Who are you XVIII Records?

Pas de foutoir sur scène, la configuration est rudimentaire. Flanquée d’une basse ronde et binaire, une batterie elliptique, réduite à sa portion congrue, soutient coûte que coûte une guitare décharnée et moulinée à la fuzz. Mines patibulaires, visages décavés, la voix s’égosille et s’éraille tandis que les godillots marquent frénétiquement la mesure, pataugeant dans le jus de bière chaude. Dans une salle bondée, pas plus grande qu’un confessionnal, souffle la caresse brûlante et enivrante de la damnation, le comptoir dégoulinant d’alcool tout autant que les corps sont maculés de sueur. C’est bien là, perdus dans l’immensité criblé de soleil de l’Ouest américain, que quelques groupes écrivent à la hâte – dégobillant, la bouche pâteuse de poussière, les standards pop de l’époque – ce bréviaire minimaliste et souillon que le punk fera unanimement sien une décennie plus tard. Un blues blanc, dépenaillé et désenchanté, grimant d’amertume et de violence un son garage rétrospectivement consacré par quelques compil’ du genre (Nuggets, 1972). On est en 1965, The Sonics, The Count Five, The Seeds et consorts s’ébrouent sauvagement dans la nuit noire de Tacoma, San José et Los Angeles.

Depuis lors rien n’a changé, ou presque. Les modes et les trombines ont nargué, défilé, fané, mais le garage est resté. Ses terres d’élection, tout comme son champ des possibles, se sont même démultipliées, aux confins du globe et de la toile. Son pouilleux, épures mélodiques minimales et gouaille fiévreuse – rabibochant en quatre accords spontanéité punk et posture rock’n’roll – la recette quand bien même éculée ne s’épuise jamais. Jamais. Et Paris et la France de ne pas y échapper. On connaît depuis quelques lustres l’écurie Born Bad et ses insatiables rejetons, Cheveu, Frustration et Magnetix en tête. On se familiarise tant bien que mal avec l’exiguïté d’une Cantine de Belleville squattée sans répit par les agités d‘Inch Allah Records (Zyklon Beach, Catholic Spray). Et l’on découvre XVIII Records, presque par hasard. Un jeune label, fondu dans un collectif, animé par Sébastien et Antoine. Dit comme ça, pas de quoi fouetter de chat, ni de clébard. Même gratuitement. Sauf que voilà, notre binôme sait y faire et les deux premières sorties du label en imposent. Un mois après la parution d’un split 7″ réunissant les Parisiens de Catholic Spray et les deux excellents groupes australiens Assassins88 et TV.Colors, Eighteen Records livre, le 25 juillet dernier, cinq cents exemplaires vinyles de Blast From the Past, second album du trio . Un 12″ aussi bon – voire meilleur – que son prédécesseur A Heart Full of Sorrow (Born Bad), permettant d’asseoir un édifice discographique bien branlé. En témoigne, l’avenir immédiat du label et l’annonce d’un 12″ des Australiens de Royal Headache, largement attendu depuis son 7″ paru l’année passée sur R.I.P. Society.

Pas plus, pas moins, il n’en fallait pour satisfaire désir et curiosité d’un seul tenant. Sébastien brise la glace et se fend d’une mixtape collective et commentée, à écouter et télécharger ci-dessous. A vous de faire le reste, et cliquer par .

Entrevue avec Sébastien Denis

D’où vous sont venues l’idée et la volonté de créer Eighteen Records ?

L’idée de monter un label me trottait dans la tête depuis un moment. J’en ai parlé aux amis susceptibles d’être intéressés : Sofia Karchi (Frau Sofia) qui tourne avec beaucoup de groupes et depuis longtemps (MGMT, Ariel Pink’s Haunted Graffiti, Cults, Smith Westerns, Guards, Connan Mockasin, R. Stevie Moore, The Dough Rollers pour ne citer que les plus récents… la liste serait trop longue) et qui a donc un rapport privilégié avec un grand nombre d’artistes, Antoine Zéro, un passionné qui organise régulièrement des concerts à Paris (Nobunny, LiveFastDie, Cheap Time et plein d’autres). Sans oublier la bande du XVIII qui nous soutient ardemment. Ils ont tous répondu favorablement à ma proposition, ayant cette même volonté de faire avancer les choses : être actif plutôt que contemplatif.

Peux-tu nous expliquer la signification d’un tel nom ?

C’est un hommage au XVIIIème arrondissement de Paris, notre fief bien aimé ! On s’autoproclame « les rois de la butte »… sans prétention aucune.

Le fait d’être basé à Paris est-il un avantage quand on veut faire vivre ce type de structure ?

Probablement, pour l’organisation des événements et la visibilité mais pour moi, la situation géographique ne peut/doit être un frein à ce type de structure. Je suis partisan du D.I.Y., seules la volonté et l’envie comptent et que tu sois ici ou là, de toute façon tu auras toujours des gens pour te suivre, au moins un moment.

