

Faisant suite à un précédent Noir Pays et s’étirant sur sept minutes, Queen’s Funeral se lit en effet comme une marche funèbre où le bourdon du campanile ne s’arrêterait plus de vibrer, suspendant le temps, filtrant les accords lents d’un organiste sans chœur pour le soutenir et le field recording qui sert de paysage à une déambulation mesurée et solennelle. Le souffle (le dernier de la reine?) exhalé par l’enregistrement même permet aux ondes Martenot de disperser leur douceur et leur polyphonie, et on appréciera l’usage minimaliste qui est fait ici de cet instrument voisin du thérémine plus couramment utilisé dans le classique contemporain.

Audio

Accident Du Travail – Queen's Funeral


Sapin - Stories (PREMIERE)

Ne vous fiez pas au nom, les quatre types de Sapin ne descendent pas les Vosges en schlitte mais s’ébrouent plutôt dans le varech ou pas loin, parmi leurs contemporains rennais de Madcaps et Kaviar Special (lire notre chronique) dont ils partagent la nostalgie du garage rock — et dont ils partagent aussi le label, puisque leur nouvel album Smell Of A Prick, dont est extrait Stories à découvrir ci-dessous, sortira le 6 mai sur Howlin Banana en coprod avec Beasts Records. Et c’est sans doute de sa proximité avec la mer que le quatuor extrait la teinte surf qui colore le morceau mis en images par Dana Colin à travers plusieurs saynètes loufoques qui tournent en dérision et avec force anachronismes quelques indélicats moments de l’histoire des religions.

Vidéo (PREMIERE)


Skeppet - Deluxe (FULL STREAM)

Le duo Skeppet, réunissant les multi-instrumentistes Andreas Malm et Henrik Wallin sur l'autel d'un psyché-kraut lo-fi, n'avait, mis à part son LP Phase 3 ‎sorti en 2004 sur le label Californien Not Not Fun Records, édité que quelques cassettes à tirages ultra-limité, plus qu'impossible à dénicher pour qui aime laisser divaguer son esprit sur une motorik cramée d'opiacés. C'est ainsi que la structure de Britt Brown a compilé en décembre dernier les travaux des deux Suédois sur la période 2006-2010, faisant par la même résonner leurs odes cosmiques à l’introspection et au voyage intérieur avec leur travail quotidien au sein du label Kosmisk Väg - ou Routes Cosmiques en français dans le texte. Soit une véritable mine d'or à découvrir ci-après en intégralité.

Audio (FULL STREAM)

Tracklisting

Skeppet - Deluxe (Not Not Fun, 18 décembre 2015)

01. Saluto!
02. Coast Rider
03. Inbjudan Till Trance
04. Perfekt Skugga
05. Inåt Landet
06. Tripolitania
07. Skog Och Jord
08. Sargasso


All Night Wrong - Maximum Torso (PREMIERE)

Présenté il y a déjà quelques mois (lire), le premier EP des Parisiens d'All Night Wrong est paru sur Svn Sns Rcrds le 27 janvier 2016. Porté à l'écran par Adnan Farzat, Maximum Torso nécessitait une explication de texte d'Alexandre Poveda, moitié du duo.

"J'habite en face d'une salle de sport ouverte 24h/24, je n'ai pas la télévision mais le spectacle offert au travers des encadrements de fenêtres la remplace largement. Il y a un côté assez hypnotique dans cette répétition de gestes mécaniques qui ont pour but de sculpter le corps de ceux qui se soumettent à ces exercices. Je suis donc spectateur quotidien de ce petit manège et me retrouve malgré moi dans une position de voyeur.

Il y a aussi un petit côté homo-érotique dans ce contexte essentiellement masculin, comme une version grandeur nature des blogs narcissiques des adeptes de musculation qui posent pour des selfies mettant en valeur leurs pectoraux. En un sens ces images immortalisent les efforts intimes et secrets que font ces gens afin d'avoir un corps à exhiber publiquement ou tout simplement pour se sentir mieux dans leurs pompes, simplement nous ne sommes pas ici dans le résultat mais dans le côté moins glamour, plus crasseux, le travail.

Dans son texte David évoque cette idée d'exhibitionnisme qui est le pendant du voyeurisme, on veut montrer ce que l'on pense maîtriser mais bien souvent les choses débordent du cadre normé que l'on s'était imaginé. J'ai composé cette ligne de TB 303 en regardant ces gens transpirer. Elle est répétitive, lourde, pas très fine, à l'image de leurs efforts plus ou moins coordonnés. Un jour mon ami photographe Adnan Farzat qui était lui aussi fasciné par l'animation de l'immeuble d'en face m'a dit qu'il voulait filmer des plans ce à quoi je lui ai répondu qu'on avait la bande son qui allait avec.

On a éteint les lumières de chez moi, mis un scotch noir sur la petite lumière rouge de la caméra et, à la manière d'un Peeping Tom, il a laissé la caméra tourner comme lorsque l'on balade son regard avec insistance mais sans vouloir se faire prendre, avec des yeux qui traquent mais qui se cachent derrière le zoom d'une focale."

