Who are you Ritual Process ?

Fondé en 2014, le label Ritual Process se veut le gardien d'une techno sans concession comme on les aime. Avec des signatures comme Coldgeist (lire) et Côme (lire), la structure défend une intégrité artistique au romantisme sombre. Autant influencées par l'expérimental, l'indus que par Métal Hurlant et le BDSM, leurs sorties sont maintenant guettées de près par des diggers adeptes d'une musique intransigeante et érudite. Rencontre avec les fondateurs, Mathieu et Marc, pour en savoir un peu plus ce qui se passe derrière cette pierre angulaire de l'underground français.

Interview

Quand a débuté l'aventure Ritual Process et pourquoi ?

Matthieu : Je venais de m’installer à Berlin et j’avais du mal à trouver un label pour sortir mes morceaux. Parfois pas de réponse ou bien un calendrier blindé pour les deux années à venir. J’avais une idée très précise de l’esthétique que je voulais, il fallait du sur-mesure. J’ai donc lancé Ritual Process en 2014, je ne pensais faire que des sorties digitales au début, n’ayant pas le budget pour du physique ni le réseau pour la distribution. Puis Marc m’a rejoint et ça a évolué.

Marc : On s’est rencontré en 2014 avec Matt, à Brest d’ailleurs, et on a tout de suite bien accroché. On avait à peu près les mêmes influences. Il voulait monter un label et sortir des trucs assez vite. L’idée a germé et, en fin d’année, le premier EP est sorti en digital, sous son projet Coldgeist, puis en 2015 le deuxième, entre lui et moi, avec un remix de In Aeternam Vale que je connaissais vite fait pour avoir joué avec lui et Alexey Volkov. Le label était lancé.

Comment définirais-tu l'identité du label ?

Matthieu : Je suis très influencé par Sandwell District et tous les gens qui traînent autour. Ils ont su imposer cette esthétique post-punk et industrielle dans la techno avec une imagerie très forte. Il y a une vision derrière et c’est le plus important pour moi ; on dépasse le côté fonctionnel et divertissant pour proposer une forme de radicalité artistique. On s’en est beaucoup inspiré pour créer Ritual Process. On essaie de faire le lien entre les musiques dites de club et tout ce qui touche à l’expérimental. De manière générale, on se focalise sur les musiques "abîmées", un terme que j’avais lu dans une interview de Silent Servant (lire) qui résume assez bien ce à quoi on s’intéresse.

Marc : Sandwell District, Axis Records, la musique industrielle des pionniers 1970/1980, Detroit, Berlin, l’Angleterre, le rock, le BDSM, la nature... tout cela nous influence. Faire le lien entre le passé et le présent, les quarante dernières années, quand on regarde, sont parmi les plus riches dans l’histoire de la musique, Ritual Process est ancré dans son époque. On avait envie aussi de sortir du schéma classique du label qui fait des tools techno ou house juste pour le dancefloor et Beatport, de laisser place à la spontanéité et à la radicalité. Très important aussi, on voulait mettre la musique sur un support physique (vinyle, cassette, etc.), la mémoire est dans les objets.

L'image, l'artwork de Ritual Process est très forte. Comment et avec qui travaillez-vous ?

Matthieu : On travaille avec Yves Chapelain, que je connais depuis plus de dix ans. On voulait un visuel fort qui évoque à la fois le côté violent mais aussi romantique de ce qu’on fait. On a été puisé dans l’imagerie de Métal Hurlant et, à partir de là, Yves a produit plusieurs esquisses d’un crâne porté par une femme.

Marc : Yves est avec nous depuis le début, il est l’identité visuelle du label.

Quelle image voulez-vous donner ?

Matthieu : Aucune

Marc : Je ne suis pas sûr qu’on ait envie de donner une image particulière ou de calculer quoi que ce soit.

Vous vous sentez proche d'autres labels, en terme d'identité ?

Matthieu : June, Instruments Of Discipline, Anywave, les copains d’OKVLT.

Marc : Jealous God a une superbe esthétique, c'est l’un des labels les plus classes des cinq dernières années. À Rennes, il y a Être Assis ou Danser et les gens du festival Vision, NVNA, avec qui on prépare une soirée.

Comment se porte la scène de musique électronique à Rennes ? Quelle évolution ?

Matthieu : Je n’y suis plus depuis cinq ans.

Marc : On a pris le vent de Berlin des années 2010 dans la gueule, comme un peu partout en France j’ai l’impression, donc la scène rennaise a explosé depuis huit ans avec plein de soirées de collectifs. Tant mieux. Mais il y a aussi une contrepartie dans tout ça : un public très très jeune avec un gros côté "c’est la mode", "la teuf c’est cool". Comme partout, plein de drogues, on a même un gros festival à la "I Love Techno" une fois par an. Bref, on se resserre sur certains endroits et bars moins en vue.

Qu'est ce que vous faites à coté du label ?

Matthieu : Je travaille dans l’informatique, je développe des applications pour une boîte et à côté j’ai une résidence à la Folie Numérique où je bosse sur la visualisation et la manipulation du son, un projet débuté en master recherche de musicologie à Paris 8.

Marc : Je travaille dans la formation, rien à voir avec la musique.

Arrivez-vous à en vivre ?

Matthieu : Du label et de nos projets musicaux, non, on est déjà sur un créneau assez particulier, les endroits où on joue n'ont généralement pas des budgets mirobolants donc c’est une éventualité que j’ai vite enlevée de mon esprit - je pense qu’on n'a pas envie de faire de concession, on a des idées assez arrêtées !

Marc : Non, pas vraiment.

C'est difficile de défendre un label comme Ritual Process ? Vous avez parfois des moments de découragement ?

Matthieu : En quelque sorte, oui, car on a le cul entre plusieurs chaises : entre musique de club et musique expérimentale, entre post-punk et techno, etc. Nous, on voit la cohérence dans ce qu’on fait, on veut sortir tout ce qui sonne "abîmé" comme on le disait tout à l’heure, que ce soit de la synth wave, du noise ou bien de la techno. C’est une richesse de pouvoir proposer cette diversité. Mais on peut parfois avoir du mal à être identifié clairement avec un son reconnaissable. On ne veut pas se cantonner à un genre, si ce qu’on nous envoie nous plaît, on le sortira car ça respectera notre vision et c’est ce qui compte le plus.

Marc : C’est pas toujours évident. En France, ne l’oublions pas, on vient de très loin en terme de musique car musiques électroniques veut dire encore bien souvent free party crado ou french touch cucul du XVI donc c’est clair, on n'a pas choisi la facilité. Mais on suit notre ligne droit et en avant.

Comment choisissez-vous les artistes ?

Matthieu : On n'est pas des identitaires bretons, hein, mais c’est vrai que, jusqu’à maintenant, on a plutôt regardé ce qui se passait autour de nous avant d’aller démarcher d’autres artistes. Cela étant, depuis que je suis installé à Paris, j’ai rencontré des producteurs avec des projets super intéressants qu’on aimerait sortir, comme Opaque.

Marc : On privilégie les gens qui sortent justement des standards et qui ont un truc différent, dur, sauvage ou poétique par exemple. Certains sont des potes, comme Savage Cult ou Enter Caspian, et s'ils sont Bretons, c’est mieux ! (rires)

Pouvez-vous nous présenter vos artistes ?

Matthieu : Il y a quatre artistes permanents sur Ritual Process : mon projet, Coldgeist, celui de Marc, Côme, celui de Pierre-Yves, Dellinger, et enfin Théo avec Savage Cult. On s’est tous rencontrés à Rennes, Marc avait l’habitude de jouer avec les collectifs Midi Deux et RAW, Pierre-Yves faisait des études d’architecture, il vient de la région de Quimper et avait déjà fait pas mal de dates dans le coin. Théo, je l’ai connu avec le premier projet musical qu’il avait avec un pote, depuis il a évolué en solo et a sorti l’année dernière une tape sur Tripalium, notamment reprise par le webzine The Brvtalist.

Quel est le moment dans la vie du label dont vous êtes le plus fier ? Et le moins ?

Matthieu : La soirée commune avec RAW à l’Ubu en 2016, on avait invité Rrose. MioSHe, qui fait partie du collectif, avait peint notre logo sur une pastille de deux mètres de diamètre environ, on l’avait placée derrière la scène. Ça faisait un peu spot pour appeler le Batman.

Marc : Oui, je dirais également la New Faces au Tresor avec Reka et le week-end qui a suivi. On a eu souvent des problèmes avec la fabrication des vinyles, du retard, des quiproquos, des mails où l’on attend longtemps la réponse, etc. Plus il y a d’intermédiaires, plus il y un risque de rencontrer des problèmes.

Est ce que vous avez une anecdote amusante de soirée ou autre à nous partager ?

Matthieu : Marc, je te laisse raconter le coup de la troisième salle au Tresor.

Marc : Donc toujours au cours de ce fameux week-end, on était toute une bande de joyeux loufoques, la soirée se déroulait dans le Tresor, c’est-à-dire une cave. En haut, il y a le Globus, une salle plus orientée house, Chicago, dub, etc. Deux de nos amis, venus de France avec nous, décident de partir aux toilettes et, sur le chemin, le club est grand, ils ont entendu du son, un truc très agressif, comme un moteur. Ils se sont dit "mais c’est dingue, il y a une troisième salle ouverte, ils font de la noise là-dedans, ils sont vraiment dingues ces Allemands, allons-y!" et, filant d’un pas décidé, les deux compères ont ouvert la porte et sont tombés sur une femme qui passait l’aspirateur... juste une employée qui accomplissait son travail.

Quels sont les prochaines sorties ?

Matthieu : Paulie Jan au printemps, avec un projet très bien ficelé. On est fier de le sortir, il a un son très typé - niveau sound design, c’est béton - et une vision derrière. Sinon il y aura sûrement une sortie de Savage Cult d’ici la fin d’année.

Marc : Ce sera dans une belle cassette, et en digital aussi. On a hâte !

Quels sont les prochaines dates ?

Matthieu : Le 31 mars, on a un projet de collab' avec le collectif NVNA à Rennes, mais c’est secret donc on n'en dit pas plus. Sinon le 5 mai, à l’International, on organise une label night. On va inviter un artiste de Zagreb qui joue très rarement en France, on vous laisse googler...

Marc : Et le 10 mars à Quimper, à la Maison Jaune, avec Ohm S.

Comment voyez vous le label dans cinq/dix ans ?

Matthieu : Peut-être qu’il n’existera plus, qu’on aura envie de faire autre chose avec une autre esthétique. J’aime bien cette idée de label qui ne dure pas forcément dans le temps, qui correspond à une époque, à des inspirations, qui est ancré dans le réel. C’est très difficile, je trouve, de conserver le feu du début autant d’années sans tomber dans quelque chose de rébarbatif.

Marc : Difficile, l’avenir nous le dira.

Vous pouvez nous parler de la mixtape que vous avez faite pour Hartzine ?

Marc : La réalisation d’une mixtape me prend du temps à chaque fois, c’est difficile de synthétiser toutes ses influences en un mix. Je fais le point sur mes dernières nouveautés, je note tous les titres sur un papier puis j’organise. J’essaie de raconter quelque chose, de varier les atmosphères. Ici, la grande partie des morceaux sont en vinyle, de différentes époques, je mixe avec des Technics et une table Xone, et j’ai ajouté une pédale d’effets. Le mix est enregistré d’un coup, le rôle de l’ordinateur se limite à être un enregistreur, et Yves m’accompagne pour le visuel.

Un dernier mot ?

Marc : Musique, martini et misanthropie.

Mixtape

Tracklist

Les Joyaux De La Princesse - Croix De Bois, Croix De Feu
Prurient - Naturecum
Simon Shreeve - Lust Product
Shapednoise - Illumination
Banished - Unreleased
Meer - Al Nasr Wa Al Hazima
Ofnir - Hakkerskaldyr
JK Flesh - Bayley Tower (new mix)
Rhyw - Vixen For Society
Silent Servant/Marcel Dettman - The Bond
Plack Blague - Just Another Man Of The Street
DVA Damas - Shortcut To X
Boyd Rice And Friends - Disneyland Can Wait
Age Eternal - Your Face Looks Different Tonight
Coldgeist - Unknown Bodies


ADELAIDE TECHNO : TRANSITION RECORDS

Lorsque l’on évoque l’Australie on a tendance à penser aux grandes étendues sauvages de terre rouge, aux plages interminables, à sa faune endémique et à Sydney ou Melbourne. Ce qui est certain en tout cas c’est que peu de gens pensent à Adélaïde car avec ses 1,3 millions d’habitants la capitale de l’Australie-Méridionale est reléguée au cinquième rang national loin derrière les deux mastodontes urbains et est donc considérée comme une petite ville à l’échelle du pays.
Mon rapport à Adélaïde est particulier, ville natale de ma mère, la grande majorité de ma famille y habite, c’est donc un endroit pour lequel j’ai une affection particulière, le seul endroit avec Paris où je me sens réellement chez moi, un endroit dépositaire d’une part de mon identité en quelque sorte.
Dans mon esprit, Adélaïde est également associée à la musique Techno et ce à cause d’un événement qui m’avait marqué enfant. Je devais avoir 11 ou 12 ans et un cousin de ma mère dont je suis toujours hyper proche était venu me chercher un après-midi pour aller faire un tour dans sa Corvette noire. C’était marquant car au-delà de la vitesse folle du bolide et des sensations que ça peut procurer je me souviens de la bande son de cette escapade pour aller déguster une glace devant l’océan après avoir soigneusement explosé toutes les limitations prévues par le code de la route.
Dans l’ordre, je me souviens du volume sonore, d’un kick punitif, de sons froids et futuristes et d’un tempo qui allait parfaitement avec la vitesse de défilement du paysage. C’était mon introduction à la Techno, pas dans un club, pas chez des potes, mais dans une voiture, à 300km/h. A l’époque c’était pas tellement mon truc, je me suis vraiment intéressé à la musique de danse que bien plus tard, mais ça restait une expérience plutôt singulière liée en premier lieu à une sensation physique assez unique.
J’étais en ville pour les dernières fêtes de fin d’année et je me suis rendu chez Transition Records pour y claquer mes dollars de Noël. Situé en plein centre ville dans un local qui ne donne pas sur la rue, ce disquaire pour initiés est la meilleure adresse pour faire ses courses de vinyles tant la sélection de disques y est pointue et l’atmosphère détendue. Hans, le patron du lieu, et son acolyte Phil ont eu la gentillesse de bien vouloir parler de leur ville natale et de son histoire avec la Techno autour de quelques Cooper’s.

Pouvez-vous vous présenter ?

Hans : Hans Kempster, je gère Transition Records ici à Adélaïde. J’ai vécu ici toute ma vie, aucune intention de déménager.

Phil : Phil Rogers, je travaille également au magasin parmi d’autres activités. Adélaidien, DJ, habitué des magasins de disques…

H : C’est aussi un ancien patron de club, un imprésario…

P : (rires)

Tu es aussi DJ Hans ?

H : Ouais.

Quand as-tu démarré Transition Records et pourquoi ?

H : C’était en mars 2011 et je me suis aperçu que je dépensais beaucoup d’argent à acheter des disques en ligne étant donné qu’il n’y avait pas de magasin spécialisé House et Techno à Adélaïde. Il y avait d’autres disquaires plutôt bons mais ça ne correspondait pas tellement à mes besoins et je me suis dit qu’ Adélaïde étant une ville suffisamment grande il devrait y avoir assez de gens pour faire quelque chose de viable donc ouais, ça a démarré comme ça.

Et maintenant, rétrospectivement ?

H : C’était bien ! (rires) Ça s’est avéré assez exact ouais. Les gens achètent toujours des tas de disques en ligne et n’achètent pas ici. Il y a des DJ qui jouent deux, trois, quatre fois par semaine et qui ne viennent jamais ici, genre pas une fois, donc tu sais… Quand j’ai ouvert Transition j’imaginais que ces gens allaient plutôt venir ici mais il y a aussi beaucoup de gens qui achètent des disques maintenant qui le font simplement parce qu’il y a un magasin ici. J’ai un client qui clairement n’achète rien en ligne et il y a quelques mecs qui n’achètent qu’ici, ils semblent se tenir au courant de ce qui se fait mais bon, ils possèdent déjà de grosses collections donc je ne recommanderais pas à quelqu’un qui commence de ne faire ses courses qu’ici, ça réduit un peu l’horizon et l’attention est focalisée sur des trucs précis.

P : Un peu, pas complètement, la sélection reste assez large je trouve.

Vous diriez que vous avez beaucoup de clients fidèles ?

H : Oui.

Et également beaucoup de mailorder ?

H : De plus en plus de mailorder, rien que l’année dernière on en a eu beaucoup plus. Presque exclusivement d’Australie ou de Nouvelle Zélande, énormément de Melbourne en fait, 75% Melbourne peut-être.

Ils n’ont pas de magasin de disques comme ça à Melbourne ou quoi ?

H : Pas vraiment, il y en a quelques uns mais ils ne semblent pas vraiment avoir la même formule.

P : Le truc essentiel qui leur manque c’est Hans (rires) pour être brutalement honnête. Personne n’est aussi investi dans ses commandes et ses recherches donc il semblerait que les gens là-bas apprécient plus que les gens ici, enfin je pense. Lui ne te dira pas ça mais moi je le dit (rires)

H : Oh euh d’accord.

Comment décririez-vous le son d’Adélaïde en comparaison de celui des autres villes australiennes ?

H : Je pense qu’ Adélaïde est plus influencée par la Techno de Détroit. A chaque fois que je rachète la collection de quelqu’un il y a toujours certains disques qui reviennent… Il y a toujours une pile d’ Underground Resistance, des trucs européens genre Anthony Rother, il y a aussi plus de Techno loopy, mais clairement une grosse influence urbaine, Détroit. En comparaison de Melbourne qui avait plus un délire Trance et Progressive House dans les années 90 et Sydney qui était plus House et Disco.

P : Je suis d’accord, c’est de là que ça vient historiquement et puis après, je suppose qu’un peu comme dans toutes les villes d’ Australie ça a viré plus allemand et européen vers le début des années 2000, fin des années 90, mais on a grandit sur la Techno de Détroit.

H : Je pense que tu ne peux pas être impliqué dans la Techno à Adélaïde sans avoir Juice Records qui regarde par-dessus ton épaule, tout le monde a ça en mémoire, ce sont nos origines et tout ça était très connecté à Détroit et Windsor, Ontario.

Et pourquoi ça d’après toi ?

H : J’imagine que certaines scènes démarrent avec simplement une poignée d’individus très motivés. Il y a avait quelques mecs qui étaient juste en avance sur leur temps. Ils se trouve qu’ils s’intéressaient à cette musique dans la fin des années 80. Tristan Jones était une figure très importante ainsi que Damien Donato qui a fondé Juice Records.

P : Et une poignée de passionnés de musique et de DJ. Il y avait les passionnés de musique qui suivaient l’évolution sonore globale et puis il y avait des gens plus dans la production, des profils d’ingénieurs. Donc il y avait la Techno, les amoureux de musique et puis tu sais, ils ont commencé à acheter du matos et…

H : Oui et j’imagine que ces gens avaient pas mal de pouvoir, pas en termes de contrôle mais disons qu’ils avaient de l’influence. Tristan et Damien travaillaient dans un magasin de disques qui s’appelait Central Station, c’était spécialisé Hip Hop, Techno, House et c’était le point névralgique pour ce genre de musique à Adélaïde. Tristan a organisé la première tournée Underground Resistance en Australie, c’était en 91 je crois, juste après le départ de Jeff Mills et je crois que DJ T-1000 était le DJ sur cette tournée. Ils ont joué dans un club qui s’appelait Le Rox. Dans les années 80 c’était un club genre Wave / Blitz et au fur et à mesure ils ont commencé à passer de la House, du Hip Hop et de la GoGo et au final c’est devenu un club Techno à part entière, un club rave un peu.

Quand on discutait l’autre jour tu mentionnais le fait qu’il y avait peut-être une sorte de lien entre les deux villes, Adélaïde ayant aussi un passé de ville automobile…

H : Ouais (rires) je ne sais pas, peut-être que je réécris un peu l’ Histoire là… mais oui, Adélaïde n’a pas grand chose, nous n’avons pas un superbe port de plaisance ou une grande population et c’est une ville très étendue. Adélaïde est aussi pas mal là car durant la seconde guerre mondiale c’était un endroit sûr en Australie, c’est très difficile pour les vaisseaux de guerre d’arriver ici donc il y avait beaucoup d’usines militaires et puis dans les années 50 l’industrie automobile et ça représentait une part importante de la force de travail et ça a contribué à rendre Adélaïde très étendue. Donc j’imagine que les gens passent pas mal de temps à rouler en voiture en écoutant de la Techno.

Y avait-il beaucoup d’endroits désaffectés ou isolés où on pouvait organiser des fêtes et des raves ou ça n’a rien à voir avec le mouvement rave ?

P : Non je ne crois pas que nous ayons réellement eu une grosse scène illégale. Ça existait hein mais c’était pas énorme. Et puis les licences à l’époque n’étaient pas si mal, ça ne poussait pas les gens hors des clubs et comme nous le savons tous, c’est beaucoup plus simple d’organiser une fête dans un club que de faire une rave au milieu de nulle part, donc ils utilisaient les clubs, avaient des résidences, ce genre de choses.

H : Je crois que presque toutes les soirées que j’ai fait dans des usines avaient lieu en plein centre ville, dans la city, il y en avaient quelques unes dans l’ancienne prison de la ville mais tout se passait plutôt dans la city.

Phil, tu as été patron de club, quel était son nom et combien de temps ça a tenu ?

P : Oui, ça s’appelait Cuckoo, le Cuckoo Bar. Je crois qu’on a fait sept ans, on gérait ça avec ma soeur et avant ça j’étais DJ et je bossais aussi dans des magasins de disques et des bars. J’ai commencé dans les bars quand j’avais 17 ans et j’ai été résident dans le dernier club d’afters pendant des années et ça m’a communiqué cette addiction à la Techno nocturne je suppose.

A quel point est-ce difficile de faire tourner un club à Adélaïde ?

P : C’est assez difficile, surtout quand tu fais ce que nous faisions. On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de night club qui passait uniquement de la House et de la Techno donc on s’est vraiment focalisé là-dessus. On a donc beaucoup investi sur le son (ndlr : Funktion-One) et on a fait en sorte que ça soit confortable pour les DJ, et on a essayé de faire venir des gens qui n’avaient jamais joué à Adélaïde, on a essayé d’insuffler de l’énergie dans cette scène qui selon nous valait le coup.

H : Et ils l’ont fait jusqu’à la fin. Ils n’ont pas organisé de soirées R’n B ou des plans argent facile, ils s’y sont tenus jusqu’au bout.

Parce que vous pensez que beaucoup de clubs essaient simplement de se faire de l’argent facile ?

P : Je pense que tu peux arriver avec tout un tas de belles idées et puis, spécialement à Adélaïde, ça peut devenir assez brutal et tout d’un coup les factures et les charges prennent le dessus sur ton concept originel et tu sais, on a été vraiment très proche d’aller contre notre concept à plusieurs reprises, ça a été dur, beaucoup de travail, mais on s’y est tenu et je crois que notre philosophie était que si on ne faisait pas ce que l’on avait dit que l’on ferait il ne valait mieux rien faire.

H : Je pourrais me faire plus de fric en vendant des disques des Foo Fighters mais qui ferait ça ? (rires)

P : Tu sais, si tu te fixes un objectif et que ça échoue peut-être que ça ne devait pas être, je ne sais pas, je ne l’ai jamais vu comme le fait de se défiler.

H : Et je pense que depuis la fermeture de Cuckoo quasi personne n’a essayé de proposer quelque chose de culturellement important. Il y a beaucoup d’endroits pensés uniquement pour faire rentrer beaucoup d’argent pour le proprio, sans intérêt culturel quel qu’il soit, juste de la musique calibrée, juste de la picole.

En tant que patron de club ça se passait comment avec les autorités et l’aspect légal de l’affaire ?

P : On a démarré avec une licence de 21h à 5h donc on pouvait être ouvert sept jours sur sept, c’était nickel. Et vers la quatrième année ils ont installé la fermeture à 3h.

H : Ça a toujours été non fumeur dans Cuckoo ?

P : Ouais toujours, les lois non fumeur étaient déjà arrivées quand on a ouvert et ça vaut le coup d’être noté, ça a eu un effet sur les clubs globalement, tout le monde sait ce que ça fait quand 30 personnes sortent fumer, ça a fatalement un effet sur les dancefloors.

Quelle est typiquement la capacité d’un club d’ Adélaïde ?

H : 200 et moins

P : Ouais ça serait typiquement ça. On était sur Hindley Street (ndlr : sorte de red light district local bien crasseux) donc pas mal de gens pensaient que c’était une mauvaise idée d’être au coeur du bordel alors que notre clientèle ne correspondait pas forcément au trafic de la rue.

H : Mais c’était le seul endroit où tu pouvais avoir une licence de 5h du matin.

P : Oui et puis je pense que ça valait le coup. En sept ans on s’en est sorti sans incident majeur donc ça te montre qu’il s’agit de garder les bonnes personnes à l’intérieur et les mauvaises dehors et on s’en est plutôt bien tiré. Ce qui nous a niqué au final ça a été un développement immobilier juste au-dessus de nous, on devait bouger. Ce fut une longue et pénible bataille judiciaire mais c’est quelque chose qui pourrait arriver n’importe où, ça n’était pas spécifique à nous ou Adélaïde.

Vous pensez que les promoteurs ici se concentrent sur des gros noms étrangers ou qu’ils essayent de défendre des artistes et DJ locaux ?

P : Un peu des deux.

H : Pendant quelques années ça se reposait trop sur des DJ internationaux et les gens demandaient l’heure des sets histoire de pouvoir se pointer exactement quand le DJ étranger commençait et après ils pouvaient dire « j’ai vu un tel », personne ne parle d’avoir écouté un tel, « j’ai vu un tel » comme cocher des noms sur une liste. Et ces mecs se font payer 3000 dollars quand le DJ local en warm up ne prends parfois rien.

P : Rien la plupart du temps étant donné que c’est un service publique (rires) mais tu sais, c’est parfois difficile d’attirer les gens sans un nom, c’est le jeu.

H : Surtout quand tout le mondes est un peu à mi-chemin entre un consommateur et un producteur. Je suis allé à des soirées avec des gens et tout le monde était DJ et ils étaient tous là « je pourrais être là-haut » tu vois le délire ? Et « si je ne me fait pas programmer, je ne viens pas à tes soirées » (rires)

P : C’est la mentalité de certaines personnes car ils ont la gloire en tête, pas la musique.

H : Donc parfois tu te retrouves avec une avalanche de sets d’une heure.

P : Des noms sur le flyer, du monde à l’entrée (rires)

Il y a encore beaucoup de clubs à Adélaïde ?

P : Sugar est là depuis 13 ans et malheureusement c’est le dernier vrai night club avec une licence de 4h du matin.

H : Ils sont essentiellement House et Disco et accueillent pas mal des bons artistes internationaux.

P : Eux et Ancient World sont nos deux choix vraiment. Ancient World a une licence de 2h du matin et se concentre sur la musique en général ce qui est une noble ambition. Ils essaient de défendre un éventail de sons et c’est ce qui permet de faire venir du monde.

H : S’il n’y a qu’un seul endroit où tu aimes bien aller ça te fatigue rapidement et je pense que les gens d’ Ancient World l’ont bien compris, donc il y a des trucs Rock ‘n Roll, ils organisent des débats pendant la semaine de la science, ils ont une soirée R ‘n B hyper girly

P : Ils font tout dans un esprit un peu anarchiste second degré et ils le font bien.

C’est quoi la suite si la fermeture est à 2h ? Il y a beaucoup d’afters ?

H : Pas vraiment.

P : Ça n’arrive plus tant que ça et c’est vraiment surprenant. Durant mes cinq premières années de DJ on allait toujours quelque part après, toujours. On traînait les disques depuis le premier lieu à 9h du matin et on allait au second jusqu’à 5h de l’après-midi.

H : Je me souviens de raves avec deux afters différentes dans des clubs.

Je posais la question parce que dans les grandes villes européennes les gens ont tendance à vivre les uns sur les autres dans de petits appartements tandis qu’ici les gens ont plutôt des baraques avec jardin donc ça doit être plus facile de s’isoler des voisins tout ça…

H : Disons que ça n’arrive plus si souvent car c’est parfois trop compliqué d’aller dans les banlieues, du genre quelqu’un habite dans tel quartier et quelqu’un d’autre est à l’autre bout… ,

Donc la manière dont est faite la ville a une influence là-dessus ?

P : Peut-être mais ça ne nous a jamais vraiment freiné, on allait tout le temps en after, on s’entassaient dans 4 ou 5 taxis et c’était parti. Je crois juste que la scène ici est un peu différente aujourd’hui.

H : Et les gens ont l’air concentrés sur leur boulot. J’entends sans cesse « je dois me lever tôt pour le taff » ou « j’ai cours à la fac »

P : Peut-être que les gens n’y vont plus aussi fort qu’à notre époque (rires). Les deux mecs avec qui je mixais pendant ma première résidence se levaient vers 3h30 du matin, mangeaient leur Weet-Bix, allaient au club à 4h, commençaient à boire et terminaient leurs sets à 9h mais c’est comme s’ils venaient de se lever donc le reste de la journée était à eux… j’imagine que ça ne se passe plus comme ça de nos jours, c’était notre vie pendant 4 ans.

Selon toi quelles étaient les plus belles années ?

P : Le milieu de Cuckoo je dirais. Mais la dernière année nous avons fait DJ Koze, Mathew Jonson, Shed… On a organisé une fête dans la petite rue derrière le club avec Shed et Tama Sumo avec 250 personnes dans la rue. Il y avait des DJ à l’extérieur et dans le club, c’était le meilleur truc que j’avais fait.

Il n’y a plus d’événements comme ça aujourd’hui ?

P : Non, personne n’a envie de risquer 15000 dollars pour faire quelque chose comme ça et j’entends des gens se plaindre du coût que ça représente de faire venir un international. On avait de la chance car nous étions promoteurs et patrons de club.


Donc si les entrées étaient mauvaises vous aviez toujours le bar…

P : Exactement, donc on pouvait se servir un peu là-dedans, on avait un tampon.

H : Même si vous n’étiez pas sensés le faire vous aviez ce tampon.

P : Beaucoup de gens n’ont pas ce luxe et c’est ce qui nous a permis de faire beaucoup d’artistes internationaux et c’est ce qui autorise Sugar à le faire, leurs promoteurs sont leurs propres patrons.

Quel est le statut de la musique électronique dans le paysage musical australien ?

H : Minoritaire, l’Australie est un pays Rock ‘n Roll. Une grande part de notre psyché nationale est fondée sur le pays, les grands espaces, des gens avec de gros chapeaux qui montent à cheval…

Le cliché Crocodile Dundee…

H : Ouais, mais la population australienne est l’une des plus urbanisée au monde donc ça n’a aucun rapport avec la plupart des gens mais on a toujours ce sentiment de pays Rock ‘n Roll macho et je pense qu’il y a une vraie réticence à montrer des émotions. Danser est considéré comme quelque chose d’efféminé pour un homme, chanter aussi, donc la musique de danse en général, Disco, House, Techno est quelque chose que j’ai découvert par les gamins issus de l’immigration grecque. Ils étaient à fond dans Prince ou Chaka Khan et le breakdance, c’est comme ça que j’en ai entendu parler en premier.

C’est marrant que tu dises ça parce qu’il se trouve que ma famille ici est issue de l’immigration grecque et ma mère a un cousin dont je suis très proche qui a 58 ans et qui s’est découvert une passion pour la Techno vers 89/90. J’étais chez lui l’autre soir donc je lui ai parlé de vous et de l’interview et c’est exactement ce qu’il m’a dit, qu’au départ ce n’était pas un truc d’anglos et qu’ils écoutaient cette musique dans leurs voitures. Et le cousin c’est un mec qui aime bien s’amuser donc il a une Corvette et il roulait avec ses potes en écoutant de la Techno toute la nuit. Prendre des prods dans des véhicules rapides avec la grosse basse en gros…

P : (rires)

H : (rires) Ce mec est une putain de légende !

