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Quel peut être le point commun entre l’adulée Molly Nilsson, la renommée Julia Holter, la fantasque Nikki Nevver de Terror Bird, la théâtrale Canadienne Sally Dige et l’élégante Mara Barenbaum de Group Rhoda ? Voire même avec la stratosphérique Suzy Soundz et sa visionnaire incarnation devenue culte The Space Lady ? A priori, leur féminité militante, leur voix pénétrante au timbre inclassable et donc mémorable, leur caractère insaisissable, leur éparpillement géographique – l’une étant suédoise et établie à Berlin, d’autres de San Francisco et deux d’entre elles tartinant leurs toasts de sirop d’érable – , ou encore le fait d’avoir toutes été, à un moment ou un autre, mises en scène dans nos colonnes ou à l’occasion de l’une de nos soirées. Ainsi, l’interviewée Molly Nilsson (lire) foula l’estrade de l’Espace B en avril 2012 (voir) à l’occasion du premier Fake Series du nom, tout comme Sally Dige (lire) en décembre 2012 et Group Rhoda en mai dernier. En trois ans, Nikki Nevver a quant à elle traîné ses guêtres à l’International – pour notre tout premier concert en compagnie d’Ela Orleans -, l’Espace B et la Mécanique Ondulatoire. Seules les intouchables Julia Holter et Suzy Soundz nous fuient, mais pas tant que ça (lire). Mais non, parmi toutes ces propositions, rien n’y fait, tel n’est pas là leur véritable dénominateur commun. Celui-ci se prénomme Michael Kasparis, instigateur depuis 2011 – et un 7″ de Golden Grrrls – du label Night School Records. Le Londonien, un temps collaborateur de l’impeccable blog new-yorkais International Tapes et musicien de son état au sein de Please et de son projet solitaire Apostille, apparaît d’ailleurs en creux d’une autre histoire discographique puisqu’il travailla à Glasgow aux côtés de Fleur et Jérôme, maturant à ce moment précis l’idée directrice de La Station Radar (lire). Le monde est certes petit, mais le milieu de la musique indépendante est lui minuscule et… interconnecté, Michael m’écrivant en début d’année pour m’entretenir d’un LP co-réalisé avec l’Américain Slumberland de Golden Grrrls. De ce même goût pour les caresses vespérales et les nappes synthétiques obnubilantes a germé l’idée de cette interview, mais aussi et surtout de la mixtape, à écouter et télécharger en fin de papier, mettant en relief les aspérités d’un label se jouant, malgré les apparences, d’une esthétique musicale trop orientée : s’il convient de son attachement aux perspectives que recèlent ces divas du DIY, écoutant avant tout son cœur dicter ses choix de sorties, le trentenaire fait montre d’un éclectisme tutoyant l’expérimentalisme noise – avec les Écossais de Divorce, ennemis jurés de tout ORL patenté – électronique – avec les Lisboètes hallucinés de Yong Yong – et rock – avec l’exubérant Benedict Roger Wallers caché derrière le patronyme de The Rebels. Un sacré bouillon de culture underground qu’incarne notamment l’orgiaque cassette-compilation Appeal (2011), jetant un pont entre la micro-structure et une myriade d’autres jalonnant le Royaume-Uni, mais pas que, avec The Pheromoans, Haxan Cloak, Girls Names,  Mushy,  Meddicine ou Dignan Porch. On pense alors à Clan Destine Records, Night People, Mannequin, Captured Tracks… soulignant un peu plus tout l’attrait d’un label déjà auteur de trois LP en 2013, et pas des moindres avec le précité et éponyme Golden Grrrls, l’inestimable All This Time de Terror Bird (lire) et l’ultime The Travels de l’ange Molly (lire). Et ce, sans compter la surprenante sortie d’un 7″ de Suzy Soundz, Major Tom/Radar Love – dont la face B est à écouter en exclusivité ci-après – précédant de quelques mois un Greatest Hits réactivant de fait le message de paix et d’harmonie sur terre de la Space Lady. Reprenant seize des meilleurs morceaux de celle qui arpentait, munie de son clavier et d’un casque ailé, les rues de Boston à la fin des années soixante-dix, puis celles de San Francisco dans les années quatre-vingt, et qui aujourd’hui écrit son autobiographie, la compilation rassemble des enregistrements de 1990 remastérisés par Brian Pyle d’Ensemble Economique. Une bonne connaissance de plus.

