Un genre ne saurait trouver sa définition sans les styles. Le genre est humain, sexué, technique… Il est vaste. Le style, de son côté, n’est pas tant une caractérisation qu’une allure, un langage voire un mode de vie; il se précise jusqu’au niveau personnel. POUeT!, derrière son onomatopée de phylactère, est un label de style. De styles au pluriel même, de personnalités. Du garage potache de Pierre & Bastien au lo-fi enraciné de Colombey ou Noir Boy George, en passant par la no wave mélancolique de Delacave ou le noise de Meurtre, tous ont en commun un punk acrimonieux dégorgeant de replis nostalgiques, de pamphlets ironiques et d’appels à peine voilés à la désobéissance civile. Les styles s’imbriquent dans le genre pour définir un punk contemporain aussi sarcastique et nihiliste que son illustre aïeul quadragénaire, mais plus étoffé au niveau instrumental sans perdre sa caractéristique DIY. Quadragénaire lui aussi, ou presque, le discret patron du label n’aime pas sortir de l’ombre, mais pour Hartzine il revient sur les origines du projet, les anecdotes et son plaisir du « fait maison ».

Salut Wilfried. Qu’est-ce que tu as envie de dire de toi pour te présenter?

Quand Pierre & Bastien jouaient Handicapé (du relationnel) et que j’étais présent, ils me la dédiaient… Je leur ai dit d’arrêter surtout parce que tout le monde me matait… Sinon, ils ont raison! Par exemple, répondre à tes questions est une véritable torture. Sinon, j’ai bientôt 40 ans, j’aime bien la musique, et donc je ne supporte pas le reggae.

De nos premiers échanges, j’ai cru comprendre que tu es seul à piloter POUeT! Qu’est-ce qui t’a donné envie de lancer un label? Et comment le gères-tu seul?

On a commencé la distro à deux en suivant l’exemple de Solitude Records qui venait de quitter Orléans pour Poitiers. On achetait les skeuds avec nos tunes (les fins de mois commençaient le 10 au lieu du 15…) et on bloquait le fruit de la vente pour en acheter d’autres… Ce qui fait que lorsque les Viscous Brothers nous ont dit qu’ils descendaient avec les Teenage Moonlight Borderliners enregistrer chez Lo’Spider, on avait un peu de côté et c’était devenu limpide qu’on devait le sortir nous-mêmes. On a remis un peu de tunes de notre poche, on a eu un coup de main de Ronan Yakizakana et le premier 7″ a pu sortir. On a continué de fonctionner comme ça deux ans, je dirais, jusqu’à ce que mon pote/colloc déménage sur Bordeaux. Et donc, c’est depuis 2011-2012 que je gères POUeT! seul, comme je peux. Je suis absent des réseaux sociaux, n’ai jamais été foutu de rédiger une newsletter, je suis pas un communiquant alors je compte sur le bouche à oreilles… à l’ancienne.

 

J’ai remonté le temps sur le Bandcamp du label, la plus ancienne sortie est un split entre Viscous Brothers et Teenage Moonlight Borderliners. C’est la première release du label? Quels sont tes souvenirs de l’expérience? Tu savais déjà où tu allais?

On a pas mal rigolé en faisant les pochettes… Sur les 300 pressés, 100 ont des pochettes uniques faites main (à base de collages plus ou moins de bon goût…), on a eu pas mal de coups de mains de potes qui passaient et que ça faisait marrer de faire une pochette de disque. L’idée nous était venue en recevant des disques d’Almost Ready, qui pour une même release faisait trois ou quatre pochettes différentes, on a décidé d’aller plus loin… On ne savait pas trop où on allait, mais on voulait ne faire que du vinyle, avec un côté artisanal: tamponner les labels nous-mêmes, numéroter chaque disque, faire des pochettes à la con, etc.

D’où te vient cette connexion particulière avec les punks qui baignent dans la conscience désabusée et le cynisme? C’est toi qui les choisis ou l’inverse?

Je sais pas, peut-être que je baigne dedans aussi… J’aime pas le mot cynisme…
Sinon, je suis la plupart du temps à l’initiative des disques que je sors « seul ». Pierre & Bastien voulaient que je sorte leur premier LP (MERCI!), et c’est Paul (des mêmes…) qui m’avait dit qu’il y avait peut-être moyen de sortir un LP des Subtle Turnhips (MERCI!)