Ouais c’est un super mec hyper intéressant, il a pas mal d’histoires à raconter… mais ouais, tout ça me paraissait cinglé parce qu’à Paris ou d’autres grandes villes européennes il n’y a pas la culture de la voiture comme ici si bien que je ne suspectais pas à quel point c’était lié au fait de faire les fous en bagnole.

H : Oui et je crois que pour le coup c’est quelque chose qui se passe également à Détroit, Omar S et Theo Parrish roulent dans leurs Subaru…

Comme ce titre de Juan Atkins…

H : Cosmic Cars ?

Oui et l’autre là…

P : Night Drive (Thru Babylon)

C’est ça !

H : Ici, beaucoup des premiers DJ House ou Techno étaient aussi d’origine italienne. Comme Cam (HMC) et Angelo et je pense que ces cultures là sont plus à l’aise avec la danse et le fait d’exprimer sa joie au travers du mouvement. Moi mes origines c’est moitié allemand moitié anglais ce qui est la combinaison la moins funky qui soit.

P : (rires) Après je ne suis pas complètement d’accord avec cette analyse de la scène australienne. C’est en aucun cas mainstream mais il y a des poches de succès et autant j’aimerais simplement représenter Adélaïde autant Melbourne s’en sort bien mieux que nous de ce point de vue là. Ils ont des choses qui s’exportent, il y a de bons DJ, des turcs plus de classe mondiale et leur scène est plus forte en partie car les licences sont plus faciles à obtenir.

H : Ouais, ils ont des flics corrompus.

P : Ouais et on en revient d’une manière ou d’une autre à la culture de la drogue, c’est ce qui fait durer la fête…

Encore une fois, c’est ce que le cousin m’a dit quand je lui ai demandé ce qui lui avait fait aimer la Techno, il m’a de suite répondu la drogue. Il fumait de l’herbe et quand il a commencé les prods c’était parti…

H : Oui, je suppose que c’est logique.

P : J’ai réalisé que je n’ai réellement compris de quoi il s’agissait qu’après avoir vécu un vrai moment de lâcher prise et soudain, tu entends tout différemment. Et je pense qu’il y a plus de gens qui ont vécu une épiphanie de ce type plutôt que par un autre vecteur d’entrée plus « pure » peut-être…

H : Oui du genre « je m’intéresse aux composants électroniques… »

P : Ouais (rires)

Je ne sais pas si vous êtes d’accord mais on dit qu’Adélaïde a un gros problème de drogue…

P : C’est souvent le cas des petites villes.

Et vous pensez qu’il y a peut-être une corrélation quelque part ?

H : Hmm… oui peut-être, même si c’est compliqué à mesurer, je serais incapable de te le dire.

P : Je ne sais pas, ça devait se passer un peu partout donc c’est difficile de séparer les choses.

H : Mais à Melbourne, ils avaient aussi des lois de couvre feu comme ici mais ils s’en sont débarrassé et c’est relativement facile d’obtenir des licences de nuit. Il existe des clubs où le deal se fait au grand jour et ils ne se font pas fermer. Et presque tous les jeunes d’Adélaïde déménagent à Melbourne. Mon cousin a grandit à Canberra mais vit à Melbourne et il dit que c’est juste rempli de jeunes qui viennent de Tasmanie, de Canberra et d’Adélaïde.


Adélaïde a du mal à conserver ses jeunes et ses artistes ?

P : Adélaïde connaît un exode massif de sa jeunesse et c’est plutôt surprenant étant donné que nous sommes une ville universitaire. On attire les jeunes puis on les fait fuir par l’absence de culture jeune.

H : (rires) Ouais on les chasse à l’ennui.

P : Nous n’avons pas des lois qui facilitent l’organisation de soirées et qui aident la culture jeune à se développer.

Il y a beaucoup de festivals en Australie et à Adélaïde en particulier (ndlr : la devise de l’Australie Méridionale est « The Festival State »). Est-ce comme en Europe ou ailleurs où la tendance est de voir de plus en plus de DJ sur les lineup ? Et si oui pensez-vous que ça a un effet sur la culture club ?

H : Et bien je le remarque un peu ici au magasin. Parfois je ne vais pas voir certains réguliers pendant deux mois et je sais qu’ils sont allés dans un festival. Ils économisent avant, ils sont fauchés quand ils rentrent et voilà.

P : Je pense que ça affecte la scène en général.

Comment voyez-vous l’évolution de la scène australienne et plus spécifiquement de la scène d’Adélaïde ?

H : Certains gamins doivent vraiment se bouger et commencer à faire des trucs.

P : Ça manque d’enthousiasme.

Vous pensez que la jeune génération n’est pas aussi impliquée que vous l’étiez à leur âge ?

P : Disons qu’il n’y a pas grand chose à faire grandir, je comprends, mais j’ai remarqué un manque de soutien et de gens qui essaient de faire avancer les choses. Je ne sais pas, je me transforme en vieillard aigri…


Vous avez quel âge ?

P : J’ai 30 ans mais j’ai l’impression d’en avoir 50 (rires)

H : J’ai 40 ans.

P : Je crois que je n’ai plus la motivation… Je pense avoir vraiment donné, financièrement et émotionnellement. Une fois que tu as connu différents degrés de succès au fil des ans c’est difficile de garder le rythme, d’autres personnes doivent prendre le relais.

Pourquoi êtes-vous donc si attachés à Adélaïde ? Vous auriez pu bouger dans une plus grande ville, pourquoi avoir choisi de rester ?

H : Je pense que c’est un endroit vrai, il y a une authenticité ici, les villes plus grandes sont un peu des parcs d’attraction peuplés de suiveurs qui essayent de s’accrocher aux wagons de quelque chose d’immense pour n’en prélever qu’une infime partie. Je pense que tu peux faire une différence ici et c’est confortable. Les gens sont vrais ici, je ne retrouve pas ça à Melbourne ou Sydney. Les gens ici font attention aux autres, on essaient de se soutenir les uns les autres. Celles et ceux qui intègrent la scène y restent longtemps et les gens d’Adélaïde se respectent les uns les autres. Même si je ne suis pas fan de tel business ou de tel projet je les respecte pour essayer de faire leur truc parce que je sais à quel point c’est dur de piloter une entreprise ici et de faire quelque chose qui vaut le coup quand peu de gens te soutiennent.

P : J’aime ma ville natale.

H : Et puis c’est un peu une astuce marketing aussi, tu ne gagnes pas en street cred en étant à Berlin, ce putain d’endroit est saturé ! (rires)

P : On a une Histoire riche et c’est quelque chose dont il faut être fier et je pense qu’une fois que tu t’impliques tu es un peu obligé de te sentir patriote de la ville. Certains plus que d’autres bien sûr puisque l’on subi un vrai exode créatif au profit de Melbourne mais ceux qui restent le font parce que ça leur tient à coeur et c’est souvent à leur propre détriment (rires)

J’imagine que c’est une autre similitude avec Détroit, être fier d’où on vient quoi qu’il arrive et essayer de faire quelque chose localement.

P : Oui parce que sans ces gens qui sont restés ici, je n’aurais pas été exposé à tout ça et ma vie aurait été très différente. Et ces gens qui ont fait mon éducation étaient talentueux et auraient pu très facilement partir n’importe où dans le monde et connaître de belles carrières en faisant ce qu’ils faisaient mais non, ils sont restés ici et ils m’ont fait découvrir cet univers. C’est important tu sais, sans ça cette ville n’a rien.

Ces pionniers d’Adélaïde sont toujours actifs ?

H : Pas beaucoup

P : Je suppose que c’est cyclique, au bout d’un moment il en ont eu marre (rires) et quand ta carrière de DJ vacille tu commences à faire des vrais boulots.

H : HMC fait toujours de bons trucs.

P : Late Nite Tuff Guy aussi

H : Damien Donato est toujours plus ou moins actif.


Des contemporains que vous appréciez particulièrement ?

H : Oui il y en a quelques uns, j’aime beaucoup Metamethod, de la super Techno moderne…

P : Faite sans la moindre idée de ce qui est moderne…

H : Il est complètement isolé musicalement et fabrique ses propres sons à base de synthèse FM.

P : Il avait un gros studio qu’il a revendu à la fin des années 90. En gros c’est un nerd qui monte ses morceaux avec des ondes FM.

H : Je pense qu’il est vraiment sous-estimé.

P : C’est clair, il était déjà sous-estimé au milieu des années 90. Disparu de la circulation pendant plus d’une décennie et il ressort un peu de nulle part et les gens sont là « tu fais encore du son ? » et le mec défonce.

H : Il est sûrement plus vieux que moi.

P : Oui, clairement.

H : Phil est aussi un excellent producteur avec un éventail musical très large entre Techno et Electro avec des trucs plus mélodiques, également sous-estimé.

Alors, c’est quoi ton blaze Phil ?

P : Il en existe plusieurs… J’ai fait une sortie avec les mecs de Untzz il y a un moment mais je ne crois pas qu’il y avait un nom sur le macaron. Mais oui il y a quelques trucs qui se baladent, la plupart dans mon disque dur (rires)

H : Surveille les nuages.

P : Ouais voilà, c’est dans le cloud (rires)

H : Nightime Drama est un bon label d’Adélaïde.

P : Les gens essaient tu sais, j’ai fait Cuckoo Music pendant un petit moment, on a fait deux sorties vinyles et huit sorties digitales. On a fait l’album des Carter Bros, on a sorti que des trucs d’Adélaïde à part la première sortie, Sleep D, qui est de Melbourne.

H : Les Carter Bros ont d’ailleurs sortis quelques disques sur un label de Detroit, Black Catalogue.

P : Rush Hour puis Tsuba ont ressorti l’album qu’on a fait sur Cuckoo Music ce qui était très cool. C’était juste cool de représenter la scène locale et de montrer aux gens ce que l’on faisait ici.


En me baladant dans vos bacs j’ai remarqué que les prix étaient vraiment raisonnables et ça m’a surpris parce que l’Australie étant si loin et isolée j’aurais eu tendance à penser que ça devait coûter hyper cher de faire rentrer des imports, vous faites comment ?

H : J’ai une formule, je dois être assez stricte et faire en sorte de maintenir les commandes sous la barre des 1000 dollars, autrement je dois payer la TVA et les taxes d’importation donc ça veut dire que je dois faire attention, prendre la plus grosse quantité mais pas dépasser 1000 dollars. Donc si un nouveau disque sort sur Hardwax et que je n’en veux qu’une copie ou deux, je ne peux pas le commander parce que les frais d’importation vont être trop élevés, je dois donc parfois laisser passer et attendre un repress. J’ai tendance à passer par de gros distributeurs avec un gros catalogue c’est plus simple pour obtenir une bonne variété de choses. Parce qu’une bonne partie de mes ventes ne sont pas nécessairement des trucs dans lesquels je suis à fond.

J’ai aussi remarqué que vous aviez pas mal de disques de chez Antinote, vous suivez la scène française ?

H : Ouais pas mal, il y a vraiment de bonnes choses chez Favorite, et Antinote est un label fantastique, beaucoup d’artistes intéressants sortent de là. Il y a aussi de bons disques chez Yoyaku, Concrete…

Comment tu suis le rythme des différentes sorties ?

H : Je regarde simplement chaque mail que je reçois. Je ne sais pas, il doit y avoir entre 200 et 500 disques qui sortent chaque semaine et j’essaie de faire le tri là-dedans. Je pense que c’est le seul moyen, je ne passe pas beaucoup de temps sur Soundcloud, je lis parfois RA ou DJ Broadcast, je ne regarde pas les feeds Facebook. Je crois que c’est facile de se mettre des ornières mais avec un label comme Antinote c’est juste prends tout. Je ne crois pas qu’il y ai eu une sortie d’Antinote que je n’ai pas eu en magasin. C’est juste de la musique rafraîchissante, pas trop rétro, pas toujours dansante, quelques trucs sont parfois moins faciles d’accès. J’aimerais être plus au courant de ce qu’il se passe en France mais en même temps je pense que l’isolation permet l’évolution, si on est tous tout le temps au courant de ce qui se fait partout, rien ne peut réellement grandir organiquement.

P : C’est compliqué d’être en parfaite isolation aujourd’hui mais c’est chouette quand quelque chose de frais sort car c’est difficile de trouver des choses uniques de nos jours. Par exemple j’ai toujours eu beaucoup de respect pour les mecs de Sleep D, pour leur absence d’égo et leur persévérance. J’ai beaucoup de respect pour Tornado Wallace car il a son propre son. Il y a des gens qui trouvent leur propre niche et qui développent ça. Il y a quelques têtes chercheuses en Australie qui font ça vraiment bien, les Carter Bros aussi, personne ne sonne comme eux.

C’est intéressant parce que j’ai parfois l’impression que dans les grosses ville comme Paris il y a trop de DJ ou d’artistes, si bien que ça peut vite ressembler à un environnement hyper compétitif pas très sain. Certains arrivent à préserver une ambiance famille/crew mais souvent l’égo ou les attitudes faux-cul finissent par se mettre en travers…

P : Oui, c’est dur dans les grandes mégalopoles, tu perds ce côté familiale. Mais je crois que nous avons ça ici, soit par le fait d’être une petite ville soit par l’isolation. Certains producteurs de grande qualité viennent même de zones rurales comme les Carter Bros qui sont de Mildura ou Sleep D qui sont de Frankston.


Vous aimeriez qu’il se passe quoi à Adélaïde ?

H : Et bien il y a des fêtes appelées Park Jib qui sont organisées par Lenin, Jake et Harvey, qui sont des jeunes hyper sympas, motivés et avec une bonne éthique. Ils prennent un générateur et empruntent le système son de folie de Phil et se posent dans un parc et font la fête. J’aimerais voir plus de choses comme ça. Il n’y a ni alcool ni argent dans l’équation, simplement de la musique.

P : Je pense que c’est la chose la plus pure qui puisse arriver et s’ils ne prennent pas le taureau par les cornes peut-être que je m’impliquerai et que j’essaierai de faire avancer le truc.


Tu as des idées derrière la tête ?

P : Disons que j’ai un plan s’ils n’en ont pas. Je veux qu’ils le fassent eux-mêmes, je ne veux pas marcher sur leurs plates-bandes, c’est leur truc et s’ils veulent utiliser mon sound system je suis super content car je veux qu’il soit utilisé, et puis je déteste écouter de la musique sur un son pourri.

H : On doit les laisser grandir.

P : Personnellement j’aimerais légitimer le truc un peu plus. J’aime faire des choses à l’arrache ou illégales, même si dans ce cas précis ce n’est pas vraiment illégal, c’est une zone grise, mais ça pourrait se faire interdire et ça tu vois, ça m’énerve. Je crains l’effet que ça pourrait avoir sur la scène et les événements futurs si ça se faisait interdire. Et puis j’aime bien faire les choses dans les règles quand ça implique du matos très cher, donc on verra bien comment ça se passe la prochaine fois. Personne n’a eu les couilles de faire ça bien jusqu’à présent et c’est vraiment l’une des premières fois où quelqu’un a le courage de tester les eaux, de prendre la température, d’y plonger un orteil et de voir comment ça se passe.

H : Parce que ces mecs n’ont jamais vraiment mis les pieds dans un événement comme celui qu’ils organisent. Ils ne sont jamais allé dans une rave dans les années 90, tout ce savoir est perdu. Mon pote d’à côté d’Inbound Records peut organiser une rave en une demie heure, ils passe quelques coups de fil, il a son propre sound system

P : C’est la scène Drum ‘n Bass

H : Ils viennent de cette culture rave du début des années 90, c’est pas un souci pour eux. Ils sont un peu plus roughneck mais les plus jeunes n’ont pas eu cette expérience, ils ne savent pas vraiment comment se lancer et ne réalisent pas que quelque chose comme ça est possible, pour beaucoup d’entre eux la Techno c’est dans un club ou un festival.

P : Je crois que ça a du potentiel et de l’avenir si les gens se donnent un peu de mal et s’ils utilisent quelques mots clefs à bon escient ils peuvent se mettre le conseil municipal dans la poche, il faut simplement parler de vitalité et de culture pour la jeunesse.

H : D’une certaine manière l’état d’Australie Méridionale se rend compte que l’état est plutôt niqué, pas de grosse activité économique, l’industrie est finie, les mines aussi…

P : Le seul investissement majeur est fait pour les universités et le simple fait qu’ils ne fassent pas le lien entre les universités et la culture jeune me dépasse.

When people talk about Australia, they usually think about the vast red earth landscapes, the endless beaches, its unique wildlife and Sydney or Melbourne. One thing is for sure, hardly anyone thinks about Adelaide, because with it’s population of 1.3 million, South Australia’s state capital is ranked fifth city in the country and is considered a small one.
My relationship to Adelaide is special, it’s my mother’s hometown and most of my family lives there so I have affection for this place, probably the only other place outside of Paris where i truly feel at home. In my mind Adelaide is also associated with Techno music and that’s due to a memorable childhood experience. I must have been eleven or twelve years old and one of my mother’s cousin whom I’m really close to picked me up one afternoon to go for a ride in his black Corvette and grab an ice cream on the ocean front. Apart from the vehicule’s crazy speed and the physical sensations that came with it, I remember the soundtrack to this little high speed escapade. I remember the loudness, a punishing kick drum, cold and futuristic sounds and a tempo that fitted perfectly the speed at which the landscape ran outside my window.
That was my introduction to Techno, not in a night club, not at some friend’s place, but in a car going at 300kpmh. At that time it wasn’t really my thing, I started getting interested in club music only years later but that experience stuck with me as somehow extraordinary and associated with a rather unique physical sensation.
I was in town last Christmas so I went to Transition Records to spend my Santa dollars. Located right in the heart of the city, tis record store for enlightened amateurs is the best adress to get wax in Adelaide simply because the selection is impeccable and the atmosphere so relaxed.
Hans, the shop owner, and his friend Phil kindly agreed to talk about their town its history with Techno around a few Cooper’s.

Can you guys introduce yourselves ?

Hans : I’m Hans Kempster, I run Transition Records here in Adelaide, I’ve been here all my life, no intention to leave.

Phil : Phil Rogers, I also work in the record shop amongst other things, Adelaidian and yeah, DJ, record store aficionado…

H : He’s also a former night club owner, night club impresario…

P : (laughs)

And do you DJ as well Hans ?

H : Yeah I do.

When did you start Transition Records and why ?

H : It was in March 2011 and I found that I was spending a lot of money just buying records online as there wasn’t a specialist House and Techno shop in Adelaide. There were some other shops which were quite good but my needs weren’t met and I thought that Adelaide being a big city there must be enough people to make it viable so yeah, that’s how it started.
And now, in retrospect ?
H : It was good ! (laughs) Kind of correct yeah. People still buy shitloads of records online and don’t buy here. There are DJs who are playing two, three, four times a week who never show up here, like not once, so you know… When I opened Transition I assumed that those people would shop here instead but then there are also plenty of people who are buying records now who are probably only doing it because there is a shop here. There’s certainly one customer of mine who doesn’t buy anything online and there are a couple of dudes who only shop here, they seem to be keeping up with what’s current… I mean, they’ve got big collections to start with so I wouldn’t recommend someone only shop here if they’re starting because you know it still narrows your focus…

P : Well a bit, not entirely, it’s still a pretty wide selection I guess.

So you would say that you have a lot of faithful customers ?

H : Yeah
And a lot of mail-order aswell ?
H : Increasingly mail-order, like probably just the past year we got a lot more. Almost entirely from Australia or New Zealand, mostly. A lot from Melbourne actually, maybe 75% Melbourne.

They don’t have this kind of record shop in Melbourne or what ?

H : Not really, I think they have a couple but they don’t seem to have quite the same formula as here.

P : The critical thing they lack is Hans (laughs) if you want me to be brutally honest. There is no one that is involved in their purchase and scouting as he is so people over there seem to appreciate more than the people here, I think so anyway. He won’t say that but I will (laughs)

H : Oh ok

How would you describe the Adelaide sound as opposed to other Australian cities ?

H : I think Adelaide has much more an influence from Detroit Techno. Whenever I buy somebody’s old collection there are certain records in there… there is always a stack of Underground Resistance, some  European stuff like Anthony Rother, there is also I guess more loopy Techno, but yeah definitely much more of an urban, Detroit influence. Certainly compared to Melbourne which had more of a Trance and Progressive House thing in the 90’s and Sydney was much more House and Disco.

P : Yeah I would agree, that’s where it comes from historically and then you know, I suppose similar to all the Australian cities as it comes to the 2000’s / late 90’s it went more German and European, but we grew up on Detroit Techno.

H : I think you can’t be involved in Techno in Adelaide without having Juice Records looking over your shoulder, everyone’s got that in their memory, that’s our lineage and that was very much connected with Detroit and Windsor, Ontario.

Why do you think is that ?

H : Well I guess some scenes start with just a handful of really motivated individuals. There were a couple of dudes that were just way ahead of anybody else. Somehow they were interested in that music in the late 80’s / early 90’s. Tristan Jones was a really important figure and Damien Donato who started Juice Records.

P : And a handful of music lovers and DJs, you had the people who were passionate about music and had been following change in sound globally, and then you had some people who were probably production, engineering types. So you had the Techno, you had the music lovers and then you know they probably started buying their things and…

H : Yeah and I guess those guys had quite a bit of power, not in terms of control but they had quite a bit of influence. Both Tristan and Damien were working in a record shop called Central Station, which is Hip Hop and Techno and House and that was pretty much the central point for that kind of music in Adelaide. Tristan was involved in organizing the first Underground Resistance tour in Australia, I think it was in 1991, that was just after Jeff Mills left and I think DJ T-1000 was the DJ for that tour and they played at a place called Le Rox which in the 80’s was kind of a Wave/Blitz type club. Gradually they started playing House and Hip Hop and GoGo and stuff and eventually it became like a full-on Techno club, kind of a rave club.

The other day when we were talking I remember you mentioning that maybe there was some kind of link between the two cities, Adelaide being a motor city as well…
H : Yeah yeah (laughs) I don’t know maybe it’s just me rewriting History there… yeah, and Adelaide has literally nothing going on, like we don’t have a beautiful harbour, we don’t have a large population and it’s quite spread out,  and Adelaide was largely here because during the 2nd World War it was quite a safe place in Australia, it was very hard for warships to get here so there was quite a bit of military factories here and then in the 50’s motor car factories and it was a big part of the work force and it made Adelaide very spread out as a city so I guess people spend a lot of time driving around in their cars listening to Techno.

Were there a lot of vacant spaces where people could throw parties and raves, stuff like that or do you think it has nothing to do with the rave movement ?

P : No, I don’t think we had much of an illegal party scene. I mean, it existed but not that much… also the licensing wasn’t too bad back then, it wasn’t pushing people out of actual venues and as we all know it’s much easier to run a party at a venue than it is to run a rave in the middle of ‘the sticks’, so they utilized clubs and had residents, all that sort of stuff.

H : I think pretty much all the warehouse parties I went to were right in the middle of the city, there were a few at the old Adelaide jail but yeah, pretty much everything happened in the city.

Phil, you had a club before, what was its name and for how long did you run it ?

P : Yeah, it was called Cuckoo, the Cuckoo Bar. I think it almost got to seven years. My sister and I ran it together and before that I was DJing and working at record stores and bars aswell, I started in bars when I was 17 and Djayed at the last remaining after hours club for quite a few years and that kind of gave me like that late night Techno sort of addiction I suppose.

How hard is it to run a club in Adelaide ?

P : It’s pretty difficult especially when you’re doing what we were doing. We saw that there was no late night club that was doing only House and Techno parties so we really focused on that, so we spent a lot on sound and we made it really good for Djs and tried to bring down acts that hadn’t been to Adelaide ever before and really tried to invigorate the scene we thought was worth it I guess.

H : and they did that right to the end, they didn’t put R’nB nights or some sort of cash grab, they stuck to it right to the end.

Because you think that a lot of clubs just try to make easy money with mainstream stuff ?

P : I think you can come in with these great ideas and then in Adelaide especially, it can get pretty brutal and all of a sudden invoices and bills take precedent over your concept and you know, we were bloody close to going against our concept a few times, it was hard work but we stuck with it and I guess our ethos was if we’re not doing what we set out to do then there’s no point in doing it.

H : I could make a shitload more money selling Foo Fighters LPs. But why would you do that ? (laughs)

P : You know, if you set out with a goal in mind and fail at that, then maybe it wasn’t meant to be so yeah, I don’t know, I never saw it as a cop out.

H : And I think since Cuckoo closed almost no one has tried to do something culturally important. There are a lot of places that are just designed to make a lot of money for the owner with no interest in culture of any kind, just standard wallpaper music, just booze.

And as a club owner how was it like with the authorities and all the legal aspect of things ?

P : We started with a 9 to 5 license so we could trade 7 days a week, it was totally fine. And about the fourth year they brought in the 3 am lock out.

H : Was it always non-smoking inside Cuckoo ?

P : Yeah always, the non-smoking laws had come in when we started and that’s worth noting, it had quite an effect on clubs, worldwide, because everyone knows what it does to a club when 30 people get out for a smoke, it definitely does things to dance floors.

What’s the general capacity of a typical Adelaide club ?

H : 200 and under.

P : Yeah that would be typical. We were on Hindley street so a lot of people thought it was probably a bad idea to be in the thick of it when our clientele was not the people that were the foot traffic on that street.

H : But that’s the only place you could get a 5 am license.

P : Yeah and I thought it was worth it. We went without major incidents in 7 years so it really goes to show it’s about keeping the right people in and the wrong people out and you can run it smoothly and I think we did that pretty well. What got us in the end was development of apartments above us, we had to move out. Which was a long and arduous court battle but this is something that could happen anywhere it wasn’t specific to us and Adelaide.

Do you think promoters here in general focus on big foreign names or do they try to push local artists and Djs ?

P : A bit of both I think.

H : For a few years there was an over reliance on international Djs and people would just ask for the set times so they could rock up exactly when the internationals started and then they could say « oh I saw so and so ». Nobody talks about hearing so and so, « I saw so and so », like ticking off names on a list. And those guys might get paid 3 grand for a gig and local warm up Djs sometimes get paid nothing.

P : More often than not nothing, because you’re doing a community service (laughs) But you know, it’s hard to draw people sometimes without a name, that’s the game.

H : Especially I think when everyone is sort of mid-way between a consumer and a producer. I’ve been to parties with a handful of people and they were all Djs and they’re all like « I could be up there » you know and « if I’m not being booked then I’m not going to go to your show » (laughs)

P : That is a mentality with some people because they have glory in their mind, not music.

H : So you know sometimes you will have nights with a cascade of one hour sets.

P : Names on the bill, people in the door (laughs)Are there a lot of clubs in Adelaide still ?

P : Sugar has been there for 13 years and it’s unfortunately the last proper club with a 4 am license.

H : They are predominantly House and Disco and they have a decent amount of international artists come through.

P : That and Ancient World are our only two picks really. Ancient World has a 2 am license and tries to focus on music in general which is a noble ambition, they try to support an array of different sounds and it keeps the doors open by doing that.

H : Because I think if there’s only one place you want to go to you will get sick of it pretty quickly and I think that the guys at Ancient World realized that, so you know, they have Rock ‘n Roll people, they sometimes put on talks for Science Week, they got a really girly R’nB night…

P : They do everything with kind of a tongue-in-cheek anarchist spirit and they do it really well.

So what happens next if the curfew’s at 2 am ? Are there a lot of after parties ?

H : Not really.

P: It doesn’t happen as much anymore and it’s really surprising. In my first 5 years as a DJ you always went somewhere after, always, and drag your records from the first place at 9 am and go to the next place until 5 pm you know.

H : I remember raves with two separate after parties in clubs.

I was asking that because you know, in European cities most people live in small flats on top of each other and stuff whereas here, people mostly live in houses and have backyards and that makes it easier to shield yourself from neighbors and what not…

H : Well I think it doesn’t happen that much because it’s sometimes too complicated to get to the suburbs. Like, somebody lives way up that suburb, somebody way up there…

So the general setting of the city is what makes it more difficult ?

P : Maybe, but it never really stopped us, we were always going to after parties like, we would pile up in 4 or 5 cabs and off we went. I think the scene here is just a bit different.

H : And people seem really focused on work, like I always hear « I have to get up for work » or « i’ve got Uni ».

P : Maybe they don’t go at it as hard as I used to (laughs) The two guys I used to Dj with during my first club residency used to get up at 3:30, have their Weet-Bix, go to the club at 4 am, started drinking and finished at 9 but it was like they just got up so the rest of the day was theirs you know, so I guess that doesn’t happen anymore, that was our life for four years.

So for you what were the golden years ?
P : The middle of Cuckoo I’d say. But in the last year we had DJ Koze, Mathew Jonson, Shed. We ran a party with Shed and Tama Sumo at the lane way which was 250 people in the lane way behind the club. Inside the club we had Djs, outside the club we had Djs, it was the best thing I had ever done.
That doesn’t happen anymore ?

P : No, no one bothered risking 15000 $ to do something like that you know (laughs) I think people don’t want to risk it and I hear people whinging about how much it cost to put on an international. We were lucky because we were a promoter and a club owner.

So if the turn-out wasn’t so good you still had the bar…

P : Exactly, so you could take a little bit from there you know, you had a buffer.

H : Although you weren’t supposed to you had the buffer.

P : So a lot of people don’t have the luxury and that’s what made us able to put on the international acts and also what makes Sugar able to do that, their promoters are their owners.

What’s the status of Electronic / Techno music in the Australian musical landscape ?

H : Total minority, Australia is really a Rock ‘n Roll country. So much of our national psyche is based on the country you know, people wearing big hats, riding a horse…

The whole Crocodile Dundee thing…

H : Yeah, but Australia is one of the most urbanized country in the world so that has absolutely nothing to do with almost anybody but it still feels like a macho Rock ‘n Roll country and I think there’s a real reticence to show emotion. Dancing is seen as sort of an effeminate thing for men to do, singing is effeminate, so yeah, dance music in general, Disco, House, Techno, is something I originally only knew about from Greek kids. They were into Prince or Chaka Khan and break dancing, that’s how I heard about it first.

That’s really funny you mention that because it turns out my family here are Greek migrants and my mum’s got a first cousin whom I’m really close to, he’s 58 now and he got into Techno in like 89 or 90 or something… so I was at his place the other night and I told him about you guys and the interview and it’s interesting because he said the exact same thing you were saying, that it wasn’t an « anglo » thing in the early days and that they were listening to Techno in their cars. And he’s a guy who like to have a good time so he has a Corvette and so he was basically cruising around with his mates and listening to Techno all night… doing pills in fast cars basically…

P : (laughs)

H : (laughs) He sounds like a fucking legend to me !

Yeah really great and interesting dude… but yeah, to me that was crazy because you know, we don’t have the car culture like you guys have here in Paris or other large European cities and I never really suspected it to be so linked to the whole going nuts in your car thing.

H : Yeah, I think that’s actually something that happens in Detroit too, like Omar S and Theo Parrish drive their Subarus around…

Like the Juan Atkins track…

H : Cosmic Cars ?

yeah and that other one…

P : Night Drive (Thru Babylon)

That’s it !
H : But also the early House and Techno Djs here were from and Italian background. Like Cam (HMC) and Angelo, and I think that those kind of cultures are much more comfortable with dancing and showing joy through movement. I’m half German and half English which is the least funky combination possible.

P : (laughs) But I don’t totally agree with that analysis of the Australian scene, like I don’t think it is in any way a mainstream but it has pockets of success and as much as I would love to only rep Adelaide, Melbourne is doing much better in that respect than we are and they’ve got some good exports you know, like there’s some good Djs doing good things, more like world class music, and their scene is stronger partly because their licensing is softer.

H : Yeah they got corrupt cops.

P : Yeah and it all comes back to drug culture in a way, like that’s what keeps the party going…

Again, that’s what the cousin told me when I asked him what got him into Techno, he flat out told me, drugs. He used to smoke weed and when he started doing a little bit of pills that was it…

H : yeah I think that all makes sense.

