Caleb Braaten fait ce qu’il aime et on aime ce qu’il fait. Véritable Saint-Esprit du label de Brooklyn aux productions soignées dans leurs moindres recoins, Sacred Bones Records est de plus en plus l’objet d’un culte qui grandit de manière exponentielle.

Il est des labels qui changent leur éthique et leur charte graphique et intellectuelle constamment au fur et à mesure de leur existence montrant qu’ils arrivent à tendre vers quelque chose de mieux et l’expriment de cette manière, par une diversité au cours d’une évolution. À l’inverse, certains autres labels comme Sacred Bones Records restent ancrés à un principe, une image, une idée. Dans ce cas précis, c’est un peu comme si depuis toujours, Sacred Bones avait atteint le “mieux” depuis longtemps et ne cesse aujourd’hui de s’étendre avec sa ligne artistique parfaite et reconnaissable entre mille puisqu’elle ne bouge pas depuis des années, depuis toujours en fait. Culte d’une musique sombre et souvent avant-gardiste prônant les expérimentations en tout genre, le label met en avant tant d’artistes rares, méconnus, poussant les limites de la musique dark dans un registre rock, parfois pop ou punk, mais toujours avec ce petit truc en plus qui leur est propre. Le label arrive aussi à propulser des artistes sur le devant de la scène indépendante mondiale avec des artistes comme Zola Jesus (pour le versant pop du label) ou The Men, avec leur post-punk sonique, pas loin d’avoir enregistré le meilleur album de l’année avec Open Your Heart en ce premier semestre 2012. Ces artistes partagent au sein du label l’affiche avec d’autres, célèbres en devenir (Vår) et toujours tout aussi excellents sous une charte graphique élaborée et impeccable. Qui ne s’est jamais senti passer à côté de quelques chose devant la redondance sans explication de cet ouroboros (serpent qui se mort la queue) encerclant un triangle plein des plus énigmatiques ? Suivant toujours le même paterne pour ses sorties physiques, Sacred Bones marque les esprits. Comme un quelque chose qui pousse à chercher à comprendre, une anguille sous roche cachant une énormité tellement effarante qu’elle en deviendra culte tout en préservant un secret absolu sur bien des points. Pas vraiment de promotion ni même d’information ou de mise en page sur leur site officiel, une discrétion au fil des ans qui rend la chose encore plus déconcertante.

De ceux qui savent de quoi il retourne, qui savent ce qui est parti d’une cave de building new-yorkais pour devenir un des meilleurs labels indépendant au monde, d’entre eux beaucoup s’empressent de suivre les sorties comme autant de messes systématiques pour attraper l’édition limitée à 50 exemplaires. Le fait que ces individus sont de plus en plus nombreux à vouer un véritable culte à ce label reste sans doute la meilleure preuve et gage de qualité de ses différentes productions. Fans de musiques alternatives sombres ou simples curieux potentiellement avides de nouveautés musicales, si vous découvrez Sacred Bones Records en lisant ces lignes, il est plus que temps !

Musicalement, les productions du label sont éclectiques : on passe par la plupart des genres et sous-genres affiliés de près ou de loin au rock indie et aux musiques les plus alternatives. De la folk de Case Studies au punk de Daily Void et de la pop aussi, celle de Zola Jesus : Sacred Bones brasse de tout, mais certainement pas n’importe quoi. Les artistes sont nombreux aujourd’hui à avoir signé pour une sortie sur Sacred Bones avec presque autant de styles musicaux différents et propres à chacun mais si une chose lie pourtant l’intégralité des artistes signés sur le label, il s’agit bien de cette touche dark. Entre l’errance simpliste et profonde d’Amen Dunes, la recherche véhémente de Factums ou les déflagrations de The Men et de Pop 1280, tout se joue sur un tableau imprégné d’une noirceur omniprésente et palpable. Mais attention, jamais étouffante, l’atmosphère liant tous ces artistes apporte un charme singulier et reconnaissable propre à l’éthique aujourd’hui encore impeccable du label new-yorkais.

