Véritable oiseau de nuit et encyclopédie vivante du diggin, difficile de ne pas croiser Abraham, crâne rasé et visage barré d’un sourire avenant, soit calé les deux coudes sur un comptoir luisant d’alcool, soit affairé le casque vissé à une oreille, les mains brassant un bac à disques bien garni. Capable de disséquer les entrailles de l’électronique japonaise (lire), comme d’envoyer des sets techno inspirés de Détroit (Technolita, le 2 août à Glazart, Event FB), l’homme, aussi volubile que spontané, a du coffre et de la réserve. Mais réduire la voilure de ses activités à ces virées noctambules consisterait à faire l’impasse sur son inaltérable implication au sein de labels qu’il co-gère, qu’il créé de ses propres mains ou lance au hasard de fructueuses rencontres. De feu Plastic Spoon Records, exclusivement consacré à des sorties 7″ vinyles et responsable d’une dizaine d’édits entre 2009 et 2012, dont The Fresh & Onlys ou The Box (lire), à la toute récente micro-structure Malditos Records – responsable d’une luxueuse édition LP du Bones de Blackmail (lire) et de l’EP Nuit de Noce d’Essaie Pas (lire) co-édité avec Teenage Menopause -, celui qui se plaît à user du patronyme Inferno Toledano vient de creuser deux nouvelles brèches discographiques avec Mitzvah Records, un label dédié aux rééditions de disques oubliés, injustement fossoyés à l’orée des années quatre-vingt – en témoignent les reissues du trio nancéien OTO et de la formation danoise TEE VEE POP -, et Mind Records, projet plus électronique à l’identité ultra-réfléchie qu’il co-pilote avec la Japonaise Chihiro Kataoka. Travail graphique hyper abouti, ce dernier label aligne depuis avril d’indispensables sorties au pressage unique et au tirage ultra-limité. Afin de donner du grain à moudre à ses pairs digger, mais aussi et surtout histoire de conférer toute l’aura nécessaire au disques du duo Femminielli Noir (lire), d’Umberto ou plus récemment de Bataille Solaire. Dressant un pont transatlantique, déviant très largement vers les expérimentations canadiennes donc, Mind Records a en ligne de mire, comme actualité brûlante, une collaboration avec l’Hobo Cult de Francesco De Gallo autour de deux cassettes de Jesse Osborne-Lanthier (Noir), Athenaeum of Unedited, Superannuated, Incomplete, Unreleased, Intimate Works, 2011-2013 déjà parue et Otherwise Insignificant Psyche Debris à voir le jour le 31 juillet prochain (). Pour le reste, c’est Abraham qui nous en parle, lui qui a également chiadé une mixtape, contenant quelques exclusivités Mind anonymisées, à écouter et télécharger ci-après.

Entretien avec Abraham Toledano

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Abraham Toledano & Asaël Robitaille

Mind Records est un jeune label. Peux-tu nous dire d’où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t’a conduit à créer ce label, notamment après la fin de Plastic Spoon Records ?

À la fin de Plastic Spoons je ne me sentais plus du tout intéressé par la scène garage punk rock. Je me suis tourné vers la musique électronique à ce moment-là, même si j’en écoutais déjà avant, avec pour idée de créer de véritables objets, un peu comme je l’avais fait avec les éditions limitées des 45 tours de PS mais en plus poussé.

Quelle est l’esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

L’esthétique du label s’inspire clairement de la période avant-gardiste et psychédélique japonaise de le fin des 60’s jusqu’aux années 80. Après, pour ce qui est du concept des doubles pochettes – l’une sur papier cartonné avec les motifs sérigraphiés à l’encre phosphorescente invisible et l’autre avec le visage en impression noir papier calque – ça vient de moi. Ç’a été vraiment compliqué à réaliser, plus d’une année de test intensifs avec des petites crises nerfs mais le résultat est là, aussi grâce à l’aide précieuse de mon ami Sébastien Thrian, et j’en suis vraiment content.

Question modèles de maisons discographiques, j’aime beaucoup les labels électro à la mode, à savoir L.I.E.S, TTT, ANTINOTE, MODAL ANALYSIS…

Tu as aussi un label de réédition, Mitzvah Records, qui a récemment déterré un maxi d’Oto. Mind Records peut se concevoir comme un outil d’exploration d’un passé musical qui semble te passionner ? Quel lien fais-tu entre les deux ?