P : I found I never really got it until I had a really loose moment and all of a sudden you hear it differently. And I think that there would be more people who had an epiphany like that than whatever the other entry is, like something pure…

H : Yeah like « I’m interested in electronics… »

P : Yeah (laughs)

I don’t know if you guys would agree but a lot of people say that Adelaide has a big drug scene…

P : Small towns often do.

And do you think there’s a correlation there somewhere ?

H : Hmm… yeah maybe, although it’s hard to quantify, I couldn’t really say.

P : I don’t know, it was probably happening kind of everywhere so it’s hard to separate things.

H : But in Melbourne they had some lock out laws like what we have here but they got rid of them again and it’s quite easy for people to get long licenses. There are clubs where dealing is pretty blatant and they don’t get closed down. And pretty much every young person from Adelaide would move to Melbourne. My cousin grew up in Canberra but lives in Melbourne now, and he says it’s just full of young people from Tasmania, Canberra and Adelaide.

So Adelaide has a problem keeping its youth and artists ?

P : Adelaide’s got a massive youth drain and it’s kind of a surprising thing as we’re a university town. Like, we attract youths and then we basically scare them away with no youth culture.

H : (laughs) Yeah we bore them out of town.

P : We don’t have laws that make parties easy to happen and help youth culture grow.

There are quite a few festivals in Australia and in Adelaide in particular and is it like in Europe and everywhere else where they tend to have more and more Djs on the bill and if so, do you think it competes in a way with the club culture ?

H : Well, I sort of notice it here at the shop because sometimes I won’t see some regulars for two months and I know they’ve gone to a festival. They’ve been saving up before hand and then they’re broke when they come home and that’s it.

P : I think it’s affecting the scene in general.

How do you see the evolution of the Australian and more specifically Adelaide Techno scene ?

H : Some of the kids really need to step up and start doing stuff.

P : it lacks enthusiasm.

You think the younger generation isn’t as involved as for example you guys were ?

P : Well there’s not much to invigorate I get it, but I saw a lack of support and people trying to do something about it. I don’t know, I’m turning into a jaded old man…

How old are you ?

P : I’m 30 but I feel like I’m 50 (laughs)

H : I’m 40.

P : I guess I can’t be bothered much doing much anymore… I think I gave it a good crack, both financially and emotionally. Once you’ve experienced varying degrees of success throughout the years it’s hard to keep going at the same pace, other people have to do it.

So why is it that you guys are so attached to Adelaide ? You could have moved to a bigger, busier city I guess, why did you chose to stay here ?

H : I think there’s a realness here, in other cities it’s just a bit of a theme park, it’s just a lot of slip-streamers, people go somewhere and try to piggy-back on something that is huge and they just want to take a tiny bit of it. I guess here you can make a little bit of a difference and it’s comfortable. And there’s a genuineness about the people here that I don’t always find in Melbourne or Sydney. People here really care, we kind of support each other. People who get into it stay in the scene for a long time. And people in Adelaide respect each other, even if there’s a business or outfit that I’m not totally down with, I respect them for sticking to it because I know how hard it is to run a business here and I know how hard it is when you’re trying to do something valuable and people are not on board with it.

P : I love my hometown.

H : And also it’s a bit of a marketing ploy, you don’t get any street cred for being in Berlin, the place is fucking full ! (laughs)

P : And we have a pretty rich History and it’s something to be proud of and I think once you get involved in that you feel patriotic towards it. Some people more than others obviously because as we said, we do get a a creative drain to Melbourne in a big way and so people who really care generally stay, often to their own detriment (laughs)
I guess that’s another similarity with Detroit, being proud of where you’re from no matter what and try to do something locally…

P : yeah because if it wasn’t for the people that had stuck around I wouldn’t have been introduced to all that and my life would have been totally different and those people who introduced me were talented and could have more than easily been anywhere in the world and done what they did and be quite successful but they didn’t, they stuck here and they introduced me to all that. It’s important you know, without that the city has nothing.

Are these Adelaide pioneers still around and active ?

H : Not many.

P : I guess it’s a cycle, after a while they got fed up (laughs) and when your Dj career stumbles you start working day jobs.

H : HMC is still doing good stuff.

P : Late Night Tuff Guy aswell.

H : Damian Donato is still somewhat active.

Any current Adelaide based producers you guys are excited about ?

H : Yeah there are a couple, Metamethod I really like, really cool modern Techno…

P : With no idea of what’s going on modern…

H : He’s completely isolated musically, and just makes his own sounds and I think he just builds it all up from FM synthesis.

P : He used to have a big studio and sold it all back in the late 90’s. Basically he’s a nerd and builds his tracks frorm single sounds and FM waves.

H : I think he’s really underrated.

P : Totally, he was already underrated in the mid 90’s. Off the radar for over a decade and sort of bubbles back up and people are like « you’re still doing this ? » and he’s killing it.

H : He’s probably older than me.

P : Oh yeah for sure.

H : Phil is also an excellent producer with a very musical range of Techno and Electro and more melodic stuff, also underrated.

So what’s your alias Phil ?

P : There’s a few… I did a release with the Untzz guys a while back but I don’t think there was a name on the label. But yeah there are a few things floating about, most of it is on my hard drive (laughs)

H : Keep your eyes on the skies.

P : Yeah exactly, it’s in the cloud (laughs)

H : Nightime Drama is a good Adelaide label.

P : People are trying you know, I ran Cuckoo Music for a while and we did two records and eight digital releases. We did the Carter Bros album, we only released Adelaide stuff except for the first one, Sleep D who’s from Melbourne.

H : The Carter Bros actually released a couple of records on a Detroit label, Black Catalogue.

P : Rush Hour and then Tsuba re-released their album we did on Cuckoo Music which was cool. It was just nice to rep the local scene and show people what we’re doing here.

Going through your racks in the shop I noticed how reasonable the prices were and I was surprised because Australia being so far away you would tend to think that it’s really expensive to bring imports, ho do you manage ?

H : I have a formula, I have to be quite strict about keeping an order under 1000 $ otherwise I have to pay import duty and GST, so that means I have to be really diligent in my ordering, getting the maximum amount but stay under 1000 $. So if a new record comes out via Hardwax and I want just one record, I can’t order it because it’s going to cost me way more in shipping so sometimes I have to miss out on that and wait for a repress. I tend to go more towards bigger distribution with a bigger catalogue, it’s easier to get a good variety of stuff. Because a decent amount of my sales are not stuff that I’m all that into.

I also noticed that you had quite a few records from the good Antinote people, do you follow the French scene much ?

H : Yeah a decent amount, there’s some really good stuff on Favorite and Antinote is a fantastic label, I think there are a lot of very interesting artists coming from there. There are also some great records from Yoyaku, Concrete…

So how do you keep up with all the different releases ?

H : I just go through every email I get. I don;t know, there might be 200 to 500 records out every week and I try to seek through that. I think that’s really the only channel, I don’t spend much time on Soundcloud, I sometimes read RA or DJ Broadcast, I don’t look at the Facebook feeds. It’s easy to get stuck in a bit of a rut, but with labels like Antinote it’s just buy everything. I don’t think there’s been an Antinote record that’s come out that I haven’t had. It’s just refreshing music, not too retro, not always dancey, some of it is quite challenging sometimes. I’d like to know more about what’s happening in France but also, I think that isolation allows for evolution, if we all know exactly what everyone’s doing all the time, nothing can really grow organically.

P : Even though it’s hard nowadays to find isolation. It’s nice when something refreshing comes out because it’s so hard to find uniqueness these days. For example I always really respected the Sleep D guys for their lack of ego and insistence in doing their thing. I have a lot of respect for Tornado Wallace, because he has his own sound. There’s people who find their own niche and push forward with that. There are a few heads in Australia who do that really well, the Carter Brothers aswell, there’s no one else that sounds like them.

That’s interesting because I sometimes feel that in Paris or other large cities there are too many Djs and producers and it sometimes feels like a competitive and no so healthy environment. Some have like a family/crew thing going on but often times you find that ego gets in the way…

P : Yeah it’s hard in really big cities, you lose the family thing you were talking about. But I think we have that here because of either being a small town and isolation. Some really good producers and DJs are even from the rural areas, like the Carter Brothers are from Mildura, Sleep D is from Frankston.

What would you like to happen in Adelaide ?

H : Well, there are some parties called Park Jib which are run by Lenin, Jake and Henry and they’re really nice young dudes, they’re quite motivated and morally-sound guys and they will just take a generator and Phil’s kickass sound system and go out into the park and have a day party and I’d like to see more of that. There’s no alcohol and there’s no money involved, just music.

P : I think that’s the purest thing that could happen and if they don’t take it by the horns I will probably try and move forward with that.

So you have plans ?

P : Well, I have plans if they don’t, I want them to do it and I don’t want to step on their toes, like it’s their thing and if they want to use my gear than I’m stoked because I want it to be used and I hate listening to music on shit sound.

H : Yeah and we have to let them grow.

P : I personally would like to legitimize it a bit more. I like doing things rough or illegal although it’s not illegal, it’s a grey area and it could be shut down quite easily and that just annoys me. I hate that it has an effect on the scene and future parties if things get shut down and also I like doing things by the book when there’s expensive sound involved, so we’ll see how this one goes. No one’s had the nuts to do it proper yet and coming up is one of the first times that I can think of that someone actually had the balls to go out and give it a try, test the waters, dip the toe in and see how it goes.

H : Because these guys generally have never been to an event like they’re putting on. They’ve never been to a rave in the 90’s, all that knowledge is lost. My mate next door at Inbound Records, he can organize a rave in half an hour, he just makes some phone calls, he has his own sound system…

P : That’s the Drum ‘n Bass scene.

H : They come from that early 90’s rave culture so that’s not a problem for them. They’re a bit more roughneck but the young dudes have never had that experience, they don’t really know how to get started or they don’t realize that such a thing is possible, for them Techno is in a night club or a festival.

P : I think it’s got legs if people are willing and if you use the right key words you can get council onboard, you just have to talk about vibrancy and youth culture.

H : To a certain degree the state government realizes the state is pretty fucked, not much happening economically, manufacturing is finished, the mining is finished…

P : The only big investment is to universities and how they don’t make the connection between universities and youth culture is beyond me.

Mixtape


Who are you Baba Vanga?

La Baba Vanga, c’était cette voyante bulgare consultée en pleine guerre froide par des pontes comme Brejnev, et qui aurait prédit, entre autres, l’élection d’un président afro-américain à la tête des États-Unis avant leur effondrement. Dont acte. Et c’est autour de la mythologie de ce personnage folklorique et emblématique d’un bloc de l’est au sortir de son lourd passé traditionnel et communiste, que le label qui lui emprunte son nom développe sa propre vision de la musique dans une démarche « think global, act local » repensée à l’aune des principes du DIY et de la décentralisation d’une industrie musicale qu’on se désespère de voir évoluer dans le bon sens.
Par connexions et coups de cœurs, Baba Vanga — dont on a déjà fait ici l’éloge des sélections, de l’électroacoustique anxiogène d’Új Bála à la poésie bruitiste de Somnoroase Păsărele — , étoffe son catalogue avec l’empirisme qui caractérise les labels d’avant garde. En prolongeant leur travail de documentaliste des musiques émergentes d’Europe de l’Est, en l’enrichissant d’un rapport plus éditorial — voire politisé, on le verra — et en l’élargissant à d’autres régions du monde comme le Japon, Lucia Udvardyova et Peter Gonda n’écoutent que leur envie de s’éloigner de la cartographie connue de l’expérimentation musicale pour baliser un itinéraire qui leur sera propre, défrichant au passage quelques sommières pour les suivants.

Interview

Avant le label, il y avait Easterndaze. De quoi s’agit-il et comment le projet a donné naissance à Baba Vanga?
Prior to the label, there was Easterndaze. What’s it about and how did the project give birth to Baba Vanga?

Lucia Udvardyova: Easterndaze est toujours en activité. C’est un projet que nous avons monté en 2010 avec Peter pour explorer les scènes musicales émergentes d’Europe de l’Est. Nous avons traversé beaucoup de pays, enregistré des interviews (pour Résonance FM et Czech Radio), et nous continuons à documenter la scène à travers Facebook et notre blog. Tout ce temps, nous avons rencontré des musiciens fascinants dont la musique n’était pas diffusée, et nous avons décidé de les produire.

Lucia Udvardyova: Easterndaze still functions. It's a project we established in 2010 with Peter in order to explore the emerging Eastern European music scenes. We travelled through the many countries, recording interviews (for Resonance FM and Czech Radio), and we still document the scene through our Facebook channel and blog. Over the years, we've met many fascinating musicians whose music wasn't being heard, so we decided to release it.

Ratkiller - Comfortably Declined
Ratkiller - Comfortably Declined

Qu’est-ce qui motive le label? Quels objectifs ou intentions?
What drives the label? What purposes or intents?

L: Offrir une plateforme à ces musiciens qui font quelque chose d’idiosyncratique et différent. Quelque chose qui, au niveau sonore, défie la catégorisation et se veut honnête.

Peter Gonda: C’est une progression naturelle. L’étape qui suit celle de filtre d’agrégation sur une radio ou un blog est de développer ce filtre au format label.

L: To give a platform to those musicians who do something idiosyncratic and different. Something that sonically defies categories and is honest.

Peter Gonda: It's a natural progression. The next step from being an aggregate filter on your radio or blog, is to be a similar filter as a label.

Vous tirez votre nom d’une célèbre médium du bloc soviétique. Comment vous inscrivez-vous dans ce folklore et, à une échelle plus large, dans les changements intervenus dans ces pays au cours des 20 dernières années?
Your name comes from a famous psychic in the former Soviet block. How do you relate to this folklore and on a broader level to the changes that occurred in these countries during the past 20 years?

L: Nous sommes nés sous le communisme dans les années 1980. Notre région a subi de nombreux changements et reste en transition, marquée par les bouleversements politiques, le chômage et aussi l’évolution des arts. La production artistique artificielle encouragée par l’État — dont l’antithèse était la minuscule scène contestataire/underground — a été remplacée par la pop commerciale et underground ou la scène DIY, qui a dû se réinventer. Cependant, nous existons dans un monde global, connecté aux mêmes flux à travers les mêmes médias, je dirais donc que les différences ne sont, en théorie, plus si importantes (même si évidemment le contexte et les conditions le sont).

P: Je vois plutôt les changements dans notre région d’un point de vue positif, même s’ils ont apporté leur lot de choses négatives et conduit à l’éradication de nombreuses formes de vie, certaines plus lentes, relâchées, moins pénétrables et polies que la culture globale d’individualisme qui a commencé à germer ici. À titre personnel, je pense qu’un peu d’indolence et d’opacité n’est pas une mauvaise chose dans un monde en accélération, presque comme une stratégie. Les changements ne progressent pas avec homogénéité, et il y a d’importantes différences entre les centres urbains et le milieu rural, de même qu’entre les pays. La transition revêt de nombreuses formes et a réussi à divers degrés.

L: We were born in communism, still in the 1980s. Our region has undergone numerous changes, and it still is in transition, marked by political upheavals, unemployment, and also a change in arts. The artificial state-sanctioned artistic production — which as its antithesis had the miniscule dissent/underground scene — has been replaced by commercial pop and underground or the DIY scene, which had to reinvent itself. Nevertheless, we exist in a global world, connected to the same channels via the same media, so I wouldn't say the differences in theory are so huge anymore (of course, the context and the conditions are).

P: I consider the changes in the region mostly positive, although they have brought also many negative things and have led to eradication of many different forms of life, some of which were slower, more relaxed, less penetrable and streamlined than the global culture of individualism that started to spread around here. I personally think a certain slowness and opacity might be a good thing in an accelerating world, almost like a strategy. The changes are not evenly spread, there are huge differences between urban centers and the countryside, and between the countries as well. The transition has many forms and was successful to various degrees.

Tlaotlon / Střed Světa - Split
Tlaotlon / Střed Světa - Split

Selon vous, dans quelle mesure ces changements se traduisent dans la musique à Prague, Sofia ou Budapest?
To what extent do you think these changes translate into music in Prague or Sofia or Budapest?

L: Plusieurs scènes locales intéressantes ont émergé. De manière générale, disons il y a dix ans, il y avait cette fascination pour l’Occident et le global, mais on voit aujourd’hui un retour au local (pas au son local, mais à un certain contexte local — une scène, si tu veux). Les différences entre Prague, Sofia et Budapest… Je pense que ce sont les mêmes entre Paris, Bruxelles et Rome.

P: Ce qui survient de plus intéressant dans ces villes vient de la base et s’appuie sur les principes du DIY, qui ne sont pas seulement un idéal mais aussi une nécessité. On reçoit très peu de soutien des institutions culturelles officielles ou de l’État, qui la plupart du temps desservent des objectifs rétrogrades et conservateurs.

L: Several interesting local scenes have sprung up. In general, let's say even ten years ago, there was this fascination with anything Western and global, but now there's a focus back on the local (not as in local sounding, but existing in a certain local context, a scene, if you will). The differences between Prague, Sofia and Budapest - I guess are the same as the differences between Paris, Brussels and Rome.

P: The most interesting things happening in any of those cities are built from the bottom-up and based on DIY principles, which are not only some ideals but also a necessity. Very little is done with the support from official cultural institutions or the state, which in many cases serve conservative backwards thinking purposes.

Envisagez-vous de continuer à vous focaliser sur les artistes d’Europe de l’Est? Concrète Virus Nu est japonais: est-il l’exception qui confirme la règle? Comment vous êtes-vous rapprochés de lui et de sa musique?
Do you have in mind to remain focused on Eastern European artists? Concrete Virus Nu is Japanese: is he the exception that proves the rules? How did you connect to him and his music?

L: Pour l’essentiel on sort la musique qu’on aime, généralement par des artistes avec qui on a une connexion personnelle, mais ce n’est pas une obligation (comme en témoigne CVN:).

P: Il y a ce sentiment, lorsqu’on écoute une démo et qu’au bout de quelques secondes on ressent l’excitation et on sait que c’est la bonne, que c’est parfait, du génie, que ça doit être relayé. C’était le cas pour CVN. Dans ce genre de situations, on ne regarde pas l’origine de l’artiste, qui de toute façon n’a jamais été pour nous une obsession.

L: We basically release music we like, usually by artists we have personal connections with, but not necessarily (as proven by CVN:).

P: There is this feeling when you are listening to a demo and after several seconds you feel this excitement and know this is it, it is perfect, it is genius, it must be released. Such was the case with CVN. In such cases we don’t look at the origin of the artist, which never was a fetish for us anyway.

Comment le DIY est perçu par les artistes, auditeurs, labels?
How is DIY seen by artists, listeners, labels?

L: Comme une façon de survivre.

P: Comme une nécessité et un moyen de se rassembler.

L: As a survival mode.

P: As a necessity and a means of being together.

Vous semblez partager une vision commune avec le label Farbwechsel de Budapest. Vous êtes en contact? Existe-t-il un genre de réseau qui s’attache à diffuser l’identité électronique des pays de l’est?
It seems you share the same vision with Budapest-based label Farbwechsel. Are you in touch? Is there a kind of network devoted to spreading the electronic identity of Eastern countries?

L: Ce sont des amis. J’habite en ce moment à Budapest, je les connais personnellement et je vais à leurs événements. Farwechsel illustre parfaitement ce nouveau genre de communautés musicales ancrées au niveau local et fondées sur l’amitié et les inspirations et collaborations artistiques et musicales, qui s’inscrivent aussi dans des performances globales de la scène musicale électronique. Au final, j’imagine qu’il y a plus d’interactions dynamiques entre les différentes scènes d’Europe de l’Est, au moins en Europe centrale.

L: They are our friends. I'm currently based in Budapest, I know them personally and go to their events. Farbwechsel epitomizes this new sort of locally-focused music community based on friendship and mutual musical and artistic inspiration and collaboration, which is also plugged into global happenings on the electronic music scene. I guess finally there seems to be a more active interaction between the various Eastern European scenes, at least in Central Europe.

Benzokai - Identities Too Abstract
Benzokai - Identities Too Abstract

Pour l’heure vous n’éditez que des cassettes (sophistiquées, elles sont superbes), pourquoi vous focaliser sur ce seul support? Prévoyez-vous de vous diversifier à l’avenir?
For now you only release tapes — fancy tapes, they look great —, why focus on this media? And do you plan to diversify in the future?

L: Nous venons de sortir le vinyle d’un artiste estonien appelé Benzokai, et nous éditons toutes nos sorties au format digital. La cassette relève davantage d’une nécessité que d’un choix (une question d’argent).

L: We have just released a vinyl by an Estonian artist called Benzokai, and we also release all of the records in a digital format. The tape was more of a necessity than a choice (money talks).

Vous avez récemment ouvert une boutique sur BazaarBay, une interface web au nouveau mais déjà célèbre OpenBazaar, place de marché décentralisée où on peut acheter quasiment n’importe quoi. J’imagine que ça ne concerne pas que ses aspects économiques, mais aussi politiques…
You recently created a shop on BazaarBay, a web interface to the new but already famous OpenBazaar, a decentralized marketplace where you can buy almost anything. I guess you not only relate to the economics aspect of it, but to the politics too…

P: D’un point de vue seulement. Je pense que les devises cryptées comme Bitcoin sont l’avenir de la monnaie et qu’elles refaçonneront ce monde comme aucune technologie ne l’a fait depuis la révolution industrielle, mais j’ai des raisons d’y croire et de soutenir leur développement qui sont différentes de celles d’un partisan du crypto-capitalisme, par exemple.
En vendant de la musique sur Bandcamp, qui s’appuie sur Paypal, il est facile de voir pourquoi on aspire à une plateforme décentralisée pour la musique qui serait peer-to-peer et s’appuierait sur les monnaies cryptées pour les paiements. Je pense que si quelqu’un lançait un projet de ce genre, ce serait un franc succès.

P: Only in a way. I think cryptocurrencies like Bitcoin are the future of money and will reshape this world like no other technology has since the industrial revolution, but I might have different reasons to believe that and support their development than for example some proponent of crypto-capitalism.
Having to sell music via Bandcamp, which uses Paypal, it is easy to see why we desire a decentralized platform for music, that would be peer-to-peer and using cryptocurrencies for payments. I think if someone started anything of this kind it could be a massive success.

Partant de là, que pensez-vous de Deezer ou Spotify?
What are your thoughts about Deezer or Spotify then?

P: Spotify ressemble au premier cercle de l’Enfer, rempli de répliques en plastique grandeur nature de Ronald McDonald. Ils vous préparent une playlist par jour jusqu’à la fin des temps. Insupportable.

P: Spotify is something like the first circle of Hell populated only with life-sized plastic replicas of Ronald McDonald. They make a playlist just for you every day till eternity. Unbearable.

Des infos sur la prochaine sortie de Baba Vanga?
Any tips about the next release from Baba Vanga?

L: Nous venons de sortir le nouvel album d’un Estonien, Benzokai. Il se sert beaucoup de sa voix, ce qui peut dénoter par rapport aux éditions précédentes. L’ensemble possède une atmosphère d’anxiété, mais veloutée. Ce sera peut-être suivi par un album expérimental des années 1980 par le groupe tchèque Quarantine. Et puis d’autres choses ;)

P: J’attends impatiemment un album du duo expérimental tchèque Sister / Body et du sophomore de l’artiste sonore et visuelle mexicaine Laura Luna, installée à Prague. Les deux sortiront à l’automne.

L: We have just released a new album by Estonian artist Benzokai. He uses his voice a lot, which is maybe different to our previous releases. The whole thing has this anxious, but mellow vibe. This would be followed by a 1980s experimental album by Czech band Quarantine. And there's more ;)

P: I look forward for an album by the Czech experimental duo Sister / Body and for the sophomore record of the Mexican visual and sound artist living in Prague Laura Luna, both to be released in autumn.

Mixtape

Tracklist

01. Béla Bartók - Music for Strings, Percussion and Celesta (Andante Tranquillo)
02. Poo - Kappa-Opioid Gain
03. Kokum - T'chep-ah Ashkh
04. Sister / Body - Darker Lover
05. ÚJ Bala - Anti Slim-Fit Territories
06. Drexciya - Dr. Blowfins' Black Storm Stabilizing Spheres
07. Andrea Parker - Invasion
08. Chino Amobi + Rabit - Burning Tower
09. Palmistry - Lil Gem
10. The Shadow Ring - We're Complex Piss
11. Current93 - I Have A Special Plan For This World
12. VooDooMan - The Rose Of Eternity


Who are you Johnkôôl Records?

Johnkôôl Records est un label parisien 3.0, réunion de Quentin du Collectif Sin et Colin de DR(DR)ONE sur l'autel d'une électronique inspirée, ludico-abstraite. Chantres depuis près d'un an d'abondantes mixtapes via leur site, les deux amis, concevant leur travail tel un creuset d'incubation, sortiront le 17 juin prochain leur première référence discographique : un EP d'un jeune producteur français répondant au patronyme de Losange. Bien décidé à s'installer dans le paysage avec décontraction, Johnkôôl Records organise une seconde soirée à l'Olympic ce samedi 30 avril (Event FB), avec la ferme intention de présenter les forces vives du label. En prémisses, le duo nous offre une mixtape répondant au même dessein - elle est intitulée Coucou C'est Nous - en plus de répondre à nos quelques questions.

Johnkôôl Records l'interview

Johnkôôl Records
Johnkôôl Records est un jeune label. Pouvez-vous nous dire d’où venez-vous, quel est votre parcours et ce qui vous a conduit à créer ce label ?

Colin : Salut Hartzine, avec Quentin on s'est rencontrés à Paris il y a quelques années, rue du Chemin Vert. Et pour te dire on venait du Père Lachaise. Tout deux passionnés de musique expérimentale et électronique ainsi que d’installations sonores, nous avons rapidement collaboré sur de différents projets / évènements (Black Mass Rising, Zoo Arena…)

A l’époque je jouais principalement avec DR(DR)ONE, FareWell Poetry et Prison Food Sucks. Je m’occupais également du net-label LEEP/CJC records, sur lequel paru le 1er album du collectif sin~ intitulé : Sous-Contrôle TV.

Ensuite je suis parti en résidence à Berlin pendant plus d’un an et Quentin est parti avec son collectif à Bruxelles. De retour à Paris nous avons tout naturellement décidé de lancer un nouveau label ensemble.

Quentin : Colin a été la première personne à croire à mes activités musicales, qui se sont mêlées vite au collectif sin~ avec Paul, Erwan et Flavien, et Colin était notre producteur. Zoo Arena par exemple, c’est le genre d’infiltration permise par Colin et sa vision de la musique. On était au milieu du Trianon avec 1000 personnes à jouer de la noise super violente, c’était un joli court circuit.

Ensuite on s’est un peu émancipés, et lorsqu’on s’est retrouvés avec Colin après Berlin, on était sur la même longueur d’onde, on voulait passer un step et faire en sorte que des projets musicaux que l’on aime existent. On a décidé de monter ça ensemble, ça va faire plus d’un an maintenant.

Fais-tu la part entre ton travail d’artiste et le label ?

Q : Colin et moi on a une démarche assez différente et complémentaire, moi je sectionne toutes mes activités même si elles se répondent. J’ai l’impression de me sentir quelqu’un d’autre selon que je suis artiste ou producteur. Ça me semble pas être le même travail, ça ne demande pas la même énergie.

C : L’un est au service de l’autre, je le vois comme deux faces d’un même prisme.

Q : Oui d’ailleurs beaucoup d’artistes font la démarche de développer leur propre système de diffusion. C’est très utilisé par la scène berlinoise, qui est ultra prolifique, et qui cherche à aller le plus loin possible au service de leur propre musique, sans compromis, à l’aide de leurs micros labels.

Le label a un peu plus d’un an. Pouvez-vous nous indiquer les étapes importantes de cette aventure ? D'où vient cette lubie d'éditer des mixtapes ?

Q : On réfléchit sur une échelle longue pour Johnkôôl Records. C’est un peu le projet qui nous permet de sortir la tête de l’eau, on tente vraiment quelque chose qui nous sorte de notre sempiternelle galère artistique parisienne. Déjà rien que le fait de se poser et de réfléchir à monter une structure de production, c’est un moyen de porter plus loin la musique que l’on aime. Du coup dans un premier temps avec Colin on s’est retrouvés pour mixer, parce qu’on collectionne beaucoup de musique et notre rôle de DJ a pris de plus en plus d’importance dans nos pratiques respectives. De là on s’est sentis d’utiliser cette position pour incuber les projets des autres, les jouer en soirée, se servir de notre rôle de DJ pour diffuser la musique des artistes.

La mixtape, ça nous semble être le format fédérateur. Nous ça nous permet de nous phaser sur nos références respectives, de les faire écouter aux gens, et de préparer un auditoire pour nos prochaines sorties. C’est un peu des cartes de visite. Et puis nos futurs artistes sont conviés à en faire, il peuvent présenter leur univers avant de sortir leur projet. C’est un peu comme se retrouver entre potes pour se faire écouter des sons qu’on aime, et faire écouter le résultat aux auditeurs. C’est hyper kiffant à faire en plus d’être un bon format à écouter.

C : Nous avons sélectionné tous les projets qui nous tenaient à cœur et contacté de nombreux artistes en tout genre et de tous horizons. Avec Quentin on a pris l’habitude de mixer de la musique ensemble, en confrontant vinyle et digital, sur scène aussi bien qu’en studio. Le logo du label illustre exactement çà, les yeux émerveillés de deux diggers. Il y a une résidence à l’Olympic Café, le Johnkôôl Sound System. C’est assez difficile de transcrire l’intensité de cette communion avec le public. On était vraiment halluciné pour la dernière édition, du coup on attend avec impatience celle de samedi prochain.

Par rapport à notre obsession concernant la mixtape, c’est tout d’abord un format gratuit. Comme l’explique Quentin, c’est l’occasion parfaite pour découvrir un artiste et se laisser embarquer. On vient de cette culture et la question ne s’est jamais posée, c’est plutôt une évidence. C’est comme un rendez-vous anonyme, c’est notre labo, notre campus, un véritable terrain de rencontre entre tout les producteurs et DJ avec qui l’on échange. C’est un aller-retour incessant entre le studio et le dancefloor.

Losange - visuel EP

Quelle est l’esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

Q : On n’a jamais vraiment réfléchi la cohérence globale du label, je crois que ça se fait au plaisir, on incarne notre esthétique, on pousse juste plus loin notre envie de faire exister vraiment la musique qu’on aime… On va juste produire de la musique qui nous fait du bien, et qui pourrait faire du bien aux autres.

Moi j’aime beaucoup le Label Stones Throw, c’est ce label qui m’a permis de découvrir les freaks du hip-hop, les DJ sets complètement dingues de Madlib, la Funk du futur de Dam Funk. Et puis il y a Pan European, sur lequel est signé Flavien Berger un membre du collectif sin~, ainsi que le collectif sin~ lui même ! On vient de sortir un disque plutôt expérimental chez eux, un maxi sur lequel on a enregistré du vent, complété d’un remix. Il y a que ce label pour sortir des projets aussi différents les uns des autres.

C : Je ne sais pas vraiment, pour être honnête. On partage une vision qui pourrait tendre vers des labels comme Domino, Thrill Jockey, Constellation, Anticon, Brainfeeder, Type, Innervisions, Tzadik, Zaun records, Vaatican records….

C’est une esthétique composite en pleine élaboration. C’est surtout quelque chose qui nous échappe plus qu’autre chose et c’est très bien comme ça.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le vôtre et jusqu’où avez-vous envie de le pousser ?

Q : Le label, ou la maison d’édition phonographique comme on disait, s’occupe bien de produire des supports d’écoute pour les projets musicaux. Et comprendre ça c’est déjà une grosse avancée pour appréhender la complexité de la chaîne de l’industrie musicale. Je collectionne beaucoup de vinyles et je m’intéresse énormément à la musique par ce biais, car il raconte les rencontres, les regroupements d’artistes sous la chapelle de tel ou tel label… Produire un label c’est donc produire aussi des supports, et s’inscrire dans cette lignée. J’aimerais bien que des diggers redécouvrent dans 20 ans un vinyle qu’on aura produit cette année, j’aimerais participer à cette magie.