Audio (PREMIERE)

Audio

Entretien avec Michael Kasparis

Apostille

Raconte-moi comment l’aventure Night School Records a commencé ?
Tell me how did Night School get started? 

Je m’occupe seul du label avec l’aide de quelques amis talentueux. Tout a démarré pendant une période difficile de ma vie durant laquelle je vivais chez un ami et je me sentais déprimé. J’ai pris toutes les décisions importantes relatives au label le jour de Noël 2010, après être resté éveillé jusqu’à quatre heures du matin la veille à regarder Until the Light Takes Us. C’était plus excitant que de se poser les questions existentielles habituelles du style mais qu’est ce que je fous ? Et puis j’ai rencontré pas mal de personnes du milieu qui entubaient et baisaient les artistes, ou qui dirigeaient leur labels n’importe comment, sans aucun sens éthique. Ça a compté, je me suis dis que je pourrais le faire de manière transparente et honnête, en fonctionnant à l’enthousiasme pur.

Le label a commencé par deux sorties : Beaches de Golden Grrrls et Outside de Terror Bird. Les premiers sont des amis et je ne comprenais pas pourquoi personne n’avait encore sorti un disque d’eux, ils étaient si bons – et le sont toujours. Je suis complètement fan de Terror Bird. Je suis tombé amoureux de la voix de Nikki donc je lui ai simplement demandé si je pouvais sortir quelque chose. J’ai vendu un tiers de ma collection de disques pour financer ces sorties puis j’ai dû me débrouiller pour les fabriquer. Tout a été fait dans la difficulté et l’erreur. Au lieu de faire des étiquettes pour Beaches, j’ai découpé des formes que j’ai ensuite peintes à la main. Je me suis aussi coupé le doigt avec le massicot pour les quatre premières sorties dont il existe des éditions très limitées… avec mon sang. Pour le nom… j’allais à beaucoup de cours du soir à l’époque, pour apprendre des trucs, et je suis tombé sur un mauvais film d’horreur du même nom donc j’ai pensé que ça représentait bien mon état d’esprit à ce moment-là.

The label is just me, with some help from talented friends. It started at a difficult time for me, when I was living at a friend’s house and feeling bleak; I made all the relevant decisions on Christmas Day 2010, after staying up till 4 am the previous night watching Until the Light Takes Us. I suppose it was something exciting to think about instead of all the usual « what the fuck am I doing? » sort of life questions. Also, I had come into contact with a lot of people who were screwing over artists, or were running labels badly and with no sense of ethics and I just thought I could do it in a transparent way powered by pure enthusiasm.

It started with two releases: Beaches by Golden Grrrls and Outside by Terror Bird. The former were friends of mine and I didn’t understand why no one had released a record by them, they were/are so good. Terror Bird was utter fandom. I fell in love with Nikki’s voice so I just asked her if I could put something out. I sold a third of my record collection to fund these records, and then had to figure out how to make them. Everything was done with trial and error. Instead of doing labels for « Beaches » I cut out shapes and hand painted the labels. I also sliced my finger up on a guillotine for the first 4 releases so there are very limited editions with my blood on some of them. The name – I was doing a lot of ‘night classes’ at the time, learning things, and I came across a bad slasher flick with the same name so I thought it represented how I was feeling at the time.

Quelle est la direction artistique du label ? Y a-t-il une esthétique musicale, un concept que tu essaies de garder à chaque sortie ? Il y a une évolution depuis les débuts, non ?
What’s the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release? There is an evolution compared with the origin, no isn’t it?

