T/O - Sshhee

Théo Cloux, T/O à la scène, vient de Strasbourg ; c'est local, c'est signé sur October Tone Records et cela se regarde maintenant tout de suite avec une nouvelle vidéo, celle de Sshhee. Extrait de son dernier album, Ominous Signs, paru en mars dernier, le titre s'expérimente comme un petit envoûtement, hypnotique comme il faut. Les guitares shinent de la prog qui n'a pas la gueule de l'emploi, versant dans un son vintage kitsch à l'orchestration décolorée et bizarrement hyper prenante. Les boucles ajoutent le soupçon narcotique qui élève l'ensemble vers d'autres sphères. Pour le reste, ça se visionne ci-dessous.

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Claude Vivier au Festival d'Automne

Qu’on le veuille ou non, la musique contemporaine se traîne depuis toujours une image rébarbative. Cérébrale et élitiste pour les uns, escroquerie pure et simple pour les autres, l’histoire de ce courant musical réputé ardu est constellée depuis le début d'incompréhensions (parfois légitimes), d'avanies lamentables, de pleines rangées de sièges vides et de plus rares triomphes. Le dogmatisme un peu trop vite brandi de ses hérauts les plus visibles n'a, de plus, jamais rien arrangé.

On est parfois tenté de remiser tout ça dans un coin feutré de la Cité de la Musique, comme un codicille dissonant apposé en bas des pages de la grande histoire, celle de Mozart et des autres, clapotant entre créations mondiales bon teint et ponctuelles reprises patrimoniales... mais ça serait oublier un peu vite les indéniables richesses tapies dans les partitions parfois méconnues laissées par les prophètes cosmiques, les musiciens-chercheurs aux buts obscurs, les globalistes endurcis et autres transfuges apostats qui ont longtemps hantés les rangs de cette lignée de compositeurs plusieurs fois passée de mode et jamais tout à fait éteinte.

Le très couru Festival d'Automne, rendez-vous incontournable du milieu, rend cette année hommage à l'une de ses figures les plus méconnues, marginales et folles : le compositeur québécois Claude Vivier, électron libre absolu, élève tourmenté de Stockhausen dont l'œuvre météorique, rarement jouée de son vivant mais admirée par les plus clairvoyants de ses contemporains (Ligeti, Grisey), paraît sans cesse, d’une prière assoiffée de lumière à l’autre, prophétiser, voire appeler la mort précoce (il est assassiné à Paris, à l'âge de 35 ans). Esprit agité, mystique et universel ("l'esprit humain ne peut être cosmique que lorsqu'il met en œuvre tout son héritage culturel"), Vivier a laissé derrière lui un corpus unique en son genre. Ni sérielles, ni répétitives, ni spectrales, parfois directement homophoniques ou modales, des pièces comme OrionSiddhartha ouLonely child, marquées par l’Orient, paraissent presque aujourd’hui relever du fourth world, cet océan des sons mondialisés frayé par Brian Eno et Jon Hassell dont elle constituerait en quelque sorte l’aspect symphonique.

Quelques rendez-vous permettent aux curieux de s'y frotter. Le 16 novembre, la Philharmonie réunit Vivier et Gérard Grisey, l'ami parisien lui aussi travaillé, à sa manière, par le cosmos, l’amour, l'infini et autres concepts de fumeurs de joints. Ce sera la soirée bien nommée Au-delà. Succèderont aux Chants du québécois (les notes de composition précisent : "parfois je voudrais mourir / regarder l'éternité en face / sentir la nuit et palper ses étoiles mystiques") les propres Chants pour franchir le seuil du français, incroyable œuvre posthume conçue "comme une méditation musicale sur la mort en quatre volets : la mort de l'ange, la mort de la civilisation, la mort de la voix et la mort de l'humanité". Ça promet. Et si tout ça vous coupe un peu les pattes, n'ayez crainte, on me souffle que ça sera avant tout très beau.