C : On adore l’objet autant que le virtuel, du coup on fait des éditions limitées de nos mixtapes sur cassettes avec CESS 3000 et des patches brodés avec le 4TH, 75NTM. Ça nous permet d’illustrer les différentes étapes de création. L’artwork et la production de singles, d'EP et de LP c’est évidemment un sujet très important pour nous. On essaie de suivre au maximum nos artistes. Ça nous permet d’envisager de nouvelles esthétiques et de travailler avec tout un panel de talents. De découvrir de nouvelles inspirations et de s’inter-connecter avec notre petit réseau.

Q : On est des gros accros aux goodies rares… C’est un peu notre plaisir coupable. Moi je collectionne le max de trucs rares que je peux dégoter à propos du Grateful Dead, j’ai envie que les hommes du futur fassent la même chose avec Johnkôôl Records.

Quel est le futur proche de Johnkôôl Records, notamment en termes de sorties, de formats ? Pouvez-vous nous en dire plus sur Losange ?

Q : On est vraiment en train de faire du bootstrapping, on part de rien, on n'a que des ressources humaines et de la bonne musique en stock. Notre stratégie c’est d’utiliser le digital, qui coûte moins cher à produire que du vinyle, pour diffuser des artistes. Dans un second temps on produira des supports physiques. On tient beaucoup au vinyle. Dans l’ordre on a Losange qui arrive très bientôt avec un premier EP, qui sortira le 17 Juin. On a le single de Dr Drone qui arrive juste avant l’été, et puis on reprendra la rentrée des classes avec un projet qui s’appelle Never Use After Midnight. Colin l’a trouvé dans son studio du squatt à Vincennes, la Jarrie. C’est un DJ et producteur qui sévissait début 2000 avec un sound system HardCore et la Mushroom Corps. Et on va sortir son EP

C : Losange, c’est le premier EP du projet solo d’un musicien basé dans le sud de la France, Benoit Baudrin. C’est aussi le premier EP pour le label. On vous invite à la release party en Juin !

Q : Losange je suis tombé amoureux de sa musique il y a plusieurs années alors qu’on travaillait ensemble sur un workshop de design sonore. C’est un mec hyper fin, hyper maniaque, sa musique mérite d’être défendu là où on souhaite l’amener.

Johnkôôl Records 3

Quelles sont les approches musicales qui vous inspirent le plus en ce moment ?

Q : Salut C’est Cool viennent de nous mettre la claque du siècle en construisant leur propre sound system. C’est un truc qu’on prophétise depuis longtemps au collectif sin~, et nos amis ont complètement assuré. C’est a dire qu’en ce moment, un groupe de musicien est propriétaire de son propre moyen de diffusion, sans contrainte, et qu’ils n’appartiennent pas à une culture musicale passée. C’est la culture sound system de maintenant, une sono sur laquelle on entend pas que de la hard tek ou du reggae. Je les remercierais jamais assez pour avoir ouvert la voie.

C : Le R’n’B et la techno.

Q : Colin il passe pas par quatre chemins quoi.

Vous été basés à Paris. Cela influence votre travail ? Vous imagineriez-vous poursuivre le label ailleurs ?

C : Le label est né à Paris mais il n’est pas enchaîné à cette ville. Si l’aventure nous amène ailleurs j’en serai ravi.

Q : Moi je vais partir vivre à la campagne très bientôt. J’ai envie de reconstruire un mode de vie ou j’arrive à allier cette envie de m’éloigner de la spirale parisienne avec la production de musique. Je suis sûr qu’on va trouver une solution. Je crois d’ailleurs que je préfère me mettre au vert pour produire de la musique, c’est toujours dans ce contexte que j’avance le mieux. Je trouve pas très inspirant le fait de travailler à Paris. Mais on est un binôme, et je pense que Colin gardera son fief sur Paris, qui l’a vu naître. J’imagine mal Colin ramasser les patates avec moi en Dordogne. On va rester différents et complémentaires.

Peux-tu nous présenter en quelques mots votre mixtape ?

Q : Cette mixtape est entièrement dédiée aux productions de nos artistes. Ce sont des inédits qui sortiront, ou pas d’ailleurs, sur Johnkôôl Records dans le futur. On préférait faire ça à une compilation pour présenter nos artistes, c’est aussi un moyen de tester comment mixer notre catalogue. Elle est pas tout a fait évidente, à l’image du label, on essaie de bosser dans la finesse et d’emmener l’auditoire sur des territoires un peu mystérieux, un peu comme le groupe de hip-hop Clouddead, qui s’empare d’un genre pour l’amener dans des zones inexplorées.

C : Losange, Dj Kôôl, Never Use After Midnight, Prison Food Sucks, Salopecia, Dem Leedz...

Que va-t-il se passer le 30 avril ?

Q : Le 30 Avril c’est la deuxième soirée qu’on a baptisée JOHNKÔÔL SOUND SYSTEM. Le concept est simple, on joue de la bonne musique, on invite nos potos de Promesses, un super trio de DJ qui mixe que du vinyle, peu importe le genre et le style, l’idée c’est de retrouver la pure fibre originelle du DJ qui mixe des références hyper riches et qui fait danser l’auditoire en leur proposant des choses qu’ils connaissent pas forcément. Nous avec Colin on va mixer aussi, et puis il y aura un Live d’un artiste très prometteur qu’on va bientôt sortir, il s’appelle SALOPECIA. C’est un artiste qui produit du hip-hop. Il est américain et il nous met des doses coté culture hip-hop, il y a tellement de trucs qui n’ont jamais traversé l’Atlantique…
Ça se passera à l’Olympic Café, dans le 18e à Chateau Rouge. Un café qui possède une super sono ça fait plaisir ça devient rare.

C : Le 30 Avril c’est un rendez-vous précieux. Synchronisation Kick Baskets à l’Olympic Café, rue Léon dans le 18e. Pour l’occasion Ismaël ouvre le bar en bas et on balance le son de 18h30 à 1h30 avec Dj Kôôl et Promesses. Et en special guest, un live de SALOPECIA, le son futur boogie garage hip-hop de St Ouen à San Francisco.

Q : AHAHAHAH, on vous attend, “ COME EARLY, DON’T MISS THE PARTY”...

Mixtape

Teaser


Who are you POUeT! Schallplatten?

Un genre ne saurait trouver sa définition sans les styles. Le genre est humain, sexué, technique… Il est vaste. Le style, de son côté, n’est pas tant une caractérisation qu’une allure, un langage voire un mode de vie; il se précise jusqu’au niveau personnel. POUeT!, derrière son onomatopée de phylactère, est un label de style. De styles au pluriel même, de personnalités. Du garage potache de Pierre & Bastien au lo-fi enraciné de Colombey ou Noir Boy George, en passant par la no wave mélancolique de Delacave ou le noise de Meurtre, tous ont en commun un punk acrimonieux dégorgeant de replis nostalgiques, de pamphlets ironiques et d’appels à peine voilés à la désobéissance civile. Les styles s’imbriquent dans le genre pour définir un punk contemporain aussi sarcastique et nihiliste que son illustre aïeul quadragénaire, mais plus étoffé au niveau instrumental sans perdre sa caractéristique DIY. Quadragénaire lui aussi, ou presque, le discret patron du label n’aime pas sortir de l’ombre, mais pour Hartzine il revient sur les origines du projet, les anecdotes et son plaisir du « fait maison ».

Salut Wilfried. Qu’est-ce que tu as envie de dire de toi pour te présenter?

Quand Pierre & Bastien jouaient Handicapé (du relationnel) et que j'étais présent, ils me la dédiaient... Je leur ai dit d'arrêter surtout parce que tout le monde me matait... Sinon, ils ont raison! Par exemple, répondre à tes questions est une véritable torture. Sinon, j'ai bientôt 40 ans, j'aime bien la musique, et donc je ne supporte pas le reggae.

De nos premiers échanges, j’ai cru comprendre que tu es seul à piloter POUeT! Qu’est-ce qui t’a donné envie de lancer un label? Et comment le gères-tu seul?

On a commencé la distro à deux en suivant l'exemple de Solitude Records qui venait de quitter Orléans pour Poitiers. On achetait les skeuds avec nos tunes (les fins de mois commençaient le 10 au lieu du 15...) et on bloquait le fruit de la vente pour en acheter d'autres... Ce qui fait que lorsque les Viscous Brothers nous ont dit qu'ils descendaient avec les Teenage Moonlight Borderliners enregistrer chez Lo'Spider, on avait un peu de côté et c'était devenu limpide qu'on devait le sortir nous-mêmes. On a remis un peu de tunes de notre poche, on a eu un coup de main de Ronan Yakizakana et le premier 7" a pu sortir. On a continué de fonctionner comme ça deux ans, je dirais, jusqu'à ce que mon pote/colloc déménage sur Bordeaux. Et donc, c'est depuis 2011-2012 que je gères POUeT! seul, comme je peux. Je suis absent des réseaux sociaux, n’ai jamais été foutu de rédiger une newsletter, je suis pas un communiquant alors je compte sur le bouche à oreilles... à l'ancienne.

 

J’ai remonté le temps sur le Bandcamp du label, la plus ancienne sortie est un split entre Viscous Brothers et Teenage Moonlight Borderliners. C’est la première release du label? Quels sont tes souvenirs de l’expérience? Tu savais déjà où tu allais?

On a pas mal rigolé en faisant les pochettes... Sur les 300 pressés, 100 ont des pochettes uniques faites main (à base de collages plus ou moins de bon goût...), on a eu pas mal de coups de mains de potes qui passaient et que ça faisait marrer de faire une pochette de disque. L'idée nous était venue en recevant des disques d’Almost Ready, qui pour une même release faisait trois ou quatre pochettes différentes, on a décidé d'aller plus loin... On ne savait pas trop où on allait, mais on voulait ne faire que du vinyle, avec un côté artisanal: tamponner les labels nous-mêmes, numéroter chaque disque, faire des pochettes à la con, etc.

D’où te vient cette connexion particulière avec les punks qui baignent dans la conscience désabusée et le cynisme? C’est toi qui les choisis ou l’inverse?

Je sais pas, peut-être que je baigne dedans aussi... J'aime pas le mot cynisme...
Sinon, je suis la plupart du temps à l'initiative des disques que je sors « seul ». Pierre & Bastien voulaient que je sorte leur premier LP (MERCI!), et c'est Paul (des mêmes...) qui m'avait dit qu'il y avait peut-être moyen de sortir un LP des Subtle Turnhips (MERCI!)

 

C’est une coïncidence que beaucoup viennent du quart Nord-Est de la France? Je pense notamment à la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est dont tu as accueilli de dignes représentants.

J'ai organisé quelques concerts à une époque, et c'est à ce moment-là qu'on a tissé des liens.

Ton premier projet avec la Triple Alliance fait intervenir Plastobeton. C’est toi qui a eu l’idée d’y associer Glu sur un split? Étant partie prenante et vu leurs écarts géographique et culturel, tu dirais quoi de cette surprenante affinité musicale entre le Nord-Est et le Sud-Ouest?

Après avoir fait venir Plastobeton à Orléans et entendu des morceaux qui ne figuraient pas sur le CD-R, je me suis dit qu'il fallait que ces morceaux existent, et je trouvais ça intéressant de les associer à Glu, autre trio rock loin du classique guitare-basse-batterie et à l'optimisme aussi contagieux que les Messins... Après, je pense que surtout à l'époque, Glu faisait un peu tache dans le paysage musical bordelais plus porté sur le garage… Mais je me trompe sûrement.

 

Niveau actu, en décembre dernier tu as sorti le dernier Télédétente 666 avec Le Turc Mécanique et Et Mon Cul C'est Du Tofu. Ce n’est pas ta première coprod, c’est de cette façon que tu préfères fonctionner?

N'oublions pas 24h/Jamais, le label de Seb Normal (ndr: The Feeling Of Love, Delacave, Crash Normal).
Sinon, je suis très attaché au côté artisanal de POUeT!  Si le groupe a un visuel je m'arrange pour coller mon tampon dans un coin; numéroter les sous pochettes et tamponner les labels me fait marrer en plus d'occuper mes insomnies matinales, et ce privilège de pouvoir habiller des galettes de vinyles nues afin qu'elles ressemblent à un disque n’est pas possible quand tu fais des coprods... Après, quand Le Chômage ou Delacave te proposent un projet «  tout fait », ou que Télédétente te dit qu'il y a plusieurs labels qui veulent les sortir, tu signes des deux mains quand même!

L’esthétique du label est plus que claire, tu serais quand même prêt à déroger à l’occasion? Par exemple si TG Gondard de Colombey te proposait de sortir un EP de Pizza Noise Mafia, son projet électro, tu lui dirais quoi?

Vu le temps que met l'album de Colombey à sortir, je pense que Thibault s'adresserait à quelqu'un d'autre que moi ;)

 

Si je compte bien sur mes doigts, le label va fêter son septième automne cette année. Il paraît que sept est un chiffre de transition, ça se traduirait comment pour POUeT? Et qu’est-ce qu’on pourrait lui souhaiter?

Que les projets encore flous aboutissent... Il y aura peut-être le 45 tours d'un groupe non Français et un autre de vieilles connaissances... Et peut-être deux LP, mais je deviens superstitieux en ayant remarqué que plus je parle de projets plus l'accouchement est long...

Tu nous donnes un tuyau sur la prochaine release?

On espère que l'album de Colombey sera prêt lorsqu'il prendra la route fin mars en compagnie d'Helmut (le nouveau projet d'Armelle Badaboum-Heimat), mais c'est pas gagné...

Pour conclure, quelques mots pour présenter ta mixtape?

Le premier et le dernier titre résument à eux-seuls très bien le label... Et les autres sont vraiment très très bien!En toute objectivité...

Mixtape

Tracklisting

01. Glu - Tous les Jours
02. Colombey - L’Amour existe
03. Noir Boy George - Enfonce-toi dans la Ville
04. Les Bavarians - Les Plans d’une Nuit
05. Viscous Brothers - Wild Eyes
06. La Race - Nadège
07. Plastobeton - Remember The Time
08. Delicate - It’s Too Gloomy
09. Ventre De Biche - Lieux publics
10. Metro - Therefore I Am
11. Pierre & Bastien - Journal
12. Le Chômage - 1 Minute
13. Télédétente 666 - Toxique
14. White Ass - Live & Pretend
15. Subtile Turnips - Seen The Light
16. Pierre & Bastien - Chanteur


Who are you Waving Hands Records?

Difficile de ne pas tomber sous le charme fugace de Laurène Exposito, de son sourire affable habillant délicatement son visage cerclé d'une frange blonde. Difficile non plus de ne pas s'émouvoir de la sincérité que cette jeune femme dégage sur scène, bravant l'anxiété pour mettre en orbite son projet Micro Cheval - que l'on a présenté dans ces pages à l'occasion de ses premiers ébats sur bandes magnétiques et sillons vinyliques sur Svn Sns Records (lire ici et ). Avec ces quelques sorties sur la précitée micro-structure DIY parisienne, cette poignée de concerts et en sus d'interminables conversations copieusement arrosées de houblon sur ses influences et ses aspirations, celle qui décida de quitter Paris pour Rennes il y a un peu plus de deux ans se forge alors une intime conviction : Micro Cheval - bientôt remplacé par l'émanation 100% machines EYE - ne sera finalement qu'un versant de son amour sans limite pour les vieilles machines et les sonorités analogiques, le label Waving Hands Records, qu'elle décide de créer à quatre mains avec sa moitié, en constituant l'autre. Et inutile de dire que les tourtereaux n'ont pas pas chômé, engrangeant dans leur escarcelle en quelques mois une petite dizaine de cassettes à tirage ultra-limité. Présentant par ce biais ses propres compositions, mais aussi accueillant d'autres fondamentalistes des synthétiseurs et autres boîtes à rythmes tels Gust De Meyer, Egyptian Eyeliner ou encore Facit, Waving Hands Records incorpore aussi quelques rééditions bien senties dont celles de Body Without Organs ou One Hundred Poems From The Japanese. Car, oui, la néo-Bretonne sait fouiller et dénicher ce qui vaut le coup d'être remis au goût du jour - même confidentiellement.

A l'orée de la sortie du premier 12" sur format vinyle de Waving Hands Records, le EP de Måndag Mon Amour du Facit de Joakim Karlsson, déjà responsable d'un maxi sur Cititrax (lire), on en a profité pour lui poser quelques questions en plus de lui soutirer une lumineuse mixtape à découvrir en fin d'interview. En prime, un des morceaux du Suédois, Dans Le Pacifique, extrait d'un disque annoncé pour le 2 mai. Et gageons à l'avenir que la comparaison avec le travail réalisé par Veronica Vasicka n'est pas si foireuse.

Laurène Exposito l'interview

JeanLaure¦Çne
Waving Hands Records est un jeune label. Peux-tu nous dire d’où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t’a conduit à créer ce label ?

Le label, c’était un vieux désir que je n’arrivais pas mettre en forme plus jeune. J’ai longtemps habité à Paris où je faisais de la musique chez moi, avec quelques synthés et un ordi. En 2014, j’ai déménagé à Rennes chez Jean et ensemble, on a commencé à aménager un studio et à accumuler des machines. Je n’aurais jamais pu développer ce projet autrement… C’est à ce moment là que j’ai commencé à enregistrer quelques morceaux sur des cassettes, d’abord de notre duo Prisma. En fait,le label, les cassettes, tout ça, c’était la cristallisation de ce projet et de notre relation.

Fais-tu la part entre ton travail d'artiste et le label ?

Pas vraiment, pour moi c’est sensiblement la même chose. L’investissement est le même, et fait appel à la même dynamique, aux mêmes sentiments. Même si c’est plus facile de parler de la musique des autres et de la promouvoir!

Le label a un peu plus d'un an. Tu peux nous indiquer les étapes importantes de cette aventure ?

Au début, j’ai beaucoup tâtonné, je ne savais pas trop comment m’y prendre. Paradoxalement, être seule était à la fois une fierté et un embarras. C’était aussi ma façon de canaliser mon énergie et de la formaliser. Il y a un peu de paperasse administrative et un peu de flou autour de cette activité en France. Difficile de trouver un statut et une structure adaptés lorsque l’on n’en vit pas!.. Comme c’est à cheval entre un job et un passe-temps, on travaille beaucoup sans limites. Même pour des cassettes, chaque étape de la production reste fastidieuse, la plus rébarbative étant la celle de la duplication...

Au début, j’avais monté le label pour sortir ma propre musique et puis quand je me suis sentie plus à l’aise, j’ai commencé à contacter des gens que j’aimais beaucoup. Le premier ça a été Your Planet Is Next, un Suédois de Stockholm qui fait de l’acid-house complètement bizarre. J’étais tombée sur un de ses lives sur Soundcloud et j’avais trouvé ça incroyable.

Et puis, il y a eu Egyptian Eyeliner, un autre Suédois génial mais de Göteborg qui a notamment sorti des disques sur Käften, et puis la première réédition avec Body Without Organs. En fait, au lancement du label, c’est ce que j’avais en tête, ressortir tout ces trucs que j’adorais. C’est devenu presque une tradition maintenant, il y a tellement de labels de rééditions! En octobre, je suis tombée sur ce groupe américain qui faisait un mélange d’indus ésotérique avec du spoken word au vocoder… Ils avaient sorti une cassette en 1985 sur le label d’un des mecs du groupe, Audiofile Tapes. Je l’ai contacté sur Facebook et Jean a remasterisé la cassette à la maison.

Ensuite, j'ai découvert Gust De Meyer, un belge qui avait sorti en 1983 cette magnifique cassette, Casioworks,composée entièrement au Casio VL 1, un petit synthé/calculette. Gust est aujourd’hui prof de socio culturelle à Bruxelles, et il n’a plus cette cassette depuis bien longtemps… Alors on a acheté l’originale sur Discogs et on l’a remasterisée à la maison…

Parallèlement, je m’étais intéressée à un autre Belge, mais flamand cette fois, Guy De Bièvre. Il avait sorti quelques cassettes au tout début des années 80 sous le nom de One Hundred Poems From The Japanese. Il faisait partie de la scène musicale expérimentale belge de l’époque et il avait sorti en 1982 sur Aerosol P&P cette cassette, Age Of Expansion. Je l'avais trouvé vraiment brillante et très exaltée, un peu noise mais très accessible.

Depuis plusieurs mois, je travaille sur la prochaine sortie, prévue pour début mai, un 12’ de Facit. C’est un des projets synth de Joakim Karlsson, un Suédois de Goteborg. Il fait partie de mon panthéon personnel, j’ai une profonde admiration pour sa musique… Je l’avais contacté en août dernier pour lui demander timidement si une sortie cassette l’intéressait. Et puis en fait, le changement de format s’est imposé quand j’ai entendu ses morceaux. Intrinsèquement, la cassette a autant de légitimité que le vinyle, mais elle ne touche pas le même public. Les deux formats appartiennent vraiment à deux écosystèmes différents. Je me suis dit que c’était le bon moment pour lancer un nouveau projet, essayer de fréquenter d’autres sphères. Et Joakim était partant. Après, comment sortir un disque, je n’en avais aucune espèce d’idée. Joakim et moi on a travaillé ensemble avec la même force pour cet EP. Alors oui, c’est long et laborieux, mais surtout excitant en fait. Finalement, il y a eu quasiment neuf mois entre le premier contact et la sortie officielle. Ça nous a laissé assez de temps pour bien définir le projet sans trop traîner non plus, ce qui peut être contre-productif j’imagine.

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Quelle est l’esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

En général, tout ce qui se fait avec des synthés ! Ça peut donc concerner la minimal synth, la techno, l’acid, l’EBM, etc. Mais aussi des trucs plus expérimentaux comme One Hundred Poems From The Japanese que j’ai ressorti en début d’année. Ou la house, mais sans les « yeah baby » et le saxophone.

J’aime beaucoup Käften (un super label de Stockholm), JJ Fun House (des Néerlandais qui sortent des objets magnifiques), La Grand Triple Alliance Internationale de l’Est (pour leur esthétique globale), Knekelhuis (un super label/radio/agence de booking basé à Amsterdam qui organise aussi des soirées ) et puis Minimal Wave et son sous-label Cititrax, Dark Entries, Mannequin, etc.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le tien et jusqu’où as-tu envie de le pousser ?

J’essaie d’éditer des choses qui me séduisent d’abord de façon superficielle. Du style, est-ce que j’ai envie de mettre ça sur ma cheminée? Le format cassette ramène aussi à l’enfance et à tous ces petits objets qu’on aimait fabriquer et manipuler. J’aime bien jouer là-dessus en ajoutant des inserts, des miniposters ou des livrets. La découverte de l’objet se fait aussi comme ça, et c’est ce qui restera en tête une fois la cassette écoutée. Le vinyle en tant que format se prête moins à toutes ces fantaisies, dans le sens où ce n’est plus fait maison je dirais.

Quel est le futur proche de Waving Hands Records, notamment en termes de sorties, de formats ?

Pour l’instant on fait une pause sur les cassettes. Après l’EP de Facit, il y aura dans la foulée un 7’’, une réédition cette fois!

Pour Micro Cheval, que prépares-tu ? Peux-tu m'en dire plus sur le LP ?

Je vais sortir mon premier LP sur un label d'Amsterdam à la rentrée, autour d'octobre. C'est un peu trop tôt pour entrer dans les détails mais Micro Cheval va disparaitre au profit de EYE.  Ces derniers temps, je me suis orientée vers une musique plus électronique qui ne ressemble plus trop à ce que j'ai pu faire avec Micro Cheval. Tout a été enregistré  à la maison dans notre studio analogique, avec des machines Korg (Polysix, KR-55B et KPR77), Roland (Space Echo RE-201, Juno 6), et Yamaha (CS-15) et Boss (RX-100).

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Quelles sont les approches musicales qui t’inspirent le plus en ce moment ?

Dernièrement je m’étais un peu lassée de la scène synth/wave. C’était toujours les mêmes refrains, la même recette qui tournait en rond. Mais depuis peu, il y a un un vrai renouvellement du genre, un décloisonnement. Il n’y a plus vraiment de frontière entre la techno, l’EBM, l’indus, la wave, les musiques trad., etc. Les labels ne sont plus mono-style, les soirées aussi, tout ça doit jouer un rôle dans la musique électronique qui est faite aujourd’hui. Mais je suis quand même majoritairement ancrée dans la musique électronique du passé, celle de la fin des 70s et du début des 80s. Elles faisaient preuve d’une vraie radicalité et bizarrement, pour certaines, d’une certaine intemporalité. Quand on voit aujourd’hui à quel point les musiques contemporaines vieillissent mal…

Tu es basée à Rennes. Cela influence ton travail ? Tu t'imaginerais poursuivre le label ailleurs ?

A Rennes, il y a ce disquaire fantastique, Blind Spot. On a une chance incroyable parce qu’il a dépassé le stade du simple magasin. Tout le monde s’y croise, dépose ses disques, ses cassettes ou ses fanzines et c’est très dur de ne pas repartir avec un disque. A mes yeux, il joue un grand rôle dans la diffusion de la musique en Bretagne mais bien au-delà. Ça n’influence pas directement mon travail mais le facilite ! On va aller vivre à Genève en Suisse avant cet été et là-bas il y a un peu l’équivalent romand de Blind Spot, Bongo Joe, un super disquaire-café. Cette ville est en pleine renaissance culturelle et je pense que ça sera super stimulant pour le label !

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

C’est un mix vinyles/k7 que Jean a enregistré en utilisant notre Space Echo. C’est un aperçu de ce qui tourne sur notre platine en ce moment, en majorité des classiques synth et électroniques français comme Performance, Porn Darsteller ou /I\, un des alias du Syndicat Électronique, mais aussi quelques tracks Waving Hands.

Mixtape

01. Gust De Meyer - 1.1.4
02. Skitungen - Ofrivilliga Rörelser
03. EYE - Nachtwasser
04. Performance - Idéal Présent
05. Porn Darsteller - Mystify
06. Orgue Electronique - Untitled
07. /I\ - 808 + Octamed
08. Liquid Liquid – Bell Head
09. The John Merricks - Moshi Moshi
10. Egyptian Eyeliner - Habibibikini

Audio (PREMIERE)

Facit - Måndag Mon Amour 12" (Waving Hands Records, 02 mai 2016)

1. Krv
2. Dans Le Pacifique 04:16
3. Farväl Portmonnä
4. Hippomobile
5. Livet Är Blott En Transport
6. Industrimusikvänner


Who are you Tripalium?

On le fera pour lui. "Je n'ai pas vraiment envie de me mettre en avant." Voilà ce que répond sans fausse modestie l'ami Benjamin Dierstein, instigateur du label Tripalium, quand on le questionne sur sa personne, son intimité ou son parcours. L'homme, malgré une bouille d'éternel jouvenceau aux cheveux ras, reste discret, voire secret, sur ses multiples et incessantes activités. Impossible même de lui soutirer une putain de photo avec une résolution pas trop dégueulasse. Alors on taira, ou presque, ses consistantes chroniques et mixtapes pour notre confrère bordelais Seek Sick Sound, on chuchotera à demi-voix son activisme sans faille pour La Mangouste - désormais en sommeil mais reconnue pour avoir littéralement éventré Paris de ses fameuses Casse ton Singe, Marathon Électronique et autre Spring Break Core Festival - , on passera sous un silence de cathédrale son rôle clé dans la réhabilitation du Glazart avec son compère Matthieu Meyer, aujourd'hui au Trabendo, de même qu'on ne dira pas un mot sur sa fonction actuelle au sein d'une des agences de booking les plus exigeantes et excitantes de Paris - dont la division électronique compte parmi ce qui se fait de mieux à nos yeux entre Samuel Kerridge, Helena Hauff ou Powell. D'ailleurs, inutile de préciser que c'est avec beaucoup de plaisir et de décontraction que l'on a co-organisé il y a tout juste un an une soirée dédiée au rudoyant pour les tympans label Repitch de la triplette italienne en jogging Shapednoise, Ascion & D.Carbone. L'occasion d'appréhender l'extrême méticulosité de notre sujet : muni d'un petit agenda, ce stakhanoviste du bruit dansant et de la nuit sans fin notait absolument tout, histoire de s'affranchir d'une mémoire potentiellement défaillante. A ce titre, le binôme qu'il forme avec Marine Giraud est plus que complémentaire : ensemble ils sont à l'initiative, puis à la gestion millimétrée et sans stress, des plus orgiaques teufs acid franciliennes. D'ailleurs quand ils s’échappèrent ensemble le temps d'un tour du globe de presque six mois, c'est peu de dire qu'il y eût un paquet de ravers orphelins - ceux qui ne se satisferont jamais de la vacuité froide et dispendieuse des usines à BPM dont le business est plus que florissant - , ne sachant plus à quel saint se vouer.

C'est avec la même énergie, ce même regard sans concession et ce même positivisme, optant plus pour le faire que pour le parler - comprendre ici le marketé - , que Tripalium est né en 2014. Et si la référence étymologique n'est pas neutre - dans l'Antiquité ce mot désignait un instrument d’immobilisation et de torture à trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles - , la volonté étant délibérément de mettre à l'épreuve via des séries événementielles et discographiques distinctes les codes de la musique électronique actuelle, il serait bien trop facile de ne réduire cette démarche multi-dimensionnelle, gravitant autour d'un dense noyau de producteurs hexagonaux ou étrangers, qu'à sa propension à faire littéralement du bruit pour du bruit. Si les ORL de France et de Navarre ne remercieront jamais Tripalium, la castagne auditive n'est qu'une des facettes d'une structure qui oscille entre retour aux sources acid ou rave et expérimentations techno-noise, s'organisant pour ce faire en de multiples sous-labels prêts à donner en 2016 la pleine mesure de leur respective potentialité. Déjà évoquée dans ces pages, à travers l'inaugural EP cassette Tesla du trublion Paulie Jan (lire) ou l'album-concept Contritum Crusis de Verset Zero (lire), ou en passe de l'être, avec les futurs Terdjman et Jaquarius / Mono-enzyme, respectivement via les sub-divisions Digital Mutant Series et Acid Avengers, la substantifique raison d'être du label gagne en profondeur à mesure que le nombre de sorties prend de l'ampleur, labourant à la fois les terres maintes fois brûlées de l'hédonisme festif et celles de la recherche sonore. Parfois, le trop n'est pas l'ennemi du bien. Profitant de la future grande messe acid du collectif - la troisième Acid Avengers du nom ce 18 mars au Batofar avec au programme Unit Moebius, Andreas Gehm, Voiron et Lunar Distance (Event FB) et pour laquelle on fait gagner des places en fin d'article - on a posé quelques questions au principal intéressé qui, c'est dit, ne parlera pas de lui à défaut de nous offrir une belle mixtape certifiée 100% Tripalium.

Benjamin Dierstein l'interview

T1
Le label a un peu plus d'un an. Tu peux nous indiquer les étapes importantes de cette aventure ?

À la base, Tripalium a été créé dans le but d'organiser des soirées. On pensait au label, mais on ne savait pas vraiment quand ce moment arriverait. Et puis finalement c'est arrivé très vite, au bout de six mois à peine d'existence de Tripalium on a eu envie de se lancer dans le bain. Ça a commencé avec une cassette de Paulie Jan pour laquelle on a eu de très bons retours, donc ça nous a motivé à continuer. On a enchaîné avec les sorties de Jaquarius, 14anger, Hawkta, Verset Zero et puis on a sorti aussi notre compilation Some Like It Raw au printemps 2015 qui faisait appel à plein de producteurs français orientés bidouillage analogique à tendance noisy... Ça nous a permis de mettre une étiquette sur cette série d'EP, les Digital Mutant Series, et ça a permis au public de mieux comprendre comment on se positionnait. Les deux grandes étapes suivantes ont été la création des deux autres sous-labels, pour lesquels on a fait appel à des forces vives : Acid Avengers, dont on gère la DA avec Jaquarius, et Tripalium Rave Series, qui n'aurait pas pu se faire sans le soutien de 14anger et de Toolbox.