J’aime l’imaginer comme une sorte de tribune libre où je peux exprimer différentes idées et voir ce qui se passe. Je n’ai pas de recommandations, ni de directives, ni d’indications méthodiques ou une idée définie de ce qui est ou de ce qui doit être. Financièrement, c’est contre-productif, les labels ayant une idée très précise de ce qu’ils sont, une identité fixe, arrivant plus facilement à créer une communauté de fans. Mais selon moi c’est du marketing et c’est moralisateur, ce que j’essaie d’éviter. Ça engendre l’inertie, la médiocrité. J’aime surprendre les gens.

L’unique ligne directive est que, pour chaque sortie, je dois avoir un instinct viscéral à son sujet, sur son existence. Je suis bien conscient que certaines personnes qui n’aiment qu’un seul type de musique n’apprécieront qu’un ou deux groupes sur le label, et c’est bien, je suis heureux de pénétrer par petites touches dans leur monde. Mais ce que je trouve le plus intéressant c’est quand quelqu’un achète un disque de Golden Grrrls et un autre de Yong Yong en même temps. Je jouais à Brighton l’autre jour et quelques personnes sont venues me dire qu’elles adoraient le label – elles achetaient des disques de Group Rhoda et portaient des T-shirt de Divorce – et ce genre de choses signifie beaucoup. Ça montre que certaines personnes ont des idées similaires et que personne n’est seul.

Et oui, il y a une évolution. Mais si tu écoutes la cassette Appeal (LSSN003 d’avril 2011) tu auras un aperçu assez large du catalogue ! Il y a des trucs comme Haxan CloakBill KouligasMaria MinervaHeatsick dessus à côté de Golden Grrrls, Hard Skin, The Lowest Form. Je pense qu’aujourd’hui, les gens ont des goûts plus larges – en tout cas en ce qui me concerne – et je ne vois pas pourquoi un label ne devrait pas simplement suivre son cœur.

I like to think of it as a sort of open forum where I can gently nudge different ideas into the open air and see what happens. I don’t have methodical guidelines or a set idea of what it is or should be. This is counterproductive financially as labels that have a very set idea of what they are, a fixed identity, tend to do better at building a ‘fanbase.’ But to me this is branding and is a little didactic, which I try to avoid. It engenders stasis, mediocrity. I like surprising people.

The only guideline for each release is that I have to have a gut instinct about it, about seeing it in the world. I’m well aware that some people who like certain musics will only like one or two things on the label and that’s great, I’m happy to penetrate their world a little. But what I find most interesting is when people buy a Golden Grrrls record and a Yong Yong release together, for example. I was playing a show in Brighton recently and some people came up to me and said they loved the label – they were buying Group Rhoda records and had a Divorce T-shirt on – and that sort of thing means a lot. It shows that some people have similar ideas and that one is not alone.

And yes, there is an evolution. But if you listen to the Appeal tape I did – LSSN003 from April 2011 – you’ll get a pretty broad preview of the scope! It had stuff like Haxan Cloak, Bill Kouligas, Maria Minerva, Heatsick on there next to Golden Grrrls, Hard Skin, The Lowest Form. I think these days people have wider tastes – I certainly do – and I don’t see why a label shouldn’t just follow its heart.

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Quels genre de labels t’inspirent dans ta démarche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