On ne va pas forcément faire de tour d’horizon complet ici, mais notons tout de même que le label a fait son apparition au début de l’année 2007 avec la sortie d’un single du duo The Hunt, One Thousand Nights, et déjà une imprégnation sombre noie les deux titres du groupe en enlisant le titre éponyme et sa face B, Black and White, dans le tableau indie rock très sombre, à la limite du gothique et marque (sans le savoir dès lors) la naissance officielle du style Sacred Bones. S’en suivra un des meilleurs EP du label, celui de Blank Dogs, Diana (The Herald).

Petite parenthèse pour noter, toutefois, que Blank Dogs est l’un des nombreux projets de Mike Sniper qui tient aujourd’hui (en outre) un autre label new-yorkais, Captured Tracks. Plus spécialisé dans le shoegaze, la dream-pop et parfois dans un registre lo-fi avec des groupes comme Craft Spells, DIIV, Wild Nothing, The Soft Moon… Captured Tracks partage aujourd’hui les mêmes bureaux que Sacred Bones à Brooklyn.

Diana (The Herald) comporte donc cinq titres aussi sombres et violents que séduisants et forme une perfection synth-punk lo-fi poussée à l’extrême. Alors si je choisis de vous parler de cet EP, c’est non seulement parce qu’il est exceptionnel, mais pour vous introduire aussi la boîte de Pandore qu’est Sacred Bones à ce niveau, car très nombreuses sont les pures merveilles sonores en format relativement court de quatre à six titres. Au niveau musical, cet EP fait entièrement partie de la définition de ce qu’est Sacred Bones Records, mais au niveau du packaging aussi. Il s’agit en effet de la première sortie physique du label à adopter ce paterne que l’on retrouvera au cours des cinq années à venir jusqu’aux sorties actuelles. Leur logo situé dans le coin haut gauche, en face duquel sera mentionné sobrement le nom de l’artiste, suivi du nom de l’album puis le nom de chaque titre, le tout dans le premier tiers haut de la pochette du disque. Les deux-tiers du bas sont occupés par l’artwork en tant que tel encadré dans un espace qui ne bougera que très rarement au fur et à mesures des sorties. Au dos du vinyle, rien, mis à part ce même logo, seul perdu en bas de la pochette arrière. Par la suite, le schéma adopté par les EP va changer et rester figé. Il va rester et encadrer l’ensemble des LP du label et continue encore d’être présent aujourd’hui. Cette sortie est exemplaire puisqu’elle fera la part belle à une édition limitée à 50 exemplaires dans laquelle le vinyle dans sa pochette aura été inséré dans un tissu épais découpé aux mesures de la pochette, montrant un œuvre de Mike Sniper (graphiste aussi, tiens) et qui atteindra presque les 200 dollars sur un site d’enchères. Le culte est lancé.

Des autres EP qui m’auront le plus marqué et dont je ne saurai assez vous recommander de les écouter, je mettrais en avant le magnifique recueil des pérégrinations lo-fi de Nerve City. Sorti en 2010, Sleepwalker, du haut de ses six titres, vous rentre dans le crâne et n’en ressortira plus jamais. On touche presque à des mélodies pop mais altérées par son enregistrement à la maison et un abus considérable de réverb’ de la part de Jason Boyer. Le tout premier effort de Moon Duo, la nouvelle formation de Ripley Johnson (Wooden Shjips) qui s’associe avec Sanae Yamada, s’inscrit aussi dans la longue série des EP en or massif que proposera le label. Killing Time EP est une bombe à retardement et la première série de titres du rock psychédélique du duo avec lequel Sacred Bones aura vu juste en en signant la première pépite d’un groupe qui sortira un album magistral en 2011 avec Mazes. 2011, année où Sacred Bones explosa pour suivre depuis une progression exponentielle, détient aussi le dernier EP dont je tenais à vous parler dans cette section. Inconnu au bataillon (si ce n’est avec une sortie CD chez eux, au Chili, de leur premier album) avant ces deux titres de dix minutes regroupés en deux faces de leur premier EP, Föllakzoid nous propose un rock progressif vitaminé et complètement jouissif. Une énergie comparable aux productions de Can sur un Monster Movie émane de cet EP éponyme qui restera une découverte majeure de l’année pour un groupe définitivement à suivre et qui prépare d’ailleurs son premier album, II, pour le début 2013. D’autres perles bien sur, de la pop futuriste subaquatique lo-fi (si si) de Gary War (Police Water EP, 2010) aux claques post-punk hardcore de Pop 1280 et son chant d’écorché (The Grid, 2010), Sacred Bones arrive à toucher à l’essentiel en quelques titres et redéfinit à sa sauce le format EP dans sa ligne directrice qui jusqu’à présent frise le sans-faute.