Quelle est l’esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

Notre panel esthétique est assez large mais se retrouve autour des mêmes valeurs... On aime bien ce qui tape, ce qui fait du bruit et ce qui est complètement barré. En gros tout ce qui sort du sillon techno traditionnel, tout en y étant fortement apparenté. Le tout avec un gros coup de cœur pour les sons 90s, que ça soit la scène expé improvisée ou la hardtek de hangar, on fait le grand pont sans problème. Nos trois séries d'EP sont chacune sur un type de sons. Digital Mutant Series est notre laboratoire de sons expérimental techno, braindance, drone, ambient, noise, indus. Tripalium Rave Series est à l'inverse clairement orienté dancefloor, avec des sorties techno qui flirtent à la fois avec la scène industrielle UK et les sons rave 90s. Acid Avengers enfin, comme son nom l'indique, est dédié à l'acid sous toutes ses formes, que ce soit techno ou braindance. On a pas vraiment de modèle discographique, le nôtre étant très particulier. Si on parle référence musicale, je te citerai pêle-mêle Bunker, R&S, Rephlex, Downwards, Kommando 6, Planet Mu, Hospital Productions, Avian, Opal Tapes...

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et quelles sont vos relations avec eux ?

On démarche certains artistes, d'autres viennent nous voir directement, il n'y a pas vraiment de règle. Dans tous les cas, on essaye de créer une vraie famille Tripalium autour de quelques artistes français, avec notamment Jaquarius, Paulie Jan, 14anger, Terdjman, Verset Zero, et quelques autres sur qui on compte pour intégrer le noyau dur. On aime cette idée de fédérer une scène qui est sous-représentée par rapport à la techno traditionnelle, qui se reconnaît dans des esthétiques assez différentes, qui est ouverte d'esprit, qui aime les sons énervés tout autant que la recherche musicale. On a la chance d'organiser des soirées à côté du label et donc d'avoir des facilités pour faire jouer les artistes, ça permet d'avoir des relations assez proches avec eux.

Verset Zéro

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le vôtre et jusqu’où avez-vous envie de le pousser ?

Je ne pense pas que la partie "objet" soit un des points forts de Tripalium. On est dans le DIY, on fait ce qu'on peut pour sortir des albums et des EP, dont certains à moindres frais parce que le modèle économique n'est pas toujours au rendez-vous. Ça ne nous empêche pas d'avoir parfois de supers artworks - je pense à ceux de Verset Zero ainsi qu'à la série Acid Avengers de Prozeet notamment - parce qu'on reste très attachés à la partie visuelle. Mais ça peut prendre forme en K7, en vinyle ou en digital en fonction de la sortie... L'objet n'a pas d'importance sacrée. On a pas de culture design ni marketing, on ne vise pas un absolu. Tripalium c'est avant tout de la realpolitik, on fait avec ce qu'on a, parfois avec un sentiment d'urgence qui nous fait dire que c'est maintenant ou jamais. En gros on fabrique d'abord et on réfléchit après !

Quel est le futur proche de Tripalium, notamment en termes de sorties, de formats ?

Beaucoup de sorties sont dans les tuyaux, l'année va être assez fournie. Des vinyles avec les Acid Avengers et les Tripalium Rave Series, avec une moyenne de 3 à 4 EP par an pour chaque série. Et des K7 et sorties digitales sur les Digital Mutant Series avec un rythme un peu plus élevé - près d'une dizaine de sorties par an. Les deux prochains sont un EP de Terdjman et le deuxième volet de notre compilation Some Like It Raw, tout ça en sortie K7. On a aussi pas mal de soirées qui se préparent, entre les Acid Avengers, les Tripalium Arena et les releases parties de nos sorties...

Quelles sont les approches musicales qui t'inspirent le plus en ce moment ?

Il y a deux mouvements qui me parlent beaucoup en ce moment. Un qui est clairement tourné vers le passé, avec ce retour des sons acid, rave, EBM, synthwave... Beaucoup de sons qui ont pour certains été bannis de la doxa pendant des années, donc c'est un vrai plaisir, j'attendais ça depuis longtemps. La continuité de ce mouvement, ça serait de remettre à l'honneur les sons hard techno, qui sont mis au ban depuis plus de dix ans avec toute la scène free party. On a oublié tout un immense pan des cultures électroniques, boudé par les medias, alors que si on cherche bien, du côté d'Okupé, d'Heretik ou de Spiral Tribe par exemple, il y a de vraies perles. Ces disques-là vont bientôt être rejoués dans les clubs, peut-être avec moins de BPM, mais ça n'est qu'une question de timing. C'est à nous, labels et artistes, de participer à cette redécouverte de certains sons, en affirmant clairement certaines influences et en sortant des disques qui tracent une filiation. L'autre mouvement qui m'inspire, c'est celui qui regarde vers le futur, celui qui va balayer la scène techno actuelle comme elle a balayé il y a trois ans la deep house et l'electro à la Ed Banger. Je pense à des labels comme PAN qui mélangent techno, bass, expérimental... Il est là le futur, dans ce mélange des genres, les Anglais l'ont très bien compris avant nous. On va bientôt revenir à des sons plus groovy, plus bass, plus chaleureux, mais aussi plus violents, et surtout complètement déstructurés par la modernité. Dans trois ans tout le monde écoutera de l'espèce de trap doom vrillée incompréhensible avec des gros kicks hardcore !

Acid Avengers

Tripalium c'est aussi une série récurrente de soirées à la thématique largement Acid. Qu'est ce qui vous motive à les organiser et les conçois-tu comme un prolongement de ton travail au sein du label ?

Les soirées Acid Avengers sont le prolongement scénique d'Acid Avengers Records. C'est la version 2016 de soirées qu'on organisait déjà l'an dernier, les Acid Attack, sur lesquelles on a reçu Ceephax, Mark Archer, Kosmik Kommando ou encore Minimum Syndicat, quelques mois avant l'engouement actuel. On a dû changer de nom parce qu'il y avait déjà des soirées avec ce nom là en Belgique mais le concept est le même : faire des soirées clairement orientées acid & rave. On les organise entre le Batofar et la Java et ça nous permet de faire venir quelques guests de poids, dont Unit Moebius et Andreas Gehm pour la prochaine, tout en faisant jouer nos artistes. Il n'y avait pas vraiment de soirée identifiée "acid" avant à Paris, je pense qu'on a comblé un vide au bon moment. Il y avait une vraie attente là-dessus.

Vous êtes basés à Paris. Cela influence votre travail ? Tu t'imaginerais poursuivre le label ailleurs ?

Paris est vraiment génial pour les soirées, les rencontres, le bouillonnement culturel incroyable qui existe à chaque coin de rue. Mais ça n'est pas vital, on peut gérer un label sans. Paris donne un vrai coup de boost, mais il fatigue aussi, il y a comme un éternel lendemain de speed. On prévoit à terme avec Tripalium de se rapprocher de certaines régions et notamment de la Bretagne, qui est notre terre de cœur, tout en gardant un pied à Paris. Il y a plein de choses à faire dans toutes les villes et les campagnes de France, plein d'artistes et de nouveaux partenaires à rencontrer. Il n'y a pas de mal je pense pour un label contemporain à sortir de ses œillères urbaines, parfois un peu élitistes, pour prendre le pouls de ce qui existe en-dehors de la ville.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

C'est une mixtape 100% Tripalium, avec un condensé de tout ce qu'on a sorti en 2015. Toutes nos sorties y sont représentées, c'est pourquoi certains artistes sont plus présents que d'autres, je pense à Jaquarius par exemple. Ça va de l'acid à la techno industrielle limite hardcore, en passant par l'ambient, l'IDM, la techno expé, le drone... Toutes nos influences, aussi vastes soient-elles, sont là. Petit cadeau avec un track unreleased de Verset Zero qui devrait sortir sur un long format cet été.

Mixtape

01. Jaquarius - Polyzarb
02. ABSL - La Mélancolie de l'Innocent
03. Terdjman - Mieux Vivre Pour Mieux Mourir
04. Paulie Jan - 8
05. Verset Zero - Fine Viae
06. Hawkta - Stellar
07. Monoenzyme 307 - Reboot
08. Verset Zero feat Lady Mary of The Infinite Spiral- Grex Perditus
09. Jaquarius - Blau
10. 14anger & Dep Affect - Eye Trap
11. Habyss - Acapulcore
12. Jaquarius - So, You Want To Be A Vampire
13. Deikean - Conception
14. 14anger - Saliva (Keepsakes Remix)

Concours

On fait gagner deux places pour la soirée Acid Avengers #3 du 18 mars au Batofar avec Unit Moebius, Andreas Gehm, Voiron et Lunar Distance (Event FB). Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

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Who are you Positive Education?

Non, à Saint-Etienne il n'y a pas que la mine et le Chaudron. N'en déplaisent aux Gones. Il y aussi l'infatigable collectif Positive Education, dressant un pont entre post-punk et techno via des soirées au line-up recherché, et dont la première mouture de son festival ayant eu lieu du 7 au 10 octobre 2015 a été abordée en long, en large et en travers (lire). S'exportant aussi bien à Lyon, Paris et bientôt Rennes et fricotant avec des organisations toutes aussi excitantes que sont La Fête Triste ou Danse Noire d'Aïsha Devi, les énergisant Stéphanois fêtent depuis presque un mois maintenant leur quatrième anniversaire, ayant invité pour ce faire les mythiques Barcelonais d'Esplendor Geométrico et s'apprêtant à recevoir le 18 mars prochain à La Coop Samuel Kerridge et Beau Wanzer (Event FB) - soirée pour laquelle on vous fait gagner des places en fin d'article. L'occasion idoine de leur poser quelques questions en plus de leur soutirer un mix signé Antwn.

Positive Education l'interview

Postive Education8

Positive Education est né il y a quatre ans à Saint-Étienne. Pouvez vous me dire comment le collectif s'est formé et avec quel objectif ?

Au départ nous étions 2 puis, 6 puis, 40. Le collectif s’est formé au fil des rencontres, des liens de cœur et envies communes.

L’objectif était de faire vivre notre ville, notre patrimoine mais aussi d'éveiller, de développer des idées, créer des rencontres en organisant des soirées et des concerts avec les artistes que nous aimons.

Aujourd’hui, celui-ci évolue avec la concrétisation de notre festival dont nous avons lancé la pré-édition en octobre dernier et l’envie de monter un label commence à venir. On ressent désormais la nécessité d’une presse locale gratuite et d’une émission radio.

PE compte dans ses rangs une bonne poignée de DJ / producteurs. Pourquoi ne pas avoir monté sur cette base un label ?

Au moment ou nous avons lancé le projet Positive Education, notre ville n’avait aucune envie de recevoir notre esthétique. Nous y avons cru parce que Saint-Étienne ressemble à tout ce que nous aimons dans notre musique.

Il y a quatre ans, nous aurions monté un label inutile, on n'aurait rien apporté, nous n'étions pas prêts, nous n’avions pas la même oreille et c’est sans doute la première chose à retenir. Nous nous sommes toujours dit que, avant de monter le label à Saint-Étienne, nous devrions tous signer sur un label qu’on affectionne, et se laisser le temps de développer une touche singulière. Nous n'en sommes pas encore là, mais ça viendra avec encore un peu de travail.

Le fait de se démarquer et de se regrouper avec PE, est-ce une façon d’affirmer une conception différente de la musique électronique ? En quoi diffère le message, s'il y en a un, par rapport à d’autres entités ?

Nous ne sommes pas certains de cette question, si elle entend les bénévoles ou les artistes.

Dans les deux cas, c’est que du feeling. Nous avons notre conception, nos goûts, nos envies et avant tout nous sommes potes ou amis.

Nous ne jouons pas tous et pas toujours sous PE DJ’s, nous avons également des envies de carrières indépendantes, nous sommes nombreux à avoir des productions de coté avec de nouveaux projets en cours. Parfois nous jouons à deux, parfois à trois, parfois à dix juste par plaisir.

Se démarquer à travers un groupe n’a jamais été un sujet de préoccupation. Pour ce même plaisir, il nous arrive de jouer gratuitement lorsque les déplacements ont pris tout le budget mais c’est pas un problème, c’est un choix. Chacun fait les choses comme il l'entend.

Postive Education3

On l'a bien vu à l'occasion de votre premier festival l'année dernière : vous faites ostensiblement un pont entre précurseurs et musiques électroniques actuelles ? L'un ne va pas sans l'autre ?

Il est un peu dur de situer Ron Morelli avec LIES records ou encore Container, comme précurseurs à travers cette question. Pourtant ils le sont. Ce qui nous intéresse avant tout c’est le cœur et l’originalité.

Nous avons eu Das Ding et Esplendor Geométrico en concert, Jeff Mills en soirée. Nous pensons aussi que Aïsha Devi, Powell, Traxx, et nombre d'artistes que nous invitons ont quelque chose de puissant en eux. Le format première partie perchée, suivie d'un concert légendaire du genre The The ou Severed Heads, poursuivant sur une soirée avec des DJ ou lives, nous paraitrait le meilleur déroulement émotionnel d'une soirée extraordinaire, donc pas toutes les semaines.

Nous écoutons beaucoup de choses, et c’est toujours très plaisant d’inviter un artiste qu’on affectionne depuis très longtemps, mais c’est pas le plus important.

Quelles sont les figures tutélaires de PE ou si tu préfères, les références les plus partagées au sein du collectif ?

Bourbonese Qualk, IXTAB, CP/BW, Charles Manier, Pan Sonic, Blush Response, Rich Oddie, In The Mouth of the Wolf, SΛRIN, Bruta Non Calculant, Taciturne, QUAL, Noumeno…

Lyon a les Nuits Sonores, Saint-Étienne, Positive Education. "Sainté" a-t-elle une influence sur votre manière de concevoir vos soirées ?

Évidemment, notre ville transpire la musique électronique et le rock’n’roll. Nous avons pour souvenir de voir une salle vide devant Agoria et de voir peu de temps après 10 fois plus de monde devant Willie Burns. Très marrant et intemporel.

Il y a de plus en plus d’artistes qui viennent vivre ici pour les bas prix et travailler leurs projets artistiques avec moins de pression financière. C’est peut être ça l’avenir de notre ville. Un laboratoire créatif. La taille idéale pour réinventer le monde.

Vous avez de visibles affinités avec La Fête Triste et Danse Noire. Qu'est-ce qui vous attire dans ces collectifs ? Quels sont vos autres amis ?

La Fête Triste et Danse Noire sont des amis proches, nous avons un immense respect pour eux, leurs choix, leur lecture, leur radicalité, leur beauté.

Danse Noire c’est différent, deux de nos fondateurs ont participé à la naissance de ce merveilleux projet, c’est une famille encore aujourd’hui. Danse Noire pour nous, c’est un grimoire, un livre sacré de la musique, ils connaissent énormément de choses dans de nombreux genres, ils nous fascinent.

Nous avons beaucoup de respect pour les labels et collectifs qui portent de belle identité, des sentiments sincères. Nous sommes fan et ami avec Antinote, BFDM, CLFT, LIES, Gravats.

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Vous fêtez dès vendredi vos quatre ans avec la réception d'Esplendor Geométrico. Peux-tu nous détailler à ta manière le programme d'anniversaire mettant par ailleurs en orbite Samuel Kerridge et Beau Wanzer ?

Saint-Étienne est une ville marquée par le rock, le punk, nous invitons Esplendor Geométrico et Beau Wanzer pour le plaisir des plus radicaux, des plus curieux en mode concert de début de soirée. Finir avec Samuel Kerridge en DJ set, c’est retraverser l'univers musical de l'association et du mois anniversaire. Il y aura du drone, des semblants de post-punk, de l'électro et de la techno.

L’étape au planétarium pour le live de Eomac est une collaboration pour le petit festival du grand espace. C’est un concept que nous allons développer.

On n'aime pas les soirées plates ou totalement décousues. On recherche à travers les racines un line up progressif où on commence tranquillement pour finir fort. Le dernier quart d’heure se passe en fonction du guest le plus important de la soirée généralement, mais pas toujours.

Pour la suite, vous avez quoi au programme ? Une seconde édition de votre festival ?

Une première soirée à Rennes (invités par Leonard Wanderlust) le 1 avril avec Svengalisghost. Le 29 Avril au Fil à Saint-Étienne avec Ontal, Umwelt, Kemaa, PEEV, S.Y.R.O.B. et des locaux de 22h à 5h.

Il serait difficile de ne pas voir naître comme il se doit, ce projet de festival. Nous y travaillons sans relâche. Nous espérons que celui-ci sera le plus intéressant possible, de par sa programmation et les étapes qui seront proposées.

Peux-tu présenter ta mixtape ?

On a dû se partager les podcasts, celui-ci est fait par Antwn (Positive Education - Rennes / Sainté).

Une mix très sombre, pas vraiment facile d'accès je pense mais qui reflète bien ce que j'écoute en ce moment. La technique n'est pas parfaite, mais l’ambiance globale du mix est là !

Mixtape

01. M//R - No Tag No Food
02. Tolouse Low Trax - Rushing Into Water
03. SØS Gunver Ryberg - Skolezit
04. Ron Morelli - In Secret
05. Samuel Kerridge - FLA-4
06. Samuel Kerridge - FLA-6
07. Savage Grounds - Motoric
08. Marie Davidson - The Voyage Out
09. Shapednoise - Until Human Voices Wake Us
10. Pan Daijing - OVERDOSE 猝
11. Noumeno - Phantom! (WSR Re-cycle)
12. ADMX-71 - My Theme Song
13. Not Waving - They Cannot Be Replaced
14. Antigone & Francois X - Pagan Woman

Concours

On fait gagner deux places pour la soirée du 18 mars à La Coop de Saint-Étienne avec Samuel Kerridge, Beau Wanzer et The Pilotwings (Event FB). Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

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Who are you Arbouse Recordings?

Culturellement, l'Hexagone est un pays contrasté : des légions de laudateurs scrutant hors de nos frontières produisent à un rythme quasi-industriel les bénignes tendances émaillant le quotidien, sans autres discours réflexifs que des communiqués de presse le plus souvent mal traduits par un stagiaire coincé entre la photocopieuse et la machine à café. Richesses éphémères d'une ère du vide médiatique, la paresse de la louange s'arrête là où la révérence ne permet plus de fédérer. Véritable vernis lyophilisant, la gloutonie de "produits culturels" masque mal les mille et unes radicalités françaises que personne, ou presque, ne prend la peine de conter, surtout si celles-ci émanent d'autres horizons que ceux du béton des métropoles. On est pas loin du Paris et son désert français, cher au géographe ultra-conservateur Jean-François Gravier, lorsqu'il s'agit de mettre en lumière la "scène musicale" : hormis quelques notables exceptions historiques, et de fortes tendances s'agissant des musiques électroniques, Paris a la Culture, la province a ses SMACs. Pour le reste on repassera. Et pourtant. Si l'on se donnait un minimum les moyens de recenser les citadelles existantes, imprenables et exigeantes, qui émaillent le terreau national, on n'aurait pas assez d'une vie pour tout écouter. A l'heure d'une culture festive et infantilisante, où les Festivals de tout et surtout de rien jouent des coudes pour faire raquer le quidam, dire qu'il n'y a rien, ou qu'il ne passe rien, est plus souvent la marque d'un manque d'intérêt que d'un constat irrévocable. De la même manière que l'on trouve dans le Lubéron d'iconoclastes expériences triturant les micro-sillons (lire), il est possible d'encanailler sa curiosité à Rodez, terre d'élection depuis 1999 du label Arbouse Recordings. Autrefois réunis dans les mailles d'alternatifs circuits de distribution, trouvant refuge dans les bacs de multiples disquaires indépendants, beaucoup de ces structures, ne subsistant qu'au crochet de la motivation de ceux qui les portent, se retrouvent désormais isolées, sans avoir pignon sur rue, contraintes de s'enticher d'internet comme seul outil de promotion et de distribution. Et d'être ainsi noyé dans la masse, sans cesse débordante, de l'actualité musicale marketée. Un état de fait qui, pour le moment, ne décourage pas Cyril Caucat, instigateur d'Arbouse Recordings, bien décidé à continuer d'agir pour exister. Et résister. Résister à une pensée unique, avilissante et sans relief, par la recherche musicale embrassant les styles et les époques selon un prisme aventureux. Qu'on se réfère aux joutes post-rock de Silent Whale Becomes A° Dream ou d'Acetate Zero, tendance Disco Inferno (lire), aux field recordings de Benoit Pioulard ou Joan Cambon, ou encore à l'electronica racé de Schneider TM et Alc Levora, la seule limite rencontrée est ici celle d'un passionné ne s'embarrassant pas de génuflexion pour entamer des projets engloutissant plusieurs années de travail pour enfin voir le jour. Il en va de cette compilation, rééditée en mars 2015, intitulée Erik Satie & Les Nouveaux Jeunes et étirant sur trois disques la filiation de la création contemporaine à ce génial précurseur de la musique moderne. Inépuisable de par sa profondeur et sa beauté, celle-ci s'avère d'autant plus cardinale qu'elle s'intime à la fois selon le double langage de l'émotion et de l'érudition, Cyril Caucat s'étant rapproché d'Ornella Volta, présidente des archives Erik Satie et ayant invité, entres autres, Max Richter, Nils Frahm, Rachel Grimes, Sylvain Chauveau, Carlos Cipa, Astrïd, Monokle, A.G., Library Tapes, ww.lowman, Rafael Anton Irisarri, Eluvium, Part Timer ou encore Hauschka à relire et réinterpréter le répertoire de Satie... À l'heure où s'ouvre l'Arbouse Shop, 1 avenue des Fusillés de Ste Radegonde à Rodez, on a posé quelques questions à cet insoumis Ruthénois qui a, au passage, bien plus de choses à nous dire qu'une pleine fournée de babillards parigots.

Cyril Caucat l'interview

Capture d’écran 2016-02-20 à 23.00.46
Tout d'abord, peux-tu revenir sur l'histoire du label ? Quelle a été ta motivation principale pour ce projet ? Est-elle toujours intacte après seize ans d'activisme ?

Le label a démarré officiellement en 1999. Au départ, si je me souviens bien, ça commence à faire, je n’avais pas d’idées très précises quant à ce que je voulais faire. C’était simplement la suite logique d’un investissement dans la musique qui n’avait fait que croitre au fil du temps. J’avais à l’époque un fanzine, j’organisais des concerts, j’écrivais dans des revues. Un jour j’ai voulu mettre sur pied une structure qui me ressemblerait, à l’image de ce que je suis comme auditeur… Avec l’envie de collaborer avec des musiciens que j’aimais, et d’en faire découvrir. Cette idée est toujours là, et cette volonté demeure aujourd’hui encore. Malgré l’évolution du secteur et ces différentes péripéties, même si les temps sont difficiles, voir, désespérés.

Y a-t-il une esthétique musicale, un concept que tu tentes de faire perdurer à chaque sortie ? Il y a une évolution avec les origines ?

En ce qui concerne l’esthétique du label, j’ai essayé de lui en donner une, de par mes choix éditoriaux. Je ne sais si ça fonctionne, seuls les amateurs du label, s’il y en a, pourraient en dire quelque chose. Difficile de s’exprimer, quand on est de l’intérieur, collé à l’aventure. J’ose en tout cas l’espérer. L’esthétique se définit de tout un tas de manière. Celle d’Arbouse, je crois tient à sa ligne éditoriale, à ses choix, à sa philosophie également, jusque boutiste et engagé, à son humilité, je le souhaite. Au début de l’aventure la presse musicale m’a rapidement catalogué dans les labels electro. C’était la mode… Rapidement je crois j’ai brouillé les pistes avec les sorties successives d’Acetate Zero et de la compilation Bucolique vol.1. Voilà un disque qui montrait le chemin que je voulais suivre. De Twisted Science, le projet personnel de Jon Tye, le boss de Lo recordings à l’époque, jusqu’à Chris Brokaw, premier titre sous son nom, et ex musicien de Codeine, Come, Pullman, New year, voilà le spectre que je balayais et que je voulais proposer aux auditeurs.

La filiation au livre La Révocation de la Pensée publiée via Arbouse Éditions est-elle toujours revendiquée ? Voir même réaffirmée ?

Bien sûr elle est toujours d’actualité cette filiation… Quand ce petit essai est sorti, c’était vers 2008 je crois… L’idée était de lancer Arbouse Éditions et par la même occasion de « théoriser » un peu la philosophie d’Arbouse… Qui jusqu’alors était de l’ordre plutôt de l’attitude innée et non verbalisée. En 2008 mon père a travaillé sur cette thématique de la pensée unique, de la résistance face à elle… Je crois que mes actions, mon engagement ont nourri pour le coup sa propre pensée, et lui ont permis de concevoir ce petit écrit… La révocation de la pensée est d’ailleurs aussi par son titre un hommage aux Cévennes d’où ma famille sommes originaires ; où au XVIIe siècle, les habitants paysans se sont organisés pour combattre le pouvoir central de Louis XIV. C’est le temps des Camisards, ces paysans protestants souhaitant pratiquer leur culte, et des premières guérillas connues… C’est le temps de la révocation de l’Édit de Nantes…
Les idées qui sont développées dans ce livre sont plus que jamais, dans l’air du temps. Pour Arbouse les choses sont de plus en plus compliquées, pour survivre, continuer à exister, à se faire entendre, à intéresser… Il me semble important de ne pas céder aux assauts de l’industrie culturelle et autres pressions médiatiques… L’idée globale du livre est assez positive, continuer à agir, pour exister, se sentir vivant… C’est ma démarche globale avec Arbouse. Donc le lien avec ce livre est étroit et ténu, toujours…

Quels genres de labels t'ont inspiré dans ta démarche ?

Alors là un sacré paquet, mais tout de même quelques uns se détachent. Tout d’abord au tout début y avait des trucs comme New Rose, Skydog, Closer, Dancetaria… Puis il y a eu Orgasm Records, un label français dont j’appréciais particulièrement l’esthétique, le propos radical et sans concession, qui perdure d’ailleurs toujours. Je l’avais découvert via Hope un petit catalogue mail-order, très chouette « La fosse aux loups »… Puis des labels comme Kranky, Thrill Jockey, Touch&Go, 4AD, Too Pure, Amphetamine Reptile… Et aujourd’hui des trucs comme Temporary Residence ou Humanist en France. Enfin la liste serait longue. On n’en finirait pas.

Il y a certaines permanence dans la discographie du label comme Acetate Zero. Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?

Oui avec Acetate Zero, nous avons sorti pas mal de disques ensemble. C’est le groupe dont j’ai sorti le plus de choses. Souvent il s’agit en premier lieu de rencontres. C’est une banalité peut être de dire ça. Mais cela tient à ça, à la qualité de la rencontre et à l’envie de partager une aventure commune. Il faut bien sur que l’univers musical du projet m’interpelle, c’est la moindre des choses, et puis très vite la qualité de notre relation. Aujourd’hui j’ai pas mal évolué là-dessus. Je suis plus difficile dans la relation, je suis plus exigeant, et plus discret aussi… Par envie, nécessité aussi. Mon rythme de sorties n’a jamais été très intense, mais aujourd’hui il a considérablement diminué.

Très tôt le label s'est tourné vers le post-rock et un certain type d'IDM. Quels sont les différents styles ou approches qui te motivent aujourd'hui ?

Je n’en ai pas particulièrement. Cela tient aux propositions, aux envies, aux rencontres. Il y a tout de même des choses que je n’éditerai pas. Mais dans l’ensemble, je ne me suis jamais dit, tient là je ferai un truc post machin, ou là du labtop… Non… Le fait d’avoir un catalogue éclectique, forcément, t’offre l’opportunité d’avoir des propositions variées, dans des domaines très divers. Je reçois des mails très souvent pour sortir des disques, d'ailleurs je dis souvent que je reçois plus de mails de gens qui veulent sortir des disques, que de gens qui veulent en acheter, et c’est très différent : musiques expérimentales, néo classique, pop, folk, post-rock, electronica…

Satie

Entre le moment où tu as jeté les bases d'Arbouse Recordings et aujourd'hui, le paysage musical a sacrément changé. Tu regrettes l'ancien temps ou tu te fais bien à cette époque faite de streaming, de profusion et d'amnésie ?

Ah sacrée question, qui ne me rajeunit pas. Oui ça a pas mal évolué depuis les débuts d’Arbouse. Et déjà quand j’ai commencé, les choses avaient évolué par rapport à certains qui avaient commencé des choses bien avant, vers 1993/1995 (Orgasm records, Lo-Fi, Disques Serpentine…). J’ai vécu peut être la période la plus prospère de l’édition indé. Car à l’époque les distributeurs indés existaient encore et surtout arrivaient à placer quelques disques dans des magasins de disques - surtout Fnac et autres grosses enseignes, car déjà les disquaires disparaissaient. Mais tout ça s’est rapidement cassé la gueule, avec le développement du net.

Il est certain que les comportements des auditeurs ont changé. Quand j’étais ado, j’achetais des disques vinyles chez des disquaires, qui existaient dans tous les moindres bleds. Puis j’ai acheté des disques par mail-order, car je ne trouvais pas tout chez les disquaires - le fameux temps de Sugar&Spice, Hope, Ajax records, Meridians… - , en même temps que les Fnac consacraient plus de places aux disques… Puis petit à petit tout s’est effondré, et les générations d’après n’ont plus acheté de disques. C’est l’avènement du téléchargement. Je ne parle même pas du Streaming tellement c’est marginal… L’objet disparait, irrémédiablement… Et il reste désormais trois pelés qui en sortent et trois qui en achètent… Dans ce contexte les labels survivent, mal… Et on est submergé de propositions…

Puis tout a changé aussi, la presse en premier lieu. Je ne connais plus personne. Je n’ai plus de réseau.

Venons-en à Satie. Peux-tu déjà nous dire quelles sont les dimensions de son œuvre qui a éveillé en toi l'idée de cette compilation parue en 2011 et 2015 ?

Satie est une vieille histoire pour moi. Comme je le dis dans le texte de présentation du second volume, Satie fait parti de mon histoire, de ma vie. J’ai été nourri très tôt à ça… Cela remonte à ma tendre enfance. Sa musique m’a tant ému, et me rappelle mes jours bénis, d’une époque révolue et insouciante. C’est donc en premier lieu, une dimension émotionnelle qui a joué. Puis au fil du temps, j’ai pris la mesure de la modernité du compositeur, et de son influence majeure sur la musique. A travers mes rencontres de musiciens, d’amateurs de musique, Satie revenait souvent… Quand je lisais des interviews, Satie était souvent là - je pense à des interviews de Mark Hollis par exemple ou John Mc Entire de Tortoise - , du coup petit à petit, d’années en années, ce projet a germé, tranquillement jusqu’à voir le jour en 2011, et cette réédition en 2015.

Pourquoi as-tu voulu confronter l'œuvre de Satie à ces nouveaux-jeunes ? Quelle est l'idée directrice ? Confronter l'œuvre du maître face à la maîtrise des techniques nouvelles ou faire relire des compositions uniques d'un œil neuf et néophyte ?

Alors tout d’abord, l’expression « nouveaux jeunes » est un clin d’œil à Satie qui appelait comme ceci ses contemporains tels que Darius Milhaud, Francis Poulenc, Arthur Honegger, Georges Auric, le groupe des six… Je voulais réunir une pléiade, une « internationale de nouveaux jeunes », dans l’idée, de rendre hommage au compositeur. J’étais toujours dans ce projet de traduire combien le musicien avait influencé la musique moderne, et encore aujourd’hui. Ma proposition a été simple. J’ai invité des artistes à rendre hommage à Satie, de la manière qu’ils souhaitaient : créations pures, ré-interprétations, remixes, le champ était totalement libre… Du coup, c’est un mix de tout ça… Des clins d’œil, « à la manière de », des reprises, du travail de reformulation, du bidouillage…

Comment as-tu réussi à fédérer autant de groupes pour ce projet ? Et surtout, comment les as-tu choisis ?

Je ne sais pas en fait, c’est le fruit d’un concours de circonstances, dues au hasard et à mon opiniâtreté sans doute. J’ai une certaine habitude de ces projets. J’ai il y a quelques années agit de la sorte pour les compilations Bucolique, où déjà j’avais réuni quelques noms, puis la compilation intitulée Musique pour Statues-menhirs. Du coup j’ai une certaine « maîtrise » du sujet.