Mmmh… un mélange entre les entreprises de mes amis et mes labels préférés à travers l’histoire. ESP – pour la liberté totale qui permet aux artistes de faire tout ce qu’ils veulent. En plus, ils ont l’air cool. El Saturn – un des premiers labels DIY ! Sun Ra est un modèle de quelqu’un d’à la fois clairement business man (si si, il l’était !) mais qui avait aussi l’air de venir complètement d’un autre monde (ou pour dire simplement « et complètement à l’ouest »). La Vida Es Un Mus – Mon ami Paco le dirige et il m’a été d’une grande aide au début. Il a une approche très pratique des choses et ça se voit dans ses disques. Il ne fait aussi jamais de compromis. Hospital Productions – le label de Dominick Fernow est un très bon exemple d’un label dirigé par un artiste qui s’occupe autant de ses propres travaux que de ceux des autres. Dischord – pour toutes les raisons que tu peux imaginer. Je n’aime plus tant de trucs sur le label mais comme modèle, c’est assez imbattable. Elektra – si tu regardes l’éventail des sorties d’Elektra de ses débuts à son incorporation à WEA en 1969, c’est assez dingue. Elektra a sorti AMM (un groupe anglais d’impro avant-garde de 1967), Bread, en passant par Funhouse. Et c’était par amour de la musique. Enfin je l’espère. Peut-être pas. Ils n’ont pas du gagner beaucoup d’argent avec AMM en tout cas.

Mmm… a mixture of friends’ endeavours and my favourite labels through-out history: ESP – for the sheer freedom, allowing the artist to do whatever they want. They also look great. El Saturn – one of the original DIY labels! Sun Ra is a big inspiration for basically being a business man (come on, he was!) but also being other worldly. La Vida Es Un Mus – my good friend Paco runs this and he was a big help early on. He has a real hands-on approach to everything and it shows in his records. He also never compromises. Hospital Productions – Dominick Fernow’s label is a great example of an artist-run label that equally deals with his own material and that of others. Dischord – For all the reasons you can imagine. I don’t like that much on the label any more but as a model it’s pretty unbeatable. Elektra – If you look at the range Elektra put out from it’s inception to it’s incorporation into WEA in 1969 it’s pretty wild. Elektra put out AMM (1967 British improv avant garde group) through to Bread via Funhouse. And it was because they loved the music. I hope. Maybe not. They probably didn’t make a lot of money out of AMM at least.

En tant que patron de label, est-ce que le DIY a une forte influence sur ton travail ? Est-ce que tu considères encore Night School comme un label artisanal ?
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work? Do you still consider Night School like a bedroom label?

Oui, carrément. Bien que je ne sache pas exactement ce que ça signifie, DIY. C’est souvent utilisé par certaines personnes comme moyen de se sentir supérieur. Il y a des labels qui s’occupent d’absolument tout mais, pour ma part, j’aime toujours pousser le raisonnement jusqu’à l’absurde. Par exemple, un label peut être DIY mais il paye quand même quelqu’un pour presser un vinyle. Tu vois ce que je veux dire ? Où est-ce-que ça s’arrête ? Je suis DIY dans le sens où personne ne me dit ce que je dois faire. Je me fais aider pour distribuer les disques et parfois j’engage des gens pour la promotion, tout dépend de la sortie. Parfois je fais les sérigraphies des jaquettes, parfois des amis le font et il m’arrive d’avoir un budget qui me permet de les payer. Night School Records est un label artisanal puisque je n’ai pas de bureau, j’ai un boulot alimentaire, et il ne me rapporte pas vraiment d’argent. Ma chambre est si petite que si j’avais 200 LP invendus, il faudrait que je dorme dehors.

Yes definitely. Though I don’t actually know what that means, DIY, I think it’s often used as a means for people to feel superior over other people. There are labels where people do absolutely everything but I always like to reduce things to their absurd end. So for example, such and such might be a DIY label but you’re still paying someone to press a vinyl record. You know what I mean? Where does it stop? I’m DIY in that no one tells me what to do. I have help distributing the records and sometimes I hire people to get the word out, depending on the release. Sometimes I sit and screen print sleeves, sometimes I have friends who do that and I might have a budget to give them some money. Night School Records is a bedroom label in that I don’t have an office, I have a day job, and I don’t really make any money out of it. My bedroom is so small that if I had 200 LPs leftover from a pressing I would have to sleep outside.

Quelle est la sortie dont tu es le plus fier ?
What’s the release of which you are most proud?