Le premier format long du label date de 2008 et propose un recueil d’expérimentations sonores teinté de kraut et de punk du trio énigmatique Factums. Leur troisième album, The Sistrum, sortira lui aussi dans une édition limitée à 150 exemplaires et pour la première fois le label dévoile ce qui restera une norme pour ce type d’édition. Une version limitée et donc beaucoup plus rare et prisée accompagne encore aujourd’hui la plupart des sorties du label, apportant toujours un travail soigné et unique en son genre participant à la renommée internationale de ce label chez les collectionneurs de vinyles et autres amateurs. Généralement une édition tirée entre 50 et 150 exemplaires offrant une sérigraphie d’un artwork alternatif et entourant la pochette de l’édition normale renfermant le vinyle, le tout fermé par un sceau en cire et numéroté à la main. Les photos sont rares, Caleb prônant lui-même une discrétion quasi absolue sur ce genre de tirages, les rendant encore plus spéciaux selon lui. Les albums s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Les expérimentations restent omniprésentes sur beaucoup des premières sorties. Le duo franco-canadien The Pink Noise sortira tour à tour Dream Code en 2008 et Birdland en 2009, offrant deux boîtes à outils lo-fi teintées de synth-punk. Deux albums qui s’inscrivent dans une apocalypse sonore qui ne ressemblera jamais à aucune autre. De l’expérimentation toujours et encore avec les excellents albums de Children’s Hospital (Alone Together, 2009) qui sortis de Seattle proposent un punk abrasif avant-gardiste teinté de drone qui colle aux dents et de Gary War (Horribles Parade, 2009) avec sa pop expérimentale lo-fi dont on dirait que Greg Dalton chante réellement sous l’eau. Ce dernier album aura valu le premier clip officiel du label pour le titre Highspeed Drift, dirigé par Jacqueline Castel (ayant à ce moment déjà travaillé sur des projets vidéo avec Blank Dogs). Soulevant des interrogations de tout type, sans doute avant, pendant, mais sûrement beaucoup plus après le visionnage du court métrage, le culte Sacred Bones ne fera qu’en ressortir plus grand, se cachant derrière ce qu’il veut montrer de plus énigmatique et underground.  Qu’on se le dise, sur les singles, EP et LP du label, les expérimentations auront toujours été omniprésentes, et ce jusqu’en 2012 encore ou les dernières en date soulèvent l’engouement d’un nouveau public de manière systématique. Plus rien ne passera inaperçu et le label met désormais en avant ses sorties à la vue d’un plus large nombre d’auditeurs intéressés. Ainsi The Driver, le dernier album de Led Er Est, tout comme le tout premier single de Vår (anciennement WAR), At War For Youth, s’inscrivent dans ce torrent de nouvelles expérimentations, laissant place à autant de complexité dans l’enchevêtrement des courants musicaux empruntés.