En décembre, enfin, l'Espace Cardin et le Nouveau Théâtre de Montreuil présenteront Kopernikus (Rituel de morts) l'unique opéra de Vivier, dans une mise en scène de Peter Sellars qui s'annonce comme une des créations les plus excentriques de la fin d'année. Dans une veine comparable, le Balcon s'apprête à créer, du 15 au 19 novembre, à l'Opéra-Comique, Donnerstag aus licht, première journée de l'opéra de sept jours composé entre 1978 et 2003 par Karlheinz Stockhausen... mais c'est une autre histoire.

Photo : J.A. Billard


On y sera : Festival Invisible 2018

En Bretagne, il pleut des festivals comme à Gravelotte. Le seul souci, c'est que ce petit microclimat west side bonne ambiance n'est pas toujours de très bon goût. Même s'il paraît qu'il en faut pour tous. Alors quand tu vois le festival Invisible débarquer avec ses gros souliers, pas ses bottes de pluie, forcément l'occasion est trop belle pour la laisser passer. Il y aura la veine psychédélique des collages du quotidien que sont les sons de Chicaloyoh, programmée pour la belle soirée consacrée au label Hands In The Dark, le bonhomme Usé (lire) mais pas des idées qu'on aime bien ici et le roi de Seattle Thurston Moore, qui règne en maître sur la production noise tendance bruitiste depuis les années 1980. Gratuit et le Wild Classical Music Ensemble sont également hautement conseillés pour sortir la tête de l'ordinaire, et tant d'autres encore, sortis de l'ombre du festival Invisible... Un beau programme qu'il fera bon suivre loin de la pluie.

Les places pour ce beau bordel sont à choper ici, as soon as can be !

Festival Invisible 2018
Du mardi 13 au dimanche 18 novembre à 20h
Brest


On y sera : Festival SOY 2018

Cela fait plusieurs années maintenant que le festival SOY, de plus en plus à l'étroit dans sa zone d'influence, continue sa mue pour faire désormais figure de rendez-vous à dimension nationale. Il faut dire que sa programmation annuelle, le plus souvent aussi aventureuse qu'impeccable, réuni suffisamment de réjouissances pour faire se déplacer un public venant d'horizons sinon lointains, au moins extra-régionaux. Et pour cette - déjà - seizième édition, SOY remet le couvert avec un appétit féroce et toujours autant de goût.

On en veut pour preuve les présences de quelques chouchous d'Hartzine, à commencer par Klaus Von Barrel alias The KVB (lire), grand habitué de nos pages depuis quelques années - au cours desquelles il n'aura cessé de nous ravir avec sa recette unique de coldwave et shoegaze à la fois romantique et dangereusement anxiogène. On y croisera également une autre vieille connaissance, le duo SAAAD qui, avec sa drone à la fois hypnotique et surpuissante au groove mystérieusement irrésistible, nous séduit autant qu'elle nous interroge depuis déjà une demie décennie (lire).

Réjouissons-nous également de la venue d'Escape-Ism, alias Ian Svenonius, responsable quasiment coup sur coup, sous son dernier alias, de deux disques parfaitement réjouissants, Introduction To Escape-Ism (lire) en novembre 2017 et The Lost Record (lire) en septembre dernier : un rock à la fois minimal et hautement corrosif, coincé entre spleen et colère et délivré avec une classe folle, à grands coups de caresses et de coup de boules bien chevelus. On n'oubliera pas non plus d'aller applaudir les jeunes pousses d'En Attendant Ana, qui ont réussi avec brio à réveiller notre côté twee en 2018 grâce à une garage pop à la fois nerveuse et gracieuse, aérienne et tellurique... bref, faisant une habile synthèse entre la soie C86 et l'asphalte de l'A86 (lire).

Ajoutez à cela les chansons belles à pleurer de Rodrigo Amarante(lire), ou encore, parmi d'autres réjouissances, un concert du Canadien Andy Shauf et sa pop cousue main, et vous comprendrez vite que les raisons de se radiner à Nantes ne manquent pas. La programmation complète est à découvrir ici-même. Pour acheter vos places pendant qu'il en reste encore, c'est par ici que ça se passe. Pour toutes les autres infos dont vous pourriez avoir besoin, c'est sur le site du festival, juste .

