Yuck – Yuck

yuck-yuckYuck est un phénomène ! De foire, de société… A vous de faire votre choix. Il n’en reste pas moins que cette monstruosité grandissante ne laisse personne indifférent, et surtout pas nous. Né des cendres de Cajun Dance Party, cette entité tricéphale plus un recycle avec débrouillardise les débris sonores qui firent la gloire de notre adolescence transfigurés en un agglomérat de tubes canonisant les années 90 comme la décennie musicale incontournable. Les fantômes de Dinosaur Jr. et de Sonic Youth rôdent autour des mélodies de nos saltimbanques, l’odeur de sexe et les pensées malsaines en plus. Question titre, la bande à Blumberg ne s’est pas franchement cassé le cul. Un nouvel album éponyme à ranger dans vos bacs à disques ? Yuck est bien plus que cela. Conçu à la va-vite mais construit pour durer, ce LP, à l’image de celui de Girls l’année dernière, redéfinit avec larsen et fantaisie la manière d’apprécier le rock comme Nirvana le fit en son temps. Un phénomène on vous dit…
Il n’y a pas à tortiller du cul, ce qui aura séduit un label comme Fat Possum (The Walkmen, Smith Westerns, Crocodiles) à signer Yuck, c’est avant tout la capacité du groupe à arranger ses compositions de pourtours mélodiques. Un pied dans le shoegaze le plus électrique, l’autre dans une pop des plus raffinées. Le single Georgia avait particulièrement bien préparé le terrain. Une rythmique lo-fi stridente et un duo sexy de voix mixtes entremêlées. Une douce grenade qui allait gentiment nous péter à la gueule. Et pourtant, les hits ne manqueront pas à cet album qui n’en finira pas d’assourdir nos esgourdes. Get Away enclenche la machine sur un son craspec et noisy rappelant les grandes heures du trio mythique de Lou Barlow. Hymne sublime pour tous ceux qui en 2011 portent encore des jeans troués aux genoux et des surchemises. The Wall pousse d’un cran l’escalade sonique de Yuck, le guitariste Max Bloom s’en donnant à cœur joie, poussant son instrument dans ses derniers retranchements. Et quitte à citer des références, c’est dans Evol de Sonic Youth qu’on trouvera le plus de points de comparaison avec Holing Out, aussi bruitiste que poétique. Voilà typiquement le genre de morceau dont l’architecture pop semble avoir viré au drame. Une structure basique couplet/refrain dont la rythmique harmonique vrille en un quart de seconde, salopée par un amas de saturations.
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Nourri à Pavement, Pixies et autres Silver Jews, comme nous le confessait il y a peu Daniel Blumberg lors d’une rencontre inattendue au Midi Festival, celui-ci garde de ses aînés le goût du songwriting à double tranchant et une attirance pour les complaintes cafardeuses. Difficile de faire plus amer que Suck, ballade dont le spleen nous ronge jusqu’à l’os alors que Suicide Policeman démontre l’aisance avec laquelle nos petits prodiges arrivent à jouer avec les faux-semblants.  Arrive enfin Rose Gives a Lilly, excroissance instrumentale poétique dont la virtuosité frôle le divin. Un nectar se savourant en boucle, encore et encore… avant la débauche finale d’un Rubber aussi abrasive que fantasmagorique. Apothéose érotomane et cauchemardesque, arrachant nos visions adolescentes dans un terrible et langoureux vrombissement.
Définitivement, il y a de quoi se surexciter à la sortie de ce premier disque qui se rend inestimable au fil des écoutes. Venu des quatre coins du globe, les quatre comparses de Yuck ont beau avoir posé leurs valises à New-York, leur regard reste tourné vers Seattle. Et rien que parce que ce groupe a su rendre le grunge cool, je dis chapeau bas.

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Tracklist

Yuck – Yuck (Fat Possum, 2011)

1 – Get Away
2 – The Wall
3 – Shook Down
4 -Holing Out
5 – Suicide Policeman
6 – Georgia
7 – Suck
8 – Stutter
9 – Operation
10 – Sunday
11 – Rose Gives A lily
12 – Rubber