Sur la totalité des formats qu’a proposé le label au cours de ses cinq années d’existence, 2011 reste une étape charnière pour Sacred Bones Records qui, ayant passé la vitesse supérieure, multiplie les sorties. Les albums, EP et singles s’enchaînent jusqu’au bilan de vingt sorties physiques en 2011 uniquement. Des artistes confirmés (Crystal Stilts, Moon Duo, Zola Jesus) et d’autres très peu connus jusqu’à lors (Föllakzoid, Trust, Medication) dont on attend aujourd’hui une perle au tournant. 2011 fut aussi l’année de la toute première compilation, Todo Muere vol. 1, qui viendra marquer le 54ème numéro du catalogue. Plusieurs réussites totales aussi qu’on pourra aisément considérer comme de gros pavés dans la tronche et une qui restera gravée dans les esprits de beaucoup, beaucoup de monde. Il s’agit de l’album de The Men. Leave Home (lire la chronique) est une décharge tellement brute d’un post-punk puissant, et le titre Bataille lâché à la volée six mois auparavant aura suffit à créer un tel buzz qu’il n’aura aucun mal à faire parler de lui bien au-delà de la sphère underground new-yorkaise.  À une vitesse fulgurante on entend à tout va parler de révélation, bien que le quatuor n’en soit pas à son coup d’essai. Leave Home sera classé parmi les meilleurs albums indie de l’année 2011. Alors que son successeur de 2012, Open Your Heart, est en passe de rentrer dans les mêmes rangs, on parle déjà d’un autre album se préparant pour le courant de cette année…

À mi-chemin de cette année 2012, on sent que le rythme n’est pas à la baisse vue la profusion avec laquelle Sacred Bones continue de nous tabasser de ses sorties tout en conservant une qualité de premier choix – une nouvelle compilation pour le Record Store Day, Todo Muere vol. 2, un album de remixes de l’excellent Mazes de Moon Duo en vinyle et un DVD contenant le premier long métrage du label, toujours signé Jacqueline Castel. Ce sont les artistes Pop 1280, The Men, Led Er Est et Wymond Miles (80ème sortie du label pour ce dernier) qui auront tous sorti un album de qualité en ce premier semestre qui va se clôturer avec la sortie à venir d’un nouvel album, celui de Slug Guts, Playin’ in Time With the Deadbeat. Aucun répit donc pour le label de Brooklyn qui peut se targuer de faire carton plein à chacune de ses sorties avec un contenu de qualité qui reste aujourd’hui plus que jamais la marque de fabrique d’un des labels les plus en vogue de la scène underground.

Derrière le symbole aujourd’hui inébranlable de son label, Caleb Braaten aura répondu à quelques questions principalement pour savoir comment se porte aujourd’hui son entreprise et quelle direction elle prendra demain. Entretien avec le gourou, créateur et fer de lance de Sacred Bones Records aujourd’hui plus que jamais reconnu pour son exactitude dans le choix des artistes et la mise en avant de leurs chefs-d’œuvres.

Entretien avec Caleb Braaten

Salut Caleb ! Où es-tu, là ?
Hi Caleb! Where are you now reading me?

Je me sens un peu comme à l’intérieur d’un œuf de dinosaure.

It feels like the interior of a dinosaur egg.

Sacred Bones est né en 2006, vous allez donc fêter votre sixième anniversaire, pensais-tu aller aussi loin ?
Sacred Bones was born in 2006, so you are at your sixth birthday, did you thought you would go so far?

En fait j’ai vraiment commencé tout ça en 2007, peut-être en toute fin 2006. Le vinyle de The Hunt est sorti en 2007, du coup je considère 2012 comme étant notre cinquième année. Je n’ai jamais pensé que Sacred Bones Records pouvait prendre l’ampleur que ça a pris aujourd’hui. Je m’estime vraiment chanceux que nous ayons toujours la capacité de sortir et de mettre en avant la musique que nous aimons.

I really started this in 2007, maybe late 2006. The Hunt record came out in 2007, so I consider this to be our fifth year. I never really considered it becoming the operation that it is today. I feel very lucky that we are still able to put out music that we love.

Après ces années, Sacred Bones reste énigmatique pour beaucoup de personnes, et en même temps bénéficie d’une très bonne réputation au sein de la musique underground internationale. Vous choisissez de garder une image sombre et de rester dans la même logique avec tous les artistes que vous produisez ?
After these years Sacred Bones still remains enigmatic in front of lots of people, but at the same time benefits from a great reputation in the worldwide underground scene. You choose to have and maintain a dark and gloomy image and to stay in a perfect logic with all the bands and artists you produce?

Ce n’est pas une décision prise consciemment de plein gré. Ça se passe juste comme ça, comme c’est vu de l’extérieur. Je pense que les artistes du label sont incroyablement variés.