Comment définis-tu l’esthétique musicale et graphique du label ?

L’esthétique musicale du label est et restera la plus mixte possible. L’idée étant de sortir des groupes en fonction de nos envies et découvertes sans se cantonner à un style et sans restriction. Quant au graphisme, le mot d’ordre est « épuré » – C’est Florian Fournier, un ami scénographe et graphiste (avec qui je passe régulièrement des disques sous le nom de Cooligans), qui gère l’ensemble de l’image du label et tu pourras noter, outre l’élégance de son style, qu’une deuxième lecture s’impose pour en discerner l’humour : le costume d’Hailé Sélassié associé à une tête de panthère pour présenter Japanther, une Vierge à l’Enfant ornée du visage de Gilles de Rais pour annoncer le concert de /Catholic Spray, etc. Nous préparons ensemble pour la rentrée divers projets pluri-médias (web/vidéos/sérigraphies/textiles). Quant aux pochettes de disques, nous laissons carte blanche aux groupes.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Ceux-ci viennent d’ailleurs souvent d’Australie…

Le choix des artistes se fait collégialement. Nous écoutons, proposons et discutons avant de soumettre le projet aux groupes. Quant à l’Australie, Antoine et moi avons un véritable coup de cœur pour cette scène qui reste assez méconnue en France. Antoine la côtoie régulièrement et en connaît les principaux acteurs (Eddie Current Suppression Ring, Royal Headache, Total Control, Straight Arrows, UV Race) ce qui nous offre un grand nombre d’opportunités et de découvertes.

Yussuf Jerusalem, Creetens, Straight Arrows, Bazooka… quelle est l’histoire de chacune de ces quatre sorties ?

Le split Creetens/Straight Arrows est sorti sur l’autre label d’Antoine, Resistance à GOGO, le Bazooka chez Inch Allah Records, je me contente de les distribuer. Nous avons à notre actif le LP de Yussuf Jerusalem et le split Assassins88TV.Colors/Catholic Spray. Pour Yussuf Jerusalem, c’est une histoire de potes. Quand j’ai annoncé à Benji le lancement du label, il m’a soumis le souhait, comme une évidence, de sortir son prochain disque sur XVIII. Sacré coup de pouce pour le lancement !

J’aime tout particulièrement le split Assassins 88/TV Colours qui est devenu par la suite un split LP avec les Parisiens de Catholic Spray. Tu m’en dis plus sur ces groupes et comment une telle idée de split est-elle née et s’est-elle concrétisée ?

Les Catholic Spray sont avant tout des amis, je les ai rencontrés dans le cadre des soirées organisées par Inch Allah à la Cantine de Belleville. Leur premier split avec Zyklon Beach (White Moon Recordings), sauvage et bien lo-fi, m’a persuadé de leur potentiel. Assassins88 et TV.Colours sont une révélation pour moi. Ce sont deux groupes de la scène de Canberra, hyper productifs, avec un style bien à eux. Ce sont des adeptes du lo-fi/D.I.Y. et Tim d’Assassins88 a aussi son propre label, Dream Damage. Nous nous sommes tous convaincus de la pertinence de cette alliance. Assassins88 venait tout juste de sortir un split avec TV.Colours. J’ai proposé l’idée à Tim qui m’a demandé d’écouter son nouveau projet, celui-ci m’a bluffé : Neighbourhood, une fusion entre Assassins88 et TV.Colours. Ils ont finalement préféré garder leurs noms respectifs, probablement pour surfer sur la vague médiatique de leur excellent premier split sur Dream Damage.

Que t’inspire le groupe alsacien Scorpion Violente ?

Scorpion Violente correspond exactement au type de groupe susceptible de sortir sur notre label. J’aime vraiment leur disque sur AVANT! Records et les ai vus dernièrement en concert à la Java avec beaucoup de plaisir.

Eighteen Records a l’air d’avoir des relations privilégiées avec un autre agitateur de la scène garage parisienne, Inch Allah Records. Tu peux m’en dire plus ?

Nous entretenons des rapports amicaux avec Inch Allah. Claire et moi nous connaissons depuis longtemps et quant aux autres, ce sont tous des potes (j’ai même eu un projet de groupe avorté avec certains d’entre eux). J’ai beaucoup de respect pour l’énergie qu’ils déploient dans l’organisation d’événements, un dévouement total à la cause, c’est beau !

Du coup… y-a-t-il vraiment une scène garage à Paris ?

Indéniablement oui et la liste des groupes devient longue : Beat Mark, Teenage Moonlight Borderliners, Crash Normal, Catholic Spray, Eyes Behind, Chimiks, la Secte du futur, etc.

Le garage semble être un point nodal entre hédonisme et minimalisme. Comment en définirais-tu son essence ?