Chaque sortie est unique et je suis fier de chacune d’entre elles pour différentes raisons. Je suis fier du LP de Golden Grrrls parce que beaucoup de personnes ont pu l’entendre. Et Group Rhoda a été le premier LP que j’ai sorti. En ce moment, ma plus grande fierté est All this Time de Terror Bird, forcément. C’est un disque où, intimement, je me suis impliqué à toutes les étapes. D’ailleurs, toutes les chansons me font littéralement craquer.

Each release is different and I’m proud of them for different reasons. I’m proud of the Golden Grrrls LP in that a lot of people got to hear it. Group Rhoda was the first long player I did so I’m proud of that. At the moment I’m most proud of All this Time by Terror Bird, naturally. It’s the record I’ve been most intimately involved with at every stage and every song on it almost makes me burst.

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Quels sont les artistes de Night School qui représentent le mieux l’approche artistique du label ?
What are the artists on Night School who represent most the artistic approach of the label?

Wow, je ne sais pas. Peut-être Apostille – c’est-à-dire ma propre musique – parce que c’est presque aussi ouvert musicalement que le catalogue du label. Peut-être est ce une réponse trop évidente… ?

Wow I don’t know. Maybe Apostille (as in, my music) because it’s almost as open in musical strains as the labels’ roster. Maybe that’s too obvious an answer…

Julia Holter, Golden Grrrls, Terror Bird, Group Rhoda… le label recèle une constellation de jeunes chanteuses délayant une pop expérimentale et synthétique. Es-tu obsédé par ce type de voix ?
Julia Holter, Golden Grrrls, Terror Bird, Group Rhoda… The label reflected a constellation of young women singing only an experimental and synthetic pop. Are you obsessed by this king of voice?

Haha, c’est une bonne question que je me suis d’ailleurs déjà posée. Je dois d’abord préciser un truc : je ne suis pas à la recherche de jeunes femmes qui chantent par dessus des synthés. En revanche, j’aime les voix féminines. Je les trouve plus puissantes que la plupart des voix masculines. Moins prudentes peut-être. Je ne sais pas. C’est difficile de parler de cet aspect, étant un homme : c’est condescendant – voire même sexiste – de ma part de rechercher ce genre de choses – et peut-être même louche et pervers. Pour ma défense j’ai aussi sorti The Rebel – dont Man V Cock est probablement la meilleure parodie de la misogynie existante -, Divorce avec pas un seul synthé et Yong Yong. Ceci étant dit, il y aura cette année beaucoup plus de sorties du genre de celles que tu as mentionnées.

Et puis, je suis plus intéressé par la perspective que par les voix. J’aime des points de vue différents de ceux dont te gavent les médias. Quelqu’un comme The Rebel a une vision du monde différente de celle de la plupart des gens et je trouve ça très intéressant. C’est la même chose avec Nikki de Terror Bird. La dernière chose par laquelle j’ai envie est de juger la musique d’un groupe est le sexe du musicien.

Haha that’s a good question and one I’ve thought about. I have to say that I don’t go looking for young women singing over synths, but I do love the female voice. I find it more powerful than most male voices. Less guarded maybe. I don’t know. It’s hard to talk about this aspect as a male; I think it would be patronizing and maybe even sexist for me to just go for that sort of thing – and also maybe creepy. In my defense I’ve also released The Rebel – « Man V Cock » is probably the best send-up of misogyny you can think of – Divorce (not a synth in sight) and Yong Yong. Having said this, this summer will see a lot more of the sort of stuff you mentioned from Night School…

Maybe it’s not the voices so much as the perspective that I am interested in. I like different perspectives from what you are force fed by consensus media opinion. Someone like The Rebel sees the world in a different way to a lot of people and I find that very appealing. The same goes with Nikki from Terror Bird. The last thing I want to do is judge music on the gender of the musician.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelles sont tes relations avec eux ?
How do you choose the artists with whom you work and what are your relations with them?