It’s not a conscious decision by any means. It just happens to be the way it looks from the outside. In my opinion the artists on the label are incredibly varied.

Tout semble complètement impeccable lorsqu’on regarde l’ensemble de votre catalogue, et je ne parle pas des éditions limitées… Vous travaillez beaucoup là-dessus ?
Everything seems to be impeccable regarding your catalogue and we didn’t even reach the subject of you limited edition silkscreen covers issues… Do you work a lot on it?

Travailler sur ces éditions limitées de vinyles est certainement la partie la plus drôle pour moi. C’est quelque chose dont je tire une très grande fierté. Une fois que je les ai terminées et qu’elles sont prêtes je suis toujours un peu triste lorsqu’on doit les envoyer aux clients.

Making the limited edition records is probably the funniest part for me. It’s something I take great pride in. As soon as they are done, I’m always sad when we have to send them out.

Avec qui travailles-tu dessus ?
With who are you working on this?

C’est Keegan Cooke qui est en charge de toutes les impressions de Sacred Bones. Il fait ça depuis le tout premier vinyle et j’espère aussi qu’il fera aussi le tout dernier.

Keegan Cooke is in charge of all of the Sacred Bones print making. He’s been doing it since the very first record and I hope that he will make the very last one.

Ce genre de travail de sérigraphies a toujours été très propre, apportant un autre design au vinyle toujours fermé par un sceau en cire. Ces éditions sont-elles importantes pour vous ? C’est un moyen de vous échapper du paterne que vous utilisez depuis cinq ans ?
This silkscreens work has always been spotlessly clean with these additional showing alternate artwork covers and closed with a wax stamp. Are this kind of work very important to you? Is it a way for you to jump out the pattern used for five years now?

Je pense que oui. Je suis un grand collectionneur de vinyles et je pense qu’une édition ou une version spéciale d’un disque doit être vraiment spéciale. Pas uniquement un truc du genre un vinyle de couleur.

I suppose so. I am an avid record collector, and special edition version of a record should actually be special. Not just some colored vinyl thing.

Tu ne révèles rien à propos de ces éditions justement qui sont vraiment très limitées. Par exemple, officiellement tu n’avais montré que des images des albums de Psychic Ills (Hazed Dreams) et de Led Er Est (The Driver)… C’est pour maintenir une part de mystère en plus sur le label ?
You never reveal nothing about limited editions which are strictly limited to a very few quantities. I’ve only seen official pics of this Hazed Dreams from the great Psychic Ills band, and the most freshly Led Er Est last album, The Driver. Is this a way to maintain mystery around you?

C’est bien plus marrant comme ça. De cette manière les personnes qui veulent ces éditions limitées obtiennent vraiment quelque chose de spécial.

It’s more fun that way. That way the people who actually purchase them get something special.

Vous allez bientôt atteindre 100 sorties, vous allez faire quelque chose de spécial pour l’occasion ?
You’re almost reaching 100 releases, are you going to do something special for this step?

Oui, je n’y ai pas vraiment trop pensé encore. Je suis persuadé qu’on va faire quelque chose de vraiment bien.

Yeah, I really haven’t thought about it too much. I’m sure we will do something cool! It will be quite a milestone indeed.

The Men a parlé d’un nouvel album pour cette année déjà ?
The Men used to talk about a new LP for this year?

Oui ! Ça va être incroyable. Je peux te promettre ça !

Yes! It’s going to be incredible. I promise you that!

Est-ce qu’il y a un artiste sur terre aujourd’hui pour lequel tu voudrais vraiment sortir un disque ?
Is there one artist on earth today for whom you really want to put out a record with Sacred Bones?

Nick Cave and the Bad Seeds. Certainement.

Nick Cave and the Bad Seeds. For sure.

Qu’est-ce qui va se passer pour le deuxième semestre de 2012 ?
What’s next for the forthcoming second 2012 semester? 

On est en train de presser un vinyle comprenant uniquement des rééditions d’un groupe français très important dans la scène underground, Trop Tard. Ça n’a pas été annoncé encore. Ils étaient incroyables et faisaient partie du mouvement coldwave français des années 80. Ils avaient sorti un LP et une cassette. On va ressortir une édition limitée de chacun des deux en août. C’est un de mes groupes préférés de tous les temps.