Mitzvah est un tout autre projet. Un label uniquement dédié à la réédition de disques rares. Ceci dit, je n’exclus pas de faire des rééditions sur Mind mais nous sommes deux dans ce projet donc j’ai un peu moins de liberté pour faire ce que je veux.

Bernardino Femminielli et Jesse Osborne-Lanthier sont de bons amis à toi. Pourtant c’est Umberto qui a ouvert le feu avec un 7″. Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu vas travailler et quelle relation as-tu envie de développer avec eux ? As-tu envie de suivre des artistes sur la durée, ou de piocher en fonction des opportunités ?

Je suis plus du style à piocher en fonction des opportunités. Je ne sors que les morceaux pour lesquels j’ai un véritable coup de coeur. Ceci dit j’espère réellement sortir d’autres disques de tous les artistes du label si cela se présente.

Mind Records, un label japonais ?

J’ai rencontré Chihiro à Paris en 2011 au concert d’Umberto que j’organisais à la Mécanique Ondulatoire. On a pas mal parlé et on est devenu très proches à tel point d’avoir ce projet en commun histoire de ne pas se perdre de vue. Elle est aujourd’hui à Osaka et tout fonctionne à distance. On est vraiment complémentaires, je n’envisage pas vraiment Mind sans elle.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le tien et jusqu’où as-tu envie de le pousser ?

Je suis un passionné de beaux objets, que ce soit des disques, livres de photos, fanzines, cassettes… Lorsque j’ai créé les pochettes de la sérié Mind Moyō Metric je ne me suis à aucun cas inspiré de disques qui existaient déjà mais plutôt de ce que je voyais dans les bouquins d’art et de photo japonais. Il fallait que tout soit parfait, je ne supporte pas de faire les choses à moitié. Du coup, il y a eu de très nombreux ratés aussi bien pour les pochettes que pour les disques, mais maintenant que c’est en place c’est parti pour durer.

Et pour répondre à ta seconde question je pense sortir de nombreuses autres pochettes et surtout travailler d’autres matières comme le cuir, le latex ou encore le métal. Il n’y a pas vraiment de limite.

Quel est le futur proche de Mind Records, notamment en termes de sorties, de formats ?

La dernière sortie de Mind est le 45 tours de Bataille Solaire. Il sera suivi du tubesque O’Sodoma de Femminielli ainsi qu’un 12″ de Night Musik, le project électro de Shub Roy de Dirty Beaches. Y’a encore d’autres choses sur le feu mais chaque chose en son temps.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape et notamment les avants-premières qu’elle contient ?

Pour tout te dire, je l’ai totalement improvisée parce que je n’arrivais pas à choisir une ligne directrice. Il y a pas mal de disques post-punk-électro-jap comme ANIMA, BGM ou encore C.MEMI, mélangés avec des morceaux plus électroniques allemands de la période Zick Zack pour finir par un coté très techno Détroit Chicago house, en gros c’est un peu le bordel… Quant aux exclus Mind, il y aura des infos dessus dans très peu de temps, promis.

Mixtape

01. Mind Exclusive – Out this summer
02. Craig Leon – Donkeys Bearing Cups
03. Lena Platonos – Η Κυψέλη
04. Quick Culture – Quick Culture 1
05. C.U.B.S – We Don’t Need No Carpet Beggars
06. Vitor Hublot – Histoire De P’Tite Annick
07. Max Goldt / Felix Kubin / Mark Bommbastik – Fog frog.
08. Andy Giorbino – Banane, Zitrone
09. Bmg – Repeat
10. C.Memi – Dream’s Dream
11. D.U.R. – Bericht Aus Der Beamtenkultur
12. Anina – Logical Nation
13. Onyx – Call of the wild
14. Mind Exclusive – Out on September
15. Gatekeeper – Giza
16. Beau Wanzer – Outside Auto
17. Shawn Shegog – Love Traxs (Love Dub)
18. Sound of Mind – Programming
19. Ken Lewis – Cosmic Car

Artworks

FEMMINIELLI NOIR

UMBERTO

BATAILLE SOLAIRE

JOL2