Et comme on est partageurs et particulièrement dévoués à notre lectorat, en association avec le festival, on fait gagner 2x2 places  pour la soirée du 3 novembre à la Maison de Quartier Doulon (Rodrigo Amarante, The KVB, Kate NV, Halo Maud). Pour faire partie des élus, c’est simple comme un coup de trique : il vous suffit de nous envoyer un petit mot d’amour moite en indiquant vos nom et prénom, à l’adresse hartzine.concours@gmail.com. Les gagnants seront tirés au sort et prévenus par mail.

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Festival SOY 2018
Du mercredi 31 octobre au 04 novembre
Nantes


On y sera : Nuit Blanche 2018 au Kilowatt (Vitry)

Ça, c’est mapping ! Les noctambules parisiens ont de quoi se réjouir. Samedi 06 octobre, c’est le retour de la Nuit Blanche, avec ses transports gratuits et ses constellations, parcours thématiques conçus pour l’occasion. Histoire de se distinguer des aimants à fêtards que sont, au hasard, la soiréeMatière Noire et Nuit Blanche ou le samedimanche avec Ben Klock à la Concrete, le Kilowatt, à Vitry, a prévu du très lourd, histoire d’emmener un moment loin de ses soucis le francilien oppressé (c’est toi, c’est moi, c’est nous).

Le cœur de la soirée verra la techno artisanale – entendre semi-acoustique – de Magnetic Ensemble se confronter aux visuels rave des graphistes de Cosmo Av, projetés à pleins tubes sur les cheminées géantes de cette ancienne centrale EDF transformée en lieu festif décalé. Avant et après, du tango, du cirque, Baja Frequencia, de l’écurie Chinese Man, et autres DJ sets pour prolonger la danse jusqu’au premières heures du jour... Il y a même un petit-déj’ à la fin, pour récupérer un peu. Spectaculaire et royal jusqu’au bout.

Nuit Blanche 2018 au Kilowatt
Samedi 06 octobre à 20h
18 rue des Fusillés
94400 Vitry-sur-Seine


Gareth Dickson en tournée

L'Ecosse est une terre de ruines, souvent hantées, de fantômes mais aussi de romantisme. Une sensibilité, une émotion à fleur de peau que Gareth Dickson ne manque pas d'explorer, fier de ses origines faites de grandes plaines inspirantes battues par les vents. Guitariste attitré de la belle Vashti Bunyan, il infuse depuis ses albums l'intensité du mystère, sonde les profondeurs de l'énigmatique. Sa folk sombre déploie sur scène tout son brillant, se pare des auras les plus magnétiques... et le meilleur dans l'histoire, c'est que le protégé du bien-avisé label discolexique est actuellement en tournée, donc très bientôt à côté de chez toi.

Photo : Kotryna Ula Kiliulyte

Vidéo

On tour

Vendredi 05/10 à Toulouse
Ellipse Festival

Samedi 06/10 à Arthez-de-Béarn
Le Pingouin Alternatif


On y sera : Festival Maintenant 2018

Dix-huit ans désormais que l'association Electroni(K) se donne pour mission de soutenir cultures émergentes et autres pratiques innovantes mêlant art et technologie, en n'ayant eu de cesse d'élargir ses horizons au fil des ans: autrefois concentré sur les cultures électroniques, le festival Maintenant met aujourd'hui à l'honneur la "culture contemporaine en arts visuels, musiques et nouvelles technologies", et s'autorise ainsi à exploser les frontières, pour mieux laisser s'exprimer une soif de défrichage et d'éclectisme visiblement impossible a étancher. En perpétuant une manifestation en forme d'expérience collective et syncrétique, Maintenant valorise comme nulle autre festival son public, extirpé d'une passivité d'écoute et d'observation pour mieux être propulsé dans un univers ou stimulation des sens et  réflexion font office de carte routière. Une fois encore, le programme 2018 s'avère maousse costaud et sacrément aventureux. Compliqué, donc, d'en dégager un parcours idéal: entre installations monumentales, conférences, expositions, concerts ou autres brunchs électroniques, les motifs de réjouissances sont nombreux. Côté Expériences, on ne saurait trop vous conseiller d'aller découvrir, dans l'écrin du vénérable jardin du Thabor, l'orgue de barbarie MIDI de Saudaà Group alias Alexis Paul, qui nous avait déjà parlé de cette nouvelle entité étourdissante lors d'une interview début 2016 (lire) et enchante les oreilles les plus récalcitrantes depuis de nombreuses années déjà avec son autre projet Belle Arché Lou, auquel nous avions consacré en 2011 un très beau portrait vidéo à (re)découvrir par ici.