We are doing a vinyl only reissue of a really important underground French band, Trop Tard. It hasn’t been announced yet. They were an incredible part of the 80’s French Coldwave. They released an LP and a Cassette. We will be doing a limited run version of both of them this August. It’s one of my favorite bands of all time.

Merci Caleb ! Une dernière chose à dire pour les Français qui te liront ?
Thank you Caleb! One last thing you want to tell French people reading you?

Merci pour tout (en français, in french).

crédits photos : Mathieu Dellabe (sauf 4&5)

Mixtape

Une mixtape bien longue mais qui ne suffira qu’à effleurer la surface de ce Sacred Bones propose dans son catalogue qui ne cesse de grandir. Dix-huit titres pourtant qui brassent presque autant d’artistes et présentés de manière chronologiques des sorties du label : de 2007 avec Blank Dogs à 2012 représenté par Pop. 1280, The Men, Led Er Est et War. Tirée tant sur des singles, EP et LP cette avancé antérograde vous permettra de palper le potentiel de ce label de manière éclectique.

1. Blank Dogs – She’s Violent Tonight (SBR-002)

Premier EP et deuxième sortie du label, Sacred Bones presse le vinyle d’un copain du label en la personne de Mike Sniper qui produit avec Diana (The Herald) une pépite lo-fi teinté de touches synth. Ce titre représente bien cet EP merveilleusement sombre.

2. Children’s Hospital – If You Find Me I’m Here (SBR-013)

Coup d’essai pour ce duo de Seattle sous le nom Children’s Hospital. Ils présentent avec Alone Together sorti en 2008 un punk très abrasif croulant sous les effets drones, accompagné pour la sortie d’un livre de 24 pages regroupant des photos d’enfants malades. Oui, pourquoi pas.

3. Gary War – Sold Out (SBR-023)

Second album pour Gary War, Horribles Parade marque déjà la 23ème sortie du label. Pop futuriste et psychédélisme lo-fi, les effets noient véritablement le chant arrondissant les angles d’un pop punk nerveux.

4. Moon Duo – Speed (SBR-024)

Première sortie pour le duo lunaire qui du haut de ces quatre titres démontrent tout leur potentiel en termes de rock psychédélique. Pas très loin de la musique de son autre formation Wooden Shjips, Speed convint sans détour.

5. Nice Face – I Want Your Damage (SBR-030)

Projet solo de Ian Magee, Immer Etwas est son premier album en tant que tel. Datant de 2010, les treize titres de ce LP forment un tout qui pourrait passer pour un bolus dense de proto synth punk indigeste. Lorsqu’on s’y attarde pourtant et qu’on se prend la peine de le décortiquer, on trouve beaucoup de perles comme ce I Want Your Damage relativement violent.

6. Nerve City – Sleepwalker (SBR-034)

De cet EP sous le nom de Sleepwalker j’ai choisi le titre du même nom pour vous présenter sans doute l’un de mes plus gros coups de coeur du label. Six titres et autant qui resteront gravés dans vos têtes tant la structure pop fonctionne bien, même lorsque mise au service d’un musique lo-fi, limite crado.

7. The Bitter – Trapper (SBR-036)

Autre projet du prolifique Ben Cook (Fucked Up, Roommates) cet EP présente beaucoup de mélodies mises au service cette fois ci d’une instrumentation post punk par excellence. Passant de Captured Tracks à Sacred Bones entre deux EP ils adoptent avec Have a Nap Hotel EP une logique plus pop et donc plus accessible.

8. Föllakzoid – IV, III, II, I (SBR-044)

Voila la relève du rock progressive façon Sacred Bones. Leur tout premier EP éponyme montre au long de deux titres (20 minutes au total quand même) la façon qu’a Föllakzoid d’aborder le rock. Forte influence kraut omniprésente, l’énergie est bien là ! Et débordera sur leur futur LP : II en janvier 2013.