Je rigole… C’est surtout un travail long et laborieux. J’ai un listing de noms, et j’ai contacté. Tout simplement, en essayant de les convaincre d’y participer. Ce qui est marrant à savoir, c’est que je parle anglais comme une vache espagnole. Mais vraiment… Et pourtant, j’en ai convaincu quelques uns. C’est que le projet leur paraissait intéressant. Et tout ça sans enjeux financiers.

Après il y a des évidences… je connaissais bien certains, comme Sylvain Chauveau, Moinho, Astrïd, ww.lowman, Inlandsis, qui sont des artistes du label, et puis le reste est venu…

Sur l’ensemble des contactés, il y sont tous, sauf John McEntire de Tortoise, Johan Johansson, Bernhard Günter, Stars of the Lid… Après c’est vrai aussi que j’ai privilégié la scène néo-classique. J’ai eu d’heureuses surprises avec la participation de Max Richter, Pan American, Rachel Grimes, Peter Broderick. Dès fois, ce fût le hasard, par exemple je faisais jouer Hauschka ici à Rodez et en parlant comme une vache espagnole, Volker me parla d’un ami à lui qui serait sans doute intéressé, il s’agissait de Dustin O’Halloran. Je ne le connaissais pas encore. Je l’ai contacté, et proposé le projet. Et ce dernier a de suite accepté… Après il y a des projets moins connus, mais que je connaissais par ailleurs et que je trouvais pertinent pour cette compilation, du style les Russes de Monokle ou l’Américain Kyle Hawkins, ou Steve Peters…

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Que t'inspire le travail accompli ? As-tu envie de poursuivre l'aventure encore plus loin ?

Alors quand j’ai sorti en 2011 le premier volet, j’étais heureux d’être arrivé jusqu’au bout, cela faisait presque trois ans que j’y travaillais. D’ailleurs cette sortie avait été corroboré d’évènements musicaux, que j’ai organisé tels que des expos et concerts… Le disque s’est vendu très rapidement sans aucune promotion ou presque. J’avais eu un papier dans Libé par bol. Pour les 15 ans du label, et suite à plusieurs sollicitations, l’idée de rééditer le projet m’est venu, en l’agrémentant d’un troisième disque, avec de nouveaux inédits. Je suis heureux du résultat, de la cohérence avec le reste… De l’objet aussi. Au départ je voulais faire un coffret vinyle uniquement, mais c’était trop cher. Voilà, aujourd’hui c’est l’une de mes dernières sorties, ça date un peu maintenant. Elle ne se vend pas… Elle n’intéresse plus. Je n’ai eu aucun retour encore une fois de la presse… Mais comme je te le disais plus haut, mon réseau n’est plus très actif, et puis souvent on incrimine le fait que je ne suis plus distribué - on ne sait pas pourquoi ils disent ça, car les distributeurs n’existent plus ou alors de manière très marginale, dans des magasins qui n’existent plus.

J’avais imaginé finalisé l’ensemble par une soirée Satie avec quelques représentants du disque sur Paris, l’occasion de faire un peu de promotion, mais l’énergie m’a manqué, faute d’enthousiasme… Peut être à l’occasion. J’y réfléchis. Et puis je voulais lancer une série en vinyle : Erik Satie Series. Où j’inviterai un artiste en particulier à proposer des titres dans l’esprit du compositeur. Enfin tout ça si j’en ai l’énergie et si Arbouse existe encore.

S'agissant d'Arbouse Recordings et Arbouse Éditions : qu'as-tu de prévu dans un futur plus ou moins proche ?

Pour Arbouse Recordings, l’époque est difficile, le rythme des sorties s’est très largement atténué. Ma trésorerie est inexistante, je ne suis plus distribué. Je n’ai pas les moyens de réaliser de la promotion, du coup mes productions restent confidentielles. Mon projet dès le départ consistait à sortir des disques, de manière à ce que l’un finance le suivant et ainsi de suite. Mais aujourd’hui c’est compliqué pour moi… Quelques fidèles continuent à suivre les projets heureusement. Les sorties se font de plus en plus espacées. J’ai néanmoins des envies, des idées, des projets… Mais ils mettent du temps pour voir le jour. Dans l’immédiat j’ai dans les tuyaux la sortie d’un disque de Petit Personnel, projet parisien, qui vient de sortir un titre sur les compiles tendances de La Souterraine. C’est chanté en français, les paroles sont très chouettes et musicalement c’est à la fois dépouillé, tendu, nerveux. Ensuite j’aimerai sorti un disque de AG, un musicien grec qui m’a fait passer son travail. Je l’ai inclus d’ailleurs sur la version 2 d’Erik Satie et les nouveaux jeunes avec 3 titres. Sa musique est à la fois minimale et organique. Un mélange d’ambient, de musique classique, d’élément électronique diffus… Après j’aimerai dans l’idéal sortir le second album de Silent Whale Becomes A°dream, du post-rock, et celui de Marnitude, un groupe slowcore de Bruxelles. Et puis d’autres trucs plus ou moins nébuleux encore. Après j’essaye de faire vivre le catalogue, et les dernières sorties : L’Effondras, Satie, Marnitude…

Pour Arbouse Éditions, pour le moment, et depuis longtemps, c’est en stand-by… J’ai le projet vague de sortir un livre intitulé Musiques inactuelles. Mais je n’avance pas… J’ai commencé ça fait un moment, et c’est en jachère… Un jour peut-être…

Depuis le 15 janvier j’ai monté une boutique de disques vinyles : Arbouse Shop, soit des vinyles d’occasion et de labels indés, dans mon coin à Rodez. Je suis installé dans une galerie d’art : l’atelier JJV. Nous y organisons aussi des concerts tous les dimanches. J’avais monté ce disquaire dans le cadre de mon boulot à l’époque en 2013, quand je m’occupais de la programmation culturelle de la MJC d’Onet le château. Je m’occupais aussi d’une salle de concert dont j’assurai la programmation également. Je me suis fait dégager en décembre (je ne rentre pas dans les détails)… Du coup je suis parti avec mon projet, pour le pérenniser en solo. Je vais continuer à organiser des événements musicaux aussi comme j’ai toujours fait depuis vingt ans. La liste est très longue des concerts et des artistes que j’ai fait venir ici, que j’ai programmé dans différents lieux : musées, Chapelle, Auditorium… Des artistes tels que Fennesz, Mira Calix, Jasper TX, Benoit Pioulard, Serafina Steer, Kid Congo & The Pink Monkeys, Troy Von Balthazar, Mapstation, Hauschka, Dustin O’Halloran, Rachel grimes, Nils Frahm, Helios, Magnetix, Sylvain Chauveau…

Audio

Tracklisting

V.A. - Erik Satie et les nouveaux jeunes (Arbouse recordings, 2015)

1-01. Library Tapes - Satie On Tape
1-02. Kyle Dawkins - Danse De Travers
1-03. Minotaur Shock - Small Starts
1-04. Max Richter - Erik Sleeping
1-05. Chessie - Katy (For Satie)
1-06. Danny Norbury - Tango Fragment
1-07. Julia Kent - Seul, Pendant Un Instant
1-08. ww.lowman - Lakegirl
1-09. Akamatsu - Gymnopédie 8 (4/4)
1-10. Part Timer - A Clumsy But Subtle Technician
1-11. Rachel Grimes - Gnossiennes No.3
1-12. That Summer - Le Yachting
1-13. Monokle - Mist
1-14. Sylvain Chauveau - Prélude De La Chambre Rouge
1-15. Fred Lonberg-Holm - Le Flirt
1-16. Steve Peters - Hymne (Pour Un Fils Des Étoiles)
2-01. Rafael Anton Irisarri & Goldmund - Gnossienne No.1
2-02. Pan American - Leftalone (2ème)
2-03. Moinho - Movements & Variations For Satie
2-04. Hauschka /- Chat Noir
2-05. 0 - Gnossienne No.3
2-06. Beatrice Martini & Robert Lippok - Je Te Veux
2-07. Peter Broderick - Les Trois Valses Distinguées Du Précieux Dégouté 2
2-08. Rachel Grimes - Gnossienne No.2
2-09. The Boats - Le Yachting
2-10. Astrïd - Erik S.
2-11. Eluvium - Ogives/Redistributed
2-12. Dustin O’Halloran - Opus 33
2-13. Nils Frahm - Body
2-14. Mr Potier - Le Jars Des Andes
2-15. Steve Roden - EIAIE – In His Name, The Vowels Are Also Notes, And A Small Mountain
2-16. Inlandsis - Coloquinte
3-01. Delphine Dora - Aux Heures Du Crépuscule
3-02. A.G. - Relâche : 1924
3-03. James Warden - Chain Of Rocks
3-04. Delphine Dora - Danses en Forme de Satire
3-05. A.G. - Les Pantins Dansent : 1913
3-06. Carlos Cipa - Nocturne
3-07. Susan Matthews - Du Coin de la Main
3-08. A.G. - Petite Ouverture A Danser : 1897
3-09. Delphine Dora - Valse Labyrinthique
3-10. Joan Cambon - Gnossienne n°1 (Shadow Toys Version)
3-11. KO Cat - Satie Mental
3-12. Sylvain Viguier - Les Notes Disparaissent Dans le Vide
3-13. Rich Batsford - Saticity
3-14. François-Eudes Chanfrault - Danse #2


Who are you Not Yet Titled?

Alors qu’une partie de la foisonnante friche culturelle berlinoise continue à se déployer discrètement à une heure de train vers le Sud en direction de Leipzig et sa qualité de vie plus abordable, les projets fleurissent sur les mausolées rouillés des infrastructures industrielles de l’ancienne ville sidérurgique. Monté en 2014 entre la capitale et le nouvel espoir de la gentrification allemandes, le jeune label NYT (Not Yet Titled) n’assume pour l’heure que quelques sorties mais celles-ci se positionnent déjà aux confluents d’alchimiques mélanges qui ont ponctué l’histoire de la musique outre-Rhin. Entre une bande son tech minimale pour un film, Entropie, et le krautrock lo-fi de Webermichelson se glisse donc presque logiquement la house ethno-expérimentale de Map.ache et David Schnell, ce dernier également cofondateur du label avec Sebastian M. Kretzschmar. Sans titre (on y reviendra) mais pas sans antécédents, les deux artistes visuels routards de l’expo plastique rassemblent fond et forme dans un discours à la cohérence nourrie de l’expérience, et nous en font ci-dessous la démonstration à l’échelle d’un label dans un Anglais et un Français impeccables.

David Schnell & Sebastian M. Kretzschmar
David Schnell & Sebastian M. Kretzschmar

Quelle est l’histoire de votre jeune label? Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’en créer un et quand avez-vous finalement décidé de le mettre sur pied?
What’s the story behind your young label? What led you to the idea of making one and when did you eventually decide to bring it to life?

Nous avons appris à nous connaître grâce et à travers notre intérêt commun pour la musique et par notre affinité commune pour le vinyle. L'idée et le concept de notre label viennent de notre passion pour la musique mais aussi de la volonté de créer des connexions avec l'art et nos pratiques artistiques respectives. Nous avons pris le temps qu'il fallait pour nous lancer; du choix de notre nom à l'élaboration de notre logo jusqu'à finalement notre premier lancement. C'est l'envie et l'idée de produire et sortir l'album de Webermichelson sur vinyle (qui était jusque là uniquement disponible online) qui a réellement déclenché le projet. À côté de l'album, il y a la version remaniée de Timoka aka Benjamin Kilchofer, comme une extension musicale pour ainsi dire. Cette interaction entre les musiciens a aussi servi de modèle et de base aux designers. Et c'est ainsi que la première sortie de NYT est apparue en un triple vinyle.

We got to actually know each other because of our common interest in music and affinity with vinyl. Our passion for music and the notion to connect our art somehow with this interest, resulted eventually in the idea for our label. We did take our time with it, starting from the name and logo to the first release. But what actually triggered the whole thing was the idea to release the album by webermichelson - which at that point was only available online - on vinyl. Besides the actual album there was a rework from Timoka aka Benjamin Kilchofer planned, a musical extension so to say. This interaction between the musicians also offered a type of template for the designers. And so it happened that the first release of NYT emerged as a triple vinyl.

NYT Release Exhibition @ Gallery ASPN
NYT Release Exhibition @ Gallery ASPN

Et votre nom, d’où vient-il? J’imagine que vous prévoyez de ne jamais lui donner de “titre”…
What about the name, where does it come from? I guess you actually expect to never give it a « title »…

Le nom NYT (Not Yet Titled) est le résultat du process en lui-même, celui de trouver un nom. Comme nous l'avons mentionné juste avant, nous avons pris notre temps et l’espace nécessaires parce que le nom devait refléter vraiment l'intention de notre label. Nous avons directement senti que c'était exactement le nom qui collait à notre idée. D'un côté, il souligne notre relation avec l'art (dans ce domaine, c'est assez commun de trouver cette mention sur les travaux n'ayant pas encore de nom attribué). D'un autre côté, il sous-entend aussi une ouverture, il ne ferme pas complètement le champ des possibles. Le label garde un état d'évolution éventuel permanent. Nous ne voulons pas enfermer notre idée dans un style ou un genre musical particulier. Pas de classification.

The name NYT (Not Yet Titled) is the result of the process itself – the process of finding a name. Like we mentioned before, we took the time and space to do this because the name should reflect the intention of the label. We directly thought of this name as very fitting. On the one hand it points to our relationship with visual arts – in that field, it is common to refer in this way to new works that haven't yet been given a title. On the other hand it implies also an openness, it doesn't lock it up (or tie it down), the label stays in an ongoing evolutionary state. We don't want to establish an articulated style or set musical preferences. No classifications.

Vous ne vous attachez pas exclusivement à l’expérimentation électronique. Webermichelson, par exemple, s’écoute comme un groupe de rock prog. Cette diversité, vous voulez la poursuivre? Comment voudriez-vous voir évoluer le label?
You’re not focusing only on experimental electronics. Webermichelson, for instance, sound like a progressive rock band. Is this diversity something you want to carry on? How would you like your label to evolve?

Nos influences musicales sont très diverses. Nous n'avons pas de style musical spécifique ou de préférences. On peut aussi le remarquer dans nos mixtapes. Avec WM, il a été clair très vite que nous devrions avoir une réaction électro à leur son. Les gens doivent se retrouver et agir ensemble. Le tout est en plus rendu visible et tangible avec le travail de direction artistique mené par le graphiste. Pour notre projet, nous avons prévu pour les prochaines années de travailler à la fois avec des musiciens et/ou artistes qui développent une pratique indépendante, quelque chose d'original qui ouvre à l'expérimentation. Un exemple passé serait la performance de l'artiste Carsten Tabel. Le premier enregistrement que nous avons entendu était axé ironiquement sur "l'auteur-compositeur-interprète" de ces dix dernières années et les clips les plus récents qu'il nous a montrés faisaient référence à des chansons hip-hop. Nous aimons quand la musique se développe et nous montre finalement un status-quo, comme un snapshot que nous pouvons graver sur vinyle.

Our musical influences are very diverse. There is no specific musical style or preference. This reflects in our mixtape as well. With WM it was soon very clear that we should have an electronic reaction to their sound. People should find and react to each other. This is made visible or tangible in the artwork and art direction from the graphic designer. For the project we plan for the coming year we'll work with musicians and/or artists who are developing something independent, something original and use the possibility to experiment. An example is the performance artist Carsten Tabel. The first recordings we heard were based on the singer songwriters of the last ten years, but used as ironic quotation. The most recent material he showed us was a reference to Hip Hop songs. We like it when the music develops, and finally shows us a status-quo, like a snapshot, that we can record on vinyl.

Vous êtes tous deux des artistes visuels. Quel est le lien avec le label et comment ces deux activités se chevauchent-elles? Prévoyez-vous de mieux les entrecroiser?
Both of you are visual artists. What’s the link with the label and how these two occupations overlap? Do you plan to have them more interlinked?

Nous gardons aussi cela ouvert. À la base, nous voulions plus avoir une position de curateurs ou d'advisers, mais ensuite il y a eu la coopération entre Jan Barich aka Map.ache et David Schnell, qui a été très excitante. Une coopération similaire est en train de se mettre en place entre Sebastian M. Kretzschmar (FAMED) et Jeremy Jay. Nous sommes très ouverts à ce genre de chose bien sûr; être impliqué soi-même en tant qu'artiste et gérer la partie vinyle en parallèle est très intéressant. Mais cet investissement direct dans les projets reste tout de même assez exceptionnel. Nous aimons vraiment trouver des moyens de connecter la musique contemporaine à l'art. C'est bien sûr lié au fait que notre propre travail est - au moins indirectement - très influencé par la musique.

We also keep this open. Originally we wanted to be more like a curator or adviser, but then the corporation between Jan Barich aka Map. ache and David came up, which was very exiting. A similar cooperation is happening between Sebastian (FAMED) and Jeremy Jay. We welcome this off course; to be involved as an artist and to deal with the medium of vinyl. But these direct involvements in the projects will be more like the exception. We really like to find a way to connect contemporary music with visual arts. Of course this is partly so because our own work is - at least indirectly - influenced by music a lot.

NYT A2 Poster-petitComment choisissez-vous vos artistes? Il faut votre accord à tous deux pour chaque projet?
How do you pick your artists? Do you need to both agree on every project?

C’est très différent et nous surprend aussi à chaque fois. La plupart du temps, c'est à travers des discussions sans vraiment se prendre la tête. Carsten Tabel, par exemple, nous a contactés de lui-même - et nous en avons été ravis. Lorsque nous avons entendu ses premiers "essais" - nous avons directement pensé "cool, c'est exactement ce que nous recherchons!". Nous sommes ravis que les choses aient tourné ainsi et nous nous réjouissons encore des choses à venir. Jusqu’à présent, nous sommes toujours tombés directement d'accord lorsque nous avons été confrontés à l’éventualité d'un nouveau projet.

This differs very much and surprises us all the time as well. Mostly just coming out of the dialogue, without thinking about it beforehand. Carsten Tabel, for example, came to us on his own account, for which we were very happy. When we heard his first 'sketches we directly though 'cool, this is exactly what we want to have!' We are pleased that everything just turned out as it did and are looking forward to the things that await us. So far we have agreed on things pretty much directly if confronted with the possibility of a new project.

Entropie est une bande son collaborative. Pouvez-vous expliquer le projet et comment vous l’avez monté?
Entropie is a collaborative soundtrack. Can you explain the project and how you set it up?

Pour Entropie, le soundtrack du film du même nom réalisé par l'artiste Nadim Vardag et Michael Franz, la coopération entre les musiciens Andreas Reihse (Kreidler) et Isaac B. Trogdon et les artistes a pris la forme d'un film. Le soundtrack sur vinyle est juste une nouvelle et différente forme de la collaboration, un peu plus autonome d'une certaine façon. Le design est signé Nadim Vardag.

For Entropie, the soundtrack for the film of the same name from artist Nadim Vardag and Michael Franz, the cooperation between the musicians Andreas Reihse (Kreidler) and Isaac B. Trogdon and the artists took the form of a Film. The soundtrack on vinyl is just a new and different form of the collaboration, a bit more autonomous so to say. The design comes from Nadim Vardag.

Que prévoyez-vous pour 2016 et au-delà?
What are your plans for 2016? Later?

Pour le moment, nous avons prévus trois projets. Nous aimerions garder un peu profil bas maintenant, car c'est encore "in progress". Nous en avons déjà donné quelques indications juste avant. Ce que nous pouvons dire, c'est que nos prochains projets nous ouvrent de nouveaux challenges, et les idées que nous proposent les artistes nous ouvrent de nouvelles approches. Nous sommes très pressés de savoir vers quoi tout cela va mener…

At the moment we have three projects planned. We'd like to keep it a bit low profile for now, because we're still in the process. We already gave some indications before. What we can say is that our new projects provoke new challenges, also in regard to different ideas and approaches the respective artists bring along. We are very excited ourselves where this will lead to…

Mixtape

01. The Sound - Can’t escape myself
02. John Maus - Cop Killer
03. Darkside - A3
04. Mount Kimbie - Meter, Pale, Tone (feat. King Krule)
05. WhoMadeWho - The Morning
06. No Age - I Won’t Be Your Generator
07. Frank Ocean - Lost
08. Blur - Pyongyang
09. Honey Cocaine - Dead Azz
10. Vince Staples - Norf Norf
11. Health - New Coke
12. Jeremy Jay - Graveyard


Who are you Dur et Doux?

C’est sans doute par un héritage no wave que la musique expérimentale contemporaine s’ébroue avec tant d’enthousiasme dans les remous du contraste. Contraste des matières, fusion des genres, l’expé est un bouillon de culture sur lequel croissent les bourgeons des courants bruitistes à l’affût de nouvelles niches musicales à explorer et mélanger. Depuis sa capitale des Gaules, le collectif Dur et Doux cultive avec une paternité toute familiale l’attachement aux contrastes qu’il porte jusque dans son nom, du jazz rock progressif saharien de uKanDanz au lo-fi minimaliste et anti puritain de Brice et sa Pute, sans laisser de côté le noise rock de L’Effondras, pépite du label, qui a récemment bouclé un EP avec Niko Wenner d’Oxbow. Cette émulsion foisonnante sert de faire-valoir à toutes les prises de risque, et en 2016, l’écurie lyonnaise lâche la bride d’un concert concept: le rapprochement de deux de ses poneys math rock, Ni et PoiL, pour une tournée à formation double, batteries comprises, aux six coins de l’Hexagone. Et c’est avec le discours autocritique et mature des roadies qui ont souvent installé leur merch à côté des pissotières que le crew répond à nos questions sur eux, l’industrie musicale et les tours de France en famille.

Quand et comment le projet est-il né, de quelle initiative et avec quelle motivation? Cette motivation a-t-elle évolué jusqu’à présent?

Dur et Doux a été fondé en 2008 par les membres du groupe lyonnais Brice et sa Pute, Marie, Pierre et Rod. Sa première vocation était de fournir au groupe une structure juridique permettant de se produire en respectant le cadre légal. Ensuite, Clément est arrivé fin 2010 et à partir de là plein de groupes se sont greffés au projet. D'abord PoiL après une tournée en coplateau avec Brice et sa Pute, puis Ni, qui tombe amoureux de PoiL et vice et versa, L'Effondras, Icsis, Herr Geisha, Chromb!, Mercy, Gwyn Wurst, uKanDanZ... et puis il y a même un gros bébé qui naîtra début 2016 des copulations entre PoiL et Ni et qui s'appelle PinioL.

Tous les projets ont un lien de capillarité humaine et artistique. On retrouve des musiciens communs dans la plupart des formations et dont la majorité d’entre eux sont issus de la scène rock, jazz et musiques improvisées lyonnaise.
La motivation initiale était de pallier à l’absence de structure de production et de label pour tous ces projets. Aujourd’hui, Dur et Doux est devenu un collectif protéiforme faisant à la fois de la production de groupe, de tournée et de disques.

Votre nom, Dur & Doux, représente assez bien vos sorties, ce paradoxe entre subtilité et brutalité qu’on retrouve dans quasiment tous les groupes de l’écurie. Comment est-ce de tenir un label dans une niche prog expé?

On ne reviendra pas sur le nom, en effet il colle bien à ce que nous défendons. Tenir un label de niche est à la fois excitant et aventureux. Comme expliqué plus haut, nous avons commencé l’activité phonographique car nous ne trouvions pas de labels prêts à s’investir sur nos projets, ces derniers n’étant pas assez rock, pas assez jazz, pas assez world, toujours aux frontières de l’inclassable. “Ça marchera jamais” a toujours été notre devise, et ça marche. Nous apprenons un peu à chaque sortie ce que c’est que d’être un label, il est évident que ce n’est jamais gagné mais nous nous rendons compte qu’en réunissant les énergies de tous ces projets nous arrivons à défendre une niche sur laquelle il est difficile de raisonner avec une logique commerciale. L’industrie de la musique n’a pas grand intérêt à porter des aventures comme la nôtre, le développement est long et incertain, nous gardons et utilisons toute l’énergie disponible, et ça a plutôt l’air de porter ses fruits si on en juge par les soutiens que nous avons après sept ans de pataugeage créatif, une vingtaine de disques et des centaines de concerts.

Nous n’étions pas là il y a vingt ans pour parler du passé mais l’industrie musicale d’aujourd’hui ressemble à un gros requin compresseur, il y a un gros gâteau, même si tout le monde a pleuré la mort du disque. Quand tu vas chez les disquaires généralistes et même un peu les spécialisés (il faut bien qu’ils croûtent), tu trouves des tonnes de rééditions qui se vendent à 9,99 € ou à 27,50 €, c’est super de pouvoir acheter des disques de Nirvana en vinyle mais ce n’est pas vraiment stimulant en terme de création. Niveau prise de risque ce n’est pas la fête pour les grosses machines. Par contre il y a tout un florilège de petits labels et d’autoprods, de groupes de distros qui se sortent les doigts pour faire exister des groupes indéfendables commercialement. Pour ce qui est du digital, nous ne comprenons pas encore grand chose, à part que les répartitions du streaming et des ventes sur les plateformes ne font pas rêver, quand tu vois que Sony récupère 78 millions d’euros des parts de Deezer et Warner 38 millions, tu sens bien que tes poneys ne sont pas dans les courses et tu te demandes si il faut continuer à mettre en ligne du contenu sur ces plateformes. Une chose est sûre, nous concernant et concernant les labels similaires, les groupes que nous défendons sont des groupes vivants, qui tournent beaucoup, l’essentiel des disques sont vendus aux concerts et placés dans les disquaires à leur demande ou quand nous passons dans les villes. C’est assez agréable et humain de diffuser les productions de manière artisanale, ça ne rapporte pas des milles et des cents, de toute manière ce n’est pas l’objectif mais ça avance à force de brasser plein de gens et de projets.

Le rapport qui vous unit aux artistes que vous représentez semble assez fort, presque familial. Comment les dénichez vous et quel genre de rapport entretenez-vous par la suite?

Il y a effectivement un lien fort entre nous et les artistes et entre les artistes entre eux. Le côté famille est évident, tout le monde vient de la même scène même si ils n’ont pas tous la même formation musicale. Il n’est pas rare que nous montions des tournées en coplateau, ça rapproche et globalement les groupes s’apprécient mutuellement. Nous ne dénichons pas exactement les groupes, ça se fait par connexion et par coup de cœur. Si tu prends tous les projets tu peux former un cercle infernal qui permet de comprendre un bout de la scène lyonnaise actuelle, d’ailleurs, un musicologue essayait de schématiser le processus il y a quelques temps et ça a donné ça :

Scène Lyonnaise_V1 Hartzine
Scène lyonnaise V2 Hartzine
Pour ce qui est du rapport que nous entretenons avec eux il est à la fois amical et professionnel. Nous travaillons ensemble sur les projets, allons ensemble en tournée, voir des concerts et ripailler. Bon, nous n’en sommes pas aux vacances au ski et aux arbres de Noël du comité d’entreprise mais sait-on jamais.

Le projet PinioL rassemble en mode cousinage consanguin deux groupes de la fraternité Dur & Doux, PoiL et Ni. Il ne s’agit pas d’un side project mais d’une vraie complétion puisque la formation est doublée : deux batteries, deux basses, deux guitares, deux claviers. Comment le concept est-il né et comment se passe cette première tournée?


PinioL est né de la rencontre entre PoiL et Ni. Après quelques tournées en coplateau — les musiciens s’entendant à la fois sur le plan artistique et sur le plan humain — l’idée a germé de créer un groupe et de monter un répertoire. Il y a eu une première résidence crash test en 2013 puis plus rien faute de temps, PoiL et Ni ayant sorti un album respectivement en 2014 et en 2015. Fin 2014 nous avons tenté de relancer la machine, nous avons contacté des salles pour tâter le terrain et monter des dossiers pour avoir des financements sur la création. Ça a marché et ça nous a poussés à accélérer le processus. Nous ne pouvons pas encore parler des tournées parce que la première aura lieu en février et mars prochain, par contre pour ce qui est de la création, c’est un bon défi avec deux batteries, deux basses, deux guitares, deux claviers et les méthodes de compositions de chacun des groupes et des musiciens. Nous avons pu bosser le projet dans des bonnes conditions au Brise Glace, à la Tannerie, au Périscope et à la Fraternelle, ça nous a permis de faire un travail sur le son et la lumière en parallèle de la composition. De toute façon, ce projet n’est pas destiné à tourner dans des minis lieux, il y a trop de monde au plateau, trop de besoins techniques et un volume sonore trop important pour faire des caves et des café concerts. Pour les tournées, nous ne pouvons que l’imaginer pour le moment, ça devrait être un vrai plaisir de se retrouver à dix, faire du camion et envoyer de la grande saucée, le premier jet sera sans aucun doute un beau voyage en poneysie.

L’Effondras a invité Niko Wenner d’Oxbow à enregistrer un EP, Lemures / Je reste avec Vous. Le résultat est un post rock sublime, à écouter ci-dessous. Comment le projet s’est mis en place puis déroulé? Peut-on espérer d’autres collaborations de ce genre?

Le groupe a joué avec l’Enfance Rouge et Eugène S. Robinson il y a quelques temps, L’Effondras étant bien fan d’Oxbow, nous avions profité de cette occasion pour échanger et parler d’une possible collaboration. Niko Wenner passe pas mal de temps en France, il y était pendant que L’Effondras était en studio, ils l’ont invité au Hameau pendant deux jours et ont enregistré l’EP sorti en novembre 2015. Bien sûr nous aimerions pouvoir renouveler ce genre de collaboration, PoiL aimerait enregistrer un album avec des chanteurs de Nô japonais. Ca ne se prête pas nécessairement à tous les projets et l’envie doit venir des groupes et nous espérons qu’il y en aura d’autres prochainement !

Vous pouvez nous présenter le festival La dure Beuglante de la douce Abeille et nous expliquer l’implication du label?

Nous organisons régulièrement des concerts sur Lyon, principalement pour les artistes du collectif et parfois pour des artistes potes ou pas potes en tournée. Nous avons fait pas mal de choses avec feu le Clacson (la meilleure salle qui transpire le rock de Lyon), le Périscope, le Marché Gare et des cafés concerts de l’agglo. Marie qui avait un “vrai” travail jusqu’à l’année dernière était régisseuse au NTH8. Le théâtre suit depuis longtemps ce quelle fait à côté et donc les projets de Dur et Doux. Ils nous ont proposé une carte blanche dans leur saison en 2014 avec deux semaines d’occupation du plateau pour de la résidence et deux jours de festival, le cadeau de rêve de récupérer un théâtre, un plateau et un parc lumière que tu peux moduler comme tu veux pour faire ce que tu veux.
Nous nous sommes associés avec l’Abeille Beugle qui organisait un festival magnifique dans la Drôme jusqu’en 2012 (et qui sont accessoirement ces messieurs de PoiL et plein de musiciens) et nous avons monté une programmation sur deux jours. Le label était naturellement impliqué dans la prog, quelques groupes du collectifs ont joué sur les deux soirées, PoiL qui fêtait la sortie de Brossaklitt, Brice et sa pute et Gwyn Wurst.
Nous montons un nouveau festival sur Lyon pour mai 2016, le nom ne sera pas le même et nous investirons d’autres lieux, mais l’idée demeure la même, faire jouer des groupes que nous aimons, brasser plein de genres musicaux et disciplines artistiques, ripailler, tâcher de ne pas perdre de sous et surtout faire une belle fête !

Que prévoyez-vous pour 2016 et comment voyez-vous l’avenir du label? Et que pourrait-on vous souhaiter?