On ne ratera pas non plus l'occasion de croiser la route de Joasihno et ses passionnants assemblages sonores, à la fois mélancoliques et entêtants, au choix dans un temple protestant ou dans le cloitre de la Fac d'Eco de la capitale bretonne. Le passage du montréalais Jason Sharp et son saxo géant devrait également en souffler plus d'un, tant le compositeur, signé par l'écurie Constellation, aime éprouver les corps dans de grands élans vibratoires. Enfin, on ira sans doute également faire un tour du côté de l'Antipodepour découvrir la collaboration entre Flavien Berger et l'espagnol Marc Melia dont l' album Music For Prophet, paru l'an dernier sur le label du premier nommé, est une bénédiction. Concernant les Expos et installations, le mystérieux Pianographe, mi Harmonium, mi synthétiseur proposant une lecture des interactions entre sons et images, devrait capter facilement notre attention pourtant si volatile. L'installation Bloom, de Tristan Ménez, permettra quant à elle de visualiser les sons au travers d'une chorégraphie liquide pleine de promesses, tandis que le dispositif Physical Mind, à l'Opéra de Rennes, promet de vous guérir de tout stress en vous immergeant au cœur d'une structure gonflable tout aussi déstabilisante que rassurante... On signalera également que le label et collectif Les Disques Anonymes, responsables notamment des festivals Visions et Treize, et particulièrement apprécié dans nos pages, se sont vus confier une Ambiance Electronique le 12 octobre, et inviteront à cette occasion JasssPoinget Opaque. Ceci étant dit,  on ne vous privera surtout pas de la chance de décider seuls de la manière d'aborder au mieux le Maintenant 2018, à l'aide de la grille de programmation ci-dessous, ou visible en intégralité et de manière détaillée sur le site du festival, par ici.

Pour obtenir vos tickets pendant qu'il en reste encore, on vous invite donc à vous rendre dès maintenant sur la billetterie en ligne, en cliquant sur ce lien. Pour toute autre information dont vous pourriez avoir besoin, c'est sur le site du festival que cela se passe, juste là.

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Festival Maintenant 2018
Du vendredi 05 au dimanche 14 octobre
Rennes


On y sera : Crak Festival 2018

Un rédacteur qui ne rédige pas dans l’urgence, c’est un peu triste. Aussi lorsque vous recevez le mail un peu speed de l’attachée de presse surbookée d'un festival que vous estimez, vous y voyez un beau défi à relever. Saurez-vous, d’ici douze ou vingt-quatre heures max, exalter dans vos colonnes les qualités flagrantes du Crak Festival, ce rituel de rentrée des musiques dites de marge ?

Dites, combien de temps résisterez-vous à la métaphore narcotique, jamais très loin du clavier rock critic, ici quasi obligatoire ? Vu chez Gonzaï, tiens. Salut ! Saurez-vous bien dire que si "Unkino", la proposition pour quatre projos 16 mm et 24 musiciens d’Étienne Caire et de l’ensemble Un vous fera probablement bien gamberger, le dub jeune de Low Jack vous rattrapera au vol pour mieux vous faire danser (ou l'inverse). Vous vous tortillerez un peu, vous verrez (la programmation complète ici).

Soulignerez-vous assez à quel point cette manifestation culturelle opère une rencontre entre des propositions parfois cryptiques mais souvent intéressantes et un lieu qui vaut lui-même vaut le détour ? C’est à l’église Saint-Merry. Vous y avez des souvenirs précieux. Buvettes bondées, pissotières peu enviables, foules un peu ivres, un peu sérieuses, dansantes ou compassées, plongées dans la pénombre, massées sous l’œil impavide d’un Christ qui en a vu d’autre et s’est pour toujours interdit de juger ; le black métal – allez - "occulte" d’Aluk Todolo, les œuvres orchestrales de Stephen O’Malley, le presque silence d'AMM... et sans doute bien d’autres tourments, mais laissons cela.