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

All Night Wrong - S/T (Svn Sns Rcrds, 27 janvier 2016)

A1. Brain Wave Parameters
A2. Acqua Alta
B1. Self-Proclaimed Psychic
B2. Maximum Torso


Momentform - Order (PREMIERE)

Ianis Lallemand n'est pas du style à effeuiller la discographie de son projet Momentform, somme toute de plus en plus remplie, via un même label, prenant ainsi acte d'affinités, que l'on observe partout ailleurs, presque trop confortables. Non, l'oiseau rare se fait volage lorsqu'il s'agit de retranscrire matériellement la beauté froide et mélancolique de ses compositions sur objet vinylique. Ainsi, après le W.T. Records de Willie Burns, le Londonien New Ideals (lire) et le label zurichois Lux Rec emmanché par le duo Daniele Cosmo & Dominik Faber (lire), celui qui nous a récemment concocté une mixtape quatre étoiles pour noctambules avertis, à réécouter par ici, vient émailler d'une lascive caresse synth-wave instrumentale les épaules déjà bien solide des Hollandais d'Electronic Emergencies - tout juste dealer d'un conséquent LP de Popsimonova et dont on a longuement parlé il y a peu (lire). Avec le maxi Lapse, sorti physiquement le 21 mars dernier à paraître digitalement le 11 avril prochain, le Parisien donne une coloration d'autant plus spectrale à ses tribulations que l'on se prend à ériger celles-ci en habillage sonore d'un monde définitivement déshumanisé, où les individus ploient sous l'arrogance de plus en plus démesurée de leurs propres constructions. Entremêlant considérations architecturales, notamment par le biais de ses vidéo-clip auto-produits comme celui d'Order à découvrir ci-après, et linéarités synthétiques minimalistes, l’orfèvre des claviers et boîtes à rythmes prend le pli, sans jamais tomber dans le piège de la redite, de figurer sensiblement un monde où l'homme n'est plus que contingence. Soit un pessimisme suspensif véritablement obnubilant.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Momentform - Lapse 12" (Electronic Emergencies, 11 avril 2016)

01. Monument
02. Path
03. Order
04. Memorial


Nisennenmondai - A' (Live In Dub)

Après une déja pléthorique discographie esquissée via les labels nippons Bijin Record et Beat Records, Masako Takada, Sayaka Himeno et Yuri Zaikawa, qui forment Nisennenmondai - trio dressant un pont lysergique, charriant l'hypnose, entre no wave anguleuse et kraut propulsif - , ont décidé de franchir le Pacifique, et pourquoi pas une étape, en transgressant la lisière d'un underground qu'elles ont déjà sillonné aux quatre coins du globe - dont une paire de fois à Paris (lire). Déboulant sur le On-U Sound d'Adrian Sherwood, le mec qui a sur son CV de producteur Primal Scream et Depeche Mode et qui a plus que collaboré à l'enregistrement dudit album, les Tokyoïtes remettent au goût du jour #N/A, initialement paru l'année dernière sur Beat Records, agrémenté de deux versions dub captées live par le même Sherwood. C'est l'une d'elle, A' (Live In Dub), dont on peut se fader les treize minutes et quelques ci-dessous avec un bonheur certain, qui mettra évidement la puce à l'oreille aux amateurs de grosses baffes scéniques.

Audio

Teaser

Tracklisting

Nisennenmondai - #N/A (On-U Sound, 1er avril 2016)

1. # 1
. 2 2 #
3. N ° 3
. 4 N ° 4
. 5 5 #
6. A-1 '(Live In Dub)
. 7 B-1 '(Live In Dub)


IXVLF - Course (PREMIERE)

Le label Berlinois Unknown Precept, drivé d'une main de maître par un Jules Peter qu'on ne présente plus (lire), lance dans son grand bain contaminé de BPM corrosifs et de voix concassées l'énigmatique producteur Connor Clasen qui écrit la toute première ligne à la discographie de son projet IXVLF. Aux antipodes d'être dégueulasse pour une introductive missive sur bandes magnétiques intitulée Language Of et disponible depuis le 26 février dernier, tout en cousant ses salmigondis rythmiques d'une même tambouille crasse que les Nick Klein ou Profligate - en moins bas du front - que l'on retrouve sur cette même structure aux fondations biens ancrées entre techno et noise, loin des dancefloors mondains, le jeune homme , né à Saint-Louis mais résidant à Chicago, s'inscrit dans la parfaite filiation des précédentes cassettes du label dénombrant jusqu'à présent Maoupa Mazzocchetti (lire), S. English et Eindkrak (lire). Dire que l'on est addict est une bien faible litote, la vidéo de Course réalisée par Gaëtan Bizien écarquillant avec un certain plaisir délétère nos rétines. IXVLF sortira son premier EP vinyle sur Unknown Precept plus tard cette année.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

IXVLF - Language Of (Unknown Precept, 26 février 2016)

A1. Course
A2. Golden Horde
A3. Stregheria
B1. Dicot
B2. Corata
B3. Walls