J’aime penser que j’ai de bonnes relations avec chacun d’entre eux. Tant que tout le monde est honnête et fait les choses pour de bonnes raisons il n’y aura jamais de problème. Je choisis les artistes uniquement en fonction de leur musique et j’espère que ce sont des gens bien après coup. Il doit y avoir des musiciens qui sont des personnes affreuses mais heureusement, je n’ai pas encore sorti leurs albums. Ce n’est pas pour dire que je n’aime pas la musique de gens horribles, c’est certainement le cas, mais je n’ai pas eu de problème de communication avec les artistes. Ça fait partie du jeu, et maintenant, je considère la plupart, si ce n’est tous, comme des amis – s’ils ne l’étaient pas déjà avant.

Je ne pourrais jamais sortir un disque en lequel je ne crois pas et dont je ne pense pas que le monde a besoin de l’entendre.

I’d like to think I have good relations with all of them. I feel like as long as everyone is honest and does things for the « right reasons » there will never be a problem. I choose artists purely based on their music and hope that they are good people afterwards. There must be some musicians that are horrible people but thankfully I haven’t released any of their records yet. That’s not to say that I don’t like horrible people’s music, I probably do, but I haven’t had a problem communicating with artists. It’s part of the fun anyway, and most if not all of them I would now consider friends if I didn’t before.

I would never put a record out that I didn’t believe in and that I didn’t think needed to be in the world.

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Peux-tu nous présenter les derniers LP de Terror Bird, Divorce et Golden Grrrls ? Quelles sont leurs histoires ?
Can you present us your ultimate three LP of Terror Bird, Divorce and Golden Grrrls? What’s the story of this releases?

Haha OK, par ordre de sortie alors !

Divorce : Je suis ami avec Andy et Vic depuis l’adolescence. Leur musique a toujours été bien mais je crois qu’avec Divorce ils ont vraiment réussi ce qu’ils cherchaient à faire. La première fois que je les ai vus, ça m’a vraiment déconcerté, ça ressemblait aux débuts des Swans mais dénué de l’excès de masculinité (même si j’aime les Swans à leurs débuts, que ce soit clair). Ils ont évolué dans ce type de groupes qu’il est très difficile de décrire précisément. Ce n’est pas du simple noise rock. C’est vraiment unique.

Ils ont travaillé de manière obsessionnelle sur le disque pendant des mois puis on a décidé de faire des pochettes sérigraphiées. Le groupe les a faites lui-même soit 1000 pochettes en trois couleurs ! Quand j’évoquais le sujet avec eux pendant cette période j’avais l’impression qu’ils avaient des envies de meurtre. Mais ils s’en sont sortis et ce disque se définit par l’amour absolu qu’ils ont pour ce qu’ils font. Ils peuvent sembler un peu tendus en tant que personnes mais au fond ils sont portés par l’enthousiasme, la sueur et le sang. Littéralement. Ce disque te donne l’impression de passer ton cerveau à l’eau de Javel et je suis très reconnaissant qu’il existe. Je suis vraiment excité à l’idée de retravailler avec Divorce !

Golden Grrrls : Je crois que le groupe et moi-même sommes assez fiers de ce disque. Nous apprenons au fil du temps et ce disque m’a presque fait pleurer à quelques occasions. C’est POP et j’étais très fier que mes amis aient réussi leur coup. Chaque morceau est parfait à mes yeux.

Ils ont enregistré dans une usine de colle, ont utilisé des réservoirs de colle comme réverb, et beaucoup de personnes y ont participé à différents niveaux. Nos amies Laetitia de Manchester et Roxanne de Londres ont fait l’artwork…. Laetitia fait partie de Comfortable on a Tightrope avec notre pote Perry, tandis que Roxanne joue dans Veronica Falls et a un don pour le graphisme et ce genre de trucs. Des amis à Glasgow qui dirigent la structure Good Press nous ont aidé avec les dépenses, Mike l’a sorti sur Slumberland à San Francisco et un label japonais, Tugboat, a signé un contrat de licence pour sa sortie là-bas. Du chemin a été parcouru depuis la chambre de Ruari – un des membres de Golden Grrrls. Ça me rend si heureux de voir ce disque rendre d’autres personnes heureuses.