Et donc, si tu lis, entends ! Le Crak, ce sont les jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 septembre, et c’est tous les ans, à ces mêmes dates, à peu près, au moins jusqu’à la fin des temps, espérons-le...


Leopardo - Lovely & Sunny Landscape

Et si le nouveau maillon de la pop garage française était suisse ? Le dernier arrivé du le label Montagne Sacrée, qui compte En Attendant Ana (lire) et Tropical Horses (lire) dans ses rangs, s'appelle Leopardo et traîne depuis Fribourg sa sensibilité féline et son agile créativité, empruntée au meilleur de la bricole lo-fi. Agissant d'abord en solo, maintenant entre potos, l'inspiration reste la même : celles des guitares choyées, mises sur le devant de la scène parce qu'elles racontent une histoire, parce qu'elles emmènent plus loin. Mais pas trop loin non plus car c'est début novembre que le feulement de Leopardo sera branché sur ampli avec Di Caprio. I Wanna Tame You offre un joli coup d'envoi qui sort tout droit des nineties bien aimées, celles de Deam Wareham et de sa galaxie, les douze titres ont le son garage et la mélodie pop vaillante. Parmi eux Lovely & Sunny Landscape, premier extrait entraînant. Le soleil est toujours là, merci l'été indien.

Audio

Tracklist

Leopardo - Di Caprio (Montagne Sacrée/We Don't Make It Records, 05 novembre 2018)

01. I Wanna Tame You
02. Sweet Mountain
03. Modern Love
04. Summer Of Love
05. Avion Lufthansa
06. Leoparda
07. Lovely & Sunny Landscape
08. Cheap Music For Cheap People
09. Bye Bye
10. Fear
11. Chinese Army
12. I Wanna Tame You II
13. Avion Swissair


Bootchy Temple - The Man With The Cane (PREMIERE)

Immensité bleue nuit. Mais pas que. En plissant bien les yeux, on peut distinguer çà et là quelques fragments de couleur jaune, des drôles de formes qui n'ont peut-être pas vocation à être reconnues ni assemblées. On les aperçoit juste, on les attrape au vol, d'un coup d'oeil. Ils sont là, signés Emma Kadraoui, les Glimpses qui donnent leur nom au troisième album des Bootchy Temple (lire).

Ces découpages sortis de nulle part reflètent l'ambiance de la nouvelle fournée du groupe, qui vient d'ailleurs de quitter Bordeaux pour emménager à Nanterre, de même que sa conception. Enregistrés l'été dernier, au coeur de leurs chères Landes voisines, les treize pistes de ce nouvel album sortent de longues sessions d'enregistrement, si denses qu'il était impossible d'en tirer un format album. Et c'est là que la bricole entre en jeu. Depuis des prises directes, c'est un grand mélo-mélo de re-recording, de chutes raccordées à droite et d'improvisations calquées à gauche pour qu'enfin le grand mixage donne consistance à tout cela et détermine le découpage précis d'un très chouette disque qu'on est très heureux de faire découvrir en exclusivité ici avec le single The Man With The Cane. La pop colorée tient toujours la dragée haute, piquée d'un vague à l'âme palpable mais pas plombant et surtout animée d'une naïveté nineties douce à entendre et belle à danser.

Vidéo

Tracklist

Bootchy Temple - Glimpses (Howlin' Banana Records/Azbin Records, 02 octobre 2018)

01. A1. Glimpses I
02. A2. Glimpses II
03. A3. Mare's Nest
04. A4. Lady Sunshine
05. A5. Glimpses III
06. A6. The Box (We Are Inside)
07. B1. The Man With The Cane
08. B2. Twirl
09. B3. Nail's Ward
10. B4. The Playground Project
11. B5. Mackerel Sky
12. B6. Glimpses IV
13. B7. The Gleam


On y sera : Point Éphémère en Short 2018

Sors les doigts de pieds de tes vieilles chaussures toutes trouées, fais péter les claquettes et le short, le Point Ephémère lâche la bride du style vestimentaire tant que la tenue musicale reste impeccable. Et cela commence dès demain avec une nouvelle date d'En Attendant Ana, qu'on présentait, pleins d'éloges, en mars dernier avec un interview (lire) de bon augure. À côté, des barbecues et d'autres réjouissances gustatives et culturelles (ciné, vide dressing, jeux et ateliers, dj sets) viendront ponctuer l'été de parenthèses idéales, pour faire oublier qu'il y a du béton sous nos sandalettes.