Effectivement on peut voir cela comme ça, la conjugaison du fun et de la simplicité. Pour étayer un peu, voici la réponse de Charles qui me semble assez pertinente… ou pas : « Je pense qu’il y a beaucoup à voir avec un antagonisme primaire face à tout ce qui pourrait être considéré comme une quelconque forme de succès et/ou de maturité. D’un point de vue définition du genre, c’est assez basique. Instruments électriques, formation classique basse/batterie/guitare, éventuellement un gadget ou deux du genre synthé ou boîte à rythme, et format blues, ça n’a pas trop évolué depuis la conception du genre en tant que tel avec l’avènement de la surf music. Un autre aspect qui n’a pas changé est l’âge. Le garage est par essence un truc de jeunes. Le plus jeune, le meilleur. On peut faire du garage passé 30/40 ans, mais on a intérêt à être resté sacrément con et imaginatif. Le style musical peut être super vague, parfois antinomique d’un groupe à l’autre, mais au final, le seul point de départ d’un groupe que l’on pourra qualifier de « garage » c’est l’envie de jouer, l’envie de jouer fort, et l’incapacité totale à réussir. »

Tu as toutes les compil’ Nuggets ou il faut définitivement se délester des sixties ?

Je n’ai aucune compil’ Nuggets mais beaucoup d’autres. La musique des années cinquante/soixante est une autre passion pour moi. J’ai même fait partie d’un groupe de surf assez longtemps… Donc hors de question de passer outre, même si ce n’est pas le sujet avec XVIII.

Eighteen Records annonce la sortie imminente du nouveau LP de Royal Headache. Quels sont les projets immédiats et futurs du label ?

Le LP de Royal Headache devrait être prêt pour la rentrée, l’album va sortir simultanément en Australie chez R.I.P Society, nous gérons l’Europe ! Nous préparons aussi des concerts que je garde secrets pour le moment. Nous avons quelques idées de sorties pour la suite, notamment un LP Assassins88 – TV.Colours, peut-être aussi un groupe de Lille. Diversité reste notre maître mot ! Catholic Spray, quant à eux, sortent leur premier LP sur Teenage Ménopause Records, dont vous allez entendre parler dans peu de temps.

Peux-tu présenter ta mixtape ?

C’est une mixtape collective : j’ai demandé aux artistes et personnes attachés au label de contribuer avec leurs morceaux préférés (du moment) et de les présenter, voilà ce que ça donne, enjoy !

Mixtape

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01. Gross Magic – Sweetest Touch

Sofia (XVIII Records Crew)

02. Scrotum Poles – Street Where you Live

Charles (XVIII Records Crew) : Y’avait donc ces connards de Dundee en Écosse qui n’ont jamais rien branlé à part sortir avec leurs propres ronds un quatre titres, Revelation, et enregistrer des démos avant de disparaître pour de bon. Le manque de prétention est aussi impossible que la qualité des compos. Il parait que Revelation s’est fait rééditer, je suis curieux de voir ça. Ce groupe est vraiment mortel.

03. Rupture – Pessimisstic View

Antoine (XVIII Records Crew) : Quels sont les bouffons qui ont dit que l’Australie est le pays des gens heureux ? Sûrement pas les mecs de Rupture, venant tout droit de Perth (ville toute aussi pourrie et isolée que Brest mais avec du soleil et de nazis), qui avec leur single Righteous Fuck, datant de 1991 et sorti sur label suisse Off the Disk, mettent à l’amende à peu près toute la planète Terre. Ah c’est un peu plus violent que Blank Dogs hein connard ?

04. Graffiti Island – Head Hunters

Pierre (Catholic Spray) : Graffiti Island c’est le haut de la pyramide des groupes anglais D.I.Y., celui qui te fait comprendre que la perfection c’est impossible parce que c’est trop simple.

05. Blank Dogs – Dismorphobia

Benjamin (Yussuf Jerusalem) : LOL

06. The Units – High Pressure Days

Shortty (Royal Headache) : I only got introduced to these guys quite recently. Still, easily the best song I’ve heard in the last 6 months. This was released way back in 1980 but pretty much eclipse any other song loosely defined as ‘synth punk’ over the last 30 years. Amazing lyrics too! « Exchange phone numbers, wither away »

07. Body Electric – Dash 1721

Florian (XVIII Records Crew) : Synth pop early electro néo-zélandaise. Face B du Pulsing EP de 1982. The Body Electric, fondé par l’ancien guitariste de The Steroids groupe punk de Wellington, propose une synth pop oscillant en permanence entre premier degré froid et distant et ironie rafraîchissante, dans le même esprit que leurs contemporains suisses de Guyer’s Connection en plus énergique.

08. Total Control – Paranoid Video

Sébastien Denis (XVIII Records) : Définitivement mon coup de cœur depuis la découverte de ce groupe (une fois de plus australien), ce morceau est une claque en pleine face. Killer ! Ils viennent de sortir leur tout premier album sur Iron Lung Records, à ne pas louper !