Terror Bird : Bon, comme je l’ai déjà dit, ce disque signifie beaucoup pour moi, pour différentes raisons. Chaque sortie dans laquelle je suis impliqué tient une place particulière dans mon cœur, j’investis beaucoup dans chacune, et All this Time, c’est un disque dont je parle à Nikki depuis des années, depuis le début de Night School. J’ai toujours voulu faire un album de Terror Bird mais je voulais le faire une fois que je serais devenu un peu plus à l’aise avec le processus et que j’aurais pu lui rendre justice.

En gros, pendant des mois, je me levais le matin et je trouvais ces chansons brutes que Nikki avait écrites dans ma boîte mail et ça me stupéfiait à chaque fois. Chaque nouvelle chanson devenait ma préférée. Le truc drôle c’est que parfois elles arrivaient par paquet de 3 ou plus et je me disais Mais comment PEUT-elle faire ça ? Elle est souvent blasée à propos de ça aussi. Donc quand après deux mois, je les ai rassemblées dans leur état brut, je sentais que ça allait être un super album de pop. La voix de Nikki est l’une de mes préférées de tous les temps et je crois que les morceaux de ce LP racontent une histoire, ils se répondent entre eux. Ils sont un peu tristes, quelques-uns sont drôles de la même manière que les Smiths étaient drôles, mais ce sont tous de superbes morceaux qui, je l’espère, touchent les gens autant qu’ils m’ont touché.

J’ai vraiment l’impression que Terror Bird devrait être écouté par le plus de gens possible. Je ne comprends pas vraiment ce que signifie le fait d’être mainstream ou même si c’est important mais ces chansons devraient être écoutées par tout le monde. Elles sont universelles et elles ont un sens. Elles – comme Terror Bird – ne sont pas un exercice à la mode et vide de sens dans l’assimilation de la pop culture. Ce sont les chansons d’un être humain qu’elle a écrites sur sa vie et son cœur. Que peut-il y avoir de mieux ?

Haha OK, in order of release!

Divorce: I’ve been friends with Andy and Vic since I was a teenager. They’ve always done good music, but I think it’s Divorce that really nailed what they were trying to do. The first time I saw them it really floored me: like early Swans stripped of the over-bearing masculinity (but I like early Swans, don’t get me wrong.) They’ve evolved into the sort of band that is really difficult to describe accurately. It’s not ‘normal’ noise rock or whatever. It’s just really unique.

The record they worked on obsessively for months and then we decided to screenprint the covers. The band did this themselves – 1000 sleeves in three colours! When I was talking to them about it during the time I felt like they wanted to kill me and themselves. They got through it and it is a record defined by the sheer love of what they do. They may sometimes be a little tense as people but at heart they are driven by enthusiasm, sweat and blood. Literally. That record is like washing out your mind with bleach and I am very thankful it exists as it does. I’m really excited to be working on future Divorce stuff!

Golden Grrrls: I think the band and I both are pretty proud of the record. We’re both learning as we go and this record almost brought a tear to my eye a few times. It’s POP and I was really proud of my friends for pulling it off. Each song on it is perfect in my eyes.

They recorded it in a glue factory, used glue tanks as reverb units, and loads of people contributed to it in different ways. Our friends Laetitia in Manchester and Roxanne in London did the artwork… Laetitia does Comfortable on a Tightrope with our friend Perry, while Roxanne plays in Veronica Falls and also has a great eye for graphics and such. We had friends in Glasgow who run Good Press help out with the lay out, Mike in San Francisco put it out on Slumberland, a Japanese label called Tugboat licensed it for release there. It’s gone a long way from Ruari’s (Golden Grrrls’ guy) bedroom. It makes me so happy to see this record make other people happy.