Les places pour ce beau bordel sont à choper ici, as soon as can be !

Point Éphémère en Short 2018
Jusqu'au samedi 08 septembre à 20h
Point Ephémère, Paris


On y sera : Les Vieilles Charrues 2018

Vingt-septième édition pour le plus maousse des festivals français, soit l'âge de tous les dangers lorsque l'on parle musique. Et si quelques figures du rock ont passé l'arme à gauche une fois arrivées à ce stade de leur courte vie, les Vieilles Charrues ont semble-t-il plus que jamais le désir de voir plus loin. A priori, pas d'inquiétude à avoir concernant une manifestation ayant toujours eu pour leitmotiv assumé le souci du rassemblement, au travers d'une programmation à la fois conséquente et protéiforme. Une recette capable de séduire un public de tous âges et (presque) toutes sensibilités musicales, pour réussir à réunir la foule la plus imposante des rendez-vous estivaux de l'hexagone, et surtout sans doute  la plus bigarrée. Soyons clairs, cette année ne fait pas exception à la règle, et tous les forfaits ont trouvé preneurs en quelques jours, si ce n'est quelques heures. Des préventes assez phénoménales, qui ne tiennent cette année sans doute pas seulement à la réputation de "grand rendez-vous musical familial et populaire" qui colle à la peau du festival. En effet, les programmateurs ont pour cette édition frappé quelques grands coups, comme ils ne l'avaient peut-être plus fait depuis quelques temps. Un line up aux allures de rouleau compresseur, donc, qui convoque, en termes de poids-lourds internationaux, de vrais cadors et non pas seulement des machines à biff, au portefeuille bien gonflé mais sérieusement ramollis du bulbe. Alors lorsque l'on peut voir, durant un festival, quelques groupes conjuguant popularité et pertinence artistique, ne boudons pas notre plaisir et participons à la fête, la tongue légère et la truffe au vent, et ce même si certains affichent un paquet d'années de carrière au compteur. Le thème choisi par les organisateurs étant cette fois-ci "L'Été Indien", gageons qu'à l'instar du roman de Truman Capote, ceux-ci puisent dans la nostalgie fragile d'un retour aux sources de quoi transcender les incertitudes de l'avenir. Ainsi, on ne peut que remercier tout d'abord le festival breton d'avoir su attirer dans ses filets les inoxydables Depeche Mode, qui se fendent d'une petite tournée des raouts estivaux après avoir sillonné la planète sous leur propre bannière, à l'occasion de leur quatorzième album, le révolté Spirit. Une pierre de plus ajoutée à une discographie impeccable, qui prouve à qui en douterait que Depeche Mode reste aujourd'hui quasiment aussi inventif, pertinent et joueur qu'au premier jour, ne s'installant jamais dans un confort musical ronronnant et stérile que leur statut de mastodonte de la planète pop pourrait pourtant leur autoriser. Ajoutez à cela le fait que les anglais soient des bêtes de scène rompus aux audiences les plus gigantesques, et vous ne trouverez pas beaucoup d'arguments pour louper un concert qui s'annonce brulant. L'histoire aurait presque pu s'arrêter là, mais non: on croisera également la route de Gorillaz, revenus avec leur cinquième album Humanz, qui porte fortement la marque de son leader Damon Albarn mais vaut surtout pour la qualité de certains invités, comme l'excellent Vince Staples, toujours en forme lorsqu'il s'agit de jouer les prêcheurs de l'enfer. Les bristoliens de Massive Attack seront aussi de la partie, pour un concert qui devrait être dans la droite ligne de ceux auxquels on a déjà pu assister: politique, puissant, hypnotique. Espérons, cerise sur le gâteau, qu'ils auront emporté dans leur valise la divine Martina Topley Bird, dont on ne se lasse jamais d'entendre la voix unique. Et histoire d'en rajouter une couche dans la catégorie des poids lourds britons, Fatboy Slim, 20 ans après la sortie du culte "You've Come A Long Way, Baby", s'occupera également d'entretenir la frénésie d'un public qui devrait vraisemblablement finir sur les rotules.