 

C’est une coïncidence que beaucoup viennent du quart Nord-Est de la France? Je pense notamment à la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est dont tu as accueilli de dignes représentants.

J’ai organisé quelques concerts à une époque, et c’est à ce moment-là qu’on a tissé des liens.

Ton premier projet avec la Triple Alliance fait intervenir Plastobeton. C’est toi qui a eu l’idée d’y associer Glu sur un split? Étant partie prenante et vu leurs écarts géographique et culturel, tu dirais quoi de cette surprenante affinité musicale entre le Nord-Est et le Sud-Ouest?

Après avoir fait venir Plastobeton à Orléans et entendu des morceaux qui ne figuraient pas sur le CD-R, je me suis dit qu’il fallait que ces morceaux existent, et je trouvais ça intéressant de les associer à Glu, autre trio rock loin du classique guitare-basse-batterie et à l’optimisme aussi contagieux que les Messins… Après, je pense que surtout à l’époque, Glu faisait un peu tache dans le paysage musical bordelais plus porté sur le garage… Mais je me trompe sûrement.

 

Niveau actu, en décembre dernier tu as sorti le dernier Télédétente 666 avec Le Turc Mécanique et Et Mon Cul C’est Du Tofu. Ce n’est pas ta première coprod, c’est de cette façon que tu préfères fonctionner?

N’oublions pas 24h/Jamais, le label de Seb Normal (ndr: The Feeling Of Love, Delacave, Crash Normal).
Sinon, je suis très attaché au côté artisanal de POUeT!  Si le groupe a un visuel je m’arrange pour coller mon tampon dans un coin; numéroter les sous pochettes et tamponner les labels me fait marrer en plus d’occuper mes insomnies matinales, et ce privilège de pouvoir habiller des galettes de vinyles nues afin qu’elles ressemblent à un disque n’est pas possible quand tu fais des coprods… Après, quand Le Chômage ou Delacave te proposent un projet «  tout fait », ou que Télédétente te dit qu’il y a plusieurs labels qui veulent les sortir, tu signes des deux mains quand même!

L’esthétique du label est plus que claire, tu serais quand même prêt à déroger à l’occasion? Par exemple si TG Gondard de Colombey te proposait de sortir un EP de Pizza Noise Mafia, son projet électro, tu lui dirais quoi?

Vu le temps que met l’album de Colombey à sortir, je pense que Thibault s’adresserait à quelqu’un d’autre que moi ;)

 

Si je compte bien sur mes doigts, le label va fêter son septième automne cette année. Il paraît que sept est un chiffre de transition, ça se traduirait comment pour POUeT? Et qu’est-ce qu’on pourrait lui souhaiter?

Que les projets encore flous aboutissent… Il y aura peut-être le 45 tours d’un groupe non Français et un autre de vieilles connaissances… Et peut-être deux LP, mais je deviens superstitieux en ayant remarqué que plus je parle de projets plus l’accouchement est long…

Tu nous donnes un tuyau sur la prochaine release?

On espère que l’album de Colombey sera prêt lorsqu’il prendra la route fin mars en compagnie d’Helmut (le nouveau projet d’Armelle Badaboum-Heimat), mais c’est pas gagné…

Pour conclure, quelques mots pour présenter ta mixtape?

Le premier et le dernier titre résument à eux-seuls très bien le label… Et les autres sont vraiment très très bien!En toute objectivité…

Mixtape

Tracklisting

01. Glu – Tous les Jours
02. Colombey – L’Amour existe
03. Noir Boy George – Enfonce-toi dans la Ville
04. Les Bavarians – Les Plans d’une Nuit
05. Viscous Brothers – Wild Eyes
06. La Race – Nadège
07. Plastobeton – Remember The Time
08. Delicate – It’s Too Gloomy
09. Ventre De Biche – Lieux publics
10. Metro – Therefore I Am
11. Pierre & Bastien – Journal
12. Le Chômage – 1 Minute
13. Télédétente 666 – Toxique
14. White Ass – Live & Pretend
15. Subtile Turnips – Seen The Light
16. Pierre & Bastien – Chanteur