9. The Fresh & Onlys – Keep Telling Everybody Lies (SBR-056)

Wymond Miles chante aujourd’hui en solo et est venu clôturer le catalogue Sacred bones en ce mois de juin avec son premier album solo. Des mélodies accrocheuses s’entremêlent au sein de ces cinq pistes, représentées par ce Keep Telling Everybody Lies charismatique, mélancolique et très entêtant.

10. The Men – Bataille (SBR-057)

Le titre qui aura valu au label de sortir un peu plus la tête de cet underground strictement new-yorkais et de voir beaucoup plus de regards tourné vers lui en 2011. Enfin, un peu plus… Bataille détonne et ne laisse personne indifférent. Ce titre représente à merveille Leave Home (le second, faisant suite au plus discret Immaculada) autant brut qu’agressif présentant un bloc de huit titres post punk assommants de bonheur.

11. Human Eye – Impregnate the Martian Queen Pt. 2 (SBR-058)

Sorti juste après Leave Home, voila une autre réelle claque en l’album They Came From The Sky de Human Eye. Projet plus structuré et mature que les autres de Timmy Vulgar (Timmy’s Organism) cet album est aussi violent et sans répit que la personnalité du leader, et n’en reste pas moins remarquable et exceptionnel.

12. Amen Dunes – Lower Mind (SBR_059)

Beaucoup plus calme, Amen Dunes fait la part belle aux mélodies. Après un EP sorti plus tôt sur Sacre Bones aussi, ce projet majoritairement acoustique lancé par Damon McMahon ne cesse d’envouter avec ce Through Donkey Jaw sorti en 2011. Simplement magnifique.

13. Zola Jesus – Vessel (SBR-062)

Attendu au tournant, la star montante du label sort son album Conatus sous le feu des projecteurs, après un teaser vidéo. Beaucoup plus poussé dans les triturations post-production et le lissage des musiques, Vessel est l’exemple parfait que la direction que prend désormais le projet de Nika Roza plus que jamais au premier plan de la vitrine pop du label.

14. Crystal Stilts – Radiant Door (SBR-064)

Après deux album exceptionnels, Crystal Stilts se tournent vers Sacred Bones pour sortir ces cinq titres composant un nouvel EP. Et pour cause, leur musique cadre parfaitement avec l’état d’esprit du label, et ce depuis Alight Of Night leur premier album. Cet EP Radiant Door se décale tout de même de ce que les Stilts font de mieux pour montrer sans doute une nouvelle direction moins brute et plus mature.

15. Pop. 1280 – New Electronix (SBR-068)

le premier album des new-yorkais, The Horror porte vraiment bien son nom. Un penchant moins hardcore que leur premier EP The Grid, plus synth punk et toujours aussi énérvé et agressif. Cet album fait simplement mal avec un son sale qui colle et dont on apprécie chaque minute.

16. War – Brodermordet (SBR_069)

Sorti chronologiquement avant l’album de Pop. 1280, War montraient encore une autre image du label. Techno lo-fi underground, on connaissait les penchants du label pour les musiques plus dancefloor avec notamment Trust et son Bulbform mythique. At War For Youth est une bombe synth (…) et War impressionne tout en posant le mystère autour de ce duo incluant des ex-membres de Iceage et Sexdrome.

17. The Men – Oscillation (SBR-071)

Après leur dernier album sorti fin 2011, The Men revient dès ce premier semestre 2012 et prépare déjà un autre LP pour le second. Que dire de Open Your Heart à moins que le groupe ne se rapproche encore plus de ce qu’on attend d’eux. Plus propre et réfléchi (notamment au cours de leurs tournées) ce LP est parfait. J’aurais pu vous propose beaucoup de titres pour lui coller une image dans cette mixtape, Oscillation me semble parfait.

18. Led Er Est – Arab Tide (SBR-072)

Flirtant avec Captured Tracks le tant d’un EP, la coldwave triturée de Led Er Est montre un penchant plus sophistiqué avec The Driver, et par conséquent moins évident. Cet album est monumental non seulement par le choix des recherches sonores et autres expérimentations adoptées par le groupe mais dans l’amoncellement de la totalité des musiques, offrant à mi-chemin de cette année un bloc solide recelant de pépites en tout genre.

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