Difficile de citer toutes les autres réjouissances, mais on retiendra quand même les présences de Robert Plant, qui devrait ravir tous les fans de Robert Plant, des revenants rennais Marquis De Sade, de la machine à danser Soulwax, de l'Oasis allégé Liam Gallagher, ou du simple et basique Orelsan. On n'oubliera pas non plus d'aller écouter les perpignanais supersoniques Liminanas, revenus en janvier avec sous le bras un album enregistré chez Anton Newcombe, et donc, pas piqué des vers. Et enfin mention spéciale, bien entendu, aux merveilleux écossais de Mogwai, habitués de nos pages, qui nous enchantent maintenant depuis tant d'années (lire) et devraient sans mal entretenir la flamme lors de leur passage carhaisien.

On arrêtera ici cet assommant name dropping, en vous laissant le soin de consulter ci-dessous (ou directement sur le site des Vieilles Charrues) la programmation intégrale, et préparer tranquillement votre petit périple musical. A moins que vous ne souhaitiez bien sûr laisser carte blanche au hasard, au gré de vos pérégrinations ensoleillées et/ou avinées, étourdis par le gigantisme du lieu qui se prête donc forcément à la surprise, bonne ou mauvaise.

Les soirées de vendredi, samedi et dimanche affichent complet. Toutefois, sachez qu'il n'est pas trop tard pour obtenir un sésame pour la soirée du jeudi, avec les présences - et pas des moindres - de Depeche Mode, Marquis De Sade ou encore Soulwax. Pour cela, direction la billetterie du festival, juste ici.

Vous pouvez aussi garder espoir pour les autres soirs, et tenter votre chance du côté de la bourse aux billets officielle des Vieilles Charrues, juste là.

PROGRAMMATION

JEUDI 19 JUILLET

Depeche Mode
Marquis De Sade
Olli and the Bollywood Orchestra
Soulwax
No Land

VENDREDI 20 JUILLET

IAM
Kygo
JAIN
Liam Gallagher
Portugal. The Man
Rilès
Lomepal
Lysistrata
KOKOKO!
Coeur de pirate
Hungry 5 feat. Worakls, N'To & Joachim Pastor
Mogwai
Therapie Taxi
Altin Gün
Throes + The Shine
Delgrès
La Tène
Revolutionary Birds

SAMEDI 21 JUILLET

Gorillaz
Massive Attack
Damso
Mo
Ofenbach
Les Négresses Vertes
Young Fathers
Rebeka Warrior
Yuksek
Rone
Charlotte Cardin
Lee Fields & The Expressions
Saro
Leska
Artus
Ndiaz
Maria Simoglou

DIMANCHE 22 JUILLET

OrelSan
Fatboy Slim
Robert Plant And The Sensational Space Shifters
Bigflo et Oli
Oscar & The Wolf
Véronique Sanson
The Blaze
The Liminanas
Lorenzo
Roméo Elvis
Eddy de Pretto
INÜIT
Angèle
Voyou
Yuma
Rizan Said
Ifriqiyya Electrique
Dour/Le Pottier Quartet + Sofia Sanden & Mia Guildhammer

Festival Des Vieilles Charrues du 19 au 22 Juillet 2018 à Carhaix, Site de Kerampuilh


Zohastre - Pan And The Master Pipers (PREMIERE)

Zohastre, le nom est en lui-même un bon révélateur des intentions de ses protagonistes. Duo franco-italien, homme-femme, Zohastre tutoie les constellations célestes et relie les points d’une galaxie inconnue avec une nouvelle tranche de chelouteries électroniques et de rythmes heavy intitulée Pan And The Master Pipers. Le dieu de la nature, on aurait très bien pu s’en douter tant les cinq titres de cet album évoquent les éléments : minéraux, terre, ciel et feu surtout. Collages incantatoires et modulations câblées élargissent le spectre sonore, on imagine sans peine les grandes flammes de l’expérimentation venir lécher et consumer la transe noiso-drono-psyche-rock du duo bien trippé. À écouter en boucle, signe suprême du recommencement éternel et du cycle de la vie. Pour sortir grandi de cette réflexion supersonique, il faudra attendre le 27 avril prochain et garder un œil sur S.K Records (et Zamzamrec). Ou appuyer sur play, là, juste en bas.