Pour 2016, comme dit juste au-dessus, nous prévoyons un festival, pas mal de soirées sur Lyon et énormément de tournées pour les groupes du collectif. Côté discographique, nous allons défendre les sorties récentes (L’Effondras, Ni, Herr Geisha & the Boobs, Brice et sa pute), nous avons deux sorties planifiées sur la première partie de l’année, un album pour uKanDanZ en février et un pour Icsis en juin. Chromb ! et L’Effondras seront en studio pour enregistrer de nouveaux albums en mars et en juin. Nous aimerions développer encore plus les collaborations avec d’autres labels et avec d’autres groupes de France ou d’ailleurs.
Je crois que ce que vous pouvez nous souhaiter : que nous devenions extrêmement célèbres avec des musiques improbables, que nous gagnions un maximum de pognon avec lesdites musiques et que les bouleversements politiques n’entrainent pas la disparition de nos soutiens en région et ailleurs.`

Quelques mots pour introduire votre mixtape?

Bon courage, en avant pour 1h30 de musique ! Et si vous avez des questions rendez-vous sur 3615 Dur et Doux !

Sheezahee – Snooze (2015)
uKanDanZ – Sewotch Men Yelalu (2016)
Ni – Torfesor (2015)
PoiL – Fionosphère (2014)
Herr Geisha & the Boobs – Chapter IIII (2015)
L’Effondras – L’Âne rouge (2015)
Saint Sadrill – 1 (2016)
Chromb ! – Atmosphère 4014 (2012)
Icsis – A gun (2013)
Mercy – Favourite sinner (2013)
PigRider – Dry und wunderbar song (2014)
Vile Imbeciles – Rolling in ice cream (2012) – parce qu’on a collaboré avec eux à cette époque et que ce groupe déboîte !
Pili Coït – Holy house (2015)
Vil François – Les couleurs du café
Brice et sa pute – Suis-je assez pauvre (2015)
Gwyn Wurst – Impro #5 (2014)

Mixtape


Who are you Room40?

Si pour Brian Eno, qui la popularisa, la musique ambient « doit être capable d'accommoder tous les niveaux d'intérêt sans forcer l'auditeur à écouter », selon une note incluse dans son fameux Ambient 1: Music for Airports, ajoutant qu'elle « doit être discrète et intéressante », cette vision utilitariste est aujourd'hui à relativiser, voir à inverser. Trouvant ses intimes racines à la fois dans les travaux d'Erik Satie et de sa « musique d'ameublement » inspirée du dadaïsme et dans les œuvres monumentales de compositeurs Américains tels que John Cage, Steve Reich et Philip Glass, l'ambient, une fois dissipé le hululement d'une Kosmiche trippée teutonne avec Klaus Schulze en tête de pont, s'est retrouvée assimilée à une musique d’ascenseur pour intellectuels et techniciens de la matière sonore. Et pourtant. Et pourtant, si sa conception peut paraître prétentieuse, flirtant avec la musique drone, le field-recording et l'électronique abstraite, l'ambient est à situer bien au-delà d'un habillage sans âme d'une société moderne qui créée d'elle-même sa propre musique, par la machinisation et l'automatisation à outrance. C'est avant tout une syntaxe libertaire exorcisant par son refus de la mélodie toute accommodation trop simpliste et toute récupération mercantile : l'ambient est un langage hors du temps, instiguant sans forme prédéterminée un paysage sonore que chacun se construira selon sa propre expérience auditive, soit une sorte de dialogue entre le moi et l'immensément grand, dialogue que l'on peut entretenir en contemplant aussi bien la voûte céleste qu'un paysage montagneux s'étendant sous ses yeux. Musique de liberté donc, mais aussi refuge atmosphérique où l'on aimera enfouir l'esquisse de ses propres introspections. Naturaliste et intimiste, l'ambient apparaît de plus en plus comme un antidote à cette compression de la temporalité qu'on ne cesse de nous imposer sur l'autel de la rentabilité, et qui à de plus en plus de thuriféraires de part le monde. La liste serait bien trop longue si l'on tentait d'être exhaustif, mais s'il ne fallait en retenir qu'un, sans hésiter, le label Room40 tient la corde.

Durant la première Guerre Mondiale, la dénomination « Room 40 » camouflait le Naval Intelligence Department, service chargé par l’Amirauté britannique du décryptage des codes ennemis. En 2002 et un split réunissant DJ Olive et I/O3, Room40 devient le label du musicien et producteur Australien Lawrence English qui lancera, entres autres, par ce biais, dès 2003 Ben Frost avec l’album Steel Wound. Issu de la formation indus Dogmachine, qui a plus ou moins bien tourné depuis son départ, et abordant les thèmes de la perception et de la mémoire via ses expérimentions ambiant-drone conciliant à la fois dimensions musicale et visuelle, Lawrence English égraine depuis 2005 via les labels Touch, 12k ou encore Winds Measure Recordings ses disques lorgnant vers une électronique aventureuse l’ayant conduit à collaborer avec notamment John Chantler au sein d’Holy Family, la chanteuse japonaise Tujiko Noriko ou encore Liz Harris de Grouper – qui en plus de sortir un EP sur Room 40 concocte avec lui un disque éponyme en 2013 sous l’éphémère entité Slow Walkers - , tout en étant au four et au moulin de son label qui n'a de cesse d’inscrire en lettres d'or cette volonté de transcendance d'un quotidien déshumanisant. En témoigne, avec une beauté confondante, son ultime sortie signée Rafael Anton Irisarri, A Fragile Geography dont on a touché quelques mots par ici, en témoigne aussi la mixtape du natif de Brisbane à découvrir ci-après l'interview qu'il nous a récemment accordé.

Lawrence English l'interview

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Photo © Marc Behrens

Peux-tu nous raconter comment a débuté le projet Room40 ? Quelle était ta principale motivation et est-elle toujours intacte ?
Tell me how did Room40 get started? What was your main motivation in this project? Is it always intact?

L’aventure Room40 a commencé au crépuscule du siècle dernier. J’écoutais un bon paquet de musique enregistrée par des amis et plusieurs artistes que je respecte profondément mais qui n’avait jamais été publiée où que ce soit. Je me suis dis qu’il fallait que je m’en charge et le label a commencé avec cet objectif en tête. Je voulais aussi créer un contexte qui permette de tisser des liens entre des groupes d’artistes et des auditeurs partout dans le monde, qui partagent un état d’esprit commun. Le label a débuté avec un focus important sur l’étranger et l’international, je voulais vraiment créer une sorte de plateforme qui connecte ce que j’avais vécu ici en Australie et le reste du monde. A l’époque, l’Australie, ça restait un pays assez loin de tout.

Room40 started during the dusk of the last century. I had come across a bunch of music, made by friends and other artists I deeply respected, which was at that time going unreleased. I felt like this was something I wanted to address and the label started with that in mind. I also wanted to create a situation where I could facilitate the connection of communities of like minded artists and audiences across the world. The label started with a very outward looking focus. I wanted to link together what I experienced directly around me, here in Australia, with the rest of the world. Back then Australia still felt like a long way away.

Lawrence, tu es aussi compositeur et un artiste media en tant que tel. Peux-tu nous expliquer ce qui relie, selon toi, ton label et tes créations ?
Lawrence, you're composer and media artist. Can you explain to us the link between your label and your art?

Je ne suis pas certain qu’il y ait un lien en tant quel. J’imagine que le contexte à partir duquel mes créations ou celles des autres existent sont probablement proches. Par exemple, les contraintes esthétiques du label au niveau du travail des artworks est une chose à laquelle je fais vraiment attention, un peu de la même manière dont je travaille moi-même mes créations. Les contraintes, les règles, tout ça est très important pour moi, c’est le point central qui me permet de repousser mes limites quand je travaille sur quelque chose. Le fait de se débattre contre l’enfermement c’est un acte très proactif et le résultat qui ressort peut vraiment donner une impression de puissance et de tension qui peut s’avérer essentielle. Il y aurait d’ailleurs beaucoup de choses à dire sur le fait de travailler avec des moyens limités et de s’en remettre surtout à son esprit !

I’m not sure there’s a direct link per se. I imagine some of the conditions under which they exist might be similar. For example the aesthetic constraints of the label in terms of artwork is something I value dearly and in many ways mimics the ways I tend to create work. I value constraint and framing as central away to push through the creation of work. The act of struggling against bondage is very provacative and the resulting friction can create a real sense of power and tension that can be put to good use. There’s a lot to be said for working with limited means and having to use your mind!

Le label a désormais 8 ans, avec plus de 130 références à son actif...
The label is eight years old for more of hundred and thirty references...

En réalité le label a 15 ans cette année, en pleine puberté donc !

Actually we’re 15 years this year. So in full puberty!

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Norman Westberg - 13

Le label semble se spécialiser surtout sur le field recording, l’ambient et l’électronique assez expérimentale. Tu entretiens une ligne artistique claire pour le label ? Est-ce que tu cherches à projeter une esthétique ou un concept particulier dans chacune des sorties ? Il semble qu’il y ait une évolution depuis le début de la création du label, n’est-ce pas ?
The label seems focused on field recording, ambient and deep electronic. What's the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release? There is an evolution compared with the origin, no isn't it?

À mes yeux, il y a une esthétique assez floue mais bien présente sur l’ensemble du catalogue de Room40. On a cherché à travailler sur des projets de genres bien différents, depuis l’avant pop de groupes comme Tenniscoats ou d’artistes comme Tujiko Noriko, jusqu’aux travaux radiophoniques de Luc Ferrari, l’électronique de John Chantler ou le travail de composition de David Shea. J’aime me dire que l’élément qui rassemble toutes les sorties du label est avant tout une forme de concept plutôt que le son en lui-même : chaque artiste avec lequel nous travaillons a une profonde affinité et cherche clairement à créer un contexte d’écoute véritablement profond et intense. Ils veulent que leurs auditeurs soient littéralement embarqués dans leurs travaux, en tout cas c’est la manière dont je ressens les choses à l’écoute de toutes ces sorties.

I feel that there’s a rather broad aesthetic spread in Room40’s catalogue. We’ve had everything from avant pop with groups like Tenniscoats and artists like Tujiko Noriko through to the radiophonic works of Luc Ferrari, the electronics of John Chantler and the compositional work of David Shea. I like to think that the label’s anchor is more in concept than in sound. Each of the artists we work with has a deep affinity for and interest in creating situations of profound listening. They want their listeners to be deeply embedded in their work and certainly that’s been my experience when listening to these works.

Quels sont les labels qui t’ont inspirés dans ton approche ? À tes yeux, le travail que tu fais pour Room40, est-ce avant tout avec une ambition très philanthrope ?
What kind of labels inspired you in your approach? For you, fight for a label as Room40, is it always a philanthropic approach?

Quels qu’ils soient, tous les labels connaissent un certain nombre de difficultés et de contraintes dans leur travail quotidien. Ils existent à la fois dans le passé, le présent et le futur. Ils sont une mémoire de la musique sortie mais aussi des entités bien vivantes. Ils tentent de remettre constamment à jour leur catalogue mais n’oublient pas de rêver non plus. Ils donnent une véritable chance à l’individualisation de l’approche mais sont par essence profondément collectifs dans leur forme. Voila ce qui est, à mes yeux, la beauté mais aussi tout le challenge d’un travail de label : parvenir à unifier ces idées qui semblent réellement en opposition. Être pleinement dans le présent, tout en essayant d’imaginer et de créer des futurs possibles. À la fois la graine et l’arbre en un seul et même point.

At their best, labels work across a number of concerns simultaneously. They exists in the past, present and future all at once. They are archival, but living. They are actualising, but dreaming. They offer the chance for individuation, but are utterly collective in their form. This for me is the beauty and challenge of a label = to unite these seemingly opposing ideas. To be present, yet always yearning and imagining the possible futures. The seed and the tree all at once.

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Chris Abrahams - Play Scar

En tant que gérant de label, est-ce que l’approche DIY a eu une profonde influence sur ton travail ? Considères-tu Room40 comment un label home-made ?
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work? Do you still consider Room40 like a home-made label?

J’ai toujours beaucoup cru dans la démarche DIY. Room40 prend ses racines dans ce type d’approches avec lesquelles je me suis familiarisé quand j’étais ado et que je gérais des fanzines ou de l’échange de tapes. Cette époque a été cruciale pour moi. Elle m’a permis de découvrir cette passion pour la musique et continue de me construire, jusqu’à aujourd’hui. Pour moi l’essence de la culture DIY est plus fort qu’elle ne l’a jamais été et je me sens très proche de ça !

I have always been a huge believe in the DIY approach. Room40 takes root from these methodologies informed by my younger years running fanzines and tape trading. Those times were central in forming my interests in music and still to this day they shape me. I think the essence of DIY culture is as strong as ever and I have a great affinity for it!

En tant que musicien, entre développement intellectuel et recherche d’un souffle, d’une perception ou d’une mémoire plus profonde, plus instinctive, quel sens donnes-tu à ton travail sur l’ambient ?
As musicians, between cognitive journey and profound exhalation, perception and memory, what is the sense of your research which you deliver by ambient music?

Si l’on parle d’ambient music spécifiquement, mon envie est de créer un environnement émotionnel et personnel. Un environnement chaleureux dans lequel l’auditeur peut être entièrement noyé, aussi bien dans le temps que dans l’espace, dans ce que la musique a à offrir. La richesse de l’expérience qui en découle ne dépend littéralement que de l’auditeur lui-même.

If we’re speaking of ambient music specifically, my desire is to create an affective environment. This environment is invitational and allows the listener to be wholly consumed by the offer of the music in time and in space. The richness of that experience is entirely their own and up to them.

Selon toi, quels sont les artistes qui ont profondément marqué la direction prise par le label ? Comment as-tu rencontré Grouper ou Ben Frost ? Est-ce que leur célébrité grandissante représente un véritable atout ou juste une fierté pour Room40 ?
According to you, what artists shaped the direction of the label? How did you meet Grouper or Ben Frost? Is their rising celebrity an asset or just a pride for Room40?

L’identité d’un projet n’est jamais totalement arrêtée, il s’agit d’un processus de construction continu. C’est pour cette raison que je perçois chaque artiste, chaque sortie de Room40 comme partie prenante de la nature du label. C’est la somme de ces parties, l’incroyable talent et les capacités de chacun des artistes impliqués qui font ce qu’est le label aujourd’hui. Je me sens incroyablement chanceux d’avoir pu travailler avec de tels artistes.

En ce qui concerne ma rencontre avec Ben et Liz : Ben et moi nous nous connaissons depuis environ 15 ans, on s’est rencontrés au Sound Summit, un festival de musique à Newcastle, il y a très longtemps. On s’est tout de suite très bien entendus. Quant à Liz, on s’est rencontrés vers 2008, à un de ses concerts ici à Brisbane, on est restés en contact depuis. C’est ce qui est formidable avec la musique : de nouveaux amis t’attendent à chaque coin de rue, à chaque occasion, parfois des gens qui deviendront des amis très importants pour toi dans le futur.

Identity is never fixed, it is always in a process of becoming. For that reason I think every artist, every release for Room40 shapes the nature of the label. It is the sum of its parts and benefits from the incredible talent and skill of the artists involved with us. I count myself so very fortunate to have had the chance to work with these wonderful artists.

As to where I met Ben and Liz. Ben and I have known each other for about 15 years, we met at Sound Summit, a music festival in Newcastle a very long time ago. We pretty much hit it off straight away. Liz came to stay sometime around 2008 I think. We were presenting a concert for her here in Brisbane and stayed in touch ever since. That’s the wonderful thing about music, new friends are around every corner, some of them very special friends you cherish into the future.

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Mike Cooper - Fratello Mare

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelles sont tes relations avec eux ?
How do you choose the artists with whom you work and what are your relations with them?

On est un label d’amis, un label familial. Je veux seulement travailler avec des artistes en qui je crois et dont je me sens proche du travail. La vie est courte, pourquoi faire des compromis ?

We’re a friends and family label. I only want to work with artists who I believe in and feel compelled by their work. Life is so very short, why compromise?

Quelles sont les approches musicales qui t’inspirent le plus en ce moment ? Peux-tu nous parler de tes prochaines sorties ?
What are the different musical approach/styles who motivate you most today? Can you speak to us about your next releases?

Il y a deux types de musiques pour moi : celle qui t’appelle et t’immerge de plus en plus profond dans quelque chose de fort, et celle qui ne le fait pas. Je veux une musique qui m’enveloppe complètement, qui me noie. En 2016, nous avons déjà prévu des sorties de Chris Abrahams, John Chantler, David Toop et pas mal d’autres gens très talentueux.

There’s two kinds of music. That which calls you in, drawing you deeper and deeper…and that which doesn’t. I want music to drown me. In 2016 we have new editions from Chris Abrahams, John Chantler, David Toop and many other fine folks.

Puberty In Blue Mixtape

01. Eugene Crachesio - Stannum 09
02. David Shea - Emerald Garden
03. Lawrence English - Another Body
04. Norman Westberg - Frostbite Falls
05. Erik Griswold - Pendukum Shift
06. Taylor Deupree - Seep
07. Ueno - 8
08. Andrea Belfi - D
09. Simon James Phillips - Posture
10. Mike Cooper - White Shadows
11. John Chantler - B2
12. Marina Rosenfeld - Cuz I Can’t Find My Way


Who are you Rocket Recordings?

Combien de labels à l'heure actuelle peuvent se prévaloir d'une grosse dizaine de sorties annuelles sans pour autant débiter du kick à tout va et en se concentrant quasi-exclusivement sur des groupes à guitares qui, s'ils ne sont pas dénués de toutes perspectives historiques et stylistiques, ne sont en rien reproductibles à merci ? Combien ? A première vue, aucun. A première vue seulement, car l'Angleterre, celle que l'on aime arpenter et louvoyer, en compte au moins un, à l'aura inversement proportionnelle à l'infinie richesse des groupes qu'il promeut. Son nom ? Rocket Recordings, fondé à la fin des années 90's à Bristol par une triplette de graphistes constituée de Chris Reeder, John O'Carroll et Simon Haley — ce dernier s'étant dissocié de l'aventure assez tôt — et autant passionnés de krautrock que de musiques expérimentales, psyché ou noise. Des débuts difficiles et une menace de faillite, à l'aide de Geoff Barrow et de sa structure Invada Records, en passant par la mise en selle médiatico-discographique de nombre de ses poulains tels que Goat, Gnod, Shit and Shine, Oneida, Teeth of Sea, White Hills et désormais Hey Colossus, Gnoomes ou Hills, le premier nommé a pris le temps de répondre à nos questions tout en nous confectionnant une mixtape commentée à découvrir en fin d'article, le tout flanqué d'un sampler du label retraçant son incroyable année 2015. Attention, pour ceux n'ayant jamais entendu parler des artistes précités, les claques risquent de pleuvoir à l'écoute du tubesque single It's Time For Fun des Suédois de Goat, de l'insubmersible lourdeur des deux albums d'Hey Colossus, In Black And Gold et Radio Static High, du krautrock savamment nimbé d’électronique des Russes de Gnoomes, serti du très recommandable LP NGAN!, des prouesses electro-barrées de Shit And Shine et de ce 54 Synth-Brass, 38 Metal Guitar, 65 Cathedral paré pour la postérité, ou encore de la folie furieuse que provoque chaque embardée psyché-noise de Gnod et notamment son ultime Infinity Machines parcouru de quelques féroces cuivres. Pour les autres, vous savez.

Chris Reeder l'interview

Chris

Photo © Chris

Raconte nous comment Rocket Recordings a été lancé ? Quelle a été ta motivation principale pour ce projet ? Est-elle toujours intacte ?
Tell me how did Rocket Recordings get started? What was your main motivation in this project? Is it still the same?

Rocket est né au cours d'un concert des Heads au Louisiana, à Bristol, en 1997. Simon Haley (qui a malheureusement quitté Rocket en 2008) et moi-même étions là, et un très bon ami, Gareth Turner (aujourd'hui dans Anhtropomorphh/Big Naturals) jouait en première partie dans un groupe appelé Lillydamwhite. Après le set psych-punk dégueulasse de Damwhites, Simon et moi nous sommes dits, bourrés, que nous devrions monter un label et sortir un 7” de Lillydamwhite. Le lendemain matin, une fois passés les excès de la nuit, nous en avons reparlé et réalisé que c'était une sacrée bonne idée et qu'on devrait monter un label. En toute logique, notre première release six mois plus tard était un 7” split avec The Heads et Lillydamwhite. Peu après, les deux releases suivantes (des 7” de Sawdust Caesars et Thee Hypnotics) sortaient et John rejoignait Rocket. C'était génial parce qu'on travaillait à temps plein et on pouvait donc se répartir à trois la gestion de Rocket. La motivation ? L'amour des productions indépendantes, des 7” et sans doute parce qu'on voulait s'impliquer dans le monde de la musique !

Rocket was born at a Heads show at the Louisiana in Bristol in 1997. Myself and Simon Healey (who unfortunately left Rocket in 2008) were there and our close friend Gareth Turner (now in Anthroprophh/Big Naturals) was in a band called Lillydamwhite who were supporting. And after the Damwhites scuzzy, psych-punk set, myself and Simon drunkenly said to each other that we should set up a label and release a 7" by Lillydamwhite. Then the next morning once the nights excesses had faded we chatted again and realised that it was a damn fine idea and we should set up a record label. Apt then that our first release 6 months later was a split 7" with The Heads and Lillydamwhite. Then soon after the first couple of releases (7"s by Sawdust Caesars and Thee Hypnotics) were out there John joined Rocket which was great as we all worked full time so we could spread the running of Rocket out between the three of us. And what was the motivation? A love for independent records, a love of 7"s, and probably because of just wanted to be involved in the world of music!!

Chris & John, vous êtes des artistes visuels. Pouvez-vous nous expliquer le lien enter votre label et votre art ? Avez-vous réalisé vous-mêmes tous les artworks du label ?
Chris & John, you are visual artists. Can you explain to us the link between your label and your art? Have you realize yourselves all the artwork of your label?

Disons que ‘l'art’ de la musique a toujours été important parce que les pochettes créatives ont toujours eu une grande influence sur nous. La façon dont une production est perçue est ce qui nous connecte en premier à la musique. C'était davantage le cas avant l'ère d'Internet, où la plupart des découvertes musicales se faisaient chez le disquaire, en s'arrêtant sur les jaquettes dans les bacs. Mais il y a aussi cette fascination de la pochette créative quand on écoute pour la première fois un album en particulier, et qu'on étudie la pochette et son insert alors que la musique est jouée à fond, ça en représente l'univers sonore. Et étant tous deux artistes visuels, on essaie d'apporter une bonne esthétique à toutes nos pochettes, c'est très important pour nous !

Well the 'art' of music has always been important because sleeve art has always been a big influence on us. The way a record looks is what first connects you to the music. Well it used to be more - before the internet age most musical discovery was done in record shops and seeing sleeves on the racks was what pulled you in. But also the fascination of the sleeve art when you first listen to a particular record, you study the sleeve and it's inserts as the music blasts out, it visualises the world the music soundtracks. And as we are both visual artists we try and ensure a good aesthetic in all our sleeves, as it is very important to us!

Le label a dix-sept ans. Pouvez-vous nous préciser les dates charnières de cette aventure ?
The label is seventeen years old. Can you indicate us the big dates of this adventure?

On a connu quelques étapes importantes, je n'arrive pas à me rappeler les dates exactes, mais voilà certains événements clés :

 La sortie de Launch001, notre première release en 1998,
 La sortie de notre premier album, par le groupe Suncoil Sect de Bristol,
 Après avoir touché le fond financièrement et avoir été lâché par une certaine personne, nous avons joint nos forces avec Geoff Barrow d'Invada Records pendant quelques années, ce qui nous a beaucoup aidé. Nous avons une dette éternelle envers Geoff, Paul et Redg pour leur soutien d'alors qui continue aujourd'hui !!!
 Notre fête pour nos dix ans, où ont joué The Heads, White Hills, Notorious Hi Fi Killers, Big Naturals, Teeth of the Sea et Sawdust Caesars,
 Nous quittons Invada en bonne santé et juste après avoir découvert Teeth of the Sea et Gnod,
 Organiser le deuxième Supernormal Festival et remplir l'affiche avec des groupes de Rocket et de proches amis,
 Sortir World Music de Goat et les voir retourner le cerveau des gens en live partout dans le monde,
 Sortir notre compilation des quinze ans, un mélange de groupes de notre roster et de futures stars de l'univers noise imprégné de psyché,
 Organiser des scènes aux festivals psychés de Liverpool et Eindhoven, et voir des milliers de gens s'enflammer sur les sons de nos groupes,
 Voir l'album Commune de Goat rejoindre le top 30 et les voir remplir le Roundhouse à Londres et en tête d'affiche de grands festivals,
 It's Time For Fun, le 7” de Goat, numéro 1 du classement officiel des singles vinyles britanniques.

Well there have been some big chapters for us, can't remember exact dates, but some key events are:

 release of Launch001 our first release in 1998
 release of our first album, by Bristol band Suncoil Sect
 due to hitting rock bottom financially and by being severely let down by a certain (unamed) person we joined forces with Geoff Barrow's Invada Records for a few years which was a massive help for us. We are forever indebted to Geoff, Paul and Redg for the support they gave us and continued support today!!
 our 10th anniversary party where The Heads, White Hills, Notorious Hi Fi Killers, Big Naturals, Teeth of the Sea and Sawdust Caesars played
 leaving Invada in a really healthy state and very soon after discovering Teeth of the Sea and Gnod
 curating the second Supernormal Festival and filling the bill with Rocket bands and close friends.
 the release of Goat's World Music and seeing them blow peoples minds live around the world
 releasing our 15th Anniversary compilation which was a mix of bands in our roster and future stars of the world of psych infused noise
 curating stages at Liverpool and Eindhoven psych fests and seeing thousands of people losing their shit to the music of our bands
 seeing Goat's Commune album go top 30 and seeing them sell out London's Roundhouse and headline major festivals
 Goat's It's Time For Fun 7" going straight to No.1 in the Official UK vinyl singles chart.

John

Photo © John

Quelle est la direction artistique du label ? Y a-t-il une esthétique musicale, un concept que vous essayez de faire perdurer à chaque sortie ? Il y a une évolution avec les origines, non ?
What's the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release? There is an evolution compared with the origin, no isn't it?

Notre son a indiscutablement évolué avec le temps, mais je dirais qu'il y a plus ou moins un fil conducteur ‘psyché’ qui se traduit dans nos sorties depuis Launch01 jusqu'à la dernière Launch089. Je dirais qu'on est devenus plus subjectifs qu'à nos débuts où il y n'avait pas trop de groupes psychés, alors qu'aujourd'hui il y en a vraiment, vraiment beaucoup. Avant, on produisait des groupes psychés qui sonnaient un peu plus ‘tradi’ là où maintenant on se concentre uniquement sur les groupes qui ont de la valeur ajoutée, des groupes qui ne se limitent pas à copier la musique qu'ils entendent sur les galettes de leurs collections : ils prennent les sons qu'ils aiment et en font quelque chose de neuf !

Our sound definitely has changed over the years, but I would say there is a loose 'psych' thread that has gone through all our releases since Launch01 all the way up to the latest Launch089 release. I would say we have become more subjective as when we started there weren't too many psych bands where now there are so, so many. Before we would of released, maybe a more 'trad' sounding psych band where now we only really go for bands that bring something new to the table, bands that don't just copy the music they hear in their records in their collection, they take the sounds they like and create something new grom them!

Quels genres de labels vous ont inspirés dans votre approche ? 
What kind of labels inspired you in your approach? 

Quand nous nous sommes lancés, nous avons surtout été influencés par des labels comme Sub Pop, Sympathy for the Record Industry, Amphetamine Reptile, Alternative Tentacles. Mais depuis notre naissance, d'autres labels nous ont influencés. Personnellement, il s'agit de vieux labels comme Vertigo, Brian, Sky, Rough Trade, Factory, etc., et des labels qui se sont développés en même temps que nous comme Warp, Lex, Mo Wax, Domino, Drag City, Not Not Fun, Invada, Finders Keepers, Diagonal, etc. En gros, les labels qui nous influencent sont les labels qui ont toujours pris des risques, des labels qui n'ont pas eu peur de porter des groupes qui ne rentrent pas dans des cases, des labels qui voient l'importance de l'art de la musique et essaient de dépasser les normes du design et du packaging.

Well when we started it was labels like Sub Pop, Sympathy for the Record Industry, Amphetamine Reptile, Alternative Tentacles that influenced us the most. But since our birth many other labels have influenced us. For me personally it has been old labels like Vertigo, Brian, Sky, Rough Trade, Factory etc and labels who have been going while we have been around like Warp, Lex, Mo Wax, Domino, Drag City, Not Not Fun, Invada, Finders Keepers, Diagonal etc. Basically the labels who influence us are the labels who have always taken risks, labels who have not been afraid of championing the bands that don't fit into boxes, labels that see the importance of the art of the music and try to push the design and packaging beyond the norm.

En tant que gérants de label, le DIY a-t-il une forte influence sur votre travail ? Considères-tu toujours Rocket Recordings comme un label artisanal ?
As label owners, does the DIY have a strong influence on your work? Do you still consider Rocket Recordings like a home-made label ?

Le DIY reste évidemment extrêmement important, puisque c'est ce que nous sommes ! John et moi sommes les A&R du label, les designers du label, les gestionnaires du label, les comptables du label, on crée nos propres vidéos, on crée des light shows pour nos groupes, on joue les DJ à nos concerts, on fait tout. Alors oui, on est vraiment un label artisanal... Oui, on a un studio/hangar à Bristol où vit John, mais je continue à travailler sur la table de ma cuisine à Hackney Wick, à Londres !

Of course, DIY is still extremely important, as that is what we are! Myself and John are the labels A&R, we are the labels designers, we are the labels managers, we are the labels accountants, we create our own videos, we create light shows for our bands, we DJ at our shows, we do everything. So yes, we really are a home made label...yes we have a studio/warehouse in Bristol where John is based, but I still work from my kitchen table at my home in Hackney Wick in London!

Hey Colossus_Radio Static High_(MC)

Hey Colossus - Radio Static High

D'après vous, quels artistes ont formé la direction du label ? Comment avez-vous rencontré Gnod, White Hills ou Craig House ?
According to you, what artists shaped the direction of the label? How did you meet Gnod, White Hills or Craig Clouse?

En fait, on a rencontré tous nos groupes de façons différentes ! Mais pour ceux que tu as mentionnés : avec Gnod, nous nous sommes rencontrés aux portes ouvertes de Lava Thief (un label/promoteur tenu par celle qui est aujourd'hui ma femme et Charlie Romijn, un membre du groupe Thought Forms du label Invada) à Townbridge, où jouait Teeth of the Sea. On avait parlé plusieurs fois par mail avec Gnod sans jamais se rencontrer et quand c'est arrivé, c'était complètement naturel. Quand on les a vu jouer, on a su qu'il fallait travailler avec ce groupe. C'était et c'est encore une bande de types géniaux. White Hills, ça s'est aussi passé par mail, ils nous ont contactés pour nous demander si ça nous intéressait de travailler avec eux, on s'est rencontrés, on a encore discuté et on s'est très bien entendus. Shit & Shine, je me rappelle qu'ils ont ouvert pour Part Chimp au Buffalo il y a quelques années, et on a discuté un an et quelques plus tard parce qu'on avait beaucoup d'amis en commun, la plupart tournant autour des Notorious Hi-Fi Killers et de la scène noise de South London.

Les artistes qui ont développé ou développent notre direction artistique ? Dans l'ordre de découverte, je dirais : The Heads, Oneida, Ufomammut, White Hills, Teeth of the Sea, Gnod, Goat, Shit & Shine, Hey Colossus et aujourd'hui les sons de Josefin Öhrn & The Liberation et Gnoomes.

Well, we have met all our bands different ways! But for the ones you have mentioned - Gnod we met at a Lava Thief (label/promoter run by my now wife and member of the Invada band Thought Forms, Charlie Romijn) all-dayer in Trowbridge where Teeth of the Sea were playing. We had spoken to Gnod a few times via email but never met and when we did we hit it off straight way. Then when we saw them live we knew we had to work with this band. They are and have been an amazing bunch of people. White Hills was again via email, they contacted us asking if we would be interested in working with them, so we met up, had a chat and again, really got on well. Shit & Shine, well I remember seeing them supporting Part Chimp in the Buffalo bar years ago and we just got chatting a year or so later as we had lots of mutual friends, mainly all centred around Notorious Hi-Fi Killers and the South London noise scene.