Terror Bird: Well, as I said before, this record means a lot to me for various reasons. Each release I’m involved has a unique place in my heart, I invest a lot in each one, and for All this Time it was a record I talked to Nikki about for years, since the beginning of Night School. I always wanted to do a Terror Bird album but I wanted to do it when I was a little more comfortable in the process and could do it justice.

Basically for months I would wake up in the morning and in my inbox would be these rough songs that Nikki had written and I would be floored every time. Each one would be my new favourite. The funny thing is sometimes it would come in batches of 3 or something and I’d just be like « how can she DO this!? » She’s often quite blase about it too. So when after a couple of months I pieced them together in their rough state, I felt like this was going to be a really amazing pop record. Nikki’s voice is one my favourites of all time and I think the songs on this LP tell a story, they speak to each other. They’re a little sad, some of them are funny in the way the Smiths were funny, but they’re all great songs that I hope touch people in the same way they touched me.

I really feel that Terror Bird should be heard by as many people as possible. I don’t know what « the mainstream » is or whether it should be paid attention to but these songs should be heard by everyone. They’re universal and they actually mean something. They – and Terror Bird itself – is not some empty trendy exercise in pop culture assimilation. These are the songs of a human being writing about her life and her heart. What can be better than that?

À quoi ressemblera le futur proche de Night Schools Records ? Peux-tu présenter une des prochaines sorties, ou un projet secret ?
What’s the near future for Night Schools Records? Can you present any of the new releases or secret project?

Toujours plus ! Il y a pas mal de projets cette année. Certains vont vraiment surprendre les gens, d’autres les réjouiront et d’autres encore les perturberont probablement. On ne peut pas faire mieux.

More and more! There’s a lot lined up this year. Some of it is really going to surprise people, some of it is going to make people happy and others is going to probably confuse people. Exactly the best way.

In a Circle Mixtape

loops
Plutôt que de présenter un mix de trucs que j’écoute et de trucs « cool » du passé j’ai préféré rester « dans la famille ». Dedans, il y a des artistes avec qui j’espère travailler, une inspiration secrète, des amis, quelques passages issus de précédents disques de Night Schools et un ou deux indices pour le futur. Je vous laisse décider qui est quoi.

Rather than present a mixture of things I’m into and « cool » stuff from the past I thought I’d keep it « in the family. » There’s a few artists on there that I’m hoping to work with, a secret inspiration, some friends’ music, some cuts from previous Night Schools records I’ve released and one or two hints at the future. I’ll let you decide which is which.

01. Divorce – Cunts in a Circle (from DIVORCE, Night School 2012)
02. Osmiroid – Casanova Technique (self released Cassette 2013)
03. The Rebel – Man v Cock (from TITRACK LUXURY OR BUMS ON A ROCK, Night School 2012)
04. Terror Bird – The Wrong Way (from ALL THIS TIME, Night School 2013)
05. Yong Yong – Tocha (Lord Prince Infinito Edit) (from LOVE – forthcoming LP release Night School 2013)
06. The Space Lady – Synthesize Me (Self Released, 1990)
07. Golden Grrrls – Think Of The Ways (from GOLDEN GRRRLS, Night School 2013)
08. Paco Sala – 06 (from THE FOG Cassette, Digitalis 2013)
09. Apostille – Dirt (demo) (from forthcoming release on GOATY 2013)
10. Occult Hand – Jessica Part 1
11. The Only Child – Pain Brought Forth (Demonstrations pt. 3)
12. Group Rhoda – Concrete Jungle (demo) (from TIME SAFARI, forthcoming on Night School)
13. Sally Dige – Doppelganger (from self titled 7″ 2012 on Fabrika)

Mixtape’s artwork by Alex Humphreys
Traduction Marie-Eva Marcouyeux

Vidéo