Audio


Le Groupe Obscur

Laissez-moi vous raconter l'histoire d'une secte blanche, d'un groupe aussi discret que dramatique : le Groupe Obscur.

Entre pénombre et lumière blanche, leurs concerts aux allures de messes noires intriguent autant qu'ils fascinent. Cette formation de cinq mestres ensorcelle. La voix de la chanteuse prêche en français entre accents perchés et chant angélique. Son audace et son timbre rendent hommage aux plus belles voix des années cold wave, de Siouxie Sioux à Elizabeth Fraser (Cocteau Twins). Cette voix angélique, associée à la puissance de son orchestre, donne corps à ce projet dont l’âme se veut à la fois rêveuse et salvatrice.

Le groupe est plein de contradictions, à l'image de leur titre Oiseau de Feu, histoire d'un oiseau de feu évoluant dans un univers de glace. Une métaphore racontée sur une basse des plus froides et une voix profonde à la Siouxie Sioux.

Sous cette désinvolture apparente, le groupe a une promesse ; non pas nous embarquer au fin fond des ténèbres, mais nous proposer un voyage qui casse les codes. Si l'on ne touche pas la lune à bord de leur vaisseau, on touchera au moins quelques étoiles.

L'esthétique du groupe est largement inspirée de grands classiques de la littérature tels que Alice au Pays des Merveilles, que l'on retrouve dans la vidéo Du Fond des Mondes. La formation s'inspire également du dadaïsme, mouvement artistique le plus libre jamais créé. Le Groupe Obscur a bon goût, de Man Ray à Georges Méliès, leur imagerie aussi sombre que romantique est maîtrisée.

Le Groupe Obscur est une pépite délicate, puissante et pleine de poésie dans un monde toujours plus violent. Chers lecteurs, j'espère vous croiser à la prochaine messe.

Vidéos

Photo : Lise Dua


The Missing Season - Mall Rats (PREMIERE)

Cela fait un petit moment déjà que l'on suit avec attention les exploits discographiques de The Missing Season, qui nous avait notamment bien bluffés comme il faut avec leurs deux derniers albums, le tempétueux After Hours (lire) puis le luxuriant Getting Back (lire) en 2016. Avant la sortie de leur sixième album, Frequency, chez Les Disques Normal et Howlin' Banana, prévue pour le 27 avril prochain, le groupe nous offre en avant-première le clip de leur second single, Mall Rats. Un titre fidèle à ce qu'on aime chez The Missing Season, soit une capacité à cacher la tempête électrique sous un édredon pop rassurant, comme on trompe le petit chaperon rouge avant de le bouffer tout cru. Si le groupe semble désormais creuser son sillon bien personnel entre deux clubs chers à nos coeurs, American Music Club et Teenage Fanclub, ce Mall Rats va également chasser avec bonheur sur les terres de Stephen Malkmus, le temps d'une journée au centre commercial trompeuse, oscillant constamment entre espace de jeu et véritable enfer sur terre.

The Missing Season va également, à l'occasion de la sortie de ce sixième album, se fendre de release parties en très bonne compagnie, puisqu'Avions sera de la fête mais également les nouveaux venus de T-Shirt, qui sortent leur album Aggravator 2 chez SK Records et Influenza Records le 20 avril prochain. En prélude à cette sortie, les gredins ont bien fait les choses avec un EP dispo par ici, et un joli clip pour le track Razor.

Ce petit monde vous attend donc les:
03/05 - RENNES - Le Penny Lane
04/05 - PARIS - Olympic Café
05/05 - NANTES - Bras de fer

Vidéo (PREMIERE)

Tracklist

The Missing Season - Frequency (Les Disques Normal/Howlin' Banana, 27 avril 2018)

01. Les Voyous De Saint-Agrève
02. Mall Rats
03. Sleep With You
04. Secret Love
05. Settle Down
06. Holidays
07. Frequency
08. In My Ear
09. Homesick
10. Bad At Comforting My Girl