As for what artists have shaped/are shaping our direction? Mmmmmm, I would say, in order of discovery: The Heads, Oneida, Ufomammut, White Hills, Teeth of the Sea, Gnod, Goat, Shit & Shine, Hey Colossus and now the sounds of Josefin Öhrn + The Liberation and Gnoomes.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et quelles sont vos relations ?
How do you choose the artists with whom you work and what are your relations with them?

Je n'ai pas vraiment l'impression qu'on choisisse nos artistes, en général c'est eux ! S'agissant de nos relations, honnêtement on a des relations incroyables avec la plupart de nos groupes passés et présents. En fait, on a eu BEAUCOUP de chance. Je pense que les gens que nous avons rencontrés sur le parcours ont fait le succès du label. Nous nous sommes vraiment faits des amis pour la vie grâce au label, et nous en sommes extrêmement fiers !

I don't think we choose our artists really, they usually choose us! And as for relationships, tbh we have amazing relationships with most our bands past and present. We have been VERY LUCKY indeed. The people we met along the way has been the greatest success of the label I think. We genuinely have made some friends for life through the label, which we are extremely proud of!

Quels sont les différents styles ou approches qui vous motivent aujourd'hui ? L'électro ludique et expérimentale de Shit and Shine est-elle selon toi une perspective pour le label ?
What are the different musical approach/styles who motivate you most today? The playful and experimental electronics of Shit and Shine is for you one of the perspectives of the label?

Comme dit plus haut, on essaie d'éviter les clichés. On veut travailler avec des groupes qui font les choses à leur façon, des groupes qui veulent repousser les limites. Certains le font avec subtilité, d'autres comme Shit & Shine et Teeth of the Sea sont complètement indépendants et sculptent un trip musical unique. On est très fiers de chacune de nos sorties, et je pense que si tu reprenais le fil de tous les albums qu'on a sortis et que tu les rassemblais sur une compilation, tu aurais une expérience d'écoute complètement unique... et différente des autres labels, à mon avis ! Je dirais aussi que nous sommes motivés par les groupes et labels qui ont une approche et une éthique similaires.

Well as said earlier, we try and avoid the cliche. We want to work with bands who do things their own way, bands who want to push things. Some do it subtly and some like Shit & Shine and Teeth of the Sea are completely on their own and carving a unique musical journey. We are really proud of every releases we have put out, and I think if you took a track off all of the albums we had put out and put them on a compilation it would make a very unique listening experience... and not like any other label out there I don't think!  And I would say we are motivated by bands and labels who have a simillar approach and ethos.

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Shit and Shine - 54 Synth​-​brass, 38 Metal guitar, 65 Cathedral

Avec les sorties de Shit and Shine, Hey Colossus et Goat, 2015 a été une grosse année. Tu peux nous parler de vos prochaines releases ?
With records of Shit and Shine, Gnod, Hey Colossus and Goat, 2015 is a massive year. Can you speak to us about your next releases?

C'est vrai, 2015 est de loin notre plus grosse année en termes de sorties. Après celles que tu as mentionnées, on va aussi sortir le nouvel album du super groupe suédois Hills. En novembre, on a aussi un nouvel album de Teeth of the Sea qui s'appellera Highly Deadly Black Tarantula. Un deuxième album de l'année par Hey Colossus intitulé Radio Static High, sorti le 2 octobre. Plus un deuxième EP de l'année par Mamuthones, et un EP par notre perle new-yorkaise Oneida, en novembre. Avec ça, on a le debut LP du groupe Suédois Josefin Öhrn + The Liberation et la groupe russe Gnoomes, et le debut EP du rejeton de Goat, Capra Informis. On a de quoi s'occuper ! On a aussi quelques sorties dans les tuyaux pour 2016. C'est trop tôt pour en parler, mais soyez assuré que d'autres bonnes nouvelles sont à venir !

Well yes, 2015 is easily our biggest year to date with releases. After the ones you have mentioned we also put out a new album by the great Swedish band Hills. We have a new album by Teeth of the Sea called Highly Deadly Black Tarantula out in November. A second album of the year by Hey Colossus called Radio Static High that came out on 2 October. Plus a second EP of the year by Mamuthones plus an EP by New Yorks finest Oneida coming out in November. Plus we have debut LP's by Swedish band Josefin Öhrn + The Liberation and Russian band Gnoomes, plus the debut EP by Goat offshoot Capra Informis. So yeah, pretty busy! We also have several releases in the pipeline for 2016 but it is too early to start talking about them, but rest assured, more seriously great things coming out!

Tu peux nous présenter votre mixtape ?
Can you present us your mixtape? 

Sans problème... Voici un mix dingue avec du groove, du fuzz et de la répétition... Bonne écoute !

Of course... Here is a killer mix full of groove, fuzz and repetition... Enjoy!!

Mixtape

01. Bitchin Bajas – No tabac
02. Container – Complex
03. Sunroof – Zero
04. Holden – Go Feral
05. Cave – Arrow's Myth
06. African Head charge – Elastic Dance
07. Powell – The Ongoing Significance Of Steel And Flesh
08. Fabulous Diamonds – Downhill
09. Urdog – Ice on Water
10. Funkadelic - The rat kissed the cat on the navel

01. Bitchin Bajas – No tabac

L'un de nos morceaux préférés pour le moment. Une bonne tranche de répétition cosmique, afro, psyché et jazz... Sur l'excellent label Hands in the Dark.

One of our favourite tracks of the year so far. A great slice of cosmic, afro, psych and, jazz repetition... On the great label Hands in the Dark.

02. Container – Complex

Ce titre est une tuerie... L'un des meilleurs exemples de techno infusée au kraut que nous ayons entendus ces dernières années.

This is a banger of a track... One of the best example of kraut infused techno we have heard in the last few years.

03. Sunroof – Zero

À la surface, on dirait un simple morceau noise, mais le groove kraut qui l'habite est contagieux. J'adore le jouer en DJ à des concerts et voir les gens perturbés au début, puis remuer dans tous les sens à la fin.

On the surface it appears to be just a noise track, but the kraut groove that runs through it is infectious. I love DJing this out at gigs and see people confused at the start but shuffle dancing by the end of it.

04 Holden. – Go Feral

Une électro-acoustique primitive dirigeant des boucles de beats vers des oscillations à la dissonance viscérale, une mélodie et des rythmes qui évoluent en direction de territoires plus perturbés sur la longueur du morceau.

A electronic-acoustic primitive driving beat loops against visceral dissonance​ oscillations​, melody and rhythms switching places into more distorted territories as the track proceeds.

05. Cave – Arrow's Myth

Voilà un groupe qui existe depuis quelques années maintenant, et leur dernier album Threads, dont est extrait ce morceau, donne l'impression de ne pas avoir trouvé son public. C'est dommage parce qu'on pense que c'est de loin leur meilleur album, et qu'on aurait pu y choisir n'importe quel titre pour ce mix.

They are a band who have been around for several years now and their last album Threads that this track came off seemed to come out without any fanfair at all which is a shame as we believe it is easily their best album and we could of picked any of the tracks off of it for this mix.

06. African Head charge – Elastic Dance

Jetez pêle-mêle quelques rythmiques percussives rituelles comme pratique méditative commune avec de puissantes lignes de basse post punk soufflantes, et cela vous projette par l'hypnose hors de l'univers dub habituel pour jouer avec vous comme avec un yoyo krautrock d'avant-garde en caoutchouc.

Throw together some percussive ritual drumming performed as a communal meditative practice, with heavy chugging post-punk bass lines, this hypnotically moves out of your typical Dub world and toys with you like a Avant-Garde Krautrock rubber band yo-yo.

07. Powell – The Ongoing Significance Of Steel And Flesh

L'un des artistes les plus passionnants du moment. Ce morceau et ‘Fizz’ sont des fulgurances postkraut/postpunk/posttechno !

One of the most exciting artists around at the moment, this and the track 'Fizz' are works of postkraut/postpunk/posttechno genius!

08. Fabulous Diamonds – Downhill

On adore l'obsession de ce groupe australien pour la répétition... J'espère juste qu'ils passeront au Royaume-Uni un jour, j'adorerais les voir jouer en live.

We love this Australian band's obsession of repetition... Just hope they make it over to the UK for some shows someday, love to see them live.

09. Urdog – Ice on Water

Un excellent groupe américain du milieu/fin des années 2000... Ils ont malheureusement splitté après seulement deux albums, mais quels albums !

Great US band from the mid/late '00s... Sadly they split up after only making 2 albums, but what great albums they are.

10. Funkadelic - The rat kissed the cat on the navel

Peu de personnes connaissent ce morceau car il est estampillé U.S. (United Soul), mais en réalité c'est un titre jamais publié de Funkadelic, enregistré à l'époque où le groupe était à sa féroce apogée... Tout ce que nous en dirons, c'est d'attendre que le fuzz arrive... Une conclusion parfait à ce mix !

Not many people know this track as it is billed as U.S. (United Soul), but infact it is an unreleased Funkadelic track and it was recorded at the time when the band were at their most ferocious best... All we will say is, you wait for that fuzz to kick in... A perfect climax to the mix!

Sampler Rocket Recordings

01. Hey Colossus - Radio Static High
02. Josefin Öhrn + The Liberation - Horse Dance
03. Gnod - Infinity Machines
04. Gnoomes - Ngan!
05. Goat - It’s Time For Fun
06. Shit & Shine - 54 Synth-Brass, 38 Metal Guitar, 65 Cathedral
08. Teeth of Sea -Highly Deadly Black Tarantula
09. Capra Informis - Womb of the Wild EP
10. Hills - Frid
11. Mamuthones - Symphony for the Devil EP


Who are you Infinite Waves?

Le label Danois Infinite Waves emmanché par Grøn depuis 2013 déroule de la bande magnétique oscillant entre ambient, techno, pop lo-fi et experimental à tout va. Guidée par une volonté créatrice impulsionnelle - à savoir publier dans l'instant ce qui vient d'être enregistré - la structure éditant pas moins d'une bonne vingtaine de cassettes par an, se pose ainsi tel un véritable tonneau des danaïdes, un réservoir quasi inépuisable que l'on sonde avec émerveillement les soirs d'hiver avec quelques favoris tels Claus Haxholm aka Assembler, Metalized Man et forcément... Grøn, de son véritable nom Bjarke Rasmussen, que l'on s'est empressé d'interviewer. En prime, celui qui réside à Copenhague nous a concocté une mixtape brassant assez fidèlement l’esthétique du label pour le moins nébuleuse.

Grøn l'interview

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Grøn

Peux-tu nous raconter comment Infinite Waves a commencé ? Quelle a été ta motivation principale pour ce projet ?
Tell me how did Infinite Waves get started? What was your main motivation in this project?

Je pense que tout a débuté quand je jouais avec un enregistreur cassette quatre pistes, une Buddha Machine et quelques pédales de delay/reverb il y a quatre ou cinq ans. À ce moment-là, j'habitais un peu à l'extérieur de Copenhague et ça n'intéressait aucun de mes amis de jouer sur une installation musicale expérimentale, et je ne savais pas vraiment quoi en faire. Et je pense que j'étais trop timide pour envoyer mes productions à quelque label que ce soit, alors j'ai eu l'idée de les sortir par mes propres moyens. C'est là que j'ai lancé Infinite Waves en publiant les quatre premières cassettes, dont mon projet solo intitulé Grøn, il y a environ deux ans et demis.

I guess it all started out when I was playing around with a 4-track cassette recorder, a Buddha Machine and some delay/reverb pedals four or five years ago. At that time I was living a bit out of Copenhagen and none of my friends were interested in playing around with experimental-table-setup-music, so I didn’t quite know what to do with this. And I guess I was too shy to send my material to any labels – so I figured I could release it myself. So I started Infinite Waves by releasing the first four cassettes including my solo project called Grøn around two and a half year back now.

Grøn est ton identité musicale. Peux-tu nous expliquer le lien entre ton label et ta musique ?
As Grøn you're a musician. Can you explain to us the link between your label and your music?

En réalité, pendant un temps Grøn a été un duo, mais mon ami Lasse a aujourd'hui son propre projet, Metalized Man, et je pense que j'ai toujours eu l'envie de m'essayer en solo. Au fil des ans, Grøn a évolué d'un truc drone très lo-fi à une ambient avec de plus en plus de ryhtmiques.

For a while Grøn was actually a duo-act, but Lasse my good friend now has his own project called Metalized Man and I guess I actually always wanted to try having a solo-act. Over the years Grøn has transformed from really lo-fi drone stuff to more and more rhythmic ambients stuff.

Le label a deux ans. Tu peux nous indiquer les étapes importantes de cette aventure ?
The label is two years old. Can you indicate us the big dates of this adventure?

Chaque nouvelle sortie est une nouvelle aventure : publier nos releases demande beaucoup de temps et j'y mets beaucoup d'efforts. Mais au cours de l'année qui s'est écoulée, Infinite Waves a beaucoup retenu l'attention de blogs et magazines. C'est bon de savoir que des gens partout dans le monde apprécient les trucs que je sors.

Every new release is a new adventure – it takes a lot of time to put out releases and I'm putting a lot of effort in it. But over the past year, Infinite Waves has gotten a lot of attention on blogs and magazines. It is so nice to know that people around the world like the stuff I release.

Quelle est la ligne directrice du label ? Y a-t-il une esthétique musicale, un concept que tu essayes de préserver à chaque release ? On voit une évolution depuis les origines, non ?
What's the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release? There is an evolution compared with the origin, isn't it?

C'est une chose très personnelle... Si on examine l'ensemble des sorties d'Infinite Waves, on a un très large panel de genres. Et comme il s'agit de mes goûts personnels, le genre s'est élargi et/ou a changé et continuera à le faire pendant des années. Mais certaines personnes m'ont rapporté qu'Infinite Waves présente une “sorte” de profil dans la musique que j'édite, sans plus de précision malheureusement.

It’s a very personal thing... I mean if you look at all the releases there is out on Infinite Waves, there is a very wide spectrum of genres. And since it’s my personal taste, the genre has expanded and/or changed and will still be changing over the years. But I have been told from some people that Infinite Waves has a “kind of” profile in the music I’m releasing, but that hasn’t been specified further.

Quels genres de labels ont inspiré ton approche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

Mes goûts personnels évoluent avec le temps, comme les les labels dont je suis l'activité. Pour l'heure, je trouve que Northern Electronics est l'un des plus intéressants. Mais il y en a plein d'autres intéressants, en particulier de nouveaux labels captivants. C'est une excellente façon d'explorer et trouver de nouvelles musiques, de se pencher sur les autres artistes publiés par un label qu'on apprécie, et de s'intéresser aux autres labels sur lesquels cet artiste a signé. C'est sans fin !

As my personal taste is changing over time, what labels I follow is also changing. Right now I think that Northern Electronics is one of the most interesting labels. But there are so many interesting labels, and especially new and interesting labels. It’s the perfect way to explore and find new music, to check out other artists released on a label that you like, and to check out the other labels that this artist have been released on. It’s endless!

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En tant que gérant de label, le DIY a-t-il une forte influence sur tes travaux ? Pourquoi privilégies-tu le format cassette ?
As label owners, does the DIY have a strong influence on your work? Why are you only choosing the cassette formats?

Infinite Waves a débuté comme un label exclusivement cassettes. Mais les deux premiers LP sont sortis, et deux autres sont en route. Je ne compte pas le nombre de cassettes que j'ai copiées, les heures passées à plier des jaquettes et étiqueter les cassettes. Mais quand un lot est terminé, ça vaut la peine de jeter au moins un œil à ces toutes releases toutes fraîches. Et c'est encore mieux d'envoyer de la musique aux gens et aux disquaires partout dans le monde, et de savoir que quelqu'un à Kyoto ou Paris va écouter ce que je sors. À l'avenir, j'espère faire plus de vinyles.

Infinite Waves started out as an only cassette label. But the first two LP’s are out, and two more are on the way. I haven’t counted the amount of cassettes I have dubbed, hours I’ve spend dubbing, folding covers and labelling the cassettes. But when a batch is done, it’s really worth it just looking at all these fresh new releases. And what’s even better is to send out music to people and stores around the world, and to know somebody in Kyoto or Paris will listen to the stuff I put out. In the future I hope to put out more vinyls.

D'après toi, quels artistes ont façonné la direction du label ? Comment choisis-tu les artistes avec lesquels travailler et quelles sont vos relations ?
According to you, what artists shaped the direction of the label? How do you choose the artists with whom you work and what are your relations with them?

C'est un peu comme une symbiose entre le label et l'artiste. Je fais mon possible pour donner à l'artiste autant de liberté que possible, aussi bien à l'écoute que visuellement. À peu près 90% des artistes d'Infinite Wave sont de Copenhague. Ici, la scène expérimentale a beaucoup progressé ces cinq dernières années, c'est donc logique de se maintenir au niveau local.

It's a kind of a symbiosis between label and artist. I strive to give the artists as much freedom as possible, both visually and sound wise. About 90% of the artists on Infinite Waves are here from Copenhagen. The experimental scene in Copenhagen has grown a lot the last past 5 years so it really makes sense to keep it local.

Le label a brassé un grand nombre de styles musicaux différents : electro, minimal, noise, ambient... Lesquels te motivent le plus aujourd'hui ?
The label brewed a great deal of different musical styles – electro, minimal, noise, ambient... What are the ones who motivate you most today?

Pour le moment, je pense surtout à des productions ambient ou électroniques expérimentales. Mais comme je l'ai déjà dit, c'est comme un organisme vivant, et je ne veux pas limiter Infinite Waves à un style ou une direction.

Right now I think it’s mainly ambient and experimental electronic stuff. But as I mentioned earlier, this is a more living organism and I don't wan't to lock Infinite Waves in any genre or direction.

Tu es originaire de Copenhague, comme Posh Isolation. Es-tu en contact avec eux ? La ville est-elle source d'inspiration et de motivation pour les musiciens, comme Manchester l'a été en son temps ?
You come from Copenhagen like Posh Isolation. Have you got contact with them? Is this city convenient to the inspiration and motivation for musicians as Manchester in an another time?

Posh Isolation sort des trucs vraiment géniaux et c'est évidemment une excellente source d'inspiration. Je partage une grande salle de répétition avec quelques amis à Mayhem, où une bonne partie des artistes sortis sur Posh Isolation ont aussi leurs salles. Et Christian Stadsgaard apparaît sur le premier LP (F.E. Denning Descension Orchestra) sorti par Infinite Waves. Copenhague est une très petite ville, mais la scène musicale expérimentale est suffisamment importante pour être variée.

Posh Isolation is putting out some really great stuff and is definitely a great inspiration. I share a big rehearsal space with some good friends at Mayhem where a lot of the acts on Posh Isolation also have their rehearsal spaces. And Christian Stadsgaard is featured on the first LP (F.E. Denning Descension Orchestra) out on Infinite Waves. Copenhagen is a very small city, but the experimental music scene still big enough to have it's diversity.

Peux-tu nous parler des prochaines releases ?
Can you speak to us about your next releases?

Le prochain vinyle à sortir sera celui de Tobias Kirstein et Sune T.B. Nielsen. Et je travaille sur quatre nouvelles cassettes avec Antti Tovli, Soft Armour, Kraus et Infants.

The next vinyl out will be by Tobias Kirstein and Sune T.B. Nielsen. And I'm working on four new cassette releases with Antti Tolvi, Soft Armour, Kraus and Infants.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?
Can you present us your mixtape?

C'est un mélange de sons édités ou non par Infinite Waves. C'est toujours difficile de choisir, mais je pense que la combinaison de ces morceaux traduit bien l'ambiance du label en ce moment.

It's a mix of released and unreleased Infinite Waves material. It's always difficult to choose, but I think that the combination of these tracks pretty much pins the feeling of the label right now.

Mixtape

01. Infants - Island Shapes (excerpt)
02. Tobias Kirstein & Sune T. B. Nielsen - X (excerpt)
03. Equis - Bolas
04. Cathaya - Calibration
05. Soft Armour
06. Antti Tolvi - Keski
07. Kraus - X (excerpt)
08. EEAOO - ,-.-
09. Isorinne & Znurrfhek - Enskededalen
10. F (excerpt)
11. Metalized Man - Violation Code: Knife
12. Grøn


Who are you Unknown Precept?

C’est 2015 : on monte plus rapidement un label qu’une étagère Ikea, chacun veut apporter sa pierre à la petite mythologie de l’electro souterraine, et on se demande s’il y aura encore assez de bande passante pour faire circuler tous ces projets Bandcamp qui inondent nos boîtes Gmail. Comment installer une identité pertinente sur la longueur dans un tel contexte ? À ce titre, Unknown Precept a bien tiré son épingle du jeu en peu de temps, à savoir deux ans. En 2013, le label était basé à Paris et se lançait avec une compilation réunissant quelques gros noms. Depuis relocalisé à Berlin, il s’est concentré sur une sélection soignée d’artistes aux profils plutôt modestes, généralement issus du réseau des tape ou net labels tels Nick Klein, Shane English, ou Maoupa Mazzocchetti, récemment interviewé (lire), et d’autres qui avaient déjà fait du chemin dans l’underground américain dont l’excellent Profligate (lire). Sur la route depuis un bon mois, on retrouve tout ce beau monde ce vendredi soir 25 septembre pour l’escale parisienne de leur tournée-showcase, et ce dans un lieu qui leur va plutôt bien, le Garage Mu (Event FB). Jolie soirée indus-bricolo et samplers fumants en perspective, à laquelle on vous invite en fin d'article, après vous avoir laissé le soin d'ingurgiter en toute impunité l'interview et un fastueux podcast de son instigateur, Jules Peter.

Thomas Corlin

Jules Peter l'interview

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Jules Peter © Victoria Brizzi

Unknown Precept a un peu plus de deux ans. Peux-tu nous dire d’où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t’a conduit à créer ce label ?

Unknown Precept s’est plus ou moins monté par hasard, je m’ennuyais à l’école et j’ai eu envie de travailler sur quelque chose de plus concret. Je n’ai pas le parcours type du label manager d’aujourd’hui dans la mesure où je ne produis pas de musique. J’ai un bagage en graphisme et la direction artistique m’est apparue comme une évidence ; découvrir de nouveaux artistes, les produire, gérer un label : c’est mon rayon.

Si tu devais établir une chronologie de cette histoire, mis à part la compilation The Black Ideal par quoi tout à commencé, quelles dates retiendrais-tu et pourquoi ?

Je dirai que ma rencontre avec Florent (Maoupa Mazzocchetti) m’a permis d’appréhender au mieux le virage que je souhaitais prendre avec Unknown Precept - tout le monde s’attendait une seconde compilation mais l’idée ne m’intéressait plus. J’ai considéré qu’il était plus enrichissant d’aller de l’avant pour, en quelque sorte, ajouter ma pierre à l’édifice en dénichant des artistes que l’on peut désormais affilier au label en tant que tel ; construire quelque chose en accord avec mes envies. Sortir le tout premier maxi de Nick Klein m’a conforté dans cette idée, et depuis que la trame Unknown Precept est bien définie cela me facilite grandement la tâche.

En termes musicaux, ladite compilation était-elle une façon de tracer plus ou moins une voie au futur label ? Des producteurs comme Ancient Methods et Shifted ne sont-ils pas des figures tutélaires ?

Complètement, mais ce n’était que du tâtonnement à l’époque. J’ai eu beaucoup de chance de travailler avec tous ces artistes sur la première sortie. Ils m’ont été d’une aide précieuse et la plupart me supportent encore aujourd’hui. J’ai passé un an à définir « l’après compilation » pour penser le label de manière globale. J’ai conçu cette première sortie comme un antidote pour sortir de cet univers techno qui peine à se recycler ; l'engouement autour du projet s’est occupé du reste et me permet aujourd’hui de miser sur de nouveaux artistes. J’ai finalement pu introduire un véritable propos au sein du label et fédérer un public de fidèles autour de cela.

Bien que l'on sente que le nom du label est en adéquation avec une certaine ligne de conduite défendue, quelle est l’esthétique et la philosophie défendue par le label ?

Je ne pense pas promouvoir une certaine philosophie au travers d’Unknown Precept - c’est même l’idée inverse qui se cache derrière le nom du label. Clairement, mon seul et unique objectif aujourd’hui est de prendre plaisir à produire des artistes jusque là ignorés ou plus simplement méconnus. Il est nécessaire d’inciter les gens à sortir de leur zone de confort ; d’où cette esthétique très opaque, qui ne distille que très peu d’informations quant à son contenu. Il est devenu extrêmement difficile de montrer que ce que l’on fait est autant, si ce n’est pas plus, intéressant qu’un artiste ou un label dont tout le monde parle, et c’est ce qui me pousse à continuer dans cette voie.

Nick Klein

Nick Klein © Nina Hartmann

Malgré le DIY inhérent à toute jeune structure, as-tu des modèles en termes de maisons discographiques ? Si oui, lesquels et pourquoi ?

Grabaciones Accidentales m’inspire encore énormément aujourd’hui. Ils ont produit un paquet de bizarreries, tous styles confondus. Je pense que c’est ce qui fait la force d’un label, créer la surprise, ne jamais servir ce que l’on attend de vous pour ne pas tomber dans la caricature. Vanity, également - légendaire label japonais fondé par Yuzuru Agi à une époque où le journalisme musical servait encore un véritable propos - avait atteint un rare degré de liberté ; les deux sont une véritable leçon de direction artistique.

Unknown Precept c'est un label techno, ou quelque chose de plus large ?

Je n’arrive même plus à faire la différence, est devenu « techno » ce que l’on n’arrive plus à qualifier, et inversement. Je n’ai pas vocation à m’encombrer avec ce type de définitions, tout est question d’imagination — en ce qui me concerne, Nick Klein joue des coudes sur un hip hop grinçant, tandis que Profligate produit de la pop music saturée. Unknown Precept c’est essentiellement un moyen d’oser toutes les digressions possibles, bousculer ce que l’on connait sans trop intellectualiser la chose.

Depuis la compilation, tu as sorti deux maxi de Maoupa Mazzocchetti, puis un de Nick Klein, Profligate et Shane English. Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelle relation développes tu avec eux ? Tu veux les suivre sur la durée ou de piocher selon les opportunités ?

Certains considèrent Unknown Precept comme un tremplin mais ce n’est pas sa vocation principale. Je gère le label comme une famille - signer des artistes est la première étape, faire fructifier notre relation sur le long terme est en quelque sorte l’aboutissement de cette collaboration. Beaucoup de labels vont cueillir leurs artistes à droite et à gauche. Je ne trouve pas l’exercice très stimulant, parfois c’est au détour d’une rencontre que l’on tisse des liens avec quelqu’un, fouiller des heures sur Internet en quête d’un artiste peut également s’avérer très intéressant ; c’est assez aléatoire, mais d’une manière générale l’humain est au centre de ma démarche.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork dont la mouture est assez rigide pour Unknown Precept. Quel est le tien et jusqu’où as-tu envie de le pousser ?

Étrangement, beaucoup de personnes m’ont dit qu’ils adhéraient à l’identité du label - qui est pourtant loin d’être évidente. J’aime à penser que sans support visuel, tout le monde peut se construire sa propre identité, imaginer ce qu’il veut. Je n’avais pas envie d’instaurer un cadre précis, les gens ont trop tendance à s’en tenir à l’aspect sans vraiment chercher à approfondir, là ils n’ont plus le choix. Je suis également très attaché aux noms de mes artistes et aux efforts qu'ils mettent dans les titres de leurs morceaux, c’était une manière de le souligner. Il est probable que l’on insère de l’image un jour ou l’autre, mais c’est quelque chose qui va se faire progressivement.

Quel est le format de prédilection du label et pourquoi ?

Je n’ai pas nécessairement de format de prédilection, mon côté collectionneur tend inévitablement vers le vinyle, mais je suis également très attiré par la cassette qui permet de produire des sorties à moindre coût. Je pense que tout n’est que question d’envies et de moyens, créer des objets est quelque chose qui ne s’explique pas.

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Maoupa Mazzocchetti

On n'arrête pas de nous seriner avec le renouveau de la techno en France. Toi qui es un Français vivant à Berlin, tu te sens proche de quels artistes ou scènes actuelles ?

Je pense que c’est ce qui m’a poussé à délocaliser le label à Berlin. Ce « renouveau » de la techno en France, et plus précisément à Paris, est une mauvaise blague. Paris s’est lancé le défi absurde de devenir le nouveau fief de la musique électronique, mais ses fondations sont encore trop fragiles et les initiatives dignes d’intérêt se comptent sur les doigts de la main - la scène américaine, loin d’être parfaite, intègre néanmoins ce qui manque cruellement chez nous, à savoir un véritable élan créatif et des structures pour le soutenir, une solidarité entre ses acteurs et une vision moins binaire que celle à laquelle on assiste aujourd’hui. Malheureusement, le schéma parisien s’exporte, lui.

Quel est le futur proche d'Unknown Precept en termes de sorties ?

Cienfuegos débutera sur le label en Octobre prochain avec son premier maxi vinyle, intitulé A Los Mártires. Je travaille actuellement sur d’autres projets ; plusieurs cassettes (dont une du génial Eindkrak à paraître prochainement) et une série de minicompilations. Nick Klein s’est finalement attelé à la production de sa seconde sortie qui devrait voir le jour dans le courant de l’année prochaine. J’espère également pouvoir sortir un dernier maxi avant la fin de l’année mais rien n’est moins sûr pour l’instant.

Unknown Precept sera sur la route avec Maoupa Mazzocchetti et les américains Nick Klein, Profligate et Miguel Alvariño. Comment s'est monté la chose ? Est-ce important pour toi de défendre une identité par le bais de ce type de tournée ?

J’ai lancé l’idée sur un coup de tête, et tout le monde s’est arrangé pour être disponible. Nous avons sifflé le coup d’envoi à Berlin au début du mois. Je pense qu’il était temps d’offrir la possibilité aux gens de venir voir de quel bois on se chauffe chez Unknown Precept, et c’était aussi l’occasion de réunir tout le monde pour la première fois ; cette tournée s’inscrit dans la continuité de notre manière de procéder, aller au contact des gens, promouvoir notre façon de voir les choses, s’inscrire dans le réel.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

Je l’ai terminée dans l’urgence (pour changer) mais je pense qu’elle illustre relativement bien l’état dans lequel je me trouve actuellement : tiraillé entre la fatigue, le doute et l’anxiété qu’a pu provoquer la mise sur pied de cette tournée. J’ai intégré quelques inédits, et un paquet de morceaux que j’écoute en ce moment.

Mixtape

01. Bourbonese Qualk – Feast of Trumpets (Recloose Organisation, 1983)
02. The Peter Northz (at Home) – Can't See the Trees for the Pope (Recloose Organisation, 1982)
03. Mecanica Popular – Baku : 1922 (Grabaciones Accidentales, 1987)
04. Gray – Washington, D.C. 20013 (Plush Safe Records, 2010)
05. Plath – I Am Strange Now (Plath Records, 1982)
06. Black Humor – Refugee Suicide (Fowl Records, 1982)
07. Jeg Falt – Die Pleite (Für George Gosz) [Murray Edit] (Requiem Productions, 1983)
08. Cyrnai – Untitled (Self-Released, 1988)
09. Consumer Electronics – Murder the Masters (Diagonal, 2015)
10. Tribe of Colin – Alasallmenhathbeencreatedequal (5 Gate Temple, 2015)
11. Esplendor Geométrico – Rotor (Contort Yourself, 2015)
12. Profligate – Every Little Rainbow (Unknown Precept, 2015)
13. Maoupa Mazzocchetti – Loop 1 / Hair Bulbs Jam (Forthcoming Mannequin)
14. Smersh – Palomar (Börft Records, 1993)
15. Morgan Buckley – A Well-Oiled Party (No ‘Label’, 2015)
16. Five Times of Dust – Punchcard Sex (MAP Tapes, 1981)
17. Nick Klein – Spelling God in Knots (Unreleased)
18. Gray – The Mysterious Ashley Bickerton (Plush Safe Records, 2010)

Concours

On fait gagner deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert. Précision : adhésion obligatoire à l'Asso Mu (3 €).